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Full text of "Bulletin de la Société de géographie"

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BULLETIN 


DE    LA 


/  r 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE 


iNixIène    aérle 


TOME  XX 


LISTE 

DES  PRÉSIDENTS  HONORAIRES  DE  LA  SOCIÉTÉ* 


MM. 

*  Marquis  DE  Laplagë. 
'^Marquis  de  Pastoret. 

*  Vie  DE  ChATEADBRUND. 

*  C'e  Chabrol  de  Volvic. 

*  Becquey. 

*Ct®  Chabrol  de  Crou- 

SOL. 

*  Baron  Georges  Cuvier. 

*  B"»  Hyde  de  Neuville. 

*  Duc  DE  DOUDEAUVILLE. 

*  Comte  d'Argout. 

*  J.-B.  Eyriès. 

*  Vice-amiral  de  Rigny. 

*  Contre-am.  d'Ur ville. 
*Duc  Degazes. 

*  Comte  DE  MONTALIVET. 

*  Baron  de  Barante. 

*  Général  baron  Pelet, 

*  Gdizot. 

*  De  Salvandy. 


MM. 

♦Baron  TUPINIËR. 

*  Comte  Jaubert. 

*  Baron  de  Las  Cases. 

*  ViLLEMAlN. 

*  Cunin-Gridaine. 

*  Amiral  baron  RoussiN. 

*  Am.  baron  de  Magkau. 

*  B*"  Alex.  DE  HUMBOLDT. 

*  Vice-amiral  Halgan. 

*  Baron  Walckenaer. 

*  Comte  MoLÉ. 

*  De  LA  Roquette. 

* JOMARD. 

Dumas. 

*  Contre-am.  Mathieu. 

*  Vice-amir.  la  Plage. 

*  Hippolyte  Fortoul. 

*  Lefebvre-Duruflé. 

*  Guigniaut. 

*  Daussy. 


MM. 

*  Général  Daumas. 

*  Élie  de  Beaumont. 

*  ROULAND. 

*Am.  Desfossés. 
C.  DE  Grossolles-Fla. 
harens. 

*  Duc  de  Persigny. 
Vice-amiral  de  la  Ron- 

gière-le  Noury. 

*  Comte  Walewski. 

De  Quatrefages. 

*  Michel  Chevalier. 

Alfred  Maury. 
Vivien  de  St-Martin. 

♦Mis    DE      ChASSELOUP- 

Laubat. 
Meurand. 

Contre  -  amiral     Mou- 
chez. 

Ferdinand  de  Lesseps, 


COMPOSITION  DU  BUREAU  DE  LA  SOCIÉTÉ 

POUR  L'ANNÉE  4880-1881 

Président M .  le  vice-amiral  baron  de  La  Ronciére-le  NouRY,8énateur. 

M.  Alphonse  Milne  Edwards,  membre  de  Tlnstitut. 


Vice- présidents 


|m.  le 

/M.  J.- 

I     Phi< 

(m,  L. 


colonel  Laussedat,  directeur  des  études  à  l'École 
Polytechnique. 

M.  J.-B.  Paquier,  professeur  d'histoire  et  de  géogra- 

crutateurs . . . .  |     phie. 

Brault,  lieutenant  de  vaissseau. 

Secrétaire M.  le  D'  J.  Harmand,  médecin  de  la  marine. 

TRÉSORIER  DE  LA  SOCIÉTÉ  : 
M.  Meignen,  notaire,  rue  Saint-Honoré,  370. 

AGENCE  : 
A  Thôtel  de  la  Société,  Boulevard  Saint-Germain,  184. 
M.  Charles  Aubry,  agent. 
I .  La  Société  a  perdu  tous  les  Présidents  dont  les  noms  sont  précédés  d'un  *. 


BULLETIN 

DELA  'lô'à~))Ù 


f  _/ 


SOCIETE  DE  GEOGRAPHIE 

RÉDIGÉ 

ATEC  LE  CONCOURS  DE  LA  SECTION  DE  PUDLICAIION 

PAR 
LES  SECRÉTAIRES  DE  LA  COMMISSION  CENTRALE 


SIXIÈME  SÉRIE.  —  TOME  VINGTIEME 

ANNÉE  1880 
JUILLET   —  DÉCEMBRE 


PARIS 

LIBRAIRIE  DE   CH.   DELAGRAVE 

ÉDITEUR     DE     LA     SOCIÉTÉ     DE    GÉOGRAPHIE 

15,  rue  Soufnot,  15 

1880 


COMPOSITION    DD   BUREAU 

ET  DES    SECTIONS    DE   LA    COMMISSION    CENTRALE 

POUR  4880 


Président 

Vice^présidents 

Secrétaire  général . . 
Secrétaire  adioinU., 


BUREAU 

M.  Alfred  Grandidier. 
i   M.  le  D'  E.  T.  Hamy. 
I   M.  Adrien  Germain,  ingénieur  hydrographe. 

M.  Charles  Maunoir. 

M.  Julien  Thoulet. 

Président  honoraire M.  Eugène  Gortahbert. 

Secrétaire  général  honoraire.  M.  V.  A.  Malte-Brun. 

Secrétaire- acUoint  honoraire,^  M.  Richard  Gortambert. 

Archiviste-bibliothécaire M.  Tabbé  Durand. 

Le  vice-amiral  baron  de  La  Roncière-le  Noury,  sénateur,  Président  de 
la  Société  {hors  section). 

Section  de  correspondance. 


MM.  Barbie  du  Bocage. 
Richard  Gortambert. 
Daubrée,  de  l'Institut. 
Lucien  Dubois. 
Henri  Duveyricr. 
Gharles  de  Ujfalvy. 


MM.  Gharles  Gauthiot. 
Victor  Guérin. 
William  Hiiber. 
Le  comte  de  Marsy. 
F.  Perrier,  de  l'Institut. 


L'abbé  Durand. 
Jules  Garnier. 


Membres  adjoints, 

MM.  le  D*  J.  Harmand  et  Franz  Schrader. 

Section  de  publication. 

MM.   Antoine  d'Abbadie,  de  l'Institut.  IMM.  Jules  Girard. 

Eugène  Gortambert.  |  Emile  Levasseur,  de  l'Institut. 

Delesse,  de  l'Institut.  V.-A.  Malte-Brun. 

De  Quatrefages,  de  Tlnstitut. 
Guillaume  Rey. 

Membres  adjoints. 

MM.  Viaal  Lablache  et  J.-B.  Paquier. 

Section  de  comptabilité. 

MM.   Henri  Bionne.  MM.  William  Martin. 

Gasimir  Delamarre.  Meignen,  notaire,  trésorier. 

M.  Félix  Fournier.  Paul  Mirabaud. 

James  Jackson. 

Membres  honoraires  de  la  Commission  centrale. 

MM.  Edouard  Gharton,  de  l'Institut,  sénateur.  —  Jules  Godine.  — •  Le 
docteur  Alfred  Demersay.  —  Ernest  Desjardins,  de  l'Institut.  —  Alfred 
Maury,  de  l'Institut.  —  Le  vice-amiral  Paris,  de  l'Institut.  —  Vivien  d« 
Saint-Martin. 


MÉMOIRES,    NOTICES 


VOYAGE  A  L'OUEST  DU  HAUT  NIL' 

Par  le  Ooetenr  PAMAGIOTEiS  POTAGOiS. 

(1876-1877) 


£n  arrivant  au  Caire,  j'allai  tout  d'abord  demander  au 
docteur  Schweinfurth,  le  voyageur  «  au  cœur  de  l'Afrique  i^, 
des  renseignements  sur  les  pays  qu'il  me  faudrait  traverser. 
Comme  j'avais  déjà  visité  les  Indes,  M.  Schweinfurth  m'en- 
gagea à  considérer  avec  soin  les  plantes  que  je  rencontrerais 
dans  les  régions  tropicales.  Il  espérait  que  je  pourrais  con<^ 
firmer  son  hypothèse  sur  l'origine  de  ces  plantes  et  recon- 
naître en  elles  des  espèces  venues  de  Tlnde  dans  le  conti- 
nent africain  à  des  époques  très  anciennes.  Mais,  pour  moi, 
je  préfère  m'en  tenir  à  l'opinion  de  nos  pères  :  les  êtres  sont 
répartis  suivant  les  lois  constantes  des  climats  dans  des  ré- 
gions distinctes,  et  chaque  espèce  naît  et  se  propage  h  la 
place  que  la  nature  lui  a  assignée.  Sans  doute,  il  y  a  des 
exceptions  à  ces  lois;  il  faut  admettre  dans  certains  cas 
des  hypothèses  analogues  à  celle  de  M.  Schweinfurth  ;  mais 
je  ne  puis  le  faire  pour  le  cas  présent.  Je  ne  connais  pas 
d'agents  physiques  ou  autres  capables  d'opérer  un  sembla- 
ble rapprochement  entre  des  contrées  aussi  éloignées. 
M.  Schweinfurth  me  dit  d'autre  part  qu'un  passeport  du 
gouvernement  égyptien  me  serait  fort  utile  dans  les  pays 
troublés  par  la  guerre  d'Abyssinie  ;  il  me  conseillait  de 
m'adresser  à  notre  consul  pour  l'obtenir.  Je  n'osai  le  prier 
d'être  lui-même  mon  intermédiaire,  et  mal  m'en  a  pris  de 
n'avoir  pas  mis  à  profit  son  obligeance.  Il  me  quitta  en  me 

1 .  Voyez  la  carte  jointe  à  ce  numéro. 


6  VOYAGE  A  l'ouest  DU   HAUT  NIL. 

remettant  une  carte  d'Egypte  qui  portait  son  nom  et  en  me 
demandant  de  lui  écrire  comme  à  un  ami.  Je  lui  ai  écrit,  en 
effet,  de  Mofio,  une  longue  lettre  ;j'y  avais  consigné  avec  soin 
celles  de  mes  observations  qui  ne  s'accordaient  pas  avec  les 
siennes.  Je  crois  que  ma  lettre  ne  lui  est  jamais  parvenue. 

Comme  je  le  craignais,  je  perdis  au  Caire  mon  temps  et 
ma  peine.  Je  n'obtins  pas  de  passeport,  et,  après  mille  en- 
nuis de  toutes  sortes,  je  ne  quittai  la  ville  que  le  5  jan- 
vier* 1876.  Je  gagnai  Siyoût  en  chemin  de  fer  :  sur  maroute,  h 
el-Ouasta,  je  vis  l'endroit  où  l'ancien  lit  du  Nil  est  le  mieux 
marqué.  Il  me  rappela  Memphis,  qui  était  autrefois  la  plus 
belle  ville  du  monde,  aujourd'hui  disparue  et  perdue 
dans  les  sables.  Le  soir  même  nous  étions  à  Siyoût,  la  Legou 
des  Coptes,  la  Lycopolis  des  anciens.  Il  me  fallut  attendre 
quinze  jours  chez  un  de  mes  amis  que  la  caravane  à  laquelle 
je  devais  me  joindre  jusqu'à  el-Obeïd  ou  Libey,  eût  achevé  ses 
préparatifs.  J'aurais  voulu,  pour éviterKhartoum  etlethéâtre 
de  la  guerre,  gagner  directement  le  Darfour  par  une  marche 
de  quarante  jours  à  travers  le  désert,  mais  je  ne  trouvai 
point  de  caravane. 

Je  ne  parle  pas,  entre  Siyoût  et  Asouân,  des  ruines  de 
l'ancien  empire,  merveilles  qui  s'offrent  à  chaque  pas  à 
l'admiration  du  voyageur.  Les  lenteurs,  peut-être  intéressées, 
du  gouverneur  d' Asouân  me  firent  encore  perdre  dans  cette 
ville  au  moins  vingt  jours  que  je  passai  à  ChelâP,  à  obser- 
ver la  cataracte  et  les  îles  que  le  fleuve  forme  en  cet  en- 
droit. C'est  à  une  demi-heure  de  là  que  se  voient  ces  fa- 
meuses roches  de  granit  admirablement  disposées  par  la 
nature  le  long  du  Nil,  en  face  des  îles  Mpigué  et  Berba.  Ce 
sont  les  granits  de  Syène  et  d*Éléphantine,  sur  lesquels  les 
prêtres  de  Tancien  empire  ont  laissé  tant  d'inscriptions  en 
l'honneur  des  dieux,  à  la  gloire  des  Pharaons.  J'ai  pu  étudier, 

1.  Les  (l;Uns  se  rapportent  au  calendrier  grec,  qui  retarde  de  12  jourd 
sur  notre  calendrier, 
i.  Chelâl  ligniDi^  an  fyançniti  les  cataractes  i 


VOYAGE  A  l'ouest  DU   HAUT  NIL.  7 

mon  Hérodote  àla  main,  tout  le  cours  du  Nil  jusqu'à  Syène, 
et  je  tiens  pour  certain,  d'autre  part,  qu'en  rapprochant  les 
renseignements  de  notre  vieil  auteur  des  livres  coptes, 
des  traditions  et  des  noms  que  j'ai  recueillis  dans  le  pays, 
on  pourrait  établir  d'une  façon  sûre  la  géographie  ancienne 
de  toute  la  contrée  jusqu'à  la  région  des  Ghelouks.  Les 
historiens  trouveraient  certainement  quelques  avantages  à 
cette  restitution  que  j'ai  faite  et  que  je  donnerai  peut-être 
un  jour  au  public. 

De  Ghelâl,  je  passai  entre  les  îles  Mpigué  et  Ouanarti,  et 
après  avoir  passé  avec  attention  la  roche  qui  affleure  à  la 
surface  de  Teau  entre  l'île  Mpigué  et  l'île  d'el-Hessi  que  je  dou- 
blai, je  pris  d'abord  la  direction  du  sud,  puis  celle  de  l'ouest. 
Les  eaux  du  fleuve  qui  forme  alors  de  nombreux  détours, 
sont  troublées  par  une  écume  abondante;  cependant  elles 
paraissent  profondément  calmes  :  on  n'entend  qu'un  bour- 
donnement sourd.  Ce  singulier  phénomène  attira  mon  at- 
tention :  à  l'ouest  je  vis  une  montagne  formée  en  partie  de 
sable,  en  partie  de  roche.  Les  indigènes  m'assurèrent  que 
l'eau  du  Nil  se  perd  sous  le  sol  et  alimente  les  différentes 
oasis  situées  sur  la  rive  gauche  de  son  cours.  Quand  ce  ca- 
nal souterrain  est  intercepté,  on  n'entend  plus  le  moindre 
bourdonnement;  dès  qu'il  est  de  nouveau  libre,  le  bruit  re- 
prend. Faut-il  réellement  admettre  que  l'eau  du  Nil  arrose 
ainsi  toutes  les  oasis?  Le  lac  Mœris  paraît  bien  avoir  été  un 
marais  entretenu  par  les  eaux  du  Nil,  avant  que  le  roi  de  ce 
nom  ne  l'ait  mis  en  communication  directe  avec  le  fleuve. 
On  a  remarqué  qu'au  nord  de  Oéné  la  rivière  est  plus  abon- 
dante qu'au  sud.  Or,  en  différents  endroits  on  trouve  des 
puits  dans  le  lit  même  du  fleuve,  et  dans  le  canal  de  Joseph, 
quand  les  eaux  sont  basses,  l'eau  se  rencontre  au-dessous 
des  terrains  formés  par  le  limon  du  Nil,  et  parfois  en  si 
grande  abondance  qu'un  bâton  de  fer  enfoncé  perpendicu- 
lairement pénètre  facilement  dans  ce  sol  humide  et  ne  s'ar- 
rête que  sur  la  couche  de  pierre  placée  au-desâoùs  du  sable« 


8  yOYAGE  A   L*OUEST  DD  HAUT  NIL. 

L'eau  des  puits  subit  les  effets  des  trois  crues  du  fleuve, 
et  ce  phénomène  ne  peut  s'expliquer  par  la  seule  inondation 
des  terrains.  Il  faut  nécessairement  que  l'eau  provienne  de 
l'espèce  de  réservoir  formé  naturellement  par  les  assises 
pierreuses  sur  lesquelles  reposent  les  sables  de  l'Egypte. 

A  Dongla  Abgoust,  on  rencontre  dans  le  désert  un  puits 
profond  (Jui  se  remplit  à  l'époque  des  inondations  du  Nil. 
Plus  au  sud,  à'Amrî,  les  puits  sont  plus  nombreux,  mais 
moins  abondants.  J'ai  remarqué  à  l'ouest  des  montagnes 
d'Abou-Hàrâza  un  nid  de  termites  ou  de  fourmis  blanches. 
Elles  s'établissent  toujours  près  de  l'eau,  à  la  surface  du  sol, 
ou  plus  avant  dans  l'intérieur  de  la  terre  quand  l'eau  se  trouve 
à  une  certaine  profondeur.  A  Kadjmar,  les  puits  sont  abon- 
dants et  leurs  crues  suivent  celles  du  fleuve.  A  Bara,  le  même 
phénomène  se  produit  encore.  A  Libey  ^  les  habitants  ont 
remarqué  que  l'eau  est  à  vingt  mètres  plus  bas  qu'autrefois. 
Je  ne  vois  à  ce  fait  qu'une  explication  :  l'eau  aura  trouvé 
plus  profondément  un  autre  canal  et  abandonné  celui  qu'elle 
suivait  d'abord.  Pour  l'atteindre  maintenant,  il  faut  per- 
cer la  roche  sur  une  profondeur  de  dix  à  quinze  mètres 
environ.  Ainsi,  le  Nil  n'est  pas  seulement  ce  fleuve  nourri- 
cier dont  les  inondations  entretiennent  la  vie  végétale  et 
môme  animale  en  Egypte;  son  action  bienfaisante  lutte 
contre  les  influences  funestes  de  la  sécheresse  et  du  désert. 
Il  se  répand,  pour  ainsi  dire, hors  de  son  lit,  pour  alimenter 
tous  les  puits  que  je  viens  de  nommer,  pour  fertiliser  les 
oasis  de  là  Nubie  occidentale. 

La  contrée  où  il  ne  pleut  jamais  (à6p«xToç  x*"/*»)  est  à 
Pouest  du  Nil,  entre  les  montagnes  de  'Amrî  et  une  ligne  qui 
passerai  t  par  Siyoût.  Autrefois  cette  ligne  passait  plus  au  nord 
par  Alexandrie.  Elle  se  déplace  avec  les  modifications  de 
température  que  subit  notre  planète.  A  l'est  du  Nil,  la  ligne 
des  pluies  s'étend  au  nord  jusqu'aux  montagnes  voisines 

1 .  Chcf-Iiea  du  Kordofàn,  appelé  el-Obeid  sur  les  cartes. 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  9 

de  Qorosco,  et  plus  on  avance  vers  Test,  plus  la  ligne  des 
pluies  se  rapproche  du  nord.  Elle  atteint  même  les  mon- 
tagnes de  TEtbaye.  Je  chercherai  à  expliquer  ce  phénomène 
quand  je  traiterai  la  question  des  pluies  tropicales. 

Je  trouvai  à  Ouâdi  Halfâ  l'ingénieur  du  chemin  de  fer, 
M,  Johnston.  Il  est  aussi  aimable  que  savant.  Il  me  parla  de 
ces  lits  desséchés  des  torrents  que  Ton  voit  si  fréquemment 
dans  les  régions  privées  de  pluie.  Je  lui  marquai  à  mon  tour 
mon  étonnement  de  l'indififérence  des  voyageurs  qui  n'ont 
pas  relevé  entre  le  Caire  et  Ouâdi  Halfâ  tant  de  faits  si  remar- 
quables. Depuis  cette  époque,  M.  Johnston  a  donné  au 
public  une  carte  de  l'Egypte  dont  la  précision  et  l'exactitude 
méritent  tous  les  éloges. 

Entre  Ouâdi  Halfâ  et  Dongla'Ordi  le  Nil  n'est  pas  navigable. 
Nous  avons  fait  la  route  à  dos  de  chameau.  C'est  ce  jour-là 
que  je  fus  le  plus  à  même  d'observer  le  phénomène  du 
mirage.  De  Dongla^Ordi  à  Abgoust  nous  avons  repris  quel- 
que temps  notre  bateau  pour  le  quitter  définitivement  et 
prendre  jusqu'à  Libey  la  route  de  terre,  à  travers  un  désert 
où  l'on  ne  trouve  de  l'eau  que  dans  les  puits  dont  j'ai  parlé 
plus  haut.  Je  fus  d'abord  retenu  par  les  difficultés  que  notre 
caravane  rencontrait  à  se  procurer  des  chameaux.  Pour 
ma  part,  je  pus  enfin  en  acheter  un  à  mes  frais  et  me 
joindre  à  une  autre  caravane  qui  était  prête  à  partir.  A  la  fin 
d'avril  je  traversais  le  désert  entre  Kadjmar  et  Bara.  Cette 
saison  est  pour  les  Arabes  l'époque  des  semailles.  Ils  les  font 
d'une  façon  toute  particulière.  Ils  creusent  des  trous  où  ils 
jettent  le  grain  et  qu'ils  recouvrent  ensuite  de  terre.  Dans 
les  endroits  où  la  couche  de  sable  est  très  légère  et  seule  * 
ment  superficielle,  ils  répandent  le  grain  à  la  façon  euro- 
péenne, puis  ils  le  recouvrent  en  remuant  le  sable  avec  des 
branches  d'arbre.  Ils  attendent  alors  en  toute  sécurité  la 
pluie,  dont  le  retour  est  invariable.  Le  1"  mai,  la  première 
pluie  tomba  tandis  que  nous  nous  rendions  de  Bara  à  Libey. 
Le  2  du  même  mois,  j'étais  à  Libey. 


10  VOYAGE  A  l'ouest  DU   HAUT  NIL. 

Les  oiseaux  connaissent  peut-être  mieux  encore  que 
l'homme  le  commencement  delà  saison  des  pluies.  Ils  des- 
cendent tous  les  jours  en  troupe  dans  les  endroits  où  ils 
peuvent  trouver  leur  nourriture;  là  ils  se  gorgent  d'insectes 
que  l'action  des  pluies  développe  sur  les  corps  des  ani- 
maux ou  des  esclaves  infidèles,  qu'on  a  coutume  de  ne 
pas  enterrer.  Avant  la  pluie  on  les  voit  se  serrer  sur  quel- 
ques arbres  elfeuillés  ;  ne  trouvant  rien  à  manger  sur  cette 
terre  desséchée,  sablonneuse  et  brûlante,  ils  se  pressent  sur 
les  branches  des  arbres,  oîi  ils  se  disputent  la  moindre  place. 
J'attendis  àLibey,  jusqu'au  19  mai,  le  départ  de  la  nouvelle 
caravane  que  je  devais  suivre. 

A  Aboû-Hârâza,  la  végétation  tropicale  des  forêts  afri- 
caines m'apparut  pour  la  première  fois.  Nous  suivions  alors 
une  direction  généralement  tournée  vers  le  sud-ouest.  Tout 
à  coup,  au  nord,  nous  apercevons  fort  loin  de  nous  une 
masse  sombre  qui  se  dressait  jusqu'au  ciel  et  nous  fermait 
entièrement  l'horizon.  Était-ce  une  chaîne  de  montagnes? 
Nous  le  croyions,  mes  gens  et  moi.  Mais  ceux  qui  connais- 
saient bien  le  pays  n'avaient  jamais  entendu  parler  de  mon- 
tagnes dans  cette  direction.  Cependant  la  masse  s'élargit  et 
s'élève  davantage  en  se  dirigeant  vers  nous.  Puis  bientôt 
souffle  une  brise  dont  la  force  s'accroît  rapidement;  elle  de- 
vient même  si  violente  que  nos  chameaux  ont  grand'peine  à  se 
tenir  debout.  Enfin  nous  sommes  enveloppés  par  un  nuage  de 
poussière  et  plongés  dans  les  ténèbres.  Le  vent  nous  jette  à 
la  tête  des  pierres  que  nous  essayons  d'éviter  en  nous  réfu- 
giant derrière  nos  bagages.  Cette  trombe,  après  tout,  était 
loin  d'être  aussi  violente  que  celle  dont  j'ai  soulfert  aux 
Indes  avant  de  passer  la  Djamouna.  Au  bout  de  cinq  minutes 
l'atmosphère  seule  était  restée  obscure;  le  vent  diminuait; 
il  jetait  encore  de  temps  en  temps,  par  rafales,  de  grosses 
gouttes  de  pluie;  mais  nous  avions  le  temps  d'arranger  nos 
bagages  de  notre  mieux  et  d'alléger  nos  chameaux.  Peu  à 
peu  les  grosses  gouttes  de  pluie  se  changèrent  en  une  pluie 


VOYAGE  A  l'ouest  DU   HAUT  NIL.  11 

diluviale  qui  fit  du  sol  une  véritable  mer  où  Teau  coulait 
à  flots,  entraînant  dans  son  courant  d'immenses  troncs 
d'arbres. L'averse  dura  vingt  minutes;  une  bruine  légère  lui 
succéda  et  la  pluie  cessa  enfin.  C'était  la  première  qui  tom- 
bât dans  le  Kordofân,  où  les  pluies  annuelles  durent  en 
moyenne  trois  mois.  Leur  durée  à  Hofrat  el-Nahâs  est  de 
sept  mois;  de  neuf  dans  le  pays  des  Niam-Niams,  et  même 
dans  la  région  équatoriale  elles  ne  cessent  pas  de  toute  l'an- 
née. Il  ne  faudrait  pas  croire  qu'il  pleuve  continuellement 
pendant  tout  ce  temps;  les  averses,  plus  ou  moins  abon- 
dantes, reviennent  à  des  intervalles  plus  ou  moins  rappro- 
chés. Dans  la  période  de  la  sécheresse  la  pluie  manque  tout 
à  fait;  c'est  la  saison  d'été.  Ainsi,  depuis  Libey  jusqu'à 
l'équateur,  sur  une  étendue  de  treize  degrés,  il  n'y  a  que 
deux  saisons  marquées  par  la  présence  ou  Tabsence  de  la 
pluie;  saisons  inégales  dont  la  durée  varie  suivant  qu'on  se 
rapproche  plus  ou  moins  de  l'équateur. 

Le  24  mai  j'étais  à  Sata,  dans  la  région  du  Hamâra  où  les 
puits  font  absolument  défaut.  Les  indigènes  ont  alors  comme 
unique  ressource  l'eau  qui  séjourne,  quelque  temps  après 
la  saison  des  pluies,  dans  de  petits  lacs  qu'ils  appellent 
foûL  Quand  ces  lacs  assèchent,  on  fait  avec  des  troncs 
d^arbres  creusés  d'immenses  tonneaux  où  l'on  conserve  l'eau 
pour  les  hommes  et  les  animaux.  Les  voyageurs  ne  peuvent 
se  procurer  d'eau  qu'en  achetant  de  ces  tonneaux  *.  On  ren- 
contre des  tonneaux  de  ce  genre  (debeldié  ou  el  Hamâra  ^)  de- 
puis Aboù-Hârâza  jusqu'à  Timboun,  dans  tout  le  pays  qui 
est  privé  de  puits.  Le  fruit  des  arbres  qu'on  emploie  à  cet 
usage,  beaucoup  plus  gros  qu'une  noix  de  coco,  contient  une 
pulpe  assez  aigre  qui  procure  cependant  un  rafraîchisse- 
4  ment  fort  agréable.  Ces  arbres  si  utiles,    si   admirablement 

1 .  Les  tonneaux  sont  si  grands  qu'un  seul  suffit  pour  alimenter  une 
famille  et  ses  animaux  pendant  l'année. 

2.  Tonneaux  ou  barils  semblables;  ils  se  font  avec  le  tronc  tnajestueuit 
h}  debeldié  ou  el-Hamài^a* 


12  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

placés  par  la  nature  dans  ces  contrées  brûlées,  sont,  pour 
ainsi  dire,  le  caractère  distinctif  dupays  auquel  ils  ont  donné 
leur  nom  (Hamâra). 

De  Sata  trois  routes  se  dirigent  vers  le  sud-ouest;  mais 
elles  se  réunissent  toutes  à  Faqib  Zakariya,  dans  le  pays  des 
Arabes Baggaras,  oti  les  puits  sonttrès  abondants.  Le27nous 
quittions  Sata  et  le  29  au  soir  nous  laissions  au  sud  les  mon- 
tagnes de  la  Nômba,  d'une  hauteur  assez  faible,  mais  fort 
rapprochées  les  unes  des  autres.  Les  Arabes  en  comptent  99: 
il  ne  faut  pas  prendre  ce  nombre  à  la  lettre.  C'est  un  chiffre 
que  les  Arabes  emploient  au  hasard  pour  marquer  la  mul- 
titude des  objets.  Je  réserve  l'histoire  de  ces  montagnes 
jusqu'au  jour  oîi  je  donnerai  au  public  la  relation  de  mon 
voyage  d'Alexandrie  au  pays  des  Chilouks.  Le  30,  àTimboun, 
nous  atteignions  la  frontière  des  Rizegâts  et  le  1"  juin  nous 
étions  à  Aboû  Na'am.  C'est  le  pays  des iVa'am  (autruches)  dont 
lesplumes  servent  à  orner  la  tête  de  nos  femmes .  Enfin  le  2  j  uin 
j'entrai  à  Faqih-Zakariya.  A  l'est  se  trouvait  la  Nômba,  à 
l'ouest  le  désert  qui  nous  séparait  de  la  contrée  du  Four  (le 
Darfour)et  que  peuplent  les  Rizegâts  à  l'époque  des  pluies. 

De  Faqih-Zakariya  on  peut  suivre  une  route  qui  gagne  la 
contrée  du  Chêkka,  et  passe  par  un  puits  nommé  Moundjilat, 
eu  inclinant  vers  le  sud -ouest.  Une  autre  route  traverse  la 
région  de  la  Nômba  et  le  pays  des  Ndjangués;  elle  se  dirige 
vers  le  sud.  C'est  la  plus  courte,  mais  elle  est  sans  cesse  in- 
terceptée par  les  guerres  que  la  traite  des  noirs  suscite  entre 
les  indigènes  et  les  Arabes;  aussi  ne  saurait-on  s'y  engager 
sans  danger,  sauf  toutefois  à  l'époque  des  pluies.  Nous  avons 
choisi  la  première  route,  sans  nous  arrêter  d'ailleurs  à 
Moundjilat,  que  nous  vîmes  le  7  juin.  On  prétend,  en  effet, 
que  dans  cet  endroit  les  pluies  donnent  naissance  à  des 
mouches  qui  s'attaquent  aux  animaux  et  dont  la  piqûre  est 
mortelle.  D'autres  affirment  au  contraire  que,  si  les  animaux 
meurent,  c'est  plutôt  par  l'action  de  certaines  herbes  dange- 
reuses qui  se  développent  autour  de  ce  puits  pendant  la 


VOYAGE  k  l'ouest  DtJ  HAUT  NIL.  !3 

saison  humide.  Les  bœufs  seuls  ne  seraient  pas  exposés, 
aussi  les  indigènes  ne  se  servent-ils  que  de  bœufs.  Ainsi 
s'explique  l'origine  de  leur  nom  (Baggâra,  c'esl-à-dire 
«  hommes  qui  élèvent  des  bœufs  »). 

Le  1 1  du  môme  mois  nous  arrivions  à  Ghèkka.  Notre  marche 
était  souvent  interrompue  par  la  pluie.  Nous  trouvions  les 
foûl  remplis  d'eau,  et  nous  nous  croisions  sans  C6i»se  avec 
des  Arabes  qui  venaient  en  troupes  de  Tintérieur,  fuyant  les 
chaleurs  de  l'équateur  et  les  piqûres  des  insectes.  Ils  comp- 
taient sans  doute  sur  la  végétation  abondante  qui  se  déve** 
loppe  rapidement  au  nord  pendant  les  pluies.  Jamais  je  ne 
vis  plus  beau  pays  :  la  végétation  du  sol,  les  arbres  ressen- 
taient l'heureuse  influence  du  printemps.  D'innombrables 
oiseaux  de  toute  espèce  célébraient  la  saison  nouvelle  ;  la 
terre  était  peuplée  de  variétés  infinies  d'insectes.  Dans  les 
clairières  les  animaux  paissaient  en  troupes,  et  les  bêtes 
féroces  que  l'on  voyait  rôder  ne  les  mettaient  point  en  fuite. 
Tous  ces  êtres  semblaient  accourir  en  foule  vers  cette  ré- 
gion favorisée  pendant  la  saison  humide,  et  qui  se  transforme 
avec  le  retour  de  la  sécheresse  en  un  désert  impraticable. 

Le  13  juin  j'abandonnai  ma  caravane  et  je  louai  quelques 
hommes  pour  me  conduire  à  Kaléka,  le  pays  des  Arabes  Kam- 
baniés.  Je  suivais  toujours  la  direction  sud-ouest,  laissant  au 
nord  la  région  des  pluies.  Après  quatre  heures  et  demie  de 
marche,  je  m'arrêtai  à  Serâouil.  Le  lendemain,  étapes  au  lac 
Soubito,  au  puits  d'el-Malari  et  au  puits  d'el-Hamîd.  Nous 
passons  la  nnit  en  pleine  forêt,  après  40  heures  de  marche. 
Le  15  nous  trouvons  le  puits  Ma'àly  et  nous  nous  arrêtons  la 
nuit  à  Poplil,  chez  les  Arabes  Kambaniés.  —  Le  16,  marche 
de  sept  heures  et  demie  :  nous  traversons  des  pays  habités 
dont  le  dernier  «'appelle  Meleggué.  De  là  à  Kaléka  il  ne  nous 
reste  plus  qu'une  heure  et  demie  de  marche  ;  nous  nous  en- 
gageons alors  sur  un  terrain  marécageux  peuplé  d'antilopes, 
et  j'en  remarque  une  qui  portait  sur  le  haut  de  la  tête  une 
touffe  de  poils  en  forme  de  toupet.  Nous  sommes  au  milieu 


il  VOYAGE  A  L^OUESr  Btf  HAtT  NIL. 

d'une  vaste  rizière  dont  le  riz  est  excellent;  j'en  ai  acheté 
pour  mon  usage  à  Kaléka.  Il  nous  faut  traverser  successive- 
ment des  bois  et  des  prairies.  Les  herbes  des  prairies  sont 
très  hautes,  et  plus  on  s'avance  vers  le  sud,  plus  leur  hauteur 
s'accroît.  A  Kaléka  le  doura  et  les  herbes  étaient  alors  toutes 
en  fleur  :  à  Ghêkka,  elles  dépassent  à  peine  la  surface  du  sol. 

Tout  le  pays  entre  Aboû-Hârâza  et  Kaléka  est  infesté  de 
grands  scorpions  et  d'autres  insectes  qui  peuvent  être  dan- 
gereux, si  le  voyageur  n'a  pas  emporté  avec  lui  un  lit  pour 
se  reposer.  11  faut  aussi  se  garder  de  se  rafraîchir  à  l'eau  des 
foûl,  sous  peine  d'être  atteint  par  le  ver  de  Guinée. 
Peut-être  faut-il  rapporter  à  cette  région  tout  ce  que  dit 
Strabon  d'un  désert  herbeux,  abandonné  par  les  hommes, 
qui  ont  fui  les  redoutables  attaques  des  scorpions. 

Au  sud  de  Kaléka,  les  indigènes  recueillent  à  la  surface 
de  la  terre  Yardha  (termite)  dont  ils  se  nourrissent.  A  Ka- 
léka même  le  termite  ailé  ne  sort  de  terre  qu'à  l'époque  où 
je  m'y  trouvais;  chez  les  Niam-Niamsil  en  sort  à  toutes  les 
époques  de  l'année,  mais  il  attend  toujours  le  coucher  du 
soleil.  Onéreuse  alors  devant  son  trou  une  petite  excavation 
et  l'on  y  allume  du  feu  :  le  termite,  attiré  par  la  lumière,  vient 
s'y  brûler  les  ailes  et  tombe.  Quand  le  feu  est  éteint,  on  re- 
cueille les  victimes,  on  en  remplit  des  caisses  entières  et  on 
les  mange  comme  nous  mangeons  des  raisins  de  Gorinthe. 
Strabon  parle  également  de  ce  mets.  Il  paraît,  en  effet,  avoir 
eu  des  renseignements  sur  cette  contrée;  mais  peut-être 
aussi  ces  faits  ne  sont-ils  pas  propres  seulement  à  la  région 
du  Dar-Foûr  et  peuvent-ils  s'appliquer  à  d'autres  régions 
tropicales. 

A  Kaléka  je  fus  tout  étonné  de  ne  plus  trouver  mon  cha- 
meau. J'appris  bientôt  que  c'était  une  gracieuseté  du  cheikh  : 
il  avait  voulu  m'offrir,  en  échange,  une  chamelle  et  un  tau- 
reau de  grande  taille  qui  portait  une  immense  bosse  sur  le 
dos.  Le  22,  quittant  cette  bourgade  hospitalière,  j'atteignis, 
après  deux  heures  de  marche,  le  torrent  Ridjilo.G'était  le 


VoVAGË  A  L*OtESt  DÛ  ttAùt  NiL.  15 

t>remier  lit  d'eau  courante  que  j'eusse  encore  rencontré.  Il 
vient  du  nord,  des  monts  Masslât,  et  se  jette  dans  le  Bahar 
el-'Arab.  En  suivant  ce  torrent  on  arrive  directement  dans 
appelle  le  Chats  et  des  Golgouleis,  que  M.  Schweinfurlh 
le  pays  desDembo,  dans  le  pays  desBogos  ou,  plus  à  l'ouest, 
dans  celui  des  Férougués  et  des  Golos. 

La  route  est  à  peu  près  celle-ci  :  le  deuxième  jour  on  tra- 
verse le  Bahar  el-'Arab  ;  après  trois  jours  de  marche  dans  un 
pays  sablonneux,  on  voit  une  petite  rivière  qui  coule  au  pied 
du  montTelgôna;  un  jour  après,  nouvelle  rivière  beaucoup 
plus  grande,  le  Boro,  que  nous  rencontrerons  bientôt  sous 
le  nom  de  Bahar  el-Djebel  (rivière  de  lamontagne)  ;  elle  vient 
en  effet  des  régions  montagneuses  de  l'ouest.  On  continue 
jusqu'à  Horel-Gana(ouKhôrel-Gana)  en  plein  désert;  si  Ton 
veut  aller  dans  le  Dembo,  chez  les  Bogos,  on  prend  la  direc- 
tion sud-est.  On  prend  la  direction  sud-ouest  pour  se  rendre 
àGoIo.La  petite  nation  des  Férougués^  que  personne  n'avait 
vue  avant  moi,  est  à  l'ouest  du  mont  Telgôna.  Les  Ghâts  et 
les  Golgouleis,  ainsi  que  les  Férougués,  dépendent  du  Dar- 
Foûr;  mais  il  est  remarquable  que  chacune  de  ces  tribus  ait 
sa  langue  particulière.  Enfin,  en  partant  de  Ghêkka,  on 
trouve  une  route  qui  atteint  à  travers  le  désert  le  Bahar 
el-'Arab  et  se  dirige  en  général  vers  le  mont  Telgôna  ;  on 
laisse  alors  à  l'est  la  contrée  des  Ndjangués. 

Le  23,  après  sept  heures  de  marche,  je  rencontre  un  nou- 
veau torrent  où  Teau  coule  à  pleins  bords.  C'est  le  Santjajia, 
qui  a  aussi  sa  source  dans  les  monts  Masslât.  Les  monts  Mas- 
slât sont  occupés  par  une  tribu  du  Dar-Foûr  qui  porte  le 
môme  nom.  Elle  se  trouve  entre  Kaléka  et  Dara  et  parle  une 
langue  particulière.  Après  sept  heures  de  marche  encore, 
nous  passons  le  Bahar  el-'Arab,  appelé,  à  cet  .endroit,  Ri- 
djilo  el-Ma'alem.  Le  Bahar  el-'Arab  est  donc  au  début  un 
torrent  qui  descend  du  mont  Marra.  Il  n'a  d'eau,  à  l'époque 
de  la  sécheresse,  que  dans  quelques  bassins  isolés  comme 
dans  le  pays  des  Bogos.  Mais  à  l'époque  des  pluies,  qui  com- 


16  VOYAGE  A   l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

mence  après  la  date  de  mon  passage,  le  Bahar  el-' Arab  reste 
navigable  pendant  trois  mois.  Il  se  dirige  d'abord  vers  le  sud- 
est,  ])uis  vers  Test.  Les  Arabes  m'ont  affirmé  qu'il  forme,  au 
nord  du  pays  des  Ndjangués,  un  lac  important.  Ce  lac  doit, 
je  crois,  donner  naissance,  au  nord,  à  la  rivière  Panikam, 
qui  lui  viendrait  du  mont  Mpaam  dans  le  Nftmba,  au  sud, 
à  une  autre  rivière  que  nous  aurons  à  signaler. 

Le  25  du  même  mois  nous  sommes  arrivés,  après  huit 
heures  de  marche,  à  Ras  el-Fîl,  et  deux  heures  et  demie  aprè« 
dans  le  pays  montagneux  des  Ndoggos,  tribu  du  Dar-Poûr 
qui  parle  une  langue  particulière.  Enfin,  après  quatre  heures 
de  roule  nous  nous  arrêtions  au  bord  du  lac  Ndjogan.  Depuis 
Timboun,  où  nous  avons  vu  pour  la  dernière  fois  le  debeltieh 
au  tronc  immense,  jusqu'aux  montagnes  des  Ndoggos,  on 
rencontre  toujours  à  peu  près  les  mêmes  espèces  d'arbres,  et 
ces  espèces  n'ont  rien  de  bien  frappant.  Je  signalerai  seule- 
ment l'espèce  wommée  deleb.  Le  tronc  de  cet  arbre  ressemble 
fort  à  celui  du  cocotier.  Il  est  lisse  comme  lui,  mais  plus 
gros  et  plus  élevé.  Il  n'a  pas  de  rameaux  et  ses  feuilles  sont 
assez  semblables  à  celles  du  doûm  {Hyphœne  thebaica); 
celui-ci  au  contraire  a  le  tronc  très  ramassé,  et  donne  nais- 
sance à  de  nombreux  rameaux.  Le  fruit  du  deleb  ressemble 
au  fruit  du  doûm,  mais  il  est  quatre  ou  cinq  fois  plus  gros. 
On  fait  avec  la  partie  extérieure  de  la  farine  et  de  la  bière. 
Cet  arbre  n'a  été,  je  crois,  ni  rencontré  ni  signalé  par  le 
docteur  Schweinfurth. 

Le  28  juin,  nous  voyons  la  montagne  Royale,  ainsi 
nommée  parce  qu'elle  est  la  résidence  du  roi  des  Ndoggos. 
Elle  fait  partie  d'une  chaîne  de  montagnes  qui  paraît  orien- 
tée du  nord-est  au  sud-ouest.  Cette  orientation  est  assez 
bien  indiquée  par  une  ligne  de  hauteurs  plus  basse,  mais 
plus  étendue,  qui  est  au  sud  de  la  montagne  Royale  et  qui 
limite  le  lit  des  rivières  Boulboul  et  Ada.  Au  sud-est  des 
Ndoggos  habite  la  tribu  des  Férougués.  On  voit  également, 
dans  le  pays  qu'elle  occupe,  une  montagne  élevée,  séparée 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  17 

elle-même  par  une  vaste  plaine  d'une  autre  montagne, 
TAboussa.  L'Aboussa  est  située  plus  au  sud  dans  le  pays  des 
Krékis  et  donne  naissance  à  un  affluent  de  TAda.  Du  pays 
des  Ndoggos  une  route  conduit,  le  long  du  Boulboul,  à 
Hofrat  el-Nahâs;  on  peut  prendre  un  chemin  plus  direct  qui 
ne  suit  pas  le  cours  du  fleuve,  mais  seulement  à  l'époque 
des  pluies,  car  autrement  on  s'expose  à  manquer  d'eau. 
C'est  ce  dernier  chemin  que  j'ai  suivi.  Après  quatre  heures 
de  marche,  le  29,  je  fis  halte  dans  une  forêt,  au  pied  d'une 
montagne  qui  se  dressait  majestueusement  en  forme  de 
cône.  A  l'ouest  s'étendait  une  vaste  prairie  occupée  par 
les  Arabes  Ta'achis  et  limitée,  dans  le  lointain,  par  les 
montagnes  Kara  et  Soula  è  l'ouest,  par  les  monts  Marra  au 
nord.  A  l'ouest  de  ces  montagnes  habitent  les  tribus  arabes 
des  Benl-Halfâs  et  des  Benî-Hassels,  sur  la  frontière  même 
des  Bongos.  Le  30  juin  nous  avons  atteint  la  rive  gauche  du 
Boulboul,  le  Baher  el-Homr,  comme  l'appelle  M.  Schwein- 
furth;  après  avoir  traversé  le  fleuve,  nous  nous  sommes  ar- 
rêtés dans  le  pays  des  Krékis,  à  Hofrat  el-Nahâs.  Hofrat  signi- 
fie, dans  la  langue  du  pays,  excavation  ;  Nahâs  signifie  cuivre. 
C'est  de  là  qu'on  extrait  un  minerai  de  cuivre  qui  est  réputé 
au  loin  dans  l'intérieur  du  Soudan.  Je  crois  avoir  pu  établir 
le  premier,  d'une  façon  certaine,  la  position  de  ces  mines, 
que  M.  Schweinfurth  n'a  pas  visitées,  mais  dont  il  a,  après 
Barth,  signalé  l'importance*. 

Le  4  juillet  1876  je  quittai  Hofrat  pour  prendre  la  route 
du  sud,  tout  en  inclinant  légèrement  vers  Test.  Je  me  trou- 
vais alors  dans  la  contrée  que  M.  Schweinfurth  appelle 
Manga  et  qu'il  considère  comme  le  domaine  d'une  tribu 
spéciale.  Le  vrai  nom  est  Minga,  et  cette  tribu  se  rattache  à 
la  grande  tribu  des  Krékis.  Je  me  proposais  d'atteindre 
Mofio,  dans  le  pays  des  Niamanis  Banguiés,  et  je  voyageais 
certes  en  fort  bel  équipage  ;  devant  moi,  mes  guides  con- 

1.  Cf.  Schweinfurth  :  Au  cœur  de  V Afrique,  t.  II,  p.  307  et  308  de  la 
traduction  française  (Hachette,  1875). 

soc.  DE  GÉOGR.  —  JUILLET  1880.  XX.  —  2 


18  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

(luisaient  le  chameau  qui  portait  les  bagages,  et  je  suivais 
monté  sur  un  taureau  majestueux.  Mais  cette  belle  ordon- 
nance ne  tint  pas  longtemps  contre  les  difficultés  de  la  route, 
Après  vingt  minutes  de  marche,  nous  trouvions  un  terrain 
bas  sur  lequel  les  pluies  avaient  formé  de  nombreuses  fla- 
ques d'eau.  La  terre  était  à  certains  endroits  si  pénétrée  par 
les  eaux,  que  le  chameau  ne  pouvait  marcher  sans  enfoncer 
jusqu'aux  genoux.  Il  tomba  une  première  fois;  puis,  tandis 
que  nous  nous  croyions  délivrés,  tandis  que  nous  avancions 
avec  les  plgs  grandes  précautions,  il  s'enfonça  de  nouveau 
jusqu'à  la  poitrine.  Je  me  trouvais  dans  un  cruel  embarras. 
On  me  disait  qu'il  fallait  suivre  une  vallée  couverte  de  forêts 
au  milieu  desquelles  l'Âda  s'est  tracé  son  lit.  Mais  cette 
vallée  est  bordée  de  hautes  montagnes  boisées  d'oi!i  descen- 
dent, à  cette  époque,  des  torrents  qui  rendent  la  route  im- 
praticable. Minguié  ou  Minga  est  située  sur  ces  montagnes,  à 
cinq  jours  de  marche  de  l'Ada,  en  supposant  que  les  jour- 
nées soient  de  six  heures.  Un  guide,  il  est  vrai,  plus  intel- 
ligent que  les  autres  proposait  de  gagner  le  sud-ouest  et  les 
monts  Gbàla.  Je  m'arrêtai  en&n  à  ce  dernier  projet. 

Après  quatre  heures  de  marche  sur  des  ondulations  de  ter- 
rain qui  continuent  les  montagnes  plus  élevées  du  sud,  nous 
atteignons  la  rivière  Boulboul;  elle  vient  du  sud,  serrée  de 
près  par  deux  chaînes  de  montagnes,  et  tourne  à  l'est  en  tra- 
versant la  plaine  des  Taachis'.  A  l'est  de  Hofrat,  elle  s'unit 
à  l'Ada,  puis  coule  vers  l'est  et  forme  alors,  avec  le  Ridjilo 
el-Ma'alem,  le  Bahr  el-Arab.  Nous  traversons  la  petite 
rivière  qui,  venant  du  nord-ouest,  se  jette  dans  le  Boulboul, 
et  deux  heures  après  nous  nous  arrêtons  à  un  endroit  que 
Ton  appelle  Tzilé.  Le  lendemain  nous  atteignons  la  cime  de 
hautes  montagnes  nommées  Amkoûs,  et  de  là  nous  aper- 
cevons à  Touest  d'autres  montagnes  plus  élevées  encore,  dont 
les  sommets  bleuâtres  sont  orientés  du  sud  au  nord,  dans  la 
direction  des  monts  Kara  et  Soula.  Ce  sont  les  monts  Ghâla, 
que  je  croispouvoir  identifier  avec  les  montagnes  de  la  Lune. 


Voyage  a  l'ouest  du  haut  .nil.  19 

Au  pied  des  monts  Amkoûs,  après  sept  heures  de  route, 
nous  passons  une  petite  rivière  nommée  Mparek,  qui  coule 
vers  le  sud-est  pour  aller  se  jeter  dans  le  Boulboul.  C'est  là 
que  j'ai  perdu  mon  taureau  d'une  attaque  de  tétanos.  Le 
7  juillet,  notre  marche  continue  à  travers  les  montagnes, 
après  avoir  passé  la  rivière  Tragga  qui,  coulant  entre  ces  mon- 
tagnes et  les  monts  de  Ghâla,  forme  une  longue  vallée  dirigée 
vers  le  nord-est;  elle  commence  au  pied  des  monts  de  Châla 
et  se  termine  dans  celle  du  Boulboul;  trois  heures  et  demie 
après  nous  étions  dans  un  village  nommé  Randjo,  qui  ap- 
partenait à  la  nation  châla  et  se  trouvait  assis  d'une  façon 
très  pittoresque  sur  le  flanc  des  montagnes  du  môme  nom. 
Les  Ghâlas  sont  une  tribu  tout  à  fait  diCFérente  de  la  nation 
des  Krékis.  Tout  ce  pays  est  appelé  ordinairement  Dâr-Ferlît 
ou  pays  des  inûdèles. 

Ce  pays  ne  m'a  pas  été  favorable  :  j'y  fus  pour  la  première 
fois  atteint  par  les  fièvres  intermittentes,  et  le  8  juillet,  en 
arrivant  chez  le  roi  des  Ghâlas,  je  fus  attaqué  par  une  fièvre 
pernicieuse.  Là,  pendant  la  nuit,  un  serviteur  infidèle  dis- 
parut avec  mon  chameau  :  il  est  vrai  que  le  roi  le  fit  cher- 
cher, et  j'eus  toutes  les  peines  du  monde  à  épargner  au  vo- 
leur le  plus  horrible  des  supplices.  Enfin,  tandis  que  le  9 
juillet  je  me  dirigeais  au  sud-est  vers  Koutouaka,  je  fus 
étonné  de  voir  quatre  hommes  armés  lancés  à  notre  pour- 
suite en  poussant  des  cris  sauvages.  Ils  nous  arrêtent  :  ce 
sont  des  soldats  du  Nour  Agara  (Nour  signifie  «  qui  n'a  pas 
peur  »),  qui  m'invite  de  cette  façon  aimable  à  lui  rendre 
visite.  Il  nous  fallait  revenir  sur  nos  pas  et  gagner  le  nord- 
ouest  par  les  montagnes.  Après  cinq  heures  de  nîarchenous 
recevons  une  averse  très  forte  :  c'était  la  première  pluie  qui 
tombât  dans  le  Châla  depuis  le  solstice  d'été.  Pendant 
la  route  je  perdis  mon  chameau,  et  mes  hommes  furent 
réduits  à  porter  les  bagages  sur  leurs  têtes.  J'envoyai  alors 
quelqu'un  à  Ghâla  pour  lii'amener  des  hommes,  et  quel- 
qu'un aussi  à  Nour  pour  me  procurer  un  animal.  Je  conti- 


20  VOYAGE  A  L*OUEST  DU  HAUT  NIL. 

nuai  alors  mon  voyage,  en  ralentissant  un  peu  le  pas  avec 
les  quatre  hommes  qui  me  restaient.  Je  descendis  dans  une 
belle  vallée  arrosée  par  la  Mindja;  ayant  suivi  quelque  temps 
cette  rivière  dans  la  direction  du  nord,  je  tournai  vers  l'ouest, 
et  la  traversai.  La  Mindja  coule  alors  entre  les  monts  Binga  et 
Kara;  après  avoir  baigné  la  montagne  des  Soula,  elle  prend 
un  autre  nom,  celui  de  Mamoun,  devient  navigable  et  va  se  je- 
ter dans  le  Ghâri.  Aucun  fleuve  peut-être  h'est  plus  riche  en 
hippopotames  ;  mais  ce  qui  doit  nous  intéresser  surtout,  c'est 
qu'il  se  rattache  au  réseau  fluvial  du  centre  ;  c'est  que  j'a- 
vais bien  cette  fois  devant  moi,  dans  les  montagnes  que  je 
viens  de  nommer,  la  véritable  limite  du  bassin  du  Nil,  dans 
celte  partie  de  son  cours. 

J'étais  alors  dans  le  pays  des  Bingas.Le  lendemain,  après 
quatre  heures  de  marche,  nous  arrivions  au  bord  d'un  ruis- 
seau, et  le  surlendemain,  après  une  route  semblable,  nous  fai- 
sions halte  au  milieu  des  montagnes;  mes  hommes  s'enfon- 
cèrent dans  la  forêt  d'oîi  ils  revinrent  chargés  de  motô.  On  en 
fait  de  la  farine  qu'on  mange  soit  seule,  soit  mélangée  avec 
de  l'eau,  et  je  puis  témoigner  que  le  goût  en  est  excellent, 
M.  Schweinfurth  rapporte  que  cette  farine  sert  de  nourriture 
aux  Bongos  et  qu'elle  est  détestable  :  je  ne  l'ai  trouvée  que 
dans  les  monts  Binga,  où  elle  est  très  douce  et  très  lacite  à 
digérer.  Le  13  juillet  nous  rejoignions  les  hommes  qui  ve- 
naient de  Nour  à  notre  aide,  et,  après  avoir  passé  une  der- 
nière montagne,  nous  arrivions  à  Nour,  dans  la  vallée  des 
Bingas. 

Le  15  juillet  il  nous  fut  enfin  permis  de  reprendre  la  di- 
rection du  sud-ouest.  La  première  rivière  qu'il  nous  fallut 
traverser  fut  la  rivière  Binga,  un  des  affluents  qui  descendent 
des  monts  Ouanda,  de  Banda  à  la  Mindja;  après  deux  heures 
et  demie  de  marche  nous  étions  dans  le  pays  des  Yioulos, 
au  pied  d'une  montagne  nommée  Niamba.  Les  Yioulos,  les 
Bingas  et  les  Chftlas  sont  les  tribus  difTérentes  d'une  seule  et 
mèmenation. Leurs  voisinssontàrestlesKrékis^aunordetau 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  21 

nord-ouest  les  Karâs,  à  l'ouest  les  Bandâs  et  lesKréko-Baadas. 
Du  sommet  du  mont  Niamba  on  a  une  vue  très  étendue, 
excepté  toutefois  à  Test.  Dans  le  lointain,  à  l'ouest,  une 
longue  ligne  de  montagnes  dont  les  plus  liantes,  les  monts 
Abtalbaré  et  Mêla,  se  dressent  au  sud.  Plus  près  de  nous,  à 
l'ouest  et  au  nord,  le  faite  des  monts  Kara,  qui  s'étendent 
jusqu'aux  plaines  des  Ta'achis  et,  au  nord  de  ces  dernières 
hauteurs,  les  monts  Soula,  qui  atteignent  presque  la  ville  de 
Rouga  dans  le  pays  des  Bongos.  On  trouve  aussi  un  peu  plus 
à  l'ouest  les  collines  des  Bongos.  Ces  Bongos  sont  une  tribu 
qu'il  faudrait  bien  se  garder  de  confondre  avec  la  tribu  du 
même  nom  située  plus  à  l'est.  Enfin  signalons  encore  à  l'ouest 
des  Bongos,  des  Karas,  etc.,  les  hautes  cimes  de  la  Banda, 
qui  au  nord  portent  le  nom  de  Marpa.  Les  monts  Marpa 
donnent  naissance  à  une  rivière  dirigée  vers  le  sud  au  tra- 
vers des  monta  Ouanda,  jusqu'à  Sabanga  dans  la  région  des 
Bandas.  Elle  reçoit  les  rivières  qui  lui  arrivent  à  l'ouest  de 
r  Abtalbaré  et  de  la  Mêla  et  donila  plus  importante  se  nomme 
Abigué.  Plus  à  l'ouest  encore,  nous  apercevions  une  autre 
grande  rivière  qui  arrose  le  pays  des  Rindas.  Il  n'y  a  pas 
de  doute  pour  moi  que  la  tribu  des  Rindas  ne  soit  analogue 
à  celle  des  Roundas  signalée  par  les  Européens  qui  ont  voyagé 
dans  le  Baguirmi,  et  qu'il  ne  faille  reconnaître  dans  les 
monts  Ouanda  les  monts  Kadàï.  Cet  immense  panorama  que 
j'étais  le  premier  appelé  à  contempler  m'a  laissé  une  vive 
impression.  Sur  le  moment  même  je  fus  saisi  d'un  accès 
d'orgueil  bien  légitime,  en  songeant  que  je  pouvais  enfin 
apprendre  aux  Européens  d'une  façon  certaine  quelle  était 
la  région  de  transition  entre  le  bassin  du  Nil  et  le  pays  du 
Soudan. 

Le  17  juillet  je  me  remis  en  route;  mais  les  guerres  qui 
désolaient  tout  le  pays  des  Bingas,  au  sud,  me  forcèrent  à 
revenir  sur  mes  pas  par  le  chemin  que  j'avais  suivi  depuis  la 
vallée  de  la  Mindja,  Cette  fois,  j'étais  en  bonne  compagnie  : 
j'avais  avec  moi  un  certain  Moussa,  de  la  société  de  Zoubêr 


22  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

Pacha,  et  un  roi  kréki  nommé  Agala  ;  ils  venaient  des  régions 
des  Bandas,  emportant  des  charges  d'ivoire  et  traînant  avec 
eux  ane  longue  file  d'esclaves.  Au  lieu  de  remonter  le  cours 
delà  Mindja,  nous  l'avons  franchie  trois  fois,  tandis  qu'elle 
vient  de  l'ouest,  des  monts  Abtalbaré,  puis  nous  avons 
trouvé  la  haute  vallée  du  Boulboiil,  qui  sous  le  nom  de  Ntomé 
descend  des  monts  Abtalbaré  et  Mêla.  Après  sept  heures  de 
marchcj  nous  nous  sommes  arrêtés  auprès  d'un  affluent  du 
Boulboul,rAmfîtia  ;  puis  nous  sommes  entrés  dans  la  haute 
vallée  de  l'Ada  et  de  ses  affluents,  dans  le  pays  des  Krékis. 
Le  21  juillet  nous  franchissions  l'Ada,  qui  descend  du  mont 
Mêla  et,  après  une  journée  de  sept  heures,  nous  nous  arrê- 
tions à  Koutouaka,  à  deux  jours  de  marche  de  Châla. 

Le  22  juillet  je  continuai  ma  route  vers  l'est  pour  me 
rendre  à  Mingui  ;  je  venais  de  traverser  un  affluent  de  l'Ada, 
lorsque  je  m'égarai  dans  les  hautes  herbes  en  cherchant 
un  de  mes  serviteurs  que  je  croyais  devant  moi.  Je  fis 
alors  acte  de  résolution  et  me  dirigeai  vers  Mingui.  La  nuit 
était  absolument  noire  ;  c'était  l'époque  des  pluies  dans  cette 
région,  et  elles  tombent  souvent  après  le  coucher  du  soleil. 
Bravement  monté  sur  mon  âne,  j'arrivai  enfin  auprès  d'un 
ruisseau  qui  courait  bruyamment  à  des  cascades.  Par  une 
obscurité  complète,  je  gagne  alors  la  montagne  que  je  ve- 
nais de  quitter  et,  choisissant  dans  la  forêt  un  petit  arbre 
adossé  à  un  grand,  je  me  forme  avec  ses  branches  une  mai- 
son que  je  couvre  d*herbe  à  la  façon  des  indigènes.  Ces 
précautions  n'étaient  pas  superflues  :  à  peine  étais-je  couché 
qu'une  pluie  torrentielle  commença  et  continua  pendant 
toute  la  nuit  avec  violence;  elle  durait  encore  au  matin.  Je 
fijis  réveillé  le  lendemain  par  un  bruit  analogue  à  l'aboie- 
ment d'un  chien  ;  je  m'attendais  à  voir  paraître  un  homme 
accompagné  d'un  chien.  C'était  un  haam^  une  sorte  de  go- 
rille, comme  on  me  l'apprit  plus  tard. 

Pour  reprendre  ma  route,  il  me  fallut  traverser  le  ruis- 
seau et  remonter  sur  la  hauteur  qui  se  trouvait  en  face  de 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  23 

moi.  Mais,  par  bonbeur,  je  remarquai  alors  une  route  qui 
se  dirigeait  du  nord  au  sud  ;  je  la  suivis,  et  bientôt  j'entrais 
àMingui,  où  beaucoup  de  mes  compagnonsn'arrivèrentque 
l'après-midi  ou  même  le  lendemain. 

Mingui  est  situé  au  sud-ouest  des  monts  Aboussa,  qui  s'é- 
tendent à  Test  jusqu'au  montTelgôna.  Ces  montagnes  sont 
peuplées  d'une  infinité  d'abeilles  ;  dans  les  monts  de  Chàla 
et  dans  tout  le  pays  que  nous  venons  de  parcourir,  au  con- 
traire, on  ne  trouve  pas  d'abeilles.  Ce  que  l'on  trouve  sur- 
tout dans  ces  dernières  montagnes,  c'est  l'arbre  à  beurre,  et 
l'arbre  qui  produit  la  farine  jaunâtre  dont  j'ai  parlé,  le  motô. 

Le  temps  était  alors  très  mauvais,  la  pluie  continuelle. 
Le  28  enfin  nous  pûmes  nous  remettre  en  route.  Nous  avions 
à  peine  marché  une  demi-heure  qu'un  nouvel  obstacle  nous 
arrêta.  C'était  un  torrent  d'une  extrême  violence;  on  cons- 
truisit pour  le  passer  un  pont  très  simple  en  choisissant  sur 
la  rive  même  des  arbres  dont  la  longueur  égalait  la  largeur 
du  torrent;  on  les  coupa, ils  tombèrent  en  se  croisant,  et  le 
pont  fut  établi.  Le  29  nous  traversons  une  longue  steppe  pen- 
dant sept  heures  et  demie,  en  nous  dirigeant  vers  le  sud-est. 
Le  30  nous  passons  la  rivière  Boro,  qui  descend  du  mont  Mêla 
et  se  dirige  vers  l'est.  Elle  a  de  nombreux  affluents:  une  ri- 
vière qui  vient  des  monts  Aboussa  et  qui  lui  arrive  un  peu 
à  l'est  de  l'endroit  où  nous  l'avons  traversée;  une  rivière 
nommée  Sosso,  qui  coule  du  sud  au  nord;  plus  à  l'est,  la  ri- 
vière Koko  et  leBiri,qui  nous  est  déjà  connu  par  les  voyages 
de  M.  Schweinfurth.  Mais  M.  Schweinfurth  se  trompe  sur 
le  cours  du  Biri  et  de  deux  autres  rivières  situées  plus  à 
l'est,  le  Kourou  et  le  Tembo  ;  il  les  considère  comme  des 
affluents  du  Bahar-el-'Arab.  En  réalité,  tous  ces  cours  d'eau  se 
jettent  dans  le  Boro,  que  M.  Schweinfurth  n'a  pas  connu. 

Le  Boro  coule  à  peu  près  parallèle  au  Bahar-el-'Arab  ;  avant 
de  se  jeter  dans  le  Bahar-el-Ghazâl,  il  forme  de  nombreux 
bras;  au  sud  il  sejointauBaharNdjoùr,avec  lequel  il  forme 
une  île  habitée  par  les  Ndjoûrs  ;  au  nord  il  envoie  des  bras 


24  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

qui,  en  s'unissant  au  Bahar  el-*Arab,  sontrorigine  du  Fakftm. 
M.  Schweinfurth  et  les  Arabes  croyaient  que  ce  bras  ve- 
nait du  Bahar  el-Ghazâl.  Voici  les  arguments  que  j*ai  à  leur 
opposer.  Les  différentes  ramifications  formées  par  le  Boro 
entourent  des  contrées  habitées  par  le  Ndjangués  :  or  les 
deux  rives  du  Fakâm  ont  la  même  population.  Mais  dans 
toutes  ces  régions  les  populations  sont  toujours  réparties 
suivant  les  rivières,  et  par  conséquent  une  même  tribu  suit 
ordinairement  le  cours  d'un  même  fleuve.  L'embouchure 
du  Boro  a  été  confondue  par  M.  Schv^^einfurth  avec  celle 
du  Bahar  el-'Arab.  Cette  confusion  l'a  même  conduit  à  une 
hypothèse  erronée.  Étonné  de  la  prodigieuse  quantité  d*eau 
que  le  Bahar  el-'Arab  charrie,  il  a  imaginé  qu'il  recevait  une 
grande  rivière,  le  Bahar  Aboû-Dinga,  née  près  du  Ouadaï. 
Cette  rivière,  qui  se  nomme  ïziggo,  nous  la  retrouverons  : 
c'est  un  affluent  important  d'un  grand  fleuve,  le  Boujo, 
qui  alimenterait  à  la  fois  le  Kongo  el  le  Châri. 

Après  avoir  passé  le  Boro,  nous  arrivons  en  une  heure  et 
demie  à  Dêm  Dâoud.  Au  sud-ouest,  à  une  journée  de  marche 
à  peu  près,  se  trouve  le  mont  Ambaféri,  qui  est  habité  par  la 
tribu  des  Kréko-Bandas  et  d'où  descend  le  Tziggo.  Depuis 
Dôm  Dâoud  jusqu'à  Boko,  on  traverse  pendant  deux  jours 
des  steppes.  Boko  est  le  pays  de  Moussa,  notre  compagnon 
de  voyage. 

Le  4  août  je  quittais  Boko,  toujours  accompagné  par  le 
roi  Agata  et,  après  cinq  heures  et  demie  de  route,  je  m'arrê- 
tais à  Somit,  situé  à  quatre  jours  de  marche  à  peu  près  de  la 
zerîba  de  Zoubôr  Pacha.  Cette  zerîba  se  trouve,  comme  nous 
le  verrons,  sur  la  rive  droite  du  Biri;  elle  a  été  pendant  un 
certain  temps  le  lieu  de  séjour  de  M.  Schweinfurth.  Le  5 
août  nous  nous  dirigeons  plus  franchement  vers  le  sud,  el, 
par  un  chemin  de  huit  heures  en  pleine  montagne,  nous  at- 
teignons la  résidence  d'Agata. 

Le  8  août,  toujours  au  milieu  des  montagnes,  nous  mar- 
chons pendant  six  heures  h  travers  de  hautes  herbes,  dans 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  25 

la  direction  du  sud-ouest.  Nous  franchissons  le  Sosso,  affluent 
du  Boro  qui  vient  de  l'ouest,  peut-être  du  mont  Ambaféri, 
et  le  9  août,  après  cinq  heures  de  roule,  nous  arrivons  sur 
la  ligne  dé  faîte  des  montagnes  qui  séparent  le  versant  du 
nord  de  celui  du  midi.  Ces  montagnes  s'étendent  de  Test 
à  l'ouest  :  je  leur  ai  donné  le  nom  de  monts  Macédoniens. 
Le  lendemain,  marche  de  six  heures,  toujours  dans  les  mon- 
tagnes.. Le  11  août  nous  traversons  la  rivière  Proungo,  qui 
vient  de  l'est,  dans  une  direction  tout  à  fait  opposée  à  celle 
duSosso.  Elle  est  très  large  et  nous  ravons  franchie  sur  des 
ponts  construits  à  la  hâte,  selon  la  méthode  indiquée  et  dé- 
crite par  M.  Schweinfurth.  Nous  continuons  toujours  notre 
route  sur  les  hauteurs  et  nous  nous  arrêtons  après 
cinq  heures  de  marche  sur  une  montagne  toute- rocheuse. 
Le  13,  nous  traversons  la  rivière  Ouechi,  affluent  du  Béti,  et 
nous  faisons  halte  le  soir  dans  un  village  des  Krékis.  Le 
lendemain,  nous  trouvons  presque  aussitôt  le  Béti,  qui  c#ile 
du  nord-est  au  sud-ouest  en  sens  inverse  du  Koko. 

M.  Schweinfurth  a  commis  à  propos  de  ce  fleuve  une  dou- 
ble erreur  :  il  s'imagine  qu'il  se  dirige  vers  le  nord,  comme 
le  Sosso,  le  Biri  et  tous  les  affluents  du  Boro  ;  et  d'autre  part 
il  le  confond  avec  une  prétendue  rivière  Mbama  qui  ne  doit 
être  autre  que  le  Bomo.  Une  heure  après  avoir  franchi  ce 
fleuve,  nous  faisons  halte  dans  un  village  de  Krékis,  où  pour 
la  seconde  fois  je  suis  atteint  de  la  fièvre.  Je  perds  entière- 
ment connaissance,  on  me  couche  sur  un  lit  et,  sans  que  je 
me  doute  de  rien,  on  me  transporte  ainsi  en  pays  Niam- 
Niam,  à  Mofio,  situé  à  une  distance  de  six  ou  sept  heures. 
Le  chef  de  la  zeiîba  de  Mofio  se  trouvait  être  un  certain 
Outferah  qui  a  commencé,  comme  Moussa,  par  être  employé 
à  la  zerîba  de  Zoubêr  Pacha.  Il  vint  me  demander  tout  d'a- 
bord une  centaine  de  livres  dont  il  avait  besoin.  J'échappai 
aux  périls  que  me  faisait  courir  son  avidité  en  usant  de  po- 
litique :  je  lui  présentai  les  clefs  de  mes  coffres  en  l'invitant 
à  prendre  tout  ce  qu'il  y  trouverait.  Je  le  priais  seulement 


26  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

de  me  laisser  le  strict  nécessaire  pour  gagner  la  côte  orien- 
tale de  l'Afrique,  oix  je  pensais  m*embarquer.  Outferah  vit 
bien  alors  que  je  n'avais  rien  de  trop;  il  se  récria  fort  ce- 
pendant, prétendant  que  j'étais  très  riche,  que  j'avais  été 
très  libéral  envers  Nour  et  que  je  faisais  le  ladre  avec  lui. 
Je  fus  tiré  de  ce  mauvais  pas  par  l'arrivée  d'un  Albanais  qui 
parlait  l'arabe,  le  turc,  et  un  peu  le  grec.  Il  était  passé  au- 
trefois par  le  Péloponnèse,  presque  par  mon  pays,  et  il  me 
marqua  une  grande  joie  de  me  rencontrer.  Bientôt  même 
il  me  proposa  de  l'accompagner;  j'avais  bien  l'intention 
d'abord  de  gagner  le  sud  et  Pirintzi,  mais  je  craignais  tant 
Outferah  que  je  me  décidai  à  suivre  mon  nouvel  ami. 

A  Mofio  la  moisson  du  sorgho  était  déjà  faite,  et  celle  du 
maïs  ne  pouvait  guère  tarder,  tandis  que  chez  les  Krékis 
j'avais  trouvé  ces  plantes  encore  sur  pied  et  mûrissant  à 
peine.  Les  pluies  du  solstice  durent,  à  Mofio,  tout  le  mois  de 
septembre  ;  nous  attendîmes  pour  nous  remettre  en  route 
qu'elles  eussent  cessé,  et  notre  départ  ne  s'effectua  que  le 
3  octobre  1876,  dans  la  direction  du  sud-est.  Après  sept 
heures  et  demie  de  marche,  nous  nous  arrêtions  au  bord 
de  la  rivière Yangoua,  ayant  à  notredroite  les  monts  Goppo 
et  Kara,  qui  sont  habités  par  des  tribus  fort  ditférentes  des 
Niam-Niams,  quoique  situées  au  milieu  d'eux.  Le  4  nous 
avons  remarqué  un  cotonnier  gigantesque  {roûm  en  arabe): 
il  est  d'une  hauteur  étonnante,  et  le  développement  de 
ses  branches  égale  sa  force  et  son  élévation.  Les  Niam- 
Tîiams  le  vénèrent  comme  la  demeure  de  la  divinité;  il  est 
l'objet  d'un  véritable  culte  et  les  arbres  qui  t'entourent  sont 
ornés  d'épis  de  sorgho  nouvellement  cueillis.  Nous  avons 
fait  halte  le  soir  à  Gherîf,  et,  le  lendemain  après  cinq  heures 
de  marche,  en  pleine  forêt.  C'est  alors  que  je  mangeai  pour 
la  première  fois  d'une  espèce  de  grands  haricots  ronds 
comme  des  pommes  de  terre,  que  les  indigènes  nomment 
pampa.  Le  lendemain  G  août  nous  traversions  le  Yangoua, 
qui  vient  de  Dêm  Goulcho  en  sens  inverse  du  Biri.  Cette  ri- 


VOYAGE  A  L*OUEST   DU   HAUT  NIL.  27 

vière,  qui  est  très  grande,  a  été  nommée  à  tort  Nyanga  par 
M.  Schweinfurth  :  c'est  un  affluent  du  Bomo  et  non  pas 
une  rivière  du  bassin  du  Bahar  el-'Ghazâl.  Elle  se  réunit 
à  rOuallé  (quMl  ne  faut  pas  confondre  avec  TOuellé)  que 
nous  avons  franchie  un  peu  plus  loin.  L'Ouallé,  dont 
M.  Schweinfurth  a  connu  le  vrai  nom  et  aussi  la  vraie  di- 
rection, vient  de  Dêm  Beker  en  sens  inverse  du  Kourou. 

Par  malheur  mes  pieds  me  refusaient  alors  leur  service  : 
ils  étaient  couverts  de  plaies.  En  vain  l'Albanais  essayait-il 
de  ranimer  mon  courage  en  m'affirmant  que  sa  zerlba  n'était 
qu'à  une  heure  de  chemin.  Les  deux  bâtons  sur  lesquels  je 
m'appuyais,  les  efforts  de  ma  volonté,  tout  fut  inutile. 
J'avais  perdu  mon  âne  à  Moflo  pendant  les  trois  jours  où 
la  fièvre  m'avait  donné  le  délire.  Il  ne  me  resta  plus  qu'à 
monter  sur  les  épaules  de  mes  hommes;  chacun  me  portait 
trois  minutes  en  marchant  d'un  pasaccéléré.Pendant  ce  temps 
mes  pieds  se  refroidirent,et  je  fus  pris  d'un  horrible  frisson. 
Je  souffris  ainsi  pendant  une  heure;  enfin  nous  étions  à  une 
demi-heure  de  la  zerîba,  quand  on  vint  au  devant  de  nous. 
On  me  fit  boire  la  liqueur  de  l'arbre  niamtandif  l'arbre  à 
bière.  Mes  frissons  cessèrent  aussitôt.  J'en  bus  encore  à  la 
zerîba,  mes  pieds  se  guérirent  et  je  pus  de  nouveau  mar- 
cher. La  rapidité  de  cette  guérison,  le  goût  délicieux  de 
cette  liqueur  me  faisaient  songer  instinctivement  à  ce  nectar 
que  les  dieux  gourmands  de  l'Olympe  allaient  demander 
aux  Éthiopiens  et  qui  leur  donnait  une  éternelle  jeunesse. 
Le  niamtandi  ne  se  trouve  guère  que  dans  la  région  pauvre 
située  entre  l'Ouallé  et  le  Bomo,  où  la  terre,  toute  blanche 
de  craie,  ne  produit  ni  maïs  ni  sorgho.  Il  a  quelque  ressem- 
blance avec  l'élaîs  signalé  par  M.  Schweinfurth.  Ce  pal- 
mier donne  par  ses  fruits  du  beurre  rouge,  par  ses  feuilles 
du  sel  qui  manque  tout  à  fait  dans  le  pays,  si  on  ne  le 
fait  venir  de  Libey,  et  enfin  par  sa  sève  la  bière  dont  j'ai 
parlé.  Dans  la  même  zone  on  trouve  le  bananier  en  abon- 
dance, le  deleb  et  le  cotonnier  dont  le  tronc  porte  des 


28  VOYAGE  A  L*OUEST  DU  HAUT   NIL. 

branches.  Je  n'ai  vu  que  dans  la  région  du  Roua  le  coton- 
nier dont  le  tronc  est  garni  d*épines  coniques. 

Je  demeurai  quinze  jours  chez  notre  Albanais,  en  attendant 
la  guérison  de  mes  pieds.  Je  lui  donnai  soixante  talaris  contre 
un  âne  qu'il  avait  acheté  en  échange  de  dix  belles  filles  de  la 
nation  des  Niamanis  Chérés  ou  Zantés*.  Ces  Niamanis  de- 
meurent à  Test,  sur  les  montagnes  qui  séparent  le  bassin  du 
Ndjoûr  du  bassin  du  Bomo.  Nous  le  franchirons  bientôt. 
Les  Niamanis,  dans  leur  ensemble,  forment  une  grande  na- 
tion qui  s*étend  depuis  le  pays  des  Madis,  depuis  le  Bahar 
el-Djébel,  jusqu'au  Ghâri  à  Touest.  Cette  nation  se  divise 
en  trois  peuplades  bien  distinctes  :  celle  de  Test  s'appelle 
les  Zantés;  celle  de  l'ouest,  les  Aboudingas,  et  entre  les  deux 
sont  les  Banguiés.  L'Albanais  voulait  m'emmener  avec  lui 
chez  les  Zantés,  où  il  allait  faire  le  commerce  des  esclaves  et 
de  l'ivoire.  Nous  aurions  ainsi  atteint  le  pays  de  Guimma,que 
M.  Schweinfurth  appelle  Ingimma.  Il  m'engageait  fort  à  ne 
pas  descendre  plus  au  sud  sans  consulter  un  ami  qu'il 
avait  au  Guimma;  mais  je  ne  l'écoutai  point,  décidé  à  me  di- 
riger vers  le  sud.  Il  eut  cependant  la  bonté  de  m'adresser 
à  son  ami  Sassa  et  me  donna  comme  interprètes  deux  de 
ses  serviteurs  qui  parlaient  l'arabe. 

Le  21  octobre,  après  une  marche  de  quatre  heures  dans 
la  direction  du  sud-est,  je  passe  la  rivière  Biri.  Cette  ri- 
vière vient  du  pays  deChéré  en  sens  inverse  du  Tembo  et  se 
jette  dans  le  Bomo.  Après  cinq  heures  je  m'arrêtai  chez 
le  roi  Biressio.  Le  22,  après  une  longue  route  en  pleines 
montagnes  et  en  pleines  forêts,  nous  faisions  halte 
chez  le  roi  Ombichio,  le  frère  de  Biressio.  Le  23,  en  sui- 
vant une  petite  rivière  qui  traverse  un  bois  épais  entre 
deux  montagnes,  nous  arrivions  dans  le  pays  d'un  roi  kara 
nommé  Abassini.  Nous  nous  assîmes  au  milieu  d'une  clai- 
rière entourée  de  bois  touffus  et  ornée  par  un  arc  naturel 

1.  Zandés,  suivant  M.  Sohweinf^irth. 


VOYAGE  A  l'ouest  DU   HAUT  NIL.  29 

que  forment  de  magnifiques  niamtandis  plantés  par  les  an- 
cêtres du  roi.  Les  maisons  du  village  étaient  cachées,  au 
bord  de  la  rivière,  dans  des  massifs  de  bananiers  et  de  niam- 
tandis. Le  roi  me  fit  apporter  trois  espèces  de  bananes  : 
Tune  d'entre  elles  était  rouge,  grosse  et  grande  de  plus  d'un 
pied;  l'intérieur  était  jaune  et  d'tm  goût  peu  agréable.  Il  y 
en  avait  une  espèce  plus  petite,  mais  délicieuse. 

Le  ai,  nous  nous  dirigeons  pendant  cinq  heures  vers 
l'est  et  nous  passons  la  rivière  Boko  ou  Mindja,  affluent  de 
gauche  du  Bomo.  Trois  heures  après,  nous  faisons  halte  sur 
la  montagne  du  roi  de  Gazoua,  dans  le  pays  des  Niamanis 
Tikmas,  une  des  subdivisions  de  la  grande  peuplade  des 
Zantés.  Le  lendemain,  tournant  vers  le  sud-ouest,  nous  tra- 
versons sur  un  canot  le  vieux  Bomo,  qui  se  dirige  vers  l'ouest, 
passe  auprès  des  monts  Kara,  tourne  au  sud  vers  les 
monts  Goppo  et  arrose  alors  le  pays  des  Banguiés.  Le  roi 
de  cette  tribu  des  Banguiés  est  le  fameux  Sassa,  l'ami  de 
notre  Albanais,  le  souverain  bien  connu  des  voyageurs.  Nous 
sommes  arrivés  chez  lui  le 25,  après  trois  heures  démarche. 
L'escorte  que  l'on  m'avait  donnée  s'en  retourna  alors  et 
nous  laissa  seuls  aux  mains  des  anthropophages.  Heureu- 
sement, Sassa  me  donna  une  autre  escorte  avec  laquelle  je 
pus  me  diriger  au  sud,  à  travers  un  pays  montagneux,  et 
j'arrivai  après  une  longue  route  chez  le  roi  Bagourou. 

Le  6,  nous  franchissions  une  chaîne  de  montagnes  que  j'ap- 
pelai monts  de  Sassa  ;  puis  quatre  heures  après  nous  passions 
le  Goani,  qui  vient  de  l'est  se  jeter  dans  le  Bomo.Bientôtnous 
descendions  dans  une  petite  forêt  de  niamtandis,  isolée  et 
comme  perdue  au  milieu  d'une  grande  forêt  où  nous  étions 
entrés  depuis  le  passage  du  Bomo  et  où  nous  n'avions  pas 
trouvé  un  seul  niamtandi.  Dans  toute  cette  région  les  céréales 
.  nommées  telebouns  étaient  en  pleine  fleur;  on  les  avait  semées 
avant  l'époque  des  pluies  qui  m'ont  retenu  à  Mofîo,  et  les  se- 
mailles avaient  été  faites  aussitôt  après  la  moisson  de  celles 
qu'on  avait  semées  au  temps  du  solstice  d'hiver.  Après  trois 


30  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

heures  de  marche  à  travers  un  pays  montagneux  et  boisé, 
nous  atteignons,  le  27,  une  petite  rivière  qui  coule  du  nord 
au  sud  sur  un  lit  de  rochers,  où  elle  forme  de  charmantes 
cascatelles  tombant  des  rochers  sur  des  vasques  na- 
turelles de  pierre.  Le  tableau  s'encadrait  dans  des  arbres 
magnifiques  aux  rameaux  entrelacés,  où  s'ouvraient  cepen- 
dant quelques  petites  éclaircies  utilement  placées  pour  le 
voyageur  curieux  de  jeter  un  regard  indiscret  sur  cette  re- 
traite des  nymphes.  Je  fis  halte  dans  cet  endroit  toute  la 
journée;  je  prenais  plaisir  à  me  rouler  dans  les  hautes 
herbes  et  môme,  troublant  le  repos  de  la  divinité,  je  me 
plongeai  dans  les  eaux  pures  de  la  cascade. 

Le  lendemain,  par  une  marche  de  trois  heures,  nous 
sommes  arrivés  au  bord  de  la  rivière  Assa,  qui,  comme  le 
Goani,  vient  de  l'ouest  se  jeter  dans  le  Bomo.  Le  reste  de 
la  journée  fut  très  pénible;  nous  avions  à  franchir  une  fo- 
rêt dont  les  arbres  étaient  si  serrés  qu'ils  nous  livraient  à 
peine  passage.  Il  nous  fallut  six  heures  avant  d'arriver  à  la 
zerîba  de  Râfa'ï,  où  je  rencontrai  le  fils  du  Guimma,  auquel 
l'Albanais  voulait  me  recommander.  Il  arrivait  de  l'est  et 
avait  voyagé  trois  jours.  Il  avait  vu,  à  peu  près  au  milieu 
de  sa  route,  une  rivière  navigable  qui  vient  du  nord-est,  de 
la  contrée  de  Béré  ;  il  lui  avait  donné  le  nom  de  Béré.  Il 
m'assura  qu'à  l'est  de  son  propre  pays,  à  une  distance  d'une 
journée  ou  deux  de  marche,  coulait  une  rivière  beaucoup 
plus  grande  qui  se  dirigeait  du  nord  au  sud,  vers  le  pays  de 
Kifa  et  formait  deux  îles  nommées  matotia^  ce  qui  lui  a 
valu  son  nom  de  Bahar  el-Matoua  (la  rivière  des  îles). 
M.  Schweinfurth,  qui  n'a  connu  l'hydrographie  du  pays  que 
par  les  rapports  des  Nubiens,  a  fait  un  certain  nombre  d'er- 
reurs fort  excusables.  11  a  d'ailleurs  raison  de  reprocher  aux 
musulmans  leur  mauvaise  foi  :  ils  disent  presque  toujours 
le  contraire  de  ce  que  dit  tout  le  monde.  Je  veux,  avec  tout 
le  respect  qui  est  dû  au  premier  explorateur  de  la  région, 
signaler  quelques-unes  de  ces  erreurs. 


•  VOYAGE   A  l'ouest  DU   HAUT   NIL.  31 

M.  Schweînfurth  indique  le  Bomo  tantôt  comme  un  af- 
fluent du  Bahar  el^'Arab  qui  se  dirigerait  vers  le  nord,  tantôt, 
sous  le  nom  de  Mbomou,  comme  un  affluent  de  la  Nomalila. 
D'autre  part  il  croit  que  la  Nomalila  est  la  source  du  fleuve 
Béré,  tandis  qu'elle  n'est  autre  chose  que  le  Matoua  lui- 
même.  Le  Béré,  qu'il  appelle  Ouellé  et  qu'il  considère  comme 
une  continuation  du  Broualié  ou  de  la  rivière  du  Ouando,  dans 
le  pays  de  Biri,  né  peut  évidemment  être  cela.  Moustafa,  qui 
suit  ordinairement  une  route  plus  orientale  que  celle  décrite 
par  M.  Schweinfurth  entre  Dôm-Bekir  et  Inguimma,  me  disait 
qu'il  ne  passait  qu'une  rivière,  le  Bomo.  Par  conséquent  le 
Béréj  le  Goani,  TAssa  même  sont  à  l'ouest  de  son  itinéraire. 
Pour  moi,  ma  route  fut  au  contraire  plus  occidentale  que 
celledécrite  parM.  Schweinfurth.  L'Albanais  ajoutait  que  la 
rivière  de  Matoua,  à  certains  endroits,  s'étend  comme  une 
vaste  mer  que  M.  Schweinfurth  a  identifiée  au  lac  Tsàd. 
Il  est  vraisemblable  que  le  Broualié  ou  rivière  du  Ouando, 
après  avoir  reçu  plus  à  l'est  la  rivière  de  Mounza  ou  Kivuli, 
forme  la' rivière  de  Kifa  et  vient  se  joindre  au  Bahar-el-Ma- 
toua  au  point  où  elle  s'élargit.  Ceux,  en  effet,  qui  vont  di- 
rectement par  Solongo  à  Kifa  ne  trouvent  qu'une  rivière, 
celle  de  Kifa.  Ceux  qui  vont  de  Kifa  à  Mounza  ne  passent 
aucune  rivière,  ce  qui  tendrait  à  prouver  que  la  rivière  de 
Kifa  s'est  formée  à  l'est  de  celles  de  Mounza  et  du  Ouando. 
Les  indigènes  m'ont  dit  aussi  que,  lorsque  les  habi- 
tants de  Kifa  étaient  menacés  par  ceux  de  Mounza,  ils 
se  reliraient  dans  une  île,  c'est-à-dire  dans  la  presqu'île 
formée  par  le  confluent  du  Bahar-el-Matoua  et  de  la  rivière 
de  Kifa.  Enfin  c'est  bien  là  la  direction  nord-ouest  indiquée 
par  M.  Schweinfurth  pour  le  Kivali  qui  vient  rencontrer  le 
Broualié. 

Il  faut  signaler  également  quelques  erreurs  sur  l'oro- 
graphie de  ces  régions.  M.  Schweinfurth  avait  bien  vu  qu'à 
l'ouest  de  Dêm  Goutcho  est  uneoîhaîne  de  montagnes  im- 
portante, mais  il  n'en  avait  pas  saisi  le  rôle  complet* 


32  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

Cette  chaîne  se  prolonge  vers  le  sud,  séparant  les  sources 
du  Yangoua  de  celles  du  Biri,  les  sources  de  l'Ouallé  de  celles 
du  Koiirou,  les  sources  du  Chéré  de  celles  du  Tembo,  les 
sources  du  Héré  de  celles  du  Bomo,  et  enfin  les  sources 
du  Béré  de  celles  du  Bahar  el-Matoua.  C'est  peut-être  une 
loi  géographique  que  toute  montagne  donne  naissance,  sur 
ses  deux  versants,  à  deux  rivières  homologues.  Quand  deux 
chaînes  se  rencontrent  à  angle  droit,  il  se  forme  une  es- 
pèce de  centre  montagneux  d'où  les  rivières  descendent  en 
sens  inverse.  Là  où  la  chaîne  du  Sassa  rencontre  la  chaîne 
des  Zantés,  on  voit  se  diriger  vers  le  nord-est  le  Héré,  vers 
le  sud -est  le  Bahar  el-Matoua,  vers  le  sud-ouest  le  Béré,  vers 
le  nord-ouest  le  Bomo.  Cette  double  remarque  a  été  pour 
moi  d'une  grande  utilité,  alors  que  j'avais  à  ma  disposition 
peu  d'instruments,  que  j'étais  forcé  de  calculer  la  hauteur 
des  montagnes  par  les  couches  de  neige,  et  de  distinguer 
les  climats  par  les  observations  météorologiques  les  plus 
élémentaires. 

Le  3  novembre  je  quittai  Râfa'ï  et,  après  une  marche 
de  sept  heures  dans  la  direction  du  sud-ouest,  j'arrivai 
chez  le  roi  Mpakpa;  puis  je  songeai  à  gagner  le  midi  et  la 
résidence  de  Roua.  Mais  Mpakpa,  qui  connaissait  mieux  la 
route  que  Râfa'ï,  me  déclara  qu'il  était  impossible  de  ga- 
gner directement  le  sud  par  le  chemin  qui  partait  de  chez 
lui,  tant  il  y  avait  de  ruisseaux  marécageux  et  de  bois  im- 
pénétrables. Aussi  me  dirigea-t-il,  le  5  novembre,  vers  la  ré- 
sidence deMoukia,  qui  se  trouvait  à  cinq  heures  de  marche 
au  sud-ouest.  Mais  Moukia,  à  son  tour,  m'affirma  que  la 
route  était  bien  plus  difficile  de  son  côté,  et  me  renvoya  le 
lendemain  à  Mpakpa.  Ce  dernier,  fort  troublé,  écrivit  pour  se 
justifier  à  Râfa'ï,  qui  m'engagea  à  me  diriger  par  le  pays 
de  Moukia.  Je  retournai  donc  une  seconde  fois  auprès  de 
ce  personnage.  En  m'apercevani  avec  mes  gens,  il  entra 
dans  une  grande  colère,  prit  une  lance  et  se  jeta  sur  mes 
porteurs,  qui  s'enfuirent  à  toutes  jambes  dans  les  bois. 


Purîeux^  il  vint  droit  à  moi  et  m'intima  Tordre  de  t*étourner 
sur  mes  pas.  Devant  un  pareil  ordre  et  de  semblables  me- 
naces, il  n'y  avait  pas  à  hésiter;  je  repris  donc  la  route  du 
nord,  pour  aller  solliciter  l'appui  de  Râfa'ï. 

Il  ne  me  manqua  point  ;  son  autorité  eut  raison  de  Ten- 
têtement  et  de  la  violence  de  Moukia,  qui  dut  lui-même  me 
conduire  chez  Roua.  Il  devint  même  pour  moi  très  aima- 
ble :  il  me  frayait  un  chemin  à  travers  les  taillis,  m'aidant 
à  traverser  les  ruisseaux  et  me  facilitant  par  tous  les  moyens 
possibles  mon  voyage.  Le  1 5,  après  six  heures  de  marche,  nous 
faisions  halte  dans  de  hautes  herbes  oh  trois  familles  s'é- 
taient réfugiées.  Après  six  heures  de  marche,  le  lendemain, 
nous  étions  revenus  pour  la  troisième  fois  à  la  résidence  de 
Moukia.  La  réception,  cette  fois,  fut  tout  autre  :  Moukia  fit 
venir  les  hommes  qui  devaient  m'accompagner,  puis  leur 
administra  une  forte  correction  en  leur  faisant  jurer  de 
mourir,  s'il  le  fallait,  pour  moi  et  son  frère  Cadet,  qui  devait 
le  remplacer  auprès  de  moi.  Il  les  menaça,  s'ils  nous  aban- 
donnaient à  la  merci  des  ennemis,  de  les  livrer  eux,  leurs 
femmes  et  leurs  enfants  au  dernier  des  supplices.  Le  18 
novembre,  nous  quittions  Moukia  en  très  bel  équipage; 
notre  escorte  était  nombreuse,  et  les  hommes  qui  la  com- 
posaient portaient  avec  eux  des  armes  et  des  instruments  de 
musique.Nousnous  dirigions  vers  le  sud-ouest,etaprès  quatre 
heures  de  marche,  nous  nous  arrêtions  chez  une  tribu  amie. 
Le  19,  nous  fûmes  forcés  de  faire  à  travers  les  bois  un  grand 
nombre  de  détours  et  nous  ne  pûmes  faire  halte  qu'après 
six  heures  de  marche  chez  un  roi  qui  devait  nous  donner  des 
guides  pour  le  reste  de  la  route. 

L'entrée  de  sa  résidence  est  très  singulière  :  c'est  une  gorge 
étroite  entre  deux  montagnes  très  rapprochées  et  couvertes 
de  forêts,  oîi  il  fallait  pratiquer  de  nombreux  abattis  d'arbres 
pour  ouvrir  un  passage.  La  résidence  du  roi  est  placée  à  un 
endroit  où  les  montagnes  s'écartent,  mais  en  pleine  forêt. 
Tout  autour  des  demeures,  les  bois  forment  un  véritable  mur 

soc.  DE  GÉOGR.  —  JUILLET  1880.  XX.  —  3 


34  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

de  lianes,  de  feuilles  et  de  branches,  impénétrable  mèmeaux 
serpents.  L'humidité  de  ce  rempart  était  telle  qu'il  était  à 
l'abri  du  feu.  A  notre  arrivée,  toute  la  cour  du  roi,  femmes, 
esclaves,  enfants  sortirent  pour  nous  Voir.  Mais  mon  âne  eut 
alors  la  malencontreuse  idée  de  se  mettre  à  braire  de  toutes 
ses  forces;  ses  cris  répétés  par  les  échos  des  montagnes  fai- 
saient un  vacarme  épouvantable  :  les  indigènes  terrifiés 
s'enfuirent  dans  leurs  huttes  et  notre  entrée  fut  manquée. 
Le  lendemain,  toute  une  tribu  s'enfuit  dans  les  bois  en  nous 
Voyant  arriver,  et  après  huit  heures  de  marche  nous  avons 
été  forcés  de  nous  arrêter  en  pleine  montagne.  Le  21,  après 
une  route  de  deux  heures,  nous  avons  trouvé  désert  un  village 
habité  par  une  population  ennemie  de  Moukia  et  de  RoUa, 
et  notre  escorte  a  pillé  tout  le  village.   Ce  jour-là,  nous 
fûmes  encore  obligés  de  passer  la  nuit  dans  la  montagne, 
La  route,  le  lendemain,  fut  beaucoup  plus  facile;  nous  sui- 
vions une  chaîne  de  montagnes  sur  le  flanc  desquelles  nous 
nous  arrêtâmes  le  soir.  Le  23,  après  une  marche  d'une  demi 
heure,  les  sons  des  trompettes  d'ivoire  et  la  voix  joyeuse  de 
Yonguia  nous  annoncèrent  l'arrivée  de  la  garde  du  roi  et  de 
sa  suite.  Les  premiers  d'entre  les  gardes  nous  dirent  que 
Roua  les  suivait  à  peu  de  distance  et  qu'il  se  disposait  à 
rendre  visite  à  un  roi  de  ses  amis.  Le  roi  arriva  alors.  Je 
descendis  de  mon  âne,  tandis  qu'il  quittait  son  palanquin. 
Après  les  saints  d'usage,  il  me  laissa  l'un  de  ses  gens,  chargé 
de  me  conduire  à  sa  résidence  en  attendant  qu'il  fût  de 
retour,  et  il  lui  donna  l'ordre  de  satisfaire  tous  mes  désirs. 
Avant  d'arriver  à  la  cour  du  roi,  nous  dûmes  traverser  une 
forôt  épaisse,  suivre  le  cours  d'une  rivière  dont  les  bords 
étaient  fort  humides,  puis,  faire  l'ascension  d'une  montagne 
dont  la  terre  roulait  sous  nos  pieds,  et  où  il  nous  fallut 
bien  des  efforts  pour  hisser  notre  âne.  La  rivière  qui  coule 
à  droite  du  chemin  que  nous  suivions  devient,  sous  le  nom 
de  Gameto,  une  rivière  navigable;  elle  se  jette,  à  une  dis- 
tance d'un  jour  et  demi  de  marche,  dans  le  Biri,  un  peu 


VOYAGE  A  l'ouest  DtJ  HAUT  NIL.  35 

au  sud  de  la  zerîba  de  Ishâq.  Les  autres  rivières  dont  la 
direction  est  vers  l'ouest,  forment  un  fleuve  navigable,  le 
Ntomé,  qui  se  jette  dans  le  Bomo. 

A  Roua,  j'évitai  d'abord  soigneusement  de  touchera  toute 
espèce  de  mets  que  je  n'avais  pas  préparée,  Câi'  je  savais 
que  ces  peuples  étaient  anthropophages.  Un  jour  cepen- 
dant je  voulus  goûter  d'un  mets  qui  exhalait  une  odeur 
exquise  et  qui  avait  Tapparence  d'une  anguille  écorchée; 
j*avais  demandé  si  cet  animal  vivait  dans  l'eau,  mais  voîci 
comme  je  fus  trompé  :  ce  prétendu  poisson,  je  l*appris 
bientôt,  avait  été  tout  simplement  tué  sur  un  arbre  par  le 
roi  lui-même.  Quand  je  vis  qu'une  semblable  méprise  pou- 
vait m'exposer  à  manger  de  la  chair  humaine,  je  me  tins 
désormais  plus  que  jamais  sur  la  réserve. 

A  partir  de  Roua,  l'aspect  du  pays  change  ,  les  espèces 
d'arbres  ne  sont  plus  les  mêmes,  les  taillis  sont  de  plus  en 
plus  impénétrables.  Tous  les  troncs  se  rapprochent;  tous 
les  rameaux  s'entrelacent. Les  ruisseaux  sont  très  nombreux 
et  changent  sans  cesse  de  lit,  par  suite  de  l'abondance  des 
pluies  mensuelles  ;  le  maïs,  qui  réussit  mieux  ici  que  le  sor- 
gho, était  en  pleine  fleur.  On  le  sème,  paraît-il,  et  on  le  ré- 
colte quatre  fois  l'année. 

On  me  parla  d'une  grande  rivière  nommée  Ouchâl  (ou 
Ouchiâl)  qui  viendrait  de  la  contrée  de  Kîfa  et  se  jetterait 
dans  le  Bomo.  L'Ouchâl  ne  serait  donc  autre  que  le  fleuve 
formé  par  la  réunion  du  Matoua,  de  la  rivière  de  Kifa  et  du 
Ouelléou  Nalobé.  Je  visa  Roua  des  femmes  esclaves  qui  ve- 
naient des  contrées  situées  au  sud  du  Biri,  entre  celui-ci 
etl'Ouchâl,  Ces  femmes,  quoique  Niamanis  Banguiès,  ont 
une  coiffure  toute  différente  de  celles  que  portent  ordi- 
nairement les  femmes  Niamanis.  Elles  se  rasent  la  moitié 
de  la  tête  depuis  le  front  jusqu'à  la  nuque,  sans  former  de 
nattes  avec  le  reste  de  leurs  cheveux.  Ces  cheveux,  elles  les 
coupent  assez  courts  pour  qu'ils  se  tiennent  en  l'air.  liCS 
femmes  sont  entièrement  nues  des  pieds  à  la  tête;  au  lieu 


8Ô  V0VÀ6È  A  L^otJËs'r  i)ù  ttÀtJt  NIL. 

des  feuilles  classiques^  elles  portent  une  petite  natte  convelié^ 
déplus,  par  derrière,  en  guise  d'ornement,  ellesont,  attaché 
leur  ceinture,  un  petit  cône  de  bois  qu'elles  remuent  avec 
art  en  marchant,  quand  elles  veulent  faire  les  gracieuses. 

Enfin  Je  roi  arriva;  il  me  donna  des  hommes  pour  porter 
mes  bagages^  d'autres  pour  nous  précéder  et  nous  frayer 
la  route  au  milieu  des  bois,  où  l'élévation  constante  de  la 
température  et  l'abondance  des  pluies  entretiennent  une 
végétation  trop  luxuriante.  Cette  végétation  s'oppose  aux 
communications  des  peuples  entre  eux  et  au  développe- 
ment de  la  culture.  Ces  régions  sont  en  général  montueuses, 
traversées  de  rivières  et  de  ruisseaux.  Les  fourrés  sont  peu- 
plés de  bêtes  féroces,  quand  elles  peuvent  y  ramper;  car  il 
est  des  endroits  où  les  serpents  même  ne  sauraient  trou- 
ver une  place.  Le  soleil  parfois  ne  peut  percer  ces  couverts 
impénétrables.  On  les  traverse  en  pleine  obscurité,  à  une 
température  si  basse  qu'on  a  peine  à  se  croire  sur  terre. 

Les  indigènes,  à  l'époque  des  semailles,  sont  obligés  de  dé- 
fricher leurs  champs,  ainsi  que  de  couper  les  arbres  sur  le 
chemin  du  roi.  On  les  voit  ramper  comme  des  bêtes  fauves 
à  travers  les  bois;  pour  nous,  nous  avons  été  condamnés  à  de 
nombreux  détours.  Nous  avancions  lentement  vers  le  sud.  Le 

28  novembre,  nous  traversions  un  pays  dont  les  habitants 
mangent  les  fourmis  noires  assaisonnées  avec  des  graines 
d'herbe  :  trois  heures  après,  nous  étions  chez  le  roi  Feriki.  Le 

29  nous  avons  été  forcés  de  suivre  le  cours  d'une  rivière 
très  marécageuse,  le  bois  étant  trop  touifu  pour  nous  per- 
mettre de  voyager  sur  le  flanc  des  montagnes.  Pour  comble 
de  malheur,  la  plupart  de  mes  hommes  s'enfuirent,  me  lais- 
sant là  avec  mes  bagages,  lime  fallut  envoyer  demander 
au  roi  Feriki  d'autres  porteurs.  Pendant  ce  temps,  j'aban- 
donnai le  reste  de  mon  escorte  avec  les  bagages  et  je  partis 
avec  un  guide  et  un  interprète,  pour  aller  chez  le  roi  Mpiri. 
J'atteignis  sa  résidence  après  dix  heures  d'une  marche  fort 
pénible  et  j'envoyai  alors  chercher  mes  bagages. 


j 


VOYAGE  A  L*OUKST  DU  HAUT  NIL.  37 

Le  lendemain,  je  repris  ma  route,  je  fis  halte  le  soir  dans 
une  forêt;  le  l**"  décembre  1876  j'arrivai  chez  Inguimma, 
qui  a  établi  sa  résidence  à  une  heure  environ  de  la  rivière 
Béré,  Cette  rivière,  navigable,  coule  vers  l'ouest  pour  se 
jeter  dans  le  Bomo,dans  le  pays  du  roi  Foréma.  Au  sud,  s'é- 
tend de  Test  à  l'ouest  une  chaîne  de  montagnes  qui  doit 
être  la  continuation  des  montagnes  mentionnées  plus  au 
sud  par  M.  Schweinfurth  et  prolongées  à  l'est  jusqu'aux 
montagnes  Bleues,  où.  Sir  S.  Baker  place  les  sources  du 
Kivali.  J'ai  aussitôt  donné  à  cette  chaîne  le  nom  de  mont 
Georges,  en  l'honneur  du  roi  des  Hellènes.  Elle  est  traver- 
sée par  rOuchâl  qui  descend  deKifa  dans  la  direction  de 
l'ouest,  et  se  trouve  à  cinq  journées  de  marche  environ  au  sud 
d'Inguimma.Les  indigènes  qui  l'habitent  se  nomment  Niama- 
nisBanguiés;  le  plus  célèbre  de  leurs  rois  est  un  certain  Foré- 
ma. Ils  ont  été  en  guerre  longtemps  avec  Inguimma,  ce  qui 
m'a  empêché  alors  de  poursuivre  ma  route  à  travers  les  monts 
(jecrges.Maisj'oblinsdeshabitantsquelquesrenseignements. 
L'Ouchâl  irait,  selon  eux,  se  jeter  dans  une  grande  masse 
d'eau  que  remontent  des  bâtiments  à  voile;  le  Bomo  s'y  jet- 
terait aussi.  AusuddeTOuchâl  se  trouvent  un  grand  nombre 
de  petits  lacs  peuplés  d'une  infinité  d'oiseaux. 

Voilà  tout  ce  que  j'ai  pu  savoir.  Quelque  insuffisants  que 
fussent  ces  renseignements,  j'ai  dû  retourner  auprès  de 
Fériki,  et  de  là,  le  8  du  même  mois,  je  partis  vers  l'ouest, 
cherchant  un  chemin  vers  le  sud.  Après  six  heures  de 
marche,  je  fis  halle  en  pleine  forêt,  et  le  lendemain  j'ar 
rivai  chez  le  roi  Baka.  Le  10,  dans  la  direction  du  sud- 
ouest,  je  traversai,  après  une  route  de  trois  heures,  la  rivière 
Ntomé  ,qui  est  navigable.  Le  11  décembre  j'atteignais  la 
résidence  d'Alikapou,  le  représentant  de  Ginnaouy,  située 
bord  du  Bomo,  entre  les  confluents  duBéti  et  du  Ntomé.  Je 
trouvai  là  une  multitude  de  tomates  que  je  recueillis 
pour  ma  consommation  personnelle.  Cette  plante  pousse 
là  spontanément;  et  je  ne  puif»  Croire  qu^elle  ait  été  appor^ij 


38  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL. 

tée  par  M.  Schweinfurth.  Elle  se  trouvait  à  Mofio,  au  dire 
des  Niamanis,  bien  avant  Tarrivée  des  Arabes  dans  le  pays. 

De  ce  côté  encore,  les  guerres  d'Alikapou  avec  Foréma 
me  forcèrent  à  remonter  vers  le  nord;  le  13  je  passai  le 
Bomo.  Ce  fleuve  arrose  le  pays  de  Poréma,  et  court  vers 
l'ouest,  après  avoir  reçu  le  Béré.  Il  baigne  le  pied  des  monts 
Georges  et  sépare  les  Niamanis  Banguiés,  qui  appartiennent 
à  Foréma,  des  Niamanis  Aboudingas  chez  qui  je  pouvais 
avoir  des  renseignements  sur  les  autres  régions  Mais  il  fallut 
y  renoncer,  caries  monts  Georges  m'empêchaient  de  pour- 
suivre et  d'achever  ma  route  jusqu'à  l'Océan.  Je  me  dirigeai 
résolument  vers  le  nord-ouest,  et  bientôt  je  me  vis  délivré  de 
ces  bois  épais,  de  ces  ruisseaux  sans  nombre,  de  ces  hautes 
montagnes  qui  jusque-là  avaient  entravé  ma  route  à  l'ouest, 
àl'est  et  au  sud.  Cependant  j'eus  encore  à  traverser  quelques 
bois  assez  touffus,  je  rencontrai  de  petites  rivières  qui  allaient 
au  sud-ouest  grossir  la  Niméra,  et  je  ne  m'arrêtai  qu'après 
dix  heures  de  marche.  Le  lendemain,  en  franchissant  quel- 
ques rivières  au  milieu  des  montagnes,  nous  sommes  arrivés 
sur  un  faîte  de  collines  qui  doivent  probablement  se  ratta- 
cher aux  monts  de  Sassa.   Au  delà,  en    descendant,  nous 
avons  passé  la  Niméra,  qui  est  navigable,  coule  au  sud-ouest  et 
va  se  jeter  dans  le  Proungo;  puis  il  nous  a  fallu  fairede  nou- 
veau l'ascension  des  mêmes  hauteurs,  et  c'est  ainsi  qu'après 
une  marche  de  douze  heures,  avec  ces  alternatives  de  montée 
et  de  descente,  nous  avons  enfin  fait  halte  au  bord  d'un  ruis- 
seau qui,  dirigé  du  nord  au  sud,  coule  vers  la  Niméra. 

Pendanlla  nuit  nous  fûmes  exposés  aux  attaques  furieuses 
d'une  espèce  de  grandes  fourmis  armées  d'un  dard  comme  les 
abeilles.  Les  Niamanis  eux-mêmes  leur  donnent  le  nom  de 
fourmis  anthropophages.  On  les  rencontre  dans  tout  le 
pays  où  elles  font  une  véritable  chasse  aux  arndAa  (termites). 
Dès  qu'elles  sortent  de  leur  fourmilière,  elles  s'avan- 
cent .sur  des  rangées  de  trois,  comme  des  soldats,  sai- 
sissent les  arndha  et  les  emportent.  Les  guides  des  fourmis, 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  ft9 

qui  dirigent  la  colonne,  s'avancentannonibrede  six.  Il  existe 
également  une  autre  espèce  de  fourmis  aussi  grande,  verte 
et  tachetée  d'or,  munie  également  d'un  aiguillon,  mais  moins 
dangereuse  et  qui  se  rencontre  plutôt  au  nord  :  c'est  peut- 
être  celle  que  Strabon  a  mentionnée. 

Le  15,  après  avoir  traversé  la  petite  rivière  au  bord  de 
laquelle  j'avais  fait  halte,  j'arri\ai,  au  bout  de  trois  heures 
de  marche,  chez  Pirintzi,  un  des  trafiquants  de  la  compagnie 
de  Zoubêr  Pacha.  Il  était  alors  en  guerre  avec  les  Aboudingas, 
et  il  se  proposait,  quand  il  aurait  fini  cette  guerre,  d'en  dé- 
clarer une  autre  à  Foréma.  Il  voulut  m'empêcher  de  con- 
tinuer ma  route,  en  me  représentant  les  immenses  périls 
auxquels  je  m'exposais,  sans  parler  des  peuplades  anthro- 
pophages que  je  rencontrerais.  Quand  il  vit  ma  résolution 
inébranlable,  il  feignit  de  m'envoyer  à  Foréma,  mais  secrè- 
tement il  donnait  des  ordres  pour  qu'on  me  dirigeât  vers 
les  zerxbas  du  nord.  Le  18,  après  une  longue  marche  à 
l'ouest,  j'arrivai  chez  le  roi  Agata,  dont  la  résidence  est  au 
bord  du  Proungo.  Ce  fleuve  est  navigable  ;  il  coule  vers  le  sud 
et,  grossi  de  la  Niméra,  il  se  jette  dans  le  Bomo  sous  le  nom 
d'Oura.  Le  lendemain  je  franchis  le  Proungo  et  je  fais  halte, 
après  trois  heures  de  marche,au  milieu  d'une  tribu  banda. Le 
20  je  m'engage,  toujours  dans  la  direction  de  l'ouest,  à 
travers  un  pays  beaucoup  moins  montagneux,  et  cinqheures 
après  j'arrive  à  la  résidence  de  Râfa'ï.  Cette  résidence 
est  au  bord  d'une  rivière  navigable  que  les  indigènes  appeU 
lent  Tzigo,  au  delà  de  laquelle  sont  les  Niamanis  Aboudingas. 
M.  Schweinfurth  appelle  ce  cours  d'eau  rivièred'Aboundiga 
et  croit  qu'il  coule  du  sud  au  nord.  Ce  doit  être  une  erreur, 
car  le  Tzigo  prend  sa  source  dans  les  monts  Abbafiri  et 
coule  vers  le  sud  :  il  est  affluent  du  Bomo. 

Les  ancêtres  de  Râfa'ï  sont  autrefois  arrivés  de  Sa 
banga,  dans  le  domaine  de  la  nation  Banda;  ils  ont  con- 
quis tout  le  pays  qui  s'étend  entre  le  Tzigo  et  le  Proungo  et 
qui  appartenait  aux  Niamanis.  Les  Niamanis  ont  été  vaincus, 


40  VOYAGE  A  l'ouest  DU   HAUT  NIL. 

expulsés  ou  mangés.  Râfa'ï  m'a  dit  que  la  rivière  de  Sa- 
banga  coule  vers  le  sud,  laissant  à  l'ouest  la  nation  Afno.  A 
trois  journées  de  marche,  à  l'ouest  de  Sabanga,  se  trouverait 
une  grande  rivière  nommée  Mpokto.  Le  peuple  qui  habite 
sa  rive  occidentale  porte  le  môme  nom.  Cette  rivière  se 
divise  en  deux  bras  dont  Tun,  coulant  à  l'ouest,  va  se  jeter 
dans  rOcéan,  et  dont  l'autre  se  dirige  vers  le  nord,  sur  le 
territoire  de  la  tribu  Rinda.  Ce  second  bras  serait  la  mênie 
rivière  que  les  Arabes  m'avaient  signalée  dans  les  monts 
Niamba  *.  Quant  à  l'Ouchâl  et  aux  différents  fleuves  qui 
descendent  des  monts  Georges,  j'y  verrais  volontiers  des 
sources  du  Kongo.  L'immense  quantité  d'eau  que  roulent 
l'Ouchâl  et  leBomo  rend  inadmissible  l'hypothèse  qu'ils  for- 
meraient un  seul  et  même  fleuve.  Zoubêr  Pacha,  qui  a  des- 
cendu le  fleuve  Tzigo  jusqu'à  son  confluent  avec  le  Bomo, 
et  le  Bomo  lui-même  jusqu'à  son  confluent  avec  la  rivière 
Sabanga,  m'a  assuré  que  la  rivière  Sabanga,  qui  traverse  le 
pays  des  Aboudingas,  estnavigable.'Il  avait  appris  des  indi- 
gènes que  le  Bomo,  plus  à  l'ouest,  se  divise  en  deux  bras 
dont  l'un  coule  au  nord  et  l'autre  vers  le  sud  un  bateau  à 
vapeur  avait  un  jour  remonté  le  bras  du  sud  jusqu'au  pays 
des  Niamanis.Il  était  dirigé  par  des  blancs  qui  apportaient  du 
fer  et  du  sucre,  mais  les  Niamanis  les  ont  tués  et  mangés. Le 
bateau  à  vapeur  esttoujours,  depuis  treize  ans,  resté  amarré 
au  môme  endroit.  D'après  ces  renseignements  très  précis, 
j'avais  d'abord  cru  que  ce  bras  du  Bomo  devait  être  la  rivière 
Ogôoué.  M ais  M.  de  Brazzanous  affirme  avoir  suivi  l'Ogôoué 
jusqu'à  sa  source.  Il  faut  donc  croire  que  le  bras  méridional 
du  Bomo  se  réunit  à  l'Ouchâl  pour  former  le  Kongo.  Le 
bras  du  Mpokto  dont  nous  a  parlé  Râfa'ï,  doit  être  un  autre 

1.  D'aprî's  rétudo  qu'il  a  faite  Uc  l'hyUrographie  de  cette  partie  de 
l'Afrique,  M.  H .  Duveyrier  inclino  à  croire  que  la  rivière  de  Rinda  devient 
plus  loin  le  ChAri.  Los  indigènes  nfllrmcni  que  Vautre  bras  du  Mpokto 
se  jo.tto  dans  TOcf^an.  Si  cela  est  exact,  il  faut  que  ce  soit  quelque  part 
•ntrfl  le  Nlstcr  cl  l'O^oué,  et  que  dci  marais  carhcnt  pon   embouchure. 


VOYAGK  A   L*OUEST  DU  HAUT  NIL.  41 

bras  formé  par  le  Châri  plus  au  nord.  Ainsi  le  majestueux 
Bomo  nous  donnerait  deux  voies  de  communication  avec 
rOcéan,  l'une  par  le  Kongo,  Tautre  par  le  Mpokto.  Ce  der- 
nier doit  avoir  son  embouchure  au  milieu  des  marais  de 
rOgôoué  et  du  Koâra*.  Le  bateau  à  vapeur  qui  a  paru  dans 
rOuchâl  a  pu  remonter  par  conséquent  de  deux  manières. 
Mais  M.  Stanley  nous  dit  que  les  bateaux  sur  le  Kongo  ne 
peuvent  dépasser  une  certaine  cataracte  qu'il  appelle  cata- 
racte de  la  reine  Victoria.  C'est  donc  par  le  Mpokto  qu'ils 
seraient  forcés  de  s'avancer  dans  ces  pays  encore  si  peu 
connus. 

Je  crois  donc  que  TOuchâl  et  le  Bomo  doivent  compter 
parmi  les  sources  du  Kongo.  Quanta  ce  fleuve,  qui  viendrait, 
selon  Livingstone,  du  Tanganika,  je  veux  bien  accepter  ce 
qu'en  a  dit  M.  Stanley  dans  sa  correspondance,  mais  non 
pas  ce  qu'il  en  a  dit  dans  son  livre,  qui  renferme  quel- 
ques erreurs.  Pourquoi  M.  Stanley,  par  exemple,  fait-il  cou- 
ler l'Ouchâl  vers  le  sud,  dans  le  Kongo?  M.  Schweinfurth, 
qui  a  passé  cette  rivière,  nous  la  présente  comme  se  diri- 
geant de  l'est  à  l'ouest.  Pourquoi  dit-il  que  l'Ouchâl  n'a 
pas  beaucoup  d'eau,  quand  M.  Schweinfurth  a  remarqué 
que  le  Brouailé  avait  autant  d'eau,  et  l'Ouellé  plus  d'eau 
que  le  Nil  Bleu? 

Râfa'ï  me  dit  qu'à  cause  des  bois  et  des  marécages,  je  ne 
pouvais  me  rendre  chez  Foréma  ;  il  offrait  cependant  de  m'y 
conduire  par  un  détour,  en  passant  par  la  résidence  de  son 
frère  Kachol^  qui  se  trouvait  six  heures  plus  au  nord.  J'avais 
bien  compris,  depuis  Agata,la  ruse  de  Pirintzi;  en  vain  je 
promis  toute  espèce  de  présents  à  Râfa'ï,  s'il  voulait  tenir 
compte  de  mes  désirs  :  il  resta  inébranlable.  Je  dus  me  di- 
riger vers  le  nord;  je  traversai  une  région  où  les  Borassus 
se  trouvaient  en  abondance.  J'étais  alors  dans  une  zone  cli- 
matérique  tout  à  fait  analogue  k  celle  que  j'avais  remarquée 

1i  On  Masfiithnlo*  que  j'ju.timjlo  tiu  î^ljçcri 


42  V0TA6E  A  l'ouest  DU  HAUT  KIL. 

plu»  à  Test,  entre  rOnellé  et  le  Bomo.La  terre  y  est  blanche 
et  lytérile,  et  Ton  y  voit  plus  de  teleboun  que  de  sorgho. 
En  arrivant  chez  Kachol,  je  passai  un  affluent  du  Proungo 
qui  venait  du  nord-ouest.  Kachol  voulut  me  tromper 
comme  les  précédents,  mais  la  ruse  était  bien  grossière. 
Il  ne  m^aiderait^  dit-il,  que  si  je  voulais  gagner  les  zeribas  du 
nord. 

Que  faire?  J'étais  bien  loin  de  Foréma,  au  milieu  de  po- 
pulations mal  disposées  pour  moi.  Je  me  décidai  à  revenir, 
et,  mo  dirigeant  au  nord  vers  de  stériles  montagnes,  je 
franchis,  après  quatre  heures  de  marche,  le  25  décembre 
1870,  un  affluent  du  Proungo  qui  venait  du  nord-ouest.  Je 
rencontrai  là  les  troupes  arabes  de  toutes  les  zerîbas  qui 
allaient  se  joindre  à  Pirinlzi  pour  faire  la  guerre  aux  Abou- 
dingas.Elles  accueillirent  très  cordialement  mes  interprètes, 
qui  me  demandèrent  à  se  joindre  à  elles  pour  aller  délivrer 
leurs  frères.  La  permission  fut  octroyée,  et  je  continuai  ma 
route.  Après  doux  heures  de  marche,  je  fis  une  première 
halte  dans  une  région  montagneuse.  Le  26  décembre,  je 
traversai  un  autre  affluent  du  Proungo  qui  venait  aussi  du 
nord-ouest,  mais  qui  était  bien  plus  grand  que  les  précé- 
dents, Nous  n'avons  pu  prendre  de  repos  qu'après  une 
niarcho  de  dix  heures  en  pleine  montagne.  Le  lendemain, 
apriNs  quatre  heures  de  marche,  nous  rencontrons  encore  un 
affluent  du  Bomo  que  les  Arabes  nomment  Khor-A'ouy.  Puis, 
tournant  &  Test,  nous  traversons  enfin  le  Proungo  lui-même 
sur  un  pont  formé  de  deux  arbres  entiers  attachés  avec  des 
cordes.  Une  demi-heure  après,  nous  faisons  halte  dans  la 
tribu  Kréko-Banda.  Le  â8,  marche  de  sixheures à  travers  les 
montagnes  :  nous  atteignons  la  leriba  de  Sahini,  fîls  de 
Kdris  Deftor»  Lo  30  di^oembre,  nous  prenons  alors  résolu- 
mont  la  route  du  uord-ost,  et  apivs  sept  heures  de  marche, 
après  avoir  ft^uohi  uno  rivi^ro  qui  court  du  nord-ouest  et 
va  se  jeter  dans  le  Betî,  nous  nous  arrêtons  à  la  zerîba 
Idris«  sUué<^au  miUen  de$  montagnes* 


VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  NIL.  43 

Je  ne  la  quittai  que  le  2  janvier  1877  pour  me  diriger 
vers  Test.  Après  trois  heures  de  marche  j'étais  hors  des 
montagnes,  dans  une  vaste  prairie  qui  borde  au  nord  le 
Béti.  Après  cinq  heures  de  route  je  fis  halte  auprès  d'une 
source  ;  le  3  janvier^  je  coupai  la  route  que  j'avais  suivie  en 
descendant  d'Agata  à  Mofio  et  je  fis  halte  le  soir  près  de 
rOuéchi,  affluent  du  Béti.  Le  4  janvier,  nous  traversions  le 
Béti,  et  après  deux  heures  de  marche  nous  atteignions  la 
chaîne  des  Zantés»  et  la  résidence  d'un  roi  kréki.  Tout  occu* 
pé  à  sa  moisson,  le  souverain  refusant  de  me  donner  des  por- 
teurs, je  me  décidai  à  lui  laisser  mes  bagages;  je  partis 
avec  mon  domestique  et  arrivai  sans  guide  au  milieu  d'une 
tribu  kréki  :  cette  tribu,  occupée  comme  la  précédente  aux 
travaux  des  champs,  ne  pouvait  me  donner  les  hommes  ni 
le  guide,  nécessaires  pour  traverser  le  désert  qui  nous 
séparait  de  Dêm  Goutchio.  Jamais  on  n'eût  osé  le  franchir 
autrement  que  par  caravanes,  tant  il  est  peuplé  de  bêtes 
féroces  :  je  le  fis  cependant.  Monté  sur  un  âne  très  robuste, 
accompagné  de  mon  domestique,  je  me  hasardai  et  ne, 
rencontrai  dans  le  désert  qu'une  espèce  de  cochon  pourvu 
d'une  longue  crinière  qui  pouvait  de  loin  le  faire  confondre 
avec  un  lion.  Je  rencontrai  ailleurs  le  même  animal,  et  je 
ne  vis  bien  qu'alors  cequ'îl  était.  Après  quatre  heures  de  mar- 
che, je  passai  un  affluent  du  Gangoua,  et  ensuite  le  Gangoua 
lui-même,  au  milieu  du  pays  des  Krékis,  Une  montagne 
seule  nous  séparait  encore  de  la  vallée  de  Dêm  Goutcho. 

Le  gouverneur  de  Dêm  Goutcho  sepréparait  alorsàfaire  un 
voyage  de  dix  jours  vers  le  sud-est  pour  imposer  l'esclavage 
aune  tribu  des  Ndjangués.  il  était,  ce  jour-là,  ivre  mort  et  ne 
put  me  recevoir.  De  bon  matin,  le  lendemain,  je  passai  auprès 
de  la  source  entourée  d'arbres  que  M.  Schweinfurth  a  dé- 
crite, et,  tournant  à  Test,  je  franchis  une  montagne  qui 
paraît  être  la  continuation  de  la  chaîne  des  Zantés.  Après 
avoir  traversé  un  affluent  du  Biri,  puis  le  Biri  lui-même, 
j  arrivai  le  6  janvier  chez  Mosmar,  homme  fort  aimable  et 


44  VOYAGE  A  L*OUEST  DU   HAUT  NIL. 

très  poli  qui  envoya  chercher  aussitôt  mes  bagages.  J*eus 
le  bonheur  de  les  recevoir  intacts. 

Je  quittai  Mosmar  le  1 3  du  même  mois;  après  trois  heures  de 
marche dansles montagnes,  jecoupai  la  plus  grande  route  de 
toute  cette  région,  celle  qui  conduit  directement  de  la  rési- 
dence de  Zoubêr  Pacha  à  Dèm'  Bakir  et  de  là  chez  Moustafa. 
Passant  d'autres  montagnes  toutes  peuplées  de  buffles,  je 
m'arrêtai  auprès  de  deux  affluents  duKourou  qui  se  dirigent 
du  nord-ouest  au  sud-est;  le  lendemain  15  janvier,  je  tra- 
versai leKourou  même  et  fis  halte,lesoir,àlazerîbaHabessi, 
et  le  16  à  la  zerîba  de  EdrîsDefter,  qui  est  moudir  de  toute 
la  région  du  Bahar-el-Ghazâl.  Je  lui  fus  présenté  par  Faqih- 
Allah,  qui  me  donna  une  lettre  de  recommandation  pour 
toutes  les  zerîbas,  en  me  priant  de  l'attendre  à  la  zerîba 
Ghattâs.  Le  17janvier,  jem'arrêtaiau  bord  de  la  rivièreKa- 
zagaouTembo,et  le  18  à  la  zerîba  Golferât,queM.  Schwein- 
furth  appelle  Ngoufala,  et  où  il  a  passé  quelques  jours  pen- 
dant son  voyage  de  Dôm  BékiràOuaou.  Golferât  se  trouve 
sur  la  frontière  occidentale  du  pays  des  Bongos.  Je  la  quittai 
le  19  pour  faire  halte  à  la  zerîba  de  Ahmédabad.  Je  suivis 
alors  une  direction  nord-est,  afin  de  franchir  la  rivière  Héré 
ou  Bongo,  surles  bords  de  laquelle  se  trouve  encore  une 
zerîba  appartenant  à  Ahmédabad  et  où  l'on  voit  un  monu- 
ment dit  «  de  la  signora  «.C'est  celui  de  madame  Tinné. 

Le  21,  au  sortir  d'un  défilé  formé  par  deux  hautes  mon- 
tagnes, j'entrais  dans  le  pays  des  Ndjoûrs,  et  je  m'arrêtais 
à  la  zerîba  de  Koutchouk  Ali,  au  bord  de  la  rivière  Ndjoûr. 
M.  Schweinfurth  y  avait  aussi  fait  une  halte  autrefois  en 
revenant  d'Ouaou.  Au  sud  de  cette  zerîba  se  trouvent  les 
Bongos,  et  au  sud  de  ceux-ci  la  Balanda,  qui  est  habitée  par 
les  Ndjoûrs;  M.  Schweinfurth  l'affirme  également.  De  là 
jusqu'à  la  zerîba  Ghattâs,  j'ai  suivi  la  même  route  que  cet 
illustre  voyageur,  par  la  zerîba  de  Ahmed'Ali,  où  ses  collec- 
tions ont  été  brûlées,  et  le.  24  janvier  j'atteignais  la  zerîba 
Ghattâs  sur  le.s  frontières  des  NdjaDguéâ  Bongoâ  et  d^s 


VoVaGË  A"^L*OtJESt  m  HAUT  WL»  45 

Ndjoûfs*  Pâqih'Allah  est  venu  m'y  rejoindre  douze  jours 
après,  le  jour  où  je  me  disposais  à  reprendre  ma  route  vers 
Test,  c'està-dire  le  7  février. 

Je  fis  halte  ce  jour-là  à  la  zerîba  Tanis,  près  de  la  rivière 
du  môme  nom  qui,  selon  M.  Schweinfurth,  se  jette  dans  le 
Bahar-el-Ghazâl.  Mais,  d'après  les  indigènes,  elle  se  jette- 
rait dans  un  lac  situé  un  peu  plus  au  nord  que  Tendroit 
où  je  la  passai,  et  qui  n'a  point  d'issue.  Le  8  février,  je 
m'arrêtai  dans  un  village  ndjangué  qui  est  bordé  au  nord 
par  des  steppes  d'une  grande  étendue.  Ce  caractère  de 
steppes  particulier  à  cette  région  meparadt  fort  bien  s'ac- 
corder avec  la  mention  que  font  les  indigènes 
fleuves  se  perdant  dans  des  bassins  fermés.  Gomme  le 
Tanis  en  effet,  l'Ayak,  que  je  traversai  un  peu  plus  loin  en 
quittant  la  zerîba  Cherîf,  c'est-à-dire  le  10  février,  et  qui  est 
un  peu  plus  grande  que  le  Tanis,  se  perd  au  nord-est 
dans  un  lac  appelé  Guéki.  L'Ayak  sert  de  limite  aux  Ndjan- 
gués  et  auxDingas.  Les  Ndjangués  s'étendent  jusqu'au  nord 
dulacTanis,  où  ils  confinent  aux  Nouêrs,  etausud  jusqu'àHle 
formée  par  le  Ndjoûr  et  le  bras  du  Boro  dont  j'ai  déjà  parlé; 
d'autre  part  ils  vont  jusqu'au  pays  des  Nômbas  et,  au  nord 
du  Bahar  el-Ghazâl,  jusqu'à  l'endroit  où  se  réunissent  les 
cours  d'eau  qui  forment  le  Fakam.  Le  11  février,  je  fis  halte 
dans  la  zerîba  Cap  Siaby,  qui  relève  de  la  moudirîyé  de  Roi. 
Le  12,  je  passai  un  torrent  appelé  Fytio,  qui  se  jette  dans 
le  lac  Guéki,  et  j'atteignis  le  13  la  zerîba  de  Malzac,  cù  se 
trouve  la  résidence  du  moudir  Yousef.  Plus  au  sud,  on 
rencontre  une  population  mélangée  de  Ndjoûrs  et  de  Nouêrs, 
que  les  Bongos  appellent  Bellic,  qui  parle  la  langue  des 
Nouêrs,  mais  «qui  a  toutes  les  habitudes  des  Bongos. 

Le  moudir  Yousef  ne  voulait  pas  me  permettre  de  con- 
tinuer ma  route  vers  l'est,  m'affirmant  que  le  gouverneur 
de  Khartoûm  ne  l'avait  pas  permis  à  un  Anglais  qui  était 
mort  fou  à  Berber.  Je  lui  répondis  qu'il  allait  m'obliger  à 
me  hasarder  au  nord,  au  milieu  des  nations  indépendantes 


46  VOYAGE  A  L*OUEST  DU  HAUT  NiL. 

des  Dingas  et  des  Nouôrs*  Par  pitié  il  me  permit  enfin  d'a- 
chever mon  voyage,  en  m'interdisant  d'ailleurs  sévèrement 
tout  écart  vers  le  sud.  Le  15  du  mois,  vers  le  soir,  il  y  eut 
une  éclipse  de  lune  qui  donna  lieu  à  des  orgies,  à  des  fes- 
tins de  toute  sorte,  chez  les  Dingas  et  les  musulmans* 

Le  17  février,  je  me  remis  en  route  pour  franchir  le  Roi, 
près  duquel  je  fis  halte  dans  la  zerîba  d'Adaël.Le  Roi,  après 
quelques  détours  dans  la  direction  du  nord,  tourne  vers 
l'ouest  et  se  jette  aussi  dans  le  lac  Guéki.  On  en  a  fait  à  tort 
un  affluent  du  Bahar-el-Djébel.  Je  suivis  le  18  le  cours  du 
Roi  jusqu'au  point  où  il  tourne  définitivement  à  l'ouest,  et 
je  m'arrêtai  dans  une  tribu  de  Dingas  indépendants.  Le 
19  je  retrouvai  encore  des  steppes,  où  poussent  cependant 
quelques  dattiers  sauvages,  et  je  m'arrêtai  au  bord  de  la 
rivière  Deguintchou.  Plus  grande  que  le  Roi,  elle  est  maré- 
cageuse et  toute  couverte  d'herbes.  Elle  vient  du  pays  de 
Mondou,  passe  à  Aliap,  tourne  au  nord-est  et  forme  le  lac 
Mantchok.  Le  ^  février,  j'appuyai  plutôt  vers  le  nord,  et 
je  traversai  une  rivière  dont  l'eau  était  claire  comme  celle 
du  Bahar^el^Djébel  et  tributaire  aussi  du  Mantehok.  Elfe 
vient  d'un  lac  situé  plus  au  sud  dans  le  pays  d'Atot,  et  ce 
lac  lui-même  ne  serait  qu'une  ramification  du  Bahar-ei- 
Djébel.  En  amont  du  point  où  se  fait  la  jonction,  le  Djebel 
recevrait  sur  sa  rive  gauche,  un  affluent  qu'on  nomme  Gai. 
Un  peu  plus  loin  je  passai  une  autre  rivière  venant  aussi 
du  lac  Âtot  et  se  jetant  dans  le  lac  Mantchok,  L'île  formée 
enU^  les  deux  lacs  Mantchok  et  Atot  par  les  deux  rivières 
que  nous  avons  passées,  s'appelle  Laou. 

Aï^ès  avoir  fait  halte  ce  jour-là  auprès  de  puits  sans 
eau,  j'atteignis,  le  lendemain  22  février  ou  6  mars,  Siaby  ou 
Châby  et  les  lacsHoursit  sur  le  Bahar^el-Djébel.  En  aval  de 
ce  point  le  Djebel  enverrait  sur  sa  rive  gauche  deux  ra- 
mifications qui  forment  les  lacs  Hoursit,  Mantchok,  Guéki, 
Atot  et  Tanis.  Au  temps  des  inondations  du  Nil,  ees  nappes 
d'eau  ne  forment  plus  qu'un  seul  et  même  lac;  on  y  voit 


VOYAGÉ  k  l'ouest  DU  HAUT  NlL.  47 

surgir  quelques  îlols,  avec  des  collines.  Les  habitants  se  reti- 
rent au  nord;  J'ai  remarqué  en  outre,  au  sud  du  Siaby, 
un  grand  courant  d'eau  qui  se  forme  seulement  à  Tépoque 
des  inondations.  Je  crois  qu'il  se  constituera  d'une  façon 
durable,  le  jour  où  une  forte  crue  réunissant  à  jamais  les 
différents  lacs,  formera  un  lac  que  je  propose  d'appeler  lac 
d'Olga,  du  nom  de  la  reine  des  Hélènes. 

A  Ghâby,  j'attendis  le  bateau  à  vapeur  pour  descendre 
le  fleuve.  Je  rencontrai  le  comte  Edouard  et  Mason  Beyen 
route  pour  Lardo,  ils  me  prièrent  de  voir  Gordon  Pacha,  gou- 
verneur deKhartoûm,  et  de  lui  remettre  des  lettres.  Ils  pen- 
saient que  Gordon  Pacha  aurait  quelque  intérêt  à  connaître  ce 
que  j'avais  vu  pendant  mon  voyage  :  ils  se  trompaient.  Son 
Excellence  en  savait  plus  long  que  moi  et  ne  me  demanda 
rien.  Le  31  mars  (ou  12  avril)  je  partis  de  Siaby  sur  un  Va- 
peur qui  remorquait  trois  autres  vaisseaux  chargés  d'es- 
claves dingas  et  baris.  Ces  contrées  s'étaient  révoltées; 
pour  punir  les  indigènes  qu*on  ne  pouvait  emmener  en  es- 
clavage, on  avait  détruit  tous  leurs  bestiaux,  et  les  malheu- 
reux habitants  n'avaient  plus  qu'une  ressource  :  vivre  à 
l'étal  sauvage  dans  les  forêts.  Je  parlai  à  Mason  Bey  de 
cette  cruelle  mesure.  Il  me  répondit  que  les  Arabes  ne  pre- 
naient jamais  que  la  moitié  des  bestiaux  et  laissaient  l'autre 
aux  indigènes.  Voulait-il  me  persuader  que  les  Arabes,  par 
cette  concession  équitable,  avaient  pour  objet  d'obliger  les 
indigènes  à  se  soumettre  au  gouvernement  du  Khédive  t 

Après  sept  heures  de  navigation,  nous  atteignions  l'endroit 
où  une  ramification  du  Bahar-el -Djebel  forme  le  Ba- 
har-el-2erâf.  Le  commencement  de  cette  rivière  est  sur 
la  frontière  des  Nouérs  et  des  Dingas,  qui  s'étend  à 
Touest  jusqu'au  confluent  du  Bahar-el-Ghazâl  et  du  ^oro,  à 
l'est,  jusqu'au  confluent  du  Gango  et  de  la  Guimba.  Quant 
an  Bahar-el-Djébel,  il  devient  très  large  et  se  répand  de 
côté  et  d'autre  dans  d'immenses  marais  couverts  de  papy- 
rus et  infestés  de  moustiques.  Avant  d'arriver  à  la  jonc- 


4H  Voyage  a  L^otiÈsï  Dit  Hkvt  ml* 

tion  du  fiahar  el-'Djébel  et  du  Bahar  el-Ghazàl ,  tloUâ 
laissâmes  à  notre  gauche  une  rivière  qui  venait  des  marais 
du  sud-ouest  et  coulait  parallèlement  au  Bahar  el-Djébeî. 
A  un  certain  endroit,  elle  fît  un  détour  vers  le  nord-ouest  et 
il  nous  fut  impossible  delà  retrouver:  on  m'a  affirmé  qu'elle 
se  jetait  dans  le  Bahar-el-Ghazâl  avant  son  coHfluent  avec  le 
Bahar-el-Djébel  *.  Un  peu  plus  au  nord,  après  avoir  reçu  le 
Fakam^  le  Nil  forme  un  bras  qui  se  dirige  vers  le  pays  des 
Ghillouks  et  qui  se  ramifie  lui -môme  :  un  courant  va  re- 
joindre le  Nil  à  Fachoda  ;  un  autre,  continuant  la  direction 
du  bras  principal,  n'atteint  le  Nil  que  près  deKaka  sous  le 
nom  de  Bahar  el^Kaka.  Ainsi  se  forment  deux  îles  où  se 
trouvent  Fachoda  et  Kaka  et  qui  sont  habitées  par  les 
Ghillouks.  Les  Ghillouks  s'étendent  jusqu'au  pays  des 
Nômbas  à  l'ouest  et  habitent  au  sud  les  deux  rives  du  Nil, 
aux  confluents  du  Bahar-el-Ghazâl  et  du  Sobât. 

Au  nord  de  Fachoda  le  Nil  reçoit  une  rivière  navigable 
nommée  Dinga,  qui  lui  vient  de  l'est  et  que  je  considère 
comme  une  ramification  du  Nil  lui-même.  C'est  entre  la 
rivière  Dinga,  le  Nil,  le  Sobât,  et  son  affluent  la  petite  ri- 
vière de  Falassi,  qu'il  faut  placer,  à  mon  avis,  l'île  des  Au- 
tomoles dont  parle  Eratosthène.  En  rapprochant  les  don- 
nées des  écrivains  anciens  qui  parlent  d'une  grande  émi- 
gration au  temps  de  Psammétique,  des  renseigne- 
ments recueillis  à  la  zerîba  de  Ghattâs  de  la  bouche  des 
hommes  les  plus  sérieux,  j'ai  pu  me  convaincre  que  la 
partie  du  bassin  du  Nil  explorée  par  M.  Schweinfurth  et 

1.  La  réunion  des  deux  rivières  qui  forment  le  Nil  (le  Bahar-el-Djébel 
et  le  Bahar-el-Ghaxàl)  sert  de  Umile  nord  aux  Nouêrs  :  ils  habitent  sur 
les  deux  riTes  du  Bahar-el-Ghazàl  jusqu'à  Hle  habitée  par  les  >'<i|joùr- 
Chaiouks  ctsur  les  de»ix  rives  du  Bahar-el-Djébel  jusqu'au  point  où  com- 
mence le  Bahar-el-ZerAf.  Us  dépassent  d'aUleurs  à  Test  ce  dernier  cours 
d'eau  et  occupeat  la  rive  gauche  du  Sobàt  depuis  le  confluent  du  Cango. 
Ce  sont  peut-être  ces  peuplades  que  Strabon  appelle  îi^abarios  :  il  les 
montre  armés  d'un  bâton  court  et  ptrm  de  clous,  que  les  Nouêrs  portent 
encore  aujourd'hui. 


VOYAGÉ  A  L^otifei^t  bu  itAû*  mil  4à 

put  ïnoi  était  le  point  central  des  communications  èntrô 
l'ouest  et  Test  du  continent  africain.  Les  Ndjangués,  par 
exemple,  dans  lesquels  je  retrouve  les  anciens  Automoles, 
venant  du  Nil  et  le  côtoyant  sur  sa  rive  droite,  auraient 
traversé  le  Sobât,  envahi  le  pays  des  Nouôrs,  passé  le  Bahar 
el-Djébel  qu'ils  ont  descendu  jusqu'à  rembouchure  du  Fa- 
kam.  Puis  remontant  le  cours  du  Héré,ils  auraient  descendu 
ensuite  le  Bomo  et  le  Mpokto  jusqu'à  l'Océan.  Quelque  lé- 
gendaire que  soit,  après  tout,  cette  émigration  desNdjangués, 
il  n'en  est  pas  moins  vrai  que,  pour  les  indigènes  qui  la 
racontent,  les  affluents  du  Bahar  el-Ghazâl,  (ou  plutôt  du 
Boro,)  et  le  Bomo  sont  la  voie  la  plus  facile  vers  l'ouest. 
C'est  là  le  point  important. 

A  Khartoûm  je  vis  Gordon  Pacha  et  Purdy  Pacha  qui 
m'avait  précédé  à  Hofra-el-Nahâs.  Voulant  gagner  le 
Caire  par  un  autre  chemin  j'entrai  dans  le  désert  Aboû 
Hamid  pour  y  examiner  la  direction  des  chaînes  rocheuses. 
Dans  toute  leur  partie  inférieure,  ces  montagnes  se  désa- 
grègent entièrement  :  le  granit  est  maintenant  à  découvert; 
des  cavernes  se  sont  formées,  des  arcs  granitiques  se  dres- 
sent, et  au  pied  de  ces  merveilles  naturelles  sontrépandues 
une  foule  de  boules  «de  granit  creuses  à  l'intérieur  et 
percées  d'un  trou  unique.  Je  serais  disposé  à  voir  dans 
toutes  ces  curiosités  l'action  de  forces  volcaniques  très 
puissantes,  et  je  me  propose  de  revenir  un  jour  sur  l'étude 
de  ces  phénomènes. 

De  retour  au  Caire,  j'écrivis  au  vice-roi  pour  lui  de- 
mander s'il  désirait  avoir  de  moi  des  renseignements  sur  la 
géographie  et  môme  sur  l'état  de  son  empire.  N'obtenant 
pas  de  réponse,  je  m'adressai  alors  au  prince  Hussein  :  il 
me  répondit  que  Gordon  Pacha  en  savait  et  lui  en  avait 
appris  beaucoup  plus  long  que  je  ne  pensais.  Je  songeai  à 
m'adresser  alors  à  une  société  de  géographie,  et,  apprenant 
que  le  roi  des  Belges  était  président  d'une  association 
pour  l'exploration  de  l'Afrique,  je  fis  demander  des  ren- 

S«C  DE  GÉOGR.  —  JUILLET  1880.  XX.  —  4 


50  VOYAGE  A  l'ouest  DU  HAUT  MIL. 

seignementsauconsulatde  Belgique,  dont  je  reçus  une  lettre 
qui  ne  m'apprit  rien.  Il  me  fallait  prendre  mon  courage  à 
deux  mains,  Ayant,  jusqu'au  1^'  janvier  1878,  j'ai  exercé 
au  Caire  ma  profession  de  médecin,  j'ai  enfin  pu  venir  en 
France  avec  l'espoir  d'y  voir  apprécier  mes  travaux. 

Je  pense  que  mon  voyage  sera  utile  à  la  science  ;  il 
l'eût  été  plus  encore,  sans  les  difficultés  insurmontables 
qui  entravent  les  recherches  dansces  pays  inaccessibles. 
A  ces  obstacles  naturels  s'en  sont  ajoutés  d'autres  que 
je  ne  veux  pas  rappeler,  et  qui  cependant  auraient  pu 
m'être  évités.  Quoiqu'il  en  soit,  j'espère  que  les  savants  me 
sauront  gré  du  peu  que  j'ai  pu  faire  et  qu'il  en  résultera 
quelque  honneur  pour  mon  pays. 


DEUX  SEMAINES  A  BANG-KOK' 


PAR 


Ifédeoia  {urincipal  4e  la  mariiif)  ton  relr«ite. 


Le  vendredi,  21,  à  trois  heures  du  soir,  officiers  du  ffAs- 
sas  et  du  Brtuit,  nous  étions  réunis  au  consulat  prêts  à  nous 
rendre  à  Taudience  du  roi.  Le  consul  nous  accompagnait 
ainsi  que  M.  Tabbé  Tey,  qui  voulait  bien  nous  servir  d'in- 
terprète. 

Arrivés  en  face  du  palais,  nous  nous  dirigeons  vers  un 
groupe  de  mandarins  qui  nous  attendaient  sur  le  bord  du 
fleuve  et  nous  invitaient  par  des  signes  à  descendre  à  terre. 
Mais  ce  lieu,  appelé  la  ^  cale  des  nobles  »,  et  où  accostent 
les  grands  personnages  qui  se  rendent  auprès  du  roi,  nous 
parait  si  mal  choisi  à  cause  de  la  vase  noire  qui  l'envahit  de 
toutes  parts,  que  nous  nous  refusons  à  mettre  pied  à  terre. 
Les  mandarins  essayent  de  nous  faire  comprendre  que  c'est 
là  le  débarcadère  des  étrangers.  Mais  nous  persistons  de 
plus  en  plus  dans  notre  refus  ;  et  tout  en  parlementant» 
nous  revenons  sur  nos  pas  et  nous  tentons  de  gagner  le 
pont  réservé  à  la  seule  personne  du  roi.  Devant  notre  ferme 
résolution  de  ne  pas  céder,  les  malheureux  mandarins  ne 
savent  plus  où  donner  de  la  tète.  Inquiets  et  épouvantés, 
ils  courent  au-devant  de  nous  comme  pour  s'opposer  à 
notre  débarquement.  Il  est  évident  qu'ils  -exéctitettt  reB- 
gieusement  leur  consigne,  mais,  d'un  autre  côté,  il  est  de 
notre  dignité  de  ne  pas  faiblir.  Ils  tremblent  probablement 
pour  la  peau  de  leur  dos;  car  le  bambou  est  Vultima  ratie 
dans  ce  pays  fortuné.  Or,  comme  la  chose  nous  imparte 

1.  Voyez  Bulletin  de  la  Société  de  Géo^raphiét  juin  IMO,  p*  ^U. 


t^  Deux  semaines  à  ÈANG-feÔtt, 

fort  peu,  ûôuâ  abordons  franchement  le  débarcadère  i^yal, 
et  bon  gré  mal  gré,  ces  pauvres  diables  viennent  vers  nous 
pour  nous  escorter  jusqu'à  la  salle  d'audience.  On  nous 
conduit  à  travers  un  immense  chantier  où  nos  pieds  trébu- 
chent à  chaque  pas  contre  des  blocs  de  granit,  des  statues 
renversées,  des  tas  de  briques,  des  pièces  de  charpente, 
réunion  confuse  de  matériaux  destinés  à  la  restauration  des 
temples  et  à  la  construction  de  nouveaux  édifices.  C'est 
alors  seulement  que  nous  nous  expliquons  la  persistance  de 
nos  guides  à  nous  faire  éviter  une  route  si  encombrée. 

Nous  passons  devant  un  vaste  hangar  où  s'abritent  de 
riches  pirogues  dorées  dont  les  formes  élégantes  rappellent 
les  gondoles  de  Venise.  De  distance  en  distance,  nous  défi- 
lons au  milieu  d'une  haie  de  soldats  dont  le  costume  laisse 
beaucoup  à  désirer,  au  point  de  vue  du  luxe  comme  de  la 
propreté.  Mais  à  mesure  que  nous  nous  approchons  de  la 
demeure  royale,  la  troupe  change  d'aspect.  La  tenue  devient 
meilleure,  les  armes  sont  plus  brillantes,  les  postes  plus 
nombreux.  La  voie  est  déblayée  et  mieux  entretenue.  Tout 
fait  pressentir  l'approche  de  la  résidence  du  chef  de  l'État. 
Çà  et  là  des  canons  négligemment  parqués  dépérissent  sous 
une   épaisse  couche  de  rouille.  Quelques-uns  cependant, 
auxquels  un  souvenir  glorieux  se  rattache  peut-être,  nous 
paraissent  mieux  traités  et  montrent  leur  gueule  reluisante 
à  l'ombre  d'une  grande  guérite,  en  compagnie  de  chèvres 
et  de  boucs  qui  viennent  chercher  là  un  refuge  contre  l'ar- 
deur du  soleil.  Sur  tout  notre  passage,  nous  sommes  l'objet 
de  la  curiosité  générale.  Plus  de  4,000  employés  et  esclaves 
vivent  dans  cette  enceinte,  attachés  au  service  du  roi. 

Nous  arrivons  après  de  nombreux  détours  sous  un  large 
pavillon  dallé  de  marbre.  Au  milieu  est  dressée  une  table 
recouverte  d'un  magnifique  tapis  tout  brodé  d'or.  Pendant 
que  nous  prenons  quelques  minutes  de  repos  et  de  fraî- 
cheur, des  plateaux  chargés  de  thé  et  de  cigares  circulent  i 
la  ronde. 


DEUX  SEMAINES  k  BÂNG-KOK.  53 

Après  cette  courte  balte,  nous  nous  remettons  en  marche 
par  une  avenue  de  granit  toute  bordée  de  statues  et  de 
grands  vases  élégants  dont  les  arbustes  nains  ont  subi  des 
tailles  étrange  s. 

Nous  sommes  enfin  introduits  dans  la  salle  des  audiences 
privées,  entre  deux  rangées  de  soldats  armés  de  fusils,  de 
piques  ou  de  lances.  Nous  nous  avançons  vers  le  roi  qui  est 
assis  devant  une  petite  table,  et  après  l'avoir  salué  nous 
prenons  place  sur  des  fauteuils  rangés  en  demi. cercle  au* 
devant  de  lui.  Vers  le  fond  de  l'appartement  s'élève  un 
trône  abrité  sous  un  parasol  à  sept  étages  et  placé  entre 
deux  vases  renfermant,  l'un  un  arbre  d'or  et  l'autre  un  arbre 
d'argent.  Tout  à  côté  l'on  voit  un  magnifique  carreau  de 
pie  entouré  de  théières,  de  tasses  et  de  crachoirs  du  plus 
riche  métal.  Des  tentures  et  des  tapis  de  toute  beauté  ornent 
$à  salle  dans  toute  son  étendue, 

Les  mandarins  qui  nous  accompagnent  se  prosternent  en 
entrant,  mains  et  genoux  en  terre,  la  face  tournée  vers  le 
sol. 

Le  jeune  roi  écoute  attentivement  les  compliments  que 
.ui  adresse  notre  commandant,  et  prenant  la  parole  à  son 
(Our  :  J'ai  la  conviction,  dit-il,  que  malgré  les  malheurs  qui 
ont  frappé  votre  pays,  nos  deux  gouvernements  n'en  seront 
que  plus  fortement  unis.  Puis  se  levant,  il  a  quitté  sa  table 
et  nous  sommes  sortis  ensuite. 

Sa  majesté  Maha-Ghulalongkorn  Klou  est  un  tout  jeune 
homme  de  dix-huit  ans,  à  la  figure  fine  et  aux  manières 
distinguées.  Il  n'a  conservé  du  costume  national  que  le  lan- 
gouti  et  la  tunique.  Ses  cheveux  sont  séparés  sur  le  front  h 
la  mode  européenne. 

Les  rois  de  Siam  sont  vénérés  presque  à  l'égal  d'une  divi- 
nité. Leur  autorité  n'a  pas  de  borne  et  le  despotisme  est  la 
seule  forme  de  gouvernement.  Tout  Siamois  est  tenu  de  se 
prosterner  sur  leur  passage  et  nul  ne  peut  les  regarder  en 
fAce.  Quand  ils  se  promènent  sur  lé  fleuve,  les  barques  doi^ 


54  DEUX  SEKAnfES  A  BANG-KOK. 

vent  s'écarter  respectueusement  de  la  pirogue  royale.  On 
raconte  qu'un  batelier  atteint  de  surdité  et  n'ayant  pu  se 
ranger  assez  tôt,  reçut  un  coup  de  feu  qui  retendit  raide 
mort.  Mais  cette  coutume  de  se  prosterner  le  visage  contre 
terre  tend  à  disparaître,  et  n'est  guère  réservée  que  pour  des 
circonstances  toutes  particulières. 

Le  lendemain  samedi,  nous  allons  en  chaloupe  à  vapeur 
faire  une  visite  au  second  roi.  Cette  cérémonie  ne  diffère 
presque  en  rien  de  la  précédente.  Aussi  n'en  parlerai-je 
pas. 

Le  jour  suivant,  un  mandarin  vient  nous  prendre  pour 
nous  montrer  en  détail  la  demeure  royale.  Pour  décrire 
d'une  façon  complète  les  merveilles  qui  frappent  les  yeux 
dans  cette  enceinte  féerique,  il  faudrait  la  parcourir  mille 
fois.  Une  seule  promenade  au  milieu  de  ces  palais  et  de  ces 
pagodes  innombrables  laisse  la  vue  et  l'esprit  dans  un  tel 
éblouissement,  qu'on  sort  de  là  le  cerveau  complètement 
troublé.  De  hautes  murailles  entourent  le  palais  de  toutes 
parts.  Les  temples  et  de  petits  édifices  élégants,  couverts  de 
peintures  et  d'or,  se  succèdent  à  l'infini.  Des  milliers  de 
flèches  plaquées  de  verre  et  de  faïence,  scintillent  au-dessus 
de  la  verdure  des  arbres  comme  les  étoiles  du  firmament. 
Les  tuiles  vernissées  ruissellent  de  lumière.  Des  statues  gi- 
gantesques en  bronze,  en  plâtre  ou  en  argile,  montrent 
leurs  têtes  d'hommes,  d'animaux  et  de  monstres  et  obs- 
truent tous  les  passages  et   particulièrement  l'entrée  des 
pagodes.  Les  chemins  et  les  cours  sont  dallés  de  marbre  et 
de  granit.  Nous  pénétrons  dans  un  premier  temple  dont  le 
Boudha  est  un  des  plus  grands  que  nous  ayons  rencontré. 
Le  dieu,  blindé  d*une  épaisse  couche  d'or  est  étendu  sur  le 
côté  droit.  La  plante  de  ses  pieds  est  magnifiquement  in' 
crustée  de  lames  de  nacre.  Ni  art,  ni  anatomie,  ni  propor- 
tions, dans  ce  colosse  de  briques,  de  plâtre  et  d'or.  11  repose 
sur  une  immense  estrade  triplement  superposée.  Dans  les 
intervalles  des  piliers,  comme  au  milieu  d'une  niche,  s'ali- 


DEUX  SEMAINES  À  BAUG-KOK,  55 

l^nent  des  divinités  étranges  telles  qu'une  feinme  à  corps 
d'oiseau,  etc« 

Nous  passons  de  là  dans  une  autre  pagode  renommée 
pour  son  Boudbaen  or  massif,  mesurant  un  mètre  de  haut, 
et  pour  ses  magnificences  indescriptibles.  Les  pierres  pré* 
cieuses,  l'or,  l'argent,  le  cuivre,  s'entassent  à  profusion  en 
cette  enceinte  opulente  et  font  jaillir  mille  feux  de  leurs 
faces  polies.  Une  troisième  pagode  nous  est  ouverte.  Elle 
surpasse  en  beauté  et  en  richesse  toutes  celles  que  nous 
avons  parcourues  jusqu'à  cette  heure.  Au  pied  de  Fescalier 
on  voit  deux  gracieuses  statuettes  de  jeunes  femmes,  et 
devant  l'autel  deux  bambins,  de  marbre  aussi,  l'un  tenant 
un  oiseau  dans  ses  mains  et  l'autre  jFOuant  avec  un  nid.  Le 
sanctuaire  est  pavé  de  petites  dalles  reluisantes  de  cuivre. 
On  ne  peut  se  faire  une  idée  de  la  somptuosité  des  dessins 
et  des  peintures.  Un  Boudha  d'une  seule  émeraude  projette 
des  éclats  de  lumière  de  sa  masse  verdâtre.  Les  portes  et 
les  fenêtres  en  bois  de  teck  font  chatoyer  leurs  charmantes 
incrustations  de  nacre  aux  rayons  du  soleil.  Du  rebord  des 
toitures  pendent  de  petites  clochettes;  balancées  par  la 
brise,  elles  produisent  un  carillon  argentin  qui  se  mêle 
agréablement  à  la  chanson  des  oiseaux.  Chose  étrange  !  le 
buste  en  marbre  d'un  amiral  anglais  frappe  tout  d'abord 
l'attention  quand  on  pénètre  dans  l'édifice  sacré. 

Nous  nous  arrêtons  quelques  instants  sous  un  splendide 
hangar  où  de  jeunes  siamois  se  livrent  à  Tétude.  C'est  là 
probablement  une  école  de  médecine  ou  une  bibliothèque, 
si  nous  en  jugeons  par  les  grossières  figures  d^anatomie  que 
nous  remarquons  dans  les  livres  et  sur  les  tableaux  ap- 
pendus  aux  murailles.  De  grands  cadres  dorés  portent 
tracées  dans  le  marbre  des  inscriptions  indiquant  les  recettes 
pour  le  traitement  des  maladies.  Non  loin  de  là  se  trouve 
un  autre  hangar  où  sont  alignées  des  statues  de  grandeur 
naturelle  représentant  les  rois  de  la  dynastie  actuelle.  Elles 
n'attendent  plus  qu  une  couche  d'or  pour  être  placées  dans 


56  DEUX   SEMAINES  A  BANG-KOK. 

4 

un  panlhéon  royal  qui  leur  est  destiné.  Tout  à  côté  nous 
passons  devant  des  galeries  qui  renferment  par  ordre  de 
taille  une  longue  série  de  Boudhas,  des  palanquins  dorés 
et  artislement  travaillés,  des  pirogues  merveilleuses,  etc.  — 
Nous  voici   arrivés  devant  les  écuries  des  éléphants  de 
guerre.  Les  jambes  de  devant  et  le  cou  entravés,  ces  su- 
perbes animaux  sont  amarrés  très  court  à  de  solides  po« 
teaux.  Des  esclaves  sont  là  vivant  constamment  avec  eux 
et  leur  distribuant  de  toutes  petites  bottes  d'herbes  fraîches 
que  ces  bêtes  intelligentes  secouent  avec  leur  trompe  pour  en 
séparer  la  terre.  Notre  guide  nous  conduit  de  là  auprès  des 
éléphants  sacrés  dont  Técurie  richement  décorée  ressemble 
à  un  palais.  Un  dai  magnifique  est  tendu  au-dessus  de  leur 
tête.  Tous  les  poteaux  sont  sculptés  et  les  dessins  de  Tes* 
Irade  sont  couverts  d'or.  Le  mandarin  en  entrant  s'est  pros- 
terne  devant  eux  comme  devant  son  souverain.  A  l'entrée 
je  vois  une  tablette  où  l'on  peut  lire  en  caractères  dorés  les 
noms  et  les  dignités  de  ces  animaux  vénérés.  Nous  nous 
attendions  à  trouver  devant  nous  des  éléphants  blancs, 
comme  on  se  plaît  à  le  raconter.  Mais  tous  ceux  que  nous 
pûmes  voir  étaient  généralement  de  couleur  grisâtre.  L'al- 
binisme est  très  rare.  Les  yeux  seuls  par  l'absence  du  pig- 
ment choroïdien  présentent  cette  anomalie  d'organisation. 
Un  petit  singe,  véritable  albinos  celui-là,  faisait  des  gam- 
bades dans  une  jolie  cage  où  se  balançait  un  hamac.  Les 
Siamois  n'adorent  pas  l'éléphant  blanc,  ainsi  qu'on  l'a  dit  à 
tort  Mais  comme  d'après  leur  système  de  métempsycose 
les  Boudhas,  dans  leurs  générations,  seront  nécessairement 
éléphants  blancs,  singes  blancs,  moineaux  blancs,  le  peuple 
a  de  grands  égards  pour  les  animaux  albinos  et  pour  l'élé- 
phant en  particulier.  Il  croit  qu'ils  sont  animés  par  quelque 
héros  ou  un  grand  roi  qui  deviendra  lui-même  un  jour 
Boudha  et  qu'ils  portent  bonheur  au  pays  qui  les  possède. 
Delà  la  recherche  empressée  de  ces  animaux  et  les  bon-* 
neurs  ins^neu  qu'on  leur  rend» 


DEUX  SEMAINES  A  BANG-KOK.  57 

Cette  promenade  est  sans  contredit  Tune  des  plus  inté* 
ressantes  que  nous  ayons  faite  dans  Bang-Kok.  La  beauté 
et  l'étrangeté  des  monuments  et  des  choses  qui  venaient 
de  défiler  devant  nos  yeux,  étaient  encore  rehaussées  par 
l'épaisse  verdure  des  arbres  répandant  dans  ce  site  pitto- 
resque leur  ombre  et  le  parfum  de  leurs  fleurs.  Le  ficus 
religiosa,  le  tamarinier  séculaire,  le  duriam,  l'arbre  k 
pain,  etc.,  entremêlent  leur  feuillage  et  forment  un  dôme 
impénétrable  aux  rayons  du  soleil.  Tous  ces  beaux  arbres 
se  distinguent  les  uns  des  autres,  ceux*ci  par  la  majesté  de 
leur  port,  ceux-là  par  la  grosseur  ou  la  forme  des  fruits. 
he  ficus  religiosa  est  le  compagnon  inséparable  des  pagodes. 
Le  tamarinier  *  atteint  la  taille  du  chêne  ;  son  feuillage 
touffu  et  d'un  vert  tendre  produit  un  effet  délicieux.  Les  ha- 
bitants en  mangent  les  jeunes  feuilles  et  relèvent  leurs  mets 
avec  le  fruit  ou  tamarin  qui  est  une  gousse  solide  à  saveur 
acide  et  agréable*  et  dont  la  pulpe  sert  à  faire  de  la  confia 
ture.  Le  durian  ^  ne  se  rencontre  guère  que  dans  cette 
contrée.  Ses  branches  étendues  horizontalement  ou  verti* 
cillées  donnent  un  aspect  tout  particulier  à  cette  arbre 
extraordinaire.  Ses  fruits  étranges,  gros  comme  des  melons 
et  hérissés  de  fortes  pointes  pyramidales  fournissent  une 
chair  excessivement  fine  et  délicate,  mais  dégageant  une 
od«ur  repoussante  d'excrément  qui  éloigne  tout  d'abord 
l'Européen  qui  en  goûte  pour  la  première  fois.  Le  durian 
est  regardé  dans  le  pays  comme  le  roi  des  fruits.  L'arbre  à 
pain  ^  est  remarquable  par  ses  belles  feuilles  profondément 
découpées.  Le  syncarpe  oh  masse  fructifère  est  pulpeux, 

i.  Tamar indus  indica y  (amïWe  Aes  légumineuses. 

2.  Duriariy  durion^  doerian^  du  malais  durijy  épine.  Durio  Zibéthinus 
ainsi  nommé  parce  que  le  zibetb,  mammifère  du  genre  civette,  en  mange 
le  fruit  avec  voracité.  Le  durian  appartient  à  la  famille  des  Sterculiacécs 
nom  tiré  du  genre  Sterculia  (de  stercuSf  ftente,  par  allusion  à  Todeur  fé- 
tide dos  végétaux  de  cette  famille). 

3.  Artocarpus  iucisat  du   grct  écpio;»  pain^  Kapnb;»  fniitt  Famillo  des 


58  DEUX  SEMAINES  A  BANG-KOK, 

amylâcéy  volumineux  et  lourd.  Il  est  habituellement  mangé 
rôti  ou  bien  encore  bouilli  et  relevé  avec  du  sucre  de 
palme.  L'arbre  à  pain  s'appelle  encore  jaquier  incisa  ou 
découpé  pour  le  distinguer  du  jaquier  à  feuilles  entières  ou 
integrifoUa  ^  dont  le  tronc  donne  comme  le  curcuma  une 
belle  teinte  jaune  qui  sert  à  colorer  les  vêtements  des  tala- 
poins.  Le  fruit  de  ce  dernier  pèsejusqu'à  quinze  kilos  et 
est  fort  peu  estimé  à  cause  de  son  odeur  désagréable.  La 
nature,  dans  sa  sage  prévoyance,  a  voulu  que  le  jac  fructifiât 
non  dans  les  branches  de  Tarbre,  mais  tout  le  long  de  sa 
tige  pour  que  dans  sa  chute  il  ne  blessât  personne.  Les  Sia- 
mois utilisent  l'amande  de  ce  fruit  et  la  grillent  comiûe  des 
châtaignes  pour  les  enfants. 

Cette  nouvelle  journée  se  passe  très  agréablement  pour 
nous.  Le  Ministre  des  affaires  étrangères  nous  avait  promis 
sa  visite.  II  arrive  en  effet  au  consulat  pendant  la  matinée 
et  nous  rappelle  pour  mardi  soir  son  invitation  à  dîner.  Une 
conversation  intéressante  s'engage  sur  les  choses  du  pays. 
Le  gouvernement  a  le  projet  d'établir  un  télégraphe  élec- 
trique qui  reliera  la  Birmanie  anglaise  à  Bang-Kok  et  à 
Saigon.  II  est  question  aussi  de  creuser  un  canal  dans 
Visthme  de  Ténasserim,  la  partie  la  plus  étroite  de  la  pres- 
qu'île de  Blalacca.  Ce  qui  faciliterait  puissamment  cette 
œuvre,  c'est  l'existence  de  deux  grands  cours  d*eau  se  jetant 
l'un  à  l'ouest  dans  le  golfe  de  Bengale  et  l'autre  à  Test  dans 
le  golfe  de  Siam.  Mais  on  redoute  de  se  heurter  à  de  grands 
obstacles  dus  à  la  présence  d'une  chaîne  de  montagnes. 
Son  Excellence  nous  fournit  ensuite  des  détails  très  curieux 
sur  les  mœurs  des  éléphants,  et  nous  engage  vivement  à 
prolonger  notre  séjour  de  deux  semaines  encore,  car  le 
régent  est  en  train  de  préparer  une  chasse  à  ces  animaux* 
La  chose  nous  sourit  à  tous,  on  le  devine  bien  ;  mais  le 
commandant  répond  que  ses  instructions  lui  ordonnent  de 

1.  Jaquier  ou  jacquier.  Artocarpus  integrifoUa.  Vlème  famille. 


DEUX   SEMAINES  A  BANG-KOK.  59 

rentrer  à  Saïgon  dans  le  plus  bref  délai.  Au  moment  de  se 
retirer  le  Ministre  met  obligeamment  un  petit  vapeur  à 
notre  disposition  pour  aller  visiter  les  ruines  de  Juthia, 
l'ancienne  capitale  du  Siam, 

Nous  continuons  nos  courses  habituelles  dans  les  environs 
de  la  ville  et  nous  sommes  conduits  sur  une  jolie  route 
bordée  de  maisons  indigènes,  chinoises  et  malaises  qui  se 
cachent  à  demi  sous  les  touffes  des  cocotiers  S  des  arékiers  ^, 
des  bambous.  Nous  nous  arrêtons  quelques  instants  devant 
une  pagode  qui  représente  une  jonque  de  grandeur  natu- 
relle. Ce  monument  original  porte,  en  guise  de  mâts,  deux 
flèches  de  pagode.  Notre  promenade  se  termine  par  une 
visite  au  dock  de  construction. 

L'heure  de  nous  rendre  à  l'invitation  du  Ministre  des 
affaires  étrangères  est  arrivée.  Quelques  dignitaires  nous 
reçoivent  au  pied  du  débarcadère  et  nous  mènent  dans  un 
salon  somptueusement  meublé.  Les  glaces,  l'or  et  Targent 
reflètent  les  feux  des  candélabres.  Des  fleurs  à  profusion 

1.  Cocos  nuciferaf  famille  des  palmiers.  L'amande  creuse  contient  une 
liqueur  laiteuse,  sucrée  et  très  rafrdchissante  qui  donne  par  la  fermoata- 
tion  une  sorte  de  vin.  ta  chair,  d'un  blanc  de  neige, .  fournit  une  huile 
qu'utilisent  les  habitants  pour  la  cuisine,  l'éclairage,  etc.,  et  qui  est 
exportée  pour  la  fabrication  des  savons.  La  coque  sert  à  une  foule  d'u- 
sages, et  son  tégument  filaniireux  et  textile  est  employé  à  calfater  les  na- 
vires, à  faire  des  tapis  et  des  câbles,  etc.  Des  incisions  faites  au  tronc 
s'écoule  un  liquide  ou  vin  de  palmier,  doux  et  sucré  quand  il  est  frais, 
alcoolique  et  piquant  après  quelques  heures,  et  puis  acide.  Comme  on  le 
voit,  le  cocotier  est  un  végétal  préeieux  dans  les  régions  intertropicales. 
Il  croît  de  préférence  sur  le  bord  de  la  mer  et  dans  les  terrains  imprégnés 
de  matières  salines. 

2.  Areca  Catechu,  famille  des  palmiers.  Les  fleurs  blanches  répandent 
une  odeur  exquise.  Tige  gracieuse  et  élancée.  Le  régime  est  composé 
d'une  infinité  de  petits  fruits  pareils  à  de  petits  cocos  et  dont  l'amande, 
semblable  à  une  noix  muscade,  est  astringente  et  excitante.  Joint  à  de  la 
chaux  et  à  du  tabac,  et  roulé  dans  une  feuille  de  bétel  que  fixe  une 
épingle  en  bambon,  ce  fruit  est  chiqué  par  tous  les  habitants  de  la  Ma- 
laisie,  etc.,  et  constitue  un  masticatoire  qui  finit  par  devenir  un  besoin 
impérieux.  Le  cœur  de  l'arec,  surtout  quand  l'arbre  est  jeune,  fournit  une 
salade  excessivement  tendre  et  très  recherchée. 


60  I>EUX  SEMAINES  A  BANG-KOK. 

animeat  cet  intérieur  de  leurs  brillantes  couleurs  et  nous 
envoient  les  parfums  les  plus  suaves.  Des  nénuphars  étalent 
leurs  larges  pétales  blanches  et  roses  dans  des  vases  de 
Sèvres.  Les  étamines  jaillissent  de  la  corolle  comme  une 
frange  d'or.  Cette  splendide  Victoria  ^  sert  d'ornement  dans 
toutes  les  fêtes  et  est  offerte  à  Boudha,  aux  rois  et  aux 
bonzes.  Rien  d'admirable  comme  cette  fleur  s'épanouissant 
à  la  surface  tranquille  des  étangs  au  milieu  de  ses  gigan^ 
tesques  feuilles  orbiculaires,  planes,  à  bord  relevé. 

Le  Ministre  entre  quelques  minutes  après  dans  le  salon , 
tend  affectueusement  la  main  à  tout  le  monde  et  nous  pré- 
sente divers  membres  de  sa  famille.  Sa  poitrine  est  couverte 
de  riches  crachats.  Ghow  Phya  Phra  Nu  Wongse  s'exprime 
tantôt  en  anglais  et  tantôt  en  siamois.  Des  domestiques 
s'arrêtent  devant  nous  avec  des  plateaux  d'argent  chargés 
de  marsala.  Son  Excellence  se  lève  enfin  et,  après  nous  avoir 
offert  des  éventails,  nous  invite  à  passer  dans  la  salle  du 
festin.  Au  centre  de  la  table  s'élève  d'une  pièce  montée,  une 
même  hampe  réunissant  les  pavillons  de  France  et  de 
Siam. 

Les  mets  et  les  vins  les  plus  variés  circulent  de  toutes 
parts.  Une  carte  posée  à  côté  de  chacun  de  nous  énumère 
en  caractères  siamois  le  long  menu  du  dîner.  Je  tiens  à 
la  mettre  sous  les  yeux  de  mes  lecteurs. 

Potage  au  lièvre;  —  poisson;  —  crabes  farcis;  —fri- 
ture ;  —  fllet  de  bœuf  ;  —  oies  rôties  ;  —  sarcelles  aux 
légumes;  —  canards  rôtis;  — agneaux  aux  pommes  de 
terre;  —  petits  oiseaux  en  beignets;  —  jambon;  -  hari- 
cots verts;  —  choux  au  Jus;  —  légumes  verts;  —  salade  de 
concombre;  —  riz  au  kari;  —  gâteaux;  —  fruits. 

1.  Victoria  regia  ou  Vicloiia  the  Queen,  famillo  des  Nymphéacées,  vi- 
vant dans  les  eaux  comme  les  nymphes.  Dédiée  à  la  reine  Victoria  d'An- 
Rlptprre.  Graines  do  la  grosseur  d'une  noisette  qui,  bouillies  ou  çrillécs, 
sont  très  agréables  nu  goiU.  Lei  habitants  les  roulent  dans  de  la  terre  et 
les  liment  Ainsi  dans  roAii.  (Il  font  ausii  des  oigarèti^i  AsvC  h  (iûMn 


Les  esclaves  agitent  derrière  nous  d^énormes  éventails  de 
plumes.  Nous  sommes  agréablement  surpris  dans  le  cou- 
rant  du  repas,  par  Tapparition  d'un  vase  plein  de  glace. 
Nous  tendons  nos  verres  avec  un  avide  empressement;  car 
une  soif-inextinguible  nous  dévore,  tant  la  chaleur  est 
étouffante.  Gomme  complément  de  ce  dîner  princier  on 
nous  sert  le  kari  national.  Le  kari,  dans  tous  les  pays  inter- 
tropicaux et  particulièrement  dans  les  contrées  indiennes, 
se  compose  de  riz  cuit  à  Tétuvéeet  d'une  sauce  dont  le 
piment  *■  fait  la  base.  Celui  qui  nous  est  offert  est  apporté 
sur  un  large  plateau  qui  se  divise  en  une  dizaine  de  com- 
partiments remplis  chacun  d'une  préparation  épicée  dont 
la  couleur  et  le  goût  varient.  Lorsque  après  avoir  brouillé 
tous  ces  liquides  ensemble  dans  l'assiette  pleine  de  riz,  on 
goûte  à  ce  mélange,  on  ne  peut  s'empêcher  d'apprécier 
cette  délicieuse  préparation,  bien  qu'elle  apparaisse  à  la 
fin  du  repas. 

Au  moment  où  les  coupes  se  remplissent  de  Champagne, 
notre  consul  porte  un  toast  au~  Siam  et,  en  quelques  mots 
bien  dits,  remercie  son  Excellence  pour  la  gracieuseté  avec 
laquelle  elle  a  daigné  nous  accueillir  dans  son  palais.  Il 
finit  en  disant  qu'il  a  la  ferme  conviction  qu'une  cordiale 
amitié  ne  cessera  jamais  de  régner  entre  les  deux  gouver- 
nements, et  que  la  France,  malgré  les  dures  épreuves  par 
lesquelles  elle  venait  de  passer,  n'en  resterait  pas  moins  la 
reine  du  monde.  Pendant  toute  la  durée  du  festin,  un 
orchestre  composé  d'Annamites  qui  ont  plus  d'aptitude 
pour  la  musique  que  les  Siamois,  n'a  cessé  de  nous  réjouir 
des  meilleurs  morceaux  de  son  répertoire. 

À  notre  sortie  de  table,  le  Ministre  a  fait  porter  sous  une 
galerie  de  sa  cojar  les  restes  du  dîner  avec  de  la  bière  et  du 


1.  Dans  les  payg  chauds,  ce  piment  est  désigné  sous  le  nom  de  «piment 
enragé  ».  Capsicum  minimum,  famille  des  Solanées.  C*est  un  stimu4ant 
gastrique  qui  convient  à  ces  contrées,  mais  dont  il  faut  pourtant  être  sobre. 


62  DEUX  SEMAINES  A  BANG-KOK. 

vin  et  les  a  mis  à  la  disposition  des  matelots  de  nos  em- 
barcations. On  pense  bien  que  nos  marins,  ravis  d'une  telle 
aubaine,  s'en  sont  donné  à  cœur  joie.  La  musique  a  joué 
alors  des  polkas  et  des  quadrilles  et  nos  hommes  pleins  de 
gaieté  se  sont  mis  à  danser. 

Avant  de  nous  séparer,  notre  aimable  hôte  nous  fait  en- 
trer dans  son  cabinet  de  travail  oîi  de  riches  objets  d'art  et 
de  science  frappent  notre  vue.  Des  baromètres,  des  longaes- 
vues,  des  albums  photographiques,  des  livres  aux  reliures 
luxueuses,  un  piano,  etc.,  ornent  cet  intérieur.  Il  nous 
montre  les  portraits  du  feu  roi  et  d'une  foule  de  princes. 
Au-dessus  d'un  canapé  sont  suspendus  ceux  de  Napoléon  ni , 
de  l'impératrice  Eugénie,  de  la  reine  Victoria.  Le  pape  est 
placé  entre  ces  deux  souveraines.  D'autres  portraits  encore 
apparaissent  sur  tous  les  murs.  Mais  une  chose  qui  nous  a 
profondément  émus  c'est  la  figure  de  notre  premier  empe- 
reur dominant  toutes  les  autres  têtes  couronnées. 

A  une  heure  très  avancée  de  la  nuit  nous  prenons  congé 
de  son  Excellence  qui  nous  offre  sa  photographie  comme 
un  souvenir  de  cette  soirée  princière. 

Le  lendemain  le   Yacht  du  roi  vient  mouMer  devant  le 
consulat  et  se  met  à  notre  disposition.  Notre  départ  pour 
Juthia  est  fixé  à  ce  soir.  En  effet,  à  9  heures,  par  un  ciel 
plein  de  fraîcheur,  nous  lâchons  les  amarres  et  nous  re- 
montons le  Mei-nam.  Par  moment  nous  rasons  de  si  près  la 
terre  que  notre  navire  secoue  le  feuillage  des  arbres  d'oîi 
pleuvent  des  essaims  de  lucioles,  semblables  à  des  étoiles 
volantes,  et  de  fourmis  énormes  qui  laissent  sur  nos  mains 
la  trace  douloureuse  de  leur  piqûre.  Nous  prenons  nos  dis- 
positions pour  passer  la  nuit  aussi  commodément  que 
possible  et  nous  abriter  contre  l'attaque  des  moustiques. 
Nous  commencions  à  dormir  d'un  profond  sommeil,  quand 
vers  les  deuxheures,  nous  sommes  éveillés  en  sursaut  par  une 
secottsse  formidable.  Gomme  la  nuit  éUii  assez  obscure,  le 
capitaine  croyant  naviguer  en  plein  fleuve  s'était  trompé  de 


DEUX  SEBIAINES  À  BÂNG-KOK.  tô 

route  et  était  entré  en  conservant  sa  vitesse  dans  un  large 
arroyo  où  s'était  abrité  pour  la  nuit  un  certain  nombre  de 
jonques. 

C'est  sur  cette  malheureuse  flottille  que  nous  avions  fait 
tête,  et  l'on  peut  se  figurer  le  ravage  que  produisit  une  telle 
trouée.  En  effet  des  cris  d'hommes,  des  sanglots  de  femmes 
et  des  pleurs  d'enfants  nous  font  pressentir  l'étendue  da 
désastre.  Des  embarcations,  glissant  en  tous  sens  sur  l'eau 
à  la  lueur  des  torches,  se  mettent  à  la  recherche  des  noyés 
ou  des  objets  prêts  à  s'engloutir.  Nous  essayons  nous- 
mêmes  de  nous  dégager,  car  les  roues  et  le  gouvernail  sont 
pris  dans  les  amarres  des  barques.  C'est  une  confusion 
générale.  Après  une  grosse  heure  de  travail  nous  finissons 
par  sortir  de  ce  lieu  de  désolation,  et  quand  nous  demaa" 
dàmes  au  mandarin  qui  avait  ordre  de  nous  esccu'ter  ce 
qu'il  allait  advenir  de  tout  cela  ;  Soyez  sans  inquiétude  ;  ça 
n'est  rien,  nous  répondit-il.  Qu'est-ce  en  effet  que  la  vie 
d'un  homme  dans  ces  pays  où  le  despotisme  est  la  seule 
loi. 

Nous  arrivons  à  Juthia  vers  la  pointe  du  jour,  et  aussitôt 
le  gouverneur  de  l'endroit  nous  envoie  une  magnifiq4ae 
embarcation  armée  de  canotiers  à  la  livrée  du  roi.  Nous 
profitons  de  la  fraîcheur  du  matin  pour  visiter  rapidement 
ce  que  la  contrée  offre  de  curieux.  Notre  .guide  nous  con- 
duit vers  l'enceinte  réservée  aux  éléphants  de  chasse.  Bes 
portiques  construits  avec  d'énormes  poteaux  et  de  forts 
madriers  sont  dressés  là,  de  distance  en  distance,  pour  rece- 
voir les  éléphants  sauvages  qui,  une  fois  acculés  dans  ces 
étroits  passage»,  «ont  rapidement  entravés.  Au  dire  de  ceux 
qui  ont  assisté  à  ces  sortes  de  poursuite,  c'est  un  spectacle 
vraiment  grandiose.  Les  femelles  domestiques,  parfaitement 
dressées,  vont  battre  les  forêts  et  entraînent  à  leur  &uite  un 
troupeau  de  ces  géants  de  l'Inde.  Mais  arrivés  vers  l'en* 
ceinte  des  portiques  et  flairant  le  danger,  ils  s'apprêtent  à 
revenir  sur  leurs  pas,  quand  les  éléphants  de  chasse,  déJi- 


vrés  de  leu^s  liens,  se  ruent  sur  eux  pour  leur  barrei*  toute 
issue  et  les  forcer  à  passer  au  milieu  des  poteaux  où  les 
esclaves  laissent  tomber  des  jougs  puissants  sur  leur  cou  et 
lancent  des  entraves  dans  leurs  jambes.  On  dît  qu'il  se 
livre  alors  entre  ces  animaux  superbes  de  terribles  combats. 
En  effet,  la  plaine  que  nous  foulons  est  jonchée  d'ossements 
blanchis  par  le  soleil.  Le  mandarin  nous  raconte  que  dan<: 
la  dernière  chasse  douze  éléphants  sont  restés  sur  le  champ 
de  bataille. 

Nous  poursuivons  notre  course  sur  Teau  et  nous  nous 
dirigeons  vers  l'ancienne  Juthia.  Notre  embarcation  pénètre 
dans  un  arroyo  des  plus  pittoresques.  Les  rives  sont  bor- 
dées, de  dix  mètres  en  dix  mètres  environ,  de  tout  petits 
autels  dont  les  quatre  pieds  en  bambou  fichés  dans  la  vase 
supportent  un  plancher.  Du  milieu  de  chaque  autel  s*élève 
une  pyramide,  miniature  des  pyramides  de  pagode,  et  aux 
quatre  angles  sont  plantés  des  parasols  à  sept  étages  en 
papier.  Des  habitations  flottantes  ou  sur  pilotis,  des  fabri- 
ques de  poteries  et  de  tuiles,  apparaissent  de  tous  les  côtés 
sous  l'ombrage  des  arbres.  Nous  parvenons  à  un  point  de 
Tarroyo  où  notre  embarcation  commence  à  talonner  le 
fond  ;  c'est  l'heure  de  la  basse  marée.  Nous  mettons  pied  à 
terre  et,  tantôt  sous  un  ciel  embrasé,  tantôt  sous  un  berceau 
de  verdure,  nous  suivons  un  sentier  irrégulièrement  pavé 
de   briques  entre  deux  rangées  de  cocotiers,  d'arecs,  de 
mangoustans^  de  papayers,  etc.  Ces  derniers  m'ont  offert 
un  aspect  que  je  n'ai  rencontré  nulle  autre  part  que  là.  La 

1.  ^fangou8tan  ou  mangestan,  famille  des  Gutiifères,  ainsi  nommée  parce 
que  toutes  ses  plantes  contiennent  un  suc  gommo-résincux  qui  en  découle 
en  larmes.  Les  fruits  ou  mangoustes,  de  la  grosseur  d'une  petite  orange 
renferment,  sous  une  écorce  d'un  pourpre  noir,  et  très  astringente,  une 
pulpe  blanche,  fondante,  d'une  saveur  sucrée  légèrement  acidulé,  avec  le 
parfum  de  la  framboise.  Les  gousses  couchées  circulairement  reposent 
comme  sur  un  coussinet  cramoisi.  On  voit  quelquefois  sur  le  fruit  une  lé- 
gère croûte  de  couleur  .soufrée  qui  n'est  autre  chose  que  de  la  gommc- 
gutte. 


l^Etrx  SEMAINES  A  BilNG-KOK.  65 

tige  de  ces  arbres  ne  présente  pas  habituellement  de  bifur- 
cation; tandis  qu'ici  plus  épaisse  et  plus  élevée,  elle  se  ter- 
mine en  une  foule  de  subdivisions  portant  chacune  d'elles 
des  fruits. 

Nous  apercevons  bientôt  les  flèches  encore  debout  de 
quelques  pagodes  en  ruine.  Abandonnant  alors  notre  sen- 
tier nous  gravissons  le  mamelon  qui  se  dresse  devant  nous, 
par  une  pente  assez  douce,  mais  où  nos  pieds  s'embarras- 
sent au  milieu  des  débris  de  toute  sorte,  des  ricins,  des 
acacias  épineux  et  des  goyaviers  *. 

Tout  essoufflés  et  ruisselants  de  sueur,  nous  finissons 
par  atteindre  le  plateau  de  ce  tertre.  Nous  voilà  rendus  en 
face  d'une  immense  pyramide  dont  les  briques  déchaussées 
semblent  vaciller  au  souffle  du  vent.  Nous  nous  reposons  au 
milieu  des  murs  lézardés ,  à  l'ombre  rafraîchissante  des 
arbres.  De  cette  hauteur,  l'œil  embrasse  la  vaste  plaine  où 
fut  autrefois  Juthia,  l'ancienne  capitale  de  Siam^  ravagée 
en  1782  par  les  Birmans.  A  la  suite  de  ce  désastre,  le  siège 
du  gouvernement  fut  déplacé  et  vint  se  fixer  non  loin  de 
Tembouchure  du  Mei-nam.  Bang-Kok  a  remplacé  aujour- 
d'hui Juthia. . 

J'ai  dit  précédemment  que  les  rois  de  Siam  enfouissaient 
au  pied  de  leurs  pyramides  des  trésors  destinés  à  leur  exis- 
tence fuUire.  Il  est  probable  que  les  envahisseurs  ont  dé- 
terré ces  richesses,  car  tous  les  monuments  que  nous  fou- 
lons sous  nos  pas  présentent  de  vastes  brèches  à  la  base. 
Au  milieu  de  ce  fouillis  de  décombres,  la  végétation  a  des 
caprices  étranges.  De  toutes  les  crevasses,  de  dessous  les 
pans  de  murs^  se  dégage  une  épaisse  forêt  d'arbres  de 
toute  espèce,  dont  les  racines  tourmentées  parles  obstacles 

1.  Famille  des  Myrtacées.  La  goyave  a  une  saveur  sucrée,  parfumée, 
acidulé,  astriagente.  Il  y  a  la  goyave  blaache  {Psidium  pyriferum)  et  la 
goyave  rouge  (Psidium  pomiferum).  C'est  un  fruit  généralement  peu  es- 
time et  qui  sert  à  faire  une  assez  bonne  gelée  dans  nos  Antilles.  Mangé 
un  peu  vert,  il  semblerait  jouir  de  quelque  vertu  contre  la  diarrhée. 

soc.  DE  GÉ06R.  —  JUILLET  1880.  XX.  —  5 


M  DIUX  SEimiNES  A  ]IA!fG->lK>K; 

élargissent  les  lézardes  et,  plus  que  le  temps,  h&tent  la 
ruine  de  cette  grande  cité  dévastée  sous  les  pied^  des  élé- 
phants de  guerre  birmaniens. 

Il  nous  faut  songer  à  revenir  sur  nos  pas,  et  nous  nous 
dirigeons  mourants  de  soif,  vers  une  pagode  dont  la  toiture 
brille  au  loin.  Là,  nous  apprenons  que  notre  embarcation 
voyant  la  marée  descendre  rapidement  et  menacée  de 
s'échouer  sur  la  vase,  a  quitté  Tarroyo  pour  entrer  dans  le 
fleuve.  La  perspective  n'est  pas  gaie  pour  nous,  car  force 
nous  est  de  rallier  notre  aviso  à  pied.  En  attendant,  nous 
nous  asseyons  au  bord  de  Teau,  sous  le  feuillage  hospitalier 
d'un  tamarinier  séculaire:  Une  pirogue  chargée  de  mangues 
passait  en  ce  moment.  Notre  mandarin  en  prélève  une  cer- 
taine quantité  et  nous  fait  apporter  des  cocos,  puis  de  Teau 
fraîche  que  nous  offre  une  femme  dans  un  vase  de  cuivre. 
Prenant  notre  courage  à  deux  mains,  nous  nous  remettons 
en  route.  II  est  dix  heures.  Le  sol  est  brûlant  comme  Tair 
qui  nous  enveloppe.  Nous  cheminons  silencieux,  et  nous 
jetons  un  regard  d^ndifférence  sur  tout  ce  que  nous  ren- 
controns. C'est  à  peine  si  notre  attention  est  attirée  par  un 
Boudha  colossal,  debout  encore  au  milieu  d'une  large  clai- 
rière. La  couche  d'or  de  la  statue  a  complètement  disparu, 
et  d'une  crevasse  de  sa  tôte  s'élance  un  énorme  acacia. 

Nous  arrivons  enfin  à  bord  du  yacht  royal,  haletants  et 
harassés.  Notre  toilette  achevée,  nous  nous  rendons  au  pa- 
lais du  roi  oix  nous  attend  notre  déjeuner.  On  aborde  l'édifice 
par  un  escalier  qui  descend  jusqu'à  l'eau  et  qui  compte  une 
vingtaine  de  marches  longues  de  près  de  trois  cents  mètres. 
Une  immense  pelouse  sépare  l'édifice  du  fleuve  et  une 
assez  haute  muraille  l'entoure  de  toutes  parts.  On  arrive  au 
corps  principal  par  une  grande  allée.  C'est  une  sorte  de 
tour  carrée  surmontée  d'un  dôme  blanc  et  encadrée  d'une 
terrasse  d'où  le  regard  embrasse  à  l'aise  le  paysage  qui  se 
déroule  à  l'infini,  La  vue  se  promène  agréablement  sur  le 
fleuve  avec  ses  méandres,  ses  canaux  et  ses  nombreux  ilôts, 


DEUX  SEMAINES  k  BÀNG-KOK.  67 

sur  les  pagodes  et  les  pyramides,  et  là-bas,  tout  au  loin  dans 
la  vaste  plaine,  sur  les  ruines  de  Jutbia  qui  blancbissont  au 
soleil.  Une  infinité  d'autres  constructions  s'élève  dans  cette 
enceinte;  celles-ci  réservées  aux  femnaes  du  roi,  celles-lè 
aux  serviteurs,  etc.  Ce  palais,  commencé  sous  le  précédent 
monarque,  est  inaobevé  aujourd'hui  et  totalement  aban* 
donué.  C'est  un  usage,  lorsqu'un  roi  meurt,  de  laisseï 
dépérir  une  grande  partie  de  ce  qui  a  été  entrepris  sous 
son  règne. 

C*est  ainsi  qu'à  Bang-Kok,  nous  avons  pu  voir  délaissés, 
sur  leur  ebantier,  des  navires  en  construction  pour  Tusage 
du  monarque  défunt.  Le  palais  où  nous  sommes  est  dans 
le  même  cas  et  son  état  fait  peine  à  voir.  Ce  beau  site  est 
désert  et  les  édifices  oubliés  s'émiettent  sous  l'action  des- 
tructive du  temps. 

Bien  que  nous  nous  trouvions  dans  une  demeure  royale 
il  paraîtra  peut-être  étrange  que  nous  ayons  été  dans  If 
nécessité  de  meltrc  notre  couvert  à  terre;  mais,  je  l'ai  dit, 
le  palais  est  tout  à  fait  abandonné.  Notre  repas  ne  perd  rien 
de  sa  gaieté  pour  cela,  et  notre  appétit  n'en  est  nullement 
influencé.  Le  gouverneur  de  la  localité  nous  avait  envoyé- 
des  présents  consistant  en  volailles,  porc,  fruits,  etc. 

Malgré  la  fatigue  ressentie  le  matin,  nous  étions  prêts  le 
soir  même  à  recommencer  notre  promenade.  Notre  embar- 
cation nous  conduit  dans  différents  points  du  fleuve  et  nous 
visitons  rapidement  ce  qui  nous  restait  à  voir.  Mais  la  nuit 
survient  et  nous  force  à  rentrer. 

Le  lendemain  matin,  à  la  pointe  du  jour,  nous  effectuons 
notre  retour  à  Bang-Kok.  Le  yacht  descend  lentement  le 
fleuve  et  nous  permet  d'en  contempler  la  magnificence.  La 
crue  des  eaux  du  Mei-nam  a  lieu  tous  les  ans  au  mois  de 
juin,  et  cette  submersion,  comme  celle  du  Nil,  féconde  la 
plaine.  Le  niveau  du  fleuve  s'élève  jusqu'à  deux  mètres  au- 
dessus  du  rivage.  Il  est  facile  de  concevoir  que  le  sol  a  dû 
s'exhausser  par  la  suite  des  siècles,  et  que  le  sédiment  que 


68  DEUX  SEMAINES  A  BANG-KOK. 

dépose  chaque  inoudalion  est  Tunique  cause  du  retrait  de  la 
mer.  L'eau  du  Mei-nam  est  excellente  à  boire,  mais  il  faut 
avoir  soin  de  la  laisser  déposer  ou  de  la  elarifier  avec  de 
TaluD. 

Les  rives  bordées  de  touffes  épaisses  de  bambous  que  do- 
minent de  toute  leur  taille  les  cocotiers  élégants,  laissent 
voir  de  temps  en  temps,  à  travers  quelques  échappées,  la 
plaine  immense  où  paissent  les  troupeaux  au  milieu  des 
tourterelles  et  des  ibis.  Des  hameaux  s'éparpillent  dans  tous 
les  sens.  Des  bateaux  de  toute  espèce  et  des  barques  lao- 
tiennes se  reposent  à  Tombre  des  arbres  en  attendant  la 
marée  favorable.  Les  talapoins  passent  à  côté  de  nous, 
allant  quêter  leur  nourriture  quotidienne.  Partout  s'éten- 
dent les  filets,  et  les  pêcheurs  lancent  leur  épervier.  Des 
buffles  qui  se  baignent  dans  les  eaux  du  fleuve  nous  re- 
gardent passer  avec  des  yeux  effarés.  Les  pyramides  de  la 
grande  cité  commencent  à  se  découper  sur  l'azur  du  ciel,  et 
nous  distinguons  peu  à  peu  la  mâture  des  navires.  Enfin, 
après  une  course  enchanteresse^  nous  arrivons  à  Bang-Rok, 
et  le  yacht  royal  vient  nous  déposer  à  la  cale  du  consulat  de 
France. 

La  mission  du  commandant  était  accomplie,  et  le  surlen- 
demain^ nous  regagnions  le  d'Assas  qui  reprenait  immé- 
diatement sa  route  pour  Saigon. 


COMMUNICATIONS 


RÉCENTS  PHÉNOMÈNES  VOLCANIQUES  OBSERVÉS  A  l'ÎLE  DOMINIQUE 
(ANTILLES  anglaises),  PAR  L.  BERT*. 

Roseau,  9  janvier  1880, 

Je  prends  la  liberté  de  porter  à  la  connaissance  de  la 
Société  de  Géographie  les  faits  suivants  qui  se  sont  pro- 
duits le  dimanche,  4  janvier  1880,  à  onze  heures  du  matin, 
et  qui  ont  amené  la  presque  disparition  d'un  volcan  et 
Touverture  de  nouveaux  cratères  dans  Tile  de  la  Dominique 
(Antilles  anglaises).  Je  suis  établi  dans  cette  île,  où  je  pos- 
sède une  manufacture  assez  importante  d'acide  citrique  et 
d'huiles  essentielles. 

II  existe  à  l'île  de  la  Dominique  un  volcan  qui  présente 
le  caractère  intéressant  d'être  toujours  en  activité,  son  cra- 
tère, rempli  aux  trois  quarts  d'eau  bouillante  sulfureuse, 
forme  un  lac  à  niveau  constant,  dont  la  température,  sur 
les  bords,  peut  être  estimée  à  une  moyenne  de  75*  centi- 
grades. A  une  des  extrémités  de  ce  lac,  l'ébullition  se  ma- 
nifeste, toutes  les  trois,  quatre  ou  cinq  minutes,  par  une 
colonne  d'eau  afifectant  la  forme  conique,  projetée  violem- 
ment à  une  hauteur  de  90  à  100  pieds  anglais  (30  à  40  mè- 
tres) en  dégageant  de  fortes  lueurs  et  des  vapeurs  sulfu- 
reuses. Ce  cratère,  qui  est  situé  à  l'est  de  la  chaîne  de 
montagnes  qui  traverse  l'île  dans  toute  sa  longueur,  fait 
partie  du  district  de  la  Grande-Soufrière.  L'altitude  n'a 
jamais  été  mesurée  exactement,  niais  doit  être  évaluée  à 
environ  3.000  pieds  anglais  (900  mètres). 

Le  dimanche  4  janvier  1880,  à  onze  heures  du  matin,  un 
grondement  sourd  s'est  fait  entendre  se  répétant  presque 
toutes  les  deux  minutes,  mais  par  intermittences  ;  l'atmos- 
phère s'est  obscurcie  comme  pendant  une  éclipse  de  soleil^ 

1.  Communication  adressée  à  la  Société  dan9  sa  séance  du  6  février  1880. 


70  RÉCENTS  PHÉNOMÈNES  VOLCANIQUES 

la  pluie  tombait  par  torrents  et  sans  interruption.  A.  onze 
heures  deux  minutes,  j'ai  aperçu  un  gros  nuage   noir  se 
dirigeant  par  lu  vallée  de  Roseau  sur  la  ville  et  prenant  la 
direction  de  la  mer  ;  à  onze  heures  trois  minuteS)  par  une 
violente  rafale  de  vent,  ce  nuage,  mêlé  à  la  pluie,  tonibait 
sur  la  ville  en  forme  de  boue  et  de  sable;  un  bruit  lointain 
continuait  de  se  faire  entendre  ;  cette  pluie  mélangée  de 
sâbie  a  duré  jusqu'à  ente  heures  dix  minutes  environ,  puis 
le  temps  est  devenu  plus  clair  ;  le  baromètre  marquait  en 
ville  7B2"^",  état  à  peu  près  normal,  et  le  thermomètre  22» 
centigrades,  état  normal»  Je  vous  envoie  une  bouteille  con- 
tenant Teau  do  pluie,  mélangée  de  sable,  recueillie  dans  un 
pluviomètre,  vous  pourrez  juger  de  la  quantité  de  matières 
étrangères  môlées  à  la  pluie,  par  la  quantité  du  dépôt; 
vous  trouverez  en  outre  dans  la  caisse  une  enveloppe  con- 
tenant du  sable  recueilli  après  la  pluie.  Ce  sable  affecte  la 
forme  des  pouzzolanes,   ou  pyrites  sulfureuses.  Je  dois 
ajouter  que  pendant  toute  sa  durée,  le  phénomène  a  été 
accompagné  d'une  forte  odeur  sulfureuse.  La  pluie  a  con- 
tinué par  rafales  jusqu  au  lendemain,  après  avoir  repris  son 
aspect  normal.  L'émission  de  pluie  et  de  sable  a  donc  duré 
environ  huit  minutes,  et  n'a  été  accompagnée  d'aucune 
secousse  de  tremblement  de  terre,  comme  on  pouvait  s'y 
attendre,  du  moins  de  notre  c6té«  La  pluie,  charriant  ce 
nuage  do  sable,  n'a  atteint  qu'une  partie  de  l'île,  soit  la  par- 
tie qui  se  trouvait  sous  le  vent  du  volcan;  la  largeur  de  l'é- 
mission a  atteint  près  de  quatre  kilomètres,  sur  une  longueur 
do  près  do  dix  kilomàires,  soit  du  cratère  au  bord  de  la  mer. 
Jo  tiens  à  relater  un  fait  asseï  curieux  sur  le  peu  de  vitesse 
qu'a  acquis  oo  nuage  charriant  le  sable,  malgré  la  grande 
violence  du  vent« 

Le  yadit  do  plaisance  la  Loiit\<i»  de  la  Marliniqae,  se 
rendant  &  tto$cmu«  capitale  de  llle  de  la  Dominique,  se  trou- 
vait le  dimanolii>  4  janvier  188l.>  à  la  mer,  à  environ  ii  milles 
anglais  0^>»*X>  rnMrw^)  do  la  ville  de  ttoseau,  11  était  cinq 


OBâKlltÊS  A  l'île  DOMINIQUE.  71 

heures  du  soir,  sa  position  était  vis-à-vis  de  la  ville,  quand 
le  nuage  s*est  abattu  sur  lui,  par  une  mer  relativement 
calme  et  a  laissé  sur  son  pont  un  résidu  pareil  à  celui  que 
je  vous  envoie  et  que  j'ai  recueilli  le  lendemain  sur  le  pont, 
à  l'arrivée  du  navire.  Du  côté  du  vent  de  llle,  une  forte 
secousse  de  tremblement  de  terre  s'est  fait  sentir,  de  onze 
heures  à  midi,  à  Marigot,  petit  village  situé  sur  Fautre  ver- 
sant de  la  chaîne  de  montagnes  où  se  trouve  situé  le  volcan. 
Une  rivière  non  navigable,  la  rivière  de  la  Pointe-Mulâtre, 
qui  prend  sa  source  sur  les  flancs  du  cratère,  a  eu  son  lit 
entièrement  rempli  par  un  sable  pareil'  à  celui  que  je  viens 
de  mentionner.  Ce  sable  ne  tombait  pas  avec  la  pluie,  mais 
provenait  naturellement  des  sources  de  la  rivière.  Aujour- 
d'hui cette  rivière  est  séchée  et  l'eau  qui  coule  de  ses  an- 
ciennes sources  est  d'un  volume  tout  à  fait  insigniôant.  La 
rivière  qui  traverse  la  ville  de  Roseau  a  débordé  et  a  charrié 
pendant  toute  la  journée  des  gables  rouges  pyriteux  et  des 
sables  gris  pareils  à  ceux  qui  sont  tombés  sur  la  ville. 

J'attribue  cette  pluie  de  sable  à  une  éruption  volcanique 
provenant  du  cratère  d'eau  bouillante,  mais  je  dois  vous 
donner  la  description  de  l'endroit  où  le  fait  s'est  passé.  La 
contrée  où  se  trouve  le  volcan  est  déserte,  complètement 
inhabitée,  et  située  à  des  altitudes  de  2.000  à  3.000  pieds 
au  maximum  (600  à  900  mètres).  Avant  de  parvenir  au  vol*^ 
oan,  il  faut  traverser  sur  le  sommet  d'un  des  pics  avoisi- 
nants,  une  plaine  d'environ  10  hectares,  CQtoplètement  com- 
posée de  sable  pyriteux  et  d'où  s'élèvent  presque  sans  aucune 
interruption  deâ  petites  solfatares  ou  éruptions  de  sables  de 
5  à  6  pieds  de  haut,  mais  toujours  changeant  de  place  ;  le 
sable  s'élève  en  l'air,  puis  retombe.  Depuis  dimanche,  per- 
sonne n'a  pu  aller  voir  ce  qui  s'était  réellement  passé.  Les 
hommes  sont  partis  depuis  hier  et  sont  attendus  aujourd'hui. 

Vous  trouverez  dans  la  caisse  que  je  vous  envoie  par 
Royal-Mail  trois  bouteilles  et  quatre  échantillons;  une 
bouteille  et  un  paquet  de  sable  tous  sont  dedtinés,  uhe 


72  RÉGENTS  PHÉNOMÈNES  YOLCANIQUES 

autre  bouteille  et  deux  paquete  de  sable  sont  destinés  à 
l'Académie  des  Sciences,  une  autre  bouteille  et  un  paquet 
de  sable  sont  destinés  à  M.  Gaston  Tîssandier  à  qui  je  vous 
prie  de  les  faire  parvenir  de  ma  part,  ainsi  qu'au  bureau  de 
TAcadémie  des  Sciences. 

J'ai  trouvé,  par  une  analyse  sommaire,  du  fer,  du  soufre 
et  du  plomb,  iiinsi  que  de  la  silice  et  de  la  magnésie. 

Des  nouvelles  de  l'endroit  de  l'éruption  me  parviennent 
aujourd'hui.  L'éruption  a  eu  lieu  simultanément  dans  la 
plaine  de  Solfatares  et  dans  le  lac  d'eau  bouillante  sulfu- 
reuse. Le  dimanche  4,  à  onze  heures  du  matin,  des  flammes, 
des  roches  et  de  Teau,  ainsi  que  du  sable,  ont  été  projetés 
violemment  en  l'air  à  une  grande  hauteur.  Un  c6té  de  la 
montagne  est  tombé  dans  les  ravines,  et  le  feu  a  gagné  les 
bois  de  palmistes  sauvages  qui  avoîsinent  les  hauteurs.  Pen- 

ant  trois  jours,  disent  les  habitants  les  plus  rapprochés  du 

eu  d'éruption,  la  fumée  les  a  empêchés  de  voir  au  loin,  et 
ce  n'est  que  le  troisième  jour  au  soir  qu'ils  ont  pu  voir  un 
amas  indescriptible  de  terrain  haché  et  bouleversé.  Quant  à 
approcher  du  lieu  d'éruption  pour  voir  si  un  nouveau  cra- 
tère s'était  formé  dans  les  Solfatares  ou  dans  le  lac,  per- 
sonne n'a  encore  pu  approcher. 

KAMEN  DES  POUSSIÈRES  VOLCANIQUES  TOMBÉES  LE  4  JANVIER 
1880,  A  LA  DOMINIQUE,  ET  DE  L'EAU  QUI  LES  AGCOMPAGNAir  ; 
PAR  M.  DAUBRÉE^ 

L'échantillon  de  poussière  recueilli  par  M.  L.  Bert,  après 
la  pluie,  est  à  grain  fin,  ayant  en  moyenne  0"^"^!  dans 
l'échantillon  qui  nous  a  été  adressé.  Cette  sorte  de  sable 
est  formée,  pour  la  plus  grande  partie,  de  grains  pierreux. 
Parmi  les  grains  incolores,  les  uns  manifestent^  sous  le 
microscope,  les  formes  et  les  caractères  optiques  qui  appar- 
tiennent au  labradorite,  ainsi  que  les  macles  propres  à  cette 

ii  Extrait  des  Comptes  rendus  de  V Académie  des  Sciemest  &<"  11,  iSSOt 


OBSERVÉS  A  l'île  DOMINIQUE.  73 

espèce  dé  feldspath.  D'autres  ont  les  caractères  du  felds- 
path sanidine.  Certains  cristaux  feldspathiques  sont  comme 
corrodés.  Les  grains  verdâtres  ont  la  forme  du  pyroxène.  On 
reconnaît  aussi  du  gypse  en  cristaux  isolés. 

Même  à  rœil  nu,  on  voit  briller  beaucoup  de  petits  grains 
à  éclat  métallique.  Avec  un  grossissement  convenable,  on 
reconnaît  que  tous  ces  grains  consistent  en  cristaux  cubi- 
ques, parfaitement  nets,  parfois  striés,  sans  facettes  modi- 
fiantes :  ils  consistent  en  pyrite.  Leur  dimension  n'est  que 
de  ~  à  5^  de  millimètre.  Au  lieu  d'être  isolés,  ces  cristaux 
sont  parfois  associés  et  agglutinent  les  grains  pierreux,  de 
manière  à  montrer  qu'ils  leur  sont  postérieurs. 

Çà  et  là  on  a  reconnu  quelques  grains  de  galène. 

Ce  sable  volcanique  est  imprégné  de  matières  salines, 
en  partie  déliquescentes  et  très  rapides,  qui  ont  attaqué  le 
papier  qui  Tenveloppait. 

La  poussière  qui  a  été  recueillie  en  mer^  à  une  distance 
de  19  kilomètres  du  rivage,  est  de  même  nature  que  la  par- 
tie pierreuse  de  l'échantillon  précédent,  mais  à  un  état  tout 
à  fait  impalpable  ;  elle  contient  aussi  des  parcelles  huileuses 
et  scoriacées,  comme  la  ponce. 

D'après  l'examen  qui  en  a  été  fait  au  Bureau  d'essai  de 
l'École  des  Mines,  la  poussière  recueillie  à  sec,  dont  il  a  été 
question  d'abord,  a  donné  les  résultats  ci-après  : 

Chlorure  de  potassium. .  1 .96 

^    ,.,.,,        ,,  ,  Chlorure  de  sodium....  0.63  ,     _  ^_ 

Partie  soluble  dans  1  eau {       ^  «  ^«  >    3.57 

Sulfate  de  chaux 0.28 

Matières  organiques ....  0. 70 

^    ,.       ,  . ,     .        „    .j      ^,     I  Sous-sulfate  de  fer......  6.20 

Partie  soluble  dans  lacide  chlo-1  ^    ,  ,      ,  «  ««  t    «    ^ 

.    ,  .         .,     j  (  Carbonate  de  chaux 3.60  }    9.60 

phydrique  étendu 1       ,  ,  ,  .      «  «^ 

(  Carbonate  de  magnésie.  0.80 

Partie  soluble  dans   l'acide   ni-l  Pyrite  de  fer 5.30  ) 

trique « {  Galène 0.65  j 

Cuivre absence 

Partie  soluble  dans  les  acides 80.30 


Totah4é...«.«M      99M 


74  RÉGENTS  PHÉNOMÈNES  YOLOANIQUES 

Gomme  on  le  voit,  parrm  les  chlorureS)  celui  de  potas^ 
sium  prédomine  beaucoup. 

Quant  à  Veau  recueillie  dans  le  pluviomètre,  elle  est 
chargée  de  poudre  grossière,  dans  une  proportion  qui  dé- 
passe 20  pour  100.  Los  grains  dépassent  souvent  Q^^l  dans 
notre  échantillon. 

En  outre,  d'après  l'analyse  du  Bureau,  d'essai,  la  même 
eau  contient,  en  dissolution^  les  mêmes  sels  que  la  pous- 
sière recueillie  à  sec,  c'est-à-dire  beaucoup  de  chlorure  de 
potassium,  avec  un  peu  de  chlorure  de  sodium,  une  petite 
quantité  de  sulfate  de  chaux  et  une  forte  proportion  de  ma- 
tières organiques.  La  quantité  de  ces  sels  s'élève  à  2  pour 
100  du  poids  de  Teau. 

La  poussière  volcanique,  dont  il  vient  d'être  question,  est 
particulièrement  remarquable  par  les  innombrables  cristaux 
de  pyrite  qui  y  sont  disséminés. 

Il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  cette  pyrite  s'est  formée 
récemment  dans  les  flaques  d'eau  chaude  que  recèle  le 
massif  volcanique,  sous  l'influence  des  abondantes  exhalai- 
sons sulfureuses  qui,  d'après  la  note  précédente,  se  mani- 
festent sans  cesse.  L'éruption  l'a  projetée  au  dehors,  avec 
les  matières  pierreuses  au  milieu  desquelles  elle  s'est  déve- 
loppée. 

La  pyrite  dont  il  s'agit  paraît  donc  avoir  la  même  origine 
que  celle  que  M.  Bunsen  a  reconnue  en  Islande.  Elle  en  a 
d'ailleurs  l'aspect  général,  ainsi  que  j'ai  pu  m'en  assurer  sur 
des  échantillons  dont  je  suis  redevable  à  l'obligeance  de 
M.  le  professeur  Johnstrup,  de  Copenhague.  Comme  dans 
les  fumerolles  d'Islande,  où  se  produit  la  pyrite,  nous 
remarquons  ici  que  ce  sulfure  est  associé  à  du  sulfate  de 
chaux. 

Nous  avons  donc  ici  un  nouvel  exemple  de  la  formation 
contemporaine  de  la  pyrite  à  ajouter  à  ceux  qu'on  a  anté- 
rieurement signalés. 

Jusqu'il  présent»  on  n'a  rencontré  la  pyrite,  au  milieu  de 


PRÉPARATieN  DES  VOYAGEURS  AUX  OBSERVATIONS,   ETC.      75 

déjections  volcaniques,  que  dans  un  nombre  de  cas  très 
restreints,  si  on  le  compare  à  Tabondance  de  cette  môme 
espèce  minérale  dans  les  anciens  dépôts. 

La  présence  de  la  galène,  associée  ici  à  la  pyrite,  comme 
un  produit  d'émanation  volcanique,  est  également  très 
digne  de  remarctue. 


PRÉPARATION  DES  VOYAGEURS  AUX  OBSERVATIONS  ASTRONO* 
iMIQUES  ET  GÉODÉSIQUES,  PAR  M.  ANTOINE  D'ABBADIE,  MEMBRE 
DE  l'institut** 

Lorqu'un  voyageur  revient  d'une  contrée  peu  ou  point 
connue  jusqu'alors,  le  premier  besoin  du  géographe  est  de 
lui  en  demander  la  carte.  On  se  figure  ordinairement  que, 
pour  faire  cette  carte,  il  suffît  d'observer  çà  et  là  quelques 
latitudes  et  au  moins  une  longitude.  Pour  relier  ensemble 
ces  divers  points  on  se  contente  d'en  relever  la  direction  à 
la  boussole  et  de  noter  les  temps  de  parcours  ;  mais  cette 
manière  de  préparer  une  carte  ne  donne  que  les  lignes  si- 
nueuses ou  brisées  parcourues  par  le  voyageur.  11  n'a  point 
étendu  ses  connaissances  au  delà  de  l'étroit  espace  qu'il  a 
foulé,  car  il  l'agrandit  rarement  au  moyen  de  tours  d'hori- 
zon pris  à  la  boussole  et  qui  rayonnent  autour  de  chaque 
station.  Quand  même  on  aurait  pris  ainsi  l'habitude  de  re- 
cueillir des  tours  d'horizon,  l'usage  de  la  boussole  intro- 
duit une  grande  incertitude  dans  ces  observations.  En  effet 
il  est  rare  que  les  boussoles  de  voyage  soient  construites 
sans  défauts,  et  de  plus  ce  genre  d'instrument  ne  fournit 
pas  lui-même  des  moyens  de  le  contrôler.  Ce  n'est  pas 
tout  :  dans  l'intérieur  de  l'Afrique,  où  il  reste  tant  de 
travaux  géographiques  à  accomplir,  le  minerai  de  fer 
abonde,  la  déclinaison  de  l'aiguille  aimantée  peut  ainsi  va- 

1.  Communication  adressée  à  la  Société,  dans  sa  séance  du  6  février 
1880. 


76  PRÉPARATION  DES  VOYAGEURS 

rier  subitement  de  lieu  en  lieu,  et  Ton  se  prémunit  rare- 
ment d'un  instrument  destiné  à  toujours  mesurer  cette 
déclinaison  pour  chaque  lieu.  Le  cartographe  est  donc 
obligé  d'adopter  par  pure  hypothèse  une  déclinaison 
moyenne.  Il  ne  tarde  pas  à  découvrir  que  la  combinaison 
des  azimuts  magnétiques  avec  les  temps  de  parcours  n'a- 
boutit pas  aux  points  déterminés  par  leurs  latitudes  et  lon- 
gitudes. Finalement  il  est  réduit  à  faire  une  cote  mal 
taillée  et  à  introduire  plusieurs  suppositions  dans  le  détail 
de  la  carte.  On  ne  communique  pas  ces  suppositions  au 
public  qui  est  forcé  de  juger  une  carte  uniquement  par  le 
travail  de  la  gravure.  On  peut  estimer  qu'un  relèvement 
fait  à  la  boussole  n'est  exact  qu'à  un  degré  et  demi  près. 
En  citant  mon  propre  exemple,  j'espère  faire  pardonner 
ma  condamnation  de  l'usage  exclusif  de  la  boussole.  Dans 
mon  premier  voyage  en  Ethiopie,  je  faisais  scrupuleuse- 
ment un  relèvement  magnétique  à  chaque  détour  du  sen- 
tier et  j'envoyai  tout  mon  travail  au  savant  d'Avezac,  notre 
président  d'alors,  qui  avait  hâte  de  construire  ma  carte, 
mais  qui  s'y  est  évertué  en  vain,  car  mes  directions  notées 
ont  pu  rarement  aboutir  à  s'accorder  avec  les  temps  de 
marche. 

Tout  voyageur  qui  se  respecte  préférera  donc  l'usage  du 
théodolite  ou  instrument  à  deux  cercles  perpendiculaires. 
Par  son  moyen  on  obtient  cent  fois  plus  d'exactitude  qu'a- 
vec la  boussole  dans  la  mesure  des  azimuts,  c'est-à-dire 
des  angles  horizontaux  parallèles  à  l'horizon.  De  plus,  le 
théodolite  ajoute  à  cet  avantage  celui  de  mesurer  les  angles 
verticaux  qui  donnent  les  difiTérences  de  hauteur  des  mon- 
tagnes éloignées,  et  par  suite,  leurs  altitudes.  Un  ciel  cou- 
vert-,qui  arrête  les  observations  astronomiques  n'empêche 
pas  d'observer  les  différences  d'azimuts.  Nous  insistons  sur 
ce  point,  car  cette  méthode  est  si  féconde  que  si  au  début 
de  son  exploration  on  détermine  les  azimuts  vrais  de  deux 
points  déjà  connus,  et  si  l'on  parvient  à  s'orienter  toujours 


AUX  OBSERVATIONS  ASTRONOMIQUES.  77 

de  proche  en  proche,  il  est  possible  de  construire  avec  des 
détails  précieux,  toute  une  carte  sans  le  besoin  d'y  avoir 
observé  des  longitudes  ou  môme  des  latitudes  autrement 
que  pour  contrôler  l'exactitude  du  réseau  topographique 
qu'on  aura  fait  par  une  chaîne  liée  d'azimuts.  Ce  réseau 
s'appuyera  sur  une  base  mesurée  par  la  vitesse  du  son,  ou 
mieux  par  la  différence  de  deux  latitudes  déterminées  près 
du  môme  méridien.  Allant  toujours  du  connu  à  l'inconnu, 
l'explorateur  profitera  souvent  d'une  base  établie  par  ses 
prédécesseurs  et  môme  s'il  est  forcé  de  se  passer  de  base, 
sa  carte  pourra  ôtre  relativement  très  bonne,  quoique  pri- 
vée d'échelle. 

Toutes  ces  observations  sont  très  faciles  quand  on  a  ap- 
pris à  les  faire.  Il  est  bien  à  regretter  que  plus  d'un  pionnier 
doué  de  courage,  d'ardeur  et  môme  d'intelligence,  ait  usé 
ses  forces  à  parcourir  des  pays  inconnus  sans  les  avoir  fait 
mieux  connaître  au  géographe.  Peu  d'ouvrages  spéciaux 
entrent  dans  des  détails  suffisants  pour  bien  instruire  un 
novice  :  il  s'y  trouve  arrêté  souvent  par  les  objections  qu'il 
se  fait  et  dont  il  ne  trouve  pas  la  solution.  Il  lui  faut  donc 
un  professeur,  et  lorsqu'il  veut  s'instruire,  il  s'adresse  à  un 
astronome,  tout  en  ignorant  que  celui-ci  peut  rendre  de 
grands  services  dans  un  observatoire  ûxe  sans  connaître 
les  détails  des  méthodes  à  préférer  en  voyage. 

Ces  considérations  ont  préoccupé  le  Bureau  des  Longi- 
tudes et  l'ont  amené  à  fonder  il  y  a  deux  ans,  dans  le  parc 
de  Montsouris,  une  école  spéciale  destinée  à  montrer,  non 
seulement  aux  marins  mais  encore  aux  voyageurs  parterre, 
la  théorie  et  la  pratique  des  observations.  Dans  cette  école' 
les  leçons  sont  publiques  et  gratuites.  Elles  ont  été  écoutées 
par  plusieurs  personnes  qui  ont  pu  affirmer  qu'elles  avaient 
travaillé  dans  l'Observatoire  de  Montsouris.  Il  ne  s'ensui- 
vait pas  de  là  que  leur  instruction  était  suffisante  :  le  Bureau 
des  Longitudes  a  donc  résolu  de  faire  subir  un  examen  pra- 
tique aux  candidats  qui  le  demanderaient,  et  d'accorder  à 


78     PRÉPARATION  DES  VOYAGEURS  AUX  OBSERVATIONS,    ETC. 

tous  ceux  qui  s'en  tireraient  avec  honneur  le  titre  d'agréé 
du  Bureau  des  Longitudes.  Noire  Société  de  Géographie  ne 
sera  donc  plus  exposée  à  encourager  par  ses  dons  des  voya- 
geurs encore  inexpérimentés  et  qui  prennent  leur  ardeur 
pour  de  la  capacité. 

Bien  qu'il  soit  toujours  préférable  de  posséder  les  théo- 
ries et  de  savoir  calculer  soi-même  ses  observations,  un 
voyageur  trop  pressé  peut  se  borner  à  apprendre  la  pra- 
tique. S'il  suit  très  exactement  les  règles  tracées,  ses  obser- 
vations seront  toujours  fructueuses.  Je  ne  me  lasse  pas  de 
citer  à  cet  égard  l'infortuné  Lesaint,  moxt  au  début  de  sod 
exploration  dans  l'Afrique  centrale.  II  est  bien  doux  de 
rendre  hommage  au  courage  malheureux,  au  dévouement 
d'un  martyr  de  la  science  et  de  redire  qu'après  trois  se- 
maines de  pratique  dans  Paris,  Lesaint  a  pu  m'envoyer  de 
l'Egypte  des  observations  destinées  seulement  à  n'en  pas 
oublier  les  règles,  mais  qui  étaient  assez  bien  faites  pour 
mettre  leur  auteur  au  rang  des  explorateurs  les  plus  exacts 
et  les  plus  consciencieux.  Un  missionnaire  français,  le 
P.  Taurin,  nous  a  envoyé  aussi  des  relèvements  qui  ont 
permis  de  publier  dans  notre  Bulletin  la  carte  d'un  district 
jusqu'alors  inconnu  de  l'Afrique  intérieure.  Ces  deux 
exemples  peuvent  servir  à  encourager  tous  ceux  qui  vou- 
dront faire  de  la  géographie  sérieuse. 


COMFTES  RENDUS  D'OUVRAGES 


RAPPORT   SUR   LES   APPAREILS    D'HORLOGERIE    GÉOGRAPHIQUE   DE 
MM.  ǣSA9  PASCAL  ET  ST^TERT,   Mit  M,  S*  CQRTAMRfSRT. 


Pendule  universelle  et  géographique  de  M.  le  pasteur 

César  Pascal, 

Cette  pendule  est  destinée  à  montrer  les  heures  de  tous 
les  points  du  globe  comparées  h  Theure  de  Paris.  Les  heu** 
res  se  lisent  entre  deux  cadrans,  dont  Tun  donne  les  lieux 
de  rhémispbère  oriental,  et  l'autre  les  lieux  de  l'hémisphère 
occidental.  C'est  un  appareil  très  ingénieux,  qui  atteste  une 
étude  approfondie  du  mouvement  de  la  Terre  et  des  diffé^ 
rences  horaires  entre  les  divers  points  du  globe. 

Je  dois  cependant  adresser  deux  critiques  à  cet  intéres^ 
sant  instrument. 

D'abord,  il  faudrait  qu'en  le  consultant  on  comprit  tout 
de  suite  et  distinctement  que  toutes  les  heures  du  cadran 
intérieur  sont  en  avance  et  toutes  les  heures  du  cadran 
extérieur  en  retard  sur  le  méridien  auquel  est  attaché  l'ai- 
guille,  c'est-à-dire  le  méridien  de  Paris,  Or,  cette  impor- 
tante indication  ne  saute  pas  aux  yeux  ;  il  faut  la  découvrir 
avec  un  peu  d'attention  et  de  recherche.  Il  suffirait  qu'on 
inscrivit  en  caractères  très  visibles  :  heure$  en  avance  sur 
un  cadran,  heures  en  retard  sur  l'autre. 

Ensuite,  l'auteur  a  donné  un  fragment  de  mappemonde 
qui,  pour  obéir  à  la  manière  dont  il  fait  tourner  son  cadran, 
offre  une  orientation  bien  extraordinaire  ;  on  dirait  que 
l'Europe  est  h  Test  de  l'Asie,  que  l'Amérique  est  à  l'ouest 
de  l'Asie,  et  enfin  toutes  les  contrées  représentées  sont  à 
l'inverse  de  leur  disposition  réelle.  M.  Pascal  fera  bien  de 
supprimer  courageusement  sa  carte  tout  à  fait  inadmissible. 


80  RAPPORT  SUR  LEg  APPAREILS  d'hORLOGERIE  GEOGRAPHIQITE 

Ces  remarques  n'empêchent  pas  de  porter  un  jugement 
très  favorable  sur  ce  mécanisme  cosmographique.  Il  pourra 
être  perfectionné  ;  mais  Tidée  fondamentale  est  excellente. 

Géochronomètres  ou  pendules  synchr uniques, 

par  M.  Steyert, 

M.  Steyert,  de  Lyon,  a  imaginé  des  pendules  géographi- 
ques qui  n'ont  pas  moins  d'intérêt  que  celle  de  M.  César 
Pascal,  et  qu'il  a  soumises  de  même  à  l'appréciation  de  la 
Société  de  géographie.  Il  explique,  dans  une  note  manus- 
crite qu'il  a  adressée  à  la  Société,  les  motifs  qui  l'ont  con- 
duit à  cette  invention  :  «  L'extension  toujours  croissante, 
dit*il,  des  rapports  internatioaaux  et  la  rapidité  des  com- 
munications rendent  aujourd'hui  sensibles  pour  tous  les 
différences  horaires  des  lieux  placés  sous  des  méridiens 
éloignés  les  uns  des  autres.  C'est  particulièrement  sur  le 
parcours  des  chemins  de  fer  que  ces  difiFérences  deviennent 
un  embarras  pour  le  voyageur,  qui  se  trouve  en  présence 
de  l'heure  officielle,  de  l'heure  de  sa'  montre  et,  parfois 

aussi,  de  l'heure  du  point  oh  il  se  rend Un  appareil, 

donnant,  à  première  vue  et  sans  calculs,  l'heure  comparée 
des  différents  lieux  du  globe,  serait  aujourd'hui,  non  plus, 
comme  autrefois,  un  instrument  scientifique,  mais  un  objet 
d'utilité  générale.  » 

M.  Steyert  a  pensé  que  le  meilleur  moyen  de  réunir  la 
notion  des  lieux  et  celle  des  heures  était  de  combiner  un 
tracé  graphique  avec  un  cadran  d'horloge,  et  de  faire  passer 
las  numérations  horaires  sur  une  carte  géographque. 

Trois  appareils  ont  été  imaginés  dans  ce  but. 

Le  premier  consiste  à  employer  une  carte  construite  sur 
la  projection  de  Mercator  et  sur  laquelle  on  fait  passer  de 
droite  à  gauche,  suivant  la  marche  apparente  du  soleil,  une 
série  de  lignes  perpendiculaires  qui  reproduisent  les  méri- 
diens et  qui  marquent  les  heures  et  les  minutes.  Si  ces  lignes 


DE  MM.  CÉSAK  PASCAL  ET  STEYERT.  81 

sont  mues  par  un  mouvement  d*horlogerié  convenablement 
réglé,  leur  marche  donne  siniultanément  l'heure  comparée 
de  tous  les  lieux  marqués  sur  la  carte. 

Il  n^est  pas  indispensable  que  la  carte  présente  toute  la 
surface  du  globe;  on  peut  se  limiter  à  une  simple  région, 
et,  comme  le  fait  remarquer  l'auteur,  la  marine,  les  services 
télégraphiques  et  les  chemins  de  fer  y  trouveraient  de 
sérieux  avantages.  Dans  les  gares,  il  serait  fort  utile  pour 
les  voyageurs  de  rencontrer  de  grandes  cartes  murales  qui 
leur  indiqueraient  à  la  fois  et  les  lignes  du  parcours  et 
l'heure  réelle  de  chaque  lieu  comparée  (s'il  s'agit  d'une 
carie  de  France)  avec  l'heure  de  Paris  qui  devrait  être  mar- 
quée à  part  sur  un  cadran  circulaire  placé  au-dessus  de  la 
carte. 

D'après  un  second  système,  M.  Steyert  remplace  la  carte 
rectangulaire  de  Mercalor  par  une  carte  construite  sur  une 
projection  polaire  boréale-  Une  série  de  lignes  rayonnantes, 
tracées  sur  un  disque  transparent  et  se  mouvant  dans  le 
môme  sens  que  les  aiguilles  d'une  pendule  ordinaire,  repré- 
sentent à  la  fois  les  méridiens  et  les  heures. 

Cet  appareil  aie  défaut  de  ne  montrer  qu'un  hémisphère, 
le  plus  important,  il  est  vrai,  celui  où  notre  Europe  est 
placée;  mais,  si  l'on  veut  voir  en  même  temps  l'hémisphère 
austral,  on  peut  le  dessiner  comme  s'il  était  vu  par  trans- 
parence. M.  Steyert  en  a  fait  l'essai  dans  une  carte  qu'il  a 
envoyée  à  l'appui  de  sa  notice. 

Cette  sorte  d'appareil  est  particulièrement  propre  à  la 
curiosité  scientifique  plutôt  qu'à  un  usage  pratique.  C'est 
une  horloge  de  vingt-quatre  heures.  Ce  serait  un  bel  instru- 
ment de  parloir  dans  les  lycées,  les  collèges  et  les  autres 
établissements  d'éducation. 

Dans  une  troisième  combinaison,  M.  Steyert  a  cherché  à 
appliquer  le  principe  des  géochronomètres  aux  pendules  et 
aux  horloges  ordinaires,  qui,  ne  marquant  que  douze  heu- 
res sur  leurs  cadrans,  ne  semblaient  pas  d'abord  pouvoir 

soc    DE  CÉOGR,  —  JUILLET    1880.  XX.  —  6 


82   RAPPORT  SUR  LES  APPAREILS  D'HORLOGERIB  GÉOGRAPHIQUE, 

admettre  les  viiigt^quatre  heures  que  le  globe  terrestre 
compte  en  réalité  ;  mais,  par  un  ingénieux  système  de  lignes 
partant  du  méridien  de  chaque  lieu  et  réfléchies  sur  ]e 
pourtour  du  cadran  horaire,  l'auteur  de  l'appareil  a  vaincu 
la  difficulté.  Les  lignes  partant  de  deux  méridiens  opposés 
aboutissent  au  même  point  horaire.  11  faut  remarquer  seu- 
lement que  les  heures  semblables  sont  inverses  quant  au 
jour  et  à  la  nuit;  il  faut  aussi  constater,  d'après  l'inspec- 
tion de  la  carte,  si  les  lieux  dont  on  cherche  l'heure  sont  à 
l'est  ou  à  l'ouest  du  lieu  qu'on  a  choisi  pour  l'heure  ini- 
tiale. La  petite  aiguille  marque  naturellement  les  heures. 
Un  timbre  mu  par  la  grande  aiguille  marque  les  minutes 
et  porte  les  noms  des  lieux  placés  suivant  leur  dis- 
tance. 

On  ne  peut  reprocher  à  cette  combinaison  qu'un  peu  de 
complication  résultant  de  la  multiplicité  des  lignes  qui 
obéissent  au  mouvement  de  l'aiguille  des  heures. 

Dans  cet  appareil,  c'est  le  cadran  géographique  qui  se 
meut,  entraîné  par  la  petite  aiguille,  tandis  que,  dans  les 
deux  précédents,  ce  sont  les  indications  horaires  qui  se 
meuvent  sur  la  carie. 

Nous  ne  pouvons  que  féliciter  M.  Steyert  de  ses  ingé- 
nieuses applications  de  l'horlogerie  à  la  géographie  ;  et  nous 
pensons  qu'elles  seront  accueillies  avec  reconnaissance  non 
seulement  par  le  corps  enseignant  et  le  monde  savant, 
mais  aussi  par  le  monde  des  voyageurs  et  du  commerce. 


i 


CORRESPONDANCES 


APERÇU  SUR  LE  KOULDU,  EXTRAIT  D  UNE  LETTRE  DE 
M.  E.  M.  MULLER,  AU  SECRÉTAIRE  GÉNÉRAL  K 

Tachkend,  26  septembre  (8  octobre)  1879. 

Ayant  Tété  dernier,  en  compagnie  d'un  collègue,  visité 
Serguiopol,  Kouldja  et  le  lac  Issik-Koul,  je  puis  vous  assu- 
rer, de  visu,  que  la  question  de  Kouldja  est  importante 
pour  les  Russes.  C'est  en  effet  la  seule  partie  de  toute 
cette  vaste  contrée  qui  soit  fertile  et  qui  ait  tout  ce  qu'il 
faut  pour  le  rester. 

L'incurie  qui  se  remarque  partout,  faute  d'habitants  n'a 
pas  tellement  affaibli  le  pays  qu'il  ne  puisse  très  vite  rede- 
venir florissant. 

La  végétation  est  encore  belle,  et,  sans  les  gelées  de  ces 
trois  dernières  années,  elle  le  serait  encore  plus.  Les  canaux 
d'irrigation  subsistent  encore;  les  plus  petits  seuls  se  sont 
comblés  et  ce  qu'ils  arrosaient  dépérit. 

Après  l'immense  steppe  qu'il  a  fallu  parcourir  pour  ar- 
river jusque  dans  cette  ancienne  contrée  chinoise,  c'est 
avec  un  indicible  plaisir  qu'on  rencontre  sur  les  bords  des 
rivières  une  fraîche  et  abondante  végétation.  En  quittant 
les  solitudes  de  la  steppe,  on  est  tout  joyeux  de  revoir  aussi 
des  troupeaux  de  bœufs  ou  de  chevaux  paissant  une  herbe 
qui  doit  être  délicieuse,  à  en  juger  par  le  plaisir  qu'on 
éprouve  à  la  regarder. 

Lorsqu'il  faut  traverser  une  rivière,  même  dangereuse 
par  la  force  de  son  courant,  on  oublie  tout  péril  pour  aspi- 
rer en  quelque  sorte  son  odeur  :  pour  jouir  de  la  vue  des 

1 .  Cette  lettre  a  été  lue  à  la  séance  du  23 "^janvier  1880. 


84  APERÇU   SUR  LE  KOULDJA. 

vagues  formées  par  les  gros  cailloux  qu'elle  charrie  de  son 
grondement  ou  de  son  murmure.  On  se  retrouve  bientôt  sur 
un  terrain  argileux  et  dur  et  une  fois  les  pentes  franchies  la 
route  coupe  souvent  de  larges  ruisseaux  vivifiants  dont  la 
limpidité  et  les  reflets  ont  un  charme  indéfinissable.  Pen- 
dant 35  kilomètres  au  moins,  on  se  trouve  comme  dans  un 
grand  parc;  à  droite  et  à  gauche  la  verdure  s'étend  au 
loin  vers  les  montagnes ,  et  tout  près  de  nous  des  faisans 
et  des  lièvres  n'ont  pas  grand  souci  de  se  rendre  invisibles. 

Fréquemment  on  aperçoit  de  très  grands  espaces  cou- 
verts de  ruines  ;  ces  murs  de  terre  n'ont  point  changé  de 
couleur  depuis  plus  de  douze  ans  qu'ils  sont  livrés  sans  soins 
aux  intempéries;  bien  construits,  ils  dessinent  encore  les 
cours,  les  écuries  et  toutes  les  chambres  de  ces  innombrables 
demeures.  Les  traces  noires  des  cheminées  se  dessinent  net- 
tement sur  les  pans  de  murailles,  et  la  cendre  qu'on  aperçoit 
à  maint  endroit  dans  Tâlre,  fait  croire  à  une  catastrophe 
récente.  Le  voyageur  traverse  assez  souvent  de  grandes 
places  qu'à  leur  forme  régulière  il  juge  avoir  dû  être  des 
points  de  rassemblement;  mais,  à  côté  du  souvenir  de  la 
foule  qui  hantait  ces  lieux,  la  vue  de  petits  tertres  bien 
reconnaissables  réagit  tristement  sur  la  pensée.  Ces  signes 
de  deuil  se  rencontrent  parfois  entrés  grand  nombre  etac- 
centuent.pour  ainsi  dire,  le  silence  qui  règne  dans  celte  né  i 
cropole. 

Le  lac  Issik-Koul,  long  d'environ  180  kilomètres,  est  un 
lac  splendide  :  je  n'ai  malheureusement  pu  rester  assez  long- 
temps à  Karokol  pour  recueillir  ce  qu'on  en  dit,  ni  aller  jeter 
un  coup  d'œil  sur  les  ruines  qui  se  voient  sous  Teau,  dans 
une  partie  du  lac. 


VOYAGE  A  L'HIMALAYA.  85 

VOYAGE  A  L'HIMALAYA,   PAR  M.    MAURICE  DÉCHY.    LETTRE 

AU   SECRÉTAIRE   GÉNÉRAL*. 

Buda-Pest,  21  janvier  1880. 

En  quittant  la  frontière  anglaise  au  nord  du  Bengale, 
j'avais  l'intention  d'arriver  à  la  chaîne  principale  de  l'Hi- 
malaya, par  l'un  des  pays  indépendants  situés  sur  le  versant 
sud  de  l'Himalaya  oriental;  je  voulais,  en  traversant  le 
Nepaul,  le  Sikkim  ou  le  Bhoutan,  essayer  de  pénétrer  dans 
le  Tibet.  Je  réussis  à  obtenir  la  permission  de  voyager 
dans  le  Sikkim  indépendant.  —  Franchissant  donc  les 
chaînes  transversales  de  montagnes  aux  gorges  érosionnées, 
humides  et  basses,  qui  forment  le  relief  de  la  partie  oc- 
cidentale du  Sikkim,  j'arrivai  au  pied  du  Kinchinchunga. 
Malheureusement  une  fièvre  maligne  me  prit  une  première 
fois  à  une  hauteur  de  1524  mètres,  à  deux  journées  après  le 
dernier  lieu  habité  dans  le  Sikkim,  puis  une  seconde  fois 
à  4267  mètres,  immédiatement  sous  la  crête  de  l'Himalaya. 
La  quinine  et  ma  constitution  triomphèrent  du  mal,  mais 
ma  santé  se  trouvait  trop  ébranlée  pour  me  permettre  de 
continuer  le  voyage  vers  le  nord.  Mon  but  était  de  traverser 
l'Himalaya  par  des  cols  très  élevés,  avec  une  suite  peu  nom- 
breuse et  des  vivres  pour  six  semaines,  aûn  d'éviter  les  gar- 
diens qui  empêchent  de  pénétrer  au  Tibet,  par  tous  les 
passages  ordinairement  fréquentés. 

En  m'en  retournant,  je  résolus  d'essayer  de  passer  par 
la  chaîne  de  montagnes  qui  sépare  le  Sikkim  du  Népaul, 
afin  d'aboutir  à  la  route  de  Singalelah,  déjà  essayée  par 
MM.  de  Schlagintweit,  qui  avaient  dû  rebrousser  chemin, 
chassés  par  des  Népaulais.  Quand  je  quittai  Dargeeling,  on 
me  déclara  ce  passage  impossible.  Je  l'ai  traversé  cependant, 

i.  Luc  à  la  séance  du  6  février  1880» 


86  VOYAGE  À  l'HIMALATA. 

en  souffrant  du  manque  d'eau,  par  des  cols  très  éleyés  et 
neigeux,  qui  m'ont  ramené  sur  le  Népaul. 

J'étais  accompagné  d'un  guide  de  montagne  renommé  en 
Suisse  et  muni  d'un  baromètre  à  mercure,  d'anéroïdes  et 
dTiypsomètres;  j'ai  fait  une  série  d'observations  de  hauteurs 
qui  auront  leur  valeur  pour  l'orographie  du  Sikkim.  A 
.'aide  du  sextant  et  du  compas  prismatique,  j'ai  recueilli, 
de  plus,  une  série  d'observations  météorologiques  d'un 
grand  intérêt  sur  la  radiation  diurne  et  nocturne,  les 
maxima  et  les  minima  de  température,  l'humidité,  les 
nuages  et  les  vents  dans  les  pays  au  nord  des  plaines  de 
rinde.  J'ai  préparé  des  oiseaux  tués  dans  le  Sikkim  et  j'ai 
collectionné  des  plantes.  En  outre,  muni  d'un  excellent  ap- 
pareil photographique,  j*ai  rapporté  avec  moi  une  série  de 
paysages  bien  réussis,  que  le  dessin  n'a  pas  encore  repré- 
sentes et  qui  sont  inconnus  aux  Européens. 

J'aurai  le  plaisir  d'off^rir  à  la  Société  de  Géographie  de 
Paris  un  exemplaire  de  ces  vues,  et  je  serais  très  heureux 
qu'elle  nppn^oiàl  mes  efforts  dans  cette  entreprise  toute 
personnelle  et  tentée  à  mes  frais. 

Après  avoir  résumé  les  résultats  de  ce  vopge,  j'espère 
me  remelln^  en  route  pour  Ttlrient,  en  essayant  d'éviter  les 
vallées  nmlsaines.  Je  prendrai  la  route  montagneuse  que  j*ai 
suivie  au  retour  :  elle  est  plus  difficile,  il  est  vrai,  mais  plus 
saine  pour  TEuropéen. 


ACTES  DE  LA  SOCIÉTÉ 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES  * 


'   Séance  du  i  juin  1880. 

PRÉSIDENCE  DE  M.  A.   GRANDIDIER. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

La  famille  Noirel  notifie  la  mort  de  M.  Edouard  Noirel,  mem- 
bre de  la  Société.  —  M.  Eugène  Cortambert  s'excuse  de  ne  pas 
assister  à  la  séance ,  présente  un  candidat,  et  envoie  une  note  in- 
titulée :  De  quelques  points  de  renseignement  de  la  géographie, 
soumise  au  Conseil  supérieur  de  Tlnstruction  publique.  —  Le  doc- 
teur Ballay  remercie  la  Société  de  l'avoir  nommé  membre  à  vie. 
—  MM.  Savoye,  Mazenod,  A.  de  Lessert,  remercient  de  leur  ad- 
mission. —  M.  Charles  Robert,  secrétaire  général  de  la  Société 
Franklin,  remercie  la  Société  d'avoir  mis  à  la  disposition  de  la 
Société  Franklin,  pour  ses  bibliothèques,  un  certain  nombre 
d'exemplaires  de  la  notice  de  M.  Jackson  sur  le  professeur  Nordens- 
kiôld.  — M.  Patenôtre,  chargé  d'affaires  de  France  en  Chine,  adresse 
à  la  Société  une  collection  des  rapports  de  l'administration  des 
douanes  chinoises.  —  Le  comte  de  Marsy  annonce  la  réunion  du 
Congrès  archéologique  de  France,  qui  doit  avoir  lieu  le  29  juin,  à 
Arras,  et  adresse  une  invitation  pour  ceux  des  membres  de  la  So- 
ciété de  Géographie  qui  voudraient  prendre  part  à  ces  travaux.  — 
M.  Manès,  secrétaire  général  de  ia  Société  de  Géographie  com- 
merciale de  Bordeaux,  annonce  la  formation,  à  la  Rochelle,  d'une 
section  de  la  Société  de  Bordeaux.  —  La  Société  géographique 
italienne  témoigne  de  la  satisfaction  profonde  avec  laquelle  elle 
a  appris  que  le  troisième  Congrès  international  des  sciences  géo- 
graphiques aurait  lieu  à  Venise  en  1881.  Le  président,  Prince  de 
Téano  et  le  secrétaire  général,  le  professeur  Dalla  Vedova,  vont  se 
rendre  à  Paris  afin  d'arrêter  les  dispositions  nécessaires  à  Tor- 
ganisation  du  Congrès.  —  M.  Krantz,  président  de  l'Association 
française  pour  l'avancement  des  sciences,  annonce  que  cette  société 
tiendra  sa  neuvième  session  à  Reims  du  12  au  19  août  1880; 
il  met  une  carte  d'admission  à  la  disposition  de  la  personne  qui 

1.  Rédigés  par  A.  J*  Tho«let. 


88  PROCèS-VERBArX. 

sera  chargée  de  représenter  la  Société  de  Géographie. — MM.  L.  Re- 
naut  et  A.  Parnaland,  directeurs  de  la  compagnie  franco-africaine, 
remercient  la  Société  de  la  réponse  faite  à  leur  demande,  et  an- 
noncent qu'ils  prendraient  à  leur  charge  les  dépenses  des  savants 
qu'elle  croirait  devoir  attacher  aux  deux  expéditions  que  la  com- 
pagnie prépare  pour  les  premiers  jours  du  mois  d'octobre  prochain. 
—  M.  G.  Wild  fait  savoir  que  le  gou?ernement  égyptien  a  fait  met- 
tre en  liberté  quatre-vingt-dix  esclaves  arrivés  à  Siout,  et  décline 
toute  responsabilité  de  la  part  du  khédive  dans  le  commerce  de  la 
traite.  —  M.  de  Quatrefages  donne  connaissance  d'une  lettre  qu'il  a 
reçue  de  M.  Brau  de  Saint-Pol  Lias,  datée  de  Pantah-Pérak  (Pointe 
d'Atjeh),  le  4  avril  dernier,  et  dans  laquelle  ce  dernier  fournit 
quelques  détails  sur  l'assassinat  de  M.  WaUon,  voyageur  français, 
et  de  son  compagnon.  Le  gouvernement  hollandais  envoie  une  ex- 
pédition militaire  pour  châtier  les  coupables.  —  Le  docteur  Mon- 
tano  écrit  de  Davao  (Mindanao),  à  la  date  du  10  avril  dernier,  pour 
donner  quelques  renseignements  sur  la  race  des  Bouli-Doupis, 
qu'il  a  découverte.  —  M.  Barbier,  secrétaire  général  de  la  Sociélô 
de  Géographie  de  TEst,  demande  à  la  Société  de  Géographie  de 
Paris  de  désigner  deux  délégués  pour  faire  partie  du  jury  de  l'ex- 
position géographique  organisée  à  Nancy.  Il  présente,  en  outre, 
une  carte  manuscrite  de  l'Asie  dont  il  est  l'auteur. 

M.  Germond  de  Lavigne,  à  l'occasion  d  une  note  adressée  par  le 
capitaine  de  Gontenson,  raconte  les  pérégrinations  des  restes  de 
Christophe  Colomb  (renvoi  au  BuUelin)- 

M.  P.  Mirabaud  offre  à  la  Société,  pour  sa  collection  de  médailles 
géographiques,  deux  médailles,  l'une  en  aident,  Taulre  en  bronze, 
commémoratives  du  percement  du  tunnel  du  Saint-Gothard. 

M.  P.  Soleîllet  donne  des  détails  sur  son  voyage  dans  l'Adrar. 

Le  baron  Thénard  rend  compte  des  éludes  chimiques  auxquelles 
il  s'est  livré  sur  une  sève  rapportée  par  M.  P.  Soleillet,  et  contenant 
divers  principes,  dont  l'un  est  analogue  au  caoutchouc 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerts. 

M.  Vivien  de  Saint^Nartin  offre  le  premier  volume  d'un  ouvrage 
intitulé  :  Documents  inédits  relatifs  à  Vkistoire  de  la  Grèce  au 
JfoyfH  Agr^  par  G.  N.  Sathas  (Benvoi  au  Bnlletin). 

H  est  ensuite  procédé  à  radraission  des  candidats  inscrits  sur  le 
tableau  de  présentation  à  la  dernière  séance.  Sont,  en  conséquence, 
admis  t\  faire  partie  de  la  Société:  MM.  Albert  Boniteau;  —  Baoul 
Herlo&en  ;  —  Gustave  Vallat»  professeur  au  lycée  de  Moulins;  ^ 
Rolland,  ingénieur  au  corps  des  raines^  —  le  docteur  William  Lib- 
bcy;  —  Philippe  de  Clcnuont,  docteur  es  sciences  ;  —  de  Maulde; 


SÉANCE  DU   18  JUIN    1880  89 

—  J.  A.  de  Braam:  —  Henry,  fabricant  de  meules  artificielles. 
Sont  inscrits  au  tableau  de  présentation  pour  qu*il  soit  statué  sur 

leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  Edmond  Broc,  ancien 
négociant,  présenté  par  MM.  Platel  et  Henri  de  Poli  ;  —  Boutin,  se- 
crétaire d'ambassade,  présenté  par  MM.  le  comte  Lair  et  le  comte 
de  Marsy;  —  Antboine,  ingénieur,  directeur  de  la  carte  de  France 
dressée  par  le  service  vicinal,  présenté  par  MM.  Erhard  etMaunoir; 

—  Armand  Robin,  négociant,  présenté  par  MM.  Dutfoy  et  le  baron 
Jean  de  Neuflize  ;  —  Adrien  Trasbot,  ingénieur  de  la  marine,  pré- 
senté par  MM.  Michel  Lévy  et  Halinbourg;  —  le  vicomte  de  Chabrol, 
ancien  député,  présenté  par  MM.  René  Gaillié  et  Maunoir  ; — Edouard 
Max,  ingénieur  civil,  présenté  par  MM.  Lucien  de  Puydtet  Maunoir; 

—  Charles  Rabot,  présenté  par  MM.  Henri  Choppin  et  Abel  Lemer- 
cier; —  Maurice  Dreyfous,  éditeur,  présenté  par  MM.  Eugène  Cor- 
tambert  et  Paul  Soleillet;  —  Greffier,  conseiller  à  la  Cour  de  cas- 
sation, présenté  par  MM.  Alfred  Grandidier  et  Maunoir  ;  -  Gras, 
médecin  de  la  marine,  présenté  par  MM.  Gatteyrias  et  Maunoir. 

La  séance  est  levée  à  dix  heures  et  demie . 

Séance  duiS  juin  1880 
Présidence  de  M.  A.  Grandidier^. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  précédente  est  lu  et  adopté. 

A  propos  du  procès-verbal  de  la  dernière  séance,  le  D*'  Harmand 
présente  une  observation  au  sujet  du  caoutchouc  rapporté  de  l'Adrar 
par  M.  P.  Soleillet.  La  question,  dit-il,  n'est  pas  nouvelle,  et  Ton 
sait  depuis  longtemps  qu'il  existe  au  Sénégal  plusieurs  végétaux 
qui  peuvent  fournir  du  caoutchouc  :  l'exposition  permanente  des 
colonies  en  possède  même  une  collection.  La  question  se  réduit  à 
savoir  si  l'exploitation  de  cette  matière  est  possible  industrielle- 
ment, et  si  sur  ce  point,  il  convient  de  faire  des  réserves. 

Le  président  annonce  que  la  Commission  centrale  a  désigné 
comme  délégués  de  la  Société  à  la  réunion  des  Sociétés  françaises 
de  Géographie,  à  Nancy,  et  au  Congrès  de  l'Association  française 
pour  TAvancementdes  Sciences,  à  Reims,  MM.  Duveyrier,  Gauthiot, 
J.  Jackson  et  Maunoir.  Ceux  des  membres  qui  voudraient  profiter 
des  avantages  réservés  parla  compagnie  de  chemin  de  fer  pour  cette 
occasion  sont  invités  à  donner  leurs  noms  au  secrétaire  général  le 
plus  tôt  possible. 

1.  Hédigé  parle  D'  J.  Harmand. 


90  PROCÈS-VERBAUX. 

Lecture  est  donnée  de  la  eorrespondance. 

Le  commandant  Palander  remercie  de  sa  nomination  de  membre 
correspondant  étranger.  Il  ajoute  que  le  professeur  Nordenskidld 
et  lui  ont  été  particulièrement  touchés  de  l'accueil  qui  leur  a  été 
fait  à  Paris.  —  M.  Drapeyron  offre  un  tirage  à  part  d'un  travail 
du  colonel  Venioukoff  sur  les  découvertes  géographiques  russes 
depuis  le  commencement  du  siècle. 

M.  Fournier,  directeur  de  la  construction  des  chemins  de  fer  au 
ministère  des  Travaux  publics,  adresse  à  la  Société  un  exemplaire 
des  rapports  provisoires  des  commissions  envoyées  par  le  Ministre 
pour  étudier  la  question  du  chemin  de  fer  transaharien.  Le  savant 
iogéuieur  fait  observer,  dans  sa  lettre  d'envoi,  que  malgré  ce  ca- 
ractère provisoire,  les  documents  envoyés  n'en  ont  pas  moins  un 
grand  intérêt.  Ils  dénotent,  en  particulier  pour  la  mission  du  co- 
lonel Flatters,  un  esprit  scientifique  qui  sera  certainement  apprécié 
par  la  Société. —  Le  Ministre  des  Travaux  publics  adresse  à  la  So- 
ciété un  exemplaire  du  rapport  et  des  travaux  graphiques  dressés 
par  M.  l'ingénieur  Lemoine  sur  le  service  hydrométrique  du  bassin 
de  la  Seine.  —  M.  Barbier,  secrétaire  général  de  la  Société  de 
Géographie  de  l'Est,  insiste  sur  la  nécessité,  pour  ceux  des  membres 
qui  voudront  prendre  part  à  la  réunion  de  Nancy,  de  se  faire  inscrire 
au  secrétariat  avant  le  S8  juin. — M.  Lemuetfait  don  de  nombreuses 
photographies  exposées  dans  la  salle,  (vues  d'Espagne,  d'Italie, 
Sicile,  Grèce,  Maroc,  Jersey,  Guernesey,  etc.).  —  Le  Ministre  de 
Grèce  remercie  la  Société  de  Tappui  qu'elle  a  prêté  à  M.  Potagos 
et  qui  permettra  à  ce  voyageur  de  publier  au  moins  une  relation 
succincte  de  ses  voyages.  —  Le  comte  Hugo,  communique  des  ren- 
seignements sur  la  célébration  du  50*  anniversaire  de  la  prise  d'Alger, 
et  une  lettre  du  maréchal  Rugeaud  écrite  en  1847  sur  les  colonies 
militaires  (supposée  de  la  main  du  général  Trochu).  —  Le  gouver- 
neur général  du  Canada  adresse  à  la  Société  deux  fascicules  sur  la 
question  du  premier  méridien  unique,  et  demande  un  rapport  sur 
ce  sujet.  —  La  Société  a  reçu  une  autre  lettre  anonyme  d'Egypte 
sur  la  question  de  l'esclavage,  et  la  libération  des  esclaves. 

M.  de  Ujfalvy,  sur  le  point  de  quitter  Paris,  adresse  ses  adieux  à 
la  Société;  il  expose  brièvement  son  itinéraire  projeté.  Passant 
par  Orenbourg,  le  voyageur  compte  séjourner  à  Tachkend  jusqu'à 
la  fin  de  septembre,  pour  hiverner  à  Samarkand  et  dans  le  Tur- 
kestan  russe.  —  Au  printemps  de  1881,  il  remontera  de  la  haute 
vallée  du  Zérafchân  (pays  des  Galtchas),  visitera  le  Karatéghine, 
le  Darwâz,  le  Shongnân,  Wakhân,  le  fiadakchân,  le  Turkestan  afghan. 
Le  voyageur  se  propose  de  faire  des  fouilles  suivies  à  Balkh,  sur 


SÉANCE  DU   18  JUIN   1880.  91 

remplacement  de  l'ancienne  Bactra,  et  fera  son  possible,  si  les 
circonstances  le  permettent,  pour  rentrer  en  Europe  par  la  Perse 
et  le  Caucase.  M.  de  Ujfalvy  est  accompagné  de  M.  Léon  Bonvallot, 
qui  s'occupera  de  Tétude  des  oiseaux  et  des  mammifères  du  Turke- 
stan.  —La Société,  comme  par  le  passé,  sera  tenuei  au  courant  des 
travaux  de  Texplorateur. 

La  parole  est  ensuite  donnée  à  M.  le  professeur  Paquier,  pour 
une  communication  sur  l'Afghanistan,  et  les  dernières  découvertes 
des  Anglais  dans  cette  région,  notamment  sur  la  partie  méridionale, 
qui  constitue  l'Afghanistan  propre.  M.  Paquier,  réunissant  dans  un 
résumé  les  documents  les  plus  récents,  appelle  particulièrement 
l'attention  sur  la  haute  plaine  de  Pichin,  qu'il  regarde  comme 
le  véritable  nœud  de  la  question  afghane.  (Renvoi  au  Bulletin.) 

Le  président  remercie  M.  Paquier  et  donne  la  parole  à  M.  Victor 
Guérin,  qui  entretient  la  Société  de  l'île  dé  Rhodes,  visitée  par  lui 
en  185i,  et  sur  laquelle  il  a  publié  un  livre  qu'il  réédite  aujour- 
d'hui. —  M.  Guérin  donne  des  détails  sur  la  population,  les  parti- 
cularités physiques  et  agricoles  de  File,  et  passe  ensuite  en  revue 
les  localités  intéressantes  aux  points  de  vue  archéologique  et  histo- 
rique. (Renvoi  au  Bulletin,) 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerta. 

A  ce  propos,  M.  G.  Réveil,  qui  fait  don  à  la  Société  du  livre  inti- 
tulé :  Voyage  au  Cap  des  Aromates,  qu'il  vient  de  publier,  annonce 
à  l'assemblée  qu'il  est  sur  le  point  de  repartir  pour  le  pays  du  So- 
malis,  et  qu'il  se  propose  de  s'enfoncer  dans  l'intérieur  de  ce  pays 
le  plus  loin  qu'il  lui  sera  possible. 

Il  est  ensuite  procédé  à  l'admission  des  candidats  inscrits  sur  le 
tableau  de  présentation  à  la  dernière  séance.  Sont,  eu  conséquence, 
admis  à  faire  partie  de  la  Société  : 

MM.  Edmond  Broc,  ancien  négociant; — Boutin,  secrétaire  d'am- 
bassade ;  —  Anthoine,  ingénieur,  directeur  de  la  carte  de  France 
dressée  par  le  service  vicinal  ;  —  Armand  Robin,  négociant  ;  -^ 
Adrien  Trasbot,  ingénieur  de  la  marine  ;  —  le  vicomte  de  Chabrol, 
ancien  député  ;  — Edouard  Max,  ingénieur  civil;  —  Charles  Rabot; 
—  Maurice  Dreyfous,  éditeur;  —  Greffier,  conseiller  à  la  Cour 
de  Cassation;  —  Gras,  médecin  de  la  marine. 

Sont  inscrits  sur  le  tableau  de  présentation  pour  qu'il  soit  statué 
sur  leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  Léon  Odier,  pré- 
senté par  MM.  Robert  et  Paul  Mirabaud; —  Mohammed  Fadil,  ren- 
tier»  présenté  par  MM.  Holinski  et  Maunoir; —  Georges  Mauban, 
présenté  par  MM.  Tardiveau  et  Maunoir;  —  Gustave  Petitpierre- 
Pellion,  ingénieur-civil,  présenté  par  MM.  Edmond  Fuchs  et  Trêve; 


92  PROCÈS-VERBÀUX. 

—  de  Sinétry,  docteur  en  médecine,  présenté  par  MM.  Grandidier 
et  Hamy  ;  —  Théodore  Biais,  négociant,  présenté  par  MM.  Alexis 
Delaire  et  Maunoir;  —  Nivert,  directeur  d'assurances,  présenté  par 
MM.  le  marquis  de  Gourcival  et  Maunoir. 
La  séance  est  levée  à  dix  heures  et  demie. 


Séance  du  ^juillet  1880. 

PRÉSIDENCE  DE  M.  A.  GRANDIDIER  *. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

Lecture  est  donnée  de  la  correspondance.  —  M.  E.  Gortambert 
s'excuse  de  ne  pouvoir  assister  à  la  séanee.  —  M.  Latry  offre  à  la 
Société  difiërents  jeux  géographiques  destinés  à  instruire  les  enfants 
en  les  amusant  et  sollicite  les  observations  qui  pourraient  lui  être 
faites.  —  MM.  Duvert  et  Fabre,  de  Lille,  adressent  à  la  Société  une 
notice  sur  €  la  demoiselle  de  Fontenaille  >»  roche  célèbre  de  la 
côte,  qu*il  importait  de  défendre  contre  les  agents  de  destruction 
et  les  injures  de  la  mer.  Une  souscription  organisée  a  permis  de 
rétayer  du  côté  du  S.-S.-E.  mais  les  fonds  sont  épuisés,  et  il  est 
nécessaire  de  faire  du  côté  du  N.-O.  des  travaux  de  consolidation. 
MM.  Duvert  et  Fabre  demandent  l'appui  de  la  Société  de  Géographie. 
(Renvoi  au  bureau).  —  M.    Davanne  communique  une  lettre  du 
D""  Gollin,  médecin-major  à  Mascara.  Le  D**  Gollin  donne  la  descrip- 
tion intéressante  de  phénomènes  multiples  de  mirage  qu'il  a  été  à 
même  d'observer  à  60  kilomètres  S.  de  Saïda,  non  loin  des  Ghotts 
(renvoi  au  Bulletin).  M.  Gollin,  qui  est  un  très  habile  photographe, 
ainsi  que  le  prouvent  quelques  photographies  d'inscriptions  ro- 
maines qu'il  a  jointes  à  sa  lettre,  se  propose  d'essayer  de  photogra- 
phier le  mirage,  et  croit  que  la  tentative  peut  être  couronnée  de 
succès.  Le  président  annonce  à  la  Société  la  présence  de  M.  Fran- 
çois Moreno,  directeur  du  musée  anthropologique  de  Buenos-Ayres 
et  dont  le  nom  est  bien  connu  de  tous  ceux  qui   s'occupent  de 
l'Amérique  du  Sud.  Le  secrétaire  général  donne  quelques  détails 
sur  les  différentes  explorations  exécutées  en  Patagonie  par  M.  Mo- 
reno, sur  les  difficultés  qu'il  a  rencontrées,  et  les  dangers  qu'il  a 
courus.  (Renvoi  au  Bulletin.) 

Le  président  signale  également  la  présence  de  M.  Pinart,  de  re- 
tour de  ses  voyages  au  Mexique  et  en  Galifornie. 

M.  Gauthiot  annonce  la  nouvelle  regrettiible  de  la  mort  de  M. 

1.  Rédigé  parleD' J.  Harmand. 


SÉANCE  DU  2  JUILLET.  93 

Coquelin,  armateur  au  Havre,  décédé  à  la  Martinique  à  Tâge  de 
38  ans,  dans  le  cours  d*un  voyage  économique  aux  colonies  fran- 
çaises. M.  Levasseur  rend  également  hommage  à  la  valeur  de 
M.  Coquelin,  et  exprime  tous  les  regrets  que  cette  perte  doit  ex- 
citer. 

M.  le  secrétaire  général  annonce  le  départ,  ce  soir  même,  de 
M.  de  Ujfalvy,  et  saisit  cette  occasion  pour  annoncer  à  la  Société 
que  le  Mécène  scientifique,  si  connu  par  son  inépuisable  libéralité 
M.  Bischoffsheim,  a  fait  les  frais  d'un  aide  supplémentaire  pour  l'ex- 
pédition :  c'est  M.  le  D""  Capus,  du  Muséum,  qui  accompagnera  M. 
de  Ujfalvy  en  qualité  de  botaniste  et  de  géologue. 

La  Société  applaudit  chaleureusement  à  cette  nouvelle  générosité 
de  M.  Bischoffsheim. 

M.  le  colonel  Laussedat  expose  les  raisons  du  retard  apporté  a  sa 
conférence  sur  Tusage  des  baromètres  anéroïdes.  Cette  étude  sera 
faite  à  la  rentrée. 

Le  comte  Meyners  d'Eslrey,  directeur  des  Annales  de  l'Extrême 
Orient,  donne  des  renseignements  sur  la  partie  de  Sumatra  où 
M.  Wallon  est  mort,  et  fournit  des  détails  sur  cette  catastrophe, 
et  sur  Je  malheureux  voyageur,  qu'il  a  personnellement  connu. 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerts. 

Il  est  ensuite  procédé  à  ladmission  des  candidats  inscrits  sur  le 
tableau  de  présentation  à  la  dernière  séance.  Sont,  en  conséquence, 
admis  à  faire  partie  de  la  Société  : 

MM.  Léon  Odier;  —  Mohammed  Fadil,  rentier; —  Georges  Mau- 
ban;  —  Gustave  Petitpierre-Pellion,  ingénieur  civil; —  de  Sinétry, 
docteur  en  médecine;  —  Théodore  Biais,  négociant;  —  Nivert,  di- 
recteur d'assurances. 

Sont  inscrits  sur  le  tableau  de  présentation  pour  qu'il  soit  statué 
sur  leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  Paul  Muret,  pré- 
senté par  MM.  Albert  et  Paul  Mirabaud;  —  Emmanuel  Muret,  avo- 
cat à  la  Cour  d'appel  de  Paris,  présenté  par  MM.  Genissieu  et  Paul 
Mirabaud;  ^-  Alfred  Molteni,  constructeur  d'instruments  de  préci- 
sion, présenté  par  MM.  Maunoir  et  L.  Simonin;  —  Albert  Massue, 
auditeur  à  la  Cour  des  comptes,  présenté  par  MM.  l'abbé  Durand  et 
Daubrée; —  Bischoffsheim,  banquier,  présenté  par  MM.  Wyse  et 
Lachaud. 

La  séance  est  levée  à  neuf  heures  et  demie. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ 


Séance  afu  19  octobre  1879  (suite). 

A.  Daubrée.  —  Etudes  synthétiques  de  géologie  expérimentale.  Première 

partie.  Paris,  1879.  1  vol.  in-S*».  Auteur. 

Ce  remarquable  ouvrage  contient  l'application  delà  méthode  expérimentale  à  l'histoire 
des  dépôts  métallifères,  à  l'étude  cies  roches,  à  l'histoire  des  phénomènes  volcaiii-- 
ques,  à  l'histoire  des  phénomènes  de  trituration  et  de  transport,  à  celle  des  dé- 
formations terrestres,  a  la  déformation  des  fossiles,  à  certrains  traits  de  la  struc- 
ture des  montagnes,  et  à  l'étude  de  la  chaleur  développée  dans  les  roches  pat  les 
actions  mécaniques.  —  Nombreuses  gravures  et  cartes. 

J.  Dupuis. —  L*ouverture  du  Fleuve  Rouge  au  commerce  et  les  événements 
du  Tong-Kin,  1872-1873,  journal  de  voyage  et  d'expédition.  Paris,  1879. 
1  vol.  in-4.  Société  académique  indo-chinoise. 

Alphonse  Wauters.  —  Wissant,  Tancien  Portus  ïccius.    Bruxelles,  1879 

Broch.  in-8^  Adteor 

Aucun  port  de  la  Manche  n'eut  une  célébrité  aussi  précoce  et  aussi  durable...  Au 
temps  des  Morins,  il  a  constitué  le  Portus  ïccius,  le  port  d'où  l'on  s'embarquait 
de  préférence  pour  l'Angleterre.  Boulogne  eut  une  importance  secondaire  avant 
l'arrivée  de  Jules  César. 

Instructions  to  Rear-Admiral  Daniel  Ammen  and  civil  engineer  A.  G.  Me- 
nocal,  delegates  on  the  part  of  the  United  States  to  the  Interoceanic 
Canal  Congress,  held  at  Paris,  may  1879,  and  Reports  of  the  proceedings 
of  the  Congress.  Washington,  1879.  Broch.  in-8°. 

Amiral  Daniel  Ammen. 

Chambre  de  commerce  de  Bordeaux.  Canal  de  jonction  du  bassin  de  la 
Garonne  au  bassin  de  la  Loire.  (Extrait  de  la  séance  du  13  août  1879.) 
Bordeaux  1879.  Broch.  in-4^        Chambre  de  commerce  de  Bordeaux. 

Charles  Normand.  —  Les  explorations  en  Afrique  pendant  le  premier 
trimestre  de  1879.  Rouen.  Broch.  gr.  in-8".  Auteur. 

P.  Sayorgnàn  di  Brazza.  — L'esplorazione  deU'  Ogoué  e  di  alcuni  affluenti 
del  Congo.  Roma,  1879.  Broch.  in-8".  Auteur. 

L.  Delavaud.  —  Les  Portugais  dans  l'Afrique  centrale  avant  le  xvii**  siècle. 
Rochefort,  1879.  Broch.  in-8^  AUtèur. 

Gazeau  de  Vautibadlt.  —  Le  Trans-Saharien.  Paris,  1879.  Broch.  in-12. 

Auteur. 

Lucien  de  Puydt.  —  La  vérité  sur  le  canal  interocéanique  de  Panama. 
Paris,  1879.  Broch,  in-8.  Auteur. 

Alfred  Evrard.  —  Note  sur  la  résistance  des  trains  à  la  traction  sur  les 
petits  chemins  de  service  en  usage  dans  les  mines.  Paris,  1879.  Broch. 
in-8**.  Auteur. 

Bases  d'un  plan  d'études  commerciales  présentées  au  Congrès  interna- 
tional de  géographie  commerciale  de  Bruxelles,  1879,  par  la  Société  de 
Géographie  de  Lisbonne.  Lisbonne,  1879.  Broch.  in-8*. 

Société  de  Géographie  de  Lisbonne. 

G.  Gley,  —  Rapport  sur  l'expédition  polaire  anglaise  en  1875-1876,  par 
M.  V.-A.  Malte-Brun.  Epinal,  1879.  Broch.  in-8".  Auteur. 


OUVRAGES   OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ.  95 

Association  lyonnaise  des  Amis  des  Sciences  naturelles.  Compte  rendu  de 

Tannée  1878-79.  Lyon,  1879.  Brocli.  in-8°. 
Comte  de  Marsy.  —  Les  congrès  scientifiques.  Paris,  1879.  Broch.  in-S" 

Auteur. 
DÉSIRÉ  fiORDiER.  —  Les  Societés  savantes  des  départements  au  congrès  de 

la  Sorbonne  en  1879.  Rapport  à  la  Société  des  lettres,  sciences  et  arts 

de  l'Aveyron.  Rodez,  1879.  Broch.  in-12.  Auteur. 

A.  Davanne.  —  La  photographie,  ses  origines  et  ses  applications.  Paris, 

1879.  Broch.  in-8*.  Auteur. 

Emile  Cartailhac.  —  Matériaux  pour  l'histoire  primitive  et  naturelle  de 

l'homme.   Tome  X,  1879,  4*  et  5*  livraisons.  Toulouse.   Broch.  in-8. 

Auteur. 
Almanaeh  du  journal  des  voyages  et  des  aventures  de  terre  et  de  mer 

pour  1880.  Paris,  1879,  in-4». 

John  J.  Shillinglaw.  —  Historical  records  of  port  Philip  :  the  fisrt  Annals 
of  the  colony  of  Victoria.  Melbourne,  1879.  Vol.  in-8°.  Auteur. 

W.  F.  Versteeg.  —  Nieuwe  atlas  van  Nedcrlandsch  Oost-Indië.  1  vol.  in-f». 

Auteur. 

Carte  de  France  dressée  au  Dépôt  des  Fortifications,  j—^j^.  Feuille  UI  (en 

deux  types.  Dépôt  des  Fortifications. 

H.  Kiepert.— -  Ethnographical  map  of  Epirus.  Berlin.  1  feuille  avec  texte. 

—  Plan  der  antiken  Wasserleitungen  bei  Jérusalem.  .~t^.  Berlin,  1878. 
1  feuille. 

—  Reiseroute  im  Lande  Moab,  april  1877.  Aufgen  Hommen  vom  Baurath 
C.  Schick  in  Jérusalem,  -rgo'innre  Leipzig,  1879. 1  feuille. 

—  Prof. G.  Hirschfeld's  Archœologische  Reiseroute  im  sudwestlichen  Klei- 
nasien,  1874..  nnrfTo'o-  Berlin,  1879.  1  feuille. 

—  Iran,  ôstliche  Halfte  enthaltend  Afghanistan,  Balutschistan  und  die 
Ozbeghischen  Khanate  am  Oxus.    3-oôo"-ô7ô"*  Berlin»  1878,  1  feuille. 

—  Die  Landschaft  zwischen  Kabul  und  dem  Indus.  gôo'Sïïô'  Berlin,  1878. 
1  feuille.  Auteur. 

Camrier.  —  Croquis  de  l'itinéraire  suivi  de  la  côte  à  TOuniamouczi. 
Bruxelles,  1879.  1  feuille.  Association  internationale  africaine. 

H.  KiEPERT.  —  Die  neuen  Grenzen  auf  der  Balkan-Halbinsel  nach  den 
Bestimmungen  das  Vertrags  von  Berlin  vom  13  Juli  1878.  snnrWôô- 
Berlin,  1878.  1  feuille.  Auteur. 

Topographische  Karte  des  Kônigreichs  Sachsen  in  j^J'o,)  •  Herausgegeben 
durch  das  Kdnigliche  Finanz  ministerium.  Bearbeitet  im  lopographischen 
Bureau  des  Kôniglichen  Gencralstabes.  VI  Lieferung,  no»  47, 133,  134, 
141,  142,  143,  149,  150,  151,  154,  155, 156,  accompagnées  de  notices. 
Leipzig,  1879.  Ministère  des  finances  du  royaume  de  Saxe. 

Edmond  Blanc.  —  Carte  ancienne  de  l'arrondissement  de  Nice.  ïtôtôo  • 
Nice,  1  feuille.  Auteur. 

Séance  du  7  novembre  1879. 

J.  W.  PowELL.  —  United  States  geographical  and  geological  Survey  of 
the  Rocky  Mountain  Région.  Contributions  to  North  American  Ethno- 
logy,  vol.  1,111.  Washington,  1877.  2  vol.  in-4^ 

Documents  recueillis  pendant  dix  ans  de  séjour  parmi  les  tribus  indiennes;  réunion 


96  OUVRAGES   OFFERTS  A  LA   SOCIÉTÉ. 

du  vocabulaires  de  leur  langpuc,  variant  de  deux  ou  trois  cents  mots  jusqu'à  deux 
ou  troi')  iniile.  Les  tribus  réfugiées  dans  les  Montagnes-Rocheuses  proviennent  de 
la  grande  famille  dos  Nunas.  Deux  autres  mémoires  sont  annexés  a  cet  ouvrage  : 
l'un  sur  les  peuplades  do  l'Alaska  par  M.  W.  H.  Dali,  l'autre  sur  les  Indiens  de 
rOrégou  par  M.  G.  Gibbs.  Cartes. 

—  Report  on  the  Geology  of  tlio  eastern  portion  of  the  Uinta  Mountains 
and  a  Région  of  coiintry  adjacent  thereto.  With  Atlas.  Washington, 
1878.  1  vol.  in-i°  et  1  liv.  in-f . 

—  Report  on  the  Lands  of  the  arid  Région  of  the  United  States,  with  a 
more  detailcd  account  of  the  Lands  of  Utah.  Second  édition.  Washing- 
ton, 1879.  1  vol.  in-4^ 

—  Preliminary  Report  on  the  Paleontology  of  the  Rlack  Hills,  by  R.  P. 
Whitfleld.  Washington,  1877.  Br.  in-8".      Department  of  the  Interior, 

Glauenge  King.  —  United  States  Geological  exploration  of  the  fortieth 
parallel.  1.  Systcmatic  Geology.  Washington,  1878. 1  vol.  in-4°. 

ËNGiNEER  Department  U.  S.  Army. 

Volumineux  travail  concernant  les  principales  curiosités  géologiques  d'une  rég'ion 
inoxploréo  du  Far- West,  avec  des  indications  géographiques  et  des  notes  paleon- 
tologiqucs.  26  belles  planches  photolithographiées  et  chromolithographies, 
là  cartes. 

Report  of  the  superintendant  of  the  United  states  Coast  Survey,  Showingr 
tho  progrcss  of  the  Survey  during  the  vears  1874,  1875.  Washington, 
1877,  1878.  2  vol.  in-4». 

Annual  Report  of  the  Ghief  of  Engineers  to  the  secretary  of  War  fort  the 
ycar  1878.  Part  I,  II,  III.  Washington,  1878.  3  vol.  in-8«. 

War  Department. 

F.  V.  Hayden.  —  First  annual  Report  of  the  United  States  entomological 
commission  for  the  year  1877  relating  to  the  Rocky  Mountain  locust 
and  the  bcst  methods  of  prcventiug  its  injuries  and  of  guarding  against 
ils  invasions,  in  pursuance  of  an  appropriation  made  by  Gongress  for 
Ihis  purpose.  Washington,  1878.  1  vol.  in-8". 

—  Tonth  annual  Report  of  the  United  States  Geological  and  Geographical 
Survoy  of  the  Territories,  cmbraîng  Colorado  and  parts  of  adjacent  Ter- 
rîtories,  being  a  Report  of  progress  of  the  exploration  for  the  year  1876, 
Washington,  1878.  1  vol.  in-8\ 

—  United  States  Geological  Survey  of  the  Territories.  Birds  of  the  Colo- 
rado Valley  a  ropository  of  sciontifîc  and  popular  information  conccr- 

*  ning  North  American  Ornithology,  bv  EUiott  Goucs.  Part  first  Washing- 
ton, 1878.  1  vol,  in-«*. 

Go  rapport  tr^  i5lMidu  de  la  commission  d'exploration  des  parties  encore  inconnuos 
dos  fiuts-Cnî$«  contient  P^rmi  les  sujets  intéressants  :  la  eéolc^ie  de  la  i  Grand 
r.xer  Valloy  »  colle  do  la  Sîorra  Abajo,  lc-«  nùnos  anoîenacs  découvertes  dans  le 
Colorado  StKl-Ou.^st  (nombreux  dessius),  la  gôojraphie  du  San-Juan.  Nombreuses 
cartes  ti  vues  to)M>gr9ipliiqnes . 

(A  suivre,) 


Le  Gérant  rt^nsabley 
G.  Maunoir, 

SeerHainfi  (éiâral  de  k  Cooiaùssàoii  ceatrale. 


TAMS,  ~  IHM^IVCKIK  ixiLC   MARTINCT.    RCK  III6K0X.  2. 


72  t/é^  loyjbeééié  il»  GniffràpAie: 


,riuac^  iseo 


rei  i/np/^jjiè paf^SrAfUv/y.tz.  ruty  lhitfuMy-7nfitu/v  /1tr*ir. 


MÉMOIRES,  NOTICES 


LA   RIVIÈRE   DE   SURINAM 


PAR 


6.  P.    H.  ZmiIERlIAMlV 

Capitaine  d'infanterie  de  l*armëe  Royale  des  Pays-Bas  *. 


La  vaste  région,  comprise  entre  les  fleuves  gigantesques 
l'Amazone  et  TOrinoque,  est  divisée  en  Guyane  anglaise, 
Guyane  néerlandaise  et  Guyane  française. 

La  partie  de  la  Guyane  qui  appartient  aux  Pays-Bas  porte 
le  nom  de  Surinam  ;  le  Maroni  la  sépare  de  la  Guyane  fran- 
çaise, le  Gorentin  de  la  Guyane  anglaise;  au  nord  elle  est 
arrosée  par  l'Océan  Atlantique  et  au  sud,  où  la  démarcation 
n'est  pas  encore  établie,  elle  s'étend  jusqu'aux  pays  monta- 
gneux du  Brésil. 

Elle  est  située  entre  les  deuxième  et  sixième  degrés  de 
latitude  septentrionale  et  fait  partie  par  conséquent  de  la 
zone  torride,  dont  le  climat  est  généralement  connu.  - 

La  surface  est  de  plus  de  2800  milles  carrés  dont,  il  y  a 
vingt  ans,  une  dizaine  seulement  étaient  exploités;  elle  n'est 
habitée  que  par  60000  hommes,  blancs,  nègres  et  gens  de 
couleur,  indiens,  nègres  marrons  et  immigrants. 

Chauffé  par  le  soleil  tropical,  entrecoupé  de  grandes 
rivières  navigables  et  de  nombreux  canaux  naturels  reliés 
entre  eux,  fécondé  par  la  fertilité  extraordinaire  du  sol,  ce 
pays  est  un  des  plus  beaux  du  monde. 

La  colonie  de  Surinam  ne  s'étend  que  sur  le  littoral;  il 
n'y  a  de  montagnes  que  dans  les  pays  plus  élevés  de  Tin- 

1.  Voir  la  carte  jointe  à  ce  numéro. 

SOC.  DE  GÉOGR.  —  AOUT  1880.  XX.  —  7 


98  LA  RIVIÈRE  DE   SURINAM. 

térieur;  dans  ces  montagnes  inconnues, au  sein  de  ces  forêts 
inaccessibles,  ne  vivent  que  des  nègres  marrons  et  quelques 
familles  d'Indiens  nomades  dans  des  villages  ou  des  camps 
provisoires. 

Un  courant  d'une  direction  occidentale  constante  longe 
toute  la  côte  de  Surinam;  on  attribue  à  son  action,  jointe 
aux  vents  qui  le  plus  souvent  soufflant  de  l'est  et  du  nord- 
est,  les  déchirures  et  les  anfractuosiiés  considérables  de 
quelques  parties  de  la  côte.  .  ^ 

Toute  la  côte  est  un  pays  d'alluvîon  plat,  couve^  d'arbres 
et  de  broussailles  peu  élevés  et  inondé  à  chaque  marée. 

La  fliluation  basse  du  sol  est  cause  que  des  bancs,  qui  ne 
sont  i  Tiai  dire  qu'un  prolongement  de  la  côte,  s'étendent 
à  plusieurs  lieues  en  msr;  leur  sol  est  un  terrain  tmnij  pro- 
lignant  des  rivières» 

La  plage  offre  partent  nn  aspect  monotone  et  triste*  Des 
tutiliers  d^arbres  morts,  déracinés  et  déposés  par  le  cou* 
nmt,  sont  dispersés  de  tdns  cMés  ;  de  la  oriqae  de  Warappe 
jusqu'à  l'omboiidniTe  du  Surinam,  on  ne  voit  pas  trace  de 
culture;  dans  l'intérieur  marécageux,  à  environ  une  lieue 
de  Branspen,  on  voit  une  vaste  forêt  d'arbres  secs  à  moitié 
oonsumés,  tristes  restes  d'une  forêt  jadis  dévorée  par  le 
feui  * 

Le  sol  boufbeux  où  l'on  enfonce  jusqu'aux  genoux^  est 
habité  par  des  millions  de  crabes  et  les  faroussailles^  qui 
recouvrent  ces  tristes  côtes,  fourmillent  d^essaims  innom- 
brables de  moustiques  et  d'autres  moucherons  piquants  non 
inoiiis  incommodes* 

Des  multitudes  d'oiseaux  aquatiques  trouvent  Ici  pendant 
la  marée  basse  une  nourriture  abondante. 

Une  quantité  innombrable  de  rivières  arrosent  le  pays 
dans  toutes  les  directions.  Les  principales  de  ces  rivières 
sont  :  le  Maroni,  le  Surinam,  le  Gommewine,  le  Saramacca 
et  le  Corentin. 

La  plus  importante  de  ces  rivières  est  le  Surinam^  qui  dé- 


LA   RIVIÈRE  DE  SURINAM.  99 

veloppe  son  cours  sur  uaie  longueur  de  23  milles  géogra- 
phiques, et  dont  la  source  se  trouve  probablement  à  une 
altitude  considérable  dans  les  montagnes  de  Tumuc-Humac, 
car  jusqu^à  ce  jour  personne,  pas  même  les  marrons,  ne 
sont  parvenus  k  la  découvrir. 

Le  fleuve  est  alimenté  par  un  grand  nombre  de  rivières 
et  criques  qui  pour  la  plupart  y  déversent  Teau  superflue 
des  bois  et  des  marécages. 

Les  principales  sont  à  droite  : 

1.  La  crique  de  Jonkernians  ; 

â.  Le  Gommewine,  rivière  très  importante  aux  bords  de 
laquelle  sont  situées  plusieurs  plantations,  et  dans  laquelle 
beaucoup  d'autres  rivières  se  jettent  ou  se  déversent; 

3.  La  crique  Paulus,  en  commuokation  avec  : 

4.  La  crique  de  Suroaii»  ; 

5.  La  crique  de  Gaoraporay  près  de  la  Savane  des  Juifs; 

6.  La  rivière  ou  crique  de  Sara* 
A  gauche  elle  reçoit  : 

1.  Ibérique  de  Booms; 

â.  La  crique  ou  le  canal  de  Sommelsdyk,  cfeusé  sous  lô 
gouvernement  de  Sommelsdyk,  et  qui  traverse  le  faubourg 
Gombé,  au  nord  de  Paramaribo; 

3«  La  criqifte  de  Dominé^  reliée  par  un  canal  i  la  erique 
de  Wanica  et  ainsi  en  communication  avec  le  Saramacca; 

4.  Le  Para,  rivière  importante  et  navigable  qui,  coulant 
au  nord>  reçoit  plusieurs  o^iques,  comme  la  Caroline,  le 
Goropine,  le  Tawaicoure  ; 

5.  Les  criques  de  Apowacca  et  de  Siparipabo } 

6.  La  crique  Maréchal,  rivière  large  et  importante^  Il  fiiut 
ajouter  à  cette  énumération  un  grand  nombre  de  rivières 
qui,  ou  bien  ne  portent  pas  de  nom,  ou  bien  sont  de  trop 
peu  d'importance  pour  que  leur  nom  soit  signalé  ici. 

La  rivière  du  Surinam  est  très  poissonneuse;  la  couleur 
de  l'eau  est  d'un  jaune  trouble,  avec  des  bulles  graisaeuses 
d'une  couleur  brunâtre  qui  remontent  souvent  à  la  surface; 


-*      o     i     ^*J 


100  LÀ  RIVIÈRE  DE  SURINAM. 

avec  le  reflux,  cette  couleur  se  distingue  encore  à  une  grande 
distance  de  l'embouchure  du  fleuve. 

Le  niveau  des  marées  est  d*une  grande  importance  au 
Surinam  parce  que  toute  communication  doit  avoir  lieu  par 
eau.  Ladifl'érence  de  hauteur  entre  les  niveaux  de  la  marée 
haute  et  celle  de  la  marée  basse  est,  en  temps  ordinaire,  de 
1°^70  à 2  mètres;  à  la  grande  marée  elle  est  de  3  à  4^  mètres. 

Dans  les  pays  bas  le  flux,  pendant  la  saison  des  pluies, 
dure  plus  longtemps  qu'à  l'ordinaire.  Lô  flux  se  fait  sen- 
tir pendant  la  saison  sèche  jusqu'à  la  crique  du  Cèdre  et 
pendant  la  saison  des  pluies,  jusqu'à  la  Coupure. 

Le  chenal,  indiqué  à  Tembouchure  par  un  vaisseau-phare 
et  par  trois  tonneaux,  permet  l'entrée  à  des  vaisseaux  d'un 
tirant  d'eau  de  5"*  à  5°o0;  les  vaisseaux  d'un  tirant  plus  fort 
doivent  attendre  la  grande  marée. 

Par  sa  largeur  la  rivière  forme  devant  la  ville  une 
rade  belle  et  sûre  où  une  centaine  de  vaisseaux  peuvent 
mouiller. 

Le  premier  banc  qu'on  rencontre  en  amont  de  la  ville  est 
situé  au-dessus  de  la  plantation  abandonnée  de  Rac-à-Rac, 
devant  l'ancienne  plantation  de  Groede  Yrede;  ce  banc  est 
très  escarpé  et  laisse  une  passe  de  20  brasses  de  profon- 
deur. 

Pour  des  vaisseaux  de  ^"'âS  à  3  mètres  de  tirant  d'eau,  la 
rivière  est  navigable  jusqu'à  l'Espérance  oîi  un  banc  de 
sable  empêche  la  navigation. 

Pour  des  barques  à  rames  et  des  bacs,  la  rivière  est  ordi- 
nairement navigable  jusqu'à  Broko  Pondo  où  se  trouve  la 
première  chute;  mais  il  est  difflcile  d'y  ramer  contre  le 
courant.  Plus  en  amont,  la  rivière  devient  plus  encaissée  et 
les  passes  y  sont  obstruées  par  des  rochers  et  par  des 
écueils. 

Les  rives  du  Surinam,  d'une  fertilité  extraordinaire,  sont 
divisées  par  leur  nature  même  en  terrains  d'origine  et  en 
terrains  d'alluvion. 


« 


*      «  A  i 


•• 


*  ♦  W    b 


LA   RIVIÈRE  DE  SURINAM.  iOl 

Depuis  la  côte  jusqu'à  la  Savane  des  Juifs,  le  sol  est 
formé  d'alluvions  ;  ce  terrain  d'une  grande  fertilité  a  été,  de 
tout  temps,  exclusivement  utilisé  pour  la  culture. 

Ces  pays  bas  forment,  tout  le  long  de  la  côte,  une  zone  de 
largeur  variable,  s'étendant  depuis  le  Maroni  jusqu'au  Co- 
rentin  ;  une  grande  partie  en  est  souvent  inondée  pendant  la 
marée  haute  et  dans  la  saison  des  pluies,  et  on  a  dû  faire  des 
digues  pour  arrêter  Teau  saumâtre  des  crues  de  la  rivière. 

Dans  ce  terrain  se  trouvent,  à  plusieurs  endroits  dans  des 
directions  parallèles  à  la  côte,  des  lits  de  sable  et  de  co- 
quilles, restes  probables  d'anciennes  formations  riveraines. 

Le  sol  d'origine  se  montre  à  la  Savane  des  Juifs;  il  n'est 
composé  là  que  de  débris  d'une  formation  granitique  qu'on 
trouve  encore  au  pied  de  cette  colline. 

Plus  haut  jusqu'à  Berg  en  Daal,  sur  les  bords  et  dans  la 
rivière  se  trouvent  plusieurs  blocs  de  rocher  ayant  tous 
conservé  le  caractère  granitique. 

Si  Ton  jette  un  regard  sur  la  partie  cultivée  de  ces  rives 
si  fertiles,  on  remarquera,  en  se  reportant  à  la  carte  ci-jointe 
que  la  culture  y  est  dans  un  état  déplorable. 

C'est  à  l'agriculture  que  la  colonie  de  Surinam  a  dû  tou- 
jours son  état  prospère  et  florissant;  la  culture  du  sucre  et 
du  café  surtout,  peut  être  considérée  comme  la  base  de 
cette  prospérité. 

Les  temps  sont  passés  où  nombre  de  plantations  floris- 
santes se  pressaient  sur  ces  rives  et  où,  dans  une  année,  la 
colonie  produisait  18  à  19  millions  de  kilogrammes  de  su- 
cre et  8  millions  de  kilogrammes  de  café;  l'exportation  de 
ce  dernier  produit,  pendant  Tannée  passée,  était  descendue 
à  325  kilogrammes. 

Lorsque  l'agriculture,  cette  force  vitale  de  l'existence  de 
la  colonie,  tomba  en  décadence,  la  colonie  elle-même  alla 
aussi  en  dépérissant  et  ne  possède  aujourd'hui  qu'une  exis- 
tence  languissante.  La  cause  en  est  principalement  dans  le 
manque  d'hommes,  et  dans  l'insuffisance  de  main  d'œuvre. 


102  LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM, 

En  comparant  la  culture  d'aujourd'hui  avec  ce  qu'elle 
était,  il  y  a  trente  ans,  d*après  les  notices  statistiques,  on 
découvre  une  différence  considérable.  Dans  ce  temps-là  on 
ne  cultivait  que  du  sucre  et  du  café;  toutes  les  terres  cul- 
tivées en  café  et  beaucoup  de  terre  cultivées  en  sacre  sont 
maintenant  ou  abandonnées,  ou  remplacées  par  des  champs 
de  cacao  dont  le  produit  est  plus  lucratif. 

Le  grand  avantage  que  la  culture  du  cacao  présente  sur 
celle  du  sucre  est  que  l'entretien  d*une  plantation  de  cacao 
ge  fait  h  relativement  peu  de  frais  et  sans  ustensiles  coûteux. 
Cependant  une  plantation  de  sucre  est  plus  lucrative,  surtout 
quand  on  peut  disposer  d'un  capital  et  de  laboureurs.  Il 
va  sans  dire  que  le  prix  élevé  ou  bas  des  produits  sur  les 
marchés  européens,  est  d'une  influence  prépondérante  sur 
la  prospérité  ou  la  décadence  des  plantations  intéressées  et 
même  de  la  colonie  entière. 

En  général  les  petites  plantations  sont  rarement  lucra- 
tives à  cause  des  frais  et  du  petit  nombre  d'ouvriers,  pour 
Tentretien  nécessaire. 

Le  directeur  est  chef  de  la  plantation;  il  est  secondé  par 
des  officiers  ou  surveillants,  ses  aides  ;  les  laboureurs  sont 
des  nègres,  les  esclaves  affranchis  qui  ont  été  émancipés 
en  1863,  et  des  immigrants  Chinois*  Les  habitations  elles 
fabriques  sont  toutes  en  bois  ;  la  maison  du  directeur  est  or- 
dinairement peinte  en  blanc  et  d'un  style  élégant,  de  sorte 
que  vue  de  la  rivière,  une  plantation  offre  un  aspect  riant. 

lia  source  du  Surinam  et  son  cours  supérieur  n'étant  pas 
encore  connus^  c'est  à  son  embouchure  que  nous  commen- 
cerons notre  description. 

Remontons  la  rivière  en  partant  de  Kembouchure. 

L'extrême  pointe  du  pays  s'appelle  Branspen;  la  bouche 
du  Surinam  a  ici  une  largeur  d'environ  une  demi  lieue. 
Autrefois  à  Branspen  se  trouvait  une  redoute  assez  forte, 
qui  cependant  depuis  longtemps  est  abandonnée  et  ravagée 
par  la  dépression  de  la  côte.  Cette  contrée  inhospitalière 


LA  RITIËRE  DE  SURINAM.  1Q3 

n'est  visitée  que  par  des  pêcheurs  et  des  prisonniers  de  la 
forteresse  Nouvelle-Amsterdam,  qui  viennent  ici  couper  du 
bois. 

Sn  remontant  la  rivière^  Tœil  se  repose  agréablement  sur 
des  bords  ornéa  d'arbres  de  haute  futaie,  dont  la  végé^ 
tation  luxuriante^  les  arbrisseaux  et  broussailles  touffus, 
laissent  à  peine  une  ouverture  au2^  nombreuses  sinuosités 
des  petites  rivières  qui  se  jettent  dans  le  fleuve. 

La  première  petite  rivière  qu'on  rencontre  est  la  crique 
de  Jonkermans  qui,  ik  uae  lieue  de  distance  de  l'embou- 
chure» à.  droite^  se  jette  dans  le  Surinam,  tandis  qu'un  peu 
plus  loin  la  belle  plantation  de  Resolutle  (la  Résolution), 
propriété  de  la  c  Société  de  Commerce  des  Pays-Bas  »»  avec 
ses  maisons,^  sea  fabriques  et  ses  cheminées,  offre  un  site 
pittoresque. 

Un  peu  plus  loin  nous  trouvons  la  Quarantaine,  établis- 
sement très  nécessaire  aux  Indes  Occidentales* 

C'est  au  point  méridional^  au  confluent  du  Surinam  et  du 
Commewine,  qu'est  située  le  fort  NouvellerAoïsterdaKQt  dont 
les  canons  dominent  les  deux  fleures. 

Ce  point  quoique  fort  marécageux  dut  k  sa  situation  fa^ 
vorable  pour  la  défense,  de  devenir  l'emplacement  de  ki 
forteresse  qu'on  a  conunencée  en  1734  et  achevée  en  1747. 

Le  cours  navigable  du  fleuve  est  tel  que  les  vaisseaux 
doivent  passer  sous  le  fort;  le  banc  de  bourbe  qui  Ten^ 
toure,  empêche  les  bâ^timents  et  même  les  vaisseaux  à  fond 
plat  de  s'approcher  des  remparts. 

Le  fort  en  forme  de  pentagone  régulier  est  entouré  de 
larges  fossés  et  de  remparts  en  terre.  La  nature  maréea* 
geuse  du  sol  est  cause  que  tes  remparts  se  sont  considéra- 
blement affaissés,  de  sorte  qu'ils  ont  beaucoup  perdu  de 
leur  commandement. 

Sur  le  terre-plein  du  fort  se  trouvent  une  bonne  caserne, 
une  poudrière,  un  atelier  de  consUraclion,  un  arsenal,  plu- 
sieurs maisons  d'officiers  et  une  prison  pour  les  forçats» 


104  LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM. 

A  cause  de  sa  situation  découverte,  le  fort  a  été  toujours 
considéré  comme  jouissant  d'une  grande  salubrité. 

Deux  petites  redoutes,  celle,s  de  Purmerend  et  de  Leide, 
situées  au  côté  opposé  du  fort,  Tune  sur  la  rive  occidentale 
du  Surinam  et  l'autre  sur  la  rive  septentrionale  du  Gom- 
mewine,  sont  actuellement  tombées  en  ruine. 

En  s'éioignant  du  fort  de  la  Nouvelle-Amsterdam,  la  ri- 
vière court  en  demi-cercle  vers  le  coude  sur  la  droite  duquel 
se  trouve  la  ville  de  Paramaribo. 

Des  maisons  blanches,  d*aspect  pittoresque,  appartenant 
aux  plantations  et  situées  à  Tombre  de  palmiers  et  d'arbres 
fruitiers  surgissent;  à  mesure  qu'on  s'approche,  elles 
perdent  leur  blancheur,  deviennent  jaunes,  presque  noires, 
jusqu'à  ce  qu'elles  disparaissent  derrière  nous,  pour  nous 
saluer  de  loin,  belles  et  blanches  comme  tout  à  l'heure. 

Plus  on  s'approche  de  Paramaribo,  le  siège  du  gouverne- 
ment néerlandais  de  la  colonie,  plus  le  fleuve  a  des  rives 
vivaces,  et  des  eaux  riantes. 

A  chaque  moment  l'aspect  des  bois  majestueux  est  égayé 
de  maisons  et  de  plantations,  tandis  que  sur  la  rivière  des 
barques  à  rames  et  des  bacs  vont  et  viennent  vers  la  ville. 
Çà  et  là  on  voit  glisser  des  petits  canots  élégants,  con- 
struits  d'un  tronc  d'arbre  creux,  contenant  souvent  toute  la 
famille  d'un  Indien,  avec  ses  meubles,  ses  ustensiles  et 
tout  ce  qu'il  possède. 

Près  de  la  plantation  Lust  en  Rust  on  a  déjà  une  vue 
charmante  sur  la  ville  de  Paramaribo,  le  fort  le  Zeelandia 
et  la  rade. 

On  passe  à  côté  de  plusieurs  plantations,  entre  autres  la 
plantation  de  sucre  Dordrecht,  la  plantation  de  cacao 
Geyersvlijt  et  celle  de  bananes  JagHust;  auprès  de  cette 
dernière  s'élève  l'observatoire  d'où  Ton  signale,  à  Para- 
maribo, l'entrée  d'un  vaisseau  dans  la  rivière  ou  bien  la  nou- 
velle que  sur  l'une  ou  l'autre  des  plantations  ont  éclaté  des 
désordres  ou  une  révolte. 


U  RIVIÈRE  DE  SURINAM.  105 

En  poursuivant  la  route,  tandis  qu'au  regard  du  specta- 
teur le  paysage  déploie  des  beautés  nouvelles  et  variées  à 
rinlini,  on  arrive  à  la  rade  de  Paramaribo. 

L'aspect  de  la  ville  est  magnifique  :  voici  d'abord  la 
forteresse  de  Zeelandia  avec  ses  belles  et  riantes  maisons 
d'officiers  et  le  réduit  d'un  style  ancien  et  sombre,  qui  sert 
de  prison  et  sur  lequel  flotte  le  drapeau  tricolore  néerlan- 
dais; puis  apparaît  la  belle  place  du  gouvernement,  entourée 
de  palmiers. 

On  découvre  d'abord  Thôtel  du  gouverneur,  à  demi  caché 
derrière  un  bosquet,  avec  sa  charmante  allée  à  triple  rangée 
d'arbres  de  tamarins  ;  puis  les  autres  édifices  du  gouverne- 
ment; les  maisons  d'un  aspect  propre  et  aux  couleurs  vives 
se  succèdent  le  long  de  la  rive;  parmi  celles-ci  se  distingue 
l'église  lulhérienne  bâtie  en  briques.  Au  loin  s'étend  la  forêt 
haute  et  solitaire,  derrière  laquelle,  sur  la  rive  droite,  une 
colonne  de  fumée  annonce  de  temps  en  temps  la  présence 
de  la  plantation  de  Meerzorg.  Tout  ce  tableau,  animé  par  le 
mouvement  d'une  population  acti  ve,ofirre  un  aspect  ravissant. 

Les  blanches  maisons,  construites  en  bois,  font  un  agréa- 
ble effet  par  leurs  formes  régulières,  leurs  couleurs  vives  et 
leurs  grandes  lignes;  elles  ne  forment  pas  une  masse  com- 
pacte, mais  sont  dispersées  régulièrement  à  une  grande  dis- 
tance au  bord  de  l'eau.  Les  rues  larges  et  les  places  spa- 
cieuses donnent^  la  ville  beaucoup  de  fraîcheur;  d'ailleurs 
la  plupart  des  maisons  ont  un  jardin,  ce  qui  fait  que  la  ville, 
eu  égard  à  sa  population  qui  s'évalue  de  23  à  24  mille  âmes, 
a  une  étendue  assez  considérable. 

Presque  toutes  les  maisons  de  Paramaribo  sont  en  bois, 
même  l'hôtel  du  gouverneur;  les  églises  des  Herrnhuttes, 
des  catholiques  et  les  synagogues  sont  pour  la  plupart 
bâties  sur  une  petite  muraille  d'environ  un  mètre  de  hau- 
teur; les  maisons  sont  d'une  couleur  blanche  ou  gris  perle, 
les  portes  et  les  fenêtres  sont  peintes  en  vert.  Seules,  les 
églises  protestante  et  luthérienne,  quelques  maisons  au 


106  LA  EIVIÈRE  DE  SURINAM. 

bord  de  Teau^  le  bureau  des  finances  et  la  cour  de  justice 
gur  la  place  du  gouvernement,  sont  construits  en  briques. 

Lorsque,  en  IGOSfle  gouverneur  de  Sommelsdyk  arriva  au 
Surinam^  la  ville  n'était  composée  que  de  27  maisons»  dont 
la  plupart  étaient  des  cabarets;  plus  tard  la  ville  a  été  deui 
{ois  bombardée  par  les  Français  et  trois  fois^  la  dernière 
fois  en  1832,  presque  entièrement  incendiée»  [de  sorte  qu'à 
plusieurs  endroits  les  traces  de  maisons  qui  ^existaient  jadis 
sont  encore  visibles. 

La  rivière  ou  plutôt  la  rade  de  Paramaribo  n'est  pas 
moins  remarquable;  elle  est  couverte  de  vaisseaux  dont 
les  diiférents  pavillons  indiquent  la  nationalité.  Des  bateaux 
à  rames  vont  et  viennent»  montés  par  des  équipages  uègres 
qui, en  s'accompagnant  d'un  chant  monotone  conduisent  les 
directeurs  et  les  atoinistratetfrs  k  leurs  plantations;  de 
temps  en  temps  on  rencontre  un  bac  fortement  chargé  des 
produits  du  pays  et  de  petits  canots  semblent  glisser  à  la 
surface  ;  tout  cek  fourmille  pèle-môle  dans  un  mélange 
bariolé* 

En  remontant,  la  rivière  court  avec  beaucou]^  de  détours 
et  de  sinuosités  vers  le  sud. 

Presque  vis«à-vis  de  la  ville  est  située  la  plantation  de 
sucre  de  Meersorg,  connue  par  le  traité  qui  y  fut  conclu  avec 
Tamiral  français  Cassard. 

Le  8  octobre  1712  celui-ci  s'engagea  dans  la  rivièrCi  à  la 
tôke  d'une  flottille  de  9  b&timents  de  guerre  et  30  vaisseaux 
plus  petits,  avec  3000  hommes  de  troupes  de  débarquement. 

La  résistance  opposée  par  le  fort  de  Zeelandia  était  telle, 
que  les  vaisseaux  furent  forcés  de  se  tenir  à  distance. 

Les  Fran<}ais  mettant  alors  pied  à  terre,  s'établirent  sur 
cette  plantation  d'oà  ils  jetèrent  des  bombes  dans  la  ville, 
et  imposèrent  un  traité  par  lequel  une  contributioB  si  con- 
sidérable fut  réclamée,  que  longtemps  après  la  colonie  en 
éprouva  encore  les  charges. 

À  une  lieue  en  amentale  Paramaribo,  le  Surinam  reçoit 


LA  RIVIÈRE  DE   SURINAM.  101 

la  rivière  du  Para  venant  du  sud-ouest,  sur  laquelle  sont 
situées  deux  plantations  de  sucre  en  décadence  et  plusieurs 
exploitations  de  bois.  Cette  rivière  est  navigable  pour  des 
barques  à  rames  et  des  bacs,  dans  la  saison  sèche  jusqu'à  la 
Prospérité  et  un  peu  au-dessus  de  Hanovre,  et  dans  la  sai- 
son des  pluies  jusqu'à  l'Indigo  veld  et  l'Inquiétude. 

yis-à-vis  de  la  bouche  du  Para  on  voit  la  crique  Paulus 
où,  à  Texception  d'une  seule,  toutes  les  plantations  sont 
abandonnées. 

  une  couple  de  lieues  de  Paramaribo  sont  situées  de 
belles  plantations  de  sucre,  de  bananes  et  de  cacao;  les 
maisons  blanches  et  riantes;  les  moulins  à  sucre  dressent 
leurs  hautes  cheminées  au  dessus  des  allées  àe  palmiers, 
de  tamarins  et  d'autres  arbres  à  fruit  des  tropiques;  tout 
auprès  sont  les  terres  cultivées  de  canne  à  sucre;  les  jeunes 
cacaoyers  cachent  leur  feuillage  vert  foncé  sous  l'ombrage 
des  feuilles  du  bananier  et  au  fond  des  forêts  obscures  : 
tout  cela  offre  un  panorama  magnifique. 

Plusieurs  de  ces  plantations  sont  situées  si  près  Tune 
de  TautrCj,  que  parfois  tout  le  bois  a  disparu  :  on  s'imagi- 
nerait alors  voyager  dans  une  des  plus  riches  contrées  de  la 
mère-patrie,  si  les  plantes  tropicales  et  les  nègres  n'enle- 
vaient cette  illusion. 

Le  terrain  d'alentour  est  encore  bas  et  à  plusieurs  en- 
droits môme  au-dessous  du  niveau  de  1^  rivière  ;  des  digues 
solides  et  des  écluses  seules  sont  capables,  de  contenir  cet 
élément  impétueux. 

Il  est  particulier  qu'ici  encore  nos  ancêtres  se  soient 
établis  sur  un  terrain  où  l'eau  doit  être  coo^battue  à  Taide 
de  nombreux  ouvrages  hydrauliques;  on  dirait  qu'ils  aient 
voulu  retrouver  les  conditions  de  leur  pays. 

Nous  nous  approchons  de  la  plantation  de  Waterland,  à 
présent  en  décadence,  où  les  Anglais,  en  1630,  auraient  bàU 
le  fort  Rorarica. 

Sur  Tautre  rive,  un  peu  plus  loin^  à  l'endroit  où  jadis 


108  LA  RIVIÈRE   DE   SURINAM. 

étaient  situées  les  plantations  florissantes  de  Rorak  en 
Klaverblad,  on  voit  une  foule  de  huttes  bizarrement  mê- 
lées qui^  peuplées  d'habitants  paresseux,  font  un  triste 
contraste  avec  les  plantations  que  nous  venons  de  passer; 
c'-est  la  demeure  de  la  population  pacifiée  d'un  ancien 
camp  de  marrons^  situé  près  de  Rac*à-Rac  sur  la  rive 
droite  de  la  crique  de  Surnaus. 

Nous  suivons  une  courbe  très  accusée  et  noys  passons  la 
Coupure,  canal  naturel  par  lequel  le  Surinam  commu- 
nique avec  le  Para,  et  la  plantation  de  sucre  Groote-Cha- 
tillon;  cette  plantation  porte  le  nom  du  seigneur  de 
Cbatillon,  ûls  du  gouverneur  de  Sommelsdyk  massacré 
dans  Tallée  des  Tamarins,  et  qui,  au  commencement  du 
xviii°  siècle  planta  ici  le  premier  café. 

Nous  passons  ensuite  la  plantation  de  sucre  de  Guinesche- 
vriendschap,  bâtie  dans  un  vieux  style,  et  la  plantation 
abandonnée  de  Kac-à-Rac  (connue  par  l'expédition  de 
1862)  et  nous  nous  trouvons  à  présent  sur  ce  qu'on  appelle 
le  territoire  juif. 

Il  y  a  un  siècle,  entre  Rac-à-Rac  et  le  poste  Gelderland 
étaient  situées  45  plantations  prospères  de  sucre  et  de  café, 
appartenant  aux  juifs  riches  qui  avaient  leur  demeure  sur 
la  Savane  des  Juifs,  située  plus  haut. 

Ces  rives,  jadis  si  richement  cultivées,  offrent  à  présent 
un  aspect  triste. 

Toutes  ces  plantations  florissantes  sont  abandonnées, 
leurs  champs  de  canne  à  sucre  et  de  caféiers,  un  jour 
plantés  et  cultivés  avec  tant  de  soin,  sont  à  présent  un 
désert  impénétrable;  les  belles  allées  d'élégants  palmiers  et 
de  hauts  tamarins  qui  conduisaient  aux  bâtiments  des 
plantations,  s'élèvent  tristes  et  solitaires  au-dessus  des 
broussailles  et  des  bosquets  de  cette  végétation  sauvage,  et 
les  débarcadères  où  jadis  des  barques  bien  peintes  et  d'une 
construction  élégante  arrivaient  et  partaient,  sont  aujour- 
d'hui déserts  et  délaissés. 


LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM.  109 

Nous  nous  approchons  maintenant  des  scieries  de  bois 
de  la  Simplicité  et  d'Overbrug.  Quelques  îlots,  en  partie 
bas  et  revêtus  de  palmiers,  en  partie  élevés  et  couverts  de 
bois,  forment  des  groupes  magnifiques  sur  la  large  nappe 
d'eau,  et  par  ci  par  là  se  montrent  pittoresquement  le 
long  des  bords  escarpés,  de  petits  camps  d'Indiens,  dont 
les  huttes  sont  à  demi  cachées  au  milieu  de  bananiers  et  de 
cotonniers. 

Le  nombre  d'Indiens  ou  Peaux-rouges  dans  la  colonie 
diminue  chaque  année  et  se  monte  à  présent  à  environ  800. 
Divisés  en  deux  tribus,  les  Arawacques  et  les  Caraïbes, 
ils  demeurent  ordinairement  dans  des  camps  ou  des  vil- 
lages; leurs  huttes  sont  composées  d'un  toit  couvert  de 
feuilles  de  palmiers;  les  parois  sont  construites  d'une 
manière  admirable  et  attachées  par  des  lianes;  pas  un  seul 
clou  n'est  employé.  La  chasse  et  la  pêche  sont  leur  prin- 
cipale occupation  et  pourvoient  à  leur  entretien. 

L'Indien,  autrefois  le  maître  absolu  de  l'Amérique,  habite 
à  présent  l'intérieur  du  pays,  éloigné  de  la  partie  habitée 
de  la  colonie.  La  civilisation  européenne,  ou  plutôt  le 
genièvre  de  Sçhiedam  et  les  misères  qui  en  résultent,  ont 
été  de  puissants  alliés  dans  les  guerres  d'autrefois  et  ont 
réduit  ce  peuple  à  un  abrutissement  profond. 

Il  est  triste  que  toute  une  peuplade  soit  condamnée  à  un 
anéantissement  complet  et  plus  triste  encore  de  penser 
qu'elle  ne  laissera  pas  de  trace  de  son  existence;  tandis 
que  tant  de  peuples  d'autrefois  se  survivent  pour  ainsi  dire 
dans  rhistoire  ou  dans  des  ruines  magnifiques,  l'Indien  ne 
laissera  pas  un  seul  monument;  des  chants  ou  des  légendes 
ne  conserveront  même  pas  son  souvenir. 

Nous  voici  arrivés  au  poste  militaire  de  Gelderland; 
outre  une  grande  cour,  un  très  beau  jardin  et  beaucoup 
d'arbres  fruitiers  des  tropiques,  on  y  touve  la  maison  du 
commandant,  une  caserne,  un  magasin,  une  boulangerie, 
un  corps  de  garde,  un  chantier,  plusieurs  autres  maisons, 


110  LA   RIVIÈRE  DE   SURINAM. 

et  ce  beau  sile  se  reflète  d'une  manière  superbe  dans  le 
fleuve  limpide. 

Geposte^  établi  dans  le  temps  des  guerres  continuelles 
avec  les  marrons^  a  été  abandonné  aussi  depuis  quelque 
temps. 

En  montant  la  pente  par  un  chemin  sablonneux,  on  arrive 
à  une  plaine  étendue  couverte  de  sable  quartzeux  d'un 
blanc  très  vif  et  qui,  depuis  presque  deux  «iécles,  porte  le 
nom  de  Savane  des  Juifs. 

Tout  autour  de  cette  plaine  ondoyante  s'élèvent  ces 
arbres  magnifiques  abondants  à  Surinam  et  qui  sont  d'une 
diversité  infinie  de  forme  et  de  stature,  de  couleur  et 
de  feuillage;  tantôt  bienfaisants  par  leurs  fruits,  tantôt 
fournissant  des  trésors  en  sucs  précieux  et  eu  gommes,  en 
résines  et  en  huiles;  tantôt  offrant  leur  bois  solide  et  subs- 
tantiel pour  la  construction  d'habitations  et  de  vaisseaux, 
ou  comme  combustible  et  pour  l'usage  domestique. 

Cette  savane,  formant  pour  ainsi  dire  le  sommet  plat 
d^une  colline  gigantesque  au  pied  de  laquelle  coule  le  Su- 
Hnatti^  est  située  si  haut,  que  par-'dessus  le«  cimes  des 
arbres  d'alentour  on  a  un  panorama  ravissant. 

Vers  l'est  et  le  sud-est  se  développe  une  immense  plaine 
de  verdure  dont  les  ondes  compactes  s'étendent  jusqu'à 
l'horizon,  où  elles  se  fondent  dans  une  brume  lucide.  De 
cette  surface  mouvante  s'élève  par  ci  par  li^  comme  une  bsh 
lise  au  milieu  de  cette  immensité,  une  colline  ou  unecime. 

De  môme  que  les  Pajs-Bas  d*Europe,  Surinam  de  l'autre 
côté  de  rOoéan  fut  un  jour  le  refuge  hospitalier  d'une 
peuplade  persécutée  à  cause  de  sa  religion. 

Après  la  découverte  de  l'Amérique,  le  Brésil  ne  tarda  pas 
à  devenir  l'asile^  ou  plutôt  le  lieu  d'exil  des  Israélites  du- 
rement opprimés  en  Espagne  et  en  Portugal  ;  cependant 
lorsque  le  Brésil  passa  sous  la  domination  portugaise,  les 
Israélites^  persécutés  de  nouveau^  émigrèrent  à  Surinam  et 
fondèrent  un  village  au  bord  de  la  rivière^  un  peu  plus  haut 


LÀ  RIVIÈRE  DE  SURINAM.  111 

que  le  lieu  où  est  maintenant  située  la  Savane  des  Juifs. 
D'après  ce  qu'on  trouve  mentionné  ce  fut  en  1644,  sotis  le 
chef  David  Nassy,  En  1685  ce  village  fut  abandonné  et 
sous  Samuel  Kassy  on  en  fonda  un  autre,  ainsi  qu'une  sy- 
nagogue en  briques. 

L'opulence  et  l'activité  de  ses  habitans  furent  cause  que 
bientôt  ce  village  commença  à  prospérer,  il  devint  le 
point  de  réunion^  le  centre  de  la  communauté  judaïco-por- 
tugaise;  celle-ci  formait  un  jour  le  tiers  de  la  population 
blanche  de  Surinam  et  en  1730  elle  possédait  115  planta- 
tions. 

Les  Israélites  établis  ici  jouissaient  de  grands  privilèges; 
ils  avaient  leur  propre  administration  de  la  justice,  tant 
dans  les  causes  civiles  que  pour  les  affaires  correctionnel- 
les. Leur  tribunal,  siégant  dans  un  des  appartements  de  la 
synagogue,  pouvait  en  première  instance  condamne^  à  une 
amende  montant  jusqu'à  500  florins;  pendant  les  grandes 
fêtes  solennelles  ils  étaient  exempts  de  toute  poursuite  en 
justice,  etc. 

Ce  lieu,  jadis  si  florissant, et  si  riche,  ainsi  que  ses  habi- 
tants, a  aujourd'hui  entièrement  disparu;  il  ne  reste  pas 
même  une  trace  de  la  ville.  Des  collines  de  sable  indiquent 
la  place  où  jadis  régnaient  la  vie  et  le  mouvement;  la  syna- 
gogue s'y  élève  seule,  délabrée  et  en  ruines,  au  milieu  des 
sépultures  de  ceux  qui  naguère  célébraient  leurs  solennités 
dans  ses  murs. 

Vue  à  distance,  l'église  ressemble  à  un  monceau  de 
pierresj  à  un  grand  tombeau;  dans  l'intérieur  tout  se  trouve 
encore  dans  le  même  état  que  lorsque  le  grand  rabbin  y 
pronon^Ja  sa  dernière  bénédiction;  un  tapis  de  velours 
rouge  tombant  en  lambeaux  couvre  la  table  du  supé-" 
rieur;  d'antiques  candélabres  de  cuivre  sont  suspendus  aux 
murs  chancelants;  les  cellules  sont  désertes  ainsi  que  Tan-^- 
^.ienne  salle  de  justice;  froids,  sombres  et  mornes  sont 
les  bomdors  Vermoulus  dont  les  pas  du  visiteur  réveillent 


113  LÀ  RIVIÈRE   DE  SURINAM. 

les  échos  endormis;  la  vue  de  ce  sanctuaire  déchu  serre  le 
cœur. 

A  côté  de  l'église  se  trouvent  un  grand  nombre  de  ma- 
gnifiques tombes  en  marbre  blanc,  qui  témoignent  de 
l'opulence^  mais  en  môme  temps  de  la  somptuosité  et  de 
la  vanité  des  anciens  habitants. 

Jadis  un  chemin  militaire  allait  de  la  Savane  des  Juifs  à 
Test. 

Malgré  une  grande  opposition  ce  chemin  fut  établi  et 
achevé  en  1774  par  le  gouverneur  Nepveu.  Jusqu'à  la  mer 
il  formait  une  espèce  de  clôture  militaire  et  était  oc- 
cupé par  des  troupes  divisées  entres  les  postes  principaux 
et  inférieurs,  tandis  qu'à  chaque  quart  de  lieue  élait  placé 
un  piquet  pour  maintenir  la  communication.  Les  chaleurs 
insupportables  et  les  nombreuses  privations  dans  les  expé- 
ditions, causant  beaucoup  de  maladies,  surtout  parmi 
les  troupes  nouvellement  arrivées,  ce  cordon  n'a  pas  été 
maintenu  longtemps. 

Quittons  enfin  ce  lieu  où  trop  longtemps  déjà  nous  nous 
sommes  arrêtés  et  continuons  le  voyage. 

Peu  à  peu  les  bords  de  la  rivière  changent  d'aspect.  On 
aperçoit  toujours  moins  les  Pays-Bas,  les  bords  devien- 
nent plus  élevés,  le  paysage  plus  accidenté,  les  bois  plus 
épais  :  il  y  a  plus  de  variété.  Amortis  par  la  végétation 
touffue,  les  vents  de  mer  perdent  leur  force;  l'alternation 
du  flux  et  du  reflux  disparait  de  plus  en  plus  ;  l'eau  devient 
douce  et  potable  :  c'est  ici  que  paraît  se  trouver  la  limite 
des  marées  de  l'Océan. 

Passant  Diligence  nous  approchons  de  la  scierie  en  dé- 
cadence d'Auka,  jadis  grande  plantation  de  sucre,  endroit 
célèbre  par  la  paix  qui  y  fut  conclue  en  1761  avec  les 
marrons.  Cette  paix  qui  depuis  ce  temps-là  n'a  pas  été  rom- 
pue, mit  fin  à  une  guerre  bien  longue,  dont  sont  remplies 
les  pages  de  l'histoire  de  Surinam. 

Yis-à-vis  d'Auka  se  trouve  une  mauvaise  cabane.  Vers- 


LA   RIVIÈRE  DE   SURINAM.  113 

teling'Jacobs;  c'était  jadis  une  carrière  exploitée  par  le 
gouvernement, 

Nous  traversons  des  savanes  étendues,  couvertes  de  sable 
quarlzeux  à  gros  grains.  Sur  les  bords,  sont  des  huttes 
désertes  et  des  ruines  des  camps  abandonnés  par  les  Indiens. 

Cet  abandon  provient  souvent  de  la  mort  d'un  person- 
nage important  de  la  tribu,  parce  que  les  indigènes  croient 
que  l'esprit  du  défunt  y  erre  ou  qu'un  autre  esprit  malin  a 
rendu  le  camp  inhabitable. 

Un  peu  au-dessus  de  Yorsteling  Jacobs,  sur  la  même 
rive,  on  aperçoit  l'ancienne  plantation  de  Phedra. 

A  cette  hauteur  la  nature  du  sol  change  visiblement  ;  le 
diorite  y  forme  de  petites  collines  rondes  qui,  éloignées 
l'une  de  Tautre  de  quelques  centaines  de  pas,  s'élèvent  à 
une  hauteur  de  12  à  75  mètres  au-dessus  du  sol  granitique. 

La  surface  du  diorite  est  tout  effleurie,  ce  qui  rend  le  sol 
extrêmement  fertile;  par  suite  de  cette  môme  efflorescence 
il  contient  un  grand  nombre  de  rognons  d'hématite.  A 
plusieurs  lieues  à  la  ronde,  la  surface  est  couverte  de  ce 
minerai  métallique  ;  on  trouve  probablement  ici  une  ma- 
tière qui  permet  de  se  procurer  le  fer  d'une  manière  relati- 
vement facile,  car  le  charbon  nécessaire  ne  coûterait  que 
la  peine  de  l'extraction. 

La  rivière  s'engage  maintenant  dans  des  méandres  capri- 
cieux. Des  bancs  de  sable  s'étendent  au  milieu  du  fleuve, 
alternant  avec  des  éciveils  et  des  rapides. 

Nous  suivons  la  courbe  près  de  Moreaet  nous  apercevons 
sur  l'autre  rive  une  roche  de  mica,  ainsi  que  la  bouche  de  la 
crique  Maréchal,  nom  du  capitaine  anglais  qui  en  1630 
aurait  monté  le  Surinam  jusqu'ici.  Un  peu  plus  haut  se  sont 
établis  en  1684  quelques  adhérents  de  la  secte  des  Laba- 
distes,  dans  un  lieu  nommé  par  eux  la  Providence;  ce/ 
établissement  fut  abandonné  peu  de  temps  après. 

A  mesure  qu'on  s'approche  de  Mœder's  zorg,  les  bords  de- 
viennent plus  élevés,  les  bois  plus  épais;  le  passage  de  l'eau 

soc.   DE  GÉOGR.  —  AOUT  1880.  XX.  »  8 


114  Là  mVIÉRB  DE  SURINAM. 

est  de  plus  en  plus  obstrué  par  des  bas-fouds  et  des  roches» 
tandis  que  les  bords  des  deux  côtés  restent  mornes  ei  soli- 
taires. Pourtant  le  pays  est  très  fertile  et  avee  peu  d'efforts 
ilproduirait  des  fruits  abondants. 

Vis-à«vis  se  dresse,  un  rocher  composé  de  quartz  et  de 
feldspath  et  quantité  de  petites  pierres  de  grenat;  on  y  ren- 
contre aussi  le  premier  camp  de  nègres  marrons. 

Les  nègres  marrons  établis  sur  la  partie  supérieure  de 
la  rivière,  et  dont  le  nombre  monte  à  environ  5000,  sont 
divisés  en  deux  tribus,  les  Aucanes  et  les  Saramacanes.  Ce 
sont  originellement  des  esclaves  échappés  qui,  par  leurs  in- 
vasions et  leurs  pillages,  ont  été  longtemps  la  terreur  de  la 
colonie.  Â  la  paix  d'Auka  ils  furent  admis  et  reconnus 
comme  alliés  et  depuis  ce  temps  ils  se  sont  établis  sur  ces 
bords  dans  des  sortes  de  camps  où  ils  pourvoient  à  leur  en- 
tretien par  l'agriculture,  la  cbasse  et  la  pèche.  Du  produit  du 
bois  qu'ils  transportent  en  radeaux  et  vendent  à  Farama- 
ribo,  ils  se  proeurent  des  fusils,  de  la  poudre,  du  plomb»  et 
d'autres  choses  nécessaires.  Les  forêts  extrêmement  riches 
des  pays  hauts,  leur  fournissent  une  grande  abondance  de 
bois  précieux  à  débiter. 

On  ne  saurait  trop  déplorer  que,  dans  un  pays  où  elles 
pourraient  tant  contribuer  à  la  prospérité,  ces  peuplades  si 
vigoureuses  vivent  dans  la  paresse  et  Tindolence,  et  ne 
prennent  la  hache  que  quand  la  nécessité  les  y  contraint. 

Plus  on  monte  ici  le  Surinam,  plus  ses  bords  deviennent 
sombres  et  déserts,  jusqu'à  ce  qu'enfin  le  Mont-Bleu  et  la 
scierie  voisine  de  Berg  en  Daal  donnent  aux  rives  un  aspect 
tout  nouveau. 

'  Le  Mont-Bleu  est  situé  sur  la  rive  gauche,  à  5*5'  de  latitude 
septentrionale,  à  125  mètres  de  hauteur;  il  consiste  princi- 
palement en  gabbronite,  qui  par  un  effet  d'efflorescence  se 
transforme  en  diorite  mêlé  de  minerai  d'aimant,  ensuite 
en  fer  oligis te  argileux,  en  silex  rouge  approchant  du  jaspe, 
ou  en  hématite.  Sur  l'autre  rive  en  face  de  la  montagne, 


J 


LA.  RmÉRE  DE  SURINAM.  445 

on  troave  les  mêmes  produits  ferrugineux  de  i'efflores- 
cence. 

Du  sommet,  les  environs  off^pent  un  panorama  magni* 
fique.  Sur  une  grande  distance  on  voit  au  sud-sud-ouest 
une  chaîne  de  hautes  montagnes  qui  va  de  l'est  à  l'ouest, 
et  plus  loin  par  un  ciel  serein  se  montrent  des  cimes  plus 
hautes  encore,  qui  s'élèvent  jusqu'aux  nues. 

Entre  Berg  en  Daal  et  Victoria  on  a  fait  plusieurs  fois  des 
recherches  de  minéraux  précieux.  En  1 742  la  «  Compagnie 
minérale»  obtint  le  privilège  de  faire  ici  des  recherches  de 
minéraux,  de  pierres  précieuses,  etc.,  avec  une  cession  de 
terrain  de  dix  lieues  de  circonférence.  On  trouva  du  felds- 
path argilîforme,  du  minerai  de  fer,  du  plomb  et  quelques 
traces  d'or  et  d'argent,  mais  ces  métaux  s'y  trouvaient  en 
trop  petite  quantité  pour  une  exploitation  lucrative.  Cette 
entreprise,  qui  au  début  promettait  beaucoup  de  profits, 
fut  abandonnée  six  ans  plus  tard. 

Les  planteurs  de  Surinam  furent  satisfaits  de  cette  dé- 
convenue parce  qu'ils  étaient  convaincus  que  la  culture  du 
sucre,  du  café  et  du  coton  était  beaucoup  plus  avantageuse 
pour  eux  et  pour  la  colonie. 

En  approchant  de  Victoria,  les  camps  de  marrons  de- 
viennent plus  nombreux.  La  rivière  encaissée  dans  ses  bords 
élevés  a  tout  au  plus  40  à  45  mètres  de  largeur.  Le  passage 
difficile  et  dangereux  à  travers  les  écueils,  les  cataractes  et 
les  bancs  de  sable,  fait  qu'au-dessus  de  Broko  Pondo,  la 
rivière  n'est  navigable  que  pour  de  légères  embarcations  ou 
des  canots. 

Environ  deux  lieues  plus  loin,  l'importante  rivière  Sara 
se  jette  dans  le  Surinam,  qui  est  redevenu  large,  plein 
d'écueils,  dllots  de  bancs  de  sable.  Cette  rivière  sur  les 
bords  de  laquelle  on  trouve  du  granit  de  belle  qualité,  est 
habité  par  la  tribu  Aucane  des  nègres  marrons. 

Pendant  quatre  journées  de  voyage  au-dessus  de  la  ri- 
vière Sara  on  trouve  les  camps  de  marrons  Saramacanes. 


118  A  RIYJÈRE  DE  SURINAN. 

Dans  la  saison  sèche,  le  voyage  se  fait  ici  avec  beaucoup 
de  difficultés  à  cause  des  écueiis^  des  bas-fonds,  etc.  Quel- 
quefois, dans  la  saison  pluvieuse,  la  hauteur  de  l'eau  dif- 
fère d'environ  10  mètres  avec  celle  de  la  saison  sèche  et  le 
courant  est  d'une  rapidité  formidable.  Si  de  fortes  pluies 
tombent  sur  les  pays  hauts,  Teau  s'élève  quelquefois  de 
3  mètres  dans  une  nuit. 

Nous  ne  remonterons  pas  la  rivière  au  dessus  de  ce  point; 
la  mauvaise  volonté  et  la  méfiance  des  marrons  multiplient 
les  difficultés  du  voyage  qui  est  impossible  sans  leur  aide. 

Il  n'y.  a  que  très  peu  d'Européens  qui  aiekit  remonté  la  ri- 
vière plus  haut  que  le  Sara.  Là,  dans  une  solitude  inac- 
cessible se  tiennent  cachés  ces  marrons  paresseux  et  rusés 
dont  leschétives  habitations  se  perdent  insensiblement  dans 
les  immenses  forêts  vierges. 

Retournons  un  instant  à  Broko-Pondo,  où  récemment 
l'industrie  de  Tor  a  donné  de  si  importants  résultats. 

N'étant  pas  géologue  je  me  borne  à  la  communication  de 
quelques  faits. 

Il  est  de  notoriété  publique  au  Surinam,  qu'autrefois  beau- 
coup de  planteurs,  par  crainte  de  perdre  leurs  ouvriers,  et 
même  quelques  gouverneurs^  n'ont  pas  encouragé  la  re- 
cherche de  l'or.  Les  nègres  marrons  et  les  Indiens,  qui 
n'ignorent  pas  que  l'or  a  du  prix  et  que  les  blancs  attachent 
une  grande  valeur  à  la  possession  de  ce  métal,  n'ont  jamais 
fait  mention  de  leurs  découvertes,  de  crainte  d'être  dépos- 
sédés ou  chassés. 

Non  seulement  on  a  trouvé  de  Tor  mais  on  en  a  même 
exporté  de  Surinam,  ce  qui  est  démontré  par  une  histoire 
de  Surinam,  publiée  en  1791  par  quelques  juifs  lettrés. 

M.  Yan  den  Ende,  ancien  planteur  de  Surinam,  homme 
de  beaucoup  d'expériencCi  &  fait  connaître  dans  sa  brochure 
(hid  en  JViViiro,  publiée  récemment,  que  lorsqu'en  1854 
dans  le  Surinam  supérieur,  le  marron  Byman  prenait  pos- 
session de  l'autorité  do  Gramman  (chef),  l'un  des  capitaines 


LA  RIVIÈRE  DE   SURINAM.  H  7 

des  marrons  lui  faisait  la  leçon  suivante  :  «  Ne  cherchez 
jamais  de  Tor,  car  si  les  blancs  apprennent  qu'il  se  trouve 
de  For  chez  nous,  nous  sommes  perdus.  » 

Il  y  a  environ  deux  ans,  la  présence  de  Tor  ici  a  été 
constatée  de  nouveau  par  les  résultats  des  explorations  qui 
ont  eu  lieu  pour  le  compte  d'une  société  américaine  et  de 
quelques  particuliers.  Parmi  les  minerais  trouvés  alors  et 
exposés  plus  tard  dans  le  musée  de  Surinam,  se  trouvaient 
des  pépites  d'une  assez  grande  valeur. 

A  l'occasion  de  l'ouverture  de  la  session  des  États  Colo- 
niaux au  mois  de  mai  1876,  le  gouverneur  de  la  Colonie  a 
dit  en  anglais  ce  qui  suit  :  a  L'industrie'  de  l'or  promet 
beaucoup  dans  l'avenir,  de  même  que  dans  la  Guyane  Fran- 
çaise. Il  faudra  du  temps  pour  la  développer;  mais  Tannée 
dernière  elle  a  fait  un  premier  pas  dans  la  bonne  voie. 
C'est  un  fait  avéré  que  la  région  comprise  entre  les  rivières 
du  Maroni  et  du  Surinam  offre  des  champs  riches  à  l'exploi- 
tation; déjà  34  concessions  pour  la  recherche  de  métaux 
précieux  ont  été  accordées  et  ont  procuré  quelques  pro- 
fits à  la  colonie.  » 

Au  mois  de  mai  1877  Son  Excellence  disait  :  ((L'industrie 
de  Tor  surtout  a  exigé  mes  soins  et  a  eu  tout  le  succès  qu'on 
désirait.  Le  développement  de  cette  industrie  an  Maroni  et  ai\ 
Surinam  est  d'une  grande  importance  et  fixe  en  effet  un 
point  lumineux  à  l'horizon  obscur  de  l'avenir  du  Surinam,  i» 
.  Il  y  a  quelques  temps,  la  banque  de  Surinam  a  exposé  à 
Paramaribo  une  quantité  de  1644  grammes  d'or  en  frag- 
ments, en  grains  et  en  poudre,  représentant  une  valeur 
d'environ  4  500  francs.  Dix  travailleurs  avaient  trouvé  cet 
or  en  54  jours  sur  la  rive  droite  du  Surinam  supérieur. 

Dans  la  Gayenne  voisine  l'industrie  de  l'or  a  pris  en  ces 
dernières  années  un  grand  essor;  l'exportation  de  ce  métal 
en  1874  était,  d'après  les  déclarations  officielles  aux 
douanes,  de  1432  kilogrammes,  représentant  une  valeur  de 
4  millions  de  francs. 


il8  LA  RIYliRK  DE  SUROrAM. 

Eq  1875  on  y  trouvait  en  moyenne  150  kilogramoics  par 
moia  et  dans  les  huits  premieta  mois  de  1876  plus  de  i5 
kilogrammes  étaient  exportés^. 

En  Gayenne  on  trouve  l'or  dans  des  veines  de  quarts  et 
dans  des  alluvions. 

Il  est  difûcile  de  déterminer  l'origine  de  ces  alluvions, 
mais  la  composition  du  sol,  la  variété  et  les  espèces  de 
pierres  et  de  roches  qu'on  ;  trouve  et  Torigioe  presque 
commune  de  toutes  les  rivières  de  la  Guyane,  font  présumer 
que  de  violentes  actions  volcaniques,  des  élévations  du  sol 
et  les  torrents  puissants,  ont  détaché  des  montagnes  de  Tu- 
tnuc-Humac  et  dispersé  bien  au  delà  des  frontières  de  la 
Guyane  firançaise,  les  masses  mêlées  de  roches  et  de  pierres, 
d'or  et  d'autres  minéraux. 

Le  fait  que  sur  la  rive  gauche  du  Maroni,  c'esirà-dite  sur 
le  territoire  néerlandais  même,  quelques  Français  s'occu* 
paimt  Tannée  passée  avec  succès  de  la  recherche  de  l'or, 
décida  le  gouverneur  de  Surinam  à  y  envoyer  une  commis- 
sion,  afin  de  s'informer  au  juste  de  l'état  des  choses  rolati'- 
vement  à  l'industrie  de  Tor  au  Maroni. 

Les  recherches  et  les  informations  de  cette  commission 
*  ont  démontré  que  le  terrain  situé  sur  la  rive  gauche  du 
Maroni  est  en  effet  un  champ  aurifère  qui  promet  à  l'ex- 
ploitation une  riche  production.  Presque  partout  où  les 
explorations  ont  eu  lieu,  on  a  jugé  qu'il  doit  y  avoir  des 
endroits  où  l'or  s'est  amassé  en  grandes  quantités;  même 
avec  les  investigations  superficielles  auxquelles  la  Commis- 
sion était  obligée  de  se  borner,  on  a  trouvé  encore  en  deux 
endroits  une  quantité  d'or  généralement  estimée  plus  que 
suffisante  pour  l'exploitation  (*  à  5  sous  par  battée  d'envi- 
ron 10  kilogrammes  de  terre  mêlée  de  pierres).  Outre  cela 
les  explications  ont  prouvé  que  la  composition  du  sol,  sur 

1,  Le  3  mars,  sur  le  bateau  à  vapeur  VeM^meU,  fut  exportée  une 
quantité  de  166143  grammes  <for. — 

Moniteur  et  l4  €nyam  frûncâi»  ite  tl  mâr*  1877. 


LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM.  119 

la  rive  gauche  du  Maroni,  était  tout  à  fait  conforme  à  celle 
du  sol  de  Gayenne. 

Pour  ouvrir  à  l'industrie  de  Tor  entre  le  Surinam  et  le 
Maroni  une  plus  courte  communication  que  par  mer,  on  a 
Commencé  en  mars  1876  à  tracer  un  chemin^  commençant 
au-dessus  de  la  chute  de  Broko  Pondo  dans  là  direction 
du  Maroni^  pour  aboutir  au-dessus  des  dangereuses  cata* 
pactes  de  Pedrosoengoe. 

Ce  chemin,  qui  actuellement  est  entièrement  tracé,  a 
78  973  kilomètres  de  longueur  et  aboutit  à  la  rive  gauche 
du  Maroni  par4<'35'26,7''  de  latitude  septentrionale  et  54*29' 
hit"  de  longitude  occidentale. 

L'établissement  de  ce  chemin  s'est  fait  par  deux  expédi- 
tioniP.  La  première,  composée  de  17  hommes,  traça  23  kilo- 
mètres en  41  jours,  la  seconde,  forte  de  20  personnes  traça 
au  mois  de  septembre  les  autres ^57  kilomètres.  Les  frais 
de  ces  deux  expéditions  se  montèrent  à  20000  francs. 

Au  commencement,  le  chemin  passe  à  travers  des  con- 
trées montagneuses,  riches  en  rivières;  ces  montagnes,  es- 
carpées du  côté  du  Surinam  et  à  pentes  douces  de  l'autre 
obté,  contenaient  toutes  beaucoup  de  fer. 

A  13  kilomètres  de  Broko  Pondo,  au  milieu  d'une  contrée 
sauvage,  rocheuse  et  très  montagneuse,  le  chemin  franchit 
une  rivière,  probablement  la  crique  de  Gottentri,  qui  passe 
rapidement  au-dessus  et  à  travers  des  roches  irrégulière* 
ment  entassées,  et  qui  forme  une  dizaine  de  mètres  plus  bas 
ùhe  cascade  de  3  à  4  mètres  de  hauteur* 

La  grande  fertilité  de  ces  contrées  est  attestée  par  la  vé*' 
gétation  luxuriante  qui  couvre  même  les  sommets  les  plus 
hauts;  beaucoup  de  magnifiques  sortes  de  bois  se  trouvent 
ici,  comme  le  cèdre,  Taratte,  la  bolletri,  le  bois  d'acajou, 
de  fer,  de  lettre,  de  cassie^  et  beaucoup  d'autres  ;  tous  sont 
des  arbres  de  grande  dimension. 

Plus  loin,  les  ondulations  du  terrain  éoht  moins  élevées 
et  l'on  trouve  de  grandes  quantités  de  quartz  mêlé  d'héma- 


120  LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM. 

tite  et  de  granit;  ensuite  il  est  prouvé  qu'outre  l'or,  le 
sol  où  passe  le  chemin  contient  aussi  du  cuivre,  du  fer, 
du  plomb,  du  bismuth  et  du  platine.  Le  minerai  de  plomb, 
en  le  fondant  tout  simplement  donne  46  Vo  àe  plomb  pur. 

Le  commencement  du  chemin  conduisant  au  Maroni  est 
à  5®3'39,7''  de  latitude  septentrionale,  le  point  le  plus  haut 
de  la  rivière  que  Ton  puisse  atteindre  avec  des  barques  à 
rames  sans  avoir  besoin  de  les  décharger;  un  peu  plus 
haut  se  trouve  le  premier  rapide  qu'on  ne  peut  passer  sans 
décharger  les  vaisseaux  et  sans  les  hisser  contre  le  courant; 
la  rivière  n'y  est  navigable  qu'avec  de  petites  embarcations 
et  l'assistance  des  indigènes. 

Les  surfaces,  très  légèrement  pointillées  sur  la  carte,  sont 
des  terres  cédées  par  le  gouvernement  à  des  particuliers 
pour  la  recherche  de  l'or  et  d'autres  métaux  ;  la  «  Société 
amslerdammoise  pour  la  recherche  de  l'or  au  Surinam  » 
a  loué  5000  hectares  de  ces  terres. 

Jusqu'au  mois  d'avril  1877,  le  gouvernement  avait  affirmé 
dans  les  pays  hauts  de  Surinam  292121  hectares  de  terre, 
au  prix  de  20  centimes  l'année  par  hectare,  ce  qui  constitue 
par  conséquent  un  bénéfice  d'environ  52  500  francs  pour  la 
caisse  coloniale. 

Le  14  mai  le  gouverneur  de  Surinam  communiquait  aux 
États  Coloniaux,  qu'en  1877  la  valeur  de  l'exporlation  d'or 
par  le  mail  français  se  montait  à  630  000  francs,  et  depuis 
le  1"  janvier  jusqu'au  4  mai  1878,  à  environ  275  000  francs. 
La  valeur  de  l'exportation  vers  la  France  via  Gayenne  ou 
à  destination  de  l'Angleterre  via  Damerara,  était  beaucoup 
plus  grande,  tandis  qu'une  grande  quantité  d'or  reste  au 
Surinam,  parce  que  les  Chinois  placent  leurs  épargnes  en 
or  brut. 

Cependant  il  n'est  pas  possible  de  donner  des  notions 
exactes  et  complètes  sur  la  quantité  d'or  qu'on  a  trouvée 
jusqu'à  présent  dans  ces  contrées,  mais  il  est  sûr  qu'ici  sont 
enfouis  des  trésors,  capables  de  faire  prospérer  le  pays  et 


LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM.  121 

qu'avec  du  temps  et  de  la  chance  on  est  sûr  de  les  découvrir  : 
c'est  du  temps  surtout  qu'il  faut  pour  ces  explorations. 
Les  contrées  situées  plus  haut  sur  le  fleuve  offrent  plus 
de  chances  aux  chercheurs,  mais  Texpérience  montre  qu'il 
faut  découvrir  les  lits  primitifs  des  rivières,  ce  qui  exige 
une  recherche  plus  systématique  que  celle  qui  a  eu  lieu 
jusqu'à  ce  jour  au  Surinam. 

Dans  les  terrains  aurifères  de  l'Océanie  on  cherche  sou- 
vent durant  des  mois  entiers  pour  trouver  les  précieux  em- 
placements qui  valent  exploitation,  et  une  des  sociétés  de 
Gayenne,  dont  la  production  en  ce  moment  monte  à  une  va- 
leur d'environ  70000  francs  d'or  par  mois,  exploite  le  même 
terrain  où  y  ne  société  précédente  était  impuissante  à  trou- 
ver une  quantité  d'or  suffisante  pour  subvenir  à  ses  frais. 

Il  va  sans  dire  que  l'industrie  de  l'or  promet  de  devenir 
pour  le  Surinam  une  source  importante  de  prospérité; 
aussi  longtemps  qu'il  n'y  aura  pas  vers  Surinam  une  immi- 
gration de  bons  laboureurs  sur  une  grande  échelle,  elle  ser- 
vira mieux  et  plus  vite  que  tout  autre  moyen  à  faire  revivre 
celte  colonie  et  à  améliorer  ses  finances.  Il  faut  considérer 
que  dans  tous  les  pays,  qui  produisent  de  l'or,  le  dévelop- 
pement de  ragriculture  a  suivi  presque  immédiatement 
l'exploitation  du  précieux  métal. 

L'encouragement  à  l'exploitation  de  l'or  aux  bords  du 
Maroni,  artère  du  pays  et  la  réussite  de  cette  industrie, 
donneront  à  toute  la  colonie  une  nouvelle  vie  et  auront 
pour  Surinam  les  mêmes  résultats  avantageux  que  pour  la 
Californie,  l'Océanie,  l'Afrique  méridionale;  elle  attirera 
une  foule  d'éléments  laborieux  qui  y  resteront  et  qui  contri- 
bueront au  développement  du  pays,  môme  après  que  le  mé- 
tal précieux  qui  avait  causé  leur  immigration  sera  épuisé. 

Si  les  pays  de  l'intérieur  de  Surinam  continuent  à  pro- 
duire beaucoup  d'or,  le  climat  tropical  empêchera  qu'à  la 
longue  l'exploitation  ne  se  fasse  par  des  Européens,  mais 
probablement  il  ne  sera  pas  difficile  d'attirer  des  Chinois 


122  LA  RIVIÈRE  DE  SURINAM. 

OU  d'autres  travailleurs  acclimatés^  qui  plus  tard  s'établi- 
ront dans  le  pays  comme  laboureurs  et  contribueront  ain« 
à  suppléer  au  manque  actuel  d'ouvriers. 

Car  la  main  d'œuvre  est  le  seul  et  grand  besoin  du  Suri- 
nam ;  richement  doté  par  la  nature,  il  est  dénué  d*ouvrien 
dont  le  travail  seul  est  à  même  de  le  faire  pro&ter  de  ces 
dons. 

Faute  de  travailleurs,  que  reste-t-il  de  toutes  ces  ri< 
chesses^  de  toutes  ces  plantation;  florissantes  d^autrefois? 
Que  de  forêts  attendent  encore  la  hache  et  la  pioche  I  Ëlle^ 
pourvoiraient  largement  aux  besoins  de  milliers  d'homine$ 
qui  en  Europe  vivent  actuellement  dans  la  misère  ou  sou' 
tenus  par  la  bienfaisance  publique.  Que  de  pcairies  sonl 
encore  en  friche,  où  Ton  pourrait  augmenter  le  bétail  et 
améliorer  la  race  bovine I  Que  d'avantages  ne  doit-on  passe 
promettre  de  toutes  les  rivières  qui  entrecoupent  ee  pays 
fertile  dont  les  produits  pourraient  être  utilisés  pour  les 
fabriques  et  l'industrie. 

Espérons  que  le  temps  viendra  bientôt  où  Timniigration 
d'un  grand  nombre  de  bons  laboureurs  fera  valoir  toutes 
ces  richesses,  améliorera  le  système  défectueux  d'agricul- 
ture et  exploitera  ces  forêts  précieuses  qui  maintenaol 
n'obéissent  qu'aux  lois  de  la  nature.  ^ 

Quiconque  a  de  la  sympathie  pour  cefte  colonie  néerlan- 
daise a  vu  récemment  avec  plaisir  la  fondation  à  Amsterdain 
de  la  «  Société  pour  Surinam  )»,  réunion  de  personnes  qui 
se  proposent  de  travailler  au  développement  des  mtéréls 
moraux  et  matériels  de  la  colonie. 

L'honneur  et  les  intérêts  de  la  Hollande  sont  engagés  à  U 
prospérité  du  Surinam  qui  languit  et  dépérit  sous  les  yeux  de 
la  métropole;  plus  qu'aucune  autre  possession  d*outre-nier, 
cette  colonie  fait  partie  de  la  mère-patrie  et  a  droit  à  la  sym- 
pathie du  gouvernement  et  de  la  nation.  Avec  des  vaisseaux 
à  vapeur  on  peut  l'atteindre  en  deux  à  trois  semaines»  et 
en  reliant  Paramaribo  à  Demerara,  elle  peut  être  mise  en 


LA  RIVIKRE  DE  SURINAM.  123 

rapports  télégraphiques  avec  l'Europe .  Surinam,  qui  pro- 
i  duit  du  sucre,  du  cacao,  du  coton,  de  la  vanille,  du  lin,  du 
chanvre,  des  gommes,  des  teintures,  de  la  colle  de  poisson, 
de  Tarrowroot,  des  huiles,  du  gingembre,  de  la  soie,  de  l'in- 
digo, de  la  cochenille,  du  tabac,  toutes  sortes  de  bois,  est 
en  état  de  pourvoir  largement  de  fous  ces  produits  la  mère- 
patrie,  et  en  outre  de  les  exporter  en  grandes  quantités  vers 
toutes  les  parties  du  monde;  ce  pays,  dans  Texploitation  du- 
quel les  capitalistes  européens  trouveraient  un  placement 
solide  et  lucratif  pour  leurs  fonds,  peut  contenir  des  mil- 
lions d'habitants;  cependant  des  milliers  d^hectares  de  terre 
y  sont  encore  en  friche  et  la  fertilité  du  sol,  l'humidité  et  la 
chaleur  s'unissent  pour  donner  avec  peu  d'efforts  à  la  végé- 
tation son  plus  grand  développement. 


ITINÉRAIRE 

DANS  LE  TURKESTAN  AFGHAN 


PAR 


Dans  rautomne  de  1878,  les  journaux  ont  beaucoup  parlé 
du  voyage  audacieux  fait  par  le  colonel  russe  Grodékoff 
dans  les  parties  septentrionales  de  TAfghanistan.  Accompa- 
gné seulement  de  trois  serviteurs,  et  sans  quitter  runiforme 
de  Tétat-major  russe,  M.  Grodékoff  avait  traversé,  sans  au- 
cune mésaventure^  ces  mêmes  pays  dans  lesquels,  en  1863. 
Vambéry  n*osait  s'aventurer  que  travesti  en  derviche.  Le 
colonel  avait  même  réussi  à  faire  un  levé  presque  complet  de 
sa  route  et  à  enrichir  de  renseignements  précieux  la  géogra- 
phie de  ces  contrées  peu  connues.  Voyageant  sans  mission 
officielle,  bien  qu*il  eût  pris  un  congé  en  règle,  M.  Gro- 
dékoff fut  reçu  d'abord  avec  méfiance  par  les  autorités  af- 
ghanes; mais  bientôt  tout  s'arrangea  pour  le  mieux,  lorsque 
rémîr  Chir-Ali  envova  l'ordre  de  traiter  le  colonel  russe  en 
anii«  Notre  voyageur  put  alors  réaliser  son  projet  de  retour- 
ner de  Samarkand   en  Russie  via  Baikh,  Hérat  et  MecheJ. 

La  relation  du  voyage  de  M.  Grodékoff  parait,  par  chapi- 
ireS)  dans  un  journal  russe,  Xorûl(^Vrémia  (le  Nouveau 
Tomps\  et  la  publication  n^'en  est  pas  encore  achevée.  Mais 
je  possède  la  copie  du  journal  topographique  de  l'intrépide 
colonel,  et  je  suis  autorisé  à  puiser  à  cette  source  pour 
la  rédaction  do  la  présente  notice.  Ayant  aussi  sous  les 
yeux  ritlnérairo  ou  la  copie  des  levés  faits  par  le  voyageur 
et  réilails  en  une  échelle  c\>n\vnable  à  Saint-Pétersbourg, 

t .  Ca^hmiuiiî.)!)^  à  U  S^vio(<^  |Mir  Ms  Yonio^kotf  le  lô  mu^  1880.  —  Voir 
1^  «IMM  <ihi  xo^xvM^r^ 


ITLNÉRAIRE   DANS  LE   TURKESTAN  AFGHAN.  125 

je  puis  arrimer  qu'à  plusieurs  points  de  vue  l'expédition  de 
M.  Grodékoifest  digne  de  l'attention  des  géographes.  D'a- 
bord, elle  nous  a  donné  des  renseignements  exacts  sur  cette 
série  d'oasis  qui  longe  les  versants  septentrionaux  de  l'Indou- 
Kouch  occidental.  Puis,  elle  nous  a  procuré  des  informa- 
tions précieuses  sur  l'état  de  ces  anciens  petits  khanats  de 
Balkh,  d'Aktcha,  de  Sarypoul,  de  Maïméneh,  etc.,  qui  ont 
été,  de  1873  à  1875,  conquis  par  les  Afghans  et  qui  tâchent 
maintenant  de  s'affranchir  de  leur  joug.  Enfin,  souvenons- 
nous  que  ces  localités  vont  certainement  devenir  un  jour  le 
théâtre  de  la  rencontre  de  la  Russie  et  de  l'Angleterre  dont 
les  possessions  en  Asie  se  rapprochent  de  jour  en  jour. 

C'est  le  3  octobre  1878  que  M.  Grodékolf  quitta  Samar- 
kand,  accompagné  de  ses  trois  domestiques  dont  l'unJui  ser- 
vait d'interprète.  Les  quatre  voyageurs  n'avaient,  pour 
leur  défense,  qu'un  fusil  et  un  revolver  avec  cent  douze 
cartouches.  La  petite  caravane  traversa  la  Boukharie  en 
trois  jours,  el,  le  12  octobre,  elle  se  présenta  à  la  frontière 
afghane  dans  un  village  turcoman,  Patta-Kissar,  situé  sur 
la  rive  droite  de  l'Amou-daria,  vis-à-vis  le  poste  militaire 
afghan  du  môme  nom. 

Une  trentaine  de  cavaliers  afghans  et  deux  kibitkas  (ten- 
tes en  feutre)  arrivaient  en  môme  temps  à  l'endroit  du  pas- 
sage, sur  la  rive  gauche  du  fleuve.  C'était  l'escorte  de  deux 
cousins  d'Abderrahman-Khan  qui  depuis  longtemps  déjà 
étaient  détenus  prisonniers  à  Caboul,  et  qui  maintenant  de- 
vaient  être  livrés  au  gouverneur  russe  de  Samarkand,  où 
Abderrahman  avait  sa  résidence.  M.  GrodékoiT,  immédia- 
tement après  avoir  traversé  l'Amou-daria  en  bateau,  se 
trouvait  donc  en  présence  des  autorités  afghanes,  dont  la 
plus  importante  était  Vichigassi  (chambellan)  Chah-Sever- 
Khan. 

Ce  fonctionnaire  commença  par  s'opposer  au  voyage  de 
l'officier  russe  en  le  priant  d'attendre  quelques  jours,  jus- 
qu'à ce  qu'on  eût  reçu  la  réponse  du  loui-naïb  ou  gouver- 


126  ITINÉRAIRE  DAIfS   LE  TURKESTÀN  AFGHAN. 

neiir  général  du  Turkestan  afghan  qui  réside  à  Mazar-I-Ché- 


rif.  Mais  M.  Grodékoff  conna.issait  trop  bien  le  caractère  des 
peuples  asiatiques  pour  céder  devant  ces  exigences,  et  posa 


ITmÉRAïRE  DANS  LE  TURKESTAN  AFGHAN.  127 

;  immédiatement  son  ultimatum  :  ou  bien  Yichigassi  ne  lui 
permettra  pas  d'avancer,  et  alors  il  retournera  sans  retard 
•  sur  la  rive  droite  de  TOxus,  ou  bien  le  fonctionnaire  afghan 
ne  s'opposera  pas  au  voyage  et  alors  le  colonel  se  mettra 
de  suite  en  route  sur  Mazar-I-Chérif.  En  tout  cas,  Il  ne  re- 
stera pas  à  coucher  sur  le  rivage  marécageux  de  PAmou,  au 
risque  d'attraper  une  fièvre.  Llchigassi  résista,  mais  finit 
par  céder,  en  pensant  que  le  voyageur  russe  n'irait,  en  tout 
1    cas,  pas  plus  loin  que  Mazar-Ï-Chérif. 
\       Une  demi-heure  après,  on  se  mettait  en  route  pour  cette 
ville,  située  à  77  kilomètres  de  Patta-Kissar. 

On  traversa  d'abord  les  marécages  couverts  de  joncs  et 

de  broussailles  qui  longent  l'Amou  et  qui,  en  cet  endroit, 

ont  une  largeur  de  trois  à  quatre  kilomètres  ;  puis  on  entra 

i    dans  la  steppe  sablonneuse  qui  s'étend  sur  35  kilomètres 

jusqu'aux  ruines  de  la  ville  de  Siagîrd.  L'eau  manque  dans 

'    cette  steppe  dont  les  parties  méridionales  présentent  des 

\    dunes  assez  hautes  recouvertes  de  saksaonl  et  de  grêhenschik, 

arbrisseaux  d'un  triste  aspect. 

Les  ruines  de  Siagîrd  occupent  un  espace  de  12  kilomè- 
tres, mais  le  village  du  môme  nom  n'^a  plus  qu'une  cinquan- 
taine de  maisons.  C'est  dans  cette  ville  qu'on  s'arrêta 
à  coucher. 

M.  Grodékoff  sut  bfenlôt  entrer  en  bonnes  relations  avec 
rîchigassî.  Celui-ci  causait  très  volontiers;  il  racontait  assez 
bien  des  épisodes  de  la  dernière  guerre  d'Orient  qu'il  con- 
naissait d'après  la  feuille  officielle  publiée  à  Caboul.  Il  ai- 
mait aussi  à  parler  de  l'histoire  de  Pierre  le  Grand.  Le  co- 
lonel lui  ayant  demandé  si  l'ambassade  anglaise  sera  admise 
à  Caboul,  il  répondit  sans  hésiter  :  «  Jamais  au  monde  1  et 
s'il  y  a  guerre,  nous  aurons  raison  d'eux,  comme  plusieurs 
fois  déjà.  »  » 

Les  soldats  de  l'escorte  étaient,  par  contre,  assez  hostiles 
i      aux  voyageurs  russes  :  le   fanatisme  religieux  leur  faisait 
considérer  ces  nouveaux  arrivés  comme  des  impurs,  des 


1^  ITINÉRAIRE  DANS  LE  TURKESTAN  AFGHAN. 

kafrSj  auxquels  il  n'était  pas  permis  de  boire  et  manger 
dans  la  même  Tabselle,  ni  de  famer  les  mêmes  narghilés 
(calians)  que  les  mahométans.  Un  soldat  qoi  montait  la  garde 
auprès  de  la  maison  où  couchait  M.  Grodékoff,  disait^  tout 
haut  :  tt  Si  je  le  pouYais,  je  couperais  ce  kafîr  en  morceaux,  n 
Les  autres  soldats  s'entretenaient  aussi  pendant  toute  la 
nuit,  sur  ce  qu'il  serait  bien  de  pouvoir  tuer  le  kafîr.  a  Quoi 
qu'il  arrivât  ensuite,  »  disaient-ils,  tt  cet  acte  nous  donnerait 
la  félicité  du  paradis.  »  Tel  est  le  fanatisme  religieux  des 
musulmans  afghans. 

Le  lendemain,  après  une  heure  de  marche,  les  voyageurs 
aperçurent  Mazar-I-Chérif  avec  le  fort  Tokhtapoul  à  l'ouest, 
et  le  village  de  Goupimar  à  l'est  de  la  ville.  Les  soldats  dé- 
gainèrent leurs  sabres  et  se  rangèrent  en  ordre.  Trois  cava- 
liers défilaient  en  avant,  suivis  du  trompette  qui  faisait  son- 
ner son  clairon;  puis  venait  l'ichigassi  et  le  colonel  russe 
suivis  d'abord  de  l'interprète,  puis  de  l'escorte.  Les  soldats 
chassaient  les  habitants  et  ne  leur  permettaient  pas  de  sta- 
tionner dans  la  rue  au  passage  de  l'étranger  qu'ils  avaient 
l'air  de  traiter  comme  un  prisonnier  conduit  devant  le  gou- 
verneur général. 

M.  GrodékoiT  fut  logé  ou  plutôt  enfermé  dans  la  même 
maison  qui  fut  occupée,  au  mois  d'août  1878,  par  Tamba^- 
sade  russe,  «  parce  que  cette  maison  était  déjà  rendue  im- 
pure par  les  kafirs.  »  Une  garde  montée  jour  et  nuit  l'em- 
pêchait de  sortir.  Il  fut  même  défendu  à  ses  serviteurs 
musulmans  d'aller  à  la  mosquée.  Toute  la  nourriture  pour 
ses  hommes  était  fournie  par  les  Afghans. 

Le  20  octobre,  Tofficier  russe  l'ut  informé  que  le  loui- 
naïb  était  prêt  à  le  recevoir.  Alors,  entouré  de  soldats  de 
la  milice,  u  Thôte  de  l'émir  Ghir-Ali,  »  comme  les  Afghans 
se  plaisaient  à  le  nommer,  se  rendit  au  palais  situé  à  six 
cents  pas  de  sa  maison.  On  traversa  une  roule  sur  laquelle, 
grâce  aux  soins  de  la  police,  ne  se  trouvait  pas  un  seul 
passant,   et  on  entra  dans  le  vaste  jardin  qui  entoure 


ITINÉRAIRE  DANS  LE  TURKESTAN  AFGHAN.  129 

^a  demeure  du  gourerneur.  Des  sentinelles  étaient  pos- 
tées au  croisement  de  toutes  les  routes  du  jardin,  et  une 
compagnie  des  soldats  de  la  garde  était  rangée  en  face  du 
palais. 

Le  loui-naïb  Khoch-Dil-Khan  est  un  des  quatre  gouver- 
neurs généraux  de  l'Afghanistan.  Il  a  à  peine  trente  ans^ 
et  la  haute  position  qu'il  occupe  malgré  sa  jeunesse  s'ex- 
plique parce  qu'il  est  marié  avec  la  sœur  de  l'émir. 

La  réception  fut  cordiale,  mais  le  loui-naïb  déclara  ou- 
vertement qu'il  ne  pouvait  pas  permettre  à  M.  Grodékoff 
de  continuer  son  voyage  sans  en  avoir  reçu  l'ordre  de  Ca- 
boul. Le  colonel  russe  eut  beau  protester  contre  Pemprison- 
nement  qu'il  subissait,  il  lui  fut  déclaré,  qu'il  ne  pourrait 
quitter  Mazar-i-Chérif  ni  pour  aller  à  Hérat,ni  pour  retour- 
ner en  Boukharie.  Alors  M.  Grodékoff  se  leva  pour  partir, 
mais  le  loui-naïb  le  retint  par  cette  simple  question  :  «  Est- 
ce  que  vous  vous  ennuyez  avec  moi  ?»  La  conversation 
s'engagea  de  nouveau,  roulant  surtout  sur  des  questions  con- 
cernant l'armée,  et  le  loui-naïb  fit  même  faire  à  sa  compa- 
gnie de  soldats  les  exercices  militaires.  Les  soldats,  habillés 
en  uniforme  de  drap  rouge,  casques  en  feutre,  et  armés  de 
fusils  rayés  qui  ?e  chargent  par  la  bouche,  firent  des  exer- 
cices peu  compliqués,  ainsi  que  l'escrime  avec  le  fusil,  qu'ils 
accomplissaient  très  élégamment.  Aprèsquoi,  M.  Grodékoff 
retourna  dans  sa  maison,  très  édifié  peut-être,  mais  peu 
rassuré  sur  le  succès  de  son  voyage. 

La  réponse  de  l'émir  se  fit  attendre  pendant  plusieurs 
jours.  Aussi  notre  voyageur  méditait-il  déjà,  avec  ses  ser- 
viteurs, un  plan  d'évasion  pour  se  rendre  à  Samarkand. 
Enfin,  le  l^'^  novembre,  on  vint  lui  annoncer  que  le  précieux 
papier  était  arrivé  et  qu'il  pouvait  partir. 

L'émir  ordonnait  même  de  traiter  M.  Grodékoff  coipme 
un  hôte  des  plus  chers  et  de  veiller  à  sa  sécurité.  Il  prenait 
à  son  compte  tous  les  frais  du  voyage.  Une  escorte  de  qua- 
rante cavaliers  devait  accompagner  l'officier  jusqu'à  Maî- 

80G.  DE  6É0GR.  —  AOUT  1880.  XX.  —  9 


190  irmÉRAIRB  DANS  LE  TCfRITKSTAff  AFGHAN. 

méneb;  an  delà  de  cette  vlBe,  oft  i!  ponvait  courir  des  dan- 
gers de  la  part  des  Turkomans,  l'escorte  devait  être  de  trois 
cents  hommes» 

Sans  perdre  de  temps,  M.  Grodékoff  partit  le  môme  jonr 
dans  raprès-roidi;  mais,  avant  de  le  suivre  dans  son  TOjage, 
jetons  tm  coup  d'œil  rapide  sur  la  partie  du  Turlrestari  af« 
ghan  qu'il  devait  traverser. 

Le  Turkestan  afghan  est  composé  des  khanats  de  Ba« 
dakhchan,  Komidouz,  Baikh,  Aktcba  et  Andkhol,  disposés 
de  Test  à  Touest  le  long  de  rAmou-daria;  —  deskhanats  de 
Chibarkhan,  Sarypoul  etMaiméneh,  situés  au  sud  et  au  sud- 
ouest  d'Aktcha,  —  et  de  deux  petites  possessions  ou  prin- 
cipautés, Darzab  et  Gourivan,  qui  se  trouvent  entre  Maimé* 
neh  et  Sarypoul.  Le  khanat  d'Andkhot  a  seul  conservé  une 
espèce  d'indépendance  intérieure,  en  récompense  des  ser- 
vices rendus  aux  Afghans  pendant  hi  conquête  du  khanat 
voisin  de  Maiméneh. 

Le  khan  d'Andkhoï  reçoit  de  Caboul  une  somme  de  douze 
mille  roupies  (30  000  francs)  par  an,  et  un  régiment  de  ca- 
valerie afghane  stationne  dans  ce  petit  pays  pour  le  défendre 
contre  les  Turcomans. 

Le  khanat  de  Maiméneh,  qui  compte  plus  de  iOO  000 ha- 
bitants, fût  conquis  en  1875.  Dix-huit  mille  hommes  et  vingt 
pièces  d'artillerie  furent  envoyés  pour  assiéger  la  capitale^ 
et,  après  un  siège  de  six  mois,  l'armée  afghane  parvint  à 
s'en  emparer,  malgré  les  difficultés  considérables  qui  pro*^ 
Venaient  de  la  très  forte  position  naturelle  de  la  ville^  déjà 
signalée  par  Yambéry.  Les  dix-huit  mille  défenseurs  ftirent 
^terminés. 

Les  khanats  de  Sarypoul  et  de  Ghibai^han,  alliés  de  Mai- 
méneh, furent  aussi  conquis  pendant  cette  guerre.  Aktcha 
et  Balkh  appartiennent  aux  Afghans  depuis  une  trentaine 
d'années,  ainsi  que  les  districts  de  Koundouz  et  de  Khou- 
loum;  Dartab  et  Gourtivan,  depuis  1870,  et  enfin  Badakh- 
chan  depuis  1873. 


ITIN6rAIRK  dans  TJB  TORK89TAN  AF6^HAN.  131 

Ainsi  nous  voyons  que  la  conquête  de  la  partie  sud-est  du 
Turkestan  par  les  Afghans  est  en  moyenne  un  événement 
tout  récent;  il  a  apporté  dans  ces  pays  la  paix  et  un  certain 
ordre,  et  il  a  mis  fin  aux  brigandages  des  anciens  khans; 
mais  la  domination  étrangère  pèse  lourdement  sur  les  abo- 
rigèneSy  qui  sont,  pour  k  plupart^  det  Ouzbecks  et  des  Tad«  . 
jiks  (à  Badakhchan).  Considérés  par  le»  Afghans  comme  des 
races  efféminées,  ceux-ei  ne  sont  pas  même  admis  dans 
Tarmée,  et  tous  les  emplois  supérieurs  leur  sont  inacces- 
sibles. Par  contre,  ils  sont  écrasés  d'impôts,  et  le  traitement 
qu'ils  subissent  de  la  part  des  soldats  afghans  est  révoltant. 
Un  soldat  se  permet,  pour  son  seul  plaisir,  d'administrer 
des  coups  de  fouet  auxpassants.  Quant  à  remploi  des  coups 
pour  extorquer  tout  ee  qui  plaît  aux  conquérants,  M.  Gro" 
dékoffne  l'a  que  trop  observé  durant  son  voyage. 

Les  Ouabeks,  désarmés  et.  faibles,  8<»iten  apparence  sou- 
mis aux  Afghans,  mais  ils  attendent  une  amélioration  de 
leur  sort  de  la  part  du  khan  de  Boukhara  et  des  Russes. 
L'ancien  gouverneur  du  Turkestan  afghan,  Abderrakbman- 
khan,  est  populaire  parmi  eux;  mais  les  Afghans,  qui  crai- 
gnent son  influence,  torturent  et  pendent  sans  pitié  tous 
ceux  qui  osent  prononcer  le  nom  de  ce  rival  de  Ghir-Aii  ^ 
Aussi  les  Ousbeks  attendent41s  leurs  sauveurs  de  la  rive 
gauche  de  l'Amou-daria,  et  M.  Grodékoff,  comme  le  repré* 
sentant  de  la  Russie,  eut  maintes  fois  l'occasion  de  se  per-* 
suader  de  leurs  sympathies  pour  ce  grand  pays  destiné  à 
porter  la  civilisation  et  la  justice  dans  toute  l'Asie  cen« 
traie. 

En  sortant  de  Maear-i-Ghérif,  notre  voyageur  suivit  la 
route  qui  se  dirige  vers  l'ouest,  au  pied  des  collines  qui  ne 
sont  que  des  ramifications  de  la  chaine  du  Paropamise  ou 

1,  Tel  éUit  Véiat  des  choses  en  1878,  Nous  sâvona  maintenant  qu'Ab* 
dcrrakhman  se  trouVe  déjà  dans  le  Turkeslan  afghan,  parmi  ses  parti- 
sans. Il  paraît  quMI  travaille  pour  Taffranchisscment  de  rA%lianiàtân  du 
.     iàtig  anglais.  Noie  au  côhnel  Venioukoff. 


132  ITINÉRAIRE  DANS  LE  TURKESTAN  AFGHAN. 

do  rindou-koucb  occidental.  Cette  route  ne  traverse  pas 
la  ville  de  Balkh,  mais  elle  passe  à  sept  kilomètres  plus  au 
sud. 

L'ancienne  Baktra,  après  avoir  perdu  la  plupart  de  ses 
habitants  à  la  suite  de  plusieurs  conquêtes  dévastatrices, 
n'est  plus  la  capitale  du  pays,  d'autant  plus  que  ses  habitants 
furent,  en  1872,  presque  exterminés  par  le  choléra. 

A  22  kilomètres  de  Mazar-i-Chérif,  la  route  traverse^  par 
un  pont  de  pierre,  la  rivière  de  Balkh,  qui,  endiguée  pour 
les  besoins  de  l'irrigation,  atteint  ici  30  mètres  de  largeur. 
Les  ruines  de  l'ancienne  Baktra  commencent  sur  la  rive 
gauche  de  la  rivière  et  s'étendent  à  5  kilomètres  vers  l'ouest 
eti\  10  kilomètres  au  nord.  La  route  suit  et  franchit  plusieurs 
fois  un  grand  canal  d'irrigation,  à  travers  des  champs  cul- 
tivés qui  s'étendent  des  deux  côtés  à  perte  de  vue.  On  ren- 
contre plusieurs  villages  et  des  kibilkas  (tentes)  d'Ouzbeks, 
en  partie  agriculteurs  sédentaires,  en  partie  nomades. 

Une  scène  qui  se  passa  le  deuxième  jour  du  voyage  ca- 
raclérisû  parfaitement  les  relations  des  Afghans  avec  les  in- 
digènes. M.  Grodékoff  avait  reçu,  comme  nous  Pavons  dit, 
une  escorte  dont  les  deux  chefs,  djemadar  et  adjudan,  lui 
témoignaient  tout  le  respect  possible.  Leurs  soldats  rivali- 
saient aussi  pourplaire  à  l'hôte  de  leur  souverain  :  ils  ou- 
blièrent môme  tous  les  préjugés  religieux  qui  les  obligent 
à  traiter  un  étranger  comme  kalîr. 

MalheurcusomoiU  ils  poussèrent  le  zèle  beaucoup  trop  loin, 
etlorsquoles  voyageurs  s'arrêtèrent  pour  coucher  près  du 
mazarZ  linal-Ohodiiio-lléimar,  le  djtMuadar  alla  chez  lesTur- 
comans  voisins  \un\v  achotiMulu  bois  de  chauffage  et  un  mou- 
ton jotMix-ci  rolusi»rculdo\iMHlroruu  et  laulre  sous  prétexte 
qu'ils  on  manquaiont  oux  inCuios.  Le  djemadar  se  mit  alors 
i\  battre  los  pauvros  nomades,  qui  ripostèrent.  Les  femmes 
turcomanos,  arnu^os  do  hAltnis,  maltraitèrent  le  djemadar» 
et  Tadjuilan  onvoya  sivs  soldats  au  secours  de  celui-ci. 
M.  Qr<KKkoir  dut  intorvouir  porsonnellement  pour  éviter 


ITINÉRAIRE  DANS  LE   TURKESTAN  AFGHAN.  133 

une  rixe  sanglante.  Il  exigea  le  rappel  immédiat  du  djema- 
dar  et  des  soldats,  et  promit  d'écrire  au  loui-naïb  pour  lui 
raconter  la  conduite  de  Tescorte.  Pais  il  se  rendit  lui- 
môme  chez  les  Turcomans,  et  ceux-ci  lui  proposèrent  im- 
médiatement des  poules,  du  riz,  du  lait,  et  même  un  peu  de 
bois;  le  tout  gratuitement,  malgré  les  insistances  du  voya- 
geur russe,  qui  voulait  payer  argent  comptant. 

Il  est  évident  qu^une  telle  manière  de  traiter  les  peuples 
conquis  ne  contribue  pas  à  établir  la  bonne  renommée  des 
conquérants,  et,  à  vrai  dire,  les  Afghans  sont  détestés  par 
les  Turcomans  aussi  bien  que  par  les  Ouzbeks  et  les  Tadjiks. 

Le  2  novembre,  il  fallut  faire  un  trajet  pour  arriver  à 
Salmazar,  village  situé  à  3  kilomètres  au  sud  de  la  ville  Chi- 
barkhan.  A  8  kilomètres  à  Touest  du  mazar  se  trouve  le 
village  dfrSalman,  composé  d'une  quarantaine  de  maisons 
et  situé  au  bord  d'un  ruisseau  d'eau  salée  ;  l'eau  douce  pour 
l'irrigation  est  amenée  par  des  canaux. 

Toute  la  population  du  village  sortit  à  la  rencontre  des 
voyageurs  en  apportant  des  fruits,  du  pain  et  un  mouton. 
Après  avoir  traversé  une  petite  rangée  de  collines,  la  route 
suit  un  vallon  dirigé  vers  Touest-sud -ouest  et  couvert  de 
bons  pâturages  dont  profitent  les  Turcomans  nomades  : 
l'absence  d'eau  rend  l'agriculture  impossible.  Ce  vallon  des- 
cend vers  la  grande  vallée  de  Chibarkhan,  arrosée  parla 
rivière  Sarypoulet  des  ruisseaux  latéraux.  A  part  quelques 
espaces  livrés  au  sable,  la  vallée  est  couverte  de  champs  sil- 
lonnés par  des  canaux  d'irrigation. 

Après  un  trajet  de  56  kilomètres,  les  voyageurs  s'arrêtè- 
rent au  village  de  Salmazar,  qui  a  quarante  maisons  et  qui 
est  situé  sur  les  deux  rives  du  Sarypoul,  à  3  kilomètres  au 
sud  de  la  ville  de  Chibarkhan . 

Les  habitants  de  ce  village,  qui  sont  des  Ouzbeks,  vivent 
dans  des  kibitkas  (tentes)  disposées  au  milieu  de  leurs 
cours.  Grâce  à  l'abondance  de  l'eau,  ils  cultivent  de  vastes 
jardins. 


134  ITINÉRAIRE  DANS  LE  TURKESTÀN  AFGHAN. 

Une  grande  tente  avec  un  bon  lit,  un  bon  dîner  et  un  thé, 
préparés  par  ordre  du  gouYemeur  de  la  ville,  djernel  (géné- 
ral) Kadir-kban,  attendaient  M.  Grodékoff.  Son  escorte  fut 
remplacée  par  une  autre  de  la  même  force. 

La  route  que  le  voyageur  venait  de  traverser  à  par- 
tir de  Mazar«-i-Ghérif  aurait  été  parfaitement  bonne  pour 
les  équipages,  mais  ces  derniers  sont  encore  inconnus  dans 
le  pays.  D'ailleurs  le  looi-naîb  a  déjà  fait  faire  quatre  arbas 
(chars  à  deux  roues),  et  il  se  propose  d'en  commander  d'au- 
tres; mais  il  se  passera  encore  un  certain  temps  avant  qu'ils 
deviennent  d'un  usage  général. 

Maintenant  tout  le  monde  voyage  i  cheval,  et  les  marchan- 
dises sont  transportées  sur  des  chameaux  dont  chacan  peut 
recevoir  une  charge  de  100  kilogrammes. 

De  Ghibarkhan,  M.  Grodékoff  devait  se  diriger  vers  Mai- 
méneh,  ville  située  à  126  kilomètres  au  sud-ouest  de  la  pré- 
cédente. Deux  routes  unissent  ces  deux  villes:  l*une  y^ùl  la 
vallée,  passe  par  Kheirabad  et  enfin  longe  la  rivièrt  San- 
galak,  et  l'autre  passe  par  la  ville  de  Sarypoul  et  traverse 
ensuite  les  montagnes.  La  première  était  la  plus  usitée  tant 
que  les  citernes  existaient  entre  Ghibarkhan  et  Kheirabad  ; 
mais  depuis  qu'elles  ont  été  détruites  on  passe  par  Sary- 
poul. D'autre  part,  la  traversée  dans  les  montagnes  est 
maintenant  devenue  praticable,  grâce  aux  travaux  exécutés 
par  les  Afghans  lors  de  la  conquête  de  Maiméneh.  C'est 
cette  s^ondé  route  que  suivit  M.  Grodékoff. 

La  traversée  de  40  kilomètres  entre  Salmazar  et  Sarypoul 
se  fait  en  suivant  la  vallée  de  la  rivière  Sarypoul.  Cette  val- 
lée est  couverte  de  champs  cultivés  par  les  Ouzbeks,  dont 
es  kibitkas  sont  très  nombreuses  sur  les  deux  rives.  Mais 
les  villages  composés  de  maisons  sont  rares,  et  il  n'y  en  a 
qu'un  a^sez  grand,  Seïd-abad,  qui  contient  100  maisons  et 
qui  se  trouve  à  26  kilomètres  au  sud  de  Salmazar.  Depuis 
ce  village  la  rivière  Sarypoul  coule  entre  des  rives  basses  et 
couvertes  de  joncs,  qu'elle  inonde  au  printemps;  d'ailleun 


/    irUliaAlRS  dams  tR  TUaKfiSTAll  AFâHàN.  t35 

k>ut0  cette  yallée  a  une  mauvaise  réputation  à  oause  des 
fièvres. 

La  ville  de  Sarypoul,  b&tie  sur  les  deux  bords  de  la  rivière, 
au  milieu  de  vasies  jardins,  a  environ  3000  habitants  ouz- 
beks.  Toute  cette  population  accourut  voir  le  nouvel  arrivé 
et  l'accueillit  avec  joie,  en  poussant  des  cris  de^  salutations. 
Des  masses  de  curieux^  montés  sur  les  murs  qui  entourent 
la  maison  dans  laquelle  descendirent  les  voyageurs,  atten- 
daient la  sortie  de  Tofficier  russe,  et  le  saluèrent  de  nouveau 
par  des  cris,  dès  qu'il  se  montra  pour  un  moment  dans  la 
rue.  Les  Ouzbeks,  dit  M.  GrodékoiF,  attendent  depuis  long- 
temps l'arrivée  des  Russes. 

Le  4  novembre,  nos  voyageurs  partirent  de  Sarypoul  en 
se  dirigeant  Tere  le  sud-ouest  Ils  entrèrent  bientôt  dans 
une  étroite  vallée  encaissée  entre  deux  rangées  de  collines 
et  arrosée  par  le  ruisseau  Mirza-Aoulang.  Us  y  suivirent  la 
route  pratiquée  il  y  a  quatre  ans  par  les  Afghans  et  dont  la 
largeur  est  à  peine  sufBsante  pour  une  seule  voiture  ou  plu- 
tôt une  pièce  d'artillerie.  Après  avoir  passé  quatre  petits 
villages,  ils  arrivèrent  au  village  Fourgan-Tété  (21  kilo* 
mètres  de  Sarypoul),  où  la  vallée  se  rétrécit  et  devient  en- 
caissée, sur  une  longueur  de  1 3  kilomètres,  entre  des  rochers. 
L'entrée  du  défilé  estdéfenduepar  deux  murailles  en  pierre, 
de  3  mètres  de  hauteur,  disposées  à  une  distance  de  1/2  kil. 
l'une  de  l'autre  ;  la  sortie  est  défendue  par  une  petite  redoute. 
A  30  kilomètres  de  Sarypoul  la  route  débouche  du  défilé 
dans  un  vallon  entouré  de  tous  côtés  par  de  hautes  mon  * 
tagnes  et  couvert,  môme  à  cette  époque  de  l'année,  d'une 
riche  verdure.  Le  village  Mirza-Aoulang  est  situé  sur  l'es- 
carpement des  montagnes,  à  S  kilomètres  de  la  route.  Ici 
commence  la  montée  sur  les  hauteurs  qui  forment  le  par* 
tage  des  eaux  du  Sarypoul  et  du  Sanglak,  et  qui  doivent  at- 
teindre une  grande  hauteur.  La  montée  et  la  descente  ont 
chacune  une  longueur  de  4  kilomètres.  Sur  la  pente  occi* 
dentale  l'eau  était  getée« 


136  ITmÉRAIBE  DANS  LE  TDRKESTAN  AFGHAN. 

Une  gorge  élroite^  dont  le  fond  n'est  jamais  atteint  par 
les  rayons  du  soleil  et  qu'on  peu(,  dans  un  endroit,  traverser 
en  faisant  un  saut  d'une  paroi  à  l'autre,  se  dirige  vers  l'ouest. 
La  route  qui  la  suit  est  couverte  d'immenses  pierres,  déta- 
chées des  parois,  et  à  peu  près  impraticable  dans  la  saison 
des  grandes  eaux.  A  l'embouchure  de  cette  gorge  se  trouve 
un  village,  nommé  Koutchi  et  éloigné  de  60  kilomètres  de 
Sarypoul.  Ce  village,  qui  a  300  kibitkas  et  une  cikidelle^ 
est  très  pauvre.  Ses  habitants  marchent  en  guenilles,  et  il 
est  difficile  d'y  procurer  des  vivres  pour  les  voyageurs 
Les  soldats  afghans  employèrent  le  bâton;  cependant  en 
distribuant  les  coups  à  droite  et  à  gauche  ils  ne  réussirent 
à  trouver  que  quelques  poignées  de  riz,  pour  lesquelles  ils 
payèrent  en  reçus  qui  seront  acceptés  comme  acomptes 
lors  de  la  rentrée  des  impôts. 

Le  lendemain,  en  suivant  toujours  la  môme  vallée,  M. 
G rodékolT  arriva  au  village  Bel tchérag,  situé  à  35  kilomètres 
du  précédent.  Ici  la  route  s'engage  de  nouveau  dans  une 
gorge  étroite,  à  parois  verticales,  formée  par  la  rivière  Bel-r 
tchérag,  qui  vient  du  midi  et  qui  coule  vers  Touest.  Le  fond 
de  cette  gorge  (1/4  à  iji  kilomètre  de  largeur  sur  i2  kilo- 
mètres de  longueur)  est  tout  couvert  de  jardins  fruitiers. 
Après  le  village  de  Derétché,  la  gorge  s'élargit  et  la  route 
longe  la  rivière  jusqu'à  une  distance  de  8  kilomètres  de 
Maiméneh,où,  la  rivière  tournant  vers  le  nord,  la  route  con- 
tinue à  traverser  les  montagnes  en  se  dirigeant  vers  l'ouest. 
Bientôt  on  arrive  dans  la  vallée  de  Maîméneh,  qui  a  de  5  à 
10  kilomètres  de  largeur  et  se  rétrécit  évidemment  vers  le 

sud. 

Nous  ne  raconterons  pas  toutes  les  ruses  employées  par  le 
gouverneur  de  la  ville  de  Maiméneh  pour  retenir  M.  Grodé- 
koir  en  roule  el  pour  le  forcer  à  entrer  dans  la  ville  pendant 
robscurité  de  la  nuit»  Un  peu  de  persévérance  de  la  part  de 
notre  voyageur  sufllt  d'ailleui^  pour  avoir  raison  de  toutes 
ces  man^ ~'^"  ""^^Weillanles  et  pour  entrer  dans  Maiméneh 


ITINÉRAIRE   DANS   LE  TURKEStAN  AFGHAN.  137 

le  6  novembre.  Cette  ville  est  entourée  d'une  muraille  de  six 
mètres  de  hauteur  et  d'un  fossé.  Une  citadelle,  avec  les 
murs  de  8  1/2  mètres  de  hauteur,  est  bâtie  sur  une  colline 
artificielle,  et  une  immense  tour  s'élève  au  milieu  de  la  ci- 
tadelle. Autrefois  la  ville  avait  près  de  25  000  habitants  ; 
mais  lorsqu'elle  fut  prise  d'assaut  par  les  Afghans,  18  000 
de  ses  défenseurs  furent,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut, 
passés  par  les  armes  et  le  reste  prit  la  fuite.  Aujourd'hui  elle 
n'a  guère  plus  de  2  500  habitants  et  beaucoup  de  ruines. 

Les  environs  de  Maiméneh  subissent  déjà  quelquefois  les 
attaques  des  Turcomans.  Quant  à  la  route  qui  conduit  de 
cette  ville  à  Hérat,  par  la  vallée  de  la  rivière  Kaïssar,  af- 
fluent de  Mourhâb,  elle  est  si  souvent  attaquée  par  ces  pil- 
lards des  steppes,  qu'elle  ne  peut  être  pratiquée  qu'avec 
d'immenses  difficultés.  C'est  pourquoi  les  caravanes  préfè- 
rent un  autre  chemin,  plus  difficile^  mais  beaucoup  plus  sûr, 
qui  traverse  des  montagnes  arides.  M.  Grodékoif  a  aussi 
choisi  ce  dernier  chemin.  L'escorte  qui  lui  fut  donnée  pour 
le  voyage  consistait  en  100  cavaliers  du  meilleur  régiment 
qui  reçurent  Tordre  de  le  défjendre  «comme  leur  drapeau». 
La  mort  aurait  donc  attendu  celui  qui  serait  revenu  vivant 
après  avoir  laissé  faire  quelque  tort  au  colonel  russe. 

De  Maiméneh  au  village  Tcharchambé,  la  route  va  vers 
l'ouest.  D'abord, elle  traverse  sur  un  espace  de 20  kilomètres 
un  terrain  coupé  par  une  série  de  ravins  parallèles  et  se  di- 
rigeant du  nord  au  sud,  puis,  près  du  village  Kaïssar,  elle 
s'engage  dans  la  vallée  de  la  rivière  du  même  nom  et  des- 
cend cette  vallée  jusqu'à  Tcharchambé,  situé  à  33  kil.  de 
Kaïssar.  Sur  toute  cette  route  on  voit  déjà  les  traces  des  in- 
vasions des  Turcomans.  Des  piquets  de  /soldats  sont  campés 
à  chsLque  pharasang  (  6  kil.  )  ;  les  villages  sont  bâtis  d'une 
manière  spéciale,  par  quartiers  séparés  qui  peuvent  s'aider 
l'un  l'autre  pendant  la  défense.  Des  tours  s'élèvent  sur  les 
montagnes.  Dans  les  cimetières  on  trouve  beaucoup  d'in- 
scriptions qui  témoignent  que  parmi  les  morts  il  y  en  eut 


138  inilÉBAIRB  AAIIS  LS  TURKBSTAN  AKHAK, 

asseï  de  tués.  Les  villages  qui  se  trouvaioftl  dans  les  parties 
supérieures  de  la  vallée  de  Kaîssar  sont  surtout  dévastés. 
La  moitié  des  champs  y  resteut  iucultes,  malgré  les  tou- 
telles  qui  protégeât  les  cultivateurs.  Personne  n'ose  sortir 
désarmé. 

Trois  escadrons  de  cavalerie  faisaient  rescorte  de  M.  Gro- 
dékoff  pendant  le  trajet  jusqu'à  Tcharchambé»  le  dernier  vil- 
lage vers  Touest  dans  oettevalléejadis  bien  peuplée.  Ce  vil* 
lage  a  400  maisons,  mais  il  est  pauvre,  grâce  aux  brigandages 
des  Tureomans.  Ces  brigandages  ont  donné  naissance  à  un 
métier  remarquable  :  un  icte»  (ecclésiastique  )  vole  les  en* 
fimts  de  son  village  et  des  viUages  voisins,  les  passe  aux 
brigands  et  n^ode  ensuite  leur  rachat  par  les  parants,  en 
prélevant  naturellement  un  bénéfice  sur  chaque  opéra- 
tion. 

La  traversée  entre  Tcharchambé  et  la  rivière  Mourbàb  fut 
extrêmement  difficile.  Les  voyageuis  ne  suivirent  la  route 
que  sur  une  dousaine  de  kilomètres,  jusqu'aux  ruines  de  la 
forteresse  de  Takhta-Khotin.  En  cet  endroit,  abandonnant 
la  route,  ils  se  dirigèrent  vers  le  sud-ouest,  sans  aucun  che* 
min.  Après  dix  heures  de  marche  ils  atteignirent  le  raisseau 
Tagal-Kara-Djingal,  qui  se  dirige  vers  le  nord  pour  joindre 
la  rivière  Kalssar«  Puis  ils  suivirent  ce  ruisseau,  en  se  diri- 
geant vers  le  sud  ;  mais  bientôt,  reprenant  la  direction 
sudouest,  ils  traversèrent  sur  un  espace  de  S8  kilomètres 
les  ramifications  des  montagnes  Kara^Djangal.  Enfin  ils 
gravirent  la  pente  très  escarpée  de  ces  montagnes  et  des- 
cendirent sur  la  rivière  Mourbàb  par  une  pente  encore  plus 
escarpée.  La  descente  est  même  si  rapide,  qu'il  est  impos* 
sible  de  rester  à  cheval»  Les  Afghans  perdirent  dans  cette 
traversée  plusieurs  bètes  de  somme. 

La  rivière  Mourhàb,  qui  traverse  ici  un  défilé,  est  large 
d*environ  75  métros  et  charrie  beaucoup  d'eau  ;  on  ne  peut 
la  traverser  qu*à  certains  gué$«  Sur  la  rive  gauche  corn** 
menée  la  protiaoe  de  Hérati  et  les  invasionsdes  Turkomans 


ITUfÉRAIRE  DAirS  LE  TURKE8TAN  AFGHAlf.  181 

ne  se  répandent  pas  plus  loin,  parce  qae  les  Haiarés  et  les 
Djemchidés  ne  laissent  pas  passer  les  brigands  sur  leurs 
terres  sans  se  venger  sévèrement  L'escorte  fut  donc  réduite 
à  40  hommes,  et  le  reste  retourna  à  Maiméneh  ou  se  mit  à 
la  recherche  des  bandes  de  Turcomans  qui  avaient  réussi  h 
pénétrer  dans  le  pays  malgré  des  mesures  de  précaution. 

Le  ^%  novembre,  après  avoir  traversé  la  rivière  Mourbàb 
non  loin  des  ruines  de  la  forteresse  de  Bala-Mourhàb,  M.  Gro 
dékoff  marpha,  non  sans  grande  difûcuHé,  le  long  d'une 
gorge  arrosée  par  un  des  affluents  de  ce  fleuve.  A  la  fln  de  la 
journée  lesvoyageurs  arrivèrent  dans  le  village  Darabaoum, 
très  pauvre  et  peuplé  de  Firouzkouhis,  d^origine  persane.  On 
y  trouva  plusieurs  malheureux  appartenant  à  une  caravane 
qui  suivait  la  grande  route  et  avait  été  pillée  la  veille  par 
les  Turcomans-Tékès.  Toutes  les  marchandises  et  30  pri* 
sonniers  étaient  tombés  dans  les  lûains  des  brigands  ;  cinq 
personnes  avaient  été  tuées,  tandis  que  l'ennemi  n'avait 
eu  que  cinq  tués  et  blessés.  Il  est  évident  que  pour  mettre 
fin  à  ces  brigandages  les  forces  de  l'Afghanistan,  même  réu* 
nies  à  celles  de  la  Perse,  sont  insuRlsantes. 

La  route  entre  Darabaoum  et  Kaleï-Naou  est  beaucoup 
plus  facile  et  moins  dangereuse.  Elle  suit  des  vallées  en- 
tourées  des  collines  ou  des  plateaux  qui  sont  peuplés  par 
une  tribu  des  Hazarès.  Ce  peuple,  d'origine  mongole,  tire 
son  nom  du  mot  hazar  (mille),  parce  qu'il  est  arrivé  dans 
ce  pays  au  nombre  de  iOOO  familles.  Il  y  en  a  maintenant 
à  peu  près  4000  familles;  qui  s'occupent  d'agriculture,  de 
jardinage  et  d'éducation  des  chevaux,  qui  y  sont  excellents. 
Eux-mêmes  forment  une  belle  race  qui  sait  tenir  tète  aux 
Tékès,  avec  lesquels  ils  sont  en  guerre  continuelle,  en  ail- 
lant, eux  aussi,  piller  les  Turcomans  de  l'oase  de  Merv.Leur 
khan  est  vassal  de  l'émir  de  TAfghanistan;  mais  il  gou- 
verne son  peuple  indépendamment  des  autorités  afghanes, 
La  capitale  des  Hazarès,  Kaleî-Naou,  a  deux  citadelles  et  un 
assez  grand  nombre  de  maisons  en  terre  glaise;  mais  la  plu- 


HO  ITINÉRAIRE   DANS   LE   TURKESTAN  AFGHAN, 

part  des  habitants  demeurent  sous  les  tentes  en  feutre  (ki- 
bitka).  Le  khan  des  Hazarès  vint  au  devant  de  M.  Grodé- 
koff  avec  un  milier  de  cavaliers,  drapeau  national  en  têle, 
et  il  reçut  rofficier  russe  avec  Thospilalilé  la  plus  cordiale. 

Le  lendemain,  14  novembre,  Tinfatigable  voyageur  se 
remit  en  route,  escorté  de  200  cavaliers.  Il  traversa  pendant 
la  journée  l'espace  de  55  kilomètres  qui  sépare  Kaleï-Naou 
de  Kouchk.  Le  sol  y  est  ondulé  et  couvert  d'une  excellente 
verdure,  mais  Teau  manque.  Kouchk  est  le  nom  d'un 
groupe  de  petits  villages  situés  sur  les  bords  de  la  rivière 
Kouch  et  peuplés  par  la  tribu  des  Djemchides,  d'origine 
persane.  Celte  tribu,  de  5000  familles,  a  le  même  genre  de 
vie  que  les  Hazarès.  Son  khan,  Hadoulla,  est  retenu  comme 
otage  à  Caboul,  et  c'est  le  iils  du  khan  qui  gouveji^ne  le 
peuple.  Ici  M.  Grodékoff  fut  aussi  reçu  à  dix  kilomètres  de 
la  résidence  par  le  chef  de  la  tribu,  accompagné  d'un  millier 
de  cavaliers  avec  le  drapeau  national. 

De  Kouchk,  la  route  se  dirige  vers  le  sud-ouest  pour  tra- 
verser enfin  la  chaîne  du  Paropamise  par  le  col  Karrel-i-ba- 
ba.  La  montée,  facile  d'abord,  devient  de  plus  en  plus  escar- 
pée et  pierreuse;  la  descente  est  aussi  très  difficile  à  cause 
de  sa  rapidité.  La  neige  couvre  le  col  depuis  le  mois  de  dé- 
cembre jusqu'à  la  fin  d'avril,  mais  elle  n'interrompt'  pas  Iç 
passage.  A  onze  kilomètres  du  col,  la  route  s'engage  dans 
une  gorge  longue  de  25  kil.,  après  quoi  elle  débouche  sur 
la  large  vallée  deHéri-roud,  dans  laquelle  se  trouve  la  ville 
de  Hérat.  Mais  avant  d'arriver  à  celte  ville  le  chemin  passe 
par  le  petit  village  persan  de  Chirmaz,  qui  est  souvent  atta- 
qué par  les  Turcomans-Tékès,  ce  qui  lui  donne  un  carac- 
tère très  singulier.  C'est  plutôt  une  citadelle  carrée,  entou- 
rée d'une  muraille  avec  quatre  tours,  dont  les  habitations, 
toutes  de  deux  étages,  sont  disposées  au  pied  du  mur,  en 
laissant  à  l'intérieur  une  petite  cour.  Le  bétail  occupe  le 
rez-de-chaussée  et  les  hommes  l'étage  supérieur.  A  19  kilo- 
mètres de  ce  village  on  entre  dans  la  ville  de  Hérat,  située 


ITINÉRAIRE  DANS  LE  TURKESTAN   AFGHAN.  141 

au  nord  de  la  rivière  Héri-roud,  à  la  distance  de  3  pu  4  kilo- 
mètres. 

La  description  de  Hérat  n'est  pas  encore  publiée  par  M.  Gro- 
dékoff;  mais  nous  savons,  d'après  son  journal  manuscrit 
et  des  informations  puisées  dans  d'autres  sources,  que  cette 
ville  s'est  beaucoup  améliorée  depuis  1863,  époque  où  elle 
était  visitée  par  Vambéry.  L'administration  de  Yakoub-khan, 
maintenant  prisonnier  des  Anglais,  était  sage  et  pratique. 
Aussi  son  nom  est-il  très  populaire  parmi  les  habitants  de 
Hérat  et'  même  parmi  les  différentes  peuplades  du  Paropa^ 
mise.  La  femme  favorite  deYakoub  est  uneDjemchidè,  et  elle 
avait  une  influence  considérable  et  salutaire  sur  le  carac- 
tère des  rapports  entre  les  conquérants  afghans  et  les  tri- 
bus conquises. 

En  vrai  officier  d'état-major,  M  Grodékoff  finit  sa  rela- 
tion par  quelques  considérations  stratégiques  sur  les  voies 
de  communication  dans  le  pays  qu'il  a  visité.  D'après  lui, 
la  route  entre  Bala-Mourhâb  et  Hérat,  à  travers  le  Paropa- 
mise,  est  très  difficile  pour  les  troupes.  Or  cette  route  est 
bien  celle  qui  mène  de  Merv  à  Hérat,  et  à  laquelle  on  a 
donné  tant  d'importance  politique.  Contrairement  à  l'opi- 
nion de  M.  Rawlinson  et  à  d'autres  autorités,  le  colonel 
russe  conclut  que  Merv  n'est  nullement  la  clef  de  Hérat. 
«  Si  les  Anglais  occupaient  Hérat,  dit  M.  Grodékoff,  nous, 
Russes,  nous  n'occuperions  pas  Merv,  parce  que  de  cette 
manière  nous  n'aurions  nullement  équilibré  les  positions 
mutuelles  de  deux  armées.  »  Il  y  a  cependant  une  autre 
route  qui  mène  de  Merv  dans  la  vallée  de  Héri-roud,  vers 
la  forteresse  turcomanc  deSéraks,  en  passant  par  Koutchc- 
goum,  Ghatigly,  Palizek  el  Kenderly  ;  elle  n'a  que  200  kilo- 
mètres de  longueur,  mais  elle  présente  trois  traversées  de 
00  kilomètres  absolument  arides,  sans  herbes  ni  puits,  de 
sorte  qu'elle  ne  pourrait  ôtre  non  plus  utilisée  pour  le  pas- 
sage (les  troupes. 


NOTICE  SUR  TAHITI 

PAE 

Le  Cénéral  RlS^IimT  ^ 


Au  mommi  oà  Tahiti  deyient  colonie  française,  on  lira 
sans  doute  a^ec  intérM  une  notice  sur  cet  archipel,  rédigée 
à  la  suite  d'une  mission  accomplie  de  1847  à  i85i  par  le 
capitaine  d'état-nujor  Ribourt,  aujourd'hui  généra]. 

Des  faits  rapportés  dans  cette  notice,  les  uns  ont  one  im- 
portance rétrospeotime  ;  mis  en  regard  de  Tétat  actuel  des 
choses,  ils  marquent  le  chemin  parcouru.  Les  autres  ont 
conservé  leur  actualité.  (Réd.) 

II  est  nécessaire  de  commencer  ce  travail  sur  Tahiti 
par  quelques  explications  sur  Torthographe  que  j'ai  adoptée 
pour  les  mots  tahitiens.  La  langue  de  Tahiti  s'est  profondé- 
ment modifiée  depuis  l'arrivée  des  Européens,  et  surtout 
depuis  rétablissement  du  christianisme.  La  langue  sacrée, 
celle  que  l'on  employait  pour  chanter  Thistoire  des  dieux  q( 
des  hérosi  est  presque  perdue  aigourd'hui.  Un  petit  nombre 
de  vieillards  la  comprennent  encore,  et  bientôt  elle  aura  dis* 
paru.  La  langue  vulgaire  a  adopté  beaucoup  de  mots  et  de 
constructions  de  phrases  européens  qui  en  ont  altéré  le 
caractère*  Cependant,  telle  qu'elle  est  aujourd'hui,  plus  on 
étudie  cette  langue,  plus  on  reconnaît  qu'elle  n'est  pas  si 
pauvre  que  beaucoup  de  gens  seraient  peut-être  disposés  à 
le  croire.  Ainsi,  dans  aucune  langue,  j'en  suis  persuadé^  les 
idées  matérielles  ne  possèdent  un  plus  grand  nombre  de  re- 
présentations. Les  idées  abstraites,  il  est  vrai^  n'en  avaient 
aucune  autrefois.  L'idiome  de  la  Nouvelle-Zélande  passe, 
avec  raison,  je  crois,  pour  le  type  primitif  de  la  langue  poly- 
nésienne. Go  n'est  pas  ici  le  lieu  d'entrer  dans  de  longues  cou- 

1.  Voir  le  BnlUlin  de  juillet  1878,  p.  18. 


NOTTCE  Srro  TAHITI.  448 

sidérations  àcet  égard  :  j'aurai  occasion  d'en  parler  ailleurs. 
Je  dirai  seulement  que  sous  l'influence  du  climat  et  de  cer- 
taines coutumes,  ce  tjpe  s'est  beaucoup  modifié  à  Tahiti, 
par  la  suppression  de  plusieurs  consonnes,  le  K,  !*£,  le  Nff, 
par  exemple,  qui  ont  été  remplacées  par  une  accentuation 
particulière.  Les  mots  se  sont  trouvés  ainsi  composés  d'un 
grand  nombre  de  voyelles,  et  la  langue  en  général  en  a  été 
singulièrement  adoucie.  Mats  il  est  résulté  de  là,  dans  Fécri- 
ture,  un  grave  inconvénient;  le  même  mot  s*est  trouvé 
avoir  plusieurs  significations  qui  se  distinguent,  dans  la  pro' 
nonciation,  par  des  accents  auxquels  l'indigène  ne  se 
trompe  jamais  et  qui  rendent  l'étude  de  la  langue  tahi- 
tienne  si  difficile  aux  étrangers.  Ce  sont  ces  accents  que 
j'aurais  voulu  pouvoir  indiquer  toujours:  le  temps  m*a 
manqué  pour  cela.  Mais  j*ai  cherché  du  moins  à  faire  res» 
sortir  la  plus  remarquable  de  ces  accentuations,  celle  qui 
se  rapproche  le  plus  de  notre  prononciation  européenne, 
l'aspiration.  Ainsi  j*aî  toujours  écrit  Tahiti  et  non  Taiti, 
parce  que,  pour  la  personne  la  moins  exercée,  il  est  évident 
que  dans  la  prononciation  indigène  il  existe  entre  Va  et  Yi 
une  aspiration  très  prononcée* 

Enfin  j'ai  cru  devoir  donner  à  l'te,  dans  l'orthographe 
des  mofs  tahitiens,  la  prononciation  de  notre  diphtongue 
t)Uy  et  voici  pourquoi  :  la  langue  tahitienne  n'admet  pas  Vu 
avec  sa  prononciation  telle  qu'elle  existe  dans  notre  langue. 
Elle  ne  reconnaît  pas  non  plus  de  diphtongues,  et  toutes  les 
voyelles  s'y  prononcent  indistinctement»  Il  ne  pouvait  donc 
y  avoir  d'inconvénients  adonner  à  1%  en  en  prévenant  d'a- 
yance,  une  prononciation  particulière,  et  il  y  en  avait  à 
écrire  les  mots  d'une  langue  de  telle  façon  qu'ils  ne  pus* 
sent  être  lus  dans  cette  langue  sans  chance  d'erreur  f  Cette 
manière  de  prononcer  l'ti  n'est  du  reste  pas  nouvelle  :  elle 
est  employée, je  crois,  en  Allemagne,  en  Italie,  et  par  beau- 
coup de  gens  en  France  dans  la  prononciation  latine. 
Si  j'ai  longuement  insisté  sur  ces  détails^  c'est  qu'indé 


144  NOTICE  SUR  TAHITI. 

peadammeiit  de  l'importance  qu'il  peut  y  avoir,  à  moc 
avis,  à  conserver  à  une  langue  ses  caractères  parUculîers, 
on  m'a  accusé  d'avoir  adopté  l'orthographe  anglaise,  de  pré- 
férence à  la  nôtre.  C'est  en  effet  là  Torthographe  des  mis- 
sionnaires aujourd'hui.  Si  les  Anglais  l'ont  adoptée,  ce 
n'est  pas  qu'elle  se  rappproche  davantage  de  leur  propre 
prononciation  :  elle  en  diffère  beaucoup  plus  que  de  la  nôtre  ; 
mais  c'est  qu'un  séjour  de  soixante  années  à  Tahiti  la  leur 
a  fait  reconnaître  bonne,  et  je  ne  vois  aucun  patriotisme 
à  revenir  aux  errements  des  Cook  ou  des  Bougainville.  J'ai 
fiiit  sur  l'orthographe  des  noms  tahitiens  des  recherches 
loDgues  et  consciencieuses  :  l'orthographe  que  j'ai  adoptée 
n'est  pas  l'orthographe  anglaise,  c'est  celle  des  Indiens  eui- 
mêmes,  celle  que  les  étymologies  et  la  prononciation  exi- 
gent: c'est  celle  de  toutes  les  personnes  qui  ont  fait  de  la 
langue  tahitienne  une  étude  un  peu  approfondie. 

J'aurais  voulu  substituer  aussi  leur  véritable  nom  à  celui 
des  iles  ou  des  groupes  dont  il  est  question  ici,  tel  qu'il  est 
porté  sur  nos  cartes.  Je  ne  Tai  pas  osé,  dans  la  crainte  de 
ne  pas  être  toujours  compris.  Il  serait  cependant  bien  temps, 
ce  me  semble,  que  les  différents  peuples  s'entendissent,  pour 
donner  sur  les  cartes  à  toutes  les  îles  qui  y  sont  souvent  in- 
diquées sous  les  noms  les  pics  différents,  le  nom  que  ces 
iles  portent  dans  le  pays  même.  C'est  une  rectification  que 
rétat  de  nos  connaissances  aujourd'hui  rendrait  facile,  et 
qui  éviterait  aux  navigateurs  visitant  ces  parages  pour  la 
première  fois  un  apprentissage  qui  n*est  pas  toujours  sans 
dangers.  La  langue  géographique  doit  être  une,  et  au  mo- 
ment où  Ton  cherche,  dit-on,  à  faire  adopter  par  le  monde 
sjivant  tout  ontior  un  m(^mo  méridien  de  point  de  départ, 
il  me  semble  qu*il  serait  également  utile  d>mp1oyer  partout  le 
même  nom  pour  indiquer  le  même  lieu;  ce  nom  devrait  être 
celui  qu*emploiont  les  naturels  eux-mêmes,  dût-on  pen- 
dant quelque  temps  le  f;Ure  suivre  du  nom  qui  a  été 
en  usage  jusqu'ici  sur  les  cartes.  Ne  semble-t-il  pas  ridi' 


IXOTIGB  SUR  TAHITI.  145 

cule  en  effet,  qu'on  puisse  parler  d'un  lieu  aux  habitants 
de  ce  lieu  inôme,  sans  être  conâpris  d'eux,  à  cause  des  noms 
de  convention  dont  on  le  désigne  ? 

Tahiti.  Son  gouvernement.  —  Tahiti  est  la  plus  grande  et 
la  plus  riche  des  îles  de  l'archipel  de  la  Société.  Avant  l'é- 
blissemenl  des  Français,  il  y  a  tout  lieu  de  croire,  quoi 
qu'on  ait  dit  pour  prouver  le  contraire,  que  le  groupe  tout 
entier  obéissait  à  la  même  domination.  Les  Iles  sous  le  Vent, 
dont  Huahine,  Raiatea  et  Borabora  sont  les  principales,  ont 
été  reconnues  indépendantes  par  une  déclaration  signée  le 
19  juin  1847  entre  la  France  et  l'Angleterre.  Chacune  de 
ces  îles  est  maintenant  régie  par  un  gouvernement  et  des 
règlements  particuliers.  Seule  de  tout  Tarchipel,  la  petite 
île  de  Moorea  ouEimeo,  a  suivi  les  destinées  deTahiti,  dont 
elle  n'estséparée  que  par  un  étroit  canal.  Les  petits  Ilots  de 
Teturoa,  l'île  de  Matea,  l'archipel  de  Tubuai,  relèvent  aussi 
deTahiti.  Enfin  l'immense  archipel  des  lies  Basses  ou  Pau- 
motu,  qu'à  différentes  époques  les  anciens  chefs  de  Tahiti 
ont  soumis  à  sa  domination,  reconnaissent  encore  aujour- 
d'hui son  gouvernement.  Mais,  pour  un  grand  nombre  de  ces 
îles,  cette  reconnaissance  est  fictive,  et  il  y  en  a  certainement, 
dans  la  partie  la  plus  orientale  de  l'archipel,  qui,  sans  rela- 
tions avec  personne,  ne  soupçonnent  peut-être  même  pas 
l'existence  de  Tahiti*  Toutes  ces  îles  sont  également  soumises 
au  gouvernement  du  protectorat. 

Tahiti,  autrefois,  était  partagée  en  un  certain  nombre  de 
petits  gouvernements,  ayant  pour  chef  un  Arii  ou  roi  plus 
ou  moins  puissant,  suivant  l'étendue  des  terres  soumises  à 
sa  domination,  ses  alliances,  et  aussi  suivant  le  pouvoirattri- 
bué  aux  dieux  dont  les  autels  se  trouvaient  établis  sur  ses 
domaines.  De  ces  chefs,  les  uns  étaient  indépendants,  les  au- 
tres étaient  au  contraire  soumis  à  l'influence  de  leurs  voisins, 
selon  laforce  etla  proximité. de  ceux-ci  ;  quelquefois  même  ils 
étaient  leurs  tributaires.  Le  chef  d'un  des  petits  États  pouvait 
être  en  même  temps  le  chef  d'un  autre,  même  éloigné  dusien, 

soc.  DE  GÉOGR.  ^  AOUT  18S0.  XX.  —  10 


i46  NOTICE  SVK  TAHITh 

et  qu'il  gouvernait  alors  par  procuration.  Souvent  encore 
il  possédait,  à  titre  de  propriété  particulière,  des  terres  dans 
d'autres  divisions  tout  à  fait  indépendantes  de  son  autorité. 
EnOcéanie,  aussi  bien  qu'en  Europe, —  rien  n'est  stable  hé* 
las  I  en  ce  monde, —  Tambition  des  chefs,  la  superstition  des 
peuples,  mettaient  souvent  les  armes  à  la  main  des  indigè- 
nes :  des  guerres  incessantes  désolaient  ce  beau  pays  et 
venaient  modifier  souvent  chaque  petit  gouvernement.  A  la 
faveur  de  ces  troubles^  la  famille  des  Pomaré  était  devenue 
la  plus  puissante  de  Tile.  Son  chef  commandait  à  plusieurs 
des  subdivisions  les  plus  importantes  :  dans  beaucoup  d'au- 
tres, il  exerçait  comme  propriétaire  une  influence  consi- 
dérable. Entre  les  mains  du  grand'père  de  la  reine  actuelle 
de  Tahiti,  cette  autorité  devint  si  étendue,  que  celui-ci  réus- 
sit à  se  faire  reconnaître  pour  souverain  (Arii  Rahi)  de 
l'Ile  entière.  C'est  l'histoire  de  toutes  les  monarchies.  A  par- 
tir de  ce  moment  Tahiti  fut  un  petit  royaume  ;  chacun  des 
États,  tout  en  conservant  ses  anciennes  limites,  en  fut  une 
subdivision,  sous  le  nom  de  Mataeinaa  eu  district.  Les 
chefs,  quelquefois  encore  assez  puissants  pour  faire  la 
guerre  à  leur  souverain,  devinrent  des  délégués  du  roi,  des 
espèces  de  préfets  gouvernant,  pour  le  compte  du  roi,  une 
étendue  déterminée  du  territoire,  mais  dont  l'autorité  ces- 
sait quand  le  roi  lui-même  était  présent. 

Chaque  chef  était  secondé  dans  son  gouvernement  ou 
remplacé  dans  son  absence  par  un  certain  nombre  des  per- 
sonnes les  plus  influentes  du  district,  sous  le  nom  d'/afoat. 
Les  principaux  propriétaires  ou  Hui  Raatira,  après  eux, 
constituaient  une  espèce  de  conseil  auquel  on  avait  recours 
dans  les  circonstances  difficiles. 

Un  ou  plusieurs  juges  ou  Haava^  suivant  l'étendue  du  dis- 
trict, étaient  chargés  de  rendre  la  justice  dans  les  affaires 
correctionelles  et  de  juger  les  procès  de  terre  en  premier 
ressort,  le  plus  souvent  avec  l'assistance  de  plusieurs  des 
Hui  Raatira. 


NOTICE  SUR  TAHITI.  141 

Des  agents  subalternes  ou  Mutoi  veillaient  au  bon  ordre 
et  faisaient  exécuter  les  jugements. 

Les  procès  jugés  en  premier  ressort  dans  chaque  district 
parles  Haava  ou  juges,  étaient  portés  en  dernière  instance  de- 
vant une  cour  suprême  dite  des  Sept,  ou  Toohitu.  C'était  une 
espèce  d'aréopage,  formé  de  toutes  les  lumières  et  de 
toutes  les  vertus  du  pays.  La  considération  dont  jouissait 
cette  cour  était  immense  :  ses  jugements  étaient  sans  appeh 
Elle  évoquait  devant  elle  aussi  toutes  les  affaires  capitales, 
toutes  celles  qui  intéressaient  le  roi  ou  la  religion,  ou  qui 
semblaient  trop  importantes  pour  être  décidées  par  de 
simples  juges  de  district. 

On  nommait  par  élection  à  la  plupart  de  ces  emplois»  mais 
avec  certaines  restrictions.  Ainsi  le  chef  d'un  district^  par 
exemple/ne  pouvait  être  choisi  que  parmi  les  membres  de  la 
famille  du  chef  mort  ou  dépossédé.  Les  Hui  Raatira  concou- 
raient seuls  aux  élections  ;  le  peuple  n'y  prenait  aucune  part. 

Ce  système  de  gouvernement,  à  Tétat  de  germe  avant 
rétablissement  du  christianisme,  corrigé  plus  tard  et  dé- 
veloppé sous  l'influence  des  premiers  missionnairesi  est  à 
peu  de  choses  près  celui  qui  régit  encore  aujourd'hui  Ta- 
hiti, et  qui  a  été  reconnu  par  l'acte  de  protectorat» 

La  couronne  est  héréditaire  par  ordre  de  primogéniture, 
sans  distinction  de  sexe.  Arii  est  le  titre  sous  lequel  est  dé* 
signé  le  chef  du  gouvernement.  Ce  nom  a  pourtant  encore 
été  conservé  par  beaucoup  d'autres  personnes  ;  mais  pour 
elles  c'est  un  titre  purement  honorifique,  et  qui  ne  sert 
qu'à  rappeler  l'ancienneté  de  leur  origine.  C'est  en  quelque 
sorte  un  titre  de  noblesse. 

Les  différentes  divisions  pu  districts  sont  régis  par  des 
chefs  ou  TavanUt  mot  adopté  depuis  l'arrivée  des  mission- 
naires et  dérivé  du  mot  anglais  Govemor.  Autrefois  chacun 
des  chefs  avait,en  outre,  un  nom  particulier  qui  se  transmet- 
tait avec  la  charge,  et  qui  était  comme  le  titre  de  cette  posi- 
tion.  Aujourd'hui  encore  cette  coutume  subsiste,  et  quoique 


148  NOTICE   SUR  TAHITI. 

les  conquêtes  aient  souventinterrompu  Tordre  d'hérédité,  les 
anciens  noms  se  sont  conservés  dans  les  nouvelles  familles 
des  chefs.  Ces  chefs,  proposés  par  les  Hui  Raalîra  et  choisis 
parmi  les  membres  de  la  famille  du  chef  précédent,  sont 
nommés  de  concert  par  la  reine  et  le  gouverneur. 

Les  Hui  Raatira  proposent  également  dans  chaque  district 
les  juges  ou  Haava  et  les  Mutoi.  La  reine,  d'accord  avec  le 
gouverneur,  les  nomme  définitivement. 

Chaque  année,  une  assemblée  composée  de  tous  les  chefs 
et  d'un  certain  nombre  de  délégués  des  Hui  Raatira,  pro- 
portionnée à  l'étendue  du  district,  se  réunit  pour  discuter 
les  lois,  qui  sont  soumises  ensuite  à  la  sanction  de  la  reine 
et  du  gouverneur.  Cette  session  s'ouvre  au  1"  mars  et  dure 
environ  un  mois. 

Tous  les  trois  mois  la  cour  des  Toohitu  se  réunit  pour 
juger  les  affaires  qui  sont  portées  devant  elle.  Dans  certains 
cas  elle  peut  être  convoquée  extraordinairement  par  la  reine 
et  le  gouverneur. 

Divisions  de  Tahiti,  —  Tahiti  se  compose  de  deux  grandes 
presqu'îles  :  Tahiti  proprement  dit  et  Taiarapu.  L'isthme 
qui  les  réunit  a  été  nommé  Taravab  par  les  Européens,  du 
nom  d'une  des  terres  qui  s'y  trouve. 

L'île  entière  comprend  aujourd'hui  six  grandes  divisions; 
renfermant  chacune  plusieurs  districts*  Ce  sont  :  Porionuu. 
—  Teaharoa.  —  Te  va  i  tai. —  Te  va  i  uta.  —  Te  oropaa. — 
Te  fana  ia  hurai. 

Tahiti  proprement  dit  embrasse  cinq  de  ces  divisions, 
Taiarapu  n'en  comprend  qu'une  seule,  qui  est  Te  va.  i  tai. 

l'®  Grande  division  :  Porionuu.  —  Porionuu  embrasse 
tout  l'espace  compris  entre  Vaitiarea  ou  Papofai  et  Haaia- 
manu.  Il  se  divise  en  deux  districts.  Pare  et  Arue. 

Pare  commence  à  Vaitiarea  et  va  jusqu'à  Teruapuaa. 

Arue  prend  à  Teruapuaa  et  finit  à  Raaiamanu. 

Ces  deux  districts  obéissent  à  un  seul  chef,  qui  en  celte 
qualité  porte  le  nom  de  Ariipaea, 


NOTICE  SUR  TAHITI.  149 

2°  Grande  division  :  T^eaharoa. —  Teaharoa  s'étend  entre 
Raaiamanu  etVaioau.  Il  contient  six  districts.  Quelquefois 
on  confond  cette  division  avec  Porionuu,  qui  se  trouve  alors 
renfermer  huit  districts.  Les  districts  de  Teaharoa  sont  : 
Mahina.  —  Haururu,  —  Te  ue.  —  Te  Mehiti.  — ^  Ahuare.— 
Taero. 

1*"  Mahina  (Haapape)  est  situé  entre  Raaiamanu  et  Yaipi- 
horo.  Autrefois  ce  district  avait  deux  chefs  ou  Arii  dont  les 
noms  éiaieni  Paitia  et  Tutoia.  Il  n'y  a  plus  qu'un  chef  au- 
jourd'hui, qui  est  Tariirii.  Il  porte  le  nom  de  Paitia, 

2«  Haururu  (Papenoo)  s'étend  depuis  Vaipihoro  jusqu'à 
Arahoho.  Gomme  le  district  de  Mahina,  Haururu  avait  au- 
trefois deux  chefs  dont  les  noms  étaient  Terii  vanaa  i  te  rai 
et  Atitioroi,  Terii  vanaa  n'existe  plus,  et  c'est  Ori,  fils  de 
Tali,  qui  est  aujourd'hui  Atitioroi  ou  Tepuai  te  rai  indiffé- 
remment. 

3°  Te  ue. 

4°  Te  Mehiti  (Tiarei)  sont  deux  districts  qui  de  tous  temps 
ont  été  réunis  sous  le  commandement  de  deux  chefs  du  nom 
de  Manua  et  de  Aru,  Manua  est  le  seul  qui  reste  {aujourd'hui, 
l.es  limites  de  ces  districts  sont  Arahoho  d'une  partetAnapu 
de  l'autre.  Te  ue  se  trouve  enclavé  dans  Mehiti  et  a  pour 
limites  Tetuana  et  Pipipi.  Mehiti  s'étend  donc  d'une  part 
de  Arahoho  à  Tetuana  et  dé  l'autre  de  Pipipi  à  Anapu. 

5°  Ahuare  (Mahaena)  est  situé  entre  Anapu  et  Eaea.  Ce 
petit  district  reconnaissait  autrefois  quatre  chefs  dont  les 
noms  étaient  :  Outu,  Roura^  Punuarii  et  Moahio.  Il  n'en 
existe  plus  qu'un  aujourd'hui  portant  le  nom  de  Roura. 

6<»  Taero  (Hitiaa)  commence  à  Eaea  et  se  termine  à  Vaioau. 
Il  avait  autrefois  deux  chefs  dont  les  noms  étaient  Tumoe- 
hania  et  Ter iitua.  Un  seul  reste  aujourd'hui,  portant  le  titre 
de  Teriitua.  C'est  le  dernier  des  fils  de  la  reine,  et  le  filleul 
du  prince  de  Joinville. 

S**  Grande  division:  Te  va  i  tai  (Taiarapu). —  Avant 
l'établissement  du  protectorat,  Te  va  i  tai  ou  Taiarapu  com- 


iSO  NOTICE  SUR  TAHITI. 

prenait  quatre  grandes  divisions  :  Taiarapu  proprement 
dit.  —  Mataoae.  —  Paahitî.  —  Vairao. 

Elles  sont  placées  sous  deux  grands  chefs  portant  en 
cette  qualité  les  noms  de  Terii  na  vahaoroa  et  Tetuanui 
haamarurai.  En  dehors  de  ces  divisions  et  bien  que  compris 
entre  elles^  se  trouvait  Anuh,  qui  n'était  pas  considéré 
comme  faisant  partie  du  Te  va  i  tai,  parce  qu^à  toutes  les 
époques  il  avait  su  conserver  son  indépendance. 
Faahiti  était  compris  entre  Yaioau  et  Yaimahauahana. 
Après  Faahiti  venait  Anuhi^  district  indépendant,  qui 
allait  de  YaimahanahaBa  à  Pihaa. 

Là  commençait  Taiarapu,  qui  s'étendait  jusqu^à  Taia- 
riari. 
Mataoae  allait  de  Taiariari  à  Yavi. 
Et  enfin  de  Yavi  à  Tearia  o  te  mao  s'étendait  Vairao. 
Taiarapu  proprement  dit  se  subdivisait  en  sept  dictricts  : 
Hiroroa. — Taere.  —  Atituana. — Hapai. — Taaroa  tei  tefaa. 
— Hui.  — Fareariî. 

Plusieurs  de  ces  districts  se  trouvaient  composés  de  par- 
ties ayant  les  mêmes  noms,  mais  séparées  entre  elles  par  des 
districts  ou  des  fractions  de  districts  voisins.  Ces  fractions, 
séparées  de  la  partie  principale  du  district  et  portant  son 
nom,  étaient  le  résultat  de  conquêtes  faites  par  les  chefs 
des  diiférents  districts,  et  qui  en  avaient  donné  le  nom  aux 
parties  conquises.  Il  est  bien  difficile  de  trouver  aujour- 
d'hui les  limites  de  ces  anciennes  subdivisions;  les  Indiens 
eux-mêmes  les  ont  oubliées  et  sont  bien  rarement  d'accord 
entre  eux  dans  les  indications  qu'ils  donnent. 

Teieie  était  le  nom  du  chef  d'Hiroroa  et  de  Taere.  Têtu- 
manua  celui  du  chef  des  districts  d'Atituana  et  de  Hapai. 
Tetuanuihaamarurai  était  le  chef  de  Taaroa  teî  te  faa.  Les 
districts  de  Hui  et  de  Farearii  obéissaient  à  plusieurs  chefs 
dont  les  noms  étaient  Teieie,  Tematuanui,  TaneuapotOj 
Tematahiapo  et  Tettumuihaamarurai. 
Aujourd'hui  Te  va  i  tai  ou  Taiarapu  se  divise  en  sept  dis- 


NOTICE   sua  TAHITI.  151 

tricts  :  Faahiti.  —  Aauhi.  -?-  Tautirau  —  Teahupoo.  *-  Ma- 
taoae.  —  Vairao.  —  Toahutu. 

1^  Faahiti  est  compris  entre  Vaioau  at  Yaimahanabana. 
Son  chef  prend  le  nom  de  Uoearu. 

S""  Anuhi  (Pueu)  commence  à  Yaimahanabana  et  ya  jus*» 
qa'à  Pihaa.  Maraetata  est  le  nom  du  chef. 

S""  Tautira  prend  à  Pihaa  et  va  jusqu'à  Rapae.  Son  chef 
porte  le  nom  de  Teieie. 

4"*  Teahupoo  s'étend  entre  Rapae  etTaiariari.  Le  nom  du 
chef  est  Vehiatua* 

&"  Mataoae  va  depuis Taiariari  jusqu'à  Yavi.  Son  chef,  qui 
est  en  même  temps  celui  de  Toahutu,  porte  le  nom  de 

Moe. 

6*  Vairao  commence  à  Vavi  et  va  jusqu'à  Riri.  Son  chef 
porte  le  nom  de  Teaha. 

V  Toahutu  s'étend  depuis  Riri  jusqu'à  Te  eria  o  te  mao. 
C'est  une  dépendance  du  district  de  Mataoae,  dont  il  est 
séparé  par  celui  de  Vairao. 

4'  Grande  division  :  Te  va  iuta. — Le  Te  va  iuta  renferme 
quatre  districts  :  Hoo  Matavana.  —  Mataiea.  —  Atimaono. 
—  Papara. 

1<»  Hoo  Matavana  (Papeari)  commence  à  Te  eria  o  te  mao, 
et  va  jusqu'à  Vaitiotio.  Autrefois,  ce  district  avait  deux 
chefs  :  l'un  qui  portait  le  titre  de  Terii  nui  o  Tahiti,  l'autre 
eelui  ie  Maheanuu.  Il  n'y  a  plus  qu'un  chef  aujourd'hui, 
Atiau  Vahiné,  chef  en  même  temps  de  deux  autres  districts. 
Pitomai  est  son  représentant  dans  le  district  de  Hoo  Ma- 
tavana, et  en  cette  qualité  porte  le  nom  de  Hfaheanuu. 

2*  Mataiea  (Papeuriri  et  Mairipehe)  s'étend  depuis  Vai- 
tiotio jusqu'à  Teataeputa«  C'est  Ravaai  qui  est  son  chef,  et 
qui  en  cette  qualité  porte  le  nom  de  Teihotm. 

3*  Atimaono  va  de  Teataeputa  à  Vaiata.  Le  nom  du  chef 
est  Teriifaatau. 

4*  Enfin  Papara  commence  à  Vaiata  et  va  jusqu'à  Vainia- 
nia.  Son  chef  portait  autrefois  le  nom  de  Terii  rere  i  tooa 


152  NOTICE  SUR  TAHITI. 

rai.  C'est  celui  que  porte  aujourd'hui  le  célèbre  Tali,  chef 
de  Papara. 

5°  Grande  division  :  Te  Oropaa.  —  Te  Oropaa  se  compose 
de  deux  districts  désignés  sous  le  nom  de  Mano  et  que 
Ton  distingue  Tun  de  l'autre  par  un  numéro  d'ordre, 
Mano  tahi  et  Mano  rua.  Quelquefois  on  réunit  le  Tefana  au 
Te  Oropaa,  qui  se  trouve  alors  comprendre  trois  districts. 

i"  Mano  rua  (Paea)  s'étend  entre  Yainiania  et  Vaiehuehu. 
Son  chef  portait  autrefois  et  porte  encore  aujourd'hui  les 
noms  de  Tevahituaipatea  et  de  Tetoofa  indifféremment.  Ce- 
pendant le  premier  de  ces  noms  est  plus  particulièrement 
réservé  à  la  reîne^  quand  elle  visite  le  district. 

2"  Mano  tahi  (Punauia)  commence  à  Vaiehuehu  et  va  jus- 
qu'à Fanatea.  Son  chef  portait  aussi  et  porte  encore  deux 
noms,  ceux  de  Tetuanui  emaru  a  ite  rai  et  de  Pohuelea. 
Mais  la  reine  prend  le  nom  de  Tetuanui  emaru  a  ite  rai, 
quand  elle  est  dans  le  Mano  tahi  :  le  chef  est  alors  Pohuetea. 

6«  Grande  division  :  Te  Fana  ia  hurai.  —  Te  Fana  ia  hu- 
rai  (Faaa)  qui  ne  renferme  qu'un  seul  district,  a  pour  li- 
mites Fanatea  d'une  part,  et  de  l'autre  Papofai  ou  Vaitiarea. 
Ce  district  avait  autrefois  un  chef  portant  le  nom  de  Terii 
vaealua.  Aujourd'hui  le  chef  porte  celui  de  Tepau.  C'est  un 
des  trois  districts  d'ALiau  Vahiné. 

J'ai  indiqué  pour  limites  aux  différents  districts  les  points, 
bien  connus  des  Indiens,  où  se  termine  chaque  division  ter- 
ritoriale, entre  le  rivage  et  le  pied  des  montagnes.  C'étaient 
les  seules  limites  intéressantes  à  connaître,  puisque  la 
plaine  plus  ou  moins  large  qui  entouré  Tahiti  est,  à  deux 
ou  trois  exceptions  près,  la  seule  partie  habitée  de  Tife.  Ces 
limites  cependant  se  prolongent  jusque  sur  les  montagnes, 
et  enferment  chaque  district  dans  un  polygone  bien  déter- 
miné. Mais  il  serait  très  difficile,  sinon  tout  à  fait  impossible, 
de  suivre  exactement  ces  divisions  à  travers  des  bois  impra- 
ticables et  des  solitudes  sans  noms. 

Divisions  de  Moorea.  —  Les  divisions  de  Moorea  sont 


NOTICE  SUR  TAHITI.  153 

difficiles  à  bien  distinguer  les  unes  des  autres,  et  surtout  à 
limiter  exactement.  Presque  toutes  se  composent  de  plu- 
sieurs parties  séparées,  à  des  distances  quelquefois  consi- 
dérables, résultats  de  conquêtes  successives.  Un  petit  nom- 
bre dlndiens  sait  aujourd'hui^  au  juste,  à  quel  district 
appartiennent  ces  divisions,  là  où  elles  commencent  et  là  où 
elles  finissent.  J'en  ai  consulté  un  grand  nombre,  de  ceux 
que  leur  âge  surtout  et  leur  position  devaient  me  faire  sup- 
poser plus  instruits  de  ces  délimitations,  qui  se  perdent 
chaque  jour  davantage.  Voici  ce  que  j'ai  pu  conclure  de 
leurs  renseignements  : 

Moorea  se  compose  de  deux  grandes  divisions,  l'une  au 
nord  et  un  peu  à  l'est,  l'autre  au  sud  et  un  peu  à  l'ouest, 
qui  obéissaient  autrefois  à  deux  grands  chefs  ou  Arii  :  E  ha 
te  io  inia  et  E  ha  te  io  iraro. 

Chaque  division,  son  nom  l'indique,  devrait  comprendre 
quatre  subdivisions.  Celle  du  sud  Te  io  inia,  n'en  renferme 
que  trois  aujourd'hui.  Deux  d'entre  elles  ont  été  réunies, 
pour  faire  le  district  d'Afareaitu.  Tepauariiumarea  était 
autrefois  Arii  de  Teio  inia,  et  Panuateraitua,  de  Te  io  iraro. 
Te  io  inia,  au  sud,  est  compris  entre  Manino  et  Paroa. 
Te  io  iraro,  au  nord,  est  également  compris  entre  Paroa  et 
Manino. 

Les  trois  districts  dont  se  compose  Te  io  inia  sont  :  Maa- 
tea  —  Haumi  —  Afareaitu. 

1»  Maatea  va  de  Paroa  à  Teruaaupoo.  Autrefois  il  avait 
deux  chefs,  Papauru  et  Tetuacaha,  qui  furent  dépossédés  par 
Pomaré.  Pee  fut  institué  seul  chef  à  leur  place,  et  commande 
encore  aujourd'hui. 

^  Haumi  prend  à  Teruaaupoo  et  se  termine  à  Matauau. 
Le  chef  est  Taero,  qui  portait  autrefois  le  nom  de  Mairau. 
3°  Afareaitu,  enfin,  va  de  Matauau  à  Manino.  Ce  district 
comprenait  autrefois  deux  parties  distinctes,  et  formait  avec 
Maatea  et  Haumi  les  quatre  divisions  de  Te  io  inia.  Il 
obéissait  à  deux  chefs:  Tetuaiterai  et  Omaomao. Pomaré  fit 


154  IfOTICE  SUR  TAHITI. 

Hapoia  seul  chef  à  leur  place;  il  est  chef  encore  aujourd'hui. 

Gomme  le  Te  io  inia/le  Te  io  iraro  se  compose  de  quatre 
grandes  divisions  :  Paiuma  —  Teaharoa  —  Varari  —  Faa- 
toai  ou  Papetoai. 

Varari  et  Faatoai  forment  chacun  un  district  ;  Paiuma  en 
comprend  trois  :  Moruu  — Haapiti  — Teavaro. 

Teaharoa,  deux,  qui  sont  Teaharoa  et  Atimaha. 

Le  chef  de  Varari  est  Mahine.  Autrefois,  il  avait  sous  ses 
ordres  deux  chefs  de  moindre  importance,  portant  les  noms 
de  Ptiariri  et  de  Terahuaurat  qui  n'existent  plus. 

Le  chef  de  Faatoai  est  Unauna.  Son  nom  de  chef  aDjou^ 
d*hui  est  Tauraatua. 

Le  chef  de  Moruu  se  nomme  Teautaia. 

Haapiti  et  Teavaro  obéissent  à  un  même  chef  du  nom  de 
Marama.  C'est  le  troisième  district  d'Atiau  Vahiné. 

Le  chef  de  Teaharoa  porte  le  nom  de  Tauhiro. 

Celui  d' Atimaha  est  Tauirua. 

Les  parties  dont  se  composent  ces  différents  districts 
sont  disposées  dans  Tordre  suivant,  à  partir  de  Manino. 

La  portion  comprise  entre  Manino  et  Toaura  appartient  à 
Haapiti  :  c'est  elle  qui  constitue  Teavaro. 

De  Toaura  à  Teapapa,  c'est  Teaharoa. 

De  Teapapa  à  Vaipipiha,  Papetoai. 

De  Vaipipiha  à  Apuu,  Teaharoa. 

DeApuu  h  Utuotoi,  Moruu. 

DeUtuotoiàTeurutuiateau,  Haapiti. 

De  Teurutuiateau  à  Teahuoteaë,  Moruu. 

De  Teahuoteaë  à  Afaatete,  Faaloai. 

De  Afaatete  à  Rupe,  Moruu. 

De  Rupe  à  Taiamiaa,  Haapiti. 

DeTaiamiaa  à  Teruaporohiti,  Varari. 

De  Teruaporohiti  à  Teurutea,  Moruu. 

De  Teurutea  à  Tiamotu,  Haapiti. 

De  Tiamotu  à  Vaimotae,  Moruu. 

De  Vaimotae  à  Moanafao,  Varari. 


NOTICE  SUR  TAHITI.  155 

De  M oanafao  à  Teruarei,  Moruu. 

Enfin  deTeruarei  à  Paroa^  Atimaha. 

Noms  de  la  Reine  dans  les  différents  districts.  ^  En  sa 
qualité  de  chef  de  plusieurs  districts  de  llle,  le  souverain 
(Arii  Rahi)  de  Tahiti  avait^  dans  chacun  d'eux,  un  nom  par- 
ticulier  qu'il  a  conservé  encore  aujourd*bm.Dans  quelques-* 
uns  de  ces  districts,  ce  nom  est  en  même  temps  celui  du 
chef  :  mais  toutes  les  fois  que  le  souverain  chef  et  le  chef 
du  district  (Tavana)  se  trouvent  ensemble,  le  nom  rw4e  au 
souverain,  et  le  chef  en  prend  un  particulier. 

Dans  quelques  districts,  qui  avant  la  réduction  de  Ttle 
entière  à  l'autorité  de  Poiçaré,  avaient  conservé  leur  indé- 
pendance, le  souverain  n'a  aucun  nom  aujourd'hui.  Ce  sont, 
dans  Tahiti,  les  districts  de  Te  ue,Te  Mehitî,  de  Ahuare,  de 
Taero  et  de  Mataiea,  et  dans  Taiarapu  ceux  de  Anuhi,  de 
Toahutu  et  de  Mataoae. 

Les  noms  que  la  Reine,  aujourd'hui  Arii  Rahi  de  Tahiti, 
porte  dans  les  différents  districts,  sont  les  suivants  : 

Dans  Pare  et  Arue,  Tunuieaaitetua. 

Dans  Mahina,  Tiipa. 

Dans  Haururu,  Tetupuaioterai  ou  Teriivanaaiterai. 

Dans  Te  Fana,  Teriivacatua. 

Dans  Mano  tahi,  Tetuanuiemaruailerai. 

Dans  Mano  rua,  Te  vahitua  î  patea. 

Dans  Papara,  Terii  rere  i  tooa  oterai. 

Dans  Hoo  Malavana,  Terii  nui  q  Tahiti, 

A  Taiarapu,  dans  Vairao,  Teahahuirifenua. 

Dans  Teahupoo,  Terii  navahaoroa. 

Dans  Tautira,  Tetua  nui  haamaru  rai. 

Population.  —  La  population  de  Tahiti  a  été  estimée 
de  manières  très  diverses  par  les  différents  navigateurs 
qui  ont  visité  Pile.  Gook  la  porte  à  plus  de  deux  cent  qua- 
rante mille  âmes;  Forster,  à  cent  vingt  mille  seulement.  En 
1797,  un  recensement  approximatif  fait  par  le  missionnaire 
Wilson  compte  seize  mille  individus  de  tout  âge  et  de  tout 


156  NOTICE  SUR  TAHITI. 

sexe,  dans  les  deux  presqu*iles.  Il  est  vrai  qu'à  celle 
époque  il  indique  déjà  un  décroissement  rapide  dans  la 
population;  mais,  en  supposant  que  de  1767,  époque  delà 
découverle  de  Tahiti  par  Wallis,  à  1797,  la  population  ail 
diminué  de  moitié,  ce  qui  doil  6lre  exagéré,  on  est  bien 
loin  d'atteindre  encore  aux  chiffres  fabuleux  de  Gook  et  de 
Forster.  L'étendue  de  la  partie  habilable  et  l'appréciation 
des  produils  de  Tahiti,  ne  permettent  pas  d'ailleurs  qu'on 
s'arrête  à  ces  estimations.  A  l'arrivée,  si  singulière  pour 
eux,  de  bâtimenls  européens,  les  Tahitiens  de  chaque  dis- 
trict devaient,  comme  ils  font  encore  aujourd'hui,  se  trans- 
porter partout  à  leur  suite;  Forster  et  Gook  ont  donc  pris 
pour  la .  population  d'un  district  ce  qui  était  presque  la 
population  entière  de  l'île. 

Quand  on  parcourt  l'intérieur  de  Tahiti,  on  trouve  dans 
plusieurs  grandes  vallées  des  traces  d'habitations,  des  sé- 
pultures, qui  ont  fait  croire  que  la  population,  trop  nom- 
breuse pour  vivre  tout  entière  au  bord  de  la  mer,  avait  à 
une  époque  reculée  reflué  vers  l'intérieur.  L'exemple  de 
ce  qui  s'est  passé  sous  nos  yeux  dans  les  dernières  guerres 
semble  indiquer  que  cette  opinion  est  erronée.  Dans  les 
luîtes  nombreuses  entre  les  différents  chefs  de  Tahiti,  le 
parti  vaincu,  poursuivi  par  le  vainqueur,  dont  il  n'avait  à 
espérer  aucun  quartier,   abandonnait  ses  champs  et  ses  ha- 
bitations pour  se  réfugier  au  fond  des  vallées,  où  il  lui  était 
plus  facile  de  se  défendre  et  où  l'ennemi  se  hasardait  rare- 
ment à  le  poursuivre.  Là  s'élevaient  de  nouvelles  cases  et  de 
nouvelles  clôtures  :  h\  se  construisaient  des  Maraes  et  s'en- 
sevelissaient les  morts,  jusqu'au  jour  où  un  revirement  de 
fortune,  où  une  paix  presque  toujours  momentanée,  per- 
mettait à  chacun  de  revoir  son  district.  Le  Tahitien  aime 
trop  passionnément  la  mer  et  les  jouissances  qu'elle  pro- 
cure, ses  produits  entrent  pour  une  part  trop  large  dans 
son  existence,  les  vallées  môme  les  plus  considérables  de 
Tahiti  offrent  trop  peu  de  ressources,  pour  que  Ton  ail  jamais 


NOTICE  SUR  TAHITI.  157 

à  rintérieur  cherché  autre  chose  qu'un  refuge  momentané. 
Dans  ces  monuments  des  dissensions  intestines  de  Tahiti, 
le  voyageur  a  cru  voir  les  débris  de  populations  éteintes, 
quand  il  n'avait  sous  les  yeux  que  la  trace  du  déplacement 
de  ces  populations. 

Une  coutume  qui  règne  encore  aujourd'hui  peut  servir 
également  à  expliquer  la  présence  de  tombes,  là  même  où 
à  aucune  époque,  les  Indiens  n'ont  habité.  La  propriété  des 
terres  est,  àTahiti,une  cause  dlnlerminables  procès;  aucun 
titre  de  propriété,  aucun  document  écrit,  n'indiquent  la 
limite  des  terres  et  leur  véritable  propriétaire.  Aussi,  bien 
souvent  une  famille  établie,  du  consentement  ntême  du 
légitime  possesseur,  sur  une  terre  qui  ne  lui  appartient  pas, 
enhardie  par  uae  longue  possession,  vient-elle^  après  deux 
ou  trois  générations,  disputer  le  sol  qu'elle  habite  au  véri- 
table propriétaire.  Celui-ci  est  alors  forcé  d'en  appeler  à  la 
notoriété  publique,   aux  souvenirs  des   anciens  du  pays, 
pour  établir  ses  droits  au  terrain  dont  on  veut  le  dépouiller. 
Et  comme  jamais,  en  aucun  temps,  les  Indiens  n'ont  trafi- 
qué enire  eux  de  leurs  terres,  il  cherche  pour  cela  à  établir 
d'une  manière  évidente  sa  parenté  avec   un  des  anciens 
propriétaires.  Les  questions  de  généalogie  jouent  donc  un 
rôle  important  chez  les  Indiens.  Aussi  chacun  cache-t-il  la 
sienne  avec  grand  soin,  dans  la  crainte  qu'un  jour  on  ne 
vienne  à  s'en  faire  une  arme  contre  lui*  Pour  éviter  toutes 
ces  discussions,  chaque  propriétaire,  quand  un  de  ses  pa- 
rents vient  à  mourir,  le  fait  autant  que  possible  enterrer 
sur  son  terrain;  c'est  comme  une  prise  de  possession  publi- 
que, comme  un  titre  qu'il  se  crée,  en  réponse  aux  objec- 
tions qui  pourraient  s'élever  un  jour  contre  sa  possession. 
Telle  est  l'histoire  d'un  grand  nombre  des  sépultures  qu'on 
rencontre  dans  les  vallées  ou  sur  les  montagnes. 

Enfin,  dans  les  règlements  mômes  dei  cette  société  trop 
célèbre  des  Areois,  je  trouve  une  preuve  de  l'exagération 
des  estimations  anciennes,  relativement  à  la  population  de 


158  Nonce  sim  Tahiti. 

Tahiti.  On  sait  que  l'infanticide  était  une  des  règles  de 
cette  société,  et  qu'aucune  femme  n'en  pouvait  faire  partie 
qu'à  la  condition  de  rester  stérile  ou   d'étouffer  à  sa  nais- 
sance l'enfant  dont  elle  devenait  enceinte.  Les  prêtres  ont 
été  les  premiers  législateurs  chez  tous  les  peuples  de  la 
terre  ;  c'est  au  nom  de  Dieu  qu'on  a  d'abord  cherché  à  les 
conduire.  Derrière  toutes  les  coutumes  religieuses  ancien- 
nes, on  trouve  presque  toujours  un  but  politique,  qui  nous 
apparaît  longtemps  après.  Ainsi^  entre  toutes  les  raisons 
qui  expliqueraient  peut-être  cette  coutume  barbare   des 
infanticides  à  Tahiti,  l'une  des  plus  importantes  à  mon  avis, 
est  la  nécessité  pour  les  chefs  de  s'opposer,  par  tous  les 
moyens  possibles,  à  l'accroissement   de  la  population  au 
delà  des  limites  passé  lesquelles  le  sol  n'aurait  pu  la  nour- 
rir. Or,  si  l'on  admet,  comme  je  crois  avoir  prouvé  raison- 
nable de  le  faire,  que  la  population  tahitienne  s'est  toujours 
concentrée  sur  le  rivage,  il  serait  facile  d'évaluer  ce  que  la 
plaine,  si  étroite  en  beaucoup  d'endroits,  peut  produire  des 
fruits  dont  les  Tahitiens  se  sont  toujours  nourris;  il  serait 
facile  également  d'apprécier  ce  qui  est  nécessaire  à  la  nour- 
riture d'un  seul  homme.  Quelque  fertile  qu'on  suppose 
qu'ait  jamais  été  Tahiti,  je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  arri- 
ver ainsi  à  des  chiflVes  très  élevés  de  population. 

Un  recensement  de  la  population  a  été  fait  au  commen- 
cement de  1848.  Dans  cette  opération,  l'administration 
s'est  entourée  de  toutes  les  précautions  possibles;  elle  n'a 
négligé  aucun  moyen  d'obtenir  les  résultats  les  plus  exacts. 
D'après  ce  travail,  la  population  (y  compris  les  étrangers] 
se  trouve  répartie  de  la  manière  suivante  : 

TiOtiU.. 8.557  lialnUnte. 

M^Mm 1.4li      — 

Tout 9.969  iMbiUBts. 

RUe  esl  partagée  ainsi  qxi*il  suit,  entre  les  diflérents  dis- 
tricts. 


NOTICE  SUR  TAHITI. 


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SOC.  CE  GÉOGR.  —  AOUT  1880. 


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102  HOnCE  SUR  TAiriTf. 

BÉsrxÉ. 

PoptflatMm  inéi$hae  de  Tahiti 80^2 

yoj^tiUUou  étrao^e 475 

Total 8:-57 

fLUt%t  CÉHÉftAL  DE  lA  POPULATiOV. 

Population  iadigène  de  Tahiti WBO 

Population  Indigène  de  Moorea 137!2 

ToUl 9454    945i 

Population  étrangère  de  Tahiti i75 

Population  étrangère  de  Moorea 40 

Total 515      515 

Total  général. . .  9969 

La  population  militaire  ne  se  trouve  nécessairement  pas 
comprise  dans  la  population  étrangère. 

Kn  août  1829,  le  recensement  de  Tahiti,  fait  par  les  mis« 
sionnaires  anglais  avec  un  grand  soin,  avait  donné  pour 
résultat  huit  mille  cinq  cent  soixante-huit  individus,  c'est- 
•dire  &  presque  exactement  le  même  chiffre  qu'en  1848.  Si 
maintenant  on  considère  que  plusieurs  épidémies  graves  et 
deux  années  de  guerre  avec  la  France  ont  dû  faire  un  grand 
nombre  de  victimes,  il  semble  naturel  de  conclure  que  de 
1820  &  1848  la  population  de  Tahiti  s'est  accrue  plutôt 
qu'elle  n*a  diminué.  A  cette  époque,  il  est  vrai,  le  gouverne- 
ment de  Tahili  était  déjà  concentré  en  des  mains  fermes  : 
ea  guêtres  qui  divisèrent  longtemps  les  principaux  chefs 
de  Tahiti  avaient  cessé  :  à  Tinfanticide,  aux  sacrifices  hu- 
mains,  aux  désordres  de  toutes  sortes,  le  christianisme  avait 
t^Xi  succéder  son  iniluence  vivifiante.  Antérieurement  à  cette 
période,  la  population  de  Tahiti  a  donc  pu  être  pins  consi- 
dérable qu'elle  nVst  aujoui'd'hui^  mais  beaucoup  moins 
cependant  qu'un  no  le  suppose  généralement.  M.  Lesson, 
chirurgien  à  bord  de  la  iloqmUe^  dans  la  relation  de  son 
voyage»  ne  semble  donc  p^\s  s'éloigner  beaucoup  de  la  vërité, 
quand  il  suppose  i^  Tahiti  une  population  de  12  000  Ames 
seulement. 


NOTICE  SUR  TAHITI.  163 

Importance  de  Tahiti.  —  Tahiti,  placé  presque  au  centre 
de  l'océan  Pacifique,  est  un  des  anneaux  les  plus  importants 
de  cette  longue  chaîne  d'îles,  qui  semblent  relier  entre  eux 
les  continents  d'Asie,  d'Amérique  et  d'Australie,  Ses  port3 
vastes  et  nombreux  offrent  un  abri  sûr  aux  convois    qui 
viennent  de  tous  les  points  du  monde  sillonner  c«s  mers. 
Malheureusement,  les  bâtiments  qui  fréquentent  ces  pa-^ 
rages  n'y  trouvent  encore  que  peu  de  ressources»  l^a  non* 
cl^alance  des  habitants  s'est  opposée  jusqu'ici  au  développe-" 
ment  de  l'agriculture.  Mais  la  fertijlté  du  sol,  la  facilité 
avec  laquelle  les  animaux  domestique)»  vivent  et  se  multi- 
plient^ tout  fait  espérer  à  Tahiti,  dans  un  avenir  peu  éloi-* 
gné,  une  importance  commerciale  considérable^  Déjà,  de- 
puis lapais,  nnassez  grand  nombre  décelons  s'étaient  Ax4s 
à  Tahiti,  et  le  commerce  semblait  devoir  prendre  une  exten- 
sion rapide.  Une  circonstance  Imprévue  e^t  venue  x^uler 
indéfiniment  ce  développement  Les  produits  vrais  ou  exa- 
gérés de  la  mine  d'or  découverte  en  Californie  ont  séduit 
le  plus  grand  nombre  des  Européens  établis  à  Tahiti  et  i^" 
patients  de  faire  fortune.  A  notre  départ,  une  émigration 
considérable  avait  commencé  depuis  plusieurs  moi«  et  me- 
naçait de  dépeupler  Tahiti;  eomo^e  elle  a  iépaupH  les 
Sandwich  et  plusieurs  contrées  du  littoral  d'Amérique.  X^s 
maladies,  la  oiis^e^  les  difficultés  de  l'exploitation,  l'épui- 
sement de  la  mine  elle-même,  iouie»  ces  ca^es  de  désen- 
chantement que  je  prévoyais  alors,  et  qui  seoatblent  s'être  si 
tristement  réalisés  déjà,  mettront  bien  vite  un  terme  &  cette 
épidémie.  De  nouveaux  colons  viendront  s'établir  à  Tahiti» 
ti  demander  h  Tagriculture  et  au  commerce  une  fortune 
moins  rapide  peut-être,  mais  plus  sûre, 

Tahiti  produit  peu,  et  pourrait  tout  produire.  Toutes  les 
plantes  importées  des  différents  continents  se  s(Hit  natura- 
lisées là  d'une  manière  surprenante.  En  moins  d'up  siâcle» 
jolies  se  sont  développées  sans  cuHnxe,  et  reproduites  «u 
point  de  le  disputer  aujourd'hui  aux  végétaux  indigènes.  La 


164  NOTICE  SUR  TAHITI. 

fertilité  du  sol  est  extrême  :  d'innombrables  ruisseaux  en- 
tretiennent partout  dans  la  plaine  une  frdcheur  délicieuse; 
d'abondantes  rosées  rendent  à  la  terre,  pendant  la  nuit,  ce 
qu'ont  pu  lui  enlever  les  ardeurs  du  soleil.  Jusque  sur  leurs 
sommets  les  plus  élevés,  les  montagnes  sont  couvertes  d'une 
végétation  luxuriante;  les  vallées  en  sont  obstruées. 

S'il  était  possible  d'employer  d'une  manière  utile  tous 
ces  terrains  incultes  aujourd'hui,  si  une  main  intelligente 
et  expérimentée  venait  à  tirer  de  ce  sol  fertile  tout  ce  qu'il 
peut  produire,  Tahiti  qui  fournit  à  peine  aujourd'hui  des 
vivres  à  une  population  peu  nombreuse,  deviendrait  une  des 
colonies  les  plus  riches  du  monde.  Il  est  bien  peu  des  pro- 
duits si  recherchés  des  Antilles  ou  des  Indes,  qui,  disposés 
convenablement,  suivant  la  nature  du  sol,  l'exposition  ou 
la  hauteur,  ne  réussissent  parfaitement  à  Tahiti.  Déjà  le 
coton,  l'indigo,  le  tabac  croissent  sans  culture;  Bourbon  et 
les  Antilles  vont  jusque-là  chercher  des  plants  nouveaux  de 
canne  à  sucre;  le  roucou,  nouvellement  importé,  se  multi- 
plie rapidement.  Le  café,  cultivé  sur  quelques  points,  donne 
des  produits  que  le  Chili  préfère  à  ceux  du  Brésil,  et  qui 
l'emporteraient,  je  crois,  sur  nos  cafés  de  Bourbon  même  et 
de  la  Martinique.  Mais  pour  cette  transformation,  des  bras 
sont  nécessaires.  Le  Tahitien,  insouciant  et  paresseux,  ne 
comprendra  pas  de  bien  longtemps  la  nécessité  du  travail. 
La  nature  a  pourvu  abondamment  à  ses  besoins,  et  l'avenir 
l'inquiète  peu  :  ce  n'est  pas  lui  qui  viendra  en  aide  à  la  ci- 
vilisation de  Tahiti.  Nos  colons  militaires  n'ont  pas  non  plus 
jusqu'ici  produit  des  résultats  remarquables.  Presque  tou- 
jours étrangers  à  la  culture  des  terres,  impatients  de  faire 
fortune,  ils  n'ont  pas  tardé  pour  la  plupart  à  abandonner 
leurs  champs  à  demi  défrichés,  pour  venir  demander  au 
commerce,  à  Papeete,  des  bénéfices  plus  considérables. 
Presque  tous  sont  retombés  bientôt  à  la  charge  du  gouver- 
nement. 11  faudrait  à  Tahiti,  non  pas  des  colons  militaires, 
non  pas  de  ces  industriels  qui  viennent  de  tous  les  pays, 


NOTICE  SUR  TAHITI.  165 

s'abattre  là  où  il  y  a  de  Tagiotage  à  faire  ou  des  dupes  à 
exploiter,  qui  n'apportent  à  ces  peuples  enfants  que  les  vices 
des  nations  civilisées,  et  nous  attirent  leur  mépris  et  leur 
haine,  au  lieu  de  nous  mériter  leur  respect  et  leur  affection  ; 
mais  des  hommes  de  bien,  ayant  déjà  quelques  moyens 
d'existence,  venant  augmenter  par  des  moyens  honnêtes  les 
capitaux  qu'ils  apportent  dans  un  but  de  spéculation  :  il 
faudrait  des  ouvriers  exercés,  des  agriculteurs  habitués  au 
travail,  amenant  avec  eux  leur  famille  et  bien  disposés  à 
trouver  dans  Tahiti  une  nouvelle  patrie.  Entre  les  mains  de 
ces  nouveaux  colons,  Tahiti  prendrait  bientôt  une  face  nou- 
velle. Au  contact  de  ces  familles,  les  familles  tahiliennes  se 
moraliseraient  peut-être.  Le  tableau  de  leur  bien-être  inté- 
rieur ferait  naître  chez  les  Indiens  le  désir  d*un  bien-êtrt 
pareil,  et  Tahiti  régénéré  pourrait  être  un  jour  cité  entre 
les  colonies  les  plus  riches  et  les  plus  heureuses. 

Indépendamment  de  ce  qu'elle  pourrait  produire  elle- 
même  un  jour  au  commerce,  Tahiti  serait  encore  un  entre- 
pôt naturel  des  productions  de  toutes  les  îles  voisines,  et 
particulièrement  de  celles  qui  sont  soumises  au  môme  gou- 
vernement. C'est  là  qu'un  cabotage  chaque  jour  plus  actif 
et  plus  étendu  va  chercher  des  perles,  de  la  nacre,  de  Thuile 
de  coco,  de  Varrowroot,  etc.  Tahiti  pourrait  alors  offrir  en 
échange,  aux  bâtiments  qui  viennent  lui  apporter  les  pro- 
duits des  différents  continents,  un  fret  de  retour  qui  lu 
manque  encore  aujourd'hui. 

A  un  autre  point  de  vue,  Tahiti,  par  sa  position,  a  encore 
pour  le  commerce  une  grande  importance.  Depuis  que  le 
pavillon  français  flotte  sur  ces  terres,  le  commerce,  qui  dans 
ses  relations  avec  les  peuples  souvent  barbares  des  mers  du 
sud  avait  à  souffrir  de  l'éloignement  des  moyens  de  répres- 
sion, peut  aborder  impunément  aujourd'hui  sur  presque 
toutes  ces  côtes.  Les  surprises  de  bâtiments,  le  massacre 
des  équipages,  si  fréquents  autrefois,  sont  devenus  presque 
sans  exemples.  Tahiti  vaut,  non  pas  seulement  au  commerce 


166  KOTICE  SUR  TAHITI. 

de  la  France,  mais  à  celui  du  monde  entier,  ce  que  vau- 
draient quatre  frégates  de  plus  dans  ces  mers  ;  il  pourrait 
coûter  à  peine  autant  qu'une  seule. 

Sources  d'importation.  —  Les  sources  diverses  où  puise 
Tahiti,  pour  les  besoins  de  sa  population,  sont  en  première 
ligne  le  Chili  et  le  Pérou;  ils  lui  envoient  non  seulemeoi 
leurs  propres  produits,  mais  aussi  ceux  des  continents  d'Eu« 
rope  et  d'Amérique  qui  sont  déposés  dans  ses  entrepôts. 
L'Australie  ensuite,  et  particulièrement  Sidney,  apporte  ses 
farines,  ses  bois  et  des  produits  manufacturés  d'Angleterre. 
La  Nouvelle-Zélande  lui  envoie  ses  bois,  ses  fruits  et  quel- 
ques marchandises  d'Angleterre.  La  France,  l'Angleterre, 
les  États-Unis,  envoient  directement  un  petit  nombre  de 
bâtiments.  Les  îles  Sandwich  y  déversent  le  trop  plein  des 
marchandises  qui  arrivent  de  Chine.  Enfin  toutes  les  iles 
qui  entourent  Tahiti  lui  fournissent  des  vivres  abondam- 
ment, et  la  presque  totalité  des  denrées  qui  constituent  les 
chargements  de  retour. 

Remarques  générales  sur  la  navigation.  —  Je  ne  ter- 
minerai pas  au  sujet  de  Tahiti,  sans  ajouter  quelques  re- 
marques générales  sur  la  navigation  dans  ces  mers,  qu'a 
bien  voulu  me  communiquer  M.  le  pilote  Henry^  homme 
d'une  grande  expérience  et  d'un  graftd  savoiv. 

Dans  les  mois  de  janvier,  de  février,  de  mars  et  d'avril,  la 
mer  est  généralement  grosse,  le  long  des  c6tes  ouest  et  nord 
de  Tahiti,  et  il  règne  des  courants  considérables,  surtout 
dans  l'intérieur  des  baies  et  dans  le  voisinage  des  récifs.  Les 
vents  soufflent  alors  plus  particulièrement  du  nord-est,  du 
nord  et  du  nord*ouest  ou,  quand  ils  changent  par  hasard 
et  soufflent  d'un  autre  point  du  ciel,  c'est  toujours  pour  peu 
de  temps  et  ils  reviennent  bientôt  au  nord. 

Pendant  les  mois  de  mai,  de  juin,  de  juillet  et  d'août,  la 
mer  est  grosse  sur  les  côtes  sud-ouest  et  sud  et  les  vents 
soufflent  alors  plus  ordinairement  du  sud-est  et  de  l'est. 

Les  mois  de  septembre,  d'octobre  de  novembre,  et  une 


NOTICE  SUR  TAHITI.  167 

fyarlie  de  décembre  sont  de  beaux  mois,  pendant  lesquels 
»otifflent  de  fraîches  brises  d'est,  variables  de  l'est-nord-est 
à  rest-<sud-est. 

La  fin  de  décembre  est  généralement  regardée  comme  le 
commencement  des  mauvais  temps  et  de  la  saison  plu- 
vieuse qui  dure  jusqu'à  la  fin  de  mars*  Le  mois  de  mars 
est  ordinairement  accompagné  de  tonnerres  et  d'éclairs. 

Par  rapport  à  Papeete^  port  principal  de  l'île,  les  vents 
peuvent  être  considérés  comme  réguliers  pendant  toute 
l'année,  à  l'exception  des  mois  de  janvier,  de  février  et  de 
mars.  Si  les  vents  adonnent  un  peu  vers  le  sud,  il  peut 
arriver  que  la  brise  ne  conduise  pas  jusqu'au  port  de  Pa- 
peete;  mais  elle  conduira  toujours  jusqu'à  une  petite  dis- 
tance, à  Taunoa,  par  exemple,  quelquefois  même  jusqu'à  la 
pointe  de  Farcute,  et  enfin,  dans  quelques  cas,  jusqu'à  la 
passe  elle-même.  En  même  temps,  on  trouve  entre  les  îles 
de  Tahiti  et  de  Moorea  un  tourbillon  de  vents  soufflant  du 
sud^ouest  ou  de  l'ouest,  produit  par  la  rencontre  des  vents 
qui  viennent  de  chaque  côté  de  l'île  et  par  l'influence  de 
Moorea,  et  qui  dans  beaucoup  de  cas  est  très  favorable  aux 
bàtimesits  qui  cherebent  à  entrer  dans  le  port  de  Papeete. 

Quand  le  vent  do  nord-est  vient  mourir  à  la  passe  et  n'est 
pas  suffisant  pour  conduire  les  bâtiments  jusque  dans  le 
port,  il  peut  arriver  que  la  rencontre  de  la  brise  de  mer  et 
du  tourbillon  dont  je  viens  de  parler,  produise  du  calme 
dans  la  passe,  et  rende  rentrée  dangereuse  pour  les  navires. 

Dans  quelques  cas,  on  peut  arriver  tout  près  de  l'entrée 
de  la  passe  avec  une  forte  brise  d'est,  et  Taire  seule  du  navire 
le  menant  jusqu'à  la  rencontre  du  tourbillon  qui  souffle  en 
sens  contraire,  on  peut,  en  orientant  convenablement  ses 
voiles,  en  profiter  et  donner  dans  la  passe. 

Quand  un  navire  venant  de  Test  trouve  les  vents  mau-' 
vais  pour  entrer  à  Papeete,  il  doit  mettre  le  cap  sur  Moo< 
rea,  piquer  dans  le  vent  jusqu'à  ce  qu'il  relève  Papeete  au 
sud-est  et  alors  laisser  arriver  peu  à  peu  jusqu'à. ce  qu'il 


168  NOTICE  SUR  TAHITI. 

rencontre  le  courant  de  vents  qai  le  conduira  jusque  dans 
le  I  orty  s'il  n'est  pas  trop  faible.  Il  esta  remarquer  que  plus 
les  vents  alises  sont  forts  au  large,  plus  le  tourbillon  de  vents 
est  fort  aussi. 

Avec  les  vents  d'est,  on  peut  compter  sur  une  forte  brise 
de  terre.  Avec  les  vents  du  nord  ou  de  l'ouest^  on  ne  trouve 
que  peu  ou  point  de  brise  de  terre. 

Le  courant  sort  toujours  à  Papeete,  et  même  quand  il  n'est 
pas  apparent  à  la  surface,  il  a  encore  profondément  une 
action  sensible  sur  les  navires. 

Les  mois  d'avril,  mai,  juin,  juillet,  août  et  septembre  peu- 
vent être  regardés  comme  les  plus  favorables  pour  la  navi- 
gation de  Tahiti  à  Yalparaiso.  A  l'exception  des  mois  de 
décembre,  de  janvier,  de  février  et  de  mars,  toutes  les  épo- 
ques de  Tannée  sont  indifférentes  pour  la  navigation  de 
Yalparaiso  à  Tahiti. 

Pour  aller  de  Tahiti  à  la  Nouvelle-Zélande  ou  à  Sidney, 
les  mois  les  plus  favorables  sont  ceux  d'octobre,  novembre, 
décembre,  janvier,  février  et  mars. 

De  Sidney  et  de  la  Nouvelle-Zélande  à  Tahiti,  ce  sont  les 
mois  d'avril,  de  mai,  de  juin,  de  juillet,  d'août  et  deseptembre . 

De  Tahiti  aux  Sandwich,  la  meilleure  époque  de  Tannée 
est  de  mai  à  novembre.  Des  Sandwich  à  Tahiti,  c'est  de 
décembre  en  avril. 

M.  Henry  a  fait  de  nombreuses  observations  sur  les  vents 
dans  les  archipels  voisins  de  Tahiti.  Il  a  remarqué  que  depuis 
vingt  ans,  ces  vents  sont  très  variables  et  très  incertains' 
Les  vents  alises  ne  sont  plus  si;  réguliers  maintenant;  ils 
sont  souvent  violents  et  accompagnés  de  grains.  Dans  ces 
dernières  années,  on  a  éprouvé  des  orages  terribles* dans  les 
parages  de  Tongatabu,  des  Samoa,  des  Fidji,  et  en  tirant 
vers  Test,  jusque  vers  les  îles  Harvey.  Les  mois  de  décembre, 
de  janvier,  de  février  et  de  mars  sont  ceux  où  ces  orages 
sont  le  plus  fréquents. 

Paris,  jain  1851. 


COMMUNICATIONS 


LES   RESTES  DE  CHRISTOPHE   COLOMB,  PAR    LE    CAPITAINE  BARON 

G.   DE  CONTENSON  *. 

Ce  ne  sera  diminuer  en  rien  le  mérite  des  Livingstone,  des 
Stanley  et  de  tous  ceux  qui  ont  exploré  le  centre  inconnu 
des  anciens  continents,  de  dire  qu'ils  doivent  céder  le  pas 
à  Christophe  Colomb  ;  alors  que  ses  contemporains  n'étaient 
pas  très  sûrs  que  la  terre  fût  ronde,  alors  que  les  navigateurs 
ne  perdaient  guère  de  vue  les  côtes,  cet  homme  dont  le 
nom  est  immortel  ne  craignit  pas  de  se  lancer  dans  l'im- 
mensité de  l'Océan  avec  la  résolution  de  pousser  droit  de- 
vant lui,  jusqu'à  ce  qu'il  abordât  «aux  rivages  que  lui  mon- 
trait son  génie.  Il  devait  être  soutenu  par  une  foi  bien  vive, 
cet  amiral  décidé  à  épuiser,  plutôt  que  de  revenir  en  ar- 
rière, toutes  les  ressources  que  portaient  ses  trois  bateaux, 
la  Nina,  la  Pinta  et  la  Santa-Maria,  dont  le  plus  gros  ne 
jaugeait  pas  100  tonneaux. 

On  pourrait  faire  un  tableau  fantastique  de  cette  petite 
flotte  à  qui  des  horizons  inconnus  semblaient  présager  un 
océan  sans  limites,  qui  hésite,  et  qu'entraîne  en  avant  la 
volonté  puissante  du  grand  capitaine  dont  l'œil  prédestiné 
entrevoit  la  terre  par  delà  l'espace. 

Certes,  il  a  bien  mérité  de  l'humanité  celui  qui  a  livré  un 
nouveau  monde  à  l'activité  et  à  la  civilisatidfe  de  l'Europe; 
mais  nous  ne  saurions  pas  oublier,  dans  notre  reconnais- 
sance, le  peuple  et  la  grande  reine  qui  lui  en  fournirent  les 
moyens. 

L'Espagne  est  fière  de  l'hospitalité  qu'elle  offrit  à  Colomb, 
et  tout  ce  qui  touche  à  celui  qui  reçut  la  fameuse  devise 

1.  Communication  adressée  à  la  Société  de  Géographie  dans  sa  séance 
du  7  mai  1880. 


170        LES  RESTES  DE  CHRISTOPHE  COLOMB. 

(I  à  Câslilla  y  Léon  nuevo  mondo  dio  Colon  »  y  impres- 
sionne vivement  l'opinion  publique.  Aussi  a-t-on  reçu  avec 
émotion  la  nouvelle  répandue  en  1877,  à  grand  renfort  de 
publicité,  que  l'on  venait  de  découvrir  dans  la  cathédrale  de 
Saint-Domingue  les  restes  du  premier  amiral  des  Indes,  que 
ont  le  monde  croyait  reposer  depuis  80  ans  dans  l'île  de 
Cuba,  sous  les  voûtes  de  la  cathédrale  de  la  Havane. 

Le  gouvernement  de  Madrid  chargea  aussitôt,  par  un 
décret  royal  en  date  du  23  octobre  1878,  l'Académie  Royale 
d'Histoire  de  faire  des  recherches  sur  l'exactitude  des  pré- 
tentions de  l'ile  de  Saint-Domingue,  et  d'émettre  son  opi« 
nion  sous  forme  de  rapport. 

La  savante  confrérie  a  publié  en  1879  le  résultat  de  sea 
travaux  ;  ils  établissent  que  les  restes  du  grand  explorateur 
dont  l'Espagne  est  si  glorieuse,  existent  à  la  Havane  encore 
à  l'ombre  du  drapeau  qui  flottait  aux  mâts  de  la  petite 
escadre  de  1492. 

Le  mémoire  de  FAcadémie  d'Histoire  commence  par  rela« 
ter  les  pérégrinations  qu'ont  dû  subir  les  cendres  de  Cbris^ 
tophe  Colomb,  avant  d'arriver  sur  la  terre  où  il  avait  mani- 
festé le  désir  qu'elles  reposassent  un  jour. 

Puis  elle  fait  le  récit  de  la  translation  opérée  en  1795,  avec 
les  preuves  qui  permettent  d'affirmer  que  l'on  mit  bien  alors 
la  main  sur  les  restes  authentiques  de  Christophe  Colomb; 
enfin  l'Académie  combat  les  conclusions  du  factum  de 
révêque  d'Orope,  soutenu  officiellement  par  le  gouverne- 
ment de  Saint-Domingue,  et  en  proclame  la  fausseté. 

Nous  laisserons  de  côté  les  questions  de  polémique  et 
nous  suivrons  seulement,  à  l'aide  de  la  partie  historique, 
les  restes  du  grand  explorateur  dans  leurs  différentes 
étapes. 

Christophe  Colomb  mourut  à  Valladolid,  le  20  mai 
1506. 

On  sait  qu'après  la  mort  d'Isabelle  la  Catholique,  le  seul 
génie  capable  de  comprendre  son  œuvre,  l'amiral  eut  à  se 


LEg  RESTKft^  Pfi  CBIUSTCNPHE  COLOMB.  171 

pkiindre  de  là  cour  ;  mais  il  ne  faut  pas  s'exagérer  ces  griefs^ 
et  croire  qu'il  mourut  dans  la  misère. 

Tous  ses  contemporains^  comme  Tusage  en  est  encore 
très  répandu  dans  les  pays  du  midi,  étaient  affiliés  à  un 
tiert^ovdre  ou  confrérie*  Ces  associations  avaient  pour  but 
l'assistance  au  moment  de  la  mort  et  le  soin  des  funérailles. 

Christophe  Colomb,  qui  appartenait  à  la  confrérie  de 
Saint-François»  mourut  entre  les  bras  des  membres  de 
cette  association  et  ses  restes  furent  conduits  par  eux,  après 
une  pompeuse  cérémonie,  au  couvent  des  Franciscains,  oii 
ils  furent  ensevelis. 

On  ne  sait  pas  précisément  si  une  inscription  fut  alors  gra- 
vée sur  la  tombe  ;  Washington  Irving  dit  cependant  que  Fer- 
dinand le  Catholique  fît  élever  à  Colomb  un  monument  où 
il  fit  graver  les  dewb  \ers  connus  ; 

Por  Castilla  y  Léon 
Nuevo  mondo  hallo  Colofl. 

(Par  Castille  et  Léon  un  nouveau  monde  trouva  Colomb,) 

Mais  le  séjour  du  précieux  dép6t  dans  cette  sépulture 
était  tout  à  fait  provisoire,  et  seulement  pour  attendre  qu'on 
pût  le  transporter  au  couvent  de  las  Cuevas,  hors  des  murs 
de  SéviUe.Les  cendres  de  Colomb  n'y  devaient  même  rester 
que  jusqu'au  jour  où  on  les  conduirait  définitivement  dans 
le  nouveau  monde,  selon  les  dernières  volontés  que  Tamiral 
avait  exprimées  aux  siens. 

La  date  précise  du  transfert  à  Séville  ne  peut  être  connue 
exactement;  plusieurs  sont  mises  en  avant.  Cette  date  doit 
être  comprise  entre  les  années  1507  et  1523,  c'est-à-dire 
dans  la  période  qui  suivit  sa  mort  et  celle  dans  laquelle  fut 
écrit  le  testament  de  Diego  Colon,  fils  du  «premier  amiral  », 
dans  lequel  il  déclare  que  les  restes  de  son  père  se  trouvent 
au  monastère  de  ks  Cuevas  h  Séville. 

Martin  Femandez  Navarrete,  s'appuyantsur  un  document 
copié  aux  arcbires  de  Séville,  adopte  la  date  de  1513. 


172  LES  RESTES  DE  CHRISTOPHE  COLOMB. 

Les  annales  du  couvent  de  las  Guevas  relatent  que  le 
cercueil  renfermant  les  restes  de  Christophe  Colomb  fut 
placé  dans  une  chapelle  que  fit  exécuter  le  prieur  D.  Diego 
Luxan  l'année  suivante. 

Mais,  comme  le  fait  observer  l'Académie,  au  xvi«  siècle 
les  choses,  qui  ne  se  faisaient  pas  vitepour  les  vivants,  étaient 
encore  plus  lentes  pour  les  morts;  il  n'est  pas  probable 
que  les  travaux  aient  été  terminés  dans  le  cours  d'une 
année.  L'Académie  serait  donc  disposée,  sans  l'affirmer 
d'une  façon  positive,  à  se  rallier  à  la  date  vraisemblable  de 
1513,  donnée  par  Navarrete. 

Passons  à  la  seconde  translation. 

Un  brevet  royal  daté  du  2  juin  1537,  de  Séville,  fait 
mention  d'une  supplique  adressée  à  l'empereur  Charles  V 
par  Dona  Maria  de  Toledo,  veuve  du  deuxième  amiral  des 
Indes,  et  belle-fille  de  Christophe  Colomb,  dans  laquelle  elle 
demande,  au  nom  et  comme  tutrice  et  curatrice  de  D.  Luis 
Colon,  son  fils,  que  la  chapelle  principale  de  la  cathédrale 
de  Saint-Domingue  lui  soit  accordée  pour  y  transporter, 
conformément  aux  dernières  volontés  de  l'amiral,  ses  osse- 
ments déposés  pour  le  moment  dans  le  couvent  de  las 
Cuevas. 

L'empereur,  en  reconnaissance  des  services  rendus, 
accorde  la  faveur  demandée  «  pour  Christophe  Colomb,  son 
»  fils,  petit-fils,  et  tous  ses  héritiers  et  descendance,  pour 
))  toujours  et  à  perpétuité.  » 

Dans  son  testament,  écrit  un  mois  avant  sa  mort,  Chris- 
tophe Colomb  avait  formé  le  vœu  qu'il  fût  érigé  dans  l'île 
d'Espagne  (Saint-Domingue),  et  si  cela  était  possible  dans  la 
ville  de  la  Conception ,  une  chapelle  desservie  par  trois  prêtres 
yt  qui  diraient  chaque  jour  trois  messes,  une  en  l'honneur  de 
({ la  Sainte-Trinité,  une  en  l'honneur  deNotre-Dame  et  Tau- 
((  tre  pour  le  repos  de  l'âme  de  tous  les  fidèles  défunts,  pour 
«  celui  de  la  mienne,  de  celle  de  mon  père,  de  ma  mère  et 
«  de  ma  femme....  et,  si  cela  se  peut  faire  dans  l'île  d'Bspa- 


LES  RESTES  DE  CHRISTOPHE  COLOMB.  173 

3>  gne  que  Dieu  me  permit  de  découvrir  miraculeusement 
»  je  serais  heureux  que  ce  fût  au  lieu  môme  où  j'invo- 
»  quais  la  Vierge,  c'est-à-dîre  dans  la  plaine  appelée  la  Con- 
»  ception.  » 

Diego  Colon,  fils  du  premier  amiral,  ne  put  exécuter  les 
volontés  de  son  père,  mais  par  testament,  il  laissa  à  son  fils 
le  soin  de  construire  au  point  indiqué  par  celui-ci,  non 
plus  une  modeste  chapelle,  mais  tout  un  couvent  de  reli- 
gieuses claristes  et  d'y  établir  le  panthéon  de  la  famille. 
Charles  V  fit  encore  mieux:  il  assigna  le  chœur  de  la  cathé- 
drale de  Saint-Domingue. 

Les  annales  du  monastère  de  las  Cuevas,à  Séville,  relatent 
qu'en  1536  les  restes  de  Christophe  Colomb  et  de  son  fils 
Diego  furent  remis  à  la  famille  pour  être  transportés  à  l'île 
de  Saint-Domingue, 

Cette  prise  de  possession  et  l'inhumation  |qui  suivit  sup- 
posent un  transport  immédiat;  l'Académie  serait  donc  por- 
tée à  croire  que  ces  restes  traversèrent  TOcéan  cette  même 
année.  On  ne  sait  pas  positivement  quel  lieu  les  reçut 
provisoirement,  mais  ils  ne  furent  pas  placés  dans  la 
cathédrale  avant  quatre  ans.  En  effet,  bien  que  les  des- 
tructions successives  des  archives  de  la  cathédrale  de 
Saint-Domingue  ne  permettent  pas  de  fixer  exactement  la 
date  de  cet  événement,  l'Académie  assigne,  d'après  des 
preuves  péremptoires,  les  deux  limites  extrêmes  de  1540 
à  1559. 

La  première  ordonnance  royale  de  Charles  V,  datée  du 
2  juin  1537  et  confirmée  le  22  août,  ne  leva  pas  tous  les 
obstacles,  car  D.  Luis,  ou  mieux  sa  mère  Dona  Maria  de 
Tolcdo,  veuve  de  Diego,  fils  de  Christophe,  avait  demandé, 
dans  sa  supplique,  que  le  chœur  de  la  cathédrale  fût  mis 
à  sa  disposition  pour  y  placer  les  restes  qui  reposaient  à 
Séville;  et  malgré  ces  deux  ordonnances  royales  le  chapi- 
tre soulevait  sans  doute  des  difficultés,  puisque  le  souve- 
rain dut  expédier  une  nouvelle  lettre  ou  provision  à  la  date 


174  LES  RESTES  DE  CHRISTOPHE  COLOMB. 

du  5  novembre  1540  pour  briser  les  résistances  de  l'évêqoe. 
du  doyen  et  du  chapitre  de  ladite  cathédrale. 

D'autre  part,  Barthélémy  de  Las  Casas  dit  dans  son  His- 
toire des  Indes  j  dont  la  dédicace  porte  la  date  de  1559  :  «  On 
))  transporta  ses  restes  (de  l'amiral  Christophe  Colomb)  i 
»  las  Cuevas  de  SévilIC;  couvent  de  Chartreux,  et  de  là  à  la 
»  cathédrale  de  Saint-Domingue,  où  ils  reposent  aujourd'hui 
dans  le  chœur.  » 

C'est  donc  entre  ces  deux  dates  qu'il  faut  se  renfermer,  et 
la  précision  des  ordres  de  l'empereur  fait  incliner  plutôt  vers 
les  premières  années  de  cet  espace  de  dix  neuf  ans,  c'est-à- 
dire  vers  1541,  d'autant  plus  que  D.  Antonio  Lopez  Prieto, 
dans  un  mémoire  savamment  rédigé,  cite  un  passage  d'une 
«  Histoire  de  l'île  d'Espagne  »  dans  laquelle  D.  Alonzo  de 
Fuenmayor,  premier  évoque  de  ce  diocèse  écrit,  en  se  réfé- 
rant à  l'année  1549,  que  la  sépulture  oîi  sont  renfermés  les 
restes  de  Christophe  Colomb  est  en  grande  vénération  dans 
la  cathédrale  de  la  capitale  de  l'île. 

L'Académie  est  donc  disposée  à  accepter  cette  dernière 
date,  d'autant  plus  qu'elle  se  trouve  comprise  dans  les  limi- 
tes indiquées  plus  haut;  mais  le  manuscrit  cité  par  Lopez 
Prieto  se  trouve  à  la  Havane  et  comme  elle  n*a  pu  l'exami- 
ner, elle  ne  peut  se  porter  garante  ni  de  son  authenticité, 
ni  de  ce  qu'il  affirme. 

Cette  prudence  de  la  part  du  corps  savant  dont  nous  ana- 
lysons en  ce  moment  le  travail  donne  une  grande  autorité 
à  ses  conclusions  et  beaucoup  de  poids  au  résultat  auquel 
l'ont  conduit  ses  récherches. 

.  On  ne  sait  si,  dans  l'origine,  il  y  eut  une  épitaphe  ou  in- 
scription sur  ce  tombeau  de  Christophe  Colomb;  toujours 
est-il  qu'elle  aura  disparu,  peut-être  à  la  suite  des  incur- 
sions des  pirates  qui  ravagèrent  souvent  ces  côtes. 

Avec  les  restes  du  fondateur  de  la  maison  furent  placés, 
dans  la  cathédrale  de  Saint-Domingue^  ceux  de  D.  Diego,  son 
fils^  et  on  peut  affirmer  également,  quoique  les  preuves  n'en 


LES  RESTES  DE  CHRISTOPHE  COLOMB.        175 

aient  pas  un  caractère  tout  à  fait  aussi  officiel,  ceux  de 
D.  Barthélémy  son  frère,  de  D.  Luis  et  D.  Christophe ,  » 
ses  petits-fils. 

Mais  les  événements  de  la  Révolution  française,  — qui  l'au- 
rait cru? —  devaient  encore  faire  prendre  la  mer  à  la 
dépouille  du  grand  navigateur. 

Par  le  traité  de  Bade,  du  22  juillet  1795,  l'Espagne  avait 
cédé  à  la  France  la  partie  de  Tîle  de  Saint-Domingue  que 
lui  avait  laissée  le  traité  de  Ryswick  de  1697. 

XJn  homme  de  cœur,  Tamiral  D.  Gabriel  d'Artizabal,  com- 
mandait alors  l'escadre  espagnole  des  Antilles.  H  conçut 
la  patriotique  pensée  de  transporter  les  cendres  de  Chris- 
tophe Colomb  à  la  Havane,  afin  qu'elles  ne  cessassent  pas 
de  reposer  à  Tombre  du  drapeau  national. 

On  procéda  à  la  levée  du  corps  avec  une  grande  pompe, 
en  présence  de  toutes  les  autorités  civiles,  ecclésiastiques,  de 
l'armée  et  de  la  marine,  ainsi  que  de  deux  représentants  du 
duc  de  Veragua. 

Le  procès-verbal  qui  fut  dressé  alors  s'exprime  ainsi  : 
»  On  ouvrit  une  voûte  qui  se  trouve  dans  le  chœur  du  côté 
j)  de  rÉvangile,  sur  le  mur  principal,  et  à  hauteur  des  gra* 
»  insddu  grand  autel.  Cette  voûte  mesurait  une  vare  (0«»,82) 
»  de  côté;  on  y  trouva  des  planches  de  plomb  de  55  centi- 
»  mètres  environ  qui  indiquaient  qu'il  y  avait  existé  une 
))  caisse  de  ce  métal.  Ou  trouva  également  des  fragments 
»  d'os  qui  parurent  appartenir  au  tibia  ou  à  quelque  autre 
»  partie  du  corps  humain.  Le  tout  fut  recueilli  dans  une 
))  assiette  avec  la  terre  qui,  par  sa  couleur  et  les  débris  d'os 
»  qu'elle  renfermait,  fut  reconnue  appartenir  aux  restes  de 
»  la  personne  qui  avait  été  enterrée  en  ce  lieu,  et  on  le  pla^a 
»  dans  une  caisse  de  plomb  doré  avec  une  serrure  en 
»  fer,  etc.,  etc.  » 

L'important  dépôt  fut  amené  en  grande  cérémonie,  par 
le  brigantin  le  Uescubridor,  à  bord  du  vaisseau  le  San- 
Lorenzo  qui  le  transporta  à  la  capitale  de  la  grande  Antille; 


176  LES   RESTES  DE  CHRISTOPHE  COLOMB. 

de  là  il  fut  conduit  processionnellement  à  la  cathédrale  et 
placé  dans  le  chœur,  du  côté  de  l'Évangile,  dans  une  niche 
que  Ton  oraa  d'un  buste  en  marbre  et  d'une  inscription 
latine  qui  existe  encore. 

Ce  seul  fait  accompli  par  l'amiral  d'Artizabal  mériterait  à 
son  nom  Thonneur  de  passer  à  la  postérité,  et  il  faut  se 
féliciter  que  cette  mesure  ait  mis  les  cendres  du  plus  illustre 
des  explorateurs  à  Tabri  des  outrages  auxquels  les  eussent 
exposées  les  troubles  qui  agitèrent  par  la  suite  l'île  de  Saint- 
Domingue.  Qui  sait,  en  effet,  si  les  nègres  de  Toussaint 
Louverture  ne  les  eussent  pas  jetées  au  vent,  comme  cela 
fut  sur  le  point  d'avoir  lieu  à  Mexico  pour  celles  de  Fer- 
nand  Certes,  qui  auraient  disparu  dans  la  sauvage  destruc- 
tion de  la  chapelle  de  l'hôpital  de  Jésus,  si  elles  n'avaient. 
é(é  recueillies  et  cachées  par  le  savant  historien  et  ministre 
Alaman? 

L'Académie  d'Bistoire  de  Madrid  consacre  la  suite  de  son 
mémoire  à  constater  que,  contrairement  à  ce  qui  était 
avancé  par  les  auteurs  dominicains  de  la  découverte  suppo- 
sée des  restes  de  Christophe  Colomb,  en  1877,  la  tradition 
avait  conservé  môme  pendant  le  courant  du  siècle  dernier 
le  souvenir  de  l'emplacement  exact  oîi  reposaient  les  cen- 
dres du  premier  amiral  des  Indes. 

Nous  bornant  au  point  de  vue  historique,  nous  ne  sui- 
vrons pas  D.  Manuel  Colmeiro,  le  consciencieux  auteur  du 
rapport  de  l'Académie,  dans  la  discussion  des  mobiles  qui 
poussèrent  le  gouvernement  de  Saint-Domingue  à  revendi- 
quer la  possession  des  restes  de  l'immortel  Génois. 


COMPTES  RENDUS  D'OUVRAGES 


LA  PROVINCE  CHINOISE  DU   YÛN-NAN,  PAR  M.  E.  ROCHER  ^ 

J'ai  l'honneur  de  présenter  à  la  Société  de  Géographie 
l'ouvrage' nouvellement  paru  de  M.  Emile  Hocher  sur  la  pro- 
vince chinoise  du  Yiin-nan. 

Gomme  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  le  rappeler,  M.  Rocher, 
aujourd'hui  membre  de  notre  Société,  a  quitté  l'arsenal 
de  Foti'tcheou  pour  aller,  en  septembre  1870,  au  Yiin-nan, 
où  il  est  resté  trois  années  ;  il  faisait  alors  partie  du  per- 
sonnel amené  dans  celle  province  par  notre  collègue  M.  Du- 
puis  pour  créer  et  organiser  à  l'européenne  un  matériel  de 
guerre  destiné  à  être  employé  par  les  autorités  chinoises 
dans  leur  lutte  contre  les  rebelles  mahomélans. 

C'est  pendant  cette  période  que  M.  Rocher  a  pris  les  notes 
qui  lui  ont  servi  à  rédiger  plus  tard  le  livre  qui  nous  occupe 
et  dont  je  vais  donner  un  aperçu. 

Les  deux  premiers  chapitres  sont  consacrés  à  l'itinéraire 
suivi  par  notre  voyageur  depuis  le  port  do  Han-Kow,  sur  le 
Yang-tzu-Kiang*,  ouvert  par  les  traités  au  commerce  euro- 
péen, jusqu'à  la  capitale  provincialedu  Yiin-nan.  C'est  le  jour- 
nal de  M.  Rocher  écrit  jour  par  jour,  dont  le  Bulletin  de  la 
Société  a  déjà  publié  des  extraits  ^.11  décrit  les  localités  par- 
courues et  les  difficultés  que  présentait  le  transport  d'un 
matériel  d'artillerie  par  cette  route,  aujourd'hui  encore  la 

1.  Compte  rendu  par  M.  L.  Dunoyer  de  Segonzac,  communiqué  à  la 
Société  dans  sa  séance  du  21  mai  1880. 

2.  Comme  M.  Rocher,  nous  adoptons,  pour  les  noms  chinois,  l'ortho- 
graphe établie  par  Sir  Thomas  Wade,  ministre  plénipotentiaire  d'Angle- 
terre en  Chine,  dans  son  Tiu-erhH>hi  ou  cours  de  chinois,  ouvrage  bien 
connu  des  sinologues.  Nous  dérogeons  toutefois  à  cette  règle  pour  les 
localités  habitées  par  des  résidents  européens,  et  dont  les  noms,  depuis 
longtemps  vulgarisés,  s'écrivent  avec  des  orthographes  différentes. 

3.  Voir  Bulletin  de  la  Société,  no  de  décembre  1877,  p.  602. 

soc.  DE  GÉOCR.  —  AOUT  1880.  XX.  —  12 


178  LA  PROVINCE  CHINOISE  DU  YUN-NAN. 

principale  voie  de  oommunication  du  Yûn-aaa  avec  le  centre 
de  la  Chine. 

Les  deux  chapitres  suivants  donnent  les  itinéraires  suivis 
de  Yiin-nan-fuàCh*êng-Ghianget  àHsin-hsin.  C'est  pendant 
ces  voyages,  et  ceux  qu'il  fit  plus  tard  à  Meng*tz6,  à  Ta- 
chuang  et  à  Man-hao,  —  cette  dernière  localité  située  sur 
le  haut  du  cours  due  Pleuve  Rouge,  —  que  M.  Rocher  a  pu 
se  rendre  bien  compte  des  ressources  du  pays  qu*il  décrit 
en  homme  pratique,  désireux  de  se  renseigner  sur  les  avan- 
tages commerciaux  qu*il  peut  offrir. 

Le  chapitre  v  du  premier  volume  renferme  un  essai  his- 
torique sur  la  province  du  Tûn-nan  d'après  des  documents 
chinois,  depuis  2000  ans,  époque  à  laquelle  leYûn-nan  s'est 
trouvé  pour  la  premièrefois  en  rapport  direct  avec  la  Chine. 
Trois  noms  attirent  surtout  l'attention  dans  ce  court  résumé 
historique.  Le  premier  est  celui  du  lettré  Chu  Ko-Iiang, 
général  heureux  et  sage  organisateur;  il  vécut  au  com- 
mencement du  III*  siècle  de  notre  ère.  Le  deuxième  nom 
est  celui  de  Kolo-fêng  qui  monta  sur  le  trône  en  748;  il 
débarrassa  son  pays  de  la  présence  des  Chinois,  s*y  établit 
en  maître  et  lui  donna  le  nom  de  Taméng-Euo.  En6n,  le 
troisième  nom  à  citer,  et  qui  rappelle  pour  le  Yûn-nan 
une  période  fortunée,  est  celui  de  Wu-san-Kuei.  Ce  célèbre 
général  était,  vers  1644,  au  moment  de  la  chute  de  la  dy- 
nastie des  Ming,  en  garnison  à  Shan-haï>kuan,  et  il  devint 
plus  tard  Toiganisateur  heureux  et  aimé  des  peuples  de  la 
province  du  Yun-nan,  dans  laquelle  il  mourut.  Sous  le  règne 
de  ce  prince,  qui  avait  été  amené  à  se  mettre  en  lutte  avec 
la  dynastie  tartare  aujaurd'hui  régnante,  dont  il  avait  d'abord 
favorisé  Tétablisseoient,  Pindustrie  des  métaux,  jusqu^ors 
dans  l'enfance,  prit  de  grands  développements. 

Le  chapitre  i^  da  second  volume  est  consacré  aux 
aborigènes  du  Yûn-nan,  qui  portent  les  noms  de  Miao-tzû, 
de  Maihtiù,  de  Pa-i,  de  Lo-lo  ou  de  I*jèn,  et  aux  produits 
du  croisement  de  ces  races  avec  les  Chinois,  les  Lao-Uens  et 


LA  PROVINCE  CHINOISE  DU  YUN-KAN.  179 

les  Tbibétains,  qui  sont  coanus  sous  les  uoois  de  Min-chia, 
I-chia,  etc. 

Yiennent  ensuite  cinq  chapitres  consacrés  à  la  rébellion 
musulmane  et  qui  comblent  une  lacune  importante  dans 
l'histoire  moderne  de  la  Chine.  M.  W.-F»  Mayers  dans  le 
Fraser' B  Magazine  de  novembre  1872,  et  M.  Dabry  de  Tbier- 
sant  dans  diverses  publications  et  dans  un  livre  étendu,  ont 
fait  jusqu'ici  des  recherches  sur  cette  question;  mais  au- 
cun auteur  n'a  pu  encore  porter  dans  ces  études  la  préci- 
sion dont  M,  Rocher  fait  preuve,  grâce  à  l'avantage  qu'il 
avait  d'être  sur  les  lieux  et  en  relations  fréquentes  avec 
les. principaux  acteurs  de  la  lutte.  11  nous  montre  cette  san* 
glante  tragédie  dont  il  faut  rechercher  l'origine  à  Tannée 
1855.  dans  un  conflit  survenu  à  propos  de  filons  de  mines 
argentifères,  contestés  entre  musulmans  et  Chinois;  il  nous 
fait  voir  la  faiblesse  des  autorités  provinciales,  incapables 
d'arrêter  ces  troubles  à  leurs  débuts,  et  laissant  s'accomplir, 
le  19  mai  1856»  un  massacre  des  musulmans  qui  achevait  de 
mettre  aux  prises  les  deux  camps. 

M»  Rocher  nous  raconte  en  détail  les  événements  princi- 
paux de  cetle  guerre,  les  épisodes,  les  perfidies  et  les  cri- 
mes dont  elle  fut  souillée.  Elle  ne  fut  terminée  qu'après 
seize  années  et  après  avoir  épuisé  les  ressources  et  la  popul- 
ation du  Yiin-nan. 

Le  chapitre  vu  du  deuxième  volume  est  consacré  à  la 
métallurgie  du  Yûn-nan.  Les  connaissances  mécaniques 
de  M.  Rocher,  sa  position  de  créateur  d'un  petit  arsenal  lui 
donnent  une  compétence  spéciale  dans  ces  questions.  La 
province  de  Yûnnian  est,  au  point  de  vue  des  minerais,  une 
contrée  des  plus  riches»  On  y  trouve  en  abondance  le  fer  et 
le  cuivre;  l'étain  ne  s'y  rencontre  que  dans  une  seule  loca- 
lité, à  Kuo-chiu,  près  de  Lui-an,  mais  il  y  est  la  source 
d'une  industrie  prospère.  L'or  et  l'argent  se  trouvent  aussi 
dans  cette  province  en  quantités  notables;  ils  y  sont,  ainsi 
que  le  mercure,  un  objet  d'exploitation  importante.  Enfin 


180  LA  PROVINCE  CHINOISE  DU  YON-NAN. 

le  Yiin-nan  renferme  d'autres  produits  moins  importants, 
tels  que  le  saphir,  la  topaze,  le  rubis  et  d'autres  pîerreN 
précieuses*  Des  planches  intercalées  dans  le  texte  de  l'ou- 
vrage font  connaître  les  procédés  d'exploitation  des  Chi- 
nois. Une  liste  des  mines  exploitées  est  donnée  pour  chaque 
département  du  Yûn-nan  ;  l'état  de  trouble  de  la  province 
n'a  malheureusement  pas  permis  d'établir  avec  quelque 
certitude  le  rendement  possible. 

Le  viii°  et  dernier  chapitre  du  second  volume  intéresse 
particulièrement  la  géographie  :  c'est  une  étude  sur  les 
routes  commerciales  du  Yùn-nan.  Six  voies  de  communi- 
cation  sont  libres  à  présent  pour  le  commerce  du  Yiin-nan 
avec  l'extérieur,  mais  une  seule  offre  les  avantages  pratiques 
voulus,  c'est  celle  du  Fleuve  Rouge. 

D'après  M.  Rocher,  il  faut  quatre-vingts  jours  pour  se 
rendre  de  Han-Kow  à  Yiin-nan-fu  par  le  Yang-lzû-chiang 
et  le  lac  Tung-t'ing.  Les  frais  de  transport  à  dos  de  mu- 
let d'une  charge  de  60  kilogrammes  sont  de  65  francs;  dans 
ce  chiffre  ne  figurent  pas  les  droits  de  douanes  intérieures, 
ni  ceux  de  transport  par  eau,  qui  sontélevés.  Lesautres  voies 
de  communication  qui  se  dirigent  vers  le  centre  de  la 
Chine  sont  moins  onéreuses,  mais  prennent  beaucoup  plus 
de  temps. 

Dans  l'ouest  de  la  province  se  trouve  La  route  de  Ta-ll-fu 
à  BhamOy  que  les  Anglais  de  l'Inde  s'efforcent  d'ouvrir.  Le 
trajet,  qui  dure  de  dix- huit  à  vingt  jours  d'une  ville  à  l'autre, 
est  rendu  des  plus  pénibles  et  des  plus  coûteux  par  les  hautes 
chaînes  de  montagnes  que  franchit  la  route;  aussi  les  marchan- 
dises qui  viennent  de  l'ouest  par  cette  route  dépassent-elles 
rarement  Ta-li*fu  ;  leur  transport  coûterait  71  francs  par  iHÙ 
kilogrammes  jusqu'à  Yûn-nan-fu,  ce  qui  est  excessif  pour  la 
plupart  des  marchandises  et  rend  cette  voie  peu  avanU- 
geuse. 

Une  cinquième  route  est  celle  qui  met  en  communicaliou 
le  Yûa*nan  avec  Canton  par  le  fleuve  Hsi-Chiang.  Elle  de- 


LA  PROVINCE  CHINOISE  DU  YUN-NAN.  181 

mande  quatre-vingt-dix  jours  aux  produits  pour  les  trans- 
porter de  Canton  à  Yiin-nan-fu.  Les  obtaeles  de  la  rivière 
et  les  nombreux  pirates  qui  infestent  ses  bords  auraient 
vite  fait  abandonner  cette  voie  dès  que  ia  route  du  Fleuve 
Rouge  serait  régulièrement  pratiquée. 

D'après  M.  Rocher  il  faut  seulement  trente-cinq  joiirs, 
dont  dix  de  voyage  par  terre,  pour  se  rendre,  par  la  vallée 
du  Fleuve  Rouge,  de  Ha-noï  à  Yûn-nan-fu.  Ce-chiffre  suffit 
pour  révéler  les  avantages  qu'offre  celte  voie  de  communi- 
cation et  combien  il  est  désirable  qu'elle  soit  ouverte  réel- 
lement et  puisse  être  mise  à  profit  sans  entraves. 

L'ouvrage  de  M.  Rocher,  qui  contient  une  carte  du  Yiin- 
nan,  se  termine  par  des  noies  sur  la  peste  en  Chine  qui 
ont  déjà  fait  l'objet  d'une  précédente  communication  à  la 
Société*. 

Pour  terminer  cet  exposé,  je  constate  combien  est  oppor- 
tune la  publication  d'un  excellent  livre  destiné  à  porter  la 
lumière  sur  un  des  côtés  de  la  question  du  Tonkin,  dont  le 
gouvernement  et  nos  pouvoirs  publics  s'occupent  actuel- 
lement ajuste  titre. 

1.  Voir  le  Bulletin  do  la  Société,  no  de  décembre  1879,  p.  504. 


CORRESPONDANCES 


la  rivière  sagalïud  et  les  douli  doupis  (ile  de  bornêo), 
par  le  d*^  montano,  chargé  de  mission  du  ministère  de 
l'instruction  publique  ^ 

A  bord  du  Pasigi  près  Davao  (Mindanao),  9  avril  1880. 

Nous  sommes  arrivés  le  22  janvier  à  Elok  Poora,  situé  à 
l'extrémité  nord  de  la  côte  occidentale  du  golfe  de  San- 
dakan.  Cette  ville,  ou  plutôt  ce  petit  village  formé  de  quel- 
ques cases^  est  de  création  toute  récente  et  administré  par 
un  des  résidents  (gouverneur)  de  la  «  British  Bornéo  Com- 
pany. »  Celte  compagnie  anglaise  vient  d'acquérir  des  sul- 
tans de  Broenéi  et  de  Soulou  tout  le  territoire  qui  s'étend 
de  la  baie  Santa-Lucia  (côte  orientale  de  Bornéo)  à  la  rivière 
Bintoeloe  sur  la  côte  occidentale,  un  peu  au  nord  de  La- 
boean»  Il  faut  se  féliciter  de  l'arrivée  des  Européens  dans 
ces  régions,  derniers  repaires  delà  piraterie  ;  la  compagnie, 
dont  les  ressources  sont  puissantes,  est  bien  organisée,  et 
on  peut  espérer  que  son  influence  contribuera  efficacement 
à  l'abolition  de  l'esclavage,  encore  en  pleine  vigueur  sur  tous 
les  points  des  côtes  qui  reconnaissent  ou  reconnaissaient 
plus  ou  moins  l'autorité  du  sultan  de  Soulou. 

La  «  British  Bornéo  Company  »  a  aussi  des  résidents  à 
Tampasog  et  Papa,  sur  la  côte  nord  ;  mais  n'ayan  pas  visité  ces 
points,  je  ne  puis  vous  donner  des  détails  que  sur  Ja  baie  de 
Sandakan.  Nous  y  avons  reçu  le  meilleur  accueil  du  rési- 
dent, M.  W.  B.  Pryer,  qui  s'est  empressé  de  mettre  une 
case  à  notre  disposition  et  qui  a  fait  tout  ce  qui  lui  était 
possible  pour  faciliter  nos  recherches  ;  elles  ont  été  cepen- 
dant bien  difficiles,  mais  celte  difficulté  est  seulement  im- 
putable aux  circonstances;  les  environs  d'Elok  Poora  sont 

1«  Communication  due  à  Tobligeance  de  M.  le  Ministre  de  l'Instruction 
publique. 


LA  RIVIÈRE  SÂGALIUD  ET  LES  BOULI  DOUPIS.  18^ 

d*ailleurs  peu  favorisés  sous  le  rapport  de  l'histoire  naturelle* 
Dès  les  premiers  jours  de  notre  arrivée,  un  heureux  ha- 
sard me  fit  rencontrer  deux  indigènes  appartenant  à  la  race 
des  Bouli  Doupis,  race  non  décrite  et  très  remarquable  par 
ses  caractères  anthropologiques,  qui  diffèrent  si  essentielle- 
ment de  ceux  des  Malais  et  des  Maures,  ainsi  que  vous  pour* 
rez  en  juger  par  l'examen  de  nos  observations  et  de  nos 
photographies.  Je  résolus  d'aller  étudier  ces  indigènes  chez 
eux,  dans  un  de  leurs  villages  situé  sur  la  rivière  Sagaliud, 
qui  débouche  au  fond  du  golfe  de  Sandakan. 

Malgré  l'intervention  directe  de  M.  W.  B.  Pryer,  qui  me 
donna  deux  rameurs,  le  seul  praw  que  je  pus  me  procurer 
était  tellement  petit  que  M.  Rey  et  moi  ne  pouvions  y  aller 
ensemble  ;  les  ressources  de  la  naissante  Elok  Poora  sont 
excessivement  limitées.  M.  Rey  resta  donc  à  Elok  Poora  et, 
je  partis  le  5  février  avec  mon  domestique  Tagal,  indispen- 
sable àlamanœuvre,  etmon  bagage,  qui,  bien  que  réduitaux 
armes  et  instruments  les  plus  indispensables,  encombrait 
singulièrement  ma  légère  embarcation. 

Le  golfe  de  Sandakan  est  semé  d'îles  nombreuses  et  pré- 
sente en  plusieurs  points  des  bas-fonds  ;  néanmoins  les  na- 
vires d'un  fort  tonnage  peuvent  y  naviguer  sans  difficulté  ; 
les  côtes,  profondément  découpées,  eurent  de  nombreux 
mouillages,  et,  sur  la  côte  ouest  sont  de  nombreux  points 
où  les  navires  peuvent  accoster  à  quelques  mètres  du  bord. 
L'entrée  du  golfe  est  sans  dangers;  elle  présente  seulement 
des  courants  de  marée  assez  violents  dus  aux  dimensions 
restreintes  de  la  passe.  Mais  en  ce  moment  quelques  praws 
de  Biadjaws  et  quelques  rares  schoonerfs  de  Laboen,  de 
Soulou  et  de  Tawi-Tawi  sillonnent  seuls  ces  eaux  que  ne 
troublent  jamais  les  gros  temps- 
Toute  la  région  du  golfe  de  Sandakan  paraît  uniquement 
constituée  par  du  grès.  La  côte  ouest  est  formée  de  collines 
élevées,  chargées  de  forêts  et-,  en  quelques  points,  par  des 
falaises  à  pic  dont  les  stratifications  plongent  de  Test  vers 


LA   RIVIÈRE   SAGALIUD  ET  LES  BOULI  DOUPIS.  185 

rôuest  sons  un  angle  d'environ  45**.  La  végétation,  très 
abondante,  est  surtout  constituée  par  des  FicuSj  des  Dipté- 
rocarpées  et  par  un  très  grand  nombre  i'upas.  La  côte, 
beaucoup  plus  basse,  est  couverte  de  Cicadées,  ùe  Casuari- 
nées  et  de  rotangs  ;  la  roche  y  est  beaucoup  moins  compacte 
ci  a  formé  des  plages  d'un  sable  très  fm. 

Je  suivis  la  côte  ouest  et  je  doublai  la  pointe  occidentale 
deTilc  Hadji-Poulou.  La  végétation,  couvrant  des  falaises  éle- 
vées, présentait  parfois  de  larges  terrasses  du  plus  grand  eifet; 
en  quelques  points  leur  stratification  est  inclinée  du  nord 
au  sud.  Mais  les  beaux  paysages  sont  presque  absolument 
déserts  ;  quelques  cases  seulement  dans  le  voisinage  immé- 
diat d'Elok  Poora,  et  sur  la  côte  sud,  au  fond  du  golfe,  deux 
petites  agrégations  d'émigrés  de  Soulou.  Sur  la  côte  de  Tîle 
Hadji,  je  passai  devant Djalaman  et  Tiniban,  misérables  cases 
que  mes  rameurs  appelaient  des  villages  ;  leurs  habitants, 
Malais  et  Soulouans,  me  firent  assez  mauvaise  «nine;  cette 
apparence  d'hostilité,  d'ailleurs  sans  aucune  importance, 
était  uniquement  due  à  la  présence  de  mon  domestique  tagal. 
Je  passai  la  nuit  mouillé  près  de  Hadji  et  j'entrai  le  len- 
demain dans  la  rivière  Sagaliud.  Son  embouchure  est  large 
mais  obstruée  par  une  barre  au  milieu  de  laquelle  existe 
un  chenal  d'une  vingtaine  de  mètres  de  largeur,  où  à  marée 
basse  il  n'y  a  que  l",50de  fond  ;  mais  on  arrive  rapidement 
sur  des  fonds  de  6  mètres.  A  l'embouchure,  les  rives  sont 
basses  et  recouverte  de  palétuviers  qui  sont  remplacés  parle 
palmier  wtjpa,  et  plus  loin  par  la  forêt  analogue  à  celle  qui 
couvre  la  côte  occidentale  du  golfe.   Ma  navigation  fut  d'a- 
bord fort  incertaine,  parce  qu'on  n'avait  pu  m'indiquer  qu'à 
peu  près  la  situation  du  village  de  Sagaliud,  résidence  des 
Bouli  Doupis.  Le  cours  de  la  rivière  étant  excessivement 
irrégulier,  je   m'engageai  plusieurs  fois  dans  des  affluents 
avant  de  trouver  le  cours  vrai. 

Sur  les  deux  rives  s'élevaient  des  murailles  impénétrables 
de  végétation  et  sans  aucun  vestige  d'être  humain.  Navi- 


186  Là  RlVl£]RS  SAGAXJUD  ET  USS  BOUU  DOUPIS. 

gaant  ainsi  un  jour  et  demi  daos  la  solitude  la  plus  absolue 
et  au  milieu  d'un  silence  raremeot  troublé  par  les  cris  des 
singes  et  des  oiseaux,  j'arriTai  à  ce  que  les  Bouli  Doupis 
appellent  leur  village,  qui  consiste  simplement  en  une 
dizaine  de  cases  éparses  sur  la  rive,  au  milieu  d'un  défricbe- 
ment  de  deux  ou  trois  hectares  que  la  forêt  envahit  déjà  de 
toutes  parts.  Le  dénuement  de  ces  indigènes  n'est  égalé  que 
par  leur  paresse  et  le  désir  de  gagner  beaucoup  d'argent 
saos  rien  faire.  Quelques  présents  et  quelques  piastres  m'as- 
surèrent la  possession  d'une  espèce  de  grange.  Je  m'occu- 
pai immédiatement  de  déterminer  la  longitude  du  village 
de  Sagaliud,  que  je  trouvai  à  US"  0»  29"  E.  de  Paris,  et 
que  j'ai  tout  lieu  de  croire  exacte  si  mon  chronomètre  n'a 
pas  été  trop  influencé  parle  trajet,  trois  observations  m'ayant 
donné  des  résflltats  semblables  àquelques  secondesd'arc  près. 

J'entrepris  ensuite  de  recueillir  les  observations  anthro- 
pologiques des  Bouli  Doupis.  La  question  des  portraits  avait 
été  assez  facilement  résolue,  mais  il  n'en  fut  pas  de  même 
pour  les  mensurations.  Les  Bouli  Doupis  montrèrent  une 
répugnance  manifeste  à  passer  sous  une  toise,  et  ce  ne  fut 
qu'à  force  de  cigares  et  de  miroirs  que  je  pus  vaincre  les  ré- 
pugnances  de  quatre  d'entre  eux.  Néanmoins  ces  quatre  men- 
surations jointes  aux  six  photographies,  présentent,  je  pense^ 
des  éléments  sufBsants  pour  la  détermination  de  cette  race 
si  intéressante. 

Les  Bouli  Doupis,  dont  les  traits  presque  européens  pour 
quelques-uns,  altérés  par  des  métissages  évidents  chez  les 
autres,  sont  dans  tous  les  cas  supérieurs  à  ceux  des  Malais  et 
des  Soulouans  qui  les  environnent,  et  ne  paraissent  pas  leur 
être  inférieurs  sous  le  rapport  de  la  force  physique  et  de 
l'adresse  ;  commB  ces  derniers  ils  accomplissent  facilement 
de  longs  trajets  à  la  rame  ;  ils  sont  adroits  à  la  chasse  et  tuent 
des  rhinocéros  et  des  éléphants  avec  de  mauvais  fusils  char- 
gés de  lingots  de  plomb  qui  ne  sont  pas  même  de  calibre.  Les 
maladies  de  la  peau,  notamment  Tichthy ose,  paraissent  plus 


LA  RIVIÈRE  SAGALIUD  ET  LES   BOULI  DOUPIS.  t87 

rares  chez  eux  que  chez  les  Malais  ;  l'épilepsie  et  la  folie,  si 
fréquentes  chez  les  races  en  voie  d'extinction,  paraissent 
peu  communes  parmi  eux;  leurs  enfants  ont  en  général  Tab- 
domen  moins  développé  que  les  enfants  malais;  sauf  un  cas 
de  myopie  et  un  autre  d*héméralopie,  je  n*ai  rien  noté  de 
particulier  sur  les  30  sujets  que  j'ai  pu  étudier  directement 
d'une  façon  plus  ou  moins  complète.  Les  femmes  ont  une 
vieillesse  précoce,  mais  c'est  là  un  fait  constant  chez  toutes 
les  populations  de  ces  pays-ci,  et  il  est  sans  doute  en  rapport 
avec  l'influence  exercée  par  le  climat  sur  les  fonctions  de 
la  génération;  la  santé  des  Européens  qui  vivent  ici  depuis 
quelque  temps  fournit  en  partie  l'explication  de  ce  phéno- 
mène, influencé  d'ailleurs  par  plusieurs  autres  causes.  Néan- 
moins il  n'est  pas  douteux  que  la  race  des  Bouli  Doupis  ne 
soit  en  pleine  décadence.  Plusieurs  de  ces  indigènes  parlant 
assez  bien  le  malais,  j'ai  pu  réunir  quelques  renseignements 
sur  leur  condition  passée  et  actuelle. 

Les  Bouli  Doupis  se  croient  originaires  d'une  île  Kami- 
guil  à  Test  de  Sandakan,  qui  n'est  pas  marquée  sur  la  carte 
no  2123,  et  dont  Texistence  me  parait  au  moins  douteuse. 
Sur  les  collines  de  cette  île  croît  un  arbre  spécial  appelé» 
Doupi  (qui  n'existe  pas  dans  le  golfe  de  Sandakan),  et  c'est 
de  là  que  vient  leur  nom  û'Orang  Bouli  Doupi^  c'est-à-dire 
hommes  de  la  montagne  du  Doupi,. 
Autrefois  très  nombreux*,   ils  étaient  répandus  sur  les 

1.  C'est  ce  que  parait  confirmer  Texistence  de  dénomioatioiis  géogra- 
phiques Bouli  Doupis,  là  où  ces  derniers  ont  cessé  de  vivre  depuis  long- 
temps ;  ainsi  Boulé  Sinsim,  à  l*entrée  du  golfe  de  Sandakan,  où  il  n*exi8te 
aucune  trace  de  Boulé  Doupis.  Personne  n'a  pu  m*indiquer  la  «ignifica- 
tion  du  mot  sinsiin*  Du  reste,  on  se  heurte  fréquemment  à  des  difScultés 
pareilles.  A  Soulou,  par  exemple,  il  y  a  une  montagne  appelée  Tuman 
tangis;  tout  le  monde  (y  compris  lo  pandita  maure  et  l'Interprète  du 
gouvernement)  m'assurait  que  Tuman  tangis  signifiait  :  la  Montagne  des 
pleurs,  ce  qui  est  parfaitement  erroné,  montagne  des  pleura  devant  être 
exprimé  en  soubuan  par  Bouquid  tangis.  Tout  le  monde  était  d'accord 
pour  affirmer  que  tuman  ne  signifiait  rien.  Ge  n'est  que  plus  tard,  en 
étudiant  le  bisaya,  que  j'ai  vu  que  tuman  était  une  de  ces  racines  si 
fréquentes  dans  les  dialectes  de  l'archipel,  destinées  à  exprimer  la  modah 


188  LA  RIVIÈRE  SAGALIUD   ET  LES   BOULI   DOUPIS. 

côtes;  maintenant  on  ne  les  trouve  plus  qu'à  Sagaliud 
let  sur  quelques  points  des  rivières  Kinobalangau  (est  de 
Sandakan)  et  à  Labouk  (à  l'ouest  de  Sandakan).  Ils  sont 
incapables  de  dire,  môme  à  peu  près,  quel  est  leur  nombre. 
Les  agents  de  la  «Brilish  Bornéo  Company»  l'évaluent  à  un 
millier  d'âmes,  dispersées  en  petits  groupes. 

Il  est  probable  qu'ils  ont  été  refoulés  dans  l'intérieur  par 
les  Malais,  et  qu'ils  diminuent  parce  que  leur  paresse  ne 
trouve  pas  dans  l'intérieur  l'existence  facile  que  ces  races 
dénuées  de  besoins  se  procurent  au  bord  de  la  mer.  Certes, 
la  terre  ne  leur  manque  pas  ;  ce  sol  fertile  est  tellement  dé- 
sert, que  dans  toute  la  région  comprise  entre  les   rivières 
Sagaliud  et  Kinobatangan  *,  sur  une  largeur  d'environ  60  ki- 
lomètres, il  n'y  a  pas  une  seule  case.  A  part  quelques  armes 
d'une  qualité  très  inférieure,  les  Bouli  Doupis  ne  possèdent 
aucun  instrument.  C'est  à  peine  s'ils  récoltent  un  peu  de  riz 
et  quelques  patates;  ils[mourraient  de  faim, s'ils  ne  rencon- 
traient quelques  nids  d'hirondelles  et  de  la  gutta-percba 
qu'ils  échangent,  chez  les  Chinois  établis  sur  la  côte,  contre 
du  riz  et  quelques  étoffes. 

L'incurable  paresse  des  Bouli  Doupis  explique  leur  rapa- 
cité et  le  tarif  élevé  auquel  ils  cotaient  tous  les  services  que 
je  leur  demandais.  Mais  celte  rapacité  ne  va  pas  jusqu'au 
vol  ;  ce  délit,  ainsi  que  tous  les  autres,  est  à  peu  près 
inconnu  chez  eux.  Du  reste,  toute  infraction  grave  ou  légère 
à  leurs  usages  est  uniformément  punie  de  mort.  La  justice 
est  rendue  sommairement  et  sans  appel  par  leurs  chefs,  qui 
portent  le  nom  de  Panghuia  et  dont  la  dignité  est  hérédi- 
taire, suivant  les  prescriptions  du  Koran.  Les  Bouli  Doupis 
professent  la  même  religion  que  les  Soulouans,  c'est-à-dire 
un  islamisme  dont  les  pratiques  sont  excessivement  simpli- 

lité  des  verbes  et  substantifs.  Tuman  iangis  signifiait  :  le  Heu  qui  pro- 
voque les  pleurs t  sens  qui  concorde  parfaitement  avec  la  légende  de  celle 
montagne,  telle  que  me  l'a  racontée  le  sultan  de  Soulou. 
1.  Voir  carte  n*  2123  de  l'Hydrogr.  française. 


L.V  IIIVIÉRE  SAGALIUD   ET  LESDOULI  DOUPIS.  189 

fiées.  Ils  ont  des  prêtres  ou  pandits,  dont  Tinstruction  doit 
être  à  peu  près  nulle^  même  en  matière  de  religion,  car  ils 
parlent  peu  ou  point  le  malais,  et  il  n'existe  pas  de  traduc- 
tion du  Koran  en  langue  bouli  doupi.  Ils  admettent  Tescla- 
vage  et  seraient  polygames  si  leurs  ressources  leur  permet- 
taient le  luxe  de  plusieurs  femmes;  par  leur  douceur  et  leur 
respect  des  Européens,  ils  diffèrent  essentiellement  des  Sou- 
louans,  ainsi  que  par  leur  répugnance  aux  agressions  vio- 
lentes; quand  ils  commellent  un  homicide,  c'est  au  moyen 
du  poison;  ils  passent  pour  assez  habiles  dans  la  prépa- 
ration des  breuvages  toxiques,  dont  la  base  leur  est  am- 
plement fournie  par  les  plantes  qui  abondent  dans  leurs 
forêts. 

En  somme,  Tinfériorité  des  Bouli  Doupis  vis-à-vis  des 
Malais  et  des  Soulouans  tient  beaucoup  moins  à  leur  intelli- 
gence qu'à  leur  caractère.  Il  en  est  ainsi  parmi  les  popula- 
tions les  plus  civilisées  ;  mais  je  ne  crois  pas  que  la  dé- 
monstration de  ce  fait  soit  nulle  part  aussi  évidente  que 
parmi  les  populations  qui  vivent,  ou  plutôt  sont  en  train  de 
s'éteindre,  au  contact  de  la  race  malaise. 

La  langue  des  Bouli  Doupis  diffère  beaucoup  du  malais 
et  aussi  du  soulouan,  dialecte  infîniment  plus  voisin   du 
bisaya  que  du  malais.  Beaucoup  de  termes  malais  sont 
passés  sans  altération  dans  la  langue  bouli   doupi,   ce  qui 
est,  si  je  ne  me  trompe,  un  indice  du  peu  de  parenté  des 
deux  langues;  ces  termes  sont  surtout  relatifs  à  l'astronomie, 
à  la  géographie  et  au  commerce.  La  numération  cependant 
est,  ainsi  que  les  pronoms,  presque  exactement  soulouane. 
Ce  dernier  dialecte  me  paraît  aussi  avoir  influencé  la  syn- 
taxe et  la  formation  des  verbes,  qui  dans  tous  les  dialectes 
des  Philippines  reposent  sur  des  bases  identiques  et  très  com- 
pliquées. Mais  le  fond  de  la  langue  et  notamment  les  termes 
qui  désignent  les  plantes  et  les  animaux  de  la  région  de 
Sandakan,  ne  me  paraissent  pas  pouvoir  être  rapportés  à 
des  racines  malaises  ou  soulouanes.  Cela  demande  du  reste 


190  LA  RIVIÈRE  SilGÀLIUD   ET  LES  BOUU  DOUPIS. 

un  examen  plus  approfondi,  auquel  je  pourrai  me  livrer  plus 
tard  au  moyen  des  vocabulaires  soulouans  et  bouli  doupis 
que  j*ai  recueillis  à  Soulou  et  à  Sagaliud. 

Les  environs  du  village  de  Sagaliud  ne  m^offrant  pas  les 
facilités  sur  lesquelles  je  comptais  pour  les  collections  d'his- 
toire naturelle,  je  résolus  de  remonter  plus  haut  dans  la 
rivière;  il  me  fallait  pour  cela  un  praw  encore  plus  léger  que 
le  mien.  Je  passai  quelques  jours  sans  pouvoir  l'obtenir,  je 
ne  sais  trop  pourquoi  ;  enfin,  les  moyens  ordinaires  surmon* 
tèrent  les  scrupules  des  indigènes,  et  je  pus  entreprendre  la 
reconnaissance  que  je  projetais. 

Le  cours  supérieur  de  la  rivière  Sagaliud  présente  la  végé- 
tation et  la  solitude  absolue  déjà  notées  sur  le  cours  infé- 
rieur; son  lit  ne  tarde  pas  à  se  resserrer  et  à  être  obstrué 
par  d'énormes  troncs  d'arbres  entraînés  par  des    crues; 
comme  je  trouvais  toujours  de  bonnes  profondeurs,  je  m'obs- 
tinais à  avancer  ;  mais  les  obstacles  devenant  de  plus  en  plus 
fréquents,  je  dus,  après  une  journée  de  navigation,  revenir  en 
arrière  ;  malgré  les  écrasantes  fatigues  qu'ils  avaient  subies* 
mes  rameurs  n'avaient  pas  manifesté  la  moindre  impatience, 
mais  leurs  forces  s'étaient  épuisées  à  traîner  notre  praw  au- 
dessus  des  digues  naturelles  que  nous  rencontrions  à  chaque 
instant;  d'un  autre  côté,  il  était  impossible  d'avancer  par 
terre  au  milieu  de  la  forêt  remplie  de  fourrés  impénétrables; 
je  me  résignai  donc  au  retour,  quoique  cette  partie  du  bassin 
de  la  i:ivière  Sagaliud  me  parût  offrir  des  ressources  abon- 
dantes pour  l'histoire  naturelle;  je  rencontrai,  notamment, 
de  nombreuses  et  récentes  traces  de  rhinocéros  et  d'élé- 
phants ;  mais  pour  tirer  parti  de  ces  richesses  il  aurait  fallu, 
vu  l'état  des  lieux,  organiser  une  expédition  dont  la  prépa- 
ration et  l'accomplissement  eussent  exigé  au  moins  deux  * 
mois.  Je  revins  donc  au  village  de  Sagaliud,  où  je  repris  mon 
praw  et  mes  bagages  qui  étaient   absolument  intacts;  ils 
contenaient  cependant  beaucoup   d'objets  excessivement 
précieux  pour  les  Bouli  Doupis,  et  je  connais  assez  mon 


hk  RIVIÈRE  SA6ALIDD  ET  LES  BOULI  DOUPIS.  191 

domestique  tagal  pour  Aire  certain  qu'il  n'arait  exercé  sur 
eux  qu'une  surveillaace  très  intermittente. 

£jn  arrivant  à  Elok  Poora  j'appris  qu'il  ne  fallait  plus 
compter  sur  le  bateau  que  j'attendais  pour  revenir  à  Sou- 
lou.  Après  quelques  jours  de  privations  assez  pénibles,  car 
elles  succédaient  aux  fatigues  et  aux  privations  que  j'avais 
subies  dans  mon  excursion  à  Sagaliud,  nous  eûmes  la  satis- 
faction aussi  intense  qu'imprévue  de  voir  mouiller  devant 
Elok  Poora  le  croiseur  KergueleUj  à  bord  duquel  nous  reçû- 
mes l'accueil  le  plus  courtois  et  le  plus  cordial.  M.  le  com- 
mandant Mathieu,  capitaine  de  frégate,  qui  se  dirigeait  sur 
Manille,  eut  l'obligeance  de  nous  prendre  à  son  bord  et  de 
nous  porter  à  Soulou  ;  le  trajet,  accompli  avec  une  précision 
et  une  rapidité  remarquables  dans  ces  mers  semées  d'écueîls 
et  dont  les  cartes  sont  très  rudimentaires»  fut  charmant 
pour  noQs.  Il  y  avait  quatre  mois  et  demi  que  nous  étions 
sans  aucune  nouvelle  de  la  France,  et  nous  nous  trouvions 
tout  à  coup  sur  un  bateau  français  au  milieu  des  compatriotes 
les  plus  sympathiques  :  c'est  là  un  des  plaisirs  les  plus  vifs 
qu'il  soit  possible  d'éprouver  et  dont  nous  remercions  vive- 
ment MM.  les  officiers  du  Kerguélmi  qui  nous  montrèrent 
d'ailleurs  une  obligeance  à  toute  épreuve. 

Nous  sommes  partis  le  6  avril  de  Soulou  pour  Davao^  oîi 
je  compte  arriver  demain. 

Je  vous  envoie  la  carte  de  la  rivière  Sagaliud  (golfe  de 
Sandakân,  Bornéo)  que  j'ai  levée  pendant  mon  excursion  sur 
eette  rivière.  J'y  joins  les  calculs  qui  ont  servi  à  l'établir  afin 
qu'on  puisse  les  contrôler  ^.  J'ai  réglé  monchronomètre  à 
Elok  Poora,  point  qui  n'est  pas  marqué  sur  la  carte  du  Dé- 
pôt de  la  marine  n°  2123,  et  qui  doit  être  porté  sur  cette 
carte  à  5U6' 30"  latitude  nord  et  à  115<»  51'  longitude  est 
de  Paris. 

1.  J'ai  fait  mes  calculs  au  moyen  du  Nautical  Almanach  n'ayant  pas  en 
ce  moment  la  Connaissance  des  Temps  pour  1880. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LÀ  SOCIÉTÉ 


Séance  du  7  novembre  1880  (suite). 

—  Bulletin  of  thc  Uniled  States  Geological  and  Geographical  Survey  oi 
the  Terri  tories.  Vol.  IV,  number  4.  —  Vol.  V,  number  1.  Washington, 
1878, 1879.  2  broch.  in-8^ 

—  Catalogue  of  thc  publications  of  the  United  States  Geological  and  Geo- 
graphical Survey  of  the  Territories.  Third  édition,  1878.  Washington. 
1879.  Broch.  in-8*>.  Department  of  the  Intebioi. 

G.  H.  Davis.  —  Astronomical  and  meteorological  observations  made,  du- 
ring  the  year  1875,  at  the  United  Slatcs  Naval  Observatory.  Washing- 
ton, 1878.'^1  vol.  in-4". 

Simon  Newcohb.  —  Researches  on  the  motion  of  the  moon.  Made  sit  ib^ 
United  States  Naval  Observatory,  Washington.  Part,  I.  Réduction  and 
discussion  of  observations  of  the  Moon  before  1750.  Washing^oa,  1878. 
1  vol.  in-^**.  United  States  Naval  Observa tobv. 

Catalogue  of  Charts,  plans  and  views  published  by  the  United  States 
Hydrographie  Office,  with  a  list  of  books  sold  to  agents.  Washington, 
1879.  1  vol.  in-S**.  Htdrographic  office  United  States  Navt. 

Annual  Report  of  the  board  of  régents  of  the  Smithsonian  Institution, 
showing  the  opérations,  expcnditurcs,  and  conditions  of  the  Institution 
fothe  year  1877.  Washington,  1878.  1  vol.  in-8«. 

Smithsonian  miscellaneous  collections.  Vol.  XllI,  XIV,  XV.  WashiD^too, 
1878.  3  vol.  in-S".  Smithsonian  Institution. 

Antonius  Ceruti.  —  Slatuta  communitatis  Novariœ  anho  MGGLXXVII  lati 
coUegit  et  notis  àuxit.  Novariœ,  1879.  1  vol.  in-i". 

DiREZIONE  DELLA  BiBLIOTECA  CIVICA  Dl  NOVARA- 

Richard  Napp.  —  The  Argentine  Republic  wrilten  in  german,  assisted  bj 
several  fellow^-writers   for  the   central  Argentine  commission  on  the 
centenary   exhibition    at    Philadelphia.    Buenos   Aires,   1876.    1   vol. 
in.8«. 
Encvclopédie  gëiiënile  sur  cet  Elat:  histoire.  géo(^raphic,  climatologie,  (^éolo^ie. 


faune 

commerce 

tioo. 


et  flore,  ressources  minérales,  produits  du  sol,  agriculture,  communicatioDs, 
erce.  constitutioa  et  administration,  instruction  publique,  l'armée.  Vémign- 


BUREAU  OF  Navigation.  —  Hydrographic  office.  —  List  of  lights  of  the 
Atlantic  coast  of  Europe,  the  Knglish  Channel  and  North  Sea,  inclnding 
Spain,  Portugal,  France,  Belg^ium,  and  HoUand.  Corrected  to  sept.  ^ 
1879.  Washington,  1879.  Broch.  in-8».  Hydrographic  OFFia. 

(A  suivre.) 

Le  gérant  responsable^ 
C.  Maunoir. 

SecréUiirc  ^néral  de  la  Commission  ceiilr<ilc. 


TARIS.    — >    IMrniMKniE    éMILB   MARTINET.    RUI   IIIGNOM,    S. 


^«^ 


J 


S' 


c 

9 


MÉMOIRES,    NOTICES 


-•-^ 


VOYAGE   EN   SONORA 


PAR 
A.     PIMARTI 


Le  26  octobre  1878,  nous  quittons  San-Francisco  à  bord 
du  steamer  Newbern,  par  un  temps  brumeux  et  une  mer 
houleuse  qui  semblent  nous  annoncer  un  passage  désagréa- 
ble. L'installation  à  bord  laisse  beaucoup  à  désirer  et  le 
nombre  de  passagers  qui  se  pressent  dans  la  petite  cabine 
oti  la  pluie  nous  force  à  nous  réfugier  tous,  en  rend  l'air 
vicié  et  insupportable. 

Le  troisième  jour,  dans  la  matinée,  nous  passons  la  lati- 
tude de  San-Diego —  le  temps  commence  à  s'éclaircir;  le 
30,  vers  cinq  heures,  nous  apercevons  pour  la  première  fois 
les  côtes  de  la  Basse-Californie  —  c'est  la  pointe  de  San  - 
Lazaro  :  une  loma  rocheuse  et  dénudée  s'avance  dans  la 
mer  qui  vient  s'y  briser  avec  fureur. 

La  côte  dont  nous  nous  rapprochons  se  présente  à  nous 
comme  une  longue  ligne  de  rivages  sablonneux  ;  çà  et  là 
seulement  apparaît  quelque  rocher  dont  les  taches  grisâtres 
nous  annoncent  notre  arrivée  aux  pays  de  Vorchilla.  Vers 
dix  heures  du  soir, nous  jetons  l'ancre  dans  la  baie  de  la 
Magdalena.  Celte  baie,  située  sur  la  côte  ouest  de  la  Basse- 
Californie,  est  devenue  dans  ces  dernières  années  un  point 
commercial  d'une  certaine  importance  et  je  crois  devoir 
m'y  arrêter  quelques  instants. 

Son  étendue  du  nord  au  sud  est  d'environ  dix  lieues  sur  deux 
à  trois  de  largeur;  deux  passages  donnent  entrée  dans  la 

1.  Voir  la  carte  jointe  à  ce  numéro. 

soc.  DE  6É0GR.  —  SEPTEMBRE  1880.  *  XX  —  13 


194  VOYAGE  EK  SONORA. 

baie  que  ferme  l'île  basse  et  sablonneuse  de  Santa-Marga- 
rila.  Nous  sommes  à  quelques  encablures  du  rivage  et  la 
petite  ville  de  la  Magdalena  s'étage  devant  nous  sur  les 
mamelons  qui  forment  ici  la  côte.  La  montagne  aride  et 
nue  s'élève  presque  immédiatement  derrière  le  village,  et 
au-delà  se  dresse  un  cône  parfaitement  régulier  qui  forme 
un  point  de  reconnaissance  très  caractéristique.  La  seule 
végétation  de  ce  pays  consiste  en  quelques  graminées,  quel- 
ques cactus  rabougris  et  difiérentes  espèces  de  lichen  dont 
le  plus  connu  et  le  plus  important  est  Torcbilla. 

L'eau  fait  entièrement  défaut,  —  la  sécheresse  de  toute 
cette  contrée  est  terrible,  —  les  pluies  sont  inconnues  et 
les  quelques  ruisseaux  qui  viennent  apporter  à  la  mer  les 
eaux  de  la  fonte  des  neiges  dans  les  montagnes  ne  coulent 
qu'un  mois  ou  deux  par  an.  L'eau  très  saumâtre  que  l'on 
emploie  dans  le  village  est  apportée  sur  des  barques  d'une 
distance  de  près  de  soixante-dix  milles.  L'Aiguade  est  située 
au  sud  de  la  baie,  dans  le  lit  sablonneux  d'un  des  petits 
arroyos  oti  elle  se  conserve  sous  le  sable  la  plus  grande 
partie  de  l'année.  Une  quinzaine  de  maisons  et  deux  grands 
magasins  en  bois  constituent  tout  le  village;  la  seule  occu- 
pation des  habitants  mexicains  est  la  récolte  de  Torchilla, 
qui  se  fait  avec  des  embarcations  le  long  de  la  côte.  Le 
bateau  est  approvisionné  de  vivres  et  d'eau  pour  le  temps 
nécessaire,  car  il  ne  faut  pas  compter  trouver  de  quoi  vivre 
sur  la  côte.  Au  bout  de  quelques  semaines,  d'un  mois,  deux 
mois  peut-être,  la  récolte  est  achevée  et  le  patron  dispose 
du  résultat  de  son  expédition.  L'orchilla  croît  sur  les  rochers 
de  la  côte  et,  suivant  la  longueur  des  filaments,  elle  a  plus 
ou  moins  de  valeur.  Elle  se  vend  au  port  jusqu'à  150  piastres 
îa  tonne. 

Une  seule  maison  importante,  celle  de  M.  J.  P.  Haie, 
s'occupe  de  ce  commerce,  et  tous  les  ans  elle  expédie  trois 
ou  quatre  charges  de  navire  en  Europe. 

Nous  repartons  le  lendemain  vers  les  trois  heures  et 


VOTAGC  EN  60N0IU.  1% 

sortons  de  la  baie  par  la  même  passe  par  laquelle  nous 
sommes  rentrés  ;  l'île  de  Santa-Margarita,  gtri  sur  sa  face 
intériemre  est  basse  et  sablonneuse,  présente  &  sa  face  exté- 
rieure un  grand  nombire  de  petits  pics  aigus  et  peu  élevés 
formant  comme  un  chaos  d'aiguilles  ou  de  dents  qui  s'avau'- 
cent  dans  la  mer  en  pointes  allongées,  enserrant  des  Qords 
innombrables. 

Cette  île,  dont  l'aspect  me  rappela  une  mâchoire  de 
requin,  s'étend  jusqu'au  Cabo  ToscOy  promontoire  terminé 
par  une  falaise  élevée,  formée  de  roches  rougeâtres  très 
particulières* 

A  partir  de  ce  point,  la  terre  paraît  basse;  de  temps  à 
autre  surgissent  à  notre  gauche,  à  l'horiBon,  quelques  poin- 
tes détachées  qui  paraissent  autant  d'îles  isolées.  La  Sierra 
est  en  effet  ici  peu  ékvée.  Ce  n'est  que  vers  la  soirée  de 
ce  même  jour  (31  octobre)  que  nous  commençons  à  aper- 
cevoir les  formes  arrondies  de  la  Sierra  de  San-Lazaro  qui 
va  en  s'abaissant  se  terminer  aux  lomas  ballonnées  du  cap 
San-Lucas.  Nous  ne  nous  arrêtons  qu'un  instant,  pour  dé- 
poser la  malle,  dans  la  petite  baie  formée  à  l'est  du  cap  ; 
à  peine  avons-nous  passé  que  le  courant  violent  du  golfe  de 
Californie  se  fait  fortement  sentir  et  le  pauvre  Newbern  roule 
et  tangue  à  cœur  joie. 

Le  2  novembre,  dans  la  matinée,  nousarrivons  à  Mazatlan. 
Cetle  ville  est  située  sur  la  gauche  d'une  î)etite  baie  circu- 
laire sur  une  presqu'île  de  sable  qui  réunît  à  la  côte  la 
grande  Farallone  de  Mazatlan.  Nous  mouillons  loin  de  terre, 
et  commela  chaleur  est  forte,  je  reste  à  bord.  Le  3  novembre, 
dès  le  lever  du  soleil,  nous  apercevons  à  nouveau  la  masse 
chaotique  du  continent  de  la  Basse-Californie  —  des  mon- 
tagnes noires,  creusées,  ravinées  de  tontes  manières^  vien- 
nent se  briser  sur  la  mer  en  immenses  falaises.  Çà  et  là  une 
anse  au  fond  de  laquelle  l'œil  fatigué  aperçoit  avec  joie  une 
petite  plage  de  sable  et  quelques  maigres  brins  d'herbe. 
Nous  laissons  à  droite  l'île  de  Gerralvo  aussi  désolée  que 


196  VOYAGE  EN   SONORA. 

le  continent  —  nous  avançons  vers  le  nord  et  la  montagne 
s'abaisse  un  peu  ;  ses  flancs  s'étagent  en  terrasses  jusqu'à 
la  mer.  Les  dernières  pluies  ont  produit  leur  effet  sur  cette 
terre  désolée,  car  çà  et  là  nous  pouvons  apercevoir  un  point 
vert.  Vers  les  neuf  heures,  nous  passons  la  pointe  qui  forme 
l'entrée  nord-ouest  de  la  baie  de  la  Paz,  laissant  à  notre 
droite  l'île  volcanique  d'Espiritu-Santo.  Les  côtes  de  cette 
île,  comme  toutes  celles  où  nous  venons  de  passer,  sont 
renommées  pour  leurs  bancs  d'huîtres  perlières. 

La  ville  de  la  Paz  est  située  au  fond  de  la  baie  du  même 
nom,  bâtie  dans  une  petite  plaine  qui  s'étend  entre  la  Sierra 
de  la  côte  et  les  contreforts  de  la  Sierra  Gigantea.  Elle  est 
dans  une  véritable  oasis  pleine  de  verdure  et  d'arbres  en 
fleurs.  La  ville  par  elle-même  est  construite  dans  le  style 
mexicain  :  rues  étroites  et  maisons  d'adobe;  mais  la  quan- 
tité de  papelotes  (moulins  à- pomper  Teau)  auxquels  le 
ays  doit  sa  verdure,  dénotent  un  esprit  d'entreprise  peu 
connu  dans  ces  régions. 

La  Paz  contient  à  peu  près  quatre  mille  habitants,  qui  ne 
vivent  guère  que  du  produit  des  mines  del  Triunfo,  situées 
à  une  trentaine  de  milles  au  sud. 

Nous  repartons  le  même  soir  et  dans  la  nuit  passons  les 
petites  îles  de  San-Francisco  et  de  San-José,  puis,  plus  tard, 
rîle  de  Carmen ,  si  célèbre  par  ses  sjlines. 

Le  4,  de  très  bonne  heure,  nous  sommes  en  face  de  Mu- 
lèje  —  nous  traversons  de  nouveau  le  golfe  et  vers  les  onze 
heures  nous  apercevons  les  silhouettes  vaporeuses  de  la 
sierra  de  Bacatète,  vers  l'embouchure  du  rio  Yaqui. 

Peu  avant,  dans  la  baie  de  Guaymas,la  mer  est  décolorée, 
présentant  cette  couleur  rouge  si  commune  dans  ce  golfe 
et  qui  lui  a  fait  donner  le  nom  de  Mar  vermejo. 

L'explication  de  ce  phénomène  est  très  simple,  l'eau  est 
bourbeuse,  et  doit  probablement  cette  couleur  rouge  aux 
débris  de  la  roche  rouge  et  très  friable  des  côtes,  qu'elle 
tient  en  dissolution. 


VOYAGE  EN  SONORA.  197 

L'entrée  de  la  petite  baie  de  Guaymas  nous  est  cachée 
jusqu'au  dernier  moment  par  une  quantité  de  petites  îles 
rocheuses  couvertes  de  «  cerens  »  —  tout  d'un  coup,  en  con- 
tournant le  derrière  de  ces  îles,  la  baie  se  présente  à  nos 
yeux  et  au  fond,  au  pied  de  cerro  de  la  vigia,  s'étale  la  ville 
de  Guaymas. 

Au  point  de  vue  pittoresque,  elle  n'oifre  à  peu  près  rien 
d'intéressant — elle  est  sale,  les  maisons  sont  en  ruines,  tout 
est  dans  un  état  d'abandon  presque  complet  :  l'église  com- 
mencée il  y  a  quarante  ans,  et  loin  d'être  achevée,  tombe 
déjà  de  vétusté  et  les  zopilotes  font  leurs  nids  dans  ses  murs 
d'adobe.  La  ville  elle-même  n'a  guère  qu'une  cinquantaine 
d'années  d'existence;  elle  était  connue  autrefois  sous  le  nom 
de  San-Fernando  de  Guaymas.  La  poblacion  ancienne,  oà 
fut  fondée  la  mission  de  San-José  est  située  à  sept  milles 
dans  les  terres;  on  la  désigne  généralement  maintenant 
sous  le  nom  de  a  El-Ranviejo.  » 

Sur  la  droite  de  la  ville,  s'étend  le  cimetière  où  est 
enterré  le  fameux  aventurier  français  Raousset  de  Boul- 
bon;  dont  les  aventures  et  la  fin  tragique  sont  trop 
connues  pour  que  je  vienne  les  répéter  ici  ;  qu'il  me  suf- 
fise de  dire  que  sa  tombe  est  dans  un  état  complet  d'a- 
bandon. 

Le  nom  de  Guaymas  nous  suggère  l'idée  de  nous  infor- 
mer de  ce  que  sont  devenus  les  Indiens  qui  portaient  autre- 
fois ce  nom. D'après  les  recherches  que  j'ai  faites,  la  tribu  a 
entièrement  disparu;  la  seule  famille  à  Guaymas  qui  des- 
cende encore  de  ces  Indiens,  celle  des  «  Palomares  )),est 
trop  orgueilleuse  pour  vouloir  avouer  son  origine.  Il  est 
cependant  un  fait  certain,  c'est  que  les  Indiens  a:  Guaymas» 
appartenaient  à  la  famille  «  Pima  »,  famille  qui  s'étendait 
même  au  moment  de  la  conquête,  jusqu'au  rio  Yaqui  où 
elle  possédait  le  village  d^  Belen,  aujourd'hui  occupé  par 
le^  Yaquis. 

Guaymas  est  le  port  de  Sonora  et  fait  avec  l'étranger  et 


198  VOTAOE  EN  SONORâ. 

différents  points  de  la  c&te  mexicaine  aa  commecce  consi- 
dérable. La  Sonora  est,  en  effets  le  grenier  de  toute  la  oùUd 
mexicaine  et  elle  exporte  en  quantité  le  blé  et  la  larinepro-. 
Tenant  des  différents  districts  de  l'inlérieiir.. 

Le  port  de  Guaymas  peut  espérer  preitdire  aous  pen  itsye 
importance  considérable.  Une  compagnie  a  eaeiEet  fait  les 
derniers  arrai^ements  avec  le  gonvernemeiit  mexicain  pour 
l'établissement  d'une  ligne  ferrée  qui,  partant  dn  Fuesou 
dans  TArizona,  trayerserait  la  Sonora  et  yiendrait  aboutir  au 
port  de  Guaymas,  donnant  par  cela  môme  un  débouché 
facile  aux.  richesses  intérieures  du  pays.  La  grande  impor- 

4 

tance  de  cette  ligne  ferrée  Tiendrait  surtout  de  ce  qu'elle 
mettrait  en  rellation  Le  port  de  Guaymas  ayee  le  réseau  des 
chemins  de  fer  américains,,  et  paonrafîl  ââofsi  y  atticer  une 
grande  partie  du  trafic  de  la  Chine,  du  Japon  et  de  l'Ans- 
tralie.La  disrtaoee,  en  effel|  entre  rAtlàniîque  et  lePaieiôqajB, 
du  golfe  du  Mexique  au  golfe  de  Californie,  je  suppose, 
serait  à  peu  près  deux  tiers  plus  courte  q«e  de  New- York 
à  San -Francisco,  et  d'autre,  part,  la  distaoce  de  Guaymas 
aux  ports  de  Chine,  Japon,  etc.,  seratl  diminuée  de  près 
d'un  tiers  de  celle  de  San*Francisco. 

De  Guaymas  partent  aussi  la  plupart  des  expéditions  qm 
vont  à  la  pêche  des  perles  dans  les  différents  points  du 
Golfe  deCatifomie.  Cette  pêche  a  diminué  beaucoup  dans 
ces  dernières  années  et,,  à  rheure  qu'il  est,  il  reste  tsrois  ou 
quatre  barques  pour  faire  le  biAceo.  Les  «  boceco  »  sont 
presque  tens  indiens  yaquis  —  ils  signent  un  coatrai  avec 
le  patron  de  rembarcation  pour  le  temps  de  la  pêche  quii  a 
lieu  en  été  quand  la  mer  est  calme.  Cette  période  dure  en- 
Tiron  trois  mois  -^  le  bucero  est  nourri  et  retire  un  oiof 
qnième  du  profit. 

Les  bancs  d'huitr^  pevliôres  sont  bien  épmisés  eit  les  pau- 
Tres  bucaroe  soint  obligés  maintenait  d'aller  à  des  pdrQ&n- 
deurs  très  considérables  et  de  rester  longtemps  sons  Teau. 
Il  en  est  pen  qui  puissent  résister,  bien  que  quelctises-uns 


VOYAGE  EN  SONÛBA.  199 

d'entre  eux  arrivent  à  rester  sous  Teau  jusqu'après  de  trois 
nainutes. 

Au  moment  où  je  me  trouvais  à  Guaymas  régnait  une 
épidémie  de  tonto  —  c'est,  je  crois,  une  forme  peu  vi- 
rulente de  la  fièvre  jaune  ;  les  symptômes  sont  les  mêmes 
et  les  personnes  du  pays  prétendent  que  celui  qui  a  été 
atteint  du  «  tonto  »  est  à  l'abri  de  la  fièvre  jaune. 

La  maladie  attaqua  95  p.  100  de  la  population,  bien  que 
la  mortalité  fut  insignifiante- 

Le  12,  au  point  du  jour,  nous  prenons  la  diligence  qui  doit 
nous  conduire  à  Hermosillo.  La  roule  traverse  dans  ce  tra- 
jet une  contrée  déserte,  composée  de  collines  roulantes 
formant  ça  et  là  un  cerro  ou  un  pic  de  peu  d'élévation.  Le 
sol  est  rougeâtre  et  il  s'en  élève  une  violente  poussière  dont 
rod^eur  toute  spéciale  a  quelque  chose  d'astringent.  Ça  et  là 
un  grand  bouquet,  des  groupes  de  palo  verde^  de  «  palo 
hierro  »  dominées  par  les  hautes  colonnades  des  «  pi- 
tahayas  ».  Nous  passons  bientôt  le  petit  rancho  de  Buenos 
Ayres  puis  celui  de  la  Noche-Buena,  connus  depuis  l'affaire 
Raousset  deBoulhon. 

Vers  les  dix  heures,  nous  passons  la  a  Gieneguilla  »,  autre 
rancho  d'une  certaine  importance  auprès  duquel  ont  eu 
lieu  les  premières  escarmouches  au  temps  de  roccujxation 
française. 

Peu  après  avoir  passé  ce  point,  nous  franchissonsle  par- 
tie la  plus  élevée  de  la  route  —  devant  nous  s'élève  les  peti- 
tes chaînes  détachées  qui  bordent  le  rio  de  Sonora.  Nous 
traversons  et  retraversons  maintes  fois  les  lits  desséchés  des 
arroyos  qui,  à  la  saison  des  pluies,  viennent  décharger 
leurs  eaux  à  la  Gieneguilla. 

Nous  avons  à  franchir  un  col  pour  descendre  dans  la  val- 
lée d'Hermosillo  —  de  loin  le  passage  s'indique  par  deux 
pics  en  forme  de  pyramides,  se  détachant  sur  l'azur  clair 
du  ciel.  Peu  après  avoir  passé  ce  dernier  point,  noiis  nous 
arrêtons  un  instant  au  rancho  de  la  Palma. 


200  VOYAGE  EN  SONORA. 

Ce  rancho,  qui  était  autrefois  sur  la  route  directe  des 
incursions  des  barbares  Apaches  et  Seris,  est  bâti  en  forme 
de  quadiilatère  avec  «  torrcons  »  ou  tourelles  aux  angles 
opposés. 

La  nuit  nous  surprend  et  ce  n'est  que  vers  les  huit  heures 
que  nous  rentrons  dans  le  Pueblo  de  Seris,  traversant  à 
sec  le  lit  du  Sonora  et  arrivant  enfin  à  Hermosillo,  après  une 
journée  de  forte  chaleur  et  de  fatigue. 

La  ville  d*Hermosillo,  aujourd'hui  ruinée,  avait  encore, 
il  y  a  quelque  temps,  une  population  d'environ  huit  mille 
âmes;  elle  n'en  compte  même  pas  quatre  mille  aujourd'hui. 
La  ville  est  de  fondation  récente,  devant  son  origine  à  la 
mission  del  PitiCy  fondée  au  siècle  dernier.  La  mission  fut 
ensuite  transformée  en  «  Presidio  »  qui  conserva  le  nom  de 
Pitic  jusqu'en  1830,  époque  oti  elle  prit  le  nom  actuel  avec 
la  désignation  de  «  villa  ».  En  face,  sur  l'autre  rive  de  la  ri- 
vière, est  le  Pueblo  de  Seris  ou  de  San-Pedro  de  la  Con- 
quista. 

Ce  Pueblo  fut  fondé  vers  le  commencement  du  siècle 
comme  mission  de  Seris,  c'est-à-dire  que  le  gouvernement 
espagnol  ayant  réduit  la  plus  grande  partie  de  la  tribu  des 
Seris,  les  amena  à  ce  point  pour  essayer  de  les  civiliser.  — 
Quelques  détails  sur  ces  Seris  seront  je,  crois,  ici  de  cir- 
constance. Leur  tribu  habite  toute  celte  région  de  la  Sonora, 
coinprise  entre  le  rio  de  TAltar  au  nord,  le  rio  de  Bucurpe  à 
l'est  et  la  route  que  nous  avons  suivie  de  Guaymas  ici,  au 
sud.  Ils  vivaient  surtout  sur  la  côte  et  dans  les  îles  de 
Tiburon  qui  leur  servaient,  au  besoin,  de  retraite. 

L'intérieur  du  pays  ne  leur  fournissant  aucune  nourri- 
ture, ils  ne  visitaient  ces  régions  que  pour  venir  tomber 
à  l'improviste  sur  les  Indiens  agriculteurs  qui  habitaient 
les  vallées  intérieures,  puis  ensuite  sur  les  Espagnols  qui 
y  fondaient  leurs  haciendas.  Aujourd'hui  très  réduits  en 
nombre,  ils  comptent  à  peine  quatre  cents, ils  vivent  retirés 
sur  la  grande  île  de  Tiburon. 


VOYAGE  EN  SONORA.  201 

Le  Seri  appartient  à  une  famille  toute  différente  des 
populations  indiennes  de  la  Sonora.  11  me  paraît  ôtre  l'ha- 
bitant primitif  refoulé  ensuite  par  les  populations  de  la 
famille  Pima-Opata  qui  conquirent  le  pays  à  une  époque 
plus  récente.  Le  Seri  est  grand,  élancé,  bien  formé,  diffé- 
rant beaucoup  en  cela  des  autres  populations  sonoriennes 
qui  sont  petites. 

J*ai  été  frappé  de  la  ressemblance  que  j'ai  trouvée  dans 
leur  langue  avec  celle  de  certaines  populations  californien- 
nes, par  exemple  les  Mutsun. 

Revenons  maintenant  à  Hermosillo:  au  sud-est  de  la 
ville,  et  presque  entouré  par  elle,  estlecerrode  la  Campana 
—  c'est  un  cerro  composé  d'une  roche  blanchâtre  et  dure, 
ressemblant  à  du  marbre.  Si  l'on  frappe  avec  une  autre 
pierre  quelques-uns  des  gros  blocs  qui  s'en  sont  détachés 
et  sont  vpnus  rouler  à  sa  base,  ceux-ci  rendent  un  son 
argentin  et  sonore  qui  a  fait  donner  au  cerro  le  nom  de 
colline  de  la  cloche.  Du  sommet  de  ce  cerro,  la  rue  s'étend 
au  loin  sur  la  plaine  d'Hermosillo.  A  nos  pieds,  le  lit  à  sec 
du  rio  de  Sonora,  dont  les  eaux  sont  conduites  par  des  ca- 
naux d'irrigation  aux  différentes  haciendas  que  nous  aper- 
cevons tout  autour  de  la  ville. 

De  Hermosillo,  nous  nous  dirigeons  vers  Ures,  la  capitale 
de  l'Etat.  La  route  nous  fait  suivre  le  rio  de  Sonora  dont 
les  rives  sont  ici  couvertes  d'haciendas.  Peu  après  avoir 
quitté  la  ville,  nous  traversons  le  rio  de  Gucurpe  qui  vient 
ici  se  joindre  à  celui  de  Sonora;  de  là  le  nom  «del  Pitic» 
ou  Pickin  qui  en  Pimo  veut  dire:  confluent  de  deux  riviè- 
res. Le  pays  que  nous  traversons  entre  Hermosillo  et  Ures 
est  la  partie  la  plus  riche  de  toute  la  Sonora.  C'est  ici  l'ha- 
cienda du  Chino  Gordo,  avec  ses  immenses  champs  de  blé 
et  de  cannes,  et  ses  moulins  à  farine  et  à  sucre.  C'est  un 
peu  plus  loin  Topahue,  puis  San-José  de  Gracias,  etc. 

Jusqu'à  San-Luis,  la  route  que  nous  suivons  est  très 
monotone.;  à  partir  de  ce  point  elle  devient  plus  pittoresque, 


202  VOYAGE  £N  SONO&A. 

les  montagnes  se  resserrent  et  viennent  former  un  eau  on 
au  fond  duquel  coule,  en  mugissant,  La  rivière  que  nous 
traversons  sans  cesse,  suivant  que  son  lit  passe  à  droile  on 
à  gauche.  Les   murs  de  ce  canon,  qui  s'élèvent  en  certain 
points  jusqu'à 600 ou  700  pieds^soatcouvertsde  la  végétation 
si  particulière  à  cette  contrée  de  pitahayas  et  de  cinltas»  Ce 
passage  montagneux  une  fois  franchi  nous  descendons^  da  ns 
la  plaine  de  Ures  où  le  rio  perd  à  nouveau  ses  eaux  em- 
ployées pour  l'irrigation  des  haciendas  del  Gavilan,  Santa- 
Rosa  et  de  San-Rafae.  Peu  avant  d'arriver  à  la  capitale, 
nous  en  avons  la  première  vue.  S'élevant  au  milieu    des 
arbres  et  ayant  comme  fond  les  montagnes  de  la  Sierra 
d'Aconchi,  Taspect  est  agréable  et  riant,  mais  au  fur  et  à 
mesure  que  nous  avançons  l'illusion  s'en  va,  Ures  n'est 
qu'un  monceau  de  ruines  —  voilà  ce  qu'ont  fait  quarante 
ans  de  révolutions.  Aussitôt  arrivés,  noua  allons  présenter- 
nos  hommages  au  gouverneur  de  l'Etat,  le  général  Vicente 
Mariscal,  qui  me  reçut  avec  une  parfaite  urbanité  et  se  mit 
entièrement  à  ma  disposition    pour  les  recherches   que 
j'avais  à  faire. 

Mon  séjour  à  Ures  fut  occupé  à  compulser  les  documents 
des  archives  de  l'Etat  et  à  organiser  mon  expédition  au 
rio  de  Sonora  et  dans  le  nord  de  l'Etat.  Pour  cela,  je  me 
procurais  des  chevaux  et  des  guides  ;  l'un  de  ees  derniers 
était  venu  au  Sonora  avec  le  célèbre  Raousset. 

Ures,  comme  la  plupart  des  poplacions  de  Sonora,  doit 
son  origine  à  la  mission  de  San-Miguel.  On  m'assure  qu'il  y 
avait,  à  une  époque  encore  peu  éloignée,  des  archives  inté- 
ressantes, relatives  aux  missions;  mais,  il  y  a  quelques  an- 
nées^ le  curé  ivrogne  dTres  ne  trouva  rien  de  mieux  à  faire, 
dans  un  de  ses  jours  de  gaieté,  que  d'allumer  un  feu  de 
joie  avec  ces  vieux  papiers.  Combien  de  documents  intéres- 
sants ont  disparu  ainsi,  soit  par  incurie,  soit  durant  les 
révolutions»  où  tout  papier,  si  imporUmt  qu'il  soit^  sert  à 
faire  des  carioucbes  I 


VOTÂOE  BH  SONIHiCA.  263 

Le  4  décembre,  nous  Bouameltona  en  rooto  pour  krrio 
de  Sonora. 

Partant  d*UpeB  lematkt,la  jonroéa  se*  passe  sans  iacid'eni;. 
Le  terrain  îai  peu  aecidenté^pDésentaoDittoujoiiErsGâtitâ' teinte 
rougeâtre  d'où  Ures  tire  son  nom  qui,  en  Pimo,  Teui  dire 
Mesa  roB:ge.  Nou&  airrivona,  à  la-  xmiky  àl  ona  agglomération 
de  quelques  maisons  à  l'entrée  du  grand  eainon  coimu 
sous  le  nom  de-  Pueria  del  Sol.  Un  peu  avant  d^attoîndre  ce 
dernier  point,  nous  rencontrons  trois  petits  monticnles  en 
pierres  sèches  surmontés  de  croix  —  indices  certaônâ  du 
passage  des  Apaches.  Le  lendemain,  dès  le  point  du  jour, 
nous  continuonsr  notre  route,  ceile-ei  Qnïœ  dans  &e  eanon 
qu'elle  suit  pendant  enyiroa  six  lieues,  n'ayant  en  beaucoup 
d'endroits  pour  passage  que  te  lit  même  de  la  rivière  q«i 
heureusement,  n'est  pas  tiras  haute  ea  ce  moment.  A.  peu 
près  à  moitié  chemin  entire  tes  points  eonnus  sous  les 
noms^  de  (c  el  Gbamingo  »  et  de  (c  la  Ghorreadera  )>,  nous 
visitons  dans  la  a  caôada  dei  Âitar  )»  une  peinture  sur 
roche  que  Ton  me  montre  aivec  une  gcande  euriosité  et 
que  l'ouf  prétend  avoir  été  faite  par  les  Indiens  avant  la 
conquête.  Il  suffira  de  dire  oe  qxie  représente  ^cettet  pein- 
ture pour  faire  évanouùr  estte  idée.  Elle  a  cependant  son 
imporisunce. 

Peint,  en  effet,  avec  une  couleur  noire  sur  la  face  lism-  de 
la  roche,  dans  une-  cavité  abritée  sur  l'un  des  GÔ4és  par  lui 
petit  torcent,r  est  un  oâtef)soir  avec  croix,  et  une  figure  en 
adoration.  Autour  de  la  figure  priOieipale  se  trouve  une 
chaîne  de  figures  partiellement  effacées..  En  visitant  cette 
peinture,  je  rencontre  Les  premiers  a  Pochoies.  > 

Le  Pocbûterest  un  ari>re  donnant  un  fruit  ressemUantà 
l'extérieur  h  celui  du  cacao,  mm  qui^  ouvert  et  sec,  donne 
uaeespècer  âct  cotot»  dont  les  naturels  se  servaient  autrefois 
pour  kà£&  des  tissus*  grossiers. 

Dans  L'après«diMr  du  même  jaor  uousiarcivons  aux  a  Loaù- 
tas  »  — -  le  sentier  ici  sort  du  canon  pour  éviter  im  g£and 


204  VOYAGE  EN  SONORA. 

coude  que  fait  ici  la  rivière  ;  cette  partie  de  la  route  entre  le 
Lomitas  et  la  Canada  ancha  étaitjusqu'àces  derniers  temps, 
le  refuge  des  bandes  maraudeuses  d'Apaches,  et  c'est  avec 
un  certain  serrement  de  cœur  que  les  Mexicains  fran- 
chissent encore  cette  région. 

Ce  sont  des  buttes  basses,  ravinées  et  coupées  en  mille 
endroits  ;  rien  de  plus  facile  que  de  s'y  cacher  pour  y  atten- 
dre et  y  tuer  les  voyageurs.  Le  soir  nous  trouve  au  Puerti- 
cito  et  le  lendemain  nous  continuons  notre  route  par 
Suaqui  et  Babiacora. 

Le  pueblo  de  Babiacora  est  le  premier  où  nous  rencon- 
trons quelque  Opatas.  Les  habitants  de  ce  pueblo,  ainsi  que 
ceux  d'Aconchi  et  Huepaca,  appartiennent  à  la  famille 
Tehuimes.  Les  Opatas  étaient  autrefois  l'une  des  nations 
les  plus  importantes  de  toute  la  Sonora  ;  —  ils  s'étendaient 
jusqu'aux  sommets  de  la  grande  Sierra  Madré  où  ils  confi- 
naient aux  Tarahumares;  ils  étaient  divisés  en  quatre  fa- 
milles principales,  nommées  respectivement  :Téhues,  Téhui- 
mas,  Jovas  et  Caguinachis.  Les  premiers,  dont  nous  aurons 
à  nous  occuper  plus  loin,  habitaient  les  villages  du  rio 
Gucurpe,  à  l'exception  de  Nacameri  et  Opodepe,  puis  la 
vallée  du  rio  de  Sonora,  Banamichi  et  Sinoquipe,  ainsi 
que  les  rives  du  rio  de  Matape.  La  seconde  famille  habite 
principalement  le  rio  de  Sonora  et  les  hautes  eaux  du  Rio 
Grande,  ainsi  que  les  deux  pueblos  de  Nacameri  et  Opodepe 
sur  le  rio  de  Gucurpe.  Les  Gaguinachis,  ainsi  que  leur  nom 
l'indique  (cagui-montagne)  habitent  les  contreforts  mon- 
tagneux de  la  Sierra,  dans  le  district  de  Saguaripa;  les 
Jovas  sont  intermédiaires  entre  les  Tehuimas  et  les  Gagui- 
nachis. Les  Opatas  appartiennent  à  la  famille  mexicaine, 
ils  sont  petits  de  taille,  trapus,  à  la  face  plate  et  presque 
ovale  ;  beaucoup  d*enire  eux  conservent  encore,  à  l'heure 
qu  il  est,  malgré  le  mélange  du  sang  étranger,  le  nez  carac- 
téristique de  la  rac»  indienne.  Ils  donnèrent  beaucoup  de 
peine  anz  Espagnol''  au  temps  de  la  conquête  et  ce  n'est 


VOYAGE   EN  SONORA.  205 

qu'en  les  détruisant  que  ceux-ci  arrivèrent  à  conquérir  le 
pays  et  à  établir  les  missions. 

Je  ne  puis,  malgré  toutes  mes  recherches,  rencontrer 
qu'un  vieillard  de  80  ans  qui  connaisse  parfaitement  la  lan- 
gue Opata.  De  cette  personne,  Don  Antonio  Ruiz,  j'obtiens 
quelques  documents  intéressants,  ainsi  qu'une  collection  de 
sermons  dans  cette  langue.  Au  point  de  vue  des  coutumes 
et  traditions  de  ces  Indiens,  nous  sommes  forcés  d'avoir 
recours  aux  relations  des  missionnaires,  bien  maigres,  dont 
nous  sommes  obligés  de  nous  contenter.  Si,  en  effet,  nous 
nous  enquerrons  auprès  d'un  Indien  Opata  civilisé  de  ses 
coutumes  et  traditions  anciennes,  il  répondra  infailliblement 
l'éternel  «quien  sabe?»  ajoutant  «ahora  somos  calolicos  », 
bien  que  ce  soit  un  fait  bien  connu  qu'un  grand  nombre 
d'entre  eux  conserve  encore  à  présent,  non  seulement  leurs 
traditions,  mais  jusqu'au  culte  de  leurs  idoles  avec  leurs 
cérémonies  d'autrefois. 

Le  8,  nous  nous  dirigeons  vers  Aconchi;  ici  nous  visi- 
tons dans  l'église  de  l'ancienne  mission  de  San-Pedro  et 
San-Pablo  deux  tableaux  assez  curieux,  se  faisant  face  sur 
deux  autels  de  côté.  L'un  représente  une  Assomption  avec 
deux  volets  qui,  fermés,  représentent  à  l'extérieur  une  cruci- 
fixion. A  l'intérieur  et  au  haut  de  ces  volets,  se  trouvent  deux 
cartouches  représentant,  l'un,  l'arrivée  des  missionnaires 
chez  les  Indiens,  l'autre,  le  martyre  de  ces  missionnaires.  Pans 
la  première,  le  père  est  représenté  comme  étant  sur  la  terre 
ferme  tenant  une  croix  à  la  main  et  prêchant  à  un  groupe 
d'Indiens  qui  semblent  èlre  sur  une  île.  Ces  Indiens  sont 
vêtus  de  la  robe  courte  de  plumes  et  du  plumet,  ce  qui 
nous  donne  une  idée  de  leur  costume  ancien.  Dans  le  se- 
cond est  représenté,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  le 
martyre  des  missionnaires.  Le  tableau  est  d'un  bon  travail 
et  d'environ  trois  mètres  de  hauteur.  Ceiui  qui  lui  fait  face 
représente  les  sacrements  ;  chacun  forme  un  cartouche  où 
l'Indien  et  le  père  sont  toujours  les  peisonuages  principaux. 


306  VOYÀGffi  £N  SONOR/U 

Les  Indiens  sont,  comme  dans  le  taMeaa  précédent,  vêtus 
de  leur  costume  national.  Ces  deux  pièces  daieut,  je  loreîs, 
du  tenaps  de  la^conqoète  ;  elles  d&enl,  par  conséquent^  un 
grand  intérêt.  Je  rencontre  ici  un  nombc^  d^ndîeiis  cm  peu 
plus  grand;  la  langue  est  encore  vm.  peu  parlée  parmi  -eux, 
bien  que  très  mélangée.  L'un  d'entre  eux  cependant,  Bo& 
Pablo  Balbastro,  se  charge  de  composer  pour  moi  un  yoca- 
bulaire  de  la  langue,  telle  qu'elle  est  parlée  aujourd'hui. 

En  face  du  pueblo  d'Âconchi,  qui  est  situé  sur  la  mesa 
dominant  le  fleuve>  s'élèvent  les  montagnes  commes  sous 
le  nom  de  Sierra  d'Aconchi,  où  croissent  en  abc^dance 
certaines  essences  de  pins  que  l'on  emploie  beaucoup  pour 
les  constructions,  les  bois  de  grande  dimension  étant  fort 
rares  dans  toutes  ces  régions.  De  l'autre  >c6té  du  fleuve 
existe  aussi,  me  dit-on,  une  inscription  indienne,  mais  la 
description  que  l'on  m'en  donne  me  fait  douter  de  son 
authenticité,  et  comme  il  aurait  fallu  une  journée  tout 
entière  pour  la  visiter,  je  me  décidai  à  la  laisser  mexplorée. 

Le  11,  nous  partons  pour  Huepaca  —  sur  notre  roule 
nous  passons  l'hadenda,  «  del  Rincon  »  située  sur  l'empla- 
cement de  l'ancienne  rancheria  de  Sonoira  —  ce  mot  de 
Sonora  a  soulevé  beaucoup  de  discussionâ  :  les  auteurs  an- 
ciens prétendent  que  l'origine  du  mot  est  due  au  mot  espa* 
grol  Senora  et  pour  cela  ils  disent  que  dans  le  village  qui 
porta  ensuite  le  nom  et  le  donna  à  tout  le  pays,  habitait  une 
certaine  cacique  de  beaucoup  de  pouvoir,  qui  reçut  bien  les 
conquérants  espagnols.  Ceux-ci,  voyant  l'importance  de 
cette  cacique,  crurent  que  son  pouvoir  s'étendait  sur  toutes 
les  populations  du  rio;  aussi  lui  auraient-ils  donné  le  titre 
de  Senora  qui,  suivant  les  auteurs,  aurait  été  changé  par 
les  Indiens  en  celui  de  Sonora.  Je  ne  sais  pas^  en  vérité, 
comment  Ton  va  toujours  chercher  les  origines  d'un  mot  là 
où  il  n'y  a  pas  de  chance  de  la  trouver.  Dans  les  livres  de 
la  paroisse  de  l'ancienne  mission  de  SaoKLorenzo  de  Huepaca 
je  trouve  dès  l'année  1651,  mention   de  la  rancheria  de 


VOYAGE  EN  SONORA.  20T 

«  Sûnorafzi  »  qui  nous  indique  que  le  mot  est,  non  pas 
espagnol,  maïs  bien  Opata,  SoUy  en  effet,  signifie  :  nne 
source  d'eau  (ojo  de  agua)  et  si  nous  examinons  l'empla- 
cement de  l'ancienne  rancheria,  nous  verrons  qu'il  y  a  là 
une  source.  Quant  à  la  terminaison  de  tzi  c'est  une 
désinence  locale — Sonoratzi  voudrait  donc  dire  «  l'endroit 
où  il  y  a  une  source  »  —  de  même  que  a  Babiaeora  » 
{baviaktzi)  veut  dire  «  endroit  où  l'eau  fait  un  coude  »  et 
Banamitzi  «  endroit  où  s'élargit  la  rivière.  » 

Entre  Aconchi  et  Huepaca,  nous  passons  nombre  de 
ruines  d'anciennes  rancherias  —  toutes  situées  sur  une  pro- 
jection de  la  mesa.  En  certains  de  ces  endroits,  comme  par 
exemple  h  TOjo  de  Agua,  les  eaux  de  l'arroyo  qui  passe  au 
pied  ont  mis  à  découvert  des  ollas  contenant  des  osse- 
ments. 

En  face  du  pueblo  de  Huepaca,  sur  un  petit  cerro  de 
forme  arrondie,  connu  sous  le  nom  de  «  cerro  Prieto,  » 
existent  des  trincheras  en  pierre  sèche.  Nous  aurons  à 
parler,  nombre  de  fois  de  ce  genre  de  ruines  et  j'en  résen'e 
la  description  détaillée  pour  plus  tard.  A  Huepaca,  il  y  a 
encore  un  certain  nombre  d'Indiens  sur  lesquels  je  ferai  les 
mêmes  observations  que  précédemment;  l'un  d'entre  eux, 
cependant,  de  qui  j'obtins  des  renseignements  de  valeur, 
est  petit,  corpulent;  il  a  le  nez  aplati  et  est  un  peu  pro- 
gnathe. A  partir  de  Huepaca,  la  vallée  du  rîo  s'élargit,  lais- 
sant une  quantité  de  terrains  propres  à  la  culture,  mais  qui 
ne  sont  occupés  que  temporairement,  pour  fournir  à  la 
subsistance  des  habitants  de  la  vallée.  Cette  région  serait 
une  des  plus  riches  de  Sonora,  si  elle  possédait  des  chemins 
pour  transporter  les  marchandises  au  marché,  —  mais, 
actuellement,  tout  doit  être  consommé  sur  place. 

Banamichi  est  encore  le  reste  d'une  mission  bâtie  en 
1656.  —  C'est  un  point  d'une  certaine  importance.  Ici,  Ton 
trouve  quelques  restes  de  Tehues. 
Le  15décembre,  nous  allons  faire  visite  au  général  Igna- 


208  VOYAGE  EN  SONORA. 

clo  Pesqueira  à  son  hacienda  de  «  Las  Delicias  » .  Pesqueira 
est  une  figure  historique  de  la  Sonora,  ayant  pendant  près 
de  trente  ans  gouverné  le  pays  en  maître  contre  le  gouver- 
nement fédéral  et  l'opposition  à  Tintérieur.  C'est  un  homme 
de  près  de  soixante-dix  ans  aujourd'hui  et  qui,  malgré  les 
révolutions  qui  troublent  à  chaque  instant  son  pays  natal 
et  les  vœux  d'une  partie  considérable  de  la  population,  pré- 
fère jouir  de  ses  dernières  années  qui  lui  restent  à  vivre  en 
exploitant  en  paix  son  hacienda  et  ses  mines. 

De  Banamichi  à  Sinoquipe,  le  fleuve  se  rétrécit  et  zig- 
zague entre  les  falaises  couvertes  de  pitahayas.  Un  peu 
avant  d'arriver  à  Sinoquipe,  nous  laissons  sur  notre  gauche 
deux  roches  particulières  s'élevant  sur  la  mesa  comme  deux 
immenses  piliers.  Peu  après  Sinoquipe,  nous  passons  le 
tren  de  Babieanora,  où  l'on  travaille  les  minerais  de  la 
mine  du  même  nom  située  à  trois  lieues  dans  la  montagne 
et  appartenant  à  des  Français.  Un  peu  plus  haut,  dans  un 
coude  que  forme  la  rivière,  se  trouve  l'hacienda  deTetuachi 
et  en  face,  de  l'autre  côté  de  la  rivière  et  sur  une  falaise 
élevée  s'aperçoivent  les  ruines  de  l'ancien  real  de  Nuestra 
Senora  de  Aranzazu,  bâti  en  1735  et  qui,  pendant  quelque 
temps,  servit  de  capitale  à  la  province  de  Sonora. 

D'ici  jusqu'à  Arispe, nous  avons  à  franchir  un  autre  canon 
très  étroit;  nous  sommes  obligés  presque  tout  le  temps  à 
suivre  le  lit  même  de  la  rivière  qui  ne  nous  laisse  passage 
ni  à  droite  ni  à  gauche. 

Enfin  le  18,  à  la  nuit  tombante,  nous  arrivons  à  Arispe, 
l'ancienne  capitale  de  Sonora.  Quelles  ruines!  La  ville,  au- 
trefois l'orgueil  du  Mexique  pour  la  beauté  de  ses  monu- 
ments, est  située  sur  le  versant  oriental  d'une  des  collines 
dont  le  rio  de  Sonora  baigne  les  dernières  pentes  et  où 
s'étend  ce  qui  était  autrefois  l'Alameda  ou  jardin  de  la  ville 
Sur  la  place  principale  s'élève  l'église  de  l'Assomption,  bâtie 
en  briques,  de  style  jésuite,  avec  tours  carrées. 

Attenant  à  l'église,  sont  les  restes  de  rancien  palais  de 


VOYAGE  EN  SONORA.  209 

l'Intendant,  puis  les  casernes,  etc.  En  1832  encore,  la  ville 
avait  une  population  de  5  000  habitants  —  aujourd'hui  à 
peine  y  en  a-t-il  1  000.  Les  Apaches  ont  fait  ici  leur  œuvre, 
et  de  cette  ville  inoportante,  capitale  de  l'Intendance  de 
Sonora  du  temps  des  Espagnols,  puis  capitale  de  l'État  de 
1830  à  1835,  il  ne  reste  plus  guère  que  les  murs;  les  habi- 
tants d'aujourd'hui  n'y  vivent  que  comme  en  un  camp 
volant,  «'attendant  encore  chaque  jour  à  voir  leurs  demeures 
envahies  par  les  bandes  sauvages. 

Un  peu  en  dessus  de  la  ville,  les  deux  rivières  de  Baca- 
nuchi  et  Bacuachi  se  réunissent  pour  former  le  rio  de  So- 
nora, la  première  descendant  du  massif  montagneux  de 
Santa-Cruz,  l'autre  des  montagnes  de  la  Cananea.  Vers 
l'est,  et  couvertes  de  neige,  s'étendent  les  Sierras  de  la  Pu- 
rica,  dans  les  contreforts  orientaux  desquels  se  trouvent 
les  reals  de  mines  autrefois  si  célèbres,  mais  aujourd'hui 
abandonnées,  de  Nacausari  et  San  Juan  de  Sonora. 

D'Arispe,  nous  continuons  notre  route  vers  Bacuachi,  en 
passant  par  Ghinapa,  autrefois  mission  et  pueblo,  aban- 
donné à  la  suite  des  invasions  des  Apaches  et  repeuplé  seu- 
lement il  y  a  très  peu  de  temps. 

De  Ghinapa,  nous  allons  visiter  le  canon  de  Jiosauri. 
Après  avoir  franchi  environ  cinq  milles  sur  la  rive  droite 
de  la  rivière,  à  travers  une  contrée  ondulée,  nous  tournons 
un  petit  promontoire  de  la  mesa  et  devant  nous  s'élève,  au 
milieu  des  mesquites  séculaires  qui  nous  en  rendent  l'ac- 
cès difficile,  la  falaise  terminale  de  la  mesa. 

En  face  de  nous  est  une  première  ouverture  d'une  ving- 
taine de  mètres  de  hauteur,  donnant  accès  à  un  ravin  aux 
murs  perpendiculaires  et  en  certains  endroits  surplombants. 
La  roche  est  formée  d'un  calcaire  blanchâtre  assez  tendre, 
formant,  en  certains  endroits,  comme  une  demi  voûte  avec 
arcades.  Les  murs,  en  ces  endroits,  sont  couverts  d'inscrip- 
tions peintes  sur  la  surface  lisse  de  la  roche,  avec  coulci.i.s 
rouges,  bleues,  blanches  et  jaunes.  Les  inscriptions  ^-jut 

SOC.  DE  GÉOGR.  —  SEPTEMBRE  18^0  XX.  —  U 


210  TOIAU  8M  8Q90U. 

peu  nombreuses  dans  ce  premier  ravin  ;  aossi,  apffôs  en 
ayolr  pris  co]^,  nous  dîr^j^eoDSrnoos  à  nue  centaine  de 
mètres  environ  Ters  la  ganehe  oit  se  tronTe  l'ouTerture  da 
second  ravin,  qoi  s'est  ouvert  son  chemin  à  la  plaine  en  for- 
mant on  portail* 

Ce  p<»1ail  anssitût  passé»  nous  entrons  dans  le  ravin  —  la 
formation  est  ici  la  même  que  dans  le  précédent,  mais  les 
arcades  sont  pins  nombreuses  et  les  inscriptions  y  sont  en 
grand  nombre. 

Le  style  de  ces  inscriptions  est  particulier  et  montre  une 
autre  facture  que  celles  que  nous  sommes  habitués  à  ren- 
contrer dans  la  Pimeria.  Ce  sont  en  efiet  ici  de  véritaUes 
peintures» où  la  couleur  a  certainement  une  signification; 
dans  la  Pimeria,  au  contraire»  les  inscriptions  sont  ton- 
jours  d'une  seule  couleur,  et  généralement  martelées  sor 
la  roche.  Outre  cela»  pour  l'œH  même  non  habitué  aux 
inscriptions  indiennes,  il  est  indubitable  que  nous  avons  à 
faire  là  à  une  autre  classe  d'inscriptions.  Celles-ci  ressem- 
blent à  celles  faites  par  les  Gomanches»  au  Texas,  etc. 

Ce  genre  dloscription  ne  se  rencontre  pas,  à  ma  con- 
naissai^ce,  à  l'ouest  de  la  grande  chaîne  de  la  Sierra.  Notre 
visite  terminée»  nous  repreoons  nos  chevaux  et,  à  quatre 
heures  du  soir,  nous  arrivons  à  Baeuachi.  C'est  encore  ici 
un  autre  des  presidios  qui  durent  être  abandonnés  au  temps 
de  l'invasion  des  Âpaches.  A  peu  de  distance  du  village  se 
trouvent  des  placers,  et  l'emplacement  même  de  Bacancbi, 
ainsi  que  toute  la  mesa  environnante,  est»  m'assure-t-oD, 
aurifère. 

Le  jour  de  Noël»  malgré  un  temps  couvert  et  froid,  je  me 
décide  à  partir  pour  Fronteras;  le  commandant  du  Presi- 
dio»  à  qui  j'avais  remis  mes  lettres,  me  donne  une  escorte^ 
car  bien  que  le  pays  soit  à  présent  relativement  sûr,  on  ne 
peut  jamais  se  fier  aux  Indigos  qui,  d'un  jour  à  l'autre, 
peuvent  recommmencer  leur  prouesses*  Notre  route  se 
dirige  d'aborâ  vers  le  nord-ouest,  suivant  la  mesa»  Peu 


TOTAOE  E»  SOÏfORA.  211 

de  temps  après  notre  départ,  la  plaîe  commence  à  tomber 
à  torrents  et  nous  rend  difficile  de  trouTer  la  route.  Arri- 
vés an  pied  delà  Serra,  nous  avons  maintenant  à  franchir 
un  canon  très  redouté  des  M'exicains.  Mes  hommes  met- 
tent la  cartouche  au  fusil  ;  j'en  fais  autant  au  mien,  et  je 
jette  en  même  temps  un  regard  sur  mes  revolvers.  Le  sen- 
tier est  très  étroit  et  les  côtés  de  la  route  sont  couverts  de 
chaparral.  L*un  de  mes  guides  se  fait  un  plaisir  de  me  mon- 
trer les  endroits  où  telle  et  telle  personne  a  été  tuée  —  il 
serait  trop  long  de  les  mentionner  ici,  et,  à  vrai  dire,  nous 
nous  en  inqpriétons  fort  peu.  Le  canon  s'enfonce  de  plus  en 
plus  dans  la  montagne,  qui  se  couvre  ici  d'une  forêt  de 
chênes  et  de  cyprès,  un  peu  plus  loin  de  pins.  Après  deux 
heures  environ,  nous  arrivons  dans  un  cirque  connu  sous 
le  nom  de  Mababr,  entouré  entièrement  par  la  forêt.  A  notre 
droite,  s'élèvent  les  pinsneigeux  de  la  Purica.  Ici,  nous  nous 
arrêtons  un  instant  pour  prendre  haleine,  et  pendant  que 
mes  chevaux  se  désaltèrent,  je  vais  faire  quelques  pas  dans 
la  forêt  pour  me  délasser.  Je  m'aperçois  bien  vite  que  je  ne 
suis  pas  le  seul  occupant  de  ces  lieux  et  qu'un  petit  ours 
cherche  à  faiire  connaissance  avec  moi.  Deux  balles  logées 
dans  son  corps  le  font  fuir  à  toutes  jambes  et  ne  paraissent 
pas  avoir  d'autre  effet.  Cet  endroit  est,  paraît-il,  connu 
pour  la  quantité  d*ours  qui  s'y  trouvent  ;  le  nom  même  de 
Mababi  veut,  dire  aiguade  de  l'ours.  La  Sierra  une  fois 
franchie,  nous  rencontrons  à  nouveau  la  mesa  qui  s'étend 
en  pente  douce  vers  la  rivière  de  Batepito. 

A  la  nuit  tombante,  nous  arrivons  à  la  rivière,  et  en  face 
de  nous,  sur  la  mesa  élevée,  est  le  village,  autrefois  impor- 
tant, aajounfhuî  en  ruines,  de  Cuquiarachi.  Nous  poussons 
un  peu  plus  loin  et  allons  passer  la  nuit  à  l'hacienda  de  la 
Reforma. 

A  trois  lieues  de  la  Reforma,  dans  la  direction  au  S!id- 
sud-est,  est  le  presidio  de  Fronteras,  situé  sur  un  promon- 
toire de  la  mesa  principale,  bien  que  séparé  de  celle-ci  par 


212  VOYAGE  EN  SONORÂ. 

une  barranca.  Une  seule  rue,  bordée  de  maisons,  qui  suit 
les  sinuosités  de  la  colline,  est  tout  ce  qui  existe  aujourd'hui 
de  l'ancienne  forteresse  espagnole.  Un  sentier  en  zig  zag  y 
conduit  de  la  base,  où  depuis  quelques  années  s'est  formé 
un  petit  village.  Sur  la  pointe  extérieure  du  presidio,s'élèvent 
les  murs  noircis  de  l'église  de  Santa-Rosa. 

Ce  point  fut  pendant  longtemps  le  poste  le  plus  avancé 
des  Espagnols  en  pays  barbar  e  ;  il  formait,  avec  le  presidio 
de  Janos  et  les  autres  presidios  de  l'ouest  dont  nous  parle- 
rons plus  loin,  la  ligne  frontière  des  conquêtes  espagnoles. 

Attaqué  et  détruit  à  plusieurs  reprises,   on  changea  le 
presidio  plusieurs  fois,  de  Fronteras  oh  il  se  trouve  ac- 
tuellement et  connu  sous  le  nom  de  Santa-Rosa,  à  San- 
Bernardine,  à  30  lieues  de  distance  vers  le  nord-nord-ouest 
(San-Bernardino  est  aujourd'hui  un  rancho  touchant  à  la 
ligne  frontière  de  la  Sonora  et  d'Arizona).  En  1848,  à  la 
suite  de  la  dernière  grande  invasion  des  Apaches,  Fronte- 
ras fut  entièrement  abandonné.  Les  quelques  personnes  qui 
avaient  résisté  s'enfuirent  de  nuit  vers  Bacuachi,  laissant 
tout  le  pays  entre  les  mains  des  barbares.  On  m'avait  an- 
noncé que  derrière  le  cerro  de  Sombrerete,  qui  se  lève  de 
l'autre  côté  du  ruisseau,  était  une  caverne  à  sépulture  où 
l'on  me  promettait  une  ample  moisson,  et  où  l'on  me  di- 
sait qu'il  y  avait  des  inscriptions.  Je  me  décidai  à  la  visi- 
ter, le  28  décembre,  et,  après  six  heures  de  chemin  de  mon- 
tagne des  plus  fatiguants, nous  atteignons  la  caverne  située 
dans  un  point  presque  inaccessible  de  la  montagne  et  n'y 
trouvons  que  quelques  ossements  d'enfant.  L'endroit  avait 
certainement  été  habité,  les  cendres  qui  se  trouvaient  dans 
l'mierieur  en  étant  un  indice  certain  ;  mais  nousn'y  pûmes 
pas  aecouvrir  autre  chose.  Au  pied  de  la  mesa  à  «  l'ojo  de 
agua  i>  sont  ies  ruines  d'un  ancien  village  Opata,  le  terrain 
étant  couvert  de  morceaux  de  metates,  etc.  L'on  m'assure 
que  le  long  du  ruisseau  de  Batepito  il  y  a  quantité  de  ces 
ruines. 


VOYAGE  EN  SONORA.  213 

A  environ  quatre  lieues  de  Fronteras  au  Potrero,  sur  le 
chemin  de  Guchuberachi,  se  trouve  une  grotte  avec  inscrip- 
tions; à  Guchuta,  que  nous  avons  laissé  à  notre  droite 
en  venant  de  la  Reforma,  on  a  découvert,  mis  à  jour  par  le 
ruisseau  qui  porte  le  même  nom,  des  ossements  d'une  es- 
pèce d*Eiephas.  Le  peu  de  facilité  de  transport  que  j'avais 
m*empêchait  de  rapporter  quoique  ce  soit  de  ces  osse- 
ments. 

Le  29  décembre,  nous  reprenons  notre  route  pour  lires, 
où  nous  entrions  le  2  janvier,  ayant  dû  franchir  la  distance 
entre  ces  deux  points  par  une  pluie  torrentielle  qui  nous 
randit  la  dernière  partie  du  voyage,  c'est-à-dire  la  traver- 
sée du  cajon  d'Ures,  très  périlleuse,  eu  raison  des  fortes 
eaux  et  du  violent  courant  de  la  rivière. 

Du2  au  13,  nous  fûmies  retenus  à  lires  par  des  pluies  con- 
tinuelles, et  ce  ne  fut  que  le  14,  malgré  le  mauvais  temps 
qu'il  faisait  encore,  que  je  pus  me  mettre  en  route  pour 
l'excursion  projetée  dans  la  Pimeria.  En  quittant  Ures  et 
après  avoir  traversés  la  rivière  de  Sonora,  nous  laissons  sur 
notre  gauche  l'ancienne  mission  del  Pescado,  antérieure  à 
lu  fondation  de  San-Miguel  de  Ures.  Notre  roule  nous  con- 
duit vers  le  nord-ouest;  le  pays  traversé  est  composé  d'une 
série  de  montagnes  et  de  collines  divisées  par  des  barran- 
cas  et  des  arroyos  sablonneux  qui  ne  présentent  rien  d'inté- 
ressant. La  pluie  ne  nous  a  pas  quittés  toute  la  journée,  et 
à  six  heures  et  demie  du  soir  nous  faisons  notre  rentrée  à 
San-Miguel  de  Horcasitas,  ville  aujourd'hui  bien  déchue. 
Fondée  comme  presidio  en  1741,  San-Miguel  fut  pendant 
quelque  temps  la  résidence  de  l'alcade  général  de  Sonora. 

La  ville  est  bâtie  sur  la  rive  gauche  du  rio  de  Gucurpe, 
plus  connu  ici  sous  le  nom  de  rio  de  San-Miguel.  A  une 
lieue  plus  bas  sur  la  rivière,  se  trouve  la  seule  manufacture 
de  manias  (étoffe  de  coton  de  qualité  inférieure)  qu*il  y  ait 
en  Sonora.  Elle  est  connue  sous  le  nom  de  Los  Angeles  et 
occupe  environ  500  ouvriers.  Les  révolutions,  si  communes 


su  yOYÀ€X  EN  SQNOEA. 

dans  ce  pays,  ont  détruit  ici,  comme  en  beaucoup  d'autre 
points,  les  archives;  j'avais  espéré  rencontrer  des  docu- 
ments intéressants  sur  les  missions  de  la  Pimeria,  oe  point 
ayant  été  considéré  par  les  missionnaires  franciscans  comme 
leur  chef-lieu^  mais  j'étais  condamné  encore  à  être 
désappointé. 

Le  16,  nous  continuons  notre  route  pour  Rayon.  Peu 
après  avoir  quitté  San-Miguei  nous  laissons  à  noire 
gauche  les  quelques  murs  encore  debout  de  Tancienne 
mission  del  Popuio. 

Rayon,  qui  doit  son  origine  à  la  mission  de  Nuestra 
Seilora  del  Rosario  de  Nacameri,  est  le  plus  important  de 
tout  le  rio.  Il  est  entouré,  en  effet,  d'haciendas  importantes 
où  Ton  travaille  la  canne  à  sucre,  et  la  Panache  de  Rayon 
est  considérée  comme  supérieure  à  toute  autre.  Sur  la 
place  principale  de  Rayon  est  un  fresne  de  taille  extraordi- 
naire Par  un  beau  jour  d'été,  toute  la  population  de  Rayon 
peut  venir  s'y  mettre  à  i'ombre.  Ces  arbres  sont  assez  rares 
en  Sonora,  mais  là  où  Ton  les  troiive,  ils  se  développent  gé- 
néralement dans  des  proportions  prodigieuses. 

Le  18  nous  trouve  à  Opodepe  et  le  19  à  Tuape.  Ce 
dernier  village  est  encore  occupé  entièrement  par  des 
Indiens  Tefaues,  et  au  moment  où  nous  arrivons,  toute  la 
population  est  ivre  à  la  suite  de  la  fête  de  son  patron. 

Le  20,  nous  nous  dirigeons  sur  Gucurpe.  Avant  d'arriver 
à  ce  point,  nous  avons  à  franchir  un  canon  très  étroit.  La 
rivière  s'est  ici  frayée  un  chemin  à  travers  la  mesa  formée 
de  grès  rouge  très  tendre  et  donnant  mille  formes  bizarres 
aax  falaises  de  ses  deux  rives.  Ce  qu'il  y  a  surtout  d'inté- 
ressant, c'est  que  ces  falaises  sont  coupées  par  un  grand 
nombre  de  cavernes  dont  plusieurs  sont  encore  iiabitéf^  par 
les  Indiens.  Dans  Tune  d'entre  elles,  en  particulier,  ils  ont 
élevé  sur  le  rebord  extérieur  ûa  l'aori  une  muraille  en 
pierres  sèches  ne  laissant  qu'une  ouverture  irrégulière  pour 
entrée.  A  voir  ces  habitations,  on  se  croirait  parmi  les 


yOtJàOfi  EN  SONORÀ.  215 

anciens  habitants  des  cliff-kouses  de  Colorado.  Le  village 
de  Cucurpe  est  situé  comme  un  pigeonnier  (c'est  là  ce  que 
œ  nom  signifie),  au  somovet  d'une  haute  colline  rocheuse 
sur  les  flancs  de  laquelle,  regardant  le  sud,  s'échelonnent 
les  maisons  du  Bonveau  village*  À  peine  un  mille  au-dessus 
du  village,  les  deux  ruisseaux  de  Doiores  et  Saracachi  se 
joignent  pour  former  le  rio  de  Cucurpe. 

Nous  sommes  ici  sur  le  champ  des  premiers  travau:s  du 
célèbre  missionnaire  bavarois,  le  père  Eusèbe-François 
Kûhn  ou  Kino,  suivant  la  manière  de  parler  des  Espagnols. 
Au  mois  de  mars  1687,  cet  homme  remarquable  à  beaucoup 
d'égards  pénétra  pour  la  première  fois  parmi  les  populations 
barbares  de  Pinceria.  Le  18  du  même  mois,  il  s'arrêta  aux 
parages  de  Doiores  oîi  il  fonda  la  première  mission  de 
Nuestra-Seilora  de  los  Doiores,  située  à  &  lieues  de  Cucurpe 
sur  le  ruisseau  du  même  nom  qui  déeoule  des  contreforts 
de  la  Sierra-Âzui*  Le  père  fût  bien  reQu  des  Pimos,  et  dès 
ce  moment  commencèrent  les  voyages  qui  l'ont  rendu  si 
célèbre.  Il  est  constant,  en  efPet,  qu'il  découvrit  tout  le  nord 
de  la  Sonora  et  toute  la  région  de  l'Arizona  au  sud  du  rio 
Crila,  visitant  la  Casa-Grande  et  s'avançant  jusqu'au  rio  Colo- 
rado. Peu  après  la  fondation  de  sa  première  mission,  il  en 
forma  une  autre  à  10  lieues  vers  jle  nord,  connue  sous  le 
nom  de  San-Ignacio.  Continuant  son  voyage,  il  fonda  la 
mission  de  San-José  de  Ymuris  (nous  parlerons  plus  loin 
de  ces  deux  dernières  missions).  Retournant  vers  sa  première 
missdon  de  Doiores,  il  fonda,  au  pied  du  versant  nord  de  la 
Sierra- Ami,  dans  le  Yalle  de  Remédies,  la  mission  du  même 
nom.  De  retour  une  autre  fois  à  Doiores,  il  s  occupa 
uniquement  de  la  conversion  des  Indiens,  <«Eivoyanc  sou 
compagnon  Agustin  de  Campos  administrer  les  deux' 
missions  de  San^Ignacio  et  San*José,  et  conservant  pour  lui 
ceUes  de  Doiores  et  Remedios.  Nous  ne  suivrons  pas  ici  le 
père  Kino  dans  toutes  ses  pérégrinations  à  travers  la 
Pimerîa.;  les  itinéraires  en  étant  publiés  dans  les  Afanc& 


216  VOYAGE  EN  SONOIU. 

apostolicoSy  mais  le  lîeii  et  la  date  àe  sa  mort  n'étant 
indiqués  nulle  part,  il  peut  être  de  quelque  intérêt  de  dire 
ici  que  d'après  les  documents  certains  que  j'ai  en  main 
(livre  de  la  paroisse  de  Santa-Magdalena,  acte  de  décès  du 
père  Kino),  il  mourut  à  la  Magdalena,  à  l'âge  de  70  ans,  le 
15  mars  1711,  et  fut  enterré  dans  la  chapelle  de  la  mission. 

Le  28  janvier,  nous  nous  remettons  en  route  pour  la 
Magdalena,  et  nous  nous  élevons  petit  à  petit  dans  la  direc- 
tion ouest-nord-ouest,  par  une  route  serpentant  jusqu'au 
Puerto  de  la  Magdalena,  col  élevé  entre  la  Sierra  del  Âguage 
et  celle  de  la  Madera. 

Peu  après  avoir  passé  le  Puerto  et  faisant  face  à  la  vallée 
de  San-Ignacio,  s'élève  sur  la  droite  du  chemin,  un  cerro 
avec  trincheras.  Ces  trincheras  ou  fortifications  sont  des 
murs  en  pierres  sèches  élevés  sur  les  parties  accessibles  du 
cerro.  Elles  s'élèvent  ainsi,  concentriquement,  défendant 
les  approches   du   sommet;    dans  certains  endroits,  Ton 
remarque  même  des  traces  de  plate-forme  sur  les  rebords 
desquelles  s'élèvent  les  murs.  Un  chemin  en  zigzag  suit 
les  contours  les  plus  accessibles  de  la  colline,  la  trinchera 
étant  ouverte  pour  lui  donner  passage.  A  chaque  point  où 
celle-ci  est  traversée  par  le  chemin,  se  trouve,  des  deux 
côtés  de  celui-ci,  comme  un  rebroussement  intérieur  de  la 
muraille  qui  servait  à  protéger  ces  entrées  en  cas  d'attaque. 
Ici,  nous  n'avons  rencontré  aucun  vestige  d'art  plus  avancé 
de  fortifications  ;  c'est  bien  ce  qu'on  peut  trouver  de  plus 
simple  en  ce  genre.  Le  choix  de  la  situation  est  pourtant 
excellent,    défendant  l'entrée   de   la   passe.    Plus    nous 
avançons  dans  notre  descente,  plus  nous  rencontrons  la 
végétation  particulière  du  désert.  Nous  avons  quitté  au 
Puerto  les  dernières  forêts  de  pins  et  de  chênes  et  main- 
tenant nous  sommes  au  milieu  de  la  même  végétation  que 
nous  avons  rencontrée  sur  la  route  de  Guaymas.  A  nos 
pieds  s'étend,  comme  un  filet  d'argent,  la  rivière  de  San- 
Ignacio  er,  à  une  petite  distance,  sur  notre  droite,  le  dôme 


VOYAGE  EN  SONORA.  217 

de  l'église  de  la  Magdalena  s'élève  au  milieu  de  groupes 
d'arbres  et  de  palmiers. 

Après  toute  une  journée  de  marche,  nous  arrivons  à  la 
ville  de  Magdalena,  dans  laquelle  nous  entrons  par  une 
longue  avenue  bordée  d'alamos.  L'on  s'aperçoit  ici  de  la 
proximité  de  la  ligne  américaine,  aux  bugays,  des  voitures 
couvertes,  et  au  grand  nombre  d'Américains  que  l'on  ren- 
contre dans  les  rues  ;  enfin,  arrivant  de  l'intérieur  du  pays 
on  y  trouve  au  moins  une  vie  comparative  après  la  mort 
perpétuelle  des  autres  villes. 

Nous  avons  vu  précédemment  comment  s'établirent  les 
premières  missions  de  San-Ignacio  et  d'Ymures  ;  la  Magda- 
lena fut  peuplée  comme  Pueblo  de  visita,  à  la  même  époque 
à  peu  près  :  d'un  village  d'Indiens  Pimos,  de  peu  d'impor- 
tance, est  sortie  la  ville  de  la  Magdalena,  qui  contient  envi- 
ron deux  mille  habitants.  Au  centre  de  la  ville  se  trouve, 
comme  dans  toutes  les  villes  mexicaines,  la  plaza  qua- 
drangulaire  sur  l'une  des  faces  de  laquelle  s'élève  l'église 
nouvelle  sous  l'invocation  de  San-Francisco.   C'est    une 
jolie  bâtisse  de  style  toscan,  avec  coupole,  terminée  en 
1832.  De  l'ancienne  capilla  de  la  Mission,  il  ne  reste  plus 
qu'une  tour,  les  murs  étant  effondrés.  Les  rues  sont  paral- 
lèles à  la  rivière,  et,  en  chacune,  une  acequia  d'eau  courante 
sur  chacun  des  côtés.  Ici,  pas  de  maisons  en  ruines  ;  au 
contraire,  on  bâtit  de  tous  côtés  et  l'on  répare  les  bâti- 
ments, chose  fort  rare  pour  une  population  mexicaine. 
L'église  possède  une  image  miraculeuse  de  San-Francisco 
et  tous  les  ans,  au  mois  d'octobre,  une  grande  foule  de 
pèlerins  viennent  y  rc^ndre  hommage  de  toutes  les  parties 
de  la  Sonora  et  même  d'Arizona  et  du  Nouveau-Mexique. 

J'avais  appris  que  dans  une  chambre  située  derrière  le 
dôme  de  l'église  se  trouvait  un  nombre  considérable  de 
vieux  papiers.  Le  padre,  malgré  mes  demandes  réitérées  de 
m'y  laisser  fouiller,  s'y  refusait  en  me  disant  qu'il  n'y  avait 

absolument  rien.  Je  profitai  donc  d'un  jour  d'absence  de 


218  .     VOTMn  EN  SOKCMUl. 

ce  dernier  pour  me  procnrer  une  échelle  et  visiter  cet 
endroit  avec  le  bon  vouloir  du  sacristain.  Ce  qu'on  m'avait 
dît  se  trouva  être  exact  el  je  découvris  une  quantité  de 
documents  anciens  dont  f  extrais  les  pièces  les  plus  impor- 
tantes. 

Apr^s  un  séjour  d'une  semaine,  noas  nous  rmettons  en 
route  pour  remonter  le  rio  de  San-Ignacio  jusqu'à  Santa* 
Gruz.  Les  premières  lieues  nous  font  traverser  des  champs 
en  culture  et  des  terrains  en  défriche;  partout  où  Ton 
peut  irriguer,  Ton  travaille,  et  la  vallée  produit  en  quantité 
considérable  du  blé  et  autres  céréales.  A  deux  lîeaes,  nous 
passons  San-Ignacio,  puis,  plus  loin,  Terrenateoù,  autrefois, 
existait  un  presidio.  Bn  face  de  Terreuate  est  un  moulin 
important  oii  se  moud  toute  la  farine  du  district,  aparté- 
naiït  à  un  français.  A  quelques  pas  du  mouttu  est  un  petit 
monticule  rocheux  sur  la  face  sud-ouest  duquel  existe  une 
excavation  assez  considérable  eu  forme  de  demi  poire,  et, 
sur  ]es  parois  intérieures  de  celle-ci  se  trouvent  peintes,  en 
rouge  et  en  noir,  différentes  inscriptions  indiennes.  Der- 
rière le  moulin,  «'devant  en  pente  rapide,  est  un  cerro 
aride  et  rocheux  d'un  millier  de  mètres  de  hauteur.  A 
environ  deux  tiers  de  sa  hauteur,  ce  oerro  présente  une 
falaise  à  pic  ;  pour  arriver  à  ce  point,  il  faut  suivre  une 
espèce  de  crête  qui  coimnence  au  pied  du  moulin  même  et 
est  d'une  ascension  assez  brusque.  A  partir  de  la  falaise 
sus-mentionnée,  s'élève  successivement  une  sfrie  de  ter« 
rasses  avec  murs  de  rebords,  Ayant  servi  de  fortifications. 
Nous  comptons  tretae  de  ces  terrasses  échelonnées  succes- 
sivement jusqu'au  sommet.  Celui-ci  a  été  parfaitement 
nivelé  ;  il  a  une  superAoie  d'environ  cent  mètres  carrés  et  est 
entouré  par  un  mur  de  défense.  Au  centre  de  ee  dernier 
retranehemeint  est  un  autre  petit  qnadrangle  un  peu  suré- 
levé du  Teste  et  entouré  égaletnent  demurs.  De  ee  point,  on 
domine  toute  ta  vadlée  et  laeontréeenvinoanante.  Noas  trou- 
vons duns  Tencein^ie  plusieurs  restes  >de  metaites  et  dans  une 


des  rocbes  «si  un  iroa  ooiisidérahle,  fait  4e  maÎBs  <l'hoauii6, 
aysoit  dû  serw  de  mortier. 

U&e  iradiiian  ^néteod  qu'il  y  a  «dans  ce  cerro  une  mine 
exirêmemenA  riolie,  exploitée  aatrefoîs  par  las  Jésuâties  et 
qu'ils  auraient  j^ouchée  au  moment  de  leur  expulsion. 
Beaucoup  de  recherdbes  ont  été  laites  pour  la  trouver; 
mais,  comme  de  jiistey  sans  lésoltat. 

Quittant  Ten«aate  te  âl,  nous  sutvoins  pemdamt  iin  hon 
moment  la  mesa  dénudée,  sur  la  rive  droite  de  k  mière.  A 
peu  de  distance  du  pueblo  de  Terrefiate,  oaas  passons  la 
petite  a  «con^^faoion  de  los  Lianos  ji  /renommée  oomme 
repaire  de  briga&ds,  puis  un  peu  plus  loin,  la  route  qui  va 
vers  le  Tncson  et  le  petit  ruisseau  de  «  l'Aigna  zarca  ».  A  la 
jonction  de  ce  dernier  avec  le  rio  de  San^lgoacio,  est  bâtie, 
sur  une  haute  falaise,  dominant  la  contrée  environnante, 
l'aocienne  mission  et  pueblo  de  San-José  de  YimiHi&.  Ayant 
essayé  ici  de  visiter  un  cimetière  abandionné  des  anciens 
Indiens,  il  m'arrîva  mie  petite  aventure.  J'avais  déterré  trois 
crânes,  sans  aucun  téanioio  ^  je  les  portai,  avec  de  :grandcs 
pnécauiions,  à  la  maison  où  j'étais  descendu  <et  les  cachai 
avec  soin  pour  éviter  les  effets  de  Ja  superstition  de  ces 
braves  gens.  Le  lendemain  matin,  je  fus,  comme  d'babitude, 
à  mes  travaux.  Pendant  monabsoice,  le  bruit  se  répandit, 
je  ne  sais  comment,  que  je  m'étais  procuré  des  crânes  et 
les  avais  déposés  dans  la  maison  4A  j'étais^  un  certain 
nombre  de  bonnes  vieilles  béates  vinrent,  en  vêtements  de 
deuil,  des  cierges  à  la  main  et  chantant  les  cantiques  des 
morts.  Après  avoir  cherché  partout  dans  la  maison,  elles 
finirent  par  trouver  mes  crânes  et,  les  déposant  avec  toate 
la  délicaiesse  dont  elles  étaient  capables  dans  ane  boîte, 
elles  les  emportèrent  en  i»'ooessions  chandelles  en  tète  et 
cantiques  au  vent,  vers  le  dampo-fiamto,  où  elles  les  enter- 
rôi^ent  à  aouveao.  Pour  ce  joli  exploit,  ces  braves  femmes 
ont,  je  croiSj  obtenu  quinae  jours  d'indulgence! 

Me  lâcher  n'était  pas  ia  peine  et  aurait  pu  m'attirer  des 


\ 


220  VOYAGE   EN  SONORA. 

désagréments  au  milieu  de  cette  population  mexicaine,  si 
ignorante;  je  ne  fis  donc  qu'en  rire  ;  mais  j'avais  perdu  la 
seule  opportunité  qui  m'avait  été  donnée  de  me  procurer 
des  crânes  Pimos.  Ceci  dit  pour  montrer  avec  combien 
de  difficultés  nous  avons  à  lutter  dans  de  pareils  pays. 

Je  ne  m'arrêtai  que  peu  à  Ymuris  et  poussai  ma  route 
vers  Babasaque.  A  partir  de  ce  point,  nous  entrons  dans 
un  canon  étroit  où  la  rivière  coule  avec  violence  en  formant 
une  multitude  de  petite  cascades  et  de  rapides.  A  une 
distance  de  cinq  milles  dans  l'intérieur  de  ce  canon ,  et  au 
bord  même  du  cbemin,  se  trouve  une  falaise  couverte 
d'inscriptions  du  genre  de  celle  que  j'ai*  déjà  décrites  en 

d'autres  occasions  devant  la  société,  en  parlant  d'une 
excursion  au  rio  Gila,  en  amont  de  la  falaise  qui  se  trouve 
à  l'endroit  le  plus  étroit. 

Nous  passons  ensuite  le  cirque  de  Comaquito,  petite  val- 
lée intérieure  et  circulaire  communiquant  vers  le  sud  avec 
le  valle  de  Remedios  dont  nous  avons  parlé  plus  haut  et  où 
le  père  Kîno  avait  établi  une  de  ses  premières  missions. 
Nous  ne  faisons  que  traverser  Comaquito  et,  nous  dirigeant 
alors  vers   le  nord,  traversons   un    autre  canon  étendu 
et  le  même  soir  allons  passer  la  nuit  au  Vado  Seco,  dans  la 
grande  vallée  de  Gocospera.  Cette  vallée,  entourée  de  mon- 
tagnes élevées,  était,  avant   les  dernières   invasions   des 
Apaches,  en  pleine  culture  de  rapport.  De  l'ouest  à  l'est,  sa 
dimension  est  d'environ  quarante  milles  et  en  largeur  va- 
riant de  huit  à  douze. Depuis  quelque  temps  seulement, 
quelques  Mexicains  y  sont  venus  à  nouveau  s'établir  pour 
la  culture  et  l'élève  du  bétail.  Le  2  février,  nous|nous  met- 
tons en  route  de  très  bonne  heure  pour  Santa-Cruz.  Nous 
visitons  d'abord  l'ancienne  mission  de  Gocospera,  ruinée 
par  les  Apaches.  Cette  mission,  dont  la  façade  présente  deux 
tours  symétriques  d'ordre  bytantin,  est  située  sur  une  émi* 
nence  dominant  le  petit  arroyo  del  Krigona  et  qui  vient  ici 
se  perdre  dans  la  vallée.  Pendant  plusieurs  heures,  nous  sui- 


VOYAGE  EN   SONORA.  221 

vons  le  nord  de  la  vallée,  ayant  devant  nous  le  massif  mon- 
tagneux de  la  Llorona,  sur  lequel  paraît  être  suspendu  un 
immense  nuage  de  vapeur,  tandis  que  toutes  les  montagnes 
environnantes  sont  couvertes  de  neige.  Ce  massif  de  la 
Llorona  donne  naissance  à  plusieurs  rivières,  les  unes 
allant  former  le  rio  de  Sonora  et  les  autres  celui  de  San- 
Ignacio.  Ce  point  est  le  nœud  de  toute  cette  région. 
S'étendant  entre  le  valle  de  Cocospera  et  la  vallée  de  Santa- 
Cruz,  est  un  puerto  peu  élevé  où  poussent  en  abondance  les 
chênes  et  une  espèce  de  cyprès,  toutes  les  montagnes  étant 
couvertes  d'immenses  forêts  de  différentes  espèces  de 
pins. 

Au  ranoho  de  San-Lazaro,  nous  sommes  sur  le  rio  de 
Santa-Gruz  qui,  prenant  sa  source  un  peu  plus  haut  que  le 
presidio  du  même  nom,  entre  sur  le  territoire  américain  à 
Calabasas  et  vase  perdre  un  peu  au-delà  deTucson.  A  par- 
tir de  San-Lazaro,  nous  remontons  la  rivière  dont  les  rives 
sont  bien  cultivées.  Toute  cette  région  a  été  repeuplée 
seulement  depuis  peu,  les  Apaches  ayant  donné  un  peu  de 
répit  aux  nouveaux  settlers.  C'est  en  effet  une  région  très 
fertile,  le  terrain  étant  suffisant  pour  supporter  sans  irriga- 
tion une  population  importante.  Outre  cela,  nous  sommes 
ici  près  des  districts  miniers  de  la  Patagonia,  la  sierra  de 
ce  nom  s' élevant  abrupte  et  couverte  de  neige  à  environ 
4  000  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  vallée,  en  face  de  San- 
Lazaro.  Le  presidio  de  Santa- Cruz,  qui  a  tellement  souffert 
des  invasions  des  barbares,  n*a  pas  encore  pu  se  relever  et 
n'est  encore  qu'un  tas  de  ruines.  La  position  en  a  été  chan- 
gée à  différentes  reprises.  Le  premier,  établi  au  milieu  (iu 
siècle  dernier,  se  trouvait  à  peu  de  distance  de  l'endroit 
aujourdui connu  sous  le  nom  de  «  Très  Alamos  »,  sur  le  rio 
de  San-Pedro  en  Arizona.  Ce  ne  fut  que  vers  la  fin  du  siècle 
dernier  qu'il  fut  transféré  dans  sa  situation  actuelle  où 
existait  alors  la  mission  de  Santa-Maria  Suamka.  Dans  l'in- 
tervalle, entre  les  contreforts  de  la  Sierra  delà  Patagonia 


332  TOnGE  EN  SOIffORA. 

et  delà  LIorona,  apparaît  ver»  te  iMHrd-oiiest^à  ane  <fistance 
d'à  peu  près  i5  fieues,  la  Sierra  de  H<aac&uea,  dans  les  fl»ies 
de  laf^oelle  oaH  é4é  découvertes  les  riefaeS'  mmes  qui  ont 
donné  lien  à  rétablissement  du  Camp  ISaachiiea.  Un  peu 
pins  loin ,  vers  Vesf,  s*élève,  paraArafciMttil  â  eeHe  de  ^Saat- 
chuca,  la  Sîerra  Penascosa,  connue  parles  Anorérîeaîns  sons 
le  nom  de  Tombstone.  » 

Après  un  cofirt  séjour  à  Santa-Crua,  pendaHt  lequel 
nous  en  visitâmes  tes  points  tes  plus  natéressaots,  nous 
rentrons  à  îa  Magdaîenaet,  le  8  février,  nouscom^mençons 
notre  voyage  au  rio  Abajo. 

Quittant  la  Magdalena,  nous  laissons  bientôt  les  mon- 
tagnes derrière  nous,  la  contrée  s'ad>aissc,  la  route  suit 
alors  la  plaine,  couverte  de  mezquîtes,  qui  s'étend  à  perte 
de  vue.  Çà  et  là,  uneloma  noirâtre  avee  les  saguaros  aux 
formes  bizarres.  Peu  après  avoir  passé  San-Lorenzo,  nous 
traversons  la  rivière  un  peu  avant  d'arriver  à  Santa-Anna 
et  nous  allons  coucher  à  Santa-José  del  Claro.  De  ce  point, 
deux  routes  nous  sont  ouvertes  pour  aller  à  TAltar.  L*une 
suit  la  rivière  en  aval,  c'est  une  route  de  voiture,  mais 
beaucoup  plus  longue  ;  l'autre  est  directe  et  passe  par  le 
rancbo  de  TOcuca  :  c'est  cette  dernière  que  nous  choisis- 
sons. Quittant  el  Claro  le  9  au  point  du  jour,  nous  retra- 
versons la  rivière,  en  nous  dirigant  vers  le  nord-nord-ouest. 
La  plaine  que  nous  traversons  est  très  aride,  montrant  çà 
et  là  quelques  buissons  rabougris  de  mesquites.  Nous  ren- 
controns aussi  la  hedioudilla  (larea  mejicana)  qui  ne  pousse 
que  dans  les  endroits  les  pius  arides.  Nous  chevauchons 
ainsi  toute  la  journée  et,  vers  les  quatre  heures,  nous  des- 
cendons près  dTun  bassin  intérieur  couvert  d'une  forêt  de 
mesquites  grgantes  et  circulaires,  et  celle-ci  une  fois  traver- 
sée, nous  sommes  au  rancho  de  TOcuca.  Le  nom  d'Ocuca 
signifie  «  ossements  sur  le  sol  »   et  provient  de  ce  que  à 
côté  du  rancho  est  un  champ  considérable  où  se  trouvent 
en  abondance  des  fragments  d'os  humains,  des  tessons  de 


poteste,  etc.,  prmiî^anl.  r^mplâeeiaen    d'uBâ  graBjde  r^oi- 
eberiâ   â'Iiidiens.»  De  rOt3U£u.,  nousi  boos    diFigeon&  au 
nord-^oœ&ty   sur  le  Serro  dd   Carsâco.  qui  domine  la 
plaine  qîi  est  ^iUtée  la  vUIe  de  L'Altar  où  nous  arrivons 
le  iO  au  seâr.  La  viUe>  de  l'Altac  e&l  située  dan»  une  pLaiue 
s'étendaut  vers  Touesl,  oik  apparai^aesit.  yaguemeut  Les 
contours  da  la  Sierra  del  Chanate  et  del.  Hunux.  De  l'autre 
côté  de  la  rivière  qui  baigne  la  ville,  s'élève,  le  cerro  de  Gar- 
nero.  Autour  de  lapLaza  e^itrale^^se  âsessent  les  quelques 
édifices  du  gouvernement  aîusi  que^se  faisant  vis-4-viSy,  l'an- 
cienne ehapelle  saus style,  datant  dupresiddo,  et  lanouvelle 
église  en  brique,  comnaeneée  il  y  a  noflûl)re  d'années»  déjà 
et  qui  preojdra  encore  bien,  des  années  avant  d'être  acbe- 
irée.  Toutes  les  maisons,  vers  les  parties  extérieures  de  la 
ville,  ont  des  grands  jardins  d'oîi  s'élèvent  les  jolis  paoafibes 
des  datites  ou  dattiers.  Cet  arbre  s'étend  dan&  toute  la  ré- 
gion sablonneus&yà  l'ouest  de  l'Altar  et  vers  le  nord  jusque 
près  de  la  ligne  américaine. 

Le  14,  nous  fûmes  témoins  h.  l'AItar  dfune  grande  car- 
rera ou  course  de  chevaux.  Un  grand  concours  de  popula- 
tion, non-seulement  de  la  viLie,  mais,  de  tous  les  environs, 
s'était  réuni  à  un  n^Ue  de  la  viUe  pour  assister  à  ce  spec- 
tacle. On  amène  les  chevaux  que  Ton  promèiie  à  diverses 
reprises  devant  la  foule,,  pour  lui  permettre  de  juger  de 
leurs  qualités.  Ces  cbevaux  sont  au  nombre  de  deux  ;  belles 
bêtes,  ma  foi  I  Les  paris  sVngagent  et  les  jockeys  apparais- 
sent. Nous  sommes  très  étonnés  de  voir  que  ces  jockeys 
sont  déjeunes  enfants  que  L'on  fait  monter  sur  des  chevaux 
sans  selle  et  que  l'on  attache  solidement  au  moyen  d'une 
bande  passant  sous  le  ventre  de  UanimaL  Le  rôle  du  petit 
jockey  n'est  autre  chose  que  de  diriger  la  bride  du  cheval. 
De  point  en  point,  sur  la  piste,  sont  échelonnés  des  hommes 
avec  de  longues  branches  flexibles  (azoteadores).  Un  coup 
de  fusil  retentit  et  lès  chevaux,  partent  de  toute  leur  vitesse, 
pressés  par  la  première  escouade  d'azoteadores  qui  les 


%4  VOÏAGE  EN  SONORÀ. 

frappent  sans  merci  avec  leurs  branches.  L'escouade  suit 
ainsi  les  deux  chevaux  jusqu'à  l'escouade  suivante,  celle-ci 
renouvelant  la  première  et  ainsi  de  suite  forçant  comme 
cela  les  chevaux  qui  courent  de  toute  leur  vitesse.  La  course 
dure  28  minutes  et,  pendant  ce  temps,  les  chevaux  fran- 
chissent une  distance  de  neuf  milles.  Ce  genre  de  course 
étant  nouveau  pour  moi,  je  me  joignis  pour  un  moment 
à  l'enthousiasme  général. 

En  rentrant  en  ville,  ce  même  jour,  nous  apprenons  que 
l'État  s'est  prononcé  dans  le  sud  et,  le  soir,  un  grand  nombre 
d'ivrognes  courent  les  rues  en  criant  :  a  Vive  Sema!  j^.  Ce 
dernier  est  à  la  tête  des  prononcés. 

Le  16,  malgré  l'état  peu  tranquille  du  pays,  je  me  mis 
en  route  pour  remonter  le  rio  de  l'A-ltar  et  visiter  le  massif 
montagneux  des  Planchas  de  Plata.  Le  même  jour  nous 
atteignons  Oquitoa,  petit  village  sur  le  rio  de  l'Altar,  au 
milieu  d'une  contrée  bien  cultivée  en  blé  et  en  arbres  frui- 
tiers. Ici  aussi  se  trouve  un  moulin  à  farine,  mais  de  style 
assez  primitif.  Le  village  se  compose  d'une  seule  rue  au 
pied  des  lomas;  derrière,  sur  une  loma  plus  élevée,  est 
l'ancienne  église  de  la  mission,  bâtie  en  brique  sans  style 
particulier.  La  façade  présente  de  chaque  côté  de  la  porte 
une  double  rangée  de  petites  colonnettes  dont  quelques- 
unes  sont  tombées.  Les  pères  jésuites  n'ayant  pas  à  cette 
époque  du  fer  pour  mettre  à  l'intérieur  de  ces  colon  netlej?, 
employèrent  à  sa  place  des  tringles  de  saguaro  qui,  pour 
la  plupart,  existent  encore,  après  deux  cents  ans  d'exposi- 
tion à  l'air*.  Il  est  bon  de  noter  ici  que  le  saguaro  (cereus 
giganteus)  une  fois  mort  dépouille  en  très  peu  de  temps  sa 
chair  ou  pulpe  qui  s'envole  au  vent,  ne  laissant  qu'un  sque- 
lette formé  de  tringles  flexibles  correspondant  chacune 
d'entre  elles  aux  côtes  de  ce  cactus  à  l'état  vivant.  Ces 
tringles  sont  très  employées  dans  ce  pays  pour  la  couver- 
ture des  maisons,  à  cause  de  leur  extrême  flexibilité  et  do 
leur  grande  durabllité. 


VOYAGE  EN  SONORA.  225 

D'Oquitoa  à  El- Ali,  la  roule  côtoyé  la  rivière  en  nous  fai- 
sant traverser  de  grandes  forêts  de  mezquites  séculaires.  El- 
Ati,  autrefois  mission  et  Pueblo  important  d'indigènes,  ne 
contient  aujourd'hui  que  quelques  Mexicains  et  un  seul 
Indien  Pimo,  dernier  descendant  des  Indiens  de  cette  ré- 
gion —  les  Pimos  véritables  ont,  en  effet,  disparu  aujour- 
d'hui de  la  Sonora.  Les  Pimos  s'étendaient  autrefois  de- 
puis les  environs  du  rio  Colorado,  où  ils  confinaient  avec  les 
Yumas  et  les  Gocopahs,  et  où  aujourd'hui  encore  nous  ren- 
controns, dans  les  déserts  sablonneux  de  Pinacate,  les  Pa- 
pagos  arenenos,  jusqu'au  delà  de  Santa-Gruz  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut  et  du  rio  de  San  Pedro  dans  l'Arizona. 
Au  nord,  ils  s'étendaient  jusqu'au  rio  Gila,  où  nous  les  ren- 
controns encore,  et  au  sud  ils  ne  dépassaient  guère  la 
ligne  du  rio  de  San-Ignacio  et  de  TAltar.  Sur  le  rio  de 
San-Pedro  vivaient  les  Sabaypures;  les  Papagos,  qui  vé- 
ritablement ne  sont  autres  que  les  Pimos,  sont  encore 
très  nombreux  à  l'ouest  de  TAltar  et  dans  la  vallée  de 
Santa-Gruz  à  leur  reserac  de  San-Xavier  dei  Bac.  Le  pays 
habité  par  les  différentes  populations  dont  nous  venons  de 
parler  était  désigné  sous  le  nom  de  Pimeria  alta  et  les  habi- 
tants Pimas  altos  pour  les  distinguer  des  Pimas  bajos  qui 
habitaient  la  partie  sud-est  de  l'Arizona  à  partir  de  Naca- 
meri  (Rayon)  et  Ures. 

Un  peu  plus  haut  que  le  village  de  El-Ati  est  un  autre 
grand  moulin  établi  par  un  Français  et  où  nous  allâmes 
passer  la  nuit.  Ge  moulin  est  situé  au  débouché  de  la  vallée 
supérieure  du  rio  de  l'Allar,  qui  produit  une  quantité  con- 
sidérable de  céréales.  La  farine  est  transportée  de  ce  point 
au  puerto  de  la  Libertad  et  de  là  chargée  à  bord  des  goé- 
lettes pour  Guaymas  ou  Mazatlan. 

Un  peu  plus  loin  que  le  moulin,  la  rivière  traverse  un 
canon;  à  une  demi-lieue,  nous  passons  sur  la  droite  de  la 
rivière  les  vues  de  la  mission  de  Santa-Theresa,  qui  ne 
consiste  plus  qu'en  quelques  murs  d'adobc  au  milieu  des- 

«OC.  DE  GÉOGR.  —•  SEPTEMBRE  1880.  XX.  —  15 


226  VOYAGE  ER  SONORA. 

quels  poussent  la  hédivudilla  et  autres  broassailled.  La 
rivière  qui,  depuis  que  nous  avons  quitté  l'AItar,  coule 
presque  de  Fest  à  Touest,  change  brusquement  de  direc- 
tion, tournant  vers  le  nord-est  an  peu  avant  d'armer  à  Tu- 
butama;  la  vallée  s'élargit  aussi  et  laisse  entre  ses  deux  ver- 
sants un  grand  espace  occupé  par  les  lahores  et  milpas« 
Tubutama,  qui  doit  aussi  son  existence  à  une  mission  dé- 
diée à  san  Pedro  et  san  Pablo,  est  un  pueblo  d'une  cer- 
taine importance  par  sa  richesse  agricole  et  sa  popula- 
tion. Il  est  situé  sur  une  haute  butte  où  Ton  grimpe  par 
un  sentier  très  raide  et  en  zigzag.  L'ancienne  église  de  la 
mission  présente  un  cachet  particulier  ;  sa  forme  c»t  une 
croix  latine  surmontée  d'un  dôme.  Sa  façade  est  sur  Tun 
des  côté»  adjacent  à  une  tour  à  trois  étages.  Aux  deux 
bras  de  la  croix  sont  deux  chapelles  principales  avec  autels 
en  bois  sculptés  et  dorés,  d'un  travail  très  curieux.  La 
façade  est  de  brique  recouverte  de  stuc  et  très  orne- 
mentée. J'avais  aussi  espéré  rencontrer  ici  des  documents 
anciens  en  langue Pimo,  comme  on  me  l'avait  assuré;  mais 
mes  recherches  furent  entièrement  inutiles. 

De  Tubutama,  nous  nous  dirigeons  le  jour  suivant  vers 
ITiacienda  de  la  Aurora  où  l'on  m'annonçait  qu'il  existait 
des  trincheras.  Situées,  en  effet,  à  un  endroit  de  la  rivière 
très  étroit  et  très  encaissé,  se  trouvent  les  habitations  de 
l'hacienda.  Immédiatement  derrière  la  maison  principale 
commencent  les  pentes  abruptes  du  Gerro  de  Juaneki.  Sur 
deux  promontoires  de  ce  cerro  s'avançant  vers  la  rivière, 
existent  des  ruines  de  fortifications  importantes.  Sur  le 
premier  promontoire  le  plus  rappoché  de  l'hacienda  se 
trouvent  les  ruines  dont  ci-dessous  le  plan  â  flg.  t. 

Situés  sur  sa  partie  plane  et  la  plus  élevée,  vers  l'ouest 
et  Test,  sont  deux  ravins  profonds;  vers  le  nord-est,  une 
descente  rapide  et  rocheuse  faisant  face  à  la  rivière.  Vers 
le  sud,  le  promontoire  tient  au  corps  du  cerro  par  un 
dos  d'âne  protégé  par  un  système  de  trincheras,  ou  petits 


VOYAGE  EN   SONORA.  227 

murs  en  pierres  sèches,  jetés  avec  un  ordre  parfait,  afm 
d'éviter  toaie  surprise.  Les  fortifications  elles-mêmes  sont 
assez  ruinées;  il  est  difficile  d'en  tracer  exactement  les 
contours.  Vers  le  bord  nord  s'élève  un  premier  mur  en 
pierres  sèches,  servant  de  rebord  à  une  première  terrasse 
sur  laquelle  sont  disposés  des  tas  de  pierres  pour  jeter  sur 
Tennemi  et  l'écraser  dans  sa  montée.  Un  peu  plu-s  haut, 
et  séparée  du  premier  par  une  distance  de  12  mètres,  est 
une  seconde  muraille  bordant  une  seconde  terrasse.  Vers 
le  centre  de  la  surface  plane  supérieure  et  distant  de 
16  mètres  de  la  seconde  muraille,  sont  les  restes  de  ce  que 
je  crois  avoir  été  une  tour  ou  fortification  circulaire.  Si  nous 
nous  dirigeons  vers  l'ouest,  nous  rencontrons,  à  environ 
25  mètres,  les  ruines  d'une  autre  fortification  circulaire 
jointe  à  la  première  par  une  muraille  —  cette  dernière  for- 
tification se  compose  de  trois  quarts  de  cercle  de  4  mètres 
de  diamètre  intérieur,  attenant  à  une  allée  bordée  intérieu- 
rement et  extérieurement  d'une  muraille*  Nous  avons  pu 
tracer  cette  allée  sur  une  distance  de  8  mètres.  Si  mainte- 
nant nous  retournons  à  la  fortification  circulaire  centrale, 
et  que  nous  nous  dirigions  vers  l'est,  nous  rencontrerons 
les  traces  d'une  autre  fortification  circulaire  et  d'une  autre 
allée  fortifiée  ;  celle-ci  paraît  avoir  été  aussi  reliée  à  la  for- 
tification centrale  principale  par  une  muraille  vers  la  face 
nord  ;  —  vers  le  sud,  nous  ne  voyons  qu'un  mur  enclavé  de 
la  fortification  centrale.  Nous  pûmes  reconnaître  le  terrain 
sur  une  distance  d'environ  25  mètres  au  delà  de  cette  der- 
nière muraille,  vers  le  chemin  fortifié  qui  monte  du  dos 
d'âne  précédemment  indiqué;  à  une  distance  d'environ 
150  mètres,  est  une  autre  ruine  en  pierres  sèches  en  forme 
de  demi-lune.   Tout  cet  espace   est  aujourd'hui  couvert 
par  des  broussailles  de  mezquites,  palo-verde,  et  palo  de 
hierro,  qui  en  rendent  l'exploration  difficile.  Ceci  dit  pour 
la  première  fortification,  nous  allons  donner  une  descrip- 
tion de  la  seconde    qui  présente  peut-être  encore  plus 


itS 


VOYAGE  EN  SONORA. 


d'iniérct  que  la  première.  Située  comme  eelle-ci  sur  la  face 
supérieure  plane  d'un  second  promontoire,  un  peu  plus 
élevé  que  le  premier,  elle  est  réunie  aussi  au  cerro  par  un 
dos  d'âne.  Celui-ci  est  aussi  protégé  sur  ses  flancs  par  une 
série  irrégulière  de  trincheras  ;  —  la  fortification  principale 
consiste,  suivant  que  nous  pouvons  le  voir  sur  la  figure  ^,  en 
un  enclos  irrégulier  formé  vers  le  nord,  Test  et  l'ouest,  par 
des  falaises  perpendiculaires,  et  vers  le  sud  par  une  muraille 
de  360  mètres  de  longueur,  formée  de  pierres  sèches.  A 
l'intérieur  de  cet  enclos,  à  environ  60  mètres  de  la  muraille 
sud  mentionnée,  et  sur  une  petite  éminence,  s'élève  ce  qui 
me  paraît  être  un  corral  (voir  fig.  2,  X),  de  24  mèlres  de 


/y/ 


/y^ 


j: 


côté.  Ce  corral  a  deux  entrées  aux  côtés  opposés,  chacune 
de  ces  entrées  protégées  par  une  demi-lune  adjacente. 
En  Y  et  en  Z  de  la  même  figure,  se  trouvent  les  ruines 


VOYAGE  EN   SONORA.  i229 

de  ce  qui  me  parait  avoir  été  deux  autres  fortifications  cir- 
culaires. La  surface  de  cette  fortification,  comme  la  précé 
dente,  est  couverte  de  broussailles.  Nous  pûmes  cependant 
y  recueillir  un  nombre  de  fragments  de  pointes  de  flèches, 
de  tessons  de  poterie  commune.  Vers  Textrémité  nord 
du  cerro,  est  une  formation  géologique  particulière.  Sur  la 
face  lisse  de  la  falaise,  est  une  roche  ressortante,  ayant  la 
forme  d'une  corbeille  indienne,  d'où  vient  le  nom  de 
Juanike.  Notre  reconnaissance  une  fois  terminée,  nous  re- 
descendons à  l'hacienda  et  nous  nous  remettons  en  route. 
Nous  traversons  encore  de  grandes  forêts  de  mezquites,  de 
frênes  et  d'alamos.  Les  dimensions  de  ces  arbres  permettent 
de  s'en  servir  comme  bois  de  construction,  et  l'on  vient  les 
chercher  ici  de  TAltar.  La  forêt  borde  les  deux  rives  ;  au 
sortir  de  celui-ci,  nous  avons  à  traverser  une  longue  et 
ennuyeuse  savane  avant  d'arriver  à  Babocomori.  Il  y  a 
encore  ici  quelque  chose  à  indiquer  :  c'est  ce  qu'on  appelle 
la  muraille  naturelle  el  paredon.  C'est  un  petit  promon- 
toire rocheux  et  étroit,  de  formation  basaltique,  où,  par  un 
jeu  de  la  nature,  on  croirait  voir  des  blocs  immenses  de 
pierres  superposés  l'un  à  l'autre,  comme  un  mur  cyclopéen. 

La  soirée  se  faisait  quand  nous  passâmes  Babocomori,  et 
nous  pressâmes  nos  chevaux  pour  arriver  à  el  Sariqui,  à 
quatre  milles  plus  loin. 

El  Sariqui,  ou  Saric,  est  bâti  sur  la  rive  gauche  du  ruis- 
seau del  Busanig,  à  peu  de  distance  de  son  confluent  avec 
le  rio  d'el  Aquimuri,  formant  ainsi  le  rio  de  l'Altar.  El  Saric 
était,  jusqu'au  moment  des  invasions  des  Apaches,  un  point 
populeux  et  fertile;  mais  tout  dut  se  courber  devant  la  fu- 
reur des  barbares  et,  jusqu'à  ces  derniers  temps,  l'emplace- 
ment avait  été  abandonné.  C'est  là  que  Raousset  de  Boulbon 
avait  établi  son  quartier  général,  au  moment  où  il  voulait 
exploiter  les  mines  alors  célèbres  de  l'Arizona.  La  maison 
où  il  habita  existe  encore.  Il  y  avait  ici  aussi  une  mission 
importante  et  dédiée  à  Nuestra-Senora  de  Dolore«,  dont  les 


230  VOYAGE  EN   SÛNORA. 

ruines  sont  visibles  sur  un  petit  naonticule,  à  droite  du  village. 

D*el  Sariqui,  nous  dirigeons  nos  pas  vers  el  Busanig^  situé 
en  amont,  à  deux  lieues.  Plus  nous  remontons,  plus  la 
vallée  du  ruisseau  s'élargit  et  finit  par  former  un  immense 
cirque,  où  il  prend  sa  source  dans  une  ciencga.  Sur  les  re- 
borde de  celle-ci,  existent  en  abondance  des  terrains  de 
culture,  et,  dans  ces  derniers  temps,  nombre  de  rancheros 
sont  venus  s'y  établir.  Du  Busanig,  nous  comptions  pousser 
directement  en  marchant  à  Test,  vers  les  a  Planchas  de 
plala».  — J'avais  pris  un  guide,  en  effet,  qui  prétendait 
connaître  le  chemin.  —  Il  y  était,  disait-il,  passé  quelques 
années  auparavant,  et  n'aurait  aucune  difficulté  à  s'y  re- 
trouver. 

Confiant  en  lui,  nous  nous  mettons  en  rouie  et  chemi- 
nons tantôt  par  la  montagne,  tantôt  par  les  vallées;  au 
coucher  du  soleil,  nous  nous  trouvons  dans  une  vallée  étroite 
couverte  d'herbes  élevées,  que  le  pied  humain  ne  paraissait     < 
pas  avoir  souvent  foulée.  J'interroge  mon  guide  à  plusieurs 
reprises,  et  il  finit  par  m'avouer  qu'il  a  perdu  sa  route, 
Camper  sans  eau,  après  une  journée  chaude  et  fatigante, 
est  certainement  peu  agréable,  et  je  me  décide  à  pousser 
quand  même  jusqu'à  ce  qu'au  moins  nous  trouvions  cette 
chose  si  nécessaire  en  voyageant.  Nous  chemioâmes  ainsi 
en  suivant  le  lit  d'un  arroyo  sec,  la  nuit  parfaitement  ob- 
scure, jusqu'à  ce  que,  vers  minuit,  nous  découvrons  une 
poche  dans  une  roche,  oîi  il  y  avait  de  Peau.  Nous  fîmes 
halte  alors  et  attendîmes  le  jour,  enroulés  dans  nos  cou- 
vertures. Le  matin,  à  peine  le  soleil  levé,  nous  entendons 
des  voix  à  peu  de  distance  de  nous.  Sans  savoir  à  qui  nous 
allions  avoir  à  faire,  nous  préparons  nos  armes  :  nous  ne 
sommes  pas  peu  satisfaits  de  voir  arriver  des  vaqueros 
qui  nous  expliquent  notre  position  et  nous  indiquent  \^ 
route  à  suivre.  Nous  partons  donc,  aussitôt  après  notre  dé- 
jeuner, et  vers  les  dix  heures  nous  avons  rejoint  le  rio  de 
rAquimuri,  à  environ  un  mille  à  Test  de  l'Agua  Galiente. 


VOYÀfîË  EN  SOJNORA.  231 

Là  rivière  est  ici  bordée  de  hauts  peupliers  et  fortement 
encaissée.  A  trois  milles  plus  loin,  nous  avons  le  rancho  del 
Arizona.  Arrêtons-nous  ici  quelques  instants  pour  nous 
rafraîcbir  et  dire  en  môme  temps  quelques  mots  au  sujet 
de  cet  endroit. 

Vers  la  fin  du  xvn°  siècle,  les  Espagnols  avaient  décou- 
vert, un  peu  plus  haut  dans  larivière,  des  masses  d'argent 
très  considérables.  Gomme  l'endroit  où  se  découvraient  ces 
richesses  n'était  pas  propre  à  habiter,  en  raison  de  l'état 
abrupt  du  terrain  et  de  ia  crainte  continuelle  des  barbares, 
ils  se  décidèrent  à  établir  le  real  dans  un  endroit  plat  si- 
tué entre  deux  séries  de  lomas  peu  élevées,  d'oti  lui  vient  le 
nom  même  de  Arizona.  Ce  nom  s'étendit  ensuite  à  la  région 
environnante,  puis  à  tout  le  territoire  au  nord,  jusqu'à  in- 
clure toute  la  région  portant  aujourd'hui  le  nom  d'Arizona. 

Aujourd'hui,  il  ne  reste  du  réal  ancien  que  quelques  dé- 
bris de  murailles  d'adobe. 

Après  nous  être  bien  rafraîchis,  nous  remontons  à  cheval 
et  continuons  notre  marche  pour  les  a  planchas  de  plata  », 
où  je  désirais  arriver  le  soir  même.  La  rivière  se  resserre 
beaucoup  entre  deux  rives  montagneuses  très  élevées.  Nous 
suivons  généralement  le  lit  composé  d'immenses  galets,  ce 
qui  rend  notre  avance  très  lente.  Le  chemin  devient  détes- 
table, nos  chevaux  refusent  d'avancer,  et  nous  sommes 
obligés,  à  chaque  instant,  de  mettre  pied  à  terre  et  de  les 
conduire  par  la  bride.  Le  soir,  le  soleil  se  couchant  à  l'ho- 
rizon, nous  arrivons  à  la  c  congregacion  des  planchas,)) — 
quelques  maisons  échelonnées  çà  et  là  parmi  les  roches 
servent  de  refuge  aux  quelques  mineurs  qui  y  travaillent 
aujourd'hui.  L'aspect  général  est  celui  d'un  massif  monta- 
gneux, ballonné  dans  les  parties  supérieures  et  raviné  par 
d'immenses  crevasses  qui  viennent  toutes  rayonner  vers  le 
ruisseau  de  l'Aquimuri  et  y  déverser  leurs  eaux.  Dans  les 
endroits  protégés  des  vents  du  nord  et  ouest,  poussent  d'é- 
paisses forêts  de  cyprès  (abies  juniperus),  aussi  quelques 


232  VOYAGE  EN  SONORA. 

chênes  rabougris.  Nous  sommes  ici  sur  le  terrain  historique 
oîi  se  sont  faites,  dans  les  deux  derniers  siècles,  les  décou- 
vertes de  ces  immenses  masses  d'argent  natif,  qui  ont  fait 
donner  à  cette  région  le  nom  de  «  planchas  de  plata  ». 
L'auteur  des  Afanes  apostolicas  nous  informe  que,   vers 
la  lin  du  xvii^  siècle,  on  trouva  à  cet  endroit  des  masses 
d'argent  pesant  jusqu'à  21  arrobes,  et  va  jusqu'à  affir- 
mer qu'on  rencontra  une   masse  de  140  arrobes,   qui, 
dit-il,  résista  à  tout  effort  pour  la  diviser.  Ce  n'est  que 
petit  à  petit  que  l'on  arriva,  par  le  feu,  à  la  fondre  par  mor- 
ceaux. Il  ajoute  encore  qu'après  cette  opération,  on  retira 
encore    des  calichis  neuf  autres   arrobes  (voir  Afanes 
apostolicos,  partie  II,  p.  234).  L'endroit  où  fut  rencontrée 
cette  dernière  et  immense  masse  d'argent  est  sur  le  versant 
occidental  d'un  des  petits  promontoires  s'avançant  dans  le 
principal  canon  qui  vient  déboucher  au  ruisseau  de  TAqui- 
nuri,  à  gauche  et  à  rentrée  même  de  la  congregacion. 
Là,  en  effet,  nous  voyons  des  traces  de  travaux  anciens 
et  une  quantité  considérable  de  ces  calichis.  On  s'est  remis 
à  sonder  dernièrement  les  environs;  on  paraît  avoir  décou- 
vert quelques  bonnes  mines,  quoique  la  formation  géolo- 
gique ne  semble  pas  garantir  de  veines  bien  étendues.  Ce- 
pendant, les  trouvailles  faites  au  temps  des  Espagnols  nous 
prouvent  que  des  poches  y  existent,  et  à  l'heure  qu'il  est, 
l'on  rencontre  quelquefois,  parmi  les  galets  de  la  rivière, 
des  morceaux  d'argent  natif  de  poids  variés.  L'on  me  montra 
entre  autres  un  spécimen  pouvant  peser  une  vingtaine  de 
livres. 

A  quelque  distance  de  la  Congregacion  des  Planchas,  sur 
le  versant  occidental  du  Cerro  Bianco,  et  à  côté  d'une  fa- 
laise rougeàtre  que  l'on  m'indiqua,  il  existe  une  caverne 
contenant  quelques  inscriptions  qui ,  d'après  ce  que  Ton 
me  dit,  doivent  ressembler  à  celles  dont  j'ai  parlé  à  Jiau- 
sari.  Personne  cependant  ne  voulut  m'y  guider,  et  je  dus,  à 
contre-cœur,  abandonner  î'excmrsion. 


I 


VOYAGE  EN  SONORA.  233 

On  a  construit,  dernièrement,  une  route  de  charrettes  des 
Planchas  de  Plata  à  el  Agaa  Zarca,  sur  la  route  de  la  Mag- 
dalena  à  Tucson.  Cette  route  est  due  à  un  imprésario  fran- 
çais, qui  a  donné  une  partie  de  son  temps  pour  le  dévelop- 
pement de  ces  mines.  Le  23  février,  nous  reprenons  noire 
route  de  retour  et  allons  dormir  à  TAgua  Caliente. 

Il  nous  reste  à  dire  quelques  mots  ici  de  cette  partie  de 
la  rivière  entre  TAgua  Caliente  et  el  Sariqui,  que  nous  ne 
connaissions  pas  encore.  La  rivière  coule  sur  cet  espace 
dans  un  étroit  canon,  et  nous  la  longeons  sans  la  perdre  de 
vue  par  les  lamas  qui  Tabordent.  Au  pied  de  la  descente  de 
la  mesa,  où  se  Ifrouvent  les  ruines  de  l'ancien  pueblo  et 
mission  d'Aquimuri,  est  une  roche  sur  le  bord  du  chemin, 
connue  sous  le  nom  de  «  Cara  pintada,  »  et  présentant 
quelques  signes  peints  en  rouge  et  en  noir  sur  sa  face  lisse. 

Un  peu  plus  bas,  à  droite,  et  à  peu  de  distance  de  l'endroit 
où  le  rio  se  joint  avec  le  rio  del  Busanig,  est  une  autre  roche 
fort  intéressante  :  c'est  une  masse  basaltique,  sur  les  trois 
faces  de  laquelle  sont  des  inscriptions  en  creux,  usées  par 
le  temps,  et  pouvant  è  peine  se  voir,  à  l'exception  de  celles 
sur  la  face  regardant  le  nord.  Celle-ci  porte,  à  la  partie  su- 
périeure, l'empreinte  d'une  main,  puis,  au-dessous,  deux 
cercles  attenant  Tun  à  l'autre  et  enroulés  concentriquement. 
Au-dessous  et  au  bas  de  la  face  est  un  groupe  de  quatre 
petits  cercles  symétriquement  disposés  autour  d'un  point 
central;  sur  la  partie  plane  supérieure  de  la  roche  se 
trouvent  d'autres  inscriptions  lisibles  et  des  petits  trous 
ronds  disposés  avec  symétrie.  Sur  une  autre  roche  super- 
posée à  la  première,  se  trouvent  aussi  plusieurs  autres 
cercles;  c'est  le  seul  exemple  de  ce  genre  d'inscriptions 
qu'il  m'ait  été  donné  de  voir,  outre  les  inscriptions  connues 
au  nord  du  Mexique,  étant,  soit  peintes,  soit  martelées 
dans  la  roche. 

De  ce  point  jusqu'à  el  Altar,  rien  d'intéressant  ne  se  pré- 
sente, et  nous  rentrons  à  cette  ville  le  24. 


234  VOYAGE  EN  SOriOBA. 

Le28y  nous  dirigeons  nos  pas  vers  l'ouest  avec  rintention 
de  visiter  la  région  sablonneuse  qui  s'étend  jusqu'à  Tem- 
boucbure  du  Colorado,  et  de  pénétrer  jusqu'à  la  saline  del 
Pinacate.  Quittant  l'Altar  par  une  journée  très  chaude, 
nous  faisons  cinq  lieues  jusqu'au  u  Puertecito  de  Pitiquito  » 
un  peu  en  amont  duquel  le  rio  de  TAltar  se  joint  à  celui  de 
San-Ignacio,  et,  à  partir  de  ce  moment,  se  perd  entièrement 
dans  le  sable,  pour  apparaître  à  nouveau  un  peu  avant  d'ar- 
river à  Gaborca.  Au  Puertecito,  nous  descendons  dans  le  lit 
Lrès  sablonneux  de  la  rivière  que  nous  avons  à  suivre  pea* 
dant  près  de  deux  milles,  nos  pauvres  animaux  s'enfonçaot 
à  chaque  pas.  Au  pied  des  collines,  à  notre  droite,  au  mi- 
lieu de  milpas  verdoyantes,  est  situé  Pitiquito  (le  mot  de 
Pitiquito  est  le  même  que  le  nom  ancien  d'Hermosillo-el 
Pitic,  qui,  en  pimo,  veut  dire  :  a  confluent  des  deux  ri- 
vières, y>  et  nous  venons  de  voir  que  la  situation  de  ce  point 
garantit  le  nom  qui  lui  a  été  donné;  mais  pour  le  désigner 
du  précédent,  on  l'appela  Pitiquito,  ou  le  Petit  Pitic). 

Passant  Pitiquito  sans  nous  y  arrêter,  nous  traversons 
des  milpas  qui  bordent  les  deux  côtés  du  chemin,  puis 
nous  franchissons  une  forêt  de  mezquites  ;  au  tournant  de 
la  rivière,  formé  par  un  petit  monticule  volcanique,  nous 
voyons,  surgissant  tout  d'un  coup  du  milieu  d'une  mer  ver- 
doyante, se  dresser  devant  nous  les  tours  de  la  célèbre 
église  de  Gaborca. 

Gaborca  est  divisé  en  deux  pueblos,  l'un  entourant  l'an- 
cienne mission,  consiste  en  maisons  que  l'inondation  de 
1867  a  laissées  debout.  Dans  cette  inondation,  chose  tout  à 
fait  inattendue  dans  ce  pays-ci,  l'eau  monta,  me  dit-on,  jus- 
qu'à trois  varas  sur  la  place,  qui  est  elle-même  à  environ  cinq 
mètres  au  dessus  du  lit  actuellement  desséché  de  la  rivière  ; 
l'autre  pueblo  est  éloigné  de  la  rivière  d'environ  un  mille. 
Une  avenue  bordée  d'alamos  y  conduit  du  pueblo  viejO' 
Pour  nous  y  rendre,  nous  avons  à  traverser  le  lit  du  rio 
Viejo,  dont  nous  aurons  à  nous  occuper  un  peu  plus  loin. 


VOYAGE  EN  SONORA.  235 

Le  pueblo  nuevo  est  propret,  les  rues  sont  bordées 
d'arbres,  et  toutes  ses  maisons  blanchies  à  la  chaux;  le 
vieux  pueblo,  au  contraire,  est  resté  en  ruines.  L'église 
de  la  Mission  est  un  édifice  imposant,  terminé  seulement 
vers  le  milieu  de  ce  siècle  ;  elle  est  construite  en  forme  de 
croix,  surmontée  d'une  coupole  de  dimensions  hardies;  la 
façade  présentant  deux  tours  jumelles  à  deux  étages,  sur- 
montées chacune  d'un  petit  dôme.  La  partie  de  la  façade 
comprise  entre  les  deux  tourelles,  couverte  de  colonnettes 
de  formes  bizarres,  et  vers  sa  partie  centrale,  dans  une 
niche  richement  sculptée,  est  une  statue  de  la  Vierge,  pa- 
tronne de  la  mission.  L'édifice  est  bâti  entièrement  en 
briques,  et  fait  honneur  à  ses  architectes.  Cette  église  est 
absolument  semblable  à  celle  déjà  décrite  de  la  mission  de 
San-Xavier  del  Bac,  à  côté  de  Tucson.  Attenant  à  l'église 
est  le  a  Gonvento  » ,  habitation  ancienne  des  missionnaires, 
où  nous  trouvons  à  nous  loger.  Il  y  a  ici  un  village  impor- 
tant de  Papagos,  et  nous  passons  plusieurs  jours  à  les  étu- 
dier. A  une  distance  sud-ouest  de  Caborca,  est  un  monti- 
cule rocheux  que  les  Papagos  .désignent  sous  le  nom  de 
a  Kaux-Ka  y>  en  raison  de  sa  forme  ronde.  De  ce  mot  indien 
est  dérivé  le  nom  de  pueblo.  Ce  cerro  est  fort  intéressant  ; 
il  est  formé  de  masses  de  roches  empilées  les  unes  sur  les 
autres,  présentant  de  temps  en  temps  des  surfaces  planes 
où  se  trouvent  en  grande  abondance  des  inscriptions  hiéro- 
glyphiques. En  beaucoup  d'endroits,  les  hiéroglyphes  plus 
anciens  ont  été  surchargés  par  d'autres  peintres  avec  une 
matière  blanchâtre,  qui  oblitère  ou  défigure  en  partie  les 
signes  primitifs;  ceux-ci  présentent  surtout  des  arrange- 
ments de  lignes,  de  figures  symétriques,  etc.  Les  hiéro- 
glyphes qui  les  ont  surchargés  sont  grossiers  et  de  date 
récente,  comme  on  peut  s'en  convaincre  à  première  vue. 
Je  comparai  volontiers  ce  cerro  et  ces  inscriptions  des 
fameux  painted  rocks,  à  Oatman's  Fiat,  que  j'ai  déjà 
décrit  dans  mon  voyage  en  Arizona.  Celui-ci  présente  ce- 


i36  YOTAGE  EX  SOXORÂ. 

pendant  quelque  chose  de  particulier  :  c'est  une  terrasse 
au-dessus  et  autour  de  laquelle  se  trouTent  les  restes  de 
murailles  en  pierres  sèches,  ayant  senrî  de  fortifications; 
de  même  sur  tous  les  points  du  cerro,  où  l'on  pouvait  se 
protéger  en  cas  d'attaque,  nous  rencontrons  des  restes  de 
trincheras. 

Le  même  jour,  nous  allons  visiter  le  rancho  de  «  la  Ca- 
lera »,  à  trois  lieues  plus  bas,  sur  la  rivière.  Derrière  les 
cases  du  rancho  est  une  colline  abrupte,  au  pied  de  la- 
quelle se  trouve  une  mare  fangeuse  qui  fournit  l'eau  né- 
cessaire aux  besoins  du  rancho.  Sur  la  face  sud  de  cette 
colline  s*est  produit,  flans  les  temps  anciens,  un  éboulement 
considérable  de  roches.  A  la  partie  supérieure  de  cet  ébou- 
lement, sont  plusieurs  roches  à  inscriptions  présentant  les 
mêmes  surcharges  que  nous  avons  notées  au  cerro  de 
Kaux-Ka. 

La  rivière,  qui  est  généralement  à  sec  au-delà  de  Caborca, 
et  ne  présente  qu'un  lit  de  sable,  aurait,  dit-on,  changé  de 
lit  vers  Tannée  1831. 

Nous  avons  parlé  plus  haut  du  rio  Viejo.  C'est,  paraît- 
il,  l'ancien  lit  de  la  rivière  qui  allait  rejoindre  le  lit  actuel 
à  peu  de  distance  de  l'endroit  où  il  se  jette  dans  le  golfe  de 
Californie.  Le  cours  en  était  encaissé,  et  il  arrosait  et  fer- 
tilisait les  terres  de  la  mission  c  del  Bisanig  >.  Cette  mission, 
qui  était  très  florissante  par  ses  cultures  et  surtout  par  le 
produit  de  ses  arbres  fruitiers  ainsi  que  par  une  excellente 
qualité  de  <(  maguey  »,  est  aujourd'hui  entièrement  aban- 
donnée, ses  champs  sont  stériles,  ses  arbres  fruitiers  morts 
surplace,  et  cela  est  dû  au  changement  de  cours  de  la  ri- 
vière. 

Les  Papagos  ont,  à  ce  sujet,  une  légende  assez  curieuse. 
Il  paraîtrait  que  les  Indiens  de  la  mission  de  Bisanig  étaient 
très  adonnés  à  la  manufacture  de  «  mezcal  »,  tiré  du  maguey, 
et  étaient  constamment  dans  un  état  d'ivresse.  Un  jour,  le 
bon  père  Faustino  Gonzalez,  visitant  le  pueblo,  rencontra 


VOYAGE  EN   SONORA.  237 

des  Indiens  dans  une  «  borracheria  »  complète.  Il  se  mit 
alors  en  colère  et  les  menaça  de  la  colère  divine  en  leur 
disant  que,  s'ils  continuaient  ainsi  dans  la  mauvaise  voie,  le 
Seigneur  leur  retirerait  Teau  pour  leur  culture,  et  que  le 
maguey,  qui  croissait  sur  leurs  terres,  ne  pourrait  plus  leur 
fournir  de  liqueur.  Les  Indiens,  paraît-il,  se  mirent  h  rire 
do  la  prédiction  dupadre;  peu  après,  cependant,  elle  se 
réalisa,  à  ce  que  dit  la  tradition,  et  aujourd'hui  «  el  Bisanig» 
n*est  plus  visité  que  |)ar  quelques  Papagos  errants.  El 
Bisanig  se  trouve  à  environ  dix  lieues  de  Caborca,  direc- 
tion nord-nord-ouest.  Si  nous  contiriuons  dans  la  même 
direction,  infléchissant  un  peu  plus  vers  le  nord,  nous  ar- 
riverons, à  vingt  lieues  plus  loin,  à  la  saline  de  la  Soledad, 
située  sur  la  côte  du  golfe  de  Californie,  et  à  laquelle  res- 
sortent  les  Indiens,  et  en  général  toutes  les  populations  du 

r 

pays,  pour  se  procurer  du  sel. 

Le  7,  nous  laissions  derrière  nous  Caborca  et  la  civilisation, 
etentrions  en  pleine  Papagueria.  Le  premier  jour,  nous  nous 
arrêtons  à  Taguage  del  Coyote.  Nous  avons  suivi  tout  le 
temps  la  plaine,  tantôt  sablonneuse  et  commençant  à  mon- 
trer les  efflorescences  salines,  tantôt  portant  un  petit  groupe 
d'hediondias  et  de  chapporal.  Nous  avons  eu  à  notre  droite 
la  sierra  del  Chanate,  où  l'on  m'indique  les  anciens  placers 
de  San-Hilario  et  de  la  Yasura,  que  travaillent  encore  au- 
jourd'hui quelques  Gambucinos.Anotre  gauche,  nous  avons 
côtoyé,  pendant  quelques  instants,  la  sierra  de  Juarez,  où  se 
trouve  le  camp  minier  du  môme  nom.  Pour  trouver  deTeau 
à  notre  campement,  nous  sommes  obligés  de  creuser  dans 
un  arroyo  à  sec,  où,  sous  le  sable,  à  huit  pieds  de  profon- 
deur, nous  rencontrons  Teau.  Le  lendemain  nous   repar- 
tons au  point  du  jour,  et  côtoyons  toute  la  journée  le  petit 
massif  montagneux  de  Juarez.  Nous  nous  arrêtons  quelques 
instants,  au  milieu  de  la  journée,  à  Kosson,  réunion  de  quel- 
ques cases  où  Ton  a  foré  un  puits  qui  donne  une  eau  abon- 
dante et  fraîche.  Vers  le  nord-ouest,  nous  commençons  à 


238  VOYAGE  EN  SONORA. 

apercevoir  les  aiguilles  déchiquetées  du  Picacho  de  Cobabi. 
Nous  passons  la  nuit  à  Tijobabi,  petite  rancherîa  de  Papa- 
gos,  à  côté  d'une  mare  oîi  ces  Indiens  nous  reçoivent  avec 
des  démonstrations  peu  amicales.  Nous  avons  déjà  franchi 
vingt-six  lieues  depuis  Caborca,  et  il  ne  nous  reste  plas  que 
quatre  lieues  pour  arriver  à  Quitovaca,  Ce  point  important 
par  ses  placers  avant  la  découverte  de  Tor  en  Californie, 
est  aujourd'hui  presque  abandonné  par   les   Mexicains. 
Les  Indiens  y  ont  toujours  conservé  leur  résidence,  et  le 
considèrent  comme  leur  point  central,  où  ils  ressortent 
tous  les  ans  à  l'époque  de  leurs  fêtes.  Les  quelques  cases 
qui  forment  Quitovaca  se  trouvent  situées  sur  deux  petites 
lomas,  de  chaque  côté  d'un  petit  ruisseau  qui  sort  d'une  fa- 
laise à  peu  de  distance  à  l'ouest.  Cette  eau  sert,  outre  Tali- 
mentation  du  village,  à  l'irrigation  de  quelques  milpas,  qui 
contrastent  singulièrement  par  leur  verdure  avec  l'affreuse 
aridité  des  alentours.  Nous  visitons  ensuite,  à  deux  lieues 
vers  le  sud-est,  les  mines  nouvellement  découvertes  de  San- 
Antonio,  où  une  compagnie  américaine  vient  d'établir  des 
appareils  nécessaires  au  travail  du  minerai.  Les  minerais 
sont  riches,  il  est  vrai,  mais  l'eau  et  le  bois  font  pres- 
que absolument  défaut.   Le  bois  de  chauffage  employé  à 
mon  passage  consistait  en  troncs  verts  de  Saguaro,  ce  dont 
les  Indiens  se  plaignent  beaucoup,  le  fruit  du  Saguaro  étant 
en  effet  presque  leur  unique  nourriture  durant  les  mois 
chauds  de  l'été.  Ils  voient  avec  grand  déplaisir  les  blancs 
détruire  ces  plantes. 

A  San-Antonio,  le  général  des  Papâgos,  Babotoa,  me 
donne  comme  guide  un  Papago  grand  et  sec,  la  peau  ridée 
et  desséchée  comme  celle  d'une  momie  péruvienne.  J'avais 
fespéré  pouvoir  me  rendre  directement  de  San-Antonio  à  la 
côte,  et  de  là  au  volcan  du  Pinacate,  mais  tous  me  refu- 
sèrent de  m'accompagner,  prétextant  ne  pas  connaître  le 
chemin  et  exagérant  le  danger  de  périr  de  soif  dans  les 
sables.  Je  me  dirigeai  donc  avec  mon  guide  vers  Sonoita,  où 


VOTAGE  EN  SONORA.  239 

l'on  me  promettait  que  je  trouverais  quelqu'un  au  eourant 
des  sables  de  la  côte.  Partant  de  San-Antonio,  la  route 
nous  fait  remonter  presque  droit  au  nord  en  contournant  le 
massif  du  Gubabi. 

Sonoitâ  est  situé  à  la  sortie  du  petit  rio,  qui  porte  son 
nom,  de  la  grande  Cienega,  qui  occupe  la  partie  supérieure 
de  la  vallée  formant  le  val  de  Sonoita,  ce  dernier  s' étendant  v 
de  l'est  à  l'ouest  entre  la  sierra  de  l'Ajo  et  le  groupe  de  Gu- 
babi. Les  eaux  qui  traversent  la  vallée  permettent  d'irriguer 
les  terrains  adjacents,  aussi  toutes  les  terres  propres  à 
la  culture,  à  côté  de  Sonoita,  sont-elles  ensemencées.  Ce 
point  fut  une  des  missions  établies  vers  le  commence- 
ment du  siècle  dernier  et  le  plus  occidental  atteint  par 
les  missionnaires  jésuites.  La  mission  était  sous  Tinvo^ 
cation  de  san  Marcelo  et  située  sur  une  petite  loma,  et 
sur  la  rive  droite  du  petit  rio.  Durant  le  soulèvement  des 
Pimos,  en  1752,  ceux-ci  mirent  le  feu  à  l'église  et  tuèrent 
les  missionnaires.  L'emplacement  et  quelques  murs  de  l'an- 
cienne mission  sont  encore  visibles,  et  les  «  Papagos  n  ont 
encore  leurs  ranchcrias  à  côté  de  l'ancien  endroit  consacré. 
Le  guide  que  j'avais  pensé  trouver  ici  était  absent,  et,  pour 
ne  pas  me  retarder,  je  continuai  ma  route  le  lendemain  en 
descendant  le  rio  qui  passe  à  Santo-Domingo,  où  un  Alle- 
mand qui,  je  ne  sais  pour  quelle  raison,  est  venu  échouer 
dans  ce  pays  désolé,  a  établi  un  rancho  et  cultive  ses  terres 
quand  l'eau  le  lui  permet.  De  là  nous  passons  à  Quif  ovaquito; 
ce  point  est  tout  à  fait  sur  la  frontière  américaine,  l'une 
des  maisons  étant  même  sur  le  territoire  d'Arizona.  J*ai 
rencontré  enfin  ici   le  guide  qui  m'avait  été  indiqué  : 
Mari,  Papago  des  sables,  qui  consentit  à  me  conduire  jus- 
qu'à la  Salina  del  Pinacate.  Il  fallut  attendre  qu'il  se  pré- 
parât, et  ce  n'est  que  le  surlendemain  que  nous  punies 
continuer  notre  exploration.  Au  moment  ou  nous  partions, 
Tun  de  mes  hommes  vint  m'avertir  qu'il  avait  été  pris  de 
fièvre  durant  la  nuit,  et  ne  pouvait  aller  plus  loin  ;  cela 


240  VOYAGE  EN  SONORÂ. 

m'ennuyait  beaucoup,  car  c'était  mon  meilleur  arrière  ;  je 
dus  cependant  le  laisser  et  continuer  sans  lui. 

Nous  passons  à  une  lieue  «  el  Agua  Dulce  »,  le  dernier 
point  oîi  nous  puissions  avoir  de  Teau  potable.  L'eau  que 
nous  allons  avoir  dorénavant  est  saumâtre  et  souvent  môme 
fétide.  A  une  lieue  plus  bas,  à  «  el  Agua  Salada  5>,  nous 
laissons  l'ancienne  route  de  Californie,  et,  descendant  dans 
le  lit  de  la  rivière  de  Sonoita,  ici  bien  à  sec,  nous  allons 
camper,  un  peu  avant  la  tombée  de  la  nuit,  à  côté  d'un  mez- 
quite.  Mon  guide  me  quitte  pour  quelques  instants  et  re- 
vient peu  après  avec  de  l'eau  qu'il  s'était  procuré  en  creu- 
sant dans  le  lit  de  la  rivière. 

L'objet  principal  de  ma  visite,  à  cette  partie  reculée  de  la 
Sonora,  était  principalement  de  voir  chez  eux  quelques-uns 
des  Indiens  Papagos  Arenenos,  qui  habitent  encore  les  déserts 
du  Pinacate,  et  outre  cela,  de  reconnaître  le  cerro  ou  vol- 
can du  Pinacate,  ainsi  que  les  salines  qui  s'étendent  à  sa 
base,  du  côté  du  golfe.  Quittant  donc  notre  campement  du 
rio  de  Sonoita,  nous  nous  dirigeons  vers  la  pointe  sud-est 
du  volcan*  Ce  ne  sont  qu'espaces  immenses  couverts  de  dé- 
bris de  lave  et  d'obsidienne  ;  çà  et  là  une  coulée  de  lave  s'est 
fait  jour  à  travers  la  plaine,  et  nous  pouvons  la  suivre  au 
loin  jusqu'à  ce  qu'elle  se  perde  dans  les  dunes  qui  bordent 
la  plage.  La  face  orientale  du  massif  volcanique  est  sillon- 
née par  d'immenses  rides  noires  et  surmontée  par  un  cône 
aussi  de  couleur  noire  ;  échelonnés  parmi  les  collines  de  la 
base  et  s'avançant  jusque  dans  la  plaine,  nous  remarquons 
un  grand  nombre  de  petits  cônes  volcaniques  secondaires, 
paraissant  avoir  eu  chacun  leur  cercle  particulier  d'action; 
ils  sont,  en  effet,  pour  la  plupart,  entourés  de  champs  de 
lave  d'origine  plus  récente  que  celle  qui  couvre  les  flancs 
mêmes  du  volcan  principal;  le  rio  de  Sonoita  suit,  à  une 
distance  variant  de  trois  à  cinq  lieues,  la  base  du  volcan,  et 
entre  dans  le  golfe  à  l'endroit  où  se  termine,  en  mamelons 
bas,  l'arrête  se  détachant  vers  le  sud-est  du  massif  du  Pi- 


VOYAGE  EN   SONORA.  241 

nacate.  A  peu  de  distance  de  notre  second  campement  du 
l^  mars,  est  le  Pozzo  del  Batamote,  endroit  où  la  tradition 
prétend  que  les  Espagnols  avaient  découvert  des  mines  fort 
riches,  qu'ils  furent  obligés  d'abandonner  peu  après,  eu 
égard  à  l'hostilité  des  Indiens.  Il  existe  en  effet,  en  cet  en- 
droit, une  petite  source  d'eau  fraîche  à  peu  de  distance  de 
laquelle  sont  les  restes  d'un  arastra  et  de  maisons  d'a- 
dobe. 

De  ce  dernier  campement,  nous  avons  à  franchir  une  im- 
mense coulée  de  lave,  qui,  à  l'endroit  où  nous  la  traversons, 
n'a  pas  moins  de  trois  lieues  de  large.  Cette  coulée  est  si- 
tuée sur  la  partie  sud  du  volcan,  et  descend  des  bords 
écroulés  du  cratère  principal.  On  se  croirait  être  au  milieu 
d'une  mer  agitée,  dont  les  hautes  vagues  auraient  été  ré- 
duites^ par  un  phénomène  inconnu,  à  leur  état  d'immobilité 
et  de  solidité  actuel.  Au  milieu  de  cette  mer,  se  sont  fait 
jour  quelques  cônes  secondaires,  qui  ont  déversé,  eux  ausii, 
leurs  vomissements  de  lave  sur  la  couche  ancienne  ;  l'un 
de  ces  cônes  est  encore  en  activité  partielle.  La  bouche  de 
ce  petit  cratère  est  remplie  de  cendres  sulfureuses  et  chau- 
des; sur  Tun  des  côtés  est  une  caverne  d'où  s'échappent 
en  abondance  des  vapeurs  très  sulfureuses. 

Je  m'aventure  jusque  dans  cette  caverne,  enfonçant  jus- 
qu'à mi-jambe  à  chaque  pas  que  je  fais.  Au  fond  est  une 
petite  ouverture,  grande  à  peine  pour  y  passer  un  homme 
et  d'où  la  vapeur  s'échappe  en  sifflant.  Ce  qui  m'étonna  le 
plus  fut  que  sur  une  roche  plate,  située  à  peu  près  au  milieu 
de  la  caverne,  je  trouvai  une  quantité  d'objets  déposés  par 
les  Indiens  comme  offrandes  au  génie  du  lieu;  c'était  des 
flèches,  des  coquilles  de  différents  genres,des  têtes  de  cimar- 
rones  ou  moulons  de  montagne.  J'interrogeai  mon  guide 
Mûri  à  cet  égard,  mais  je  n'en  pus  rien  obtenir;  il  se  tenait 
comme  pétrifié,  tremblant  de  tous  ses  membres  et  n'osant 
pas  s'avancer  dans  la  caverne  plus  loin  que  cette  roche. 

La  grande  coulée  de  lave  une  fois  franchie,  nous  sommes 

soc.  DE  GÉOGR.  —  SEPTEMBRE  1880.  XX.  —  iG 


242  VOYiaE  EN  SONOBA. 

dans  les  sables,  et  c'est  dans  là  ligne  de  dunes  qui  bordent 
le  golfe  que  nous  allons  camper.  Nous  n'avons  point  d*eau 
en  ce  poiot  et  nous  avons  apporté  dans  une  petite  barrique 
ce  qui  nous  était  nécessaire  pour  notre  repas  du  soir  et  le 
déjeuner  du  lendemain.  Le  lendemain,  nous  pensions  con- 
tinuer notre  route  à  travers  les  dunes,  mais  quel  ne  fut 
point  mon  désappointement  en  nous  apercevant,  le  matin, 
que  mes  mules  avaient  décampé  durant  la  nuit.  Nous  avions 
déjà  déjeuné  et  fini  notre  eau  quand  mes  hommes  m'ap- 
prirent cette  désagréable  nouvelle;  nous  passâmes  toute  la 
journée  à  rechercher  nos  animaux,  et  c'est  le  soir  seulement 
que  je  pus  me  convaincre  qu'ils  avaient  repris  la  route  de 
retour.  Une  seule  mule  nous  restait  qui  me  servit  pour  con- 
tinuer mon  voyage,  mes  hommes  étant  obligés  d'aller  à  pied. 
Le  lendemain  matin  nous  nous  mettons  en  route  avant  le 
lever  du  soleil  et  nous  nous  dirigeons  à  travers  les  dunes 
de  sable  mouvant.  Après  cinq  lieues  de  ce  genre  de  voyage 
nous  arrivons  à  une  petite  aiguade  d'eau  saumâtre  située  au 
centre  d'une  dépression    de   terrain  formant  un  bassin 
couvert  d'efflorescences  salines.  Cette  aiguade  est  connue 
sous  le  nom   de  l'u  Aguaje   del  Tule».   Autour  de  cette 
aiguade  habitent  les  quelques  misérables  areneîïos  de  ce 
désert.   Nous    nous    reposons   ici    quelques   instants,  la 
chaleur  étant  horrible  vers  le  milieu  de  la  journée.  Dans 
la  soirée,  nous  continuons  notre  chemin  vers  Touest-nord- 
ouest,  et,  après  avoir  traversé  encore  trois  lieues  et  demie  de 
dunes,  nous  arrivons  enfin  à  la  «  Salina  del  Pinaeate.  »  Cette 
saline,  dont  on  m'avaitdit  monts  et  merveilles,  est  infiniment 
moins  importante  que  je  ne  l'avais  cru  :  c'est  une  lagune  sé- 
parée d'une  anse, communiquant  avec  le  golfe  de  Californie 
par  une  bande  de  sable.  Le  sel  se  forme  surtout  sur  le  côté 
oriental  de  la  lagune  où  le  dépôt  est  rosé.  La  profondeur 
en  est,  me  dit-on,  considérable.  L'eau  de  la  lagune  est 
extrêmement  chargée  de  sel  et  il  suffit  d'y  tremper  la  main 
et  de  l'exposer  ensuite  pour  quelques  secondes  aux  rayons 


VOYAGE  EN  SOKOBA.  243 

du  soleil,  pour  qu'elle  se  couvre  d'une  couche  de  sel  II  y  a 
ici  aussi  une  petite  aiguade  d'eau  saumàtre  que  je  découvris 
par  hasard,  mon  guide  n'en  ayant  pas  fait  mention.  Le 
lendemain  nous  nous  mettions  en  route  pour  le  retour. 
Nous  retrouvâmes  nos  mules  à  l'agua  Salada  où  elles  étaient 
venues,  et  où  un  Mexicain,  qui  possède  ici  un  petit  rancbo, 
les  avait  arrêtées  au  passa  ge« 

Avant  d'aller  plus  loin,  je  dois  mentionner  ici  que  la  sa- 
line du  Pinacate  est  exploitée  exclusivement  par  les  Papagos 
de  la  Pimeria  et  de  l'Arizona,  chaque  rancheria  venant  cha- 
que année  par  caravane  faire  en  cet  endroit  sa  provision. 

Je  dois  mentionner  aussi  que,  d'après  les  observations  que 
je  fis,  je  trouvai,  pour  la  hauteur  du  volcan  du  Pinacate, 
1656  mètres. 

Rentré  le  20  à  Santo-Domingo,  nous  en  repartpns  le  21. 
Remontant  la  vallée  et  la  Cienega  de  Sonoita^  espérant  arri- 
ver ce  môme  jour  au  Pozzo  de  Mesilla.  Le  nouveau  guide 
que  j'avais  connaissait  mal  son  chemin,  nous  fit  errer  toute 
la  journée,  de  sorte  que  nous  nous  décidâmes  à  aller  à 
l'Aguage  de  la  Nariz,  où  nous  arrivâmes  à  10  heures  du  soir, 
après  14  heures  de  selle,  par  une  chaleur  torride  et  sans 
eau.  A  la  Nariz,  il  y  a  généralement  une  rancheria  papago, 
mais  comme  il  paraît  que  dernièrement  une  épidémie  s'était 
déclarée  chez  eux,  ils  ont  transporté  la  rancheria  au  «  paraje 
de  los  Gamotes  »,  à  deux  lieues  au  nord  sur  le  territoire 
d'Arizona. 

De  l'Aguage  de  la  Nariz,  nous  nous  dirigeons  sur  el  Zoni  ; 
derrière  l'emplacement  de  la  rancheria,  sur  le  versant  inté- 
rieur d'un  monticule  couvert  de  palo  amarillo,  s'élève  une 
série  peu  compliquée  de  trincheras  ;  c'est  le  point  le  plus  occi. 
dental  où  je  les  aie  rencontrées.  —  El  Plomo,  où  nous  pas- 
sons la  nuit,  est  un  real  de  mines  important  situé  sur  un 
petit  cours  d'eau  qui  se  perd  dans  les  sables  un  peu  plus  bas, 
mais  qui  donne  assez  d'eau  cependant  pour  que  l'on  puisse 
faire  un  peu  de  culture.  A  peu  de  distance»  au  nord  del 


2i4  VOYAGE   EN   SONORA. 

Plomo,  se  trouve  le  cerro  del  Humo,  où  l'on  a  découvert 
récemment  des  mines  fort  riches.  Del  Plomo,  nous  nous 
dirigeons  vers  TAltar,  où  nous  rentrons  le  23,  tard  dans  la 
nuit.  Nous  apprenons  que  la  révolution  a  triomphé  et  que 
le  général  Mariscal  est  en  fuite. 

De  l'Altar,  nous  nous  rendons  de  nouveau  à  Hermosillo  et 
àUres,  en  passant  par  la  «  Cieneguila  » .  Cette  dernière  partie 
démon  voyage  sera  l'objet  d'une  notice  spéciale,  c'est  pour- 
quoi je  ne  m'y  étendrai  pas  davantage  aujourd'hui. 


LES  MONTS  AOURÈS 

NOTICE    HISTORIQUE    ET    GÉOGRAPHIQUE 
Pnr    €.    liATniJFFl!:. 


L'Aourès  est  une  ramification  du  grand  Atlas  qui  s'étend 
dans  le  Sud  de  la  province  de  Gonstantine,  des  environs  de 
Batna  jusqu'à  ceux  de  Biskra  où  elle  vient  mourir. 

La  partie  la  plus  importante  représente,  dans  son  ensem- 
ble général,  une  ligne  brisée  dont  le  point  extrême,  au 
Nord,  est  le  Djebel  Touggour,  et  qui  va  se  terminer  au  con- 
fluent de  rOuâd  El  Arab  et  de  l'Ouâd  Meighâr. 

Le  mont  Aourès  détache  plusieurs  contreforts  provoquant 
la  naissance  de  diverses  vallées  : 

1°  Vallée  de  l'Ouâd  Abdi,  entre  les  montagnes  des  Oulâd 
Ziân  et  celles  des  Oulâd  Dâoud. 

2'  Vallée  de  l'Ouâd  El  Abiod,  entre  les  Oulâd  Dâoud  et 
les  montagnes  de  l'Ahmar  Khaddou, 

?.**  Vallée  de  l'Ouâd  Mestâoua,  entre  les  montagnes  des 
Béni  Melkhem  et  les  contreforts  du  Djebel  Harch. 

4°  Vallée  de  l'Ouâd  El  Arab,  entre  le  Djebel  Chechâr  et 
les  contreforts  des  Bradjas. 

Les  points  culminants  sont  le  Djebel  Mehmel,  entre  l'Ouâd 
Tâga  et  le  village  de  Bou-Zina  et  le  pic  du  Ghelliya,  chez 
les  Beni-Oudjâna. 

Au  point  de  vue  géologique,  il  est  composé  de  quartz 
mélangé  de  mika,  les  assises  inférieures  étant  des  couches 
de  calcaire  qui,  par  suite  de  bouleversements  successifs 
sont,  d'horizontales  qu'elles  étaient  à  l'origine,  devenues 
verticales. 


246  LES   MONTS  AOURÈS. 

f  Tel  Procope  le  décrivait,  tel  est  encore  ce  massif.  Les 
routes  y  sont  difficiles,  le  pays  sauvage.  Mais  lorsque,  après 
bien  des  efforfes^on  a  réussi  à  escalader  les  plateaux  princi- 
paux, le  paysage  change.  On  découvre  des  plaines  magnifi- 
ques, de  nombreuses  rivières^  de  riants  jardins.  Partout  les 
cours  d'eau  sont,  pour  ainsi  dire,  canalisés  et  apportent 
l'aisance  sur  tout  leur  parcours. 

Les  étés  y  sont  chauds,  les  hivers  souvent  terribles.  Sur 
certains  sommets,  la  neige  séjourne  à  peu  près  toute  l'an- 
née. Mais,  à  ces  hauteurs,  l'air  est  sain  et  le  climat  salu- 
bre. 

Les  tribus  qui  habitent  l'Aourès  sont  nombreuses.  ElJes 
forment  les  Gaidats  des  Oulâd*Abdi,  des  Béni  Bou  Selîmân, 
del'Ahmar  Khaddhou,  des  Benî  Oudjâna  et  du  Djebel  Che- 
char. 

Le  voyageur  Shaw  a  parfaitement  défini  le  type  de  ces 
montagnards.  Leur  teint  est  blanc  et  rouge.  Beaucoup  de 
femmes  ont  les  cheveux  châtains.  Quelques  auteurs  pré- 
tendent que  ces  populations  descendent  des  Vandales  dont 
elles  ont  d'ailleurs  tout  le  caractère.  D'un  autre  côté,Rému- 
sat  croit  quelles  tirent  leur  origine  des  Goths  *  qui  envahi- 
rent l'Occident  au  troisième  et  au  quatrième  siècles.  Ce  qui 
pourrait  annuler  la  première  opinion,  c'est  que  Justinien 
bannit  de  l'Afrique  tous  les  Vandales,  sans  en  excepter  les 
femmes.  La  proscription  fut-elle  bien  exécutée?  Les  archi- 
ves du  temps  ne  sont  pas  un  témoignage  suffisant  pour  s^ 
prononcer. 

Toujours  est-il  que  cette  population  est  blanche,  que  ce 
fait,  aujourd'hui  acquis,  est  un  de  ceux  qui  ont  le  plu:? 
frappé  les  premiers  officiers  qui  pénétrèrent  dans  la  pro- 
vince de  Constantinc  et  que  le  docteur  Guyon,  médecin  en 
chef  de  notre  armée,  en  1837,  était  étonné  à  la  vue  à^i^^^' 

1 .  L'origine  des  h«hilants  de  PAotirès  «st  Berbère,  avec  iaunixtion  ^<^ 
raines  tribus  arabes  ;  le  sanji  gonnanique  n'a  pu  laisser  chei  eux  de  trace' 
visibles.  H.  D. 


LES  MONTS  AOURÈS.  247 

femme  de  TAourès  qui  avait  les  yeux  bleus,  les  cheveux 
blonds,  de  très  belles  dents,  la  peau  très  fine  et  très  blan- 
che. La  tête  y  est  plus  développée  que  celle  de  Tarabe  de 
la  plaine.  Elle  est  longue,  la  barbe  et  les  cheveux  soyeux. 

Bruce  qui,  antérieurement,  avait  fait  les  mêmes  remar- 
ques, prétend  avoir  rencontré  sur  ces  montagnes  des  indi- 
gènes qui  disaient  descendre  d'anciens  chrétiens.  Ils  appar- 
tenaient à  une  tribu  nommée  Neardi  et  portaient  entre  les 
deux  yeux  une  croix  grecque  faite  avec  de  l'antimoine. 
Qu'y  a-t-il  de  vrai  dans  cette  origine  ?  Peu  de  chose,  très 
probablement  rien.  Le  voyageur,  séduit  par  la  vue  de  gens 
qui,  d'après  lui,  étaient  «  beaux  comme  des  Anglais  »,  s'est 
peut-être  laissé  emporter  par  son  admiration,  car  le  catho- 
licisme *  n'a  jamais  dû  avoir  de  prosélytes  dans  cette  partie 
du  pays,  du  moins,  nous  n'en  avons  trouvé  aucune  trace 
ancienne. 

Cependant,  sur  les  plateaux  de  l'Aourès,  on  trouve  une 
plaine  qui  porte  le  nom  de  Beled  Neardi.  Elle  est  située  en 
avant  du  village  de  Bou-Zina  et  a  une  étendue  d'environ 
six  kilomètres.  Nous  n'en  conclurons  pas  que  là  ait  existé 
la  tribu  à  laquelle  Bruce  fait  allusion,  mais  nous  ne  pou- 
vons nous  empêcher  de  noter  le  fait.  Il  est  possible  que 
cette  plaine  ait  tiré  sa  dénomination  de  celle  de  ses  anciens 
habitants.  Néanmoins,  selon  nous,  ces  derniers  et  leurs  des- 
cendants actuels  n'ont  jamais  penché,  même  un  peu,  ver? 
la  religion  chrétienne. 

Les  anciens,  Procope  surtout,  les  ont  représentés  comme 
niant  toute  idée  religieuse.  Le  jugement  est  peut-être  sé- 
vère, mais  il  est  vrai  que  leur  austérité  n'a  jamais  été  aussi 
rigide  que  celle  de  l'indigène  de  la  plaine.  Toutefois,  Peys- 
sonnel  va  loin  lorsqu'il  assure  que  les  montagnards  de  l'A- 
ourès se  réunissent  à  certains  jours  auprès  des  fontaines 
pour  y  troquer  leurs  femmes.  Le  libertinage  y  est  certaine- 

1.  Je  crois,  au  contraire,  que  le  christianisme  s'est  propajçé  ancienne- 
ment dans  TAourès.  H .  H . 


•1 


248  LES  BfONTS  AOURÈS. 

ment  répandu,  mais  pourquoi  leur  reprocher,  à  eux  spécia- 
lement, un  défaut  que,  de  son  temps  déjà,  affichaient  des 
peuples  plus  civilisés  que  ceux  de  l'Afrique? 

Chacune  des  tribus  se  divise  en  Dechera  ou  villages,  cha- 
cun de  ceux-ci  ayant  pour  chef  des  Cheikh  autrefois  nom- 
més en  assemblée  générale,  aujourd'hui  investis  par  le 
gouvernement  Français.  Auprès  des  cheikh,  des  Djemâa  ou 
réunions  des  plus  notables  habitants  représentent,  sous  une 
autre  forme,  nos  conseils  municipaux. 

L'administration  est,  du  reste,  la  môme  que  dans  le  reste 
de  l'Algérie.  Les  cheikh,  échelon  inférieur,  obéissent  au 
caïd  de  la  tribu.  Ce  caïd,  seul,  entre  directement  en  rela- 
tions avec  l'autorité.  Cet  ordre  hiérarchique  a  quelquefois 
été  transgressé  et,  dans  ce  cas,  il  ne  peut  rien  en  résulter  de 
bon.  L'expérience  Ta  souvent  prouvé  et,  en  fin  de  compte, 
le  cheikh  a  toujours  à  pâtir  de  la  latitude  qui  a  pu  lui  être 
donnée  de  régler  lui-même  les  affaires  de  ses  administrés 
avec  ses  supérieurs  français.  Ne  ferait-il  que  s'attirer  la  sus- 
picion de  son  caïd,  c'est  déjà  quelque  chose,  mais  ce  quel- 
que chose  ne  s'arrête  pas  toujours  là.  Fait  à  noter,  cepen- 
dant, le  caïd,  dans  les  tribus  de  la  montagne,  est  plus 
écouté  que  dans  celles  de  la  plaine.  Les  intrigues  sont 
moins  nombreuses,  par  suite  plus  rares  aussi  les  coups  de 
tiHe  qui  se  terminent-  généralement  par  Tinsurrection.  A 
quoi  attribuer  cette  différence?  Peut-être,  et  c'est  notre 
conviction,  ceci  résulle-t-il  de  ce  que  le  Kabyle,  petit  pro- 
priétaire, s'occupe  de  son  bien^  de  sa  maison,  aime  son  sol; 
voit  peu  d'étrangers,  tandis  que  le  nomade,  aujourd'hui  là, 
demain  ailleurs,  a  un  caractère  plus  frivole,  plus  frondeur. 
Ses  pérégrinations  l'enlèvent,  croit-il,  à  l'action  des  lois  et 
il  est  tout  heureux,  au  milieu  de  son  oisiveté,  de  décharger 
son  esprit  un  peu  moqueur  sur  son  chef.  Petit  à  petit,  l'ai- 
greur amène  l'animosité  et  celle-ci  bientôt  l'insoumissioa 
ou  mieux  la  rébellion.  Or  le  Kabyle  sait  qu'il  n'a  rien  à 
espérer  le  jour  où,  dans  ces  conditions,  il  descend  dans  la 


LES  MONTS  AOURÈS.  249 

plaine.  C'est  l'homme  de  la  montagne.  Là,  seulement,  il 
peut  tenir  tête  et,  néanmoins,  il  a  appris  à  ses  dépens  que, 
depuis  longtemps,  ses  rochers  ne  sont  plus  inexpugnables. 
Le  nomade,  au  contraire,  a  quelques  chances  de  résister 
dans  la  plaine.  Il  a  des  cavaliers,  il  a  surtout  le  désert  der- 
rière lui.  Il  est  dans  de  meilleures  conditions  pour  faire  de 
temps  en  temps  parler  la  poudre  contre  l'autorité  qui  le 
régit.  Voilà  pourquoi  les  gens  de  TAourès,  dans  les  der- 
nières révoltes,  ont  su  sagement  s'abstenir. 

La  justice  y  est  exclusivement  indigène.  Elle  est  rendue 
par  des  cadis,  avec  appel  au  medjelès  consultatif. 

Le  langage  diffère  de  l'Arabe.  C'est  le  Berbère-Chaouïa 
divisé  en  divers  dialectes.  Le  dictionnaire  deVenture  donne 
une  parfaite  idée  d'une  des  langues  de  la  famille  berbère, 
tout  en  restant  bien  loin  des  savants  travaux  du  général 
Hanoteau  sur  la  langue  kabyle  qui  appartient  à  la  môme 
famille. 

Tel  est  le  pays  qui  fut,  jadis,  le  rempart  de  la  Numidie, 
qui  lui  prodigua  ses  défenseurs,  qui  lui  donna  des  ressour- 
ces de  toute  nature.  Il  appartenait  à  la  civilisation,  repré- 
sentée par  les  colonnes  françaises,  de  briser  la  turbulence 
d'une  population  qui,  jusqu'aux  temps  modernes,  était 
restée  elle-même.  Son  indépendance,  elle  l'avait  défendue 
contre  tous  les  conquérants  qui  voulurent  fouler  son  sol. 
Elle  tint  en  échec  les  Carthaginois  et  les  Romains,  les  Van- 
dales et  les  Turcs.  Toujours  elle  se  suffit  à  elle-même.  Ses 
rochers  étaient  des  repaires  inaccessibles  sur  lesquels  elle 
installait  ses  refuges  ;  ses  vallées  étaient  et  sont  encore  assez 
riches  pour  la  nourrir.  Tous  l'attaquèrent  et  aucun,  môme 
malgré  des  victoires,  ne  put  l'assujettir. 

Dès  leiv°  siècle,  nous  la  voyons  envoyer  ses  contingents  à 
Firmus  dans  sa  lutte  contre  les  Romains,  prendre  parti 
contre  Gildon  et  plus  tard  entraîner  celui-ci  dans  la  ré- 
volte. 

Mais  c'est  au  vi"  siècle  que  ces  montagnards  ont  eu  à  subir 


250  LES  MONTS  AOURÈS. 

Tassaut  le  plus  terrible^  Dans  la  période  gréco-byzantine, 
un  lieutenant  de  Bélisaire,  Salomon,  fût  chaîné  de  réduire 
les  monts  Âourès.  Les  tribus  qui  les  habitaient  étaient  sous 
les  ordres  d'un  chef  nommé  Jabdas  qui,  grâce  à  l'influence 
qu'il  avait  sur  tout  le  pays,  avait  réuni  environ  quarante 
mille  combattants.  L'armée  ennemie  vint  camper  dans  la 
plaine  de  Baghaï,  sur  les  bords  de  la  rivière  Abigas,  aujour- 
d'hui Ouâd  Khammeur.  Cette  plaine  était  coupée  par  de 
nombreux  canaux  permettant  aux  habitants  de  porter  Feaa 
là  où  ils  voulaient  en  bouchant  ou  en  ouvrant  ces  canaux. 
C'est  ce  qu'ils  firent  dans  cette  occasion,  et,  en  533,  une 
partie  du  camp  deSalomon  fut  submergée.  Il  réassit,  cepen- 
dant, à  surmonter  cette  épreuve,  reçut  des  renforts,  culbuta 
les  Maures  au  combat  de  Babosis,  au  sud  de  Baghai,  et  au 
pied  de  l'Aourès.II  força  Jabdas  à  s'enfermer  dansZerbuIie, 
mais,  le  siège  paraissant  devoir  se  prolonger,  il  tourna  au 
nord,  vint  ravager  les  environs  de  Tamugadis  et  la  vallée 
de  rOuâd  Rebâ.  Ses  approvisionnements  assurés,  il  se  pré- 
senta de  nouveau  devant  Zerbulie,  s'en  empara  ainsi  que  de 
toute  la  famille  de  son  adversaire. 

Le  dernier  épisode  de  cette  guerre  se  passa  sur  un 
point  que  Procope  nomme  le  mont  Burgaon.  Les  gens 
de  r  Aourès  le  croyaient  inaccessible.  Mais  ils  furent  tournés 
par  Théodore,  un  des  généraux  de  Salomon,  pendant 
que  celui-ci  les  attaquait  de  face.  Ils  furent  délogés  de  tou- 
tes leurs  positions  et  se  retirèrent  dans  une  déroute  inex- 
primable. 

Il  est  parfaitement  possible  de  reconstituer  sur  place 
rhistoire  de  cette  époque  mémorable.  Zerbulie  était  entre 
Tamugadis  et  Baghaï.  Or,  Tamugadis  se  trouve  à  droite  de 
la  route  de  Batna  à  Khcnchcla  et  s'étend  jusqu'aux  pentes 
de  la  montagne.  Ses  ruines  atloslent  encore  son  opulence 
et  son  étendue.  Baghaï  osl  à  droite  do  la  roule  d'Aïn-Beïda, 
au  milieu  d'une  contrée  tourmentée  par  les  mouvements  du 
sol.  Elle  était  située  ;\  peu  do  distance  du  bordj  de  TOuâd 


LES  MONTS  AOURÈS.  25i 

Taouzient  et  sur  le  coude  formé  par  un  des  détours  de 
rOuâd  Baghaï.  Zerbulie,  construite  entre  ces  deux  rilles, 
occupait  donc  remplacement  actuellement  couvert  par  les 
ruines  qui  se  trouvent  sur  le  chemin  conduisant  de  TOuad 
Rbâ  dans  la  vallée  de  FOuâd'Abdi-Babosis ,  où  eut  lieu  le 
premier  engagement,  était  aux  environs  du  bordj  actuel  de 
Taouzient  et  il  y  existait  un  fortin  dont  les  ruines  sont  fort 
bien  conservées. 

La  disposition  de  ces  lieux  explique  comment  Salomon, 
maître  de  ces  villes,  put  rayonner  dans  la  vallée  de  TOuâd 
Abdi,  y  construire  des  forts  et  couper  aux  secours  la  route 
du  désert. 

D'^un  autre  côté,  le  mont  Burgaon  de  Proeope  nous  sem- 
ble être  le  Djebel  Tafrînt  actuel  et  la  vallée  dans  laquelle  le 
combat  a  commencé  n'est  autre  que  celle  formée  par  cette 
dernière  montagne  et  la  pointe  extrême  de  TAourès  sur 
Khenchola.  C'est  après  cette  victoire  que  fût  créé  le  poste 
de  Tazouggart, 

Salomon  voulut  asseoir  solidement  sa  conquête.  Il  créa 
des  forteresses,  construisît  des  acqueducs,  des  ponts,  fit 
tracer  des  routes.  Il  crut  à  la  ruine  complète  de  Tennemi, 
Il  se  trompait.  Jabdas  s'était  retiré  dans  le  désert,  laissant 
an  temps  le  soin  de  miner  les  forces  de  son  vainqueur. 
L'armée  de  ce  dernier  se  fondit  au  milieu  des  plaisirs  d'un 
pays  riant  et  fertile.  L'indiscipline  naquît  au  milieu  de  cette 
abondance  de  toutes  choses  et  bientôt  le  général  vit  lui- 
même  qu'il  allait  rester  seul  pour  représenter  l'antique 
esprit  militaire  de  son  pays.  Il  dut  songer  à  se  retirer,  ses 
victoires  furent  inutiles  et  sa  réputation  vint  se  briser  contre 
ce  but  toujours  cherché,  jamais  atteint  :  Tasservissement  de 
TAourès. 

Du  moins  Salomon  eut  le  bonheur  de  succomber  avant 
que  sa  renommée  ne  fût  atteinte.  Attaqué  en  542  par  des 
forces  supérieures,  aux  environs  de  Théveste,  il  perdit  la  vie 
en  luttant  avec  héroïsme  contre  les  Mpolitaîns. 


252  LES   MONTS   AOURÈS. 

De  tout  ce  beau  passé  il  ne  reste  que  des  pierres  éparses, 
que  des  ruines  que  foulent  maintenant  les  troupeaux.  Ce 
n'est  que  bien  longtemps  après  que  TAourès  devait  se  décla- 
rer vaincu.  Peu  à  peu,  les  Maures  rentrèrent  dans  leur  pays. 
Ils  avaient  lutté  contre  les  invasions  romaines,  les  inva- 
sions vandales  ;  ils  luttèrent  contre  celles  des  enfants  de 
Mahomet. 

Ce  dernier,  dans  ses  vues  ambitieuses,  n'avait  pas  oublié 
TAfrique.  Ses  successeurs  devaient  poursuivre  sa  tâche  et, 
en  688,  Zoheïr  ben  Kaïs  asservissait  l'Aourès  sous  la  domi  - 
nation  arabe.  Le  jour  des  revers  arriva  cependant  pour  lui 
et,  de  nouveau,  la  race  berbère  reprit  sa  liberté.  Elle  se 
laissa,  dès  lors,  guider  par  Kahéna,  reine  des  Djeraoua. 

En  690,  cette  nouvelle  Jeanne  d'Arc  culbuta  le  général 
arabe  Hassan  ben  Naamân  au  combat  de  TOuâd  Meskiana, 
mais  échoua,  cinq  ans  plus  tard,  à  TafFaire  de  Baghaï  dans 
laquelle  elle  périt  glorieusement  avec  presque  toute  son 
armée.  Le  nouveau  vainqueur  s'implanta  dans  le  pays,  s'y 
installa  solidement  et,  en  706,  Mouça  ben  Noceïr,  après 
avoir  conquis  le  Moghreb,put  traverser  impunément  l'Aou- 
rès. Le  peuple  berbère  disparaissait  de  la  scène  par  épuise- 
ment, mais  ce  qui  en  restait  n'était  pas  dompté.  Pendant 
que  les  Arabes  poursuivaient  leurs  conquêtes,  ce  restant  se 
soulevait.  Deux  siècles  de  luttes  s'écoulaient  encore  avec 
des  chances  diverses  pour  les  deux  partis. 

Au  commencenient  du  x°  siècle,  un  nouveau  conquérant, 
Abou  Abed  Allah,  lieutenant  du  douzième  Iman,  Obeïd  Al- 
lah, de  la  secte  des  Ghiaïtes,  enlevait  Baghaï  et  Meskiana  et 
entraînait  à  sa  suite,  en  Tunisie,  tous  les  contingents  de 
l'Aourès.  Gomme  prix  de  son  appui,  le  pays  regagna  son 
indépendance. 

L'invasion  arabe  reprit  le  dessus.  Les  Maures  finirent  par 
se  mêler  aux  usurpateurs  et  par  s'allier  avec  eux.  Le  calme 
revint  et  c'est  à  peine  si  les  montagnards  s'aperçurent  des 
révolutions  incessantes  qui  agitaient  le  nord  de  l'Afrique. 


LES  MONTS  AOURKS.  253 

Les  habitants  de  TAourès  restèrent  eux-mômes,  c'est-à-dire 
indépendants,  pendant  que  Barberousse,  que  Duquesne, 
que  lord  Exmouth  venaient  sur  lescôlesBarbaresques  mon- 
trer les  pavillons  étrangers  et  y  .«emer  souvent  les  ruines  de 
la  guerre. 

L'armée  française  débarque  à  Sidi  Ferruch.  Quelques 
montagnards  viennent  se  joindre  à  Tarmée  du  bey  d'Alger 
et  ceux  qui  échappent  à  la  prise  de  cette  ville  peuvent  aller 
annoncer  à  leurs  concitoyens  que  le  nouveau  conquérant 
sera  tenace  dans  le  but  qu'il  poursuit.  Bientôt  Constantine 
succombe.  L'envahisseur  se  rapprochant  d'elles,  les  tribus 
de  l'Aourès  commencent  à  s'inquiéter.  C'est  au  milieu  d'elles 
que  l'ex-bey  Ahmed  se  retire  et  c'est  de  leur  pays  qu'il  va 
chercher  à  fomenter  la  révolte  au  fur  et  à  mesure  de  l'ap- 
proche de  notre  armée^ 

Abd  El  Kader,  à  son  tour,  apprend  à  connaître  l'infor- 
tune. Il  fuit,  mais  sans  perdre  l'espérance.  Il  envoie  son 
khalifa,  Ahmed  bel  Hadj,  dans  la  province  de  Constantine 
et  ce  dernier  essaie,  pour  défendre  son  maître  dans  la  dé- 
route, de  soulever  les  habitants  de  la  montagne  comme  il  a 
soulevé  ceux  de  la  plaine. 

Ahmed  Bey  et  Ahmed  bel  Hadj  trouvant  asile  dans  la  mon- 
tagne, c'était  une  raison  suffisante  pour  amener  de  notre  part 
une  occupation  du  pays'.  Le  colonel  de  Buttafoco  venait  de 
s'établir  à  Bathna.  Le  duc  d'Aumale  avait  pris  Biskra  et,  au 
retour,  avait  songé  à  faire  une  expédition  dans  l'Aourès.  Les 
pluies  l'en  avaient  empêché.  Ceci  se  passait  en  1844. 

Les  tribus  étaient  vivement  impressionnées  par  la  certi- 
tude de  voir  prochainement  nos  soldats  visiter  leur  contrée. 
Le  colonel  Lebrelon  devait  entrer  dans  l'Aourès.  Les  Ka- 
byles lui  évitèrent  cette  course  en  lui  envoyant  des  chevaux 
de  soumission.  Cette  démarche,  cependant,  ne  fut  pas 
dictée  par  des  intentions  franches,  et  le  général  Bedeau 
fut  chargé  d'aller  y  mettre  fin  à  des  excitations  séditieuses 
qu'apportaient  de«  émissaires  venus  de  l'ouest. 


i5i  LES  MONTS  ÀOURÈS. 

Sa  colonne  partit  le  1^'  mai  1845  de  Bâtna.  Elle  alla,  le 
même  jour,  camper  à  l'Ouâd  Soutels.  Elle  comptait  y 
trouver  les  Oulad  Zian  ;  ils  manquèrent  au  rendez-vous* 
Ils  avaient  déjà  passé  dans  les  rangs  des  insoumis.  Le  Ien« 
demain,  les  troupes  franchirent  les  hauteurs  et  vfnrent 
camper  sur  la  route  de  Médina,  dans  la  plaine  des  Yabbous. 
Poursuivant  leur  chemin,  elles  longèrent  le  Djebel  Amroûs, 
arrivèrent  à  la  tête  de  TOuâd  Cheraorra,  au  lieu  dit  Medjez 
El  Hamar  et  furent  bientôt  en  vue  du  Djebel  Achra.  C'est 
là  qu'eut  lieu  l'engagement.  Le  soir,  le  général  Bedeau  éia« 
blissait  son  camp  à  Médina.  Dans  la  journée,  les  monlagnards 
avaient  été  culbutés  de  toutes  leurs  positions.  Les  Oulâud 
Abdi  faisaient  leur  soumission,  ea  même  temps  que  trois 
des  chefs  des  Oulad  Daoud.  Ahmed  Bey  avait  assisté  au 
combat.  Lorsqu'il  vit  la  déroute,  il  quitta  le  pays.  Quant  au 
khelifa  Bel-Hâdj,  il  avait  pris  la  direction  du  Djerîd. 

Les  contingents  du  sud  et  de  Test  n'avaient  point  parti- 
cipé à  cette  affaire.  Ils  cherchèrent  à  surprendre  le  flanc 
droit  de  la  colonne  et  attendirent  celle-ci  au  sud  du  Ghelia. 
La  rencontre  eut  lieu  le  10  mai,  les  troupes  du  général 
Bedeau,  jointes  à  celle  du  général  Levasseur,  les  battirent 
aux  environs  de  Mellagou. 

Malgré  leur  soumission  précédente,  lesOuIâd  Abdi  avaient 
envoyé  des  renforts  aux  rebelles  du  Ghelya.  Ils  apportèrent 
ensuite  la  plus  mauvaise  volonté  dans  les  réquisitions  qui 
leur  furent  demandées.  Leur  caïd,  Mohammed  Zeroual, 
refusait  de  se  rendre  au  camp  français  et  laissait  ses  gens 
se  joindre  aux  rassemblements  séditieux  qui  se  tenaient  au 
village  de  Haidouça,et  auxquels  prenaient  part  les  fractions 
de  Nara,  de  Menaa  et  des  Beni-Ferah. 

Pour  en  finir»  la  colonne  se  porta  sur  le  Djebel  Raz  Drad, 
entre  le^  vallées  de  TOuÂd  Abdi  et  des  Oulad  Daoud,  puis,  à 
00  point,  se  divisa  en  deux.  La  première  partie  se  dirigea, 
en  suivant  la  montagne,  sur  Haidooça,  pendant  que  la  se- 
conde, par  la  vallée  de  rOu&d  Abdi,  se  prolongeait  le  long 


' 


LES  MONTS  AOURÈS.  255 

du  Djebel  Mahmel.  Un  engagement  des  plus  violents  eut 
lieu  aux  environs  de  Haidouça  qui  fut  incendié.  Les  villages 
de  El  Abed  et  de  Aïn  Kadhi  furent  enlevés. 

Les  marabouts  vinrent  implorer  l'Aman.  Le  chef  de  la 
colonne  avait  menacé  de  couper  toutes  les  moissons.  Pour 
éviter  ce  châtiment,  les  insurgés  payèrent  une  amende  de 
40,000  francs.  Descendant  alors  la  vallée  de  TOuâd  Abdi,  le 
général  Bedeau  se  porta  sur  les  villages  de  Menaa  et  de 
Nara.  Le  premier  avait  été  habité  pendant  un  an  par  l'ex- 
bey  Ahmed.  Quant  au  second,  il  servait  de  dépôt  aux  ap- 
provisionnements du  khelifa  Bel  Hadj.  Les  habitants  se 
soumirent  ainsi  que  les  Beni-Ferah  et  tous  les  montagnards 
du  Djebel-Fighagar.  Quant  aux  Oulad  Daoud,  ils  avaient 
tenu  tous  les  engagements  qu'ils  avaient  pris  le  3  mai. 

En  résumé,  la  colonne  Bedeau  avait  coûté  à  l'Aourès  une 
contribution  de  120,000  francs,  sans  compter  que,  pendant 
un  mois,  les  chevaux  et  mulets  avaient  été  nourris  par  les 
tribus.  La  fierté  des  insoumis  avait  reçu  un  coup  terrible. 
Elle  n'était  cependant  pas  abattue.  Quant  au  bey  Ahmed, 
nous  n'avions  pu  le  faire  livrer.  Il  trouvait  encore,  pour 
nous  échapper,  assez  de  sympathies  dans  le  fanatisme  mu- 
sulman. 

Pendant  quatre  ans,  le  pays  semble  pacifié;  au  fond,  il 
est  dans  le  même  état.  Le  khalifa  d'Ad  El  Qader  a  soin  de 
ne  pas  laisser  s'éteindre  la  haine  contre  l'envahisseur.  Une 
agitation  sourde  se  communique  peu  à  peu  de  la  montagne 
dans  la  plaine.  Bientôt  une  nouvelle  insurrection  plus  ter- 
rible que  les  premières  éclate  de  tous  les  côtés  et  menace 
de  faire  perdre  le  fruit  de  nos  précédentes  expéditions. 

Le  17  septembre  1849,  le  marabout  Sid  Adb  El  Hafid 
sort  de  Liâna  et  se  porte  sur  Biskra.  Le  commandant  de 
Saint-Oermain  va  au  devant  de  lui,  l'attaque  au  passage  de 
rOuâd  Seriâna  et  tombe  mortellement  frappé  sans  que  ja- 
mais on  ait  eu  des  données  bien  certaines  sur  la  direction 
d'où  était  partie  la  balle  qui  lui  apportait  la  mort 


256  LES   MONTS  AOURKS. 

Presque  en  même  temps,  Ahmed  Bel  Hadj  se  dirigeait 
sur  Sidi  Oqba  pour  enlever  notre  allié  Ben  Chenouf,  ef, 
dans  les  premiers  jours  d'octobre,  le  fanatique  Ben  Ziàn 
proclamait  la  guerre  sainte  à  Zàatcha.  Il  n'en  fallait  pas 
tant  pour  entraîner  les  habitants  de  l'Aourès  dans  la  révolte. 
Us  avaient  envoyé  des  contingents  à  Abd  El  Afid  dans  Taf- 
faire  de  Seriâna,  ils  lui  en  fournirent  encore  dans  sa  marche 
surBiskra,  qu'il  renouvela  vers  la  fin  du  même  mois.  Il 
se  jela  sur  nos  convois  et,  entre  El  Ksour  et  El  Kantara,  li- 
vrait au  capitaine  Bataille  un  combat  qui  Tobligeait  à  ré- 
trograder sur  Batna. 

Le  26  novembre  1849  Zàatcha  sucoraba.  Le  sort  terrible 
que  subit  celte  ville  rebelle  n'amena  pas  les  montagnards  à 
des  idées  meilleures.  Lesdébris  de  ceux  qui  avaient  cherche 
à  porter  secours  à  Ben  Ziân  se  rendirent  à  Nara,  dans  le 
Djebel  Lazreg,  au  milieu  d'un  pays  tourmenté  et  dont  la 
topographie  sera  décrite  plus  tard.  Pour  le  moment,  il  suffit 
de  faire  connaître  ce  qu'était  la  ville  en  elle-même. 

Les  trois  villages  qui  constituent  Nara  sont  situés  dans  un 
profond  ravin  dont  les  eaux  se  jettent  dansTOuâd-Abdi,  rive 
gauche.  Les  villages  les  moins  importants,  celui  desOulad 
SidiAbd  Allah  etceluide  Dâr  Ben  Labara,  s'allongent  à  droite 
et  à  gauche  aux  flancs  du  ravin.  Entre  eux,  sur  un  rocher 
formant  îlot  dans  le  ravin,  à  soixante  mètres  au-dessus  du 
thalweg,  se  groupent,  serrées,  les  cent  maisons  de  l'agglomé- 
ration principale,  nommée  ThenîyetEl-Djema'a.  Cette  partie 
était  réputée  inexpugnable. 

Avant  d'arriver  aux  villages  élevés  de  plus  de  cinq  cent 
mètres  au-dessus  de  l'Ouâd' Abdi,  il  fallait  gravir  des  pentes 
en  gradin,  dont  les  dernières  sont  de  véritables  escaliers 
taillés  dans  le  roc.  Des  tours  construites  en  pierres  et  pla- 
cées avec  intelligence  commandaient  tous  les  abords  du 
ravin  de  Nara. 

La  colonne  n'avait  que  trois  sentiers  àsuivrepour  aborder 
l'obstacle  en  partant  de  la  vallée  de  l'Ouâd-Abdi.  Le  pre- 


LES  MONTS  AOURÈS.  257 

mier  est  le  chemin  que  prennent  les  gens  qui  viennent  du 
haut  de  la  vallée.  C'est  celui  de  gauche  qui  escalade  les 
mamelons  rocailleux  de  la  rive  droite  du  ravin  de  Nara.  Les 
deux  autres  suivent  les  contreforts  de  la  rive  gauche  de 
rOuâd  Nara.  L'un  longe  le  bord  même  de  la  rivière  et 
aboutit  au  village  des  Oulâd  Sîdi  Abd  Allah.  L'autre,  plus  à 
droite,  fait  communiquer  Menâ'a  et  Nara. 

Les  dispositions  furent  prises  de  fiiçon  î\  ne  pas  laisser 
aux  gens  de  Nara  et  aux  contingents  de  TOuâd  El  Abiod  le 
temps  de  présenter  aux  troupes  une  résistance  désespérée. 
Les  insurgés  avaient  entassé  leurs  familles,  leurs  biens, 
leurs  troupeaux  dans  les  villages  de  Taughanimt  et  de 
Guelfen  situés  en  arrière  du  Thenîyet-Zoughal,  col  qui  du 
bassin  de  TOuâd  El  Abiod  conduit  dans  Djebel  Lazreg  et 
renferme  la  tête  de  TOuâd  Nara. 

En  présence  de  la  situation  des  lieux,  le  général  Ganrobert 
décida  que  trois  colonnes  se  porteraient  sur  les  positions 
de  Nara  et  enlèveraient  le  village  principal.  En  cas  d'échec, 
les  troupes  devaient  se  réunir  vers  le  col,  le  franchir,  tom- 
ber sur  Guelfen  et  Taughanimt,  retraverser  le  Djebel 
Lazreg  et  rentrer  au  camp  par  le  village  de  Brihet.  Au 
préalable,  des  retranchements  en  pierres  sèches  furent  élevés 
ponr  mettre  à  l'abri  les  bagages  et  les  approvisionnements 
pendant  la  pointe  sur  l'Ouâd  El  Abiod. 

La  première  colonne  (colonne  Carbuccia)  reçut  l'ordre 
de  se  jeter  sur  la  gauche,  de  gravir  les  escarpements  de  la 
grande  chaîne,  de  passer  loin  de  tout  sentier  frayé  en  tour- 
nant les  positions  de  Nara  et  en  se  saisissant,  en  cas  de 
besoin,  du  col  que  l'armée  devait  franchir  si  elle  n'entrait 
pas  dans  la  ville.  La  deuxième  colonne,  sous  les  ordres  du 
commandant  Bras-de-Fer,  devait  prendre  le  chemin  qui 
suit  lefe  pentes  de  la  rive  droite  de  l'Ouâd  Nara.  La  troisième 
colonne,  commandant  de  Lavarande,  reçut  l'ordre  de  che- 
miner sur  les  escarpements  de  la  rive  gauche. 

Pour  tromper  l'ennemi,  les  troupes  laissées  au  camp  de- 
soc.  DE  flÉOGR.  —  SEPTEMlîRE  1880.  XX.  -^  17 


258  LES  MONTS  AOURÈS. 

vaient  exécuter  une  fausse  attaque  sur  les  plateaux  de 
droite. 

La  première  colonne  marcha,  à  hauteur  de  la  troisième, 
droit  sur  Nara.  Les  positions  qui  couvraient  cette  dernière 
furent  successivement  enlevées  et  les  crêtes  supérieures 
abordées.  Bientôt  les  troupes  entraient  dans  la  ville  rebelle. 
La  retraite  était  coupée  aux  Berbères  du  côté  du  ravin, 
pendant  que  la  cavalerie  les  sabrait  sur  la  rive  gauche. 

Tout  ce  qui  fut  arrêté  dans  les  villages  fut  passé  par  les 
armes;  les  maisons  furent  incendiées  ou  démolies  parla 
poudre  et  le  pic  à  roc.  Quelques  heures  après  l'attaque,  le 
foyer  des  insurgés  n'existait  plus  et  les  colonnes  rentraient 
au  camp.  Au  nombre  de  nos  morts,  se  trouvaient  trois  offi- 
ciers tués  dans  le  village  central. 

Les  habitants  de  l'Aourès  avaient  lutté  pour  essayer  de 
conserver  cette  indépendance  que  les  peuples  anciens  n'a- 
vaient pu  leur  ravir  ou  qu'ils  ne  leur  avaient  enlevé  que  pour 
peu  de  temps.  Cette  fois,  ils  avaient  trouvé  leurs  maîtres.  Le 
châtiment  fut  terrible  :  Nara  subit  le  sort  de  Zàatcha.  Dé- 
fense fût  faite  par  le  gouvernement  de  relever  ses  ruines. 
Les  femmes  et  les  enfants  qui  survivaient  (les  hommes 
étaient  morts)  durent  chercher  asile  ailleurs  et,  pendant 
de  longues  années,  le  ravin  du  Djebel  El-Azreg  ne  conserva 
plus  que  des  décombres  comme  témoignage  du  grand 
drame  qui  s'y  était  joué. 

Peu  à  peu,  les  esprits  se  calmèrent.  La  leçon  avait  été 
dure.  Les  montagnards  ne  l'oublièrent  pas  et,  se  remettant 
au  travail,  réparèrent  activement  les  maux  qu'ils  s'étaient 
attirés. 

Ahmed-Bey.  qui  avait  fui  dans  l'Ahmar-Khaddou,  était 
fait  prisonnier  dans  le  village  de  Kbaïch.  Quelques  spahis 
avaient  suffl  pour  terminer  la  carrière  d'aventure  de  cet 
ancien  souverain  de  Constantine.  De  toute  sa  splendeur 
d'autrefois,  il  lui  restait  l'internement  dans  son  ex-capitale, 
où  il  repose  maintenant  dans  la  mosquée  de  Sidi  Âbd  Er 


LES  MONTS  AOtinÈS.  259 

Rhaman.  Sa  mère,  El  Haddj  Rekia,  dort  du  dernier  som- 
meil dans  la  mosquée  des  Sept  Dormants,  à  M'gaoûs,  dans 
le  Gaïdat  des  Oulâd  Soultân. 

Pendant  quelques  années,  l'Aourès  vit  dans  la  tranquillité 
la  plus  absolue.  Les  quelques  petites  dissensions  intérieures 
que  l'on  peut  y  relever  sont  de  celles  que  l'on  voit  exister 
constamment  dans  toutes  les  tribus.  Ce  sont  des  querelles 
domestiques  auxquelles  la  politique  est  absolument 
étrangère. 

Nous  arrivons  ainsi  à  l'année  1858;  un  fanatique,  Si 
Saddok,  prêche  la  guerre  sainte  chez  les  Béni  Brahim,  dans 
l'Ahmar  Khaddou.  Le  général  Desvaux  le  poursuit,  le 
13  janvier  1859,  à  Tibibjourin,  culbute  son  goum,  le  U,  à 
El  Ksar,  et  brûle  sa  Zaouia,  pendant  que  les  contingents  qui 
nous  sont  restés  fidèles  vont  s'emparer  de  ses  magasins 
à  Guelaa-Djedida.  Le  20  janvier,  Si  Saddok,  sa  famille 
et  ses  conseillers,  en  tout  quatre-vingt-huit  personnes  sont 
amenés  au  général,  à  El  Ksar. 

Depuis  l'affaire  de  Si  Saddok,  les  habitants  de  l'Ouad 
Abdi  ne  se  mêlèrent  pas  activement  aux  mouvements  qui 
eurent  lieu  en  Algérie.  En  1871,  à  la  suite  de  la  guerre 
franco-prussienne,  la  révolte  éclata  dans  la  presque  totalité 
de  la  province  de  Conslantine.  Sauf  quelques  désordres 
insignifiants,  ils  s'abstinrent. 

^  L'Aourès  se  tint  tranquille,  grâce  aux  deux  chefs  dont 
l'autorité  alors  était  aussi  absolue  que  respectée  par  ces 
populations  de  montagnards  :  Si  Boû  Diaf  et  Si  M'hamed 
ben  Abbes. 

Le  pays  était  florissant.  Peu  de  faits  saillants  s'étaient 
durant  ces  dernières  années  passés  dans  le  massif.  En 
1873,  une  fraction  insoumise,  les  Ahl  Rouff,  avaient  été 
expulsés  de  leur  village  d'où  ils  étaient  bannis  depuis  1864, 
mais  oîi  ils  étaient  revenus  habiter,  grâce  aux  pertur- 
bations de  l'année  1871.  Le  fait  n'avai  teu  aucun  écho  parmi 
les  tribus  voisines. 


!260  LES  MONTS  AOURÈS. 

Rien  ne  faisait  prévoir  le  mouvement  insurrectionnel  do 
1879.  Les  lignes  qui  précèdent  étaient  écrites  lorsqu'il  a 
eu  lieu  et  il  ne  nous  appartient  pas  de  l'apprécier  au  point 
de  vue  des  causes  qui  ont  pu  le  déterminer.  Il  est  à  sup- 
poser qu'il  ne  se  reproduira  pas  et  que  des  populations  qui 
sont  restées  si  longtemps  dévouées  à  la  France  au  milieu 
de  l'agitation  de  leurs  concitoyens  rachèteront  un  moment 
d'erreur  en  revenant  à  leur  fidélité  d'autrefois. 

NOTICE  GÉOGRAPHIQUE. 

Tels  sont  les  origines  et  les  antécédents  de  cette  région, 
qui  n'est  guère  connue  que  de  ceux  qui  habitent  la  province 
de  Constantine  et  que  parcourent  rarement  les  étrangers. 

Les  touristes,  en  effet,  affluent  de  plus  en  plus,  chaque 
année,  dans  l'oasis  de  Biskra.  Ils  commencent  à  apprendre 
qu'il  existe  dans  le  sud  un  petit  coin  de  terrain  où  ils  trou- 
vent les  émotions  du  désert  sans  en  éprouver  les  inconvé- 
nients, des  points  de  vue  charmants,  une  ville  presque  fran- 
çaise. Aucun  d'eux,  en  franchissant  la  Méditerranée,  ne 
manque  de  venir  visiter  ce  point  éloigné. 

Mais  si  tous,  étrangers  comme  Français,  connaissent  cette 
route  longue,  insipide  qui,  de  Batna,  les  conduit,  plus  ou 
moins  rapidement,  à  Biskra,  selon  le  bon  plaisir  des  saisons 
et  les  caprices  de  la  rivière  d'El  Kantara,bien  peu  ont  pris, 
pour  s'y  rendre,  la  deuxième  voie  de  communication,  celle 
de  TAourès. 

Nous  allons  l'étudier  en  partant  de  Batna.  Nous  revien- 
drons à  notre  point  de  départ  en  traversant  les  montagnes 
du  Djebel  Chercliar  et  celles  de  l'Aourès  du  Nord.  Nous 
aurons,  de  cette  façon,  rencontré  h  peu  près  toutes  les 
tribus  qui  habitent  celte  région. 

C'est  des  mains  do  notre  armé^  qu'est  sortie  Batna.  llien 
n'existait  h  cet  endroit,  au  début  de  la  conquête,  lorsque  ia 
colonne  Bullafoco  arriva.  Rlle  s*installa  h  deux  kilomètres, 


LES  MONTS  AOURÈS  261 

à  peine,  de  la  ville  actuelle,  sur  une  série  de  petits  mame- 
lons peu  élevés,  ayant  devant  elle  le  lit  de  TOuâd  Batna, 
derrière  les  montagnes  des  Oulâd  Chelih.  G*est  là  qu'elle 
soutint  des  combats  remarquables  et  toujours  heureux 
contre  des  tribus  dont  quelques-unes  ont  encore  gardé  leur 
ancien  caractère  abrupte  et  indomptable,  qu'elles  ont  montré 
il  chaque  insurrection  nouvelle,  principalement  pendant  celle 
de  1871.  Une  pyramide  indique  l'emplacement  de  l'ancien 
camp,  et  une  seconde,  placée  sous  les  murs  mêmes  de  la 
ville,  perpétue  et  les  souvenirs  de  l'occupation  et  les  noms 
des  corps  combattants. 

En  elle-même,  Batna  n'a  rien  qui  séduise.  Les  rues  sont 
alignées  au  cordeau.  Une  partie  entièrement  française  fait 
suite  aux  premières  maisons  construites  et  qui  toutes  sont 
enclavées  dans  ce  qui  est  nommé,  peut-être  improprement, 
le  camp.  Jadis,  un  jardin  public  existait  sur  la  route  de 
Biskra.  Il  est  tombé  dans  un  état  d'abandon  tel  qu'il  peut 
n'être  cité  que  pour  mémoire.  Peu  d'indigènes  habitent 
l'intérieur  de  la  ville,  dont  un  quartier  est  peuplé  complè- 
tement de  Juifs.  Sa  position  géographique,  par  rapport  au 
Sahara,  a  obligé  à  une  occupation  militaire  solide.  C'est  de 
là  que  partent  les  premier  secours  en  cas  d'alerte  du  côté 
de  Biskra.  Aussi  y  a-t-il  une  garnison  assez  nombreuse. 

En  quittant  la  ville,  nous  laissons,  sur  la  droite,  une 
mosquée  élégante  située  à  cent  mètres  d'un  amas  de  ba- 
raques portant  le  nom  de  Village  Nègre  et  occupées  princi- 
lement  par  un  certain  nombre  de  filles  du  désert  dont  la 
profession  ne  réclame  pas  le  grand  jour.Rien  à  signaler  dans 
cet  asile  du  plaisir  qui  ne  peut  guère  être  compris  que  par 
les  coreligionaires  de  ses  habitants. 

Une  maison  d'assez  bonne  apparence,  construite  dans  le 
genre  d'une  ferme,  borde  la  route,  à  peu  près  à  hauteur  de 
la  mosquée.  C'est  la  demeure  du  caïd  des  Oulâd  Daoud,  Si 
Boû  Diâf. 

Quelques   habitations,  bien  clair-semées,  se  rencontre-it 


262  LES  MONTS  AOURÈS. 

encore,  et,  10  kilomètres  plus  loin,  on  se  trouve  en  face 
d'immenses  bâtiments  entourés  de  murs  élevés. À  gauche,  des 
ruines  romaines  magnifiques,  dans  un  état  de  conservation 
extraordinaire.  Des  restes  de  temples,  des  portiques,  des  co- 
lonnes debout,  d'autres  à  terre  et  brisées,c'est  Lambèze,  Tan- 
cienne  Lambessa,Î9idis  quartier  général  de  la  troisième  région 
romaine,  célèbre  à  bien  des  titres.  Là,  les  transportés  de  1852 
jetèrent  les  bases  d'une  ville  qui  ne  put  jamais  devenir 
qu'un  village,  mais  un  village  charmant,  entouré  vers  le  sud 
par  des  montagnes  boisées,  possédant  de  Teau  en  abondance 
et  un  terrain  dans  lequel  la  vigne  pousse  admirablement. 

La  maison  centrale  est  bâtie  d'après  les  plans  de  celle  de 
Mazas.  Les  cellules  sont  disposées  de  façon  à  être  surveil- 
lées du  centre  du  pourtour.  Une  espèce  de  ferme  modèle 
où  travaillent  un  grand  nombre  de  prisonniers  a  été  créée  à 
deux  kilomètres  de  là,  à  Markouna,  et  donne  de  très  bons 
résultats. 

A  partir  de  Lambèse,  on  est  complètement  en  pays  berbère 
et  arabe.  La  route  qui,  jusque-là,  était  digne  de  ce  nom, 
disparaît.  On  entre  dans  une  forêt  tantôt  épaisse,  tantôt  à 
l'état rudimentaire.  Des  ruines  romaines  toujours,  moins 
intéressantes,  moins  considérables  que  celles  que  nous  ve- 
nons de  quitter.  Néanmoins,  leur  étendue  atteste  l'ancienne 
importance  de  la  ville. 

Bientôt  le  chemin  devient  sentier,  les  mouvements  du 
terrain  s'accentuent,  les  taillis  s'épaississent  brusquement  ; 
après  une  descente  de  quelques  instants,  la  forêt  cesse  et 
fait  place  à  un  vallon  entouré  de  hauteurs.  On  traverse  un 
ravin  au  sortir  duquel  on  se  trouve  devant  la  maison  du  caïd 
de  l'Ouâd  Abdi,  Si  Mahmet  ben  Abbâs.  Elle  est  placée  dans 
un  site  admirable,  avec  un  jardin  qui,  mieux  entretenu,  se- 
rait magnifique.  Cette  demeure,  mélange  de  style  français 
et  de  style  mauresque,  surprend  par  son  élégance.  En  face 
existe  un  moulin  spacieux,   mais  qui   tend  à  tomber  en 

« 

ruines. 


LES  MONTS  ÂOURÊS.  263 

Quelque  attrayant  que  puisse  être  le  séjour  à  TOuâdTaga, 
il  ne  faut  pas  trop  s'y  arrêter  de  peur  de  s'apercevoir  bien- 
tôt que  la  monotonie  règne  même  au  sein  des  meilleures 
habitations  indigènes.  Vingt  kilomètres  séparent  ce  point 
de  Batna  et  on  peut  le  considérer  comme  la  première 
étape. 

Quelques  kilomètres  plus  loin  on  laisse,  sur  la  gauche, 
la  source  de  Aïn-Gafer,  et,  dix  minutes  après,  celle-ci,  on 
rencontre,  du  môme  côté,  TOuâd-Goumri,  qui  roule  ses 
eaux  limpides  dans  un  lit  encaissé,  peu  large  et  bordé  par 
de  nombreux  arbustes.  Après  avoir  dépassé  le  point  dit 
Argoub  mta'  El-Baghâl  {Colline  des  mulets),  distant  de 
deux  kilomètres  de  l'Aïn-Kafer,  le  terrain  cesse  de  s'élever 
et  pendant  trois  quarts  d'heure  présente  une  descente  des 
plus  difficiles.  Il  est  pierreux,  nu,  le  sentier  étroit,  sinueux. 
On  éprouve  un  véritable  soulagement  en  trouvant  la  vallée 
de  rOuâd  Bou-Zina,  qui  débute  par  la  plaine  de  Néardi. 
Elle  a  une  largeur  de  quatre  kilomètres.  A  droite,  des  col- 
lines dénudées  ;  à  gauche,  de  hautes  montagnes  rougeâtres, 
à  plans  superposés  et  d'une  aridité  excessive.  Ce  n'est  qu'a- 
près avoir  traversé  ce  terrain  sur  une  étendue  de  cinq  kilo- 
mètres que  l'on  rencontre  quelques  arbres,  et,  en  peu  d'in- 
stants, on  arrive  au  village  de  Bou-Zina.  Cinq  heures  de 
cheval  sont  nécessaires  pour  franchir  la  distance  qui  le  se  - 
pare  de  TOuâd-Taga,  soit  environ  25  kilomètres. 

Deux  tours  défendent  les  approches  de  Bou-Zina.  Les 
maisons  sont  construites  en  amphithéâtre,  sur  une  hauteur 
de  15  mètres  d'élévation  et  au  pied  de  laquelle  se  trouve  le 
lit  desséché  d'un  des  affluents  del'Ouâd  Bou-Zina.  Au  sortir 
du  village  coule  cette  dernière  rivière,  traversant  de  ma- 
gnifiques jardins  plantés  de  nombreux  arbres  fruitiers  et 
faisant  marcher  plusieurs  moulins. 

Là  le  touriste  peut  dresser  sa  tente,  à  moins  qu'il  ne  pré- 
fère essuyer  encore  une  demi-heure  de  route  et  pousser  . 
jusqu'à  Oumm  Er-Rekha,  l'une  des  demeures  du  caïd. 


264  LES  MONTS  AOURÈS. 

Pour  arriver  à  co  point,  on  ne  cesse  de  suivre  un  élroil  sen- 
tier tracé  à  travers  des  hauteurs  toujours  arides.  A  moitié 
chenfiin,  à  *Aïn  El-Malah,  quelques  ruines  romaines  de  peu 
d'importance  sont  le  seul  attrait  de  cette  partie  du  voyage. 
Enfin  le  sol  s'abaisse  insensiblement  et  aboutit  à  une  plaine 
vaste  et  non  dénuée  d'intérêt.  C'est  là  qu'est  le  bordj,  con- 
struction primitive,  peu  entretenue,  caravansérail  plutôt  que 
maison.  Le  terrain,  traversé  par  l'Ouâd  Bou-Zina,  présente 
un  aspect  ferrugineux.  On  y  rencontre  également  du  plaire 
en  abondance.  Les  collines  de  la  rive  gauche  sont  peu 
boisées. 

Jusqu'à  présent  on  n'a  guère  rencontré,  deTOuâd-Tagaà 
Oumm  Er-Rekha,  où  elles  viennent  mourir,  que  les  hautes 
montagnes  du  Mahmel  et  quelques  plaines  peu  étendues  ; 
dans  tous  les  cas,  la  nudité  presque  partout.  Bou-Zina, 
seule,  a  eu  son  cachet  pittoresque  avec  ses  maisons  con- 
struites pour  la  plupart  sur  les  bords  d'un  abîme,  ses  jardins 
délicieux,  son  rapide  cours  d'eau.  Désormais  on  va  entrer, 
jusqu'à  Biskra,  au  milieu  d*un  paysage  enchanteur  qui  fera 
oublier  ce  que,  jusque-là,  la  route  a  pu  avoir  de  peu 
attrayant. 

En  quittant  le  bordj,  on  marche,  presque  aussitôt,  dans 
l  e  halfa  que  l'on  trouve  en  grande  quantité.  A  3  kilomètres 
du  point  de  départ  et  sur  la  gauche,  à  peu  près  au  sommet 
d'un  contre-fort  du  Djebel-Ichîdet,  on  aperçoit  le  village 
de  Oumm  Er-Rekha.  Le  terrain  continue  à  être  ferrugineux 
et  présente  quelques  ruines  romaines,  des  fûts  de  colonne, 
entre  autres  ;  quelques  lopins  de  terre  sont  cultivés  sur  la 
droite. 

On  passe,  à  El-Bîda,  devant  l'azîb  d'Oumm  Er-llekha. 
Trois  kilomètres  plus  loin,  on  entre,  par  une  pente  assez 
raide  et  un  sentier  des  plus  primitifs,  dans  le  village  de 
Ïâgoust-El-Fougâni.  De  la  place,  ou  plutôt  de  ce  qui  porte 
ce  nom,  on  a  un  spectacle  magnifique.  Des  jardins  de  toute 
beauté  s'étendent  au  pied  de  la  hauteur;  en  face  de  soi, 


LES   MONTS  AOURÈS.  265 

les  montagnes  rougeâtres  que  Ton  a  déjà  rencontrées. 
La  vallée  se  creuse,  cède  une  partie  d'elle-même  à  des 
enclos  cultivés,  plantés  d'arbres  fruitiers,  et,  se  relevant, 
donne  naissance  à  des  collines  pierreuses,  riches  en 
albâtre  à  certains  endroits.  C'est  au  sommet  de  ces  col- 
lines que  se  trouve  cette  agglomération  de  gourbis  sans 
autre  ouverture  que  la  porte  basse,  qui  sert  d'entrée,  sans 
air  et  sans  lumière,  mais  qui  suffisent  aux  besoins  d'un 
peuple  sobre  etexempt  des  nécessités  factices  qu'a  créées  la 
civilisation.  Gomme  tous  les  villages  de  la  montagne,  celui- 
ci  est  en  amphithéâtre  ;  les  maisons  se  dominent  et  toutes 
possèdent  une  terrasse  qui,  pendant  les  chaleurs  de  Tété, 
sert  de  salle  à  manger  le  soir,  de  chambre  de  repos  la 
nuit. 

Dix  minutes  après,  on  rencontre  le  village  deTâgoust  El- 
Thâni.  Là  le  marbre  rouge  domine,  les  maisons  sont  plus 
nombreuses,  la  population  plus  dense. 
.  Ces  deux  points  sont  à  peu  près  les  seuls  de  l'Ouâd  'Abdi 
qui,  en  1871,  pendant  la  révolte,  cherchèrent  à  nous  créer 
des  difficultés,  promptement  réprimées,  du  reste.  Le  carac- 
tère des  habitants  est  inculte  et  porté  à  faire  parler  la 
poudre. 

Sur  la  droite  et  à  l'entrée  des  deux  Tâgoust,  des  tours 
servent  de  vigie  et  de  postes  avancés. 

En  sortant  de  Tâgoust  El-Thâni  {la  deuxième  Tâgoust)- 
on  traverse,  pour  la  première  fois,  l'Ouâd  Bou-Zina  pour 
entrer  dans  des  défilés  boisés  formés  à  droite  par  le  Djebel- 
El-Roûs  et  à  gauche  par  les  dernières  pentes  du  Djebel  Tchi- 
det.  Le  sentier  monte  péniblement,  bordé  par  de  profonds 
ravins.  On  suit  dès  lors  la  rive  droite  de  la  rivière.  Sept 
affluents  s'y  jettent  coulant  parallèlement  entre  eux  et  per- 
pendiculairement au  Djebel  El-Roûs.  A  2  kilomètres  de 
Tâgoust  El-Thâni,  on  pénètre  dans  le  défilé  nommé  Tizi  In- 
Câlah,  qui  ne  cesse  que  pour  faire  place  à  celui  dit  Tîzi 
N'  Ouaïradou,  Le  sentier  monte  de  plus  en  plus.  A  gaucho, 


266  LES    MONTS  ÂOURÈS. 

des  bois  ;  à  droite,  le  ravin  encaissé  par  de  nouveaux  bois. 
Une  heure  après  le  départ  du  dernier  village,  on  atteint  le 
point  culminant  des  hauteurs,  au  ThenîyâtEl-Guemmi.  La 
descente  comnaence  et  le  chemin  va  rejoindre  la  nouvelle 
route  construite  récemment  par  les  indigènes  et  qui  doit, 
partant  d^OummEr-Rekha,  abréger  la  distance  entre  ce  point 
et  rOuâd  El-Abiod. 

  partir  de  cette  jonction,  on  entre  dans  une  série  d'al- 
lées  sinueuses,  au  milieu  de  jardins  magnifiques  et  parfai- 
tement entretenus.  Au  bout  de  dix  minutes,  on  arrive  au 
confluent  de  TOuad  Boû-Zîna  et  de  TOuâd  'Abdi,  les  deux 
rivières  réunies  formant  désormais  TOuâd  'Abdi.Ala  tête  de 
cette  dernière  et  sur  la  rive  droite,  un  grand  village  dominé 
par  un  haut  minaret.  C'est  Menaa,  le  point  principal  de  l'Ouad 
Abdi,  la  ville  de  plaisir  et  aussi  la  ville  sainte  de  cette  partie 
du  pays.  On  peut  dire  ville  déplaisir  et  ville  sainte  en  môme 
temps,  car  si,  à  ses  heures,  le  Berbère  comme  l'Arabe  res- 
pecte sa  religion  et  l'observe  scrupuleusement,  il  ne  craint, 
à  un  moment  donnée  ni  les  chants  des  artistes  indigènes,  ni 
les  danses  féminines.  C'est  surtout  un  des  caractères  sail- 
lants de  l'homme  de  FAourès  et  ce  contraste  s'observe  à 
Menaa  plus  que  partout  ailleurs. 

L'origine  de  Menaa  est  fort  ancienne.  Le  village  est  bâti 
sur  l'emplacement  d'une  colonie  romaine  qui  existait  au 
temps  de  Marc-Aurèle.  Les  maisons,  toujours  en  amphithéâ- 
tre, sont  groupées  autour  d'un  mamelon  assez  élevé  et  isolé. 
Au  pied  de  celui-ci, de  vastes  bâtiments  peu  attrayants  con* 
stituent  la  demeure  préférée  du  caïd.  La  beauté  de  l'endroit 
consiste  dans  ses  jardins,  dans  sa  position  à  la  rencontre 
des  deux  rivières  et  au  centre  d'immenses  forêts,  dans  la 
mosquée  qui  sert  de  dernière  demeure  au  Marabout  vénéré. 
C'est  la  première  ville  remarquable  en  venant  du  sud  par 
la  montagne  :  aussi  le  commerce  y  est-il  assez  important. 

Le  caractère  des  habitants  est  paisible  et  facile.  Depuis  la 
prise  de  Nara,  ils  se  sont  montrés  des  plus  soumis»  Us 


LES  MONTS  AOURÈS.  267 

n'ont  pas  ce  fanatisme  exagéré  que  montre  l'Arabe  de  la 
plaine.  Ils  ont  un  peu  oublié  la  sévérité  du  Coran,  et  on  doit 
les  en  féliciter. 

On  a  vu  plus  haut  que  Manaa  formait  l'extrémité  de  la 
vallée  de  l'Ouâd  'Abdi.  La  rivière  coule  entre  deux  séries  de 
montagnes  boisées,  celles  de  la  rive  gauche  dominant  leurs 
voisines  de  la  rive  droite.  Le  massif  principal  de  gauche 
porte  le  nom  de  Djebel  El-Azrek,  et  a  joué,  dans  la  con- 
quête, un  rôle  considérable.  C'est  dans  un  de  ses  contre- 
forts, en  eflTet,  qu'était  bâti  le  village  de  Nara,  foyer  de  Tin- 
surrection  de  1850,  pris  d'assaut  et  rasé  par  le  général 
Canrobert. 

Nara  est  à  trois  quarts-^d'heure  de  marche  de  Menaa. 
De  ce  dernier  point  part  une  route  qui,  suivant  d'abord  la 
rive  gauche  de  l'Ouâd  'Abdi,  tourne  ensuite  à  droite  pour 
s'engager  à  travers  la  montagne  boisée  de  Dra-Azlef,  élevée 
de  600  mètres  environ  au-dessus  du  lit  de  la  rivière  et  n'of- 
frant que  des  pentes  excessivement  abruptes.  Arrivé  au 
sommet,  on  débouche  sur  un  plateau  de  300  mètres  de  lar- 
geur sur  500  de  longueur.  En  face  de  soi  on  a  une  chaîne 
de  montagnes,  présentant  deux  mamelons  séparés  par  un 
ravin  assez  étroit  et  sur  chacun  d'eux  un  village.  En  arrière 
de  celte  chaîne  une  seconde,  bien  plus  élevée,  portant  le 
Djebel-Nara.  Elle  forme  également  deux  mamelons,  celui 
de  gauche  portant  un  village,  celui  de  droite  nommé  Ras- 
Teboûn. 

Ces  trois  villages,  dont  l'ensemble  représente  assez  bien 
un  triangle  isocèle,  constituaient  Nara.  En  avant  des  deux 
premiers  et  entre  eux  et  le  plateau  dont  il  a  été  question  plus 
haut,  existe  un  ravin  de  80  mètres  environ  de  largeur  et  au 
fond  duquel  se  trouvent  de  nombreux  jardins  qui  s'étendent 
jusqu'aux  pieds  du  Ras-Teboûn. 

L'excursion  à  Nara  est  des  plus  agréables  et  excessivement 
facile  depuis  Menaa.  De  Menaa,  la  route  conduisant  au  sud 
directement,  contourne  le  village  et  s'engage  dans  un  col 


268  LES  MONTS  AOURES. 

en  face  duquel  on  trouve  un  groupe  de  maisons  apparte- 
nant aux  Oulâd  'Amor  ben  'Abd-AUah.  Un  kilomètre  plus 
loin,  on  rencontre  un  autre  groupe  portant  le  nom  de  De- 
chera-Ourali,  habité  par  la  fraction  des  Touâba,  étrangère 
à  rOuâd  'Abdi.  Le  terrain,  couvert  de  romarins,  est  peu  fer- 
tile en  halfa.  Il  se  relève  peu  à  peu,  présente  un  aspect  dé- 
nudé et  pierreux,  donne  naissance  au  col  deTOuâd-Kerbech 
du  sommet  duquel  la  vue  plonge  sur  deux  forêts  de  pal- 
miers. Ce  sont  les  premières  qui  se  voient  sur  cette  route, 
on  est  en  face  des  oasis  d'Amoultân*.  Douze  kilomètres 
les  sépare  de  Menaa. 

Le  village  supérieur  est  le  plus  considérable  ;  il  porte  le 
nom  de  Amoultân  EI-Foûgâniya  et  est  habité  par  les  Oulad 
Abdeli.  Cent  maisons  environ  le  composent.  Les  palmiers 
sont  en  avant  et  mêlés  à  de  nombreux  arbres  fruitiers, 
grenadiers,  abricotiers.  Au-dessus  des  jardins,  le  sol  s'élève 
avec  une  tour,  avant-garde  obligée  de  tous  ces  villages. 

Amoultân  Edl-Thâniya  est  la  résidence  des  Oulâd  Mesa 
Oùd  Ben-Câlah.  C'est  plutôt  un  hameau  aux  maisons  dé- 
labrées et  faisant  triste  figure  en  face  de  son  voisin.  L'Ouâd 
Abdi  coule  sur  le  flanc  gauche  de  l'un  et  l'autre.  Les  pal- 
miers s^étendent  encore  sur  une  longueur  de  1 500  mètres 
environ,  et  la  route  n'a  plus,   désormais,  rien  de  ce   nom. 
Tantôt  elle  longe  la  rivière,  tantôt  elle  suit  le  lit.  Celui-ci, 
entouré,  à  gauche  surtout,  par  des  rochers  escarpés,  n'a 
pas  une  largeur  supérieure  à  15  mètres.  De  temps  en  temps, 
quelques  arbustes,  des  lauriers  roses,  entre  autres,  viennent 
projeter  leur  ombre  au  milieu  de  l'eau.  Sur  la  rive  droite, 
un  arbre  surtout  attire  l'attention.  Ses  branches  sont  cou- 
vertes de  morceaux  d'étoffes,  de  vêlements  en  lambeaux. 
C'est  un   marabout.  Chaque  indigène,  en  passant,  n'ou- 
bliera pas  d  y  ajouter  un   ex-voto  du  genre  de  ceux  cites 
plus  haut. 

1.  Ou.  probalilouiciit  mieux,  LamenWii.  H.  D. 


LES  MONTS   AOURÈS.  ^269 

A  10  kilomètres  d'Amoultân,  on  marche  complètement 
dans  le  lit  de  TOuâd  'Abdi,  en  passant  devant  Toasis  de 
Benî  Souik,  du  caïdat  des  Oulâd  Ziân.  Les  maisons  sont  peu 
nombreuses,  situées  sur  la  rive  gauche  delà  rivière,  ainsi 
que  la  majeure  partie  des  jardins.  Une  seule  rue  traverse 
le  village.  Mais  le  massif  des  plantations  offre  un  coup 
d'œil  magnifique.  Un  ravin  creusé  par  les  eaux  de  TOuâd 
Souik  coupe  i'Ouâd  'Abdi  un  peu  au-dessous  des  habi- 
tations. 

Au  bout  de  deux  heures,  après  avoir  constamment  mar- 
ché dans  Teau,  on  quitte  la  rivière  et  on  entre  dans  les 
jardins  de  palmiers  qui  forment  Tune  des  extrémités  de 
l'oasis  de  Djémora.  On  traverse  une  plaine  de  100  mètres 
de  longueur,  bordée  à  gauche  par  les  hauteurs  du  Djebel 
Zemmari,  et  à  droite  par  celles  abruptes  des  Benî  Ferah  : 
on  est  alors  dans  le  village.  Il  est  triste,  bâti  au  milieu  des 
marais,  insalubre.  Cependant  l'aspect  général  de  la  vallée 
continue  à  être  riant.L'eau  y  est  en  abondance.  Au  nord  de 
l'oasis,  une  source  jaillit  à  côté  d'une  petite  mosquée  et  vient 
déverser  ses  eaux  dans  TOuâd  'Abdi. 

C'est  à  proximité  de  Djémora  qu'un  camp  avait  été  créé 
pour  servir  de  garnison  d'été  aux  troupes  de  Biskra.  On  peut 
s'y  rendre  en  une  heure  en  gravissant  un  chemin  assez  dif- 
ficile. Le  camp  est  situé  sur  un  petit  plateau  dénudé;  il  se 
compose  de  quelques  baraques  et  de  quelques  maisons  plus 
convenables  destinées  aux  officiers.  Le  séjour  de  l'endroit 
n'a  rien  d'agréable,  si  ce  n'est  sa  proximité  du  village  et  des 

riants  jardins  du  même  nom. 

Les  plantations  du  Djémora  s'étendent  dans  une  vallée 
resserrée,  sur  une  longueur  de  3  kilomètres.  Les  produits  en 
sont  médiocres  et  les  dattes  de  mauvaise  qualité.  On  ren- 
contre,en  continuantla  route,  la  fraction  des  Oulâd  Brâhâm, 
dont  la  situation,  tant  au  point  de  vue  de  la  richesse  qu'à 
celui  de  la  salubrité,  n'est  guère  plus  avantageuse  que  celle 
des  habitants  du  village  précédent. 


270  LES  MONTS  AOURÈS. 

A  partir  de  là,  le  col  que  Ton  va  suivre  est  de  plus  en  plus 
étroit.  Il  est  formé  sur  la  rive  gauche  de  l'Ouâd  'Abdi  par  le 
Djebel  Zemmari^  sur  la  rive  droite  par  le  Djebel  Mebn.  On 
constate  l'absence  de  végétation.  Après  avoir  longtemps 
perdu  de  vue  la  rivière,  on  la  retrouve  au  sortir  du  défilé 
où  on  la  coupe  pour  passer  sur  la  rive  gauche.  Les  lau- 
riers roses  recommencent  à  se  montrer  et,  après  avoir  tra- 
versé de  nouveau  TOuâd,  à  cet  endroit  large  et  profond,  on 
se  trouve  dans  le  village  de  Berânîs,  composé  d'une  cin- 
quantaine de  maisons.  On  y  remarque  une  grande  propreté  ; 
Toasis  est  à  100  mètres  de  là.  Deux  heures  et  demie  sépa- 
rent ce  point  de  Djémora. 

Pendant  3  kilomètres,  la  route  circule  dans  un  chemin 
pierreux  qui  coupe  TOuâd  'Abdi  au  pied  du  Djebel  Boû 
Gbozàl,  on  longe  ensuite  la  rive  gauche  de  l'Ouàd-Biskra, 
que  Ton  traverse  un  quart  d'heure  après.  La  route  se  res- 
serre encore,  formant  un  défilé  entre  les  pentes  du  Boû  Gho- 
zâl  et  celles  du  Djebel  Srah  mta  Chich,  jusqu'à  l'entrée  de  la 
plaine  de  Biskra,  marquée  par  les  ruines  de  l'ancien  bordj, 
et  l'on  pénètre  dans  la  ville  par  le  fort  Saint-Germain. 

Inutile  de  s'arrêter  sur  l'ancienne  Ad  Piscinam  des 
Romains.  La  route,  depuis  Batna,  a  été  décrite  aussi  minu- 
tieusement que  possible,  et  Biskra  commence  à  être  suffi- 
samment connu  pour  qu'il  ne  soit  pas  besoin  d'en  décrire 
les  quartiers  qui  forment  ses  faubourgs,  ses  bains  sulfureux, 
ses  belles  plantations,  son  immense  oasis,  les  ruines  de  son 
ancienne  citadelle,  célèbre  par  le  massacre  de  1844,  or- 
donné par  Si  Ahmed  bel  Hadj  et  puni  parle  due  d'Aumale. 

Il  reste  à  revenir  au  point  de  départ  en  longeant  les 
pentes  extrêmes  de  TAoûrès  et  rentrant  dans  le  massif 
parl'est. 

On  quitte  la  ville  en  traversant  l'Ouâd  Biskra  à  côté  des 
nouvelles  casernes,  on  débouche  dans  une  vaste  plaine  au 
sol  pierreux,  mais  qui  n'a  rien  de  monotone,  car  la  vue 
s'étend  de  tous  les  côtés  sur  les  nombreuses  oasis  qui  se 


LES  MONTS  AOURÈS.  271 

trouvent  en  avant  et  sur  la  droite.  Au  bout  de  7  kilomètres, 
on  arrive  dans  celle  de  Ghetma,  excessivement  coquette  avec 
ses  jardins  et  ses  rues  parfaitement  entretenues. 

Trois  quarts  d'heure  après,  on  recontre  l'oasis  de  Sîdi 
Khelîl,  fort  petite,  et  un  peu  plus  loin  celle  de  Seriâna,  sur 
la  droite  de  la  rivière  du  môme  nom  et  qui  rappelle  la  mort 
du  commandant  de  Saint-Germain,  tué  dans  un  combat 
contre  les  contingents  insurgés  du  marabout  deLiana. 

Sur  la  droite,  on  aperçoit  Tehoûda,  et,  à  côté,  Sidi  Okba, 
ancienne  résidence  de  Si-Ahmed-bel-Hâdj ,  lieutenant 
d'Abd-^el-Kader. 

La  plaine  continue  à  être  sablonneuse  ;  la  seule  végéta- 
tion consiste  dans   une  plante  rougeâtre   nommée  Zita*. 

Après  avoir  traversé  rOiiâd-Bouâb,  continuation  del'Ouâd 
El  Abiod,  on  aî'rive  à  Garta,  à  24-  kilomètres  de  Biskra.  Les 
jardins  sont  bien  entretenus,  Teau  abondante,  les  maisons 
bâties  en  partie  sur  une  dérivation  de  la  rivière. 

Jusqu'à  ce  moment,  des  villages  se  sont  trouvés  sur  la 
route  et  ont  pu  offrir  un  gîte.  En  partant  de  Garta,  il  est 
nécessaire  de  prendre  ses  dispositions  pour  camper  une 
nuit.  En  effet,  la  première  oasis  qui  sera  rencontrée,  Zerî- 
bet  El  Ouâd,  est  à  62  kilomètres  de  là.  On  peut  aller  faci- 
lement le  premier  jour  à  Mançof  (34  kilomètres  de  Garta 
le  second  à  Zerîbet  (28  kilomètres  de  Mançof). 

De  Garta  à  Zerîbet  El  Ouâd,  on  marche  constamment  dans 
une  plaine  unie,  bordée  à  gauche  par  les  sommets  escarpés 
des  contreforts  du  Djebel  Ahmar  Khadhou,  coupée  par  une 
série  de  ravins  profonds  et  souvent  très  larges  qui,  pendant 
les  pluies,  se  transforment  en  torrents,  mais  sont  desséchés 
le  reste  de  l'année.  Le  premier  que  l'on  rencontre  est  l'Ouâd 
Boû  Labès  qui  descend  duDjebel  Guercherihet  va  se  perdre 
dans  le  sud  ;  un  peu  plus  loin,  c'est  l'Ouâd  Khetan,  pre- 
nant sa   source  dans    le  même  massif;   l'Ouâd  Khadrâ, 

1.  Limnastrum  Guyonianum.     . 


/ 


272  LES  3fONTS  AOURÈS 

YcnaDt  du  Djebel  Loûkb,  arrosant  la  plaine  de  Ghanin,  et 
descendant  du  Djebel  Gentlaoua,  l'Ouâd  Gbarin,  traTers 
également  la  plaine  du  même  nom.  Enfin  TOuâd  El  Menal- 
çof  termine  la  série  en  arrosant  les  plaines  de  Eddouibi.i 
et  de  Dhibia.  Il  vient  du  Djebel  Rilis.  Tous  ces  Ouâd  sont 
affluents  de  l'Ouâd  Boû  Labès  (rive  gauche). 

Jusques-là,la  route  suivie  porte  le  nom  deTeriqFôqâniya, 
Elle  rencontre  sur  l'Ouâd  Menaîçof,  celle  qui  vient  de  Biskra, 
pa:Sidi  'Oqbaet  qui  se  nomme Terîq  'Abd  Er-Rabmân.  Dès 
lors,  toutes  deux  n'en  forment  plus  qu'une  seule  vers  le  sud. 
Un  kilomètre  plus  loin,  on  atteint  le  Beled  Mançof,  sur  la 
rivière  du  même  nom  qui  descend  du  Djebel  Harch.  Des 
cultures  en  céréales  existent  en  assez  grand  nombre  à  cet 
endroit.  C'est,  du  reste,  le  plus  convenable  pour  terminer 
l'étape. 

En  quittant  Mançof,  on  laisse  sur  sa  gauche,  dans  la  plaine 
de  Mézira'a,  les  ruines  romaines  de  Bardou,  qui  ne  con- 
sistent qu'en  quelques  pierres  et  dans  des  restants  de  for- 
tifications. On  traverse  l'Ouâd  Haguef,  au  lit  large  et  profond, 
avec  une  source  située  à  droite  du  gué  et  très  précieuse 
lorsque  la  rivière  est  à  sec.  Viennent  ensuite  L.  Marquef 
El-Min'âd  et  *  Abd  Er-Fahniaja,  insignifiantes  dépressions 
de  terrain.  L'aspect  de  la  plaine  est  toujours  le  même,  un 
peu  plus  de  végétation  cependant,  beaucoup  de  plantes  de 
qetaf.  Après  avoir  traversé  le  lit  de  l'Ouâd  Guechtân  on  dé- 
bouche devant  un  amas  de  constructions  arabes  dominées 
par  un.  village.  C'est  ZerîbetEl-Ouâd. 

Zeribet  El-Ouâd  est  une  position  importante.  C'est  un 
point  de  passage  des  caravanes  qui  se  dirigent  vers  les 
Chott  Sayal  et  El  'Adjîla.  C'est  la  sentinelle  avancée  contre 
les  incursions  provenant  de  la  Tunisie.  Aussi  est-il  néces- 
saire de  s'y  arrêter  quelques  instants. 

En  avant,  du  côté  de  Biskra,  une  plaine  à  peine  travaillée 
par  quelques  mamelons  de  sable  marquant,  surtout,  les 
points  de  passage  des  ravins  nombreux  dont  il  a  déjà  élc 


LES  MONTS  AOURÈS.  273 

question.  A  gauche,  les  derniers  escarpements  du  Djebel 
Sefâ,  à  droite,  dans  un  lit  profondément  abrupt,  le  cours 
de  rOuâd  El  Arab.  L'oasis  est  sur  les  bords  de  la  rivière, 
triste  comme  la  ville  elle-même,  pauvre  comme  ses  habi- 
tants. L'eau  fait  souvent  défaut  ;  les  puits  creusés  dans  les 
jardins  tarissent,  la  datte  s'en  ressent  et  bientôt  il  faudra  as- 
similer Zerîbet  El-Ouâd  à  quelques  autres  oasis  du  sud  aussi 
mal  partagées.  Les  produits  du  sol  ne  suffiront  plus  à  payer 
l'impôt  du  palmier.  La  partie  habitée  se  divise  en  deux  :  le 
Bordj  (maison  de  commandement)  et  la  Dechera  (village). 

Depuis  longtemps,  une  garnison  a  été  tenue  sur  ce  point. 
Un  amas  de  vieilles  masures  arabes  constituait  l'abri  d'un 
escadron  de  spahis  qui,  parfois,  était  renforcé  d'une  com- 
pagnie d'infanterie-  Les  lézards,  scorpions  et  insectes  désa- 
gréables du  pays  se  promenaient  à  l'aise*  et  en  maîtres  sur 
ces  murs  décrépis  qui,  en  été,  gardaient  la  nuit  la  chaleur 
du  jour,  et  qui,  l'automne,  étaient  à  peine  une  défense 
contre  des  pluies  torrentielles.  Le  temps  aidant,  ces  vieux 
souvenirs  vont  disparsdtre.  Près  de  là,  en  effets  un  bordj 
magnifique  vient  d'être  construit,  forteresse  autant  que 
caserne.  Ceux  qui  l'occuperont  désormais  ne  peuvent  que 
s'en  réjouir  ;  leur  nouveau  bien-être  les  aidera  à  passer  les 
quelques  mois  peu  agréables  de  leur  séjour  forcé  sur  ce 
point. 

En  avant  du  plateau  un  ravin  forme  défense  naturelle 
d'une  série  de  maisons  arabes  constituant  la  dechera.  Ces 
maisons,  reliées  entre  elles  par  la  face  extérieure,  étaient 
jadis  dominées  par  le  minaret  d'une  mosquée,  minaret  tel- 
lement penché  par  la  faute  des  architectes  aussi  bien  que 
par  son  antiquité,  qu'il  a  fini  par  s'écrouler.  Quatre  portes 
donnent  accès  dans  le  village  qui,  au  fond,  ne  se  compose 
que  d'une  rue  étroite  et  tortueuse. 

De  Zerîbet  El-CTuâd,  une  route  conduit  directement  h 
Nafta,  en  Tunisie.  Elle  passe  à  El  Feyd,  en  coupant  TOuâd 
Nâbah  et  TOuâd  Deba'a,  traverse  ensuite  TOuâd  Roûmi  et 

soc.  DK  GÉOGR.  —  SEPTEMBRE  1880.  XX.  —  18 


274  LES   MONTS   AOURÊS. 

la  plaine  de  Farfarîya,  et  atteint  les  puits  d*El  Ba'adja,  pre- 
mière étape.  De  là  elle  se  dirige  surJVtouïa  Cha'anbij  près  de 
rOuâd  Gherbonia,  en  passant  parNakhlat  El  Meuyoûb.Une 
petite  course  amène  à  Perkân,  charmante  oasis  qui  dépend 
du  cercle  de  Tebessa.  On  s'engage  alors  dans  des  maœelons 
de  sable  qui  forment  de  Véritables  montagnes.  On  laisse  à 
droite  les  magnifiques  ruines  romaines  de  Besseriâni,  et  on 
arrive  à  Nafta  par  la  plaine  du  Sahara? 

En  quittant  Zerîbet  El  Ouâd,  la  route  suit  la  plaine  cl 
traverse  quelques  belles  cultures  de  céréales.  On  longe  le 
cours  de  TOuâd  El  Arab,  et,  une  heure  après  le  départ,  on 
passe  en  face  de  Bâdcs.  Quelques  pierres  antiques  sont  Ici 
seuls  vestiges  rappelant  que  là  exista  l'Ad  Badias  des  Ro- 
mains, le  siège  d'un  évôché  important,  le  point  où  venaient 
aboutir  de  nombreuses  voies  de  communication.  Le  village 
est  triste,  privé  d'eau,  les  habitants  peu  accommodants. 
Devant  soi,  on  aperçoit  El  Ksar,  réunion  de  quelques  mai- 
sons situées  sur  un  mamelon  isolé.  Absence  de  palmiers 
des  deux  côtés. 

Un  quart  d'heure  après  avoir  dépassé  Bâdès,  on  entre  à 
Liâna.  L'oasis  est  assez  agréable,  le  village  insignifiant. 
Toute  son  importance,  purement  religieuse,  vient  de  ce 
qu'il  est  la  résidence  du  marabout  Si  Abd  El  Hafld,  très  en 
honneur  dans  toute  la  plaine,  et  dont  les  attaches  sont 
nombreuses.  Il  a  une  zaouia  dont  le  nombre  d'élèves  es< 
assez  grand. 

Ge  fut  le  père  de  ce  marabout  qui  livra  au  commandant 
de  Saint-Germain  le  combat  de  Sériâna!  Depuis  cette  ten- 
tative de  révolte,  que  Ton  ne  saurait  reprocher  à  un  peuple 
lullant  pour  sou  indépendance,  la  famille  d'Abd  El  Hafid 
est  re>loo  fidèle  à  notre  cause.  L'un  des  frères  du  marabout 
de  Liàna  est  installé  à  Nafta,  et  a  toujours  mis  son  influence 
à  notre  service.  Tu  troisième  est  à  la  zaouia  de  Kheïrân 
au*il  dirige,  mais  sn  i^pul^Uion  est  moindre  que  celle  des 
deux  précédents. 


LES  MONTS  AOURÈS.  275 

Comme  il  a  été  dit  plus  haut,  Liâna  n'offre  rien  de  re- 
marquable. La  mosquée  et  l*habitation  de  Si  Abd  El  HaKd 
tranchent  seules  sur  Taspect  pauvre  des  constructions  du 
restant  du  village . 

  quelques  kilomètres  de  Toasis  on  entre  dans  le  lit  de 
rOuâd  El  Arab,  profondément  encaissé,   d'un  côté  par 
le  Djebel  Sefa,  et  de  l'autre  par  les  pentes  du  Koudiat  Ta- 
mazous.  On  traverse  de  magnifiques  jardins  pour  entrer, 
par  un  sentier  étroit,  dans  le  village  de  Khanga  Sîdi  Nâdji. 
G*est  la  capitale  du  Djebel  Ghechâr,  résidence  du  caïd. 
Rien  de  riant  comme  ce  séjour:  la  dechera  est  adossée  aux 
escarpements  du  Djebel  Tamazous,  et  s'étend  en  pentes 
jusqu'aux  bords  de  TOuâd,  dont  les  rives  sont  bordées  de 
palmiers  et  de  tamarix.  Tout  près,  et  au  pied  des  maisons 
se  trouvent  les  vastes  constructions  qui  composent  le  bordj 
du  caïd,  et  dont  le  style  laisse  loin  derrière  lui  celui  si  élé- 
mentaire de  l'indigène.  La  mosquée  est  rattachée  au  bordj. 
Elle  est  vaste  et  a  un  aspect  grandiose. 

Un  marché  important  se  tient  à  Khanga.  Les  habitants  de 
la  plaine  aussi  bien  que  ceux  de  la  montagne  s'y  donnent 
rendez-vous.  Quelques  familles  juives,  installées  dans  le 
village,  se  livrent  au  commerce  de  la  bijouterie  et  ne  man- 
quent jamais  de  travail,  car  les  femmes  berbères  ne  dé- 
daignent pas  de  se  couvrir  les  bras  et  les  jambes  d'une 
quantité  de  bracelets  à  faire  reculer  les  plus  élégantes  eu- 
ropéennes. Les  armes  s'y  fabriquent  aussi,  et  l'on  y  fait 
quelque  peu  de  poudre  à  feu,  en  cachette,  bien  entendu. 

Tout  en  étant  très  religieux,  les  gens  de  Khanga  Sidi 
Nâdji  n'en  sont  pas  moins  très  belliqueux.  Ils  vivent  en  mau- 
vaise intelligence  avec  ceux  de  Liâna.  Les  Çoff  ne  sont  pas 
les  mêmes.  Khanga  est  inféodé  aux  Ben  Gâna,  de  Biskra,  et 
Liâna  à  la  famille  d'Alî  Bey,  ex-caïd  de  Tougourt.  Dans 
les  temps  d'agitation,  la  désunion  se  traduit  par  des  coups 
de  fusil,  auxquels  prennent  part,  avec  le  plus  grand  plaisir^ 
les  gens  de  Bâdès  et  d'El  Ksar.  Déjà  depuis  longtemps,  le 


i 


276  LES  MONTS  AOURÉS. 

village  est  également  en  mauvaises  relations  avec  les  Ne- 
mômcha,  et  il  a  été  souvent  fusillé  par  eux  du  sommet  du 
Djebel  Tamazous. 

On  quitte  le  village  en  prenant  le  lit  de  TOuad  El  Arab, 
que  Ton  suit  quelques  instants  pour  s'çngager  ensuite  dans 
un  sentier  sinueux  à  travers  les  rochers,  et,  au  point  cul- 
minant, on  aperçoit  l'oasis  et  le  bourg  de  Touiou  Ahmed, 
jadis,  et  peut-être  encore  maintenant,  le  village  galant  de 
la  région.  Rien  n'y  est  remarquable,  du  reste  ;  quelques 
cases  enfumées  à  gauche  de  la  rivière.  On  suit  de  nouveau 
cette  dernière,  et,  une  demi-heure  après,  on  entre  dans 
Ouldja,  surnommée  la  Jolie,  peut-être  à  cause  de  ses  riants 
jardins,  car  le  village  en  lui-même  n'est  ni  mieux  ni  pire 
que  ses  voisins. 

A  partir  de  là,  la  rivière  change  de  nom  :  elle  prend  celui 
d'Ouad  ChabbaL\  Les  contreforts  du  Djebel  Chechâr  s'é- 
loignent un  peu.  Les  ruines  romaines  augmentent  dans  la 
vallée.  On  en  trouve  au  second  coude  de  la  rivière,  d'autres 
un  peu  plus  loin,  au  point  où  le  cours  d'eau  présente  un 
arc  de  cercle  dont  la  corde  n'est  autre  qu'un  mamelon  sur 
lequel  est  bâti  Ghebla.  L'oasis  est  au  pied.  Elle  est  vaste, 
assez  belle,  mais  marécageuse.  Le  village  est  misérable,  les 
maisons  en  partie  démolies.  En  arrière  se  trouve  un  escar- 
pement rocailleux ,  que  Ton  est  obligé  de  gravir  par  un 
sentier  de  chèvres,  et  qui  fait  place  à  son  sommet  au  col  de 
Kheïran.  Celui-ci  aboutit  au  fond  d'une  vallée  où  se  retrouve 
la  rivière  qui,  dès  lors,  se  nomme  Ouâd  Meighâr.  La  végé- 
tation est  assez  forte  le  long  de  la  rive  droite,  et  on  re- 
marque même  quelques  jardins  et  des  palmiers.  Enfin, 
après  avoir  de  nouveau  traversé  l'eau  et  gravi  un  coi  de 
quinze  mètres  environ  de  longueur,  on  arrive  à  Kheïran. 

Ce  point  est  pittoresque.  Entouré  de  montagnes  élevées, 
il  possède  une  série  de  jardins  fort  bien  entretenus  et  si- 
tués le  long  d'un  cours  d'eau.  Le  village  est  à  droite,  très 
pauvre  et  bien  ruiné.  On  n'y  remarque  guère  qu'une  mos- 


LES  MONTS  AOURÉS.  277 

quée  et  la  zaouîa.  C'est  là  qu'habite  le  Iroisième  des  frères 
du  marabout  de  Lîana. 

On  quitte  Kheïran  par  un  affreux  sentier  de  montagne, 
traversant  un  terrain  aride  et  tourmenté.  On  laisse,  à  quel- 
que distance  et  à  droite,  le  lit  de  TOuâd  Bou  Merdja,  affluent 
de  FOuâdMeighar.  A  trois  kilomètres  de  Kheïran,  on  trouve 
un  plateau  couvert  de  hautes  touffes  de  halfa,  et  plus  bas 
une  vallée  étroite  à  l'entrée  de  laquelle  on  traverse  TOuâd 
Meighâr,  qui  a  là  une  largeur  de  dix  mètres.  Un  peu  plus 
loin,  et  après  avoir  longé  la  rive  gauche,  on  repasse  sur  la 
rive  droite.  La  vallée  commence  à  s'élargir,  bordée  par  le 
Djebel  Touggour  m'ta  Bradja,  et  offre  une  étendue  de  plu- 
sieurs lieues  dans  tous  les  sens.  A  droite  du  cours  de  la  ri- 
vière viennent  finir  les  pentes  du  Djebel  Chechâr. 

Le  terrain  se  dessine  avec  de  légers  mamelons,  quelques 
pâturages,  et  on  arrive  au  coude  formé  par  TOuâd  Meighâr, 
au  lieu  dit  Meglôa*  Terab,  distant  de  Kheïran  d'environ 
trois  heures,  et  le  point  le  plus  favorable  pour  camper.  On 
est  sur  le  territoire  des  Béni  Melloûl.  La  route,  qui  jusque- 
là  avait  suivi  la  direction  du  sud-ouest  au  nord-est,  prend 
celle  du  nord  à  partir  de  Meglôa*  Terâb,  et  après  avoir  tra- 
versé deux  fois  la  rivière,  la  seconde  au  milieu  des  tamarix  et 
autres  plantes  qui  encombrent  son  lit,  on  arrive  dans  la  plaine 
deTamagra.  Les  cultures  augmentent,  le  terrain  est  maréca- 
geux, surtout  aux  alentours  de  la  fontaine,  que  Ton  atteint 
un  peu  plus  de  trois  heures  après  le  départ  et  vers  laquelle 
on  rencontre  quelques  arbres. 

C'est  à  partir  de  ce  point  que  l'on  entre  dans  TAourès  du 
nord.  On  laisse  sur  la  gauche  les  sources  de  TOuâd  Meighâr, 
dans  le  massif  du  Djebel  Noughis,  et  on  suit  le  col  formé 
d'un  côté  par  le  Djebel  Bezaïz  très  boisé,  et  de  l'autre  par 
le  Djebel  Dja'afa.  Le  terrain  n'est  pas  aride.  On  y  trouve  des 
pâturages  en  abondance  et  de  nombreux  douars.  Partout 
l'aspect  est  celui  d'un  gracieux  paysage  ;  à  droite  les  col- 
lines s'effacent,  et  on  a  la  vue  du  Djebel  Tafrint,  les  rochers 


278  LES  MONTS  AOURÈS. 

de  Tazouggarty  la  plaine  des  Nemêmcha,  à  gauche  une  série 
de  vallées  perpendiculaires  à  la  route  et  desquelles  sortent 
de  petits  ruisseaux.  On  longe  le  Djebel  Zerzoud;  quelques 
pierres  isolées  restent  comme  vestiges  du  passage  des  Ro- 
mains, Les  montagnes  s'élèvent  en  hauteur  et  toujours  boi- 
sées. C'est  le  Djebel  Aouras  que  Ton  côtoie.  A  sou  extré- 
mité nord,  on  voit  devant  soi  un  vaste  plateau  dominé  par 
un  bordj  de  construction  française,  et,  h  [ses  pieds,  un  vil- 
lage naissant,  mais  déjà  centre  important  de  colonisation. 
C'est  Khenchela. 

Il  y  a  peu  d'années,  Khenchela  se  composait  de  ce  bordj 
et  de  la  demeure  du  caïd.  Aujourd'hui  une  centaine  d'ha- 
bitations ont  été  construites  par  desEuropéens,  à  200  mètres 
environ  de  la  maison  de  commandement.  Des  casernes  pour 
la  troupe,  des  bâtiments  pour  l'ambulance  et  la  manuten- 
tion, viennent  compléter  l'ensemble  de  ce  point.  La  situa- 
tion est  des  meilleures.  L'eau  est  abondante,  les  bois  consi* 
dérables,  et  des  débouchés  existent  sur  fiatna,  Biskra,  Ain* 
Beida  et  Tebessa. 

Il  est,  par  suite,  certain  que  Khenchela  deviendra  le  grand 
point  commercial  de  l'Aourès,  les  indigènes  devant  avoir 
tout  intérêt  à  y  venir  écouler  leurs  produits,  que,  jusqu'à 
présent,  ils  avaient  été  obligés  de  conduire  directement  et 
à  travers  des  chemins  à  peine  praticables  sur  les  localités 
dont  il  a  été  question  plus  haut. 

Khenchela  est  tête  de  ligne  sur  Batna  (80  kilom,),  sur 
Aïn  Beida  (48  kilom.),  sur  Biskra  (160  kilom.).  La  route 
conduisant  à  ce  dernier  point  est  celle  qui  a  été  décrite.  Il 
est  vrai  qu'elle  ne  peut  guère  servir  comme  ligne  de  transit 
à  cause  de  sa  longueur  et  de  son  tracé,  qui  n'existe  que 
dans  la  montagne  et  encore  à  Tétat  de  sentier.  Hais  elle 
est  praticable,  et  si  elle  n'est  pas  employée  depuis  Bis- 
kra, elle  est  suivie  par  les  tribus  avoisinant  la  vallée  de 
rOuad  Méghâr,  et  c'est  surtout  pour  cela  qu'elle  doit  être 
citée. 


LES  MONTS  AOURÈS.  279 

Enfin,  il  n^y  a  que  60  kilom.  <le  Khenchela  à  Tebessa  par 
Zoui,  Gherîa  et  le  col  d'Aïn  Lamba. 

Au  point  de  vue  militaire,  Khenchela  joue  vis-à-vis  de 
l'Aourès  le  même  rôle  que  Batna  et  Biskra,  C'est  Tun  des 
sommets  du  triangle  qui  englobe  ce  massif  et  la  tête  de 
l'une  des  principales  vallées, 

Il  n'y  a  pas  à  revenir  sur  ce  qui  a  été  dit  dans  la  partie 
historique  touchant  les  faits  qui  s'y  passèrent  dans  l'anti- 
quité. Les  ruines  romaines  jonchent  son  sol.  A  quelques 
mètres  du  bordj,  on  remarque  encore  les  magnifiques  ves- 
tiges qui  servent  aujourd'hui  de  supports  et  de  vasque  à 
une  fontaine.  A  huit  kilomètres  de  là,  sur  la  droite,  se 
trouve  Qeçar  Baghaï,  dont  le  nom  revient  si  souvent  dans 
les  guerres  anciennes.  Il  est  certain  que  Khenchela  a  été 
un  objectif  d'abord,  une  base  d'opérations  ensuite  pour  les 
Romains,  qui,  de  Lambessa,  s'avançaient  progressivement 
dans  le  pâté  de  montagnes  sur  lequel  régnait  Jabdas. 

Avant  de  résumer  l'ensemble  de  l'Aourès  au  point  de 
vue  historique  et  au  point  de  vue  géographique,  il  reste  à 
dire  quelques  mots  de  la  route  qui,  de  Khenchela,  ramène 
à  Batna,  premier  point  de  départ. 

De  Khenchela  on  se  rend  à  Foum  El  Gueis.  Le  chemin  ne 
cesse  de  descendre  sur  une  longueur  de  douze  kilomètres. 
Les  hauteurs  que  Ton  suit  sont  très  boisées.  On  laisse,  à 
giucne,  la  route  qui  conduit  à  El  Hamma,  où  se  prouvent 
pes  sources  d'eau  chaude,  à  droite  des  séries  de  ruines  ro- 
m  aines,  à  Kherob,  Tesguerout,  etc.  A  Foum  El  Gueis,  un 
rocher  domine  la  rivière,  qui  coule  à  cet  endroit  avec  une 
largeur  d'environ  dix  mètres  et  à  travers  de  nombreuses 
plantations. 

De  Foum  El  Gueis,  on  se  rend  à  l'Ouàd  Reba  après  avoir 
traversé  rOuâd  Taouzient  et  laissé  sur  sa  gauche  le  bordj 
du  caïd  des  Benî  Ondjâna.  La  route  n'offre  pas  d'intérêt. 
Les  montagnes  de  l'Aourès  se  dressent  toujours  du  môme 
côté  en  présentant  le  pic  du  Ghelîya. 


280  LES  MONTS  ÂOURÈS. 

On  trouve  à  Rebâ  un  moulin  parfaitement  entretenu,  de 
belles  cultures  et  les  ruines  de  Sedra. 

De  là  on  se  rend  à  Batna,  après  avoir  traversé  l'Ouâd  Sou- 
tels,  laissé  à  gauche  les  ruines  imposantes  de  Thamugadis, 
fort  bien  conservées  et  s'étendant  sur  un  espace  considé- 
rable ;  on  franchit  TOuâd  Chemora  et  on  arrive  bientôt  à  la 
source  de  Hella  Safer.  Plus  rien  d'intéressant  jusqu'à  Batna, 
distant  de  huit  kilomètres  du  dernier  point  nommé. 

Il  résulte  de  cet  aperçu  géographique  que  trois  vallées 
ouvrent  à  travers  TAourès  des  routes  sur  le  Sahara  : 

1°  La  vallée  de  TOuâd  Abdi  ;  c'est  le  chemin  le  plus  cour^ 
le  plus  praticable,  présentant  partout  des  ressources  do 
toute  espèce  ; 

2*  La  vallée  de  rOuâd,El  Abiod,  plus  difficile  et  plus  aride. 
Quelques  points  seuls  sont  agréables,  principalement  les 
villages  des  Oulad  Idir,  des  Oulâd  Abed,  de  Banian  et  de 
Mechoûnach,  Mais  les  sentiers  sont  mauvais,  presque  im- 
praticables, si  ce  n'est  de  Mechoûnach  à  Biskra. 

3°  La  vallée  de  l'Ouâd  Meghâr,  avec  des  sentiers  encore 
difficiles,  mais  néanmoins  bien  meilleurs  que  ceux  de  la  se- 
conde vallée.  Dans  tous  les  cas,  des  trois,  elle  est  la  plus 
longue  et  débouche  à  près  de  80  kilomètres  de  Biskra.  Elle 
ne  peut  être  employée  que  pour  les  transactions  avec  la 
Tunisie,  du  côté  de  Nafta. 

Il  est  à  remarquer  que  les  Romains  s'étaient  parfaitement 
rendu  compte  du  pays.  Les  ruines  qu'ils  ont  laissées  at- 
testent, en  effet,  qu'ils  ont  suivi  les  côtés  d'un  quadrilatère 
dont  les  extrémités  étaient  Lambessa,  Qeçar  Baghaï,  Badès 
et  Biskra.  Les  ruines,  en  effet,  sont  nombreuses: 

i  *  De  Batna  à  Khenchela  ; 

2»  De  Batna  à  Biskra  par  la  vallée  de  l'Ouâd'Abdi; 

3*  De  Badès  à  Khenchela  par  la  vallée  de  l'Ouâd  Meighâr. 

Dans  l'intérieur  de  ce  quadrilatère ,  on  peut  dire  qu'il 
n'existe  presque  pas  de  traces  de  l'occupation,  et  les  ruines, 
si  nombreuses  dans  les  deux  vallées  citées  plus  haut,  sont  à 


LES  MONTS  ÂOURÈS.  281 

peu  près  nulles  dans  celles  de  TOuâd  El  Abiod.Les  Romains 
avaient  donc  reconnu  l'impossibilité  ou  l'inutilité  d'occuper 
une  vallée  pauvre  par  elle-même,  et  dont  les  habitants  de- 
vaient être,  comme  ceux  d'aujourd'hui,  les  Benî  Boû  Se- 
limân,  dans  un  état  fort  éloigné  de  la  fortune. 

Après  avoir  établi  une  base  solide  de  Batna  à  Qeçar  Bag- 
haï  par  Lambessa  et  Thamugadis,  ils  ont  choisi  les  deux 
vallées  qui  leur  offraient  le  plus  de  ressources,  et,  plus 
tard,  ils  ont  transporté  leur  nouvelle  base  sur  la  ligne  Bis- 
kra,  jTchoûda,  Bardou  et  Badès.  C'est  de  là  que  leurs  lé- 
gions ont  poussé  vers  le  sud,  ainsi  que  l'attestent,  d'un 
côté,  les  ruines  placées  sur  TOuâd  Itel,  de  l'autre  celles  de 
Besseriâni.  Nous  parlerons  dans  un  autre  travail  des  faits 
qui  s'accomplirent  dans  ces  dernières  expéditions. 

Camp  de  Sathonay,  1879. 


CORRESPONDANCES 


ASCENSIONS    DE  M.    E.    WHYMPER   DANS  LES    ANDES.   -^    I*BTT»E 
DE   M.    C.   WIENER,    VICE-CONSUL  DE    FRANCE  A   GUAYAQUII*. 

La  Cocha,  le  U  mai  1880. 

Permettez-moi  d'attirer  votre  attention  sur  un  fait  géo- 
graphique considérable  qui  vient  de  se  réaliser  dans  ce 
pays.  Jusqu'à  ce  jour  on  a  mesuré  les  hauteurs  des  grands 
pics  de  la  Cordillère  au  théodolithe.  On  a  tenté  quelques 
ascensions  isolées,  mais  on  n'a  jamais  osé,  comme  vient  de 
le  faire  M.  Edouard  Whymper,  transporter  des  anéroïdes, 
des  baromètres  Fortin,  des  hypsomètres,  etc.,  d'un  haut  som- 
met à  un  autre,  déterminant  ainsi  d'une  façon  absolue  les 
plus  grandes  altitudes  des  Cordillères  équatoriennes. 

Les  ascensions  antérieures  de  M.  Whymper  en  ont  fait 
un  excursionniste  très  connu.  Dès  ses  débuts,  qui  datent 
de  1860,  il  a  tenté  Tascension  des  montagnes  non  explorées 
encore  :  en  1862,  le  Pelvoux,  et,  en  1864,  la  Pointe  des 
Ecrins,  en  Dauphiné;  plus  tard  l'Aiguille  Verte,  dans  la 
chaîne  du  Mont  Blanc  ;  en  1865,  il  a  atteint  le  pic  du  Cervin 
entre  la  Suisse  et  l'Italie. 

Mais  ces  entreprises  hardies,  il  ne  les  a  considérées  que 
comme  une  école  ;  pour  lui  ses  voyages  dans  les  Pyrénées, 
les  Vosges,  la  Forêt  Noire,  la  Suède,  la  Norvège,  le  Groen- 
land n'étaient  qu'un  entraînement. 

Il  s'est  associé  une  série  de  guides  montagnards,  dontl'un 
le  suit  depuis  19  ans,  Jean-Antoine  Carrel  ;  cet  homme  s'est, 
pour  ainsi  dire,  identifié  avec  son  maître. 

Après  cette  longue  étude,  cet  apprentissage  de  vingt  ans, 
M.  Whymper,  se  sentant  maître,  a  résolu  de  demander  aux 
Andes  les  secrets  qu'ils  n'avaient  confiés  à  personne,  pas 
même  à  Humboldt. 


ASCENSIONS  DE   M.  E.  WHYMPER  DANS  LES  ANDES.        283 

Il  a  débarqué  avec  deux  de  ses  guides,  J.  A.  Garrel  et 
Louis  Garrel,  le  9  décembre  1879  à  Guayaquil;  il  s'est  rendu 
de  Bodegas  à  Quito  à  pied  ! 

Sa  première  ascension  dans  TEquateur,  celle  qui  mar- 
quera à  tout  jamais  dans  les  annales  géographiques,  est  son 
ascension  du  Ghimborazo.  G*est  un  fait  inouï  par  le  cou- 
rage, la  force  de  volonté  qu'il  a  fallu  déployer  pour  le 
réaliser. 

Voici  les  détails  de  cette  entreprise  :  M,  Whymper  est 
parti  de  Guayaquil  le  13  décembre;  il  est  arrivé  à  Guaranda 
le  17,  le  temps  étant  défavorable,  le  Ghimborazo  ne  sortit  de 
son  voile  de  nuages  que  le  19. 

M.  Whymper,  en  entreprenant  cette  colossale  ascension, 
venait  de  la  côte  et  ses  poumons,  de  môme  que  ceux  de  ses 
compagnons,  n'étaient  pas  préparés  aux  grandes  altitudes. 
Il  a  eu  la  valeur  de  souffrir  à  une  hauteur  de  4877  mètres 
où  il  avait  établi  son  camp  pendant  une  semaine  entière. 

Enfin  les  forces  revinrent,  et,  le  3  janvier  à  cinq  heures 

du  soir,  il  atteignit  le  sommet  (6279  mètres).  Il  est  resté 

en  tout  avec  ses  hommes  pendant  18  jours  sur  les  ver- 
sants du  Ghimborazo. 

Sur  le  sommet  il  a  constaté  un  phénomène  bien  bizarre  ; 
malgré  le  froid  intense,  les  neiges  étaient  molles.  En  rappe- 
lant la  parole  connue  de  Humboldt,  octogénaire,  à  Bayard- 
Taylor  :  «  Je  pense  encore  que  le  Ghimborazo  est  la  monta- 
gne la  plus  grande  du  monde  )> ,  on  est  forcé  d'avouer  que  le 
résultat  de  l'expédition  de  M.  Whymper  est  un  des  triom- 
phes scientifiques  de  l'humanité  obtenu  (en  dehors  de  la  va- 
leur morale)  par  la  force  de  résistance  physique,  ce  qu'il  est 
bon  de  constater  dans  un  siècle  oîi,  à  ce  qu'on  prétend, 
les  forces  physiques  des  races  s'amoindrissent. 

Je  citerai  rapidement  les  succès  ultérieurement  obtenus. 

Il  a  fait  l'ascension  du  volcan  Gotopaxi  ;  il  a  campé  là 
volontairement  à  5943  mètres,  le  plus  haut  campement 
connu,  par  20°  Fahrenheit  au-dessous  de  zéro,  par  un  vent 


« 


284     ASCENSIONS  DE  M.   E.   WHYMPER  DANS    LES    ANDES. 

terrible  et  une  grêle  qui  couvre  le  cône  d'une  couche  épaisse 
en  quelque  minutes,  la  chaleur  du  sol  était  telle  qu^en  quel- 
ques minutes  la  grêle  était  fondue  et  que  le  caoutchouc  de 
la  tente  commençait  à  fondre.  Pendant  cette  nuitM.  Whym- 
per  est  allé  au  bord  du  cratère  et  le  lendemain  il  a  pris  les 
angles  avec  le  théodolithe. 

Le  10  mars  nous  le  trouvons  sur  l'Antisana,  à  5713  mètres. 

M.  Whymper  dit  que  c'était  l'ascension  la  plus  difficile 
qu'il  ait  faite;  de  même  que  Boussingault,  qui  avait  tenté 
cette  ascension,  il  fut  aveuglé  par  les  terribles  réverbéra- 
tions de  la  neige.  Il  put,  lorsque  les  éternels  brouillards  de 
ce  pays,  dit  du  soleil,  se  furent  dissipés,  tenter  l'ascension. 
Une  immense  crevasse  le  séparait  du  sommet,  une  agglomé- 
ration de  neige  formait  un  pont  naturel;  il  se  risqua  sur  ce 
pont  et  atteignit  le  sommet  !  Que  l'on  songe  à  ce  fait  in- 
croyable :  porter  des  baromètres  Fortin  et  faire  à  la  hache 
des  escaliers  dans  la  neige! 

Le  4  avril,  il  atteint  à  5867  mètres  le  sommet  du  Cayambe. 
C'est  la  seule  grande  montagne  située  exactement  sur  la 
ligne.  Cette  ascension,  M.  Whymper  l'appelle  facile;  il  a  pu 
s'élever  par  heure  de  305  mètres.  Arrivé  au  sommet,  il  n'a 
rien  vu,  étant  enveloppé  de  nuages. 

Le  17  avril,  il  se  trouve  à  4963  mètres  au  sommet  du 
Sara^urcu.  C'était  l'ascension  la  plus  désagréable  de  toutes 
celles  que  M.  Whymper  a  faites.  Celte  montagne  se  trouve 
dans  le  point  oîi  les  vents  chauds  de  l'Amazone  se  croisent 
avec  les  courants  atmosphériques  du  nord  et  du  nord-ouest* 
Avant  de  pouvoir  tenter  son  ascension,  M.  Whymper  essuya 
70  heures  de  pluies  torrentielles. 

Le  terrain,  me  disaist-il,  était  comme  une  éponge  ;  et, 
lassé  par  cette  attente,  M.  Whymper  fit  ce  qu'on  n'avait  ja- 
mais osé  imaginer,  il  fit  son  ascension  par  un  brouillard  qui 
l'empêchait  devoir  le  sommet  du  Sara-urcu,  la  boussole  à 
la  main.  Ses  hommes  avaient  emporté  des  roseaux,'  il  les 
faisait  planter  dans  la  neige  comme  des  fiches  ou  jalons,  à 


ASCENSIONS  DE  M.   E.  WHYMPER  DANS  LES  ANDES.      285 

30  mètres  50  c.  de  distance  les  uns  des  autres.  Un  moment  de 
clarté  leur  permit  de  voir  d'un  coup  d'oeil  la  route  parcou- 
rue marquée  par  une  végétation  en  apparence  très  belle  (les 
roseaux)  dans  une  région  oîi  loule  végétation  meurt.  Sur 
le  Sara-urcu,  il  y  a  des  glaciers,  les  eaux  torrentielles  se 
déversent  vers  l'orient. 

Le  24  avril,  M.  Whymper  atteignit  le  sommet  du  Coloca- 
chi,  centre  du  terrible  tremblement  de  terre  de  1868,  qui 
coûta  la  vie  à  50,000  Equatoriens.  Il  reconnut  les  coulées  de 
lave,  mais  il  ne  vit  actuellement  point  de  cratère.  Son  ascen- 
sion de  5486  mètres  fut  rendue  horriblement  dangereuse 
par  une  de  ces  tempêtes  dont  ces  régions  ont  le  secret. 

Cependant  rien  n'arrête  ce  géant  des  montagnes.  Il  par- 
tira de  Quito,  où  il  se  repose  depuis  quelques  jours,  pour 
THiniza,  l'Altar  et  le  Garihuairazo.  Il  songe,  s'il  en  trouve 
le  temps,  à  tenter  uiie  seconde  ascension  duGhimborazo!  Je 
crois  inutile  de  vous  dire  que  cet  homme  extraordinaire  a 
souffert  un  vrai  martyre.  Les  vis  en  métal  de  ses  instruments 
lui  ont  brûlé  les  mains  dans  les  froids  intenses  des  hauteurs. 
Il  est,  pour  ainsi  dire,  pendant  sa  dernière  excursion  dans 
le  nord,  resté  dans  l'eau  pendant  40  jours!  Peu  lui  importe, 
il  va  de  l'avant.  Inutile  aussi  de  vous  dire  que  bien  des  gens 
d*ici  qui  ne  sortent  guère  de  chez  eux  l'attaquent  et  nient 
ce  qu'il  a  fait.  Quant  à  moi,  j'ai  vu  ses  carnets  d'observations, 
on  n'invente-  pas  cela.  J'ai  souvent  causé  avec  lui.  C'est  un 
homme  dans  toute  l'acception  du  terme.  J'ai  vu  ses  mon- 
tagnards, ce  sont  des  géants.  Or,  cet  ensemble  de  données 
m'a  imposé  le  devoir  de  vous  informer  de  la  merveilleuse 
expédition  de  M.  Whymper.  Notre  caractère  national  (et 
c'est  là  un  de  ses  beaux  côtés)  applaudit  franchement,  sans 
envie,  sans  jalousie  à  tout  ce  qui  est  grand  et  beau,  à  tout  ce 
qui  honore  l'humanité.  M.  Whymper  a  dès  aujourd'hui  sa 
place  marquée  parmi  ceux  qui  contribuent  à  faire  le  portrait 
ressemblant  de  notre  mère,  la  Satumia  Tellus. 
Veuillez  agréer,  etc. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ 


Séance  du  7  novembre  1879  {suite}. 

Abstract  of  thé  Reports  of  the  Surveys,  and  of  other  Geographical  opera^ 
lions  inindia  for  1877-78.  London,  1879.  Broch.  in-8°.     Indu  Office. 

Rapport  annuel  sur  les  parties  peu  connues  de  l'empire  des  Indes,  embrassant  Thy- 
drographie,  la  géodésie,  la  cartographie,  la  géologie,  l'archéologie,  la  météorolo- 
gie, les  explorations  dans  les  pays  limitrophes.  Cette  année  la  triangulation  a  été 
continuée  sur  une  étendue  de  4C^  milles  carrés. 

Reports  froni  Her  Majesty*8  Consuls  on  the  manufactures ^  commerce,  etc. 
of  their  Consular  districts.  Part  IV,  1879.  London.  1  vol.  in-8". 

jAGÛtJES  ÂRltOULD. 

Âstronomisch-Geodâtische  Arbeiten  in  Jahre  1878.  Bestiramung  der  Lân- 
gendifTerenzen  Berlin-AUona-Helgoland,  Altona-Bonn-Wilheimshaven, 
Altona-Wilhelmshaven.  Berlin,  1879.  Broch.  in-^*'. 

Institut  Royal  géodésiooe  de  Berlin. 

Production  der  Bergvrerke,  Salinen  und  Hiitten  im  Preussischen  Staate  im 
Jahre  1878.  Berlin,  1879.  Broch.  in-4''.  D'  Hdyssen. 

JoAQUiN  EsGUERRA.  —  Diccionario  Geografico  de  los  £stados  Unidos  de 
Colombia.  Bogota,  1879. 1  vol.  in-8^  Auteur. 

D'  Krikor  Amruni.  —  Die  Oekonomische  lage  der  Armenier  inderTiirkei. 
Saint-Pétersbourg,  1879.  Broch.  in-8°.  Auteur. 

MiNisTERO  d'Agricoltura,  industria  e  commercio.  —  Bilanci  provinciali 
anno  XVIII,  1879.  Roma,  1879.  Broch.  gr.  in-S". 

MiNISTERO  D'AGRICOLTURA,  INDUSTRIA  E  COMMERCIO. 

Jules  Leclercq.  —  Un  été  en  Amérique.  Paris,  1877.1  vol.  in-18.  Auteur. 

Notes  d'un  touriste  bon  observateur,  qui  sait  voir  ot  raconter  avec  facilité  ce  qu'il  a 
a  vu.  On  y  trouve  de  bonnes  descriotions  des  régions  du  Far- West,  comme  des 
pays  plus  habités  de  la  côte  orientale,  des  portraits  de  la  vie  américaine  et  des 
appréciations  d'économie  sociale. 

U.  DE  Lamothe.  —  Cinq  mois  chez  les  Français  d'Amérique.  Voyage  au 
Canada  et  à  la  Rivière  Rouge  du  Nord.  Paris,  1879.  1  vol.  in-18. 

Auteur. 

M*""  Ltbib  Pascukoff.  —  En  Orieot.  Drames  et  paysages.  Paris,  1880. 

1  vol.  in-18.  Auteor. 

G.  Wild.  —  Von  Kairo  nach  Massaua.  Eine  Erinnerung  an  Werner  Mun- 

zinger.  Olten,  1879.  1  vol.  in-i8.  Auteur^ 

Emile  Masqueray.  —  Note  concernant  les  Aoulad-Daoud  du  Mont  Aourès 
(Aouràs).  W'^i'V,  1«70.  Broch.  in-8'\  AUTEUR. 

Histuii'u  d'une  tribu  qui  a  joué  un  cerlaiu  rôle  à  la  dcruicrc  insurpi'ctioii  ;  elle  a  été 
obtenue  en  vivant  au  niiliou  de  ces  peuplades  reléguées  dans  les  gorges  les  «loinJ 
accessibles.  —  Croquis  topographiques. 

Le  baron  A.  de  Saint-Saud.  —  Excursions  nouvelles  dans  les  Pyrénées 
françaises  et  espagnoles.  De  Gavarnie  à  Barcelone.  —  De  l'Ara  à  la 
Noguera  Ribagorzana.  Bordeaux,  1879.  Broch.  in-8°.  AuiEUi. 


I 


OUVRAGES   OFFERTS   A   LA   SOCiÊtÉ.  287 

Victor  Radlin.  —  Aperçu  sur  l'orographie,  la  géologie  et  'hydrographie 
de  la  France.  Paris,  1879.  Broch.  in-8.  Auteur. 

Aperçu  général  et  méthodique  siu:  l'orographie,  la  eéologîc,  l'hydrographie  de  la 
France.  Bien  que  simple  mot  d'un  dictionnaire  méoical,  la  Franee  est  décrite  avec 
nn  soin  tout  particulier. 

E.  CossoN,  —  Le  règne  végétal  en  Algérie.  Considérations  générales  sur 
l'Algérie,  sur  sa  végétation  spontanée  et  ses  caltures.  Paris,  1879.  Broch. 
in-8.  Auteur. 

8  En  m'appuyaut  çrincipalement,  dit  l'auteur,  sur  les  données  fournies  par  la  sta- 
tistique végétale. . .  je  crois  avoir  montré  iMntérêt  qu'il  y  a  au  point  de  vue  de  la 
culture  et  de  la  colonisation,  à  ne  pas  attribuer  à  la  colonie  entière  ce  qui  n'est 
Yrai  que  pour  une  de  ses  régions.  > 

A.  DUPONCHEL  —  Commission  supérieure  du  chemin  de  fer  Trans-Saha- 
rien.  Notes  sur  l'organisation  du  service  fies  études  et  la  réglementa- 
tion des  chantiers  de  construction.  Montpellier,  1879.  Broch.  in-8°. 

Auteur. 

i.  Marcou.  —  Le  Canal  interocéanique  et  le  Congrès  international  de 
Paris»  (Extrait  de  la  Bibliothèque  universelle  et  Revue  suisse,  septem- 
bre 1879).  Lausanne,  1879.  Broch.  in-8°.  Auteur. 

Daniel  Colladon.  —  Contributions  à  l'étude  de  la  grêle  et  des  trombes 
aspirantes.  Genève,  1879.  Broch.  in-8°.  Auteur. 

Réuttton  de  n<>mbi'euscs  observations  faites  dans  des  cireoAstaDces  difl^^entet.  d'a- 
près lesquelles  l'auteur  forme  une  nouvelle  théorie,  qui  donne  une  explication  sa- 
tisfaisante des  phénomènes  électriques. 

Henri  Truan.  —  Les  Ecoles  de  commerce.  5°  édition.  Paris,  1879.  Broch. 
in-8*.  Auteur. 

"ÉnsÉE  Reclus.  —  Nouvelle  géographie  universelle  t  la  Terre  et  lés 
Hommes.  Livraisons  269,  270,  271.  Paris,  1879.  Gr.  irt-8^.        Auteur. 

C*  C.  Vergez.  —  Notice  sur  la  création  et  le  développement  des  classes 
d'apprentis  et  d'adultes  de  la  Société  Philomathique  de  Bordeaux. 
Bordeaux,  1878.  Broch.  in-8°.        Société  Pbilomathique  de  Bordeaux. 

Ministère  de  l'intérieur.  -  Carte  de  France  à  l'échelle  de  rôoSTo  dres- 
sée par  le  service  vicinal.  Paris,  20  premières  feuilles. 

Ministère  de  l'Intérieur. 

A.  DE  Brutne.  -—  Kaart  de  Noordelijke  Ijszee  met  reis  routen  der  Willem. 
Barents  1878  en  1879.  Amsterdam,  1879. 1  feuille.     Colonel  Versteeg. 

Sketch  map  of  New  South  Wales,  showing  the  localities  of  the  principal 
minerais.  1876.  Sydney,  1  feuille. 

C,  Muret.  *-•  Relief  du  terrain  traversé  par  le  canal  interocéanique  à 
niveau  constant  de  la  baie  de  Limon  à  la  rade  de  Panama,  d'après 
MM.  Wyse  et  Reclus.  Wyse  et  Reclus. 

A.  Kleczkowskï.  —  La  Turquie  d'Asie  et  le  protectorat  de  l'Angleterre. 
Paris,  1879.  Broch.  in-8".  Auteur. 

D'  Abilio  César  Borges.  —  Primeiro,  segundo,  terceiro  livre  de  leitura 
para  uso  da  infanria  Br.isilrir.i.  Bruxellas,  1866, 1869, 1871.  3  vol.  in-18. 

—  Resumo  da  grammaticu  portuguczu  para  uso  das  cscolas.  7"  ediçâo. 
lîruxellas,  1877.  1  vol.  in-i8. 

—  Desenho  Hnear  ou  elementos  de  geometria  pratica  popular  seguidos  de 
algumos  noçôes  de  agrimensura,  stereometria  e  architcctura  para  uso 
das  Qscolas.  Bruxellas,  1878.  1  vol.  in-18. 


288  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

—  CoUecçâo  (le  discursos  proferidos  no  Gymnasio  Bahiano.  Paris,  1866, 
1  vol.  in-8°.  AUTEUR. 

G.  Griser,  F.  Ahn.  —  Novo  racthodo  pratico  e  facil  para  o  ensino  da 
lingua  franceza.  Traduzido  do  Inglez  pelo  D'  Abilio  Gesar  Borges. 
Antuerpia,  1879.  1  vol.  in-18.  D'  Abiuo  Gesar  Borges. 

Séance  du  21  novembre  1879. 

Francisco  P.  Moreno.  — •  Viaje  à  la  Patagonia  Austral  emprendido  bajo 
los  auspicios  del  Gobierno  nacional  1876-1877.  Torao  primero.  Buenos- 
Aires,  1879.  1  vol.  gr.  in-8».  Auteur. 

Exécuté  dans  l'inlcrieur  d'un  pays  entièrement  neuf,  ce  voyage  a  eu  pour  ïésuUat 
la  découverte  de  plusieurs  lacs.  L'explorateur  a  remonté  le  fleuve  Sanla-Crua, 
relevé  les  lacs  Argentine,  Viedma,  San  Martin,  qui  sont  au  pied  do  la  Cordillère 
des  Andes  ;  il  a  exploré  aussi  le  Rio  de  Sheuen,  qui  se  jette  dans  le  Rio  Chico. 
Ce  livre  est  le  récit  jour  par  jour  de  ses  étapes.  Carte. 

D.  Pelaco  Alcala  Galiano.  —  Mas  consideraciones  sobre  Santa  Gruz  de 
Mar  Pequena.  Madrid,  1879.  Broch.  in-8''.  Auteub. 

Sandford  Fleming.  —  Papers  on  Titne-reckoning  and  ihc  sélection  of  a 
prime  meridian  to  be  common  to  ail  nations.  Toronto,  1879.  Broch. 
in-8*'.  Auteur. 

L'aateur  considère  :  1»  les  inconvénients  inhérents  à  l'usage  de  plusieurs  méridiens 
surtout  avec  la  rapidité  des  communications  actuelles  ;  2®  les  divisions  naturelles  et 
conventionnelles  au  temps  ;  3°  les  avantages  de  l'uniGcation  d'un  système  cosuiopo- 
litë;  4°  los  moyens  pratiques  d'arriver  à  cette  unification  sans  apporter  de  pertur- 
bation sérieuse  aux  coutumes  locale^s  existantes. 

LuiGi  Hugues.  --  Ferdinando  Magellano.  Studio  geografico.  Gasale,  1879. 
Broch.  in-8°.  Auteur. 

Conseil  fédéral  Suisse.  —  Geologische  Tabcllen  und  Durchschnitte  iiher 
don  grossen  Gotthardtunncl.  Spczialbeilage  zu  den  Berichten  des 
Schweizerischen  Bundesrathcs  iiber  den  Gang  der  Gotthardbahn-Unter« 
nehmung.  Bern,  1879.  in  f. 

—  Rapport  mensuel  N°  82  du  Conseil  fédéral  Suisse  sur  l'état  des  travau.K 
de  la  ligne  du  S*  Gothard  au  30  septembre  1879,  in  f. 

Conseil  fédéral  Suisse. 

Ërgebnisse  der  Beobachtungsstalionen  an  den  deutschen  Kiisten  iiber  die 
pbysikalischen  Eigenschaften  der  Ostsee  und  Nordsee  und  die  ^ischcrei. 
Heft  VI,  VU,  1879.  Berlin,  1879.  in-4'.    Commission  de  la  mer  db  Kiel. 

A.  Braconnier.  —  Description  des  terrains  qui  constituent  la  sol  du  dépar- 
tement de  Meurthe-et-Moselle,  accompagnée  d'une  carte.  Nancy,  1879. 
1  vol.  in-18.  Société  de  Géographie  de  l'est. 

Tout  en  conservant  un  caraclcro  pratiqua,  lo  côté  scientifîque  de  cet  ouvrage  n'a 
pas  été  négligé.  «  11  peut  servir  de  répertoire  des  substances  ntilos  contenues  dans 
1c  sol  du  département.  »  11  contient  suffisamment,  de  détails  pour  dispenser  de 
recourir  ù  des  ouvrages  spéciaux.  Nombreuses  gravures. 

(A  suivre,) 


Le  Gérant  responsable^ 
G.  Maunoir, 

Secrétaire  général  de  la  Commission  centrale. 


PA1\IS.  —  lUpniNIîRIË   EMILE   MARTINET,    RUE  MIGNON,    2. 


^>^ 


m- 


^. 


11,  ^'^ 


290  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

Ambrizette,  KabiiKte,  tandaiH»,  Ponta-négra,  Loango.  Ce 
sont  des  rades  foraines  sur  lesquelles  il  y  a  un  peu  de  roulis 
à  cause  de  la  houle  du  large  qui  prend  en  travers,  mais  dont 
la  tenue  est  bonne,  et  où,  sauf  le  cas  de  raz  de  marée  très 
yiotents,  il  n'y  a  pas  de  danger. 

Les  terres,  à  Tattérissage,  sont  d'aspect  variable  :  arri- 
vant en  pente  douce  jusqu'à  la  plage,  elles  sont  difficiles  à 
apercevoir  à  une  certaine  distance,  surtout  en  temps  de 
brume  à  raz  d'eaû,  phénomène  fréquent  pendant  la  saison 
appelée  Gassima.  Les  navires,  à  cette  époque,  sont  obligés 
de  se  guider  à  la  sonde  lorsque  la  longitude  annonce  la 
terre.  Cependant  on  peut  signaler  certaines  hauteurs  plus 
ou  moins  accentuées  qui  rompent  la  ligne  de  Thorizon  ; 
telles  sont,  en  premier  lieu,  celles  de  Kissembo  et  de  Mous- 
sera, que  couronne,  à  plus  de  200  mètres  du  niveau  de  la 
mer,  une  fabuleuse  pyramide  naturelle  de  granit  appelée 
«  Pilar  ))  par  les  Portugais,  et  qui,  visible  de  fort  loin  au 
large,  fait  partie  des  amers  de  la  côte.  Telles  sont  encore  les 
falaises  blanchâtres,  moins  élevées,  qui  vont  de  Moussera  à 
Ambrizette;  elles  sont  couronnées  de  bois  sombres,  luxu- 
riants de  végétation,  ou  de  savanes  verdoyantes  au  prin- 
temps, c'est-à-dire  en  octobre  et  en  novembre,  et  jaunes  en 
hiver,  c'est-à-dire  en  mai,  juin  et  juillet,  suivant  que  les 
pluies  avancent,  retardent  ou  durent  plus  ou  moins  de 
temps. 

Ces  falaises,  comme  les  suivantes  que  j'énumèrerai  tout 
en  notant  leurs  particularités,  sont  Textrémité  des  contre- 
forts de  la  grande  chaîne  qu'il  faut  traverser  à  une  cinquan- 
taine de  lieues  à  l'intérieur,  pour  parvenir  aux  plateaux  du 
centre  de  l'Afrique  australe. 

En  arrivant  à  Ambrizette,  point  commercial  qui  se  trouve 
par  7*  9'  3"  latitude  sud  et  10°  35' 1  longitude  est  de  Paris, 
on  voit  des  conglomérats  en  masses  considérables  défendre 
Tes  approches,  border  le  cap  qu'on  trouve  au  sud  de  la  baie 
de  Juma,  et  se  perdre  dans  un  prolongement  sousrmarin. 


LÀ  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  291 

• 

La  continuation  de  la  route  vers  le  nord,  à  proximité 
suffisante  de  la  côte,  fait  voir  des  ondulations,  de  petites 
falaises,  des  plages  sablonneuses,  des  points  occupés  par 
des  factoreries  qui  s'empressent  de  mettre  leur*  pavillon 
aussitôt  que  vous  êtes  signalé,  Mokoulo,  Kinsao,  Mangue- 
grande,  Tombé,  Cabeça  de  Cobra,  Mangue-Péquéna.  On 
aperçoit  aussi  des  falaises  rougeâtres  assez  élevées,  croupe 
du  plateau  de  Sonho,  dont  la  teinte  me  paraît  devoir  être 
attribuée  à  la  présence  du  fer  ;  cette  teinte  est  commune, 
du  reste,  à  toute  la  région  qui  s'étend  jusqu'à  peu  de  dis- 
tance de  la  pointe  Padrao.  Celle-ci  est  appelée  tantôt  Matta 
secca,  à  cause  d'une  forêt  d'arbres  morts  d'un  aspect  gri- 
sâtre qui  en  borde  la  base,  et  tantôt  Padrao,  en  mémoire, 
assurent  certaines  chroniques,  d'une  petite  pyramide  qu'y 
aurait  élevée  Diegos  Cam,  en  1484,  lorsqu'il  découvrit  le 
Zaïre  sous  le  règne  de  D.  Jeâo  II,  roi  de  Portugal.  Je  n'ai 
pu  découvrir  cette  pyramide,  et  les  noirs  interrogés  n'ont 
pu  rien  me  dire,  qui  infirmât  absolument  à  ce  sujet  les 
dites  chroniques  portugaises.  Que  le  fait  soit  vrai  ou  faux, 
je  ne  puis  me  défendre  de  quelqu'étonnement  qu'on  ait 
pu  débarquer  sur  ce  point  où  la 'mer  produit  une  barre 
presque  constamment  infranchissable. 

En  contournant  la  pointe  pour  faire  route  vers  l'est,  en 
longeant  toujours  la  côte,  couverte  là  de  hauts  arbres 
verts,  on  dépasse  la  baie  de  la  Tortue;  elle  est  peu  pro- 
noncée, mais  l'on  peut  y  mouiller  dans  de  bonnes  conditions. 

Vient  ensuite  une  autre  pointe  sablonneuse,  appelée 
Shark  Point  ou  Pointe  du  Requin. 

C'est  la  pointe  sud  de  l'entrée  du  Congo;  en  la  doublant 
d'une  centaine  de  mètres,  on  entre  dans  l'eau  douce  du 
fleuve  qui  surnage  au-dessus  des  eaux  salées  de  la  mer.  Au 
nord  de  l'embouchure  est  Banane,  centre  de  commerce, 
placé  sur  la  langue  de  sable  dite  Pointe  Française,  opposée 
à  Shark  Point,  et  située  par  6*  0'  ly  de  latitude  sud  et 
9*»  56'  30"  de  longitude  est  de  Paris. 


392  Lk  GirnréE   méridionale  ikdépekdante. 

De  Banane  à  Kabinda,  se  succèdent  des  falaises  rouges, 
fin  des  plateaux  de  N'Goyo,  la  Pointe  dn  Yabo,  appelée 
aussi  Pointe  du  Diable,  où  la  houle  est  sourent  énorme,  et 
des  terces  basses  boisées  jusqu'à  la  mer.  Kabinda,  réunion 
de  plusieurs  villages,  occupe  le  bord  d'une  riante  baie  do- 
minée par  de  jolies  collines  couvertes  de  bois.  C'est  un  des 
endroits  les  plus  pittoresques  de  la  côte. 

Après  Kabinda  les  terres  se  montrent  hautes,  tombant 
presqu'à  pic  dans  l'Océan.  On  passe  devant  Foutila,  Ma- 
lemba.  On  arrive  enfin  à  la  baie  peu  profonde  de  Landana, 
au  nord  de  laquelle  se  jette  la  rivière  que  les  Portugais 
appellent  Kaconoo,  et  qui  est  dénommée  communément 
Chiloango. 

Une  grande  pointe  rocheuse  escarpée  «blanchâtre,  à  l'abri 
de  laquelle  sont  construites  les  factoreries,  marque  le  com- 
mencement de  la  baie  que  couronnent,  au  nord,  les  mon- 
tagnes de  Ghinchoncho  ;  à  l'est,  mais  au  second  plan,  celles 
de  Chella;  au  sud-est,  celles  de  Tenda  et  de  N'iivoula. 

La  côte,  à  partir  de  là,  devient  plus  plate  ;  les  hauteurs 
s'éloignent  du  rivage.  Bientôt  apparaît  l'entrée  du  Massabe 
ou  Luisa-Loango,  Winga  et  la  baie  profonde  appelée,  en 
raison  de  l'aspect  dû  à  sa  végétation,  Pointe-Noire,  Ponta- 
Negra,  Black-Point  ;  elle  est  terminée  par  la  Pointe  Indienne 
qui  la  sépare  de  Loango,  station  autrefois  très  importante. 
On  remarque  alors  de  nouvelles  hauteurs,  tantôt  de  terre 
rongeâtre  ou  foncée,  tantôt  rocheuses,  et  l'on  atteint  le 
Kouilo,  grand  fleuve  au  delà  duquel  je  n'ai  point  tenté  de 
s.5rieuses  explorations. 

Telle  est  l'esquisse  rapide  de  la  côte,  c'est-à-dire  des 
abords  du  pays. 

Sillonnée  par  de  nombreuses  petites  embarcations,  cotres, 
goélettes  ou  palhabots  et  pirogues  de  pêcheurs,  souveot 
d'une  construction  curieuse,  comme  celles  d'Ambrizette, 
la]  mer  dans  ces  parages,  offre  fréquemment,  pendant  la 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  293 

saison  sèche,  quelquefois  aussi  pendant  la  saison  chaude  ou 
pluvieuse,  un  phénomène  très  remarquable,  bien  connu  de 
nos  marins,  sans  doute,  mais  dont  la  description  me  parait 
avoir  ici  sa  place. 

Je  veux  parler  des  raz  de  marée,  désignés  généralement 
dans  le  pays  sous  le  nom  de  Calemmes.  Leur  durée  est  de 
trois,  six  et  neuf  jours,  avec  une  accalmie  après  chaque 
période  ternaire.  Le  phénomène  se  produit  plus  générale- 
ment aux  époques  des  syzygies  ou  des  quadratures,  avec 
des  intensités  très  variables,  et  se  manifeste  par  une  grande 
houle  allongée  qui  vient  du  large. 

Des  tremblements  de  terre  sous-marins,  des  tempêtes 
lointaines,  celles  du  cap  de  Bonne-Espérance,  par  exemple, 
paraissent  en  être  la  cause.  Le  dénivellement  est  si  fort  à 
quelques  milles  de  terre,  qu'étant  à  bord  d'une  pirogue  on 
peut  perdre  de  vue  les  barres  de  perroquet  d'un  navire  de 
300  tonnes,  éloigné  de  400  mètres  environ. 

Cette  houle,  en  approchant  de  la  côte,  se  transforme  en 
vagues  de  plus  en  plus  aiguës  qui  se  succèdent  très  rapide- 
ment; elles  finissent  par  former  comme  une  muraille  liquide 
qui  finalement  s'efTondre  avec  fracas  et  produit  une  com- 
motion telle,  que  j'ai  pu  la  ressentir,  pour  ma  part,  à  plus  de 
six  milles  de  distance  du  rivage. 

Lorsque  la  calemme  est  intense,  c'est  un  spectacle  gran- 
diose dont  on  est  fort  impressionné  :  la  mer  blanche  d'é- 
cume, qui  gronde  comme  un  tonnerre  lointain  sans  interrup- 
tion, ces  murailles  transparentes,  courant  les  unes  après 
les  autres  pour  se  réduire  en  tourbillons  bouillonnants,  le 
ciel  de  plomb,  la  brume  des  embruns  qui  donne  à  l'atmo- 
sphère une  couleur  spéciale,  tout  ce  tumulte,  tout  ce  bou- 
leversement ne  laissent  pas  que  d'émouvoir.  Ajouterai-je 
qu'en  de  pareils  moments  la  barre  est  impraticable;  mal- 
heur aux  embarcations  restées  trop  près  de  la  rive  I  Les 
chaînes  des  ancres  sont  rapidement  brisées,  et  le  naufrage 
est  inévitable. 


i9i  LA  GUmÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

Dans  ces  circonstances  il  arrive  souvent  que  le  niveau 
moyen  de  la  mer  se  trouve  exhaussé,  et  que  l'eau  passe 
au-dessus  des  digues  de  sable  de  peu  de  hauteur;  c'est  ce 
qui  a  lieu  à  Laudona  et  à  Banane.  Tantôt  aussi  la  mer 
ronge  sensiblement  la  plage,  tantôt  elle  lui  rapporte  des 
sables. 

J'ai  indiqué  quelles  pouvaient  être  les  causes  du  phéno- 
mène, mais  ces  indications  ne  sont  que  des  hypothèses.  Le 
rapprochement  des  observations  recueillies  journellement 
au  large  sur  les  navires,  de  celles  qui  peuvent  se  faire  à  la 
côte  doit  conduire  à  une  explication  qui  intéresse  la  science^ 
et  qui,  en  permettant  de  prévoir  les  calemmes,  peut  rendre 
service  à  la  navigation. 

Puisque  j'ai  touché  à  la  météorologie  je  dirai  quelques 
mots  des.  conditions  générales  climatériques  de  la  côte  du 
Congo. 

La  température,  à  l'ombre,  est  généralement  de  25^  à 
35°  centigrades,  surtout  à  l'intérieur  des-  cases.  Au  soleil 
ou  pendant  la  nuit,  à  ciel  libre,  ies  écarts  deviennent  très 
considérables  et  peuvent  être  de  20^  à  60%  suivant  les  vents 
régnants,  l'exposition  et  la  saison. 

Les  variations  barométriques  se  rapportent  presque  uni- 
quement aux  marées  ;  le  baromètre  n'est,  effectivement,  pas 
influencé  sensiblement  par  les  orages,  suivant  ainsi  la  loi 
de  tous  les  pays  intertropicaux. 

n  y  a  deux  saisons  principales  :  la  saison  des  pluies  et  la 
saison  sèche.  La  première,  qui  commence  vers  septembre, 
se  continue  jusqu'à  la  fin  d'avril  avec  un  temps  d'arrôt  vers 
décembre  ou  janvier;  l'autre  dure  du  milieu  de  mai  jusqu'en 
août. 

Pendant  la  saison  pluvieuse  qui  est  aussi,  je  l'ai  déjànoté« 
la  saison  chaude,  les  pluies  sont  souvent  des  pluies  d'o- 
rage qui  peuvent  se  répéter  jusqu'à  trois  fois  dans  la 
même  journée.  Certaines  années  j'ai  vu  la  pluie  ne  pas 
cesser  de  tomber  pendant  la  journée  entière. 


LA  GTJTNfeE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  295 

Pendant  la  saison  sèche,  appelée  Gassima,  comme  nous 
l'avons  dît  ci-dessus,  le  ciel  est  presque  constamment  cou- 
vert, mais,  s*îl  ne  pleut  pas,  il  y  a  le  malin  ordinairement 
beaucoup  de  rosée. 

Ce  sont  là  les  règles  générales  ;  mais,  comme  en  Europe, 
les  saisons  sont  parfois  retardées  ou  avancées  ;  parfois 
même  on  ne  peut  en  préciser  ni  le  commencement  ni  la 
fin;  les  dernières  années  de  sécheresse  complète  qui,  en 
1875-1876,  ont  amené  la  famine,  sont  un  exemple  de  ces 
dérogations. 

La  saison  pluvieuse  est,  pour  les  IÇuropéehs  non  accli- 
mates, la  plus  dangereuse,  par  suite  des  émanations  que 
produit  Teau  tombant  sur  un  sol  brûlant,  ou  le  soleil 
frappant  directement  sur  un  sol  humide . 

Deux  vents  sont  généralement  réguliers,  avec  des  inten- 
sités difTérentes  suivant  les  époques  :  le  vent  ou  brise  de 
mer  (viraçao)  s'élevant  de  dix  heures  à  une  heure,  durant 
quelquefois  tard,  et  ne  parvenant,  par  exemple  à  N*  Boma, 
distant  d'environ  70  milles  dans  les  terres,  que  vers  cinq 
ou  sept  heures  du  soir;  lèvent  de  terre  (^É?ra^)  qui  ne 
commence  guère  qu'au  milieu  de  la  nuit  ;  son  intensité 
est  toujours  moins  grande  que  celle  du  premier  et  il  tombe 
le  matin,  de  six  heures  à  huit  heures  environ. 

Au  manient  des  tourmentes,  le  coup  de  vent  souffle 
presque  toujours  du  nord-est;  c'est  de  ce  côté  que  viennent 
les  orages;  ils  sont  rarement  du  nord.  On  les  voit  annoncés 
à  l'horizon  par  des  nuages  blancs,  qui  ne  tardent  pas  à 
grossir  pour  se  fondre  en  un  immense  rideau  d'un  gris 
assez  foncé  qui  couvre  la  région  orientale  du  ciel,  et,  mo'  j. 
tant  rapidement,  semble  vouloir  tout  envelopper.  Alor  ^  g^ 
lève  un  vent  vioieat  do«t  la  direction  varie  de  3  à  4  r  j^^rts 
au  plus  et  dont  la  courte  durée  est  interrompue    ^^^  une 
pl«ie  t<M*pentielle.  Le  dégagement  d'électricité  est    quelaue 
fois  considérable 

Si  nouç  pénétrons  maintenant  dans  Tinter'  j^^j.  ^^^  p^^^ 


296  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

en  remontant  toujours  du  sud  au  nord,  nous  rencontrons 
successivement  les  principaux  cours  d'eau  dont  les  noms 
suivent  :  Loge,  Kissembo  ou  Doce,  AmbrichCy  Lelundo, 
Congo  ou  Zaïre,  Chiloango^  Massabe  ou  Luisa-Loango, 
Kouilo  ou  Rio  dos  Montes. 

La  rivière  Loge,  cours  d'eau  sinueux  qui  se  prolonge  assez 
avant  dans  1  intérieur,  forme  la  véritable  limite  nord  des 
possessions  portugaises  d'Angola. 

Elle  se  jette  dans  la  mer  un  peu  au  nord  d'Ambriz, 
arrose  les  plantations  de  canne  à  sucre  de  Kinkolo,  sur  sa 
rive  gaucbe,  et  alimente  quelques  lagunes  souvent  pesti* 
lentielles. 

La  rivière  de  Kissembo,  aussi  appelée  Doce,  de  moindre 
importance,  entre  dans  la  mer  au  pied  même  do  cap 
escarpé,  qui  porte  le  même  nom  et  au  sommet  duquel  sont 
construites  des  factoreries. 

La  rivière  d'Ambrizette  ou  Ambriche  et  la  rivière  Le- 
lundo  débouchent,  la  première,  à  un  kilomètre  au  nord 
d'Ambrizette,  au  pied  de  Kinkouba,  la  seconde  près  de 
Mokoulo.  On  n'est  pas  d'accord  sur  leur  parcours,  et  il 
serait  possible  que  celle  que  Ton  appelle  Lelundo  prît  sa 
source  dans  un  lac  situé  aux  environs  de  San  Salvador. 

L' Ambriche  arrose,  sur  sa  rive  gaucbe,  près  de  Kiozeu 
et  de  Kimbélé,  une  vaste  plaine  côtoyant  à  l'opposé  les 
montagnes  bleuâtres  de  Bamba. 

Entre  Kissembo  et  Ambrizette  se  trouve  une  arête  de  hau- 
teurs, qui,  s'abaissant  vers  la  mer,  se  termine  au  «  pilar  » 
dont  j'ai  déjà  parlé.  Une  autre  arête  rattachée  aux  pla- 
t^«iaux  du  Sonho,  sépare  la  rivière  Lelundo  de  l'estuaire  du 
Coi^o  où  nous  arrivons. 

Da^ns  toute  cette  contrée  la  végétation  est  très  forte  sur 

les  versvVits  des  collines  et  des  montagnes;  les  parties  plates 

seules  on  ^  1^  aspect  un  peu  aride,  mais  la  moindre  caltnre 

qu'7  tenten.^  ^^  indigènes  est  fort  productive. 

L'entrée  dc^  rivières  que  je  viens  de  nonuner,  comme 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE   INDÉPENDANTE.  297 

celle  d'ailleurs  de  presque  toutes  les  autres  rivières  de  la 
côte,  est  rendue  très  périlleuse  par  Texistence  d'une  barre  ; 
à  Kinsembo,  par  exemple,  les  pirogues  obligées  de  con- 
tourner les  roches  amoncelées  au  pied  du  promontoire,  et 
par  suite  de  se  mettre  en  travers  de  la  lame,  sont  toujours 
exposées  à  chavirer.  On  peut  voir  au  cimetière  ou  plutôt  à 
Tendroit  où  d'ordinaire  se  font  les  inhumations,  bon  nombre 
de  tombes  de  blancs  morts  dans  ce  passage,  broyés  sur 
les  pierres  par  le  ressac.  Le  dernier  est  un  Français,  M.  La- 
garde,  qui  a  péri  en  1877. 

A  l'exception  de  l'Ambriche  et  du  Loge,  qui  présentent 
une  certaine  profondeur,  ces  rivières  ne  sont  navigables 
que  pour  les  pirogues  indigènes. 

J'arrive  de  suite  au  fleuve-roi  de  la  côte  occidentale 
d'Afrique,  au  Congo  ou  Zaïre. 

Le  Congo  provoque  un  intérêt  particulier,  d'abord  par 
rimraensité  de  son  unique  bouche,  qui  n'a  pas  moins  de 
6  milles  de  largeur  (11,200  mètres  environ),  de  Shark-Point 
à  la  pointe  Française  ou  de  Banane.  Le  Congo  est  remar- 
quable ensuite  par  l'absence  de  barre  et* même  de  flux  ou 
reflux,  car  le  courant  toujours  violent,  conserve  toujours 
aussi,  sans  grande  variation  de  force,  la  même  direction. 
Enfin  les  eaux  du  Congo  sont  d'une  couleur  qui  tranche 
scQsiblement  avec  celle  des  eaux  de  la  mer. 

Ce  serait  sortir  du  cadre  de  cette  notice  que  d'indiquer 
la  route  à  suivre,  ou  la  manière  d'entrer  dans  le  fleuve,  selon 
que  l'on  veut  aller  à  Banane  ou  à  Porto  da  Lenha;  mais  je 
ne  puis  passer  sous  silence  un  fait  curieux  rapporté  par  un 
capitaine  de  navire. 

Vers  le  milieu  de  son  embouchure,  le  Congo  a  une  pro- 
fondeur de  plus  de  200  mètres  (ce  qui  rend  le  mouillage 
impossible),  et.  les  navires  ne  peuvent  plus,  lorsque  le  vent 
Trient  à  leur  manquer,  vaincre  la  force  du  courant  qui  les 
entraîne  alors  à  une  énorme  distance  au  large.  On  est •  tenté 
de  chercher  remède  à  ce  danger  en  se  basant  sur  la  proba- 


298  LA  GUIVÉE  MÉRIDIQICALE  INMPGHDANTE* 

bilîté  de  courants  marins  inférieurfi  ei  o^pposés  aq  courant 
d'eau  douce  qui  débouche  du  fleuve;  on  peut  admettre^  ea 
effet,  qu'un  corps  de  suffisante  densité  pour  traverser  les 
couches  légères  d'eau  douce  et  atteindre  les  couches  salées 
plus  lourdes*  s'y  trouvera  en  quelque  sorte  arrêté. 

Le  capitaine  qui  m'a  rapporté  le  fait  couia  uoe  barrique 
ferrée,  remplie  d'eau  salée,  au  bout  d'un  long  câble,  et 
cette  manoeuvre  lui  permit  de  se  maintenir  en  stagnatîoii 
comme  s'il  se  fût  servi  d'une  ancre.  J'expose  simpleaieol 
ce  qui  m'a  été  rapporté,  mais  je  sui«  disposé  à  croire  que^ 
si  la  barrique  ne  s'est  pas  trouvée  de  surface  ou  de  grosseur 
suffisantes  pour  arrêter  laoftarche  rétrograde  du  navire,  du 
moins  elle  a  dû  certainement,  en  rencontrant  des  couches 
denses,  être  un  sérieux  obstacle  à  une  dérive  trop  violente. 

Les  deux  pointes  aiguës  qui  forment  les  deux  montants 
de  la  très  large  porte  du  Congo,  sont  d'inégale  résistance  : 
la  pointe  du  sud  opposée  directement  à  la  direction  des 
eaux  du  grand  bras  ne  se  laisse  point  entanaër  par  le  eou* 
rant,bien  qu'on  ne  puisse  y  constater  de  t;i'5u  une  formation 
rocheuse  :  la  pointe  du  nord,  au  contraire,  bien  moins 
exposée  à  la  violence  des  eaux,  se  trouve  rongée  aussi  bien 
du  côté  du  large  que  du  c6té  de  la  crique;  elle  paraît  ap- 
pelée à  disparaître. 

Lorsqu'on  est  entré  dans  le  fleuve  propreyment  dit,  on 
voit,  à  gauche,  la  crique  de  l'Emigration  (ainsi  appelée  en 
souvenir  de  l'époque  où  les  nègres,  bien  traités,  avaient  le 
droit  de  s'expatrier  pour  les  colonies),  et  la  crique  des  Pi* 
rates,  dont  le  nom  rappelle  des  pillages  de  navires  européens 
commis  par  les  naturels  jusque  dans  ces  dernières  années. 
A  droite,  la  très  grande  baie  de  Diégos,  avec  de  nombreux 
bancs,  s'enfonce  fort  avant  dans  les  terres. 

De  tous  côtés  les  rives  sont  bordées  dlles  couvertes  de 
palétuviers^  aux  racines  phénoniénales  enchevêtrées  de 
lianes  et  au  travers  desquelles  jierpente  une  multitude 
d'arroyos  et  de  petits  brae. 


LA  fiUIKâS  MÉRIDIOKÀU:  VWÉPEJUWl^TE.  299 

Au  milieu  de  ce  delta  s'ouvre  la  voie  réellement  navi-. 
gable,  qui  a  de  3  à  4  milles  de  largeur  :  immense  nappe 
d'eau  qui  s'étend  vers  l'est  h  perte  de  vue,  jusqu'à  se 
confondre  avec  l'horizon,  oti,  par  l'effet  du  mirage,  à 
certaines  heures,  on  aperçoit  comme  suspendus  dans  l'at* 
mospbère,  les  arbres  des  iles  de  Ponta  da  Lenha,  qui 
ne  sont  pas  à  moins  de  14  lieues  terrestres  de  la  Shark- 
PoLnt. 

En  remontant  le  fleuve,  on  peut  admirer  la  végétation  gi- 
gantesque et  inextricable  qui  le  borde  et  dont  les  grandes 
clairières,  accessibles  par  d'étroits  sentiers,  sont  habités 
par  les  Mousserongos,  la  race  fière  du  Congo. 

Cet  aspect,  avec  quelques  variantes,  se  maintient  jus- 
qu'aux approches  de  Ponto  da  Lenha,  à  30  milles  environ 
de  l'embouchure.  On  a  passé  alors  devant  les  postes  de 
San  Antonio,  au  fond  de  la  baie  de  Diegos,  devant  la  crique 
de  Tchimma-Bika,  devant  Kissango  sur  la  rive  gauche,  et, 
sur  la  rive  droite,  devant  Malela. 

Là  commencent  les  vastes  îles  signalées  dès  rembouchure 
par  le  mirage.  Couvertes  d'herbes  hautes  et  serrées,  pâtu- 
rage ordinaire  des  hippopotames,  elles  renferment  aussi 
quelques  bouquets  d'arbres* 

Le  sol  en  est  formé  de  terrains  d'alluvion  recouverts  d'une 
couche  d'humus  d'un  pied  ou  deux  d'épaisseur  ;  dans  les 
hautes  eaux  cette  couche,  maintenue  par  l'enchevêtrement 
des  racines  et  minée  en  dessous  par  les  eaux  basses  de  la 
saison  sèche,  est  soulevée  et  se  détache  en  un  seul  bloc, 
avec  tous  les  végétaux  qu'elle  nourrit,  formant  ainsi  des  îles 
flottantes  de  plus  d'un  kilomètre  de  long  qui  s'en  vont,  au 
fil  de  l'eau,  se  désagréger,  quelquefois  seulement  à  pkis  de 
25  lieueâ  en  mer. 

Si  deux  sortes  de  murailles  de  végétation  ont  empêché 
d'abord  de  découvrir  les  sinuosités  des  rives  pendant  le 
parcours,  on  peut  iuaintenant  apejrcevoir  les  premiàfes 
hauteurs,  et,  au  nord  comme  au  sud,  les  sommets  dénudés- 


300  LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

des  montagnes  apparaissent  au  loin,  colorés  d'une  légère 
teinte  bleue. 

On  a  laissé,  sur  la  rive  droite,  Ponto  da  Lenha  et  les 
bouches  des  arroyos  qui  mènent  au  Catala  etàLoango;  sur 
la  gauche,  les  bouches  des  arroyos  qui  conduisent  au  Chis- 
siango  et  à  Congo-Hiale.  Quelques  heures  de  route  encore 
et  la  nappe  d'eau  s'étend  de  plus  en  plus;  il  faut  traverser 
d'une  rive  à  l'autre  pour  éviter  certains  hauts  fonds,  et  l'on 
a  devant  soi  une  masse  rocheuse  considérable  coupée  de  bois 
et  de  précipices  :  c'est  la  «  pierre  du  fétiche  »,  fort  révérée 
des  indigènes  qui  n'ont  jamais  osé  en  gravir  le  sommet. 
On  la  voit  surgir  au  bord  de  l'eau,  et  de  prime  abord  on  la 
croit  isolée;  mais  on  remarque  bientôt,  sur  des  plans  plus 
éloignés,  d'autres  sommets  comme  semés  au  milieu  d'une 
plaine  très  accidentée  qu'arrosent  seuls  quelques  torrents 
formés  par  les  pluies. 

A  peu  près  au  même  niveau,  sur  la  rive  droite,  la  mon- 
tagne se  rapproche,  également  nue  et  rocheuse  ;  elle  pré- 
sente des  blocs  énormes  de  dikes  ou  bancs  étincelanls  de 
mica,  que  l'action  des  eaux  pluviales  a,  sur  certains  points, 
transformés  en  véritables  murailles  naturelles  descendant 
jusqu'à  demi-hauteur  perpendiculairement  au  thalweg  gé- 
néral. C'est  le  commencement  de  la  contrée  minéralogique. 
A  40  mille  marins  (74  kilomètres)  de  Ponto  da  Lenha,  à 
vol  d'oiseau  bien  entendu,  car  il  est  difficile  de  tenir 
compte  des  détours  auxquels  on  est  constamment  obligé, 
pour  éviter  aussi  bien  les  bancs  que  les  courants  trop 
violents,  se  trouve  N'Boma,  comptoir  important  établi 
sur  la  rive  droite,  au  ras  du  niveau  du  fleuve  et  au  delà 
d'u  1  afdùent  du  Congo  appelé  rivière  des  Jacaréos  ou  Caï- 
mms. 

C'est  de  N'Boma  qu'ontété  envoyés  par  un  de  mes  amis, 
M.  Diegos  de  Matàveïga,  agent  des  factoreries  de  MM.  Halton 
et  Gookson,  les  premiers  secours  à  Stanley  en  détresse  près 
des  rapides  de  Yellala. 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDEPENDANTE.  301 

C'est  là  que  finit  l'estuaire  du  Congo,  et  le  paysage  change 
une  troisième  fois. 

En  face  de  N'Boraa  les  îles  sont  déjà  monlueuses.  Au 
promontoire  de  Zounga-Chesalla,  tous  les  bras  du  fleuve  se 
réunissent  en  un  seul,  large  d'environ  1860  mètres,  et  qui 
coule  entre  de  hautes  montagnes  arides  descendant  sur  les 
rives  par  des  plans  très  inclinés.  Le  fleuve,  dont  la  vitesse, 
variable  du  reste  suivant  les  saisons,  est  de  3  à  4  milles  à 
l'heure,  a  sur  ce  point  un  débit  de  96,000  mètres  cubes 
à  la  seconde;  sa  profondeur  est  de  50  à  60  mètres.  11  gronde 
comme  un  gigantesque  torrent  au  milieu  de  ces  passes 
étroites  bordées  d'opulente  végétation;  les  immenses  mu- 
railles qui  le  resserrent  s'entr'ouvrent  par  places  pour  laisser 
apercevoir  de  riants  vallons.  Le  paysage  est  d'un  aspect  à  la 
fois  pittoresque  et  grandiose. 

Tel  est  le  fleuve  depuis  N'Boma  jusqu'aux  cataractes  ou 
plutôt  jusqu^aux  rapides  de  Yellala,  route  sur  laquelle  on 
rencontre,  en  passant,  les  comptoirs  de  Binda,  de  Nosoko  et 
de  Noki,  postes  extrêmes  du  commerce  européen,  qui  ne 
sont  plus  à  une  grande  distance  de  San-Salvador. 

Le  Congo  ou  Zaïre,  car  il  est  connu  par  les  indigènes 
sous  ces  deux  noms,  a  été  remonté  jusqu'à  peu  de  distance 
des  cataractes,  pour  la  première  fois,  par  un  vapeur  fran- 
çais, le  TomadOj  dont  le  nom  a  été  gravé  sur  un  des 
baobabs  de  la  rive.  Ce  voyage  ne  s'est  pas  effectué  sans  un 
certain  danger  à  cause  de  la  violence  et  des  remous  du 
courant  et  aussi  des  roches  que  l'on  rencontre  quelquefois 
au  milieu  même  du  fleuve. 

Assurément  il  me  resterait  beaucoup  à  dire  sur  ce  fleuve 
si  important  et  encore  si  peu  exploré;  mais  j'ai  voulu  seu- 
lement faire  saisir  l'aspect  général  de  cette  partie  de  soïi 
cours  que  j'ai  si  souvent  parcourue.  Continuant  maintenant 
ma  route  vers  le  nord,  je  reprends  la  description  rapide  du 
pays. 

Les  plateaux  accidentés  et  souvent  fertiles  de  l'N'Goyo, 


302  LA  GVTHÈE  MËKIDlCmALE  llfBÊPlSNDANTE. 

arrosés  par  quelques  filets  d'eau  vive  et  limpide,  séparent 
le  Congo  du  Chiloango  qui  traverse  le  Eacongo. 

Cette  rivière  s'avance  assea  dans  le»  terres;  elle  est  très 
utilisée  par  les  indigènes  pour  le  transport  de  leurs  produits 
et  surtout  de  ceux  do  Mayumbo,  contrée  de  Fintérieur  d'où 
viennent  un  grand  nombre  de  caravanes. 

Débouchant  au  nord  de  Landana^  eHe  remonte  un  peu 
au  sud  où  elle  dépasse  le  parallèle  de  Foutila.  Sur  sa  rÎYe 
droite  s'étend  une  vaste  plaine  bordée  de  hauteurs  dépen- 
dant de  celles  de  Chella  et  de  Chincbofneho  que  nous  avons 
déjà  indiqués;  sa  rive  gauche  est  okomtueuse. 

Le  Chiloango  a  été  parcouru  jusqu'à  Chiuma,  pour  la 
première  fois  par  te  vapeur  français  Panny^  en  1872.  A 
ChiunaA,  il  y  a  plus  de  trois  brasses  d*eau.  Les  noirs  pré- 
tendent que  cette  rivière  se  bifurque  aux  environs  de 
Ghifidendo  ou  aux  Sobas,  et  que  la  branche  sud  commu- 
nique, à  de  certains  moments,  avec  un  affluent  du  Congo, 
qui  semble  devoir  être  la  rivière  des  Cîûmans.  H  est  certain, 
en  tout  cas,  que  les  linguistères  (courtiers)  qui  vont  dans 
le  Mayumbo,  viennent  aussi  bien  à  N'Boma  sur  le  Zaïre 
quç  le  long  du  Chiloango,  à  Ghiuma,  à  Chîmfima,  Insono, 
Tero,  N'tetché  et  même  à  Landana. 

Au  delà  de  l'arête  montagneuse  située  entre  le  bassin 
du  Chiloango  et  celui  du  Massabe,  se  trouve,  au  milieu 
d'une  contrée  généralement  assez  accidentée,  la  lagune  <ie 
Chissambo,  peu  protonde  mais  trè*  large  et  présentant  la 
forme  d'une  sorte  de  V.  Cette  lagune  se  déverse  dans  le 
Massabe  proprement  dit  ou  LuisarLoango^  qui  n'a  guère 
qu'un  kilomètre  de  long,  et  qui  reçoit,  lui,  une  autre  rivière, 
celle  de  Bambolo  venant  du  no^d  ;  ee  dernier  cours  d'eau 
très  sinueux  longe,  sur  la  rive  droite,  une  belle  lagune 
d'eau  salée  séparée  seulement  de  la  mer  par  une  étroite 
bande  de  terre.  La  rivière  de  Baiobolo  traverse  les  lagunes 
d'eau  douce  de  Coïa  et  de  Bambolo,  très  peuplées  en  bip- 
papotâmes  et  en  caïmans.  On  a  supposé  que  eetle  rivière 


I 


LÀ  frOnfÉC  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  SOS 

se  rattachait  an  Kouilo,  mais  elle  est  si  réduite  aiu^ssiis 
de  Bambolo  que  je  crois  cette  opinion  erronée. 

Il  s'est  produit  en  1872,  à  l'emboucbure  du  Massabe,  un 
phénomène  curieux  relatif  à  la  conformation  générale  des 
embouchures  de  toutes  les  rivières  de  la  côte  ;  je  veux  par- 
ler de  la  persistance  que  les  ^ux  mettent  à  se  déverser 
dans  l'Océan  en  se  dirigeant  vers  le  sud. 

L'agent  de  la  factorerie  hollandaise  établie  à  la  plage 
même  imagma,  pour  faciliter  l'embarquement  des  pro- 
duits de  l'intérieur,  de  percer  les  langues  de  sable  qui 
s'opposent  à  la  continuation  du  cours  dans  le  sens  perpen- 
diculaire à  la  ligne  de  la  côte  et  que  longe  le  fleuve  pour 
aller  déboucher  plus  au  sud.  L'opération  réussit,  et  les 
eaux  prirent  quelque  temps  ce  raccourci;  mais  bientôt,  la 
mer  rongeant  la  plage  emporta  la  factorerie,  boucha  le  pas- 
sage et  rétablit  les  choses  dans  leur  état  primitif. 

Du  Massabe,  après  avoir  franchi  des  plateaux  misérables 
arrosés  par  quelques  ruisseaux  limpides  ou  les  eaux  de 
quelques  bas-fonds  marécageux,  on  atteint  Ghinconguia 
(Pointe-Noire)  d'où  l'on  découvre  à  l'horizon,  vers  l'est,  les 
hauteurs  qui  abritent  le  Bambolo.  On  peut  les  gagner  en 
six  heures,  en  traversant  des  plaines  remplies  des  construc- 
tions des  salalés  (fourmis  blanches  oui  termites)  affectant  la 
forme  de  gigantesques  champignons  que  Michelet  a  qua- 
lifiés du  nom  d'édifices  titaniques. 

Près  de  la  mer,,  en  allant  à  Loango,  on  rencontre  une  la- 
gome  qui  a  pour  déversoir  ce  que  fou  appelle  la  rivière  de 
Tapa-Kiosao.  Le  pays,  sensiblement  ondulé,  est  arrosé  par 
des  ruisseaux  d'eau  vive  qui  se  jettent  dans  une  lagune  au 
fccid  de  la  haie. 

Enfin,  après  4  h.  1/2  ou.  5  heures  de  marche,  apparaît  le 
Kouilo,  large  et  profond,  avee  sa  barre  toujours  blanche 
d'écume.  C'est  un  fleuve  assez  considérable  qu'on  dit 
s'étendre  fort  loin  dans  l'intérieur,  et  traverser,  comme  le 
Longo,  des  portes  étroites  en  formant  de  terribles  rapides. 


304  LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

En  1871,  la  barre  du  Kouilo  a  élé  pour  la  première  fois 
franchie  par  le  vapeur  français  le  Tornado  dont  nous  avons 
parlé  à  propos  du  Congo. 

Savanes  ou  pampas,  forêts  ou  bois  et  plaines  sablonneuses 
alternent  sur  le  territoire  qui  vient  d'être  esquissé  si  som- 
mairement et  qui  est  quelquefois  très  tourmenté,  quelque- 
fois à  peine  ondulé. 

Partout  la  terre  est  fertile.  Sur  les  plateaux  d'apparence 
aride,  se  développent  à  la  moindre  culture,  les  plantes  qui 
réussissent  dans  les  pays  exotiques  :  le  manioc,  le  maïs,  les 
arachides;  dans  les  vallons  où  le  sol  est  plus  riche,croissent 
facilement,  sinon  naturellement,  une  infinité  de  plantes  et 
de  fleurs.  Les  plaines  basses  sont  admirablement  favorables  à 
la  canne  à  sucre  ;  certaines  contrées  nourrissent,  sans  tra- 
vail, le  cotonnier  et  le  cafetier,  le  tabac,  et  le  palma-christi; 
ce  dernier  si  envahissant  qu'il  faut  le  détruire  souvent 
aux  alentours  des  factoreries. 

J'estime  que  les  montagnes  les  plus  élevées  aux  envi- 
rons de  San-Salvador,  Noki  et  Yellala,  peuvent  avoir  leurs 
points  culminants  à  500  ou  600  mètres  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer. 

La  contrée  minéralogique  traversée  par  le  Congo  parait 
appartenir  au  système  combrien. 

Près  de  N'Boma  on  trouve  des  gneiss  eo  stratification 
presque  verticale.  Au  Loango  et  dans  la  région  du  Bemba, 
en  affleurements,  des  mines  de  carbonate,  de  cuivre  et  de 
malachite  en  très  beaux  rognons.  J'ai  eu  l'occasion  de  ren- 
contrer  de  beaux  échantillons  de  pyrites  et  d'oligiste. 

Il  reste  encore  beaucoup  à  découvrir,  car  il  ne  me  parait 
pas  douteux  que  cette  région  ne  soit  très  riche.  Une  tran- 
chée peu  profonde  a  produit  une  quanti  lé  considérable  de 
petits  grenats,  sans  grande  valeur,  il  est  vrai,  mais  qoi 
peuvent  révéler  la  présence  d'autres  pierres  plus  précieuses  : 
des  prospections  suffisantes  et  mieux  dirigées  les  feraient 
probablement  découvrir. 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  305 

Composées  d'essences  les  plus  diverses,  les  forêts  rap- 
pellent, sur  de  certains  points,  celles  de  TAmérique.  On  y 
remarque  surtout  le  géant  végétal  appelé  Baobab  (Adan- 
sonia  digitata),  qui  atteint  de  18  à  20  mètres  de  circonfé- 
rence; le  Bombax  épineux  ou  fromager;  diverses  espèces  Je 
palmiers  au  milieu  desquels  domine  VElaïs  guineensis,  le 
plus  productif  actuellement  des  arbres  de  ces  pays  ;  le  pal- 
mier nain,  le  Phoenix  humilis,  le  palmier  Mateba,  le  Raphia 
vinifera.  Au  bord  de  Teau,  vit  le  palétuvier  aux  racines 
fantastiques  soutenant,  à  quelques  mètres  au-dessus  du 
sol,  un  tronc  proportionnellement  grêle  et  peu  élevé  d'où 
partent  des  branches  innombrables,  couvertes  de  feuilles 
d'un  vert  assez  sombre;  de  ces  branches  retombent  jus- 
qu'à l'eau  des  quantités  d'autres  racines  adventices,  chargées 
d'appeler  au  sommet  la  nourriture  que  le  véritable  tronc  ne 
saurait  laisser  passer. 

Les  savanes,  couvertes  pendant  la  saison  pluvieuse, 
d'herbes  serrées  et  dures  qui  atteignent  jusqu'à  sept  pieds 
de  hauteur,  présentent  de  loin  l'aspect  de  verdoyants  pâ- 
turages parsemés  de  place  en  place  de  points  noirs  for- 
més en  général  par  quelques  baobabs  isolés,  ou  par  des 
touffes  de  palmiers.  Elles  sont  à  cette  époque  peuplées  de 
myriades  d'animaux  de  toutes  sortes.  A  la  saison  sèche,  les 
herbes  jaunissent  et  les  noirs  les  brûlent,  afin  de  repousser 
les  fauves,  les  serpents  et  de  détruire  les  insectes  malfai- 
sants. On  est  souvent  pris  en  voyage  au  milieu  de  ces  in- 
cendies qui,  la  nuit,  produisent  un  grand  effet;  mais  le 
danger  n'est  pas  grand,  car  la  ligne  de  feu  peut  être  rapi- 
dement traversée. 

Tel  est  l'aperçu  géographique  général  de  celte  contrée 
que  je  viens  d'habiter  si  longtemps.  Sans  doute  il  est  bien 
incomplet,  mais  il  eût  été  impossible  de  décrire  minutieu- 
sement, dans  le  cadre  que  je  me  suis  imposé,  un  territoire 
qui  n'a  pas  moins,  je  l'ai  dit,  de  120  lieues  marines  de  lon- 
gueur sur  50  environ  de  large. 

soc.  DE  GÊOGR.  —  OCTOBRE  1880.  XX.  —  20 


306  LA.  GUiNÉE  MÉRIDIOIïALG  HO^ÉPEN^ANTE. 

J'aborde  maintenant  la  partie  ethnographique  de  cette 
notice.  Ma  position,  le&  nécessités  mômesrde  mon  existence 
noi'oDt  fait  connaître  hien  plua  complètement  ce  côté  du 
sujet. 

Les  races  qui  peuplent  cette  portion  de  la.  cète  d'Afrique 
paraissent  appartenir  à  la  famille  Gaffre  ou  Bantou,  et  sont 
sans  ezc&ption  de  couleur  noire.  Elles  ont  la  paume  des 
mains  et  la  plante  des  pieds  d'une  teinte  généralement 
plus  claire  que  celle  du  reste  du  corps. 

Les  yeux  sont  bruns  et  ouverts  ;  la  bouche,  de  grandeur 
moyenne,  avec  dea  lèvres  épaisses  mais  sans  trop  de  dispro- 
portion, est  garnie  de  dents  fort  blanches.  Le  nez  est  gé- 
néralement épaté;  Toreille  un  peu  grande;  le  front,  très 
bombé  chez  l'enfant,  devient  fuyant  chez  l'adulte.  Le  visage 
est  le  plus  souvent  ovale,  chez  l'homme  comme  chez  la 
femme  ;  le  système  pileux  se  compose  d'une  sorte  de  laine 
très  épaisse,  qui  arrive  à  une  assez  grande  longueur  lors- 
qu'on ne  la  coupe  point;  c'est  Texception,  car  la  mode  et 
aussi  la  nécessité  de  se  débarrasser  des  parasites  veulent 
que  les  cheveux  soient  portés  très  courts  ou  même  rasés, 
tantôt  complètement,  tantôt  suivant  des  dessins  bizarres. 
La  barbe  n'est  pas  commune  à  tous  les  hommes;  certains 
n'en  ont  pas  du  tout;  en  tout  cas,  elle  n'apparaît  générale- 
ment qu'à  un  âge  avancé,  noire  d'abord,  jaune  roussàtre 
plus  tard,  blanche  dans  la  dernière  période  de  l'existence. 
En  même  temps  que  la  barbe,  se  développent  sur  les 
jambes  des  touCTes  de  poils  laineux  dont  la  couleur  subit  les 
mêmes  transformations. 

Le  corps  est  en  général  bien  pris  et  bien  musclé  ;  les  dif- 
formités sont  rares.  Pendant  la  vieillesse  des  rides  se  for- 
ment sur  tout  l'individu,  aussi  hien  que  sur  sa  figure. 

L%  taille  moyenne  n'est  guère  plus  élevée  que  celle  des 
Européens* 

  côté  de  ces  caractères  généraux,  lorsqu'on  a  résidé  on 
rertuin  temps  dans  le  pays,  on  reconnaît  facilement  des 


LA  GUINÉE  ÎTÉRIDTONALE  INDÉPEITOANTE.  307 

différences  entre  l'es  peuplades,  et  Ton  peut  établir  en  quel- 
que sorte  quatre  groupes  :  les  Mouchicongos,  à  l'est,  occu- 
pent le  Congo  proprement  dit  et  joignent  la  mer  àKissembo; 
les  Monsserongos  sur  ?e  littoral,  d'Ambrizette  au  Zaïre, 
dont  ils  habitent  les  îles  et  les  rives  jusqu'au  delà  de  Pbn- 
ta  daLenha;  les  CaMndos,  du  Zaïre  jusqu'au  Chiloango,  et 
enfin  les  Loangos^^yinord  jusqu'au Kouiïo  ou  à  peu  près. 

Dans  rintérieor,  sur  les  confins  de  la  contrée  qui  nous 
occupe,  nous  signalerons  les  habitants  du  Mayumbo,  ap- 
pelés par  les  gens  du  littoral  Bushemong,  c'est-à-dire 
nègres  du  Matto  ou  des  bois.  Puis  les  Mondongos,  à  la  fi- 
gure striée.  Diverses  races,  venant  quelquefois  de  fort  loin, 
peuvent  également  se  distinguer  lorsqu'elles  amyent  aux 
factoreries  avec  les  caravanes. 

Les  légendes  rapportent  qu'il  exista  autrefois  un  royaume 
du  Congo  ayant  pour  capitale  San  Salvador  et  qui  reconnut 
la  suzeraineté  du  Portugal  ;  ce  royaume  aurait  été  divisé 
en  marquisats  tels  que  celui  de  Sonho;  ses  rois,  monarques 
grands  et,  puissants,  auraient  eu  des  armées  considérables. 

Je  n'ai  pu  vérifier  ces  dires  par  les  informations  indi- 
gènes; j'ai  pu  savoir  seulement  d'une  part  que  San  Salva- 
dor avait  été  occupé  quelque  temps  par  les  Portugais,  qui 
s'étafent  vus  forcés  de  l'abandonner;  de  l'autre,  que  le 
Portugal  se  considère  toujours  comme  suzerain  du  pays. 
L'antoritédu  roi  et  la  Suprématie  portugaise  ne  me  semblent 
pas,  aujourd'hui,  s'exercer  bien  activement. 

La  ville  si  florissante  des  légendes  n'est  plus  qu'un  amas 
de  huttes  ou  chimbèques.  On  y  retrouve,  il  est  vrai,  les 
raines  d'uneiglise  et  les  vestiges  de  quelques  fortifications, 
mais  celles-ci  ne  paraissent  pas  avoir  jamais  eu  l'importance 
si  grande  que  leur  prêtent  les  historiens  portugais. 

On  pourrait  peut-être  rapprocher  des  assertions  de  ces 
derniers  le  fait  suivant,  qui  permet  cependant  de  croire 
qu'elles  ne  sont  pas  absolument  sans  fondement.  Ce  fait, 
dont  j'ai  été  témoin,  se  rattache  à  la  tendance  à  s'émanci- 


308  LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

per  que  manifeste  la  race  esclave  enrichie  par  le  com- 
merce avec  les  Européens.  L'un  des  masouks  (interprètes) 
nommé  Némès,  d'Ambrizette^  ayant  acquis  une  certaine 
indépendance,  possédant  même  des  esclaves,  avait  cru  pou- 
voir se  permettre  de  porter  des  colliers  de  corail,  insigne 
réservé  aux  princes.  Vint  à  passer  une  sorte  de  représentant 
du  roi  de  San  Salvador,  qui  le  menaça  de  la  colère  de  son 
maître  s'il  n'enlevait  aussitôt  ses  colliers.  Le  pauvre  noir 
ne  fit  aucune  objection,  devint  humble  et  soumis  et  n'osa 
plus  jamais  remettre  son  ornement. 

Le  pays  est  maintenant  entre  les  mains  plutôt  de  roi- 
telets, de  chefs  de  tribus,  d'autocrates  en  miniature,  comme 
ceux  de  San  Antonio,  d'Ambrizette,  de  Kissembo,  et  autres 
plus  ou  moins  intelligents,  plus  ou  moins  énergiques,  qu'il 
n'est  au  pouvoir  du  grand  roi  légendaire  dont  l'autorité,  à 
San  Salvador  même,  est  assez  mal  assise.  Une  question  de 
succession  en  effet,  entretenue,  dit-on,  par  des  menées 
étrangères,  y  a  jeté  le  sceptre  dans  des  démêlés  qui  me- 
nacent de  s'éterniser. 

De  l'autre  côté,  sur  la  rive  droite  du  Congo,  la  situation 
politique  est  analogue.  Là  aussi  put  exister  naguère  un 
royaume  de  N'Goyo  qui  s'étendait  jusqu'à  une  ligne  joignant 
Ponta  de  Lenha  à  Cabinda.  Aujourd'hui  une  infinité  de 
petits  potentats,  parmi  lesquels  le  plus  important  paraît 
être  une  femme,  la  princesse  Mambouk  de  Moanda,  se  sont 
partagé  le  territoire. 

Plus  au  nord,  s'étend  assez  loin  dans  l'intérieur,  en  tou- 
chant la  plage  à  Malemba  et  à  Landana,  le  royaume  consi- 
dérable de  Gacongo.  Le  roi  en  étant  mort  il  y  a  quel- 
ques années,  le  pouvoir  allait,  suivant  la  loi  de  la  côte, 
échoir  à  l'un  de  ses  neveux  (je  reviendrai  tout  à  l'heure  sur 
la  question  des  successions),  quand  on  s'aperçut  qu'il  man- 
quait au  cadavre  des  dents  et  quelques  ongles.  Au  Cacongo 
il  est  d'usage  de  n'enterrer  les  corps  qu'au  complet;  les 
dents  que  la  -    *"         fait  tomber  sont  précieusement  con- 


LA  GUINÉE   MÉRIDIONALE   INDÉPENDANTE.  309 

servées  pour  être  inhumées  en  même  temps  que  le  corps. 
Or  une  succession  n'est  ouverte  qu'après  l'enterrement  du 
mort  et  en  attendant  que  les  dents  du  roi  soient  retrou- 
vées,son  fils  le  manifoume  d'Jimm  gouverne  ;  les  mauvaises 
langues  du  pays  prétendent  qu'il  est  pour  quelque  chose 
dans  la  disparition  des  molaires  et  des  ongles  paternels. 
Son  État  est  divisé  en  un  certain  nombre  de  provinces  con- 
fiées à  Tadministration  de  gouverneurs  ou  Mambouks. 

Outre  ces  provinces,  il  y  a  quatre  fiefs  :  c'est  la  seule 
expression  qui  me  paraisse  convenir  ici.  Ces  fiefs  appar- 
tiennent à  des  membres  de  familles  princières  ayant  le  titre 
de  fiott  de  Ma  (seigneur)  comme  le  Ma-Tenda  (seigneur  de 
Tenda)  à  Landana. 

Au  delà  du  Chiloango  jusqu'à  Mayumbo,  on  rencontre 
peu  de  gouvernements  définis;  cependant  il  est  possible  de 
signaler  le  Mancotche,  le  Malaongo  son  vassal,  le  Mani- 
prata,  le  Mafouk  Thomas,  et  près  de  Pointe  noire,  à  Loango, 
une  sorte  de  roi  qui  ne  paraît  plus  être  bien  puissant. 

La  délimitation  des  territoires  sur  lesquels  ces  chefs 
peuvent  étendre  leur  autorité  est  assez  vague,  et  la  plupart 
des  villages  se  gouvernent  comme  ils  l'entendent.  Ces  titres 
de  rois  sont  donc  plutôt  honorifiques  qu'effectifs. 

Des  recherches  si  longues  et  si  patientes  qu'elles  fussent 
ne  permettraient  sans  doute  pas  de  reconstituer  l'histoire 
de  ces  contrées,  de  découvrir  leur  véritable  situation  sociale 
ou  les  principes  de  leur  organisation  politique. 

En  effet  aucun  document  n'y  aiderait  ;  il  n'existe,  dans  le 
pays,  aucun  signe  destiné  à  reproduire  la  pensée,  et  il  n'y  a 
pas  trace  qu'il  en  ait  jamais  existé  ;  on  n'y  rencontre  aucun 
monument,  aucune  ruine.  Enfin  la  mémoire  de  l'indigène  est 
tellement  nulle  qu'on  ne  saurait  y  trouver  la  ressource  de 
traditions  sérieuses.  Ce  n'est  pas  à  l'indigène  non  plus  qu'il 
convient  de  s'adresser  pour  se  rendre  compte  de  la  popula- 
tion du  pays.  Aucun  naturel,  aucun  chef  même  ne  pourrait 
dire  le  nombre  d'âmes  qui  habitent  les  20  ou  30  huttes  de 


j 


310  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

son  village;  il  connaît  tous  les  habitants,  mais  oe  saurait 
parvenir  à  les  compter.  A  cet  égard  la  seule  supputation  qae 
Ton  puisse  faire  doit  être  basée  sur  le  commerce.  Si  Tod 
considère,  en  effet,  que  presque  tous  les  transports  se  font  à 
dos  d'homme,  que  le  noir  ne  porte  guère  plus  de  15  à 
25  kilos  en  moyenne,  et  que  c'est  la  plus  petite  partie  de  la 
population  mâle  qui  s'y  emploie,  on  peut,  en  estimant  le 
poids  des  produits  ainsi  exportés  évaluer  approximative- 
ment le  nombre  des  habitants.  On  arrive  ainsi  à  un  chiffre 
extrêmement  élevé,  chiifre  qu'on  a  quelque  raison  d'adop- 
ter, car  les  villages,  en  général  il  est  vrai  peu  considérables, 
sont  en  revanche  très  nombreux,  surtout  dans  certaines 
régions. 

L'habitation  indigène  est  la  hutte  vulgairement  appelée 
chimbek  ou  chinibèque;  elle  est  formée  de  murailles  con- 
fectionnées en  loangos  (sorte  de  jonc  qui  est  la  tige  du 
papyrus)  reliés  ensemble  par  des  liens  de  palmier  rotang 
et  des  lattes  de  branches  de  palmier  bambou.  Le  toit  est  en 
herbes  sèches,  ou  en  folioles  dix  Raphia  vinifera.  L'ensemble 
occupe  de  sept  à  huit  pieds  de  long,  sur  cinq  ou  six  de  large; 
le  faîte  peut  être  élevé  de  six  à  sept  pieds  ;  suivant  les 
villages  ces  constructions  sont  plus  ou  moins  bien  exé- 
cutées. 

Quelques  chefs,  dans  les  centres  voisins  des  factoreries, 
ont  construit  des  baraques  en  planches  recouvertes  en 
paille,  selon  le  type  employé  longtemps  par  les  Ekiropéens, 
qui  maintenant  substituent  à  la  paille  le  feutre  goudronné, 
blanchi  à  la  chaux  ou  le  zinc  ondulé. 

Le  mobilier  d'un  nègre  est  bien  peu  de  chose,  et  encore 
varic-t-il  suivant  son  rang  et  la  contrée  qu'il  habite. 

Il  se  compose  le  plus  souvent  d'un  chimbamba^  sorte  de 
large  banc  en  bambou  servant  de  lit,  d'une  natte  en  «w- 
tébaj  représentant  à  la  fois  le  matelas  et  les  draps,  d'un 
pot  ou  deux  pour  l'eau  et  la  cuisson  des  aliments,  d'une 


XA  OniMÉE  IfÉRIDIOHÂtE  INDÉPENDANTE.  31 1 

assiette,  d'une  cuillère,  d'un  couteau,  enfin  d'une  ou  plu- 
sieurs bouteilles  ou  calebasses  qui  sont,  sui^nt  leur  taille^ 
la  caisse  ou  le  porte-monnaie.  Chez  les  riches  la  cuisine  se 
fait  sur  un  trépied  en  fer,  chez  les  autres  on  se  contente 
de  trois  pierres. 

Le  vêtement  est  aussi  d'une  simplicité  excessive  :  l'indis- 
pensable est  le  pagne,  encore  tàche-t-on  de  s'en  servir  le 
moins  possible.  Les  gens  qui  passent  pour  riches  en  ont 
plusieurs  en  étoffes  d'Europe,  de  couleur  et  de  grandeur 
variées  ;  Us  ont  aussi  des  chemises  qui  ont  d'autant  plus  de 
valeur  qu'elles  sont  plus  longues,  parce  que  l'usage  veut 
qu'on  les  porte  par-dessus  les  pagnes.  Cette  garde-robe  est 
complétée  de  vieux  habits  bourgeois  ou  d'uniforme,  de  bon- 
nets de  coton,  rouges  ou  blancs  et  de  vieux  chapeaux.  Les 
bijoux  sont  des  grains  de  corail  longs,  des  bracelets  de 
cuivre,  quelquefois  d'argent,  aux  pieds  et  au3c  bcas,  ainsi 
que  des  anneaux  de  fer  ou  des  tresses  de  ficelle,  suivant  la. 
fortune  des  propriétaires. 

Les  noirs  de  l'intérieur,  chez  lesquels  n'arrivent  que  peu 
de  tissus  importés,  fabriquent,  avec  les  fibres  des  bananiers, 
une  qualité  d'étoffe  assez  fine  qui  sert  à  leur  habiliement. 

A  Kabinda  on  fait  des  bonnets  en  fil  d'aloès  d'un  travail 
très  fin  et  très  curieux. 

L'armement,  sur  le  littoral,  ne  se  compose  plus  guère 
que  du  fusil  à  pierre  et  de  sabres  importés  d'Europe.  Les 
modèles  qu!  avaient  fait  les  campagnes  du  premier  empire, 
-et  que  le  gouvernement  français  a  vendus  en  1867  ont 
oTîtenu  un  succès  extraordinaire  et  sont  encore  la  qualité 
la  plus  prisée.  L'arc  et  les  flèches  détrônés  ne  se  retrouvait 
plus  qu'assez  loin  dans  l'intérieur;  avec  eux  ont  disparu  les 
boucliers  et  les  javelots  ou  zagaies. 

Comme  armes  de  main,  on  rencontre  quelques  sabres, 
également  importés,  ou  de  forts  bâtons  quadrangulaiTes 
en  bois  très  dur,,  faisant  l'office  de  casse-têtes  ou  de  mas- 
ques; toutefois,  du  Mayumbo  et  du  centre  viennent  des 


Kf  ^ 


312  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

espèces  de  petits  yatagans  de  formes  très  variées,  fabriqués 
par  les  indigènes  eux-mêmes. 

Le  fusil  se  porte  à  Tépaule  à  l'envers  de  la  mode  euro- 
péenne, c'est-à-dire  que  l'homme  tient  l'arme  par  le  canon; 
la  batterie  est  entourée  d'une  chape  en  peau  d'antilope  pour 
la  préserver  de  la  pluie,  et  la  crosse,  comme  le  bois,  est  par- 
semée de  clous  de  cuivre  de  tapissier  formant  certains 
dessins  qui  font  reconnaître  le  propriétaire. 

Presque  tous  les  noirs  en  possèdent  et  on  commence  à 
estimer  un  prince  par  le  nombre  de  fusils  qu'il  peut  lever 
en  cas  de  guerre,  comme  aux  temps  féodaux  les  seigneurs 
disposaient  d'un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  lances  :  un 
prince  de  cent  fusils  est  un  grand  prince . 

En  parlant  du  commerce  je  reviendrai  sur  le  fusil,  qui, 
en  certains  points,  sert  en  quelque  sorte  d'unité  monétaire. 
Puisque  j'ai  indiqué  la  fabrication  indigène  de  certains 
yatagans,  je  dois  dire  que  l'industrie  métallurgique  n^est 
que  fort  peu  de  chose  aux  rives  du  Congo,  mais  encore  est- 
il  à  propos  d'en  dire  quelques  mots  à  cause  de  son  origina- 
lité. 

Il  va  bien  sans  dire  que  les  noirs  ne  fondent  pas  le  fer;  ils 
l'achètent  ou  le  volent  dans  les  comptoirs  et  le  transforment 
en  instruments  à  leur  usage  au  moyen  de  la  forge;  la  fonte 
ne  leur  est  d'aucune  utilité. 

C'est  au  moyen  d'un  soufflet  formé  de  deux  cylindres  en 
peau  de  cabri,  munis  de  soupapes,  et  réunis  par  deux 
tubes  conduisant  à  la  tuyère,  que  par  un  mouvement  alter- 
natif ils  activent  un  feu  de  charbon  de  bois  au  milieu  duquel 
^st  placée  la  pièce  à  forger  ;  un  aide,  qui  soulève  le  premier 
cylindre  d'une  main,  tandis  que  de  l'autre  main  il  abaisse  le  - 
second,  produit  ainsi  un  vent  continu.  L'enclume  est  n'im- 
porte quelle  surface  plane;  le  marteau  une  masse  de  fer 
non  emmanchée  que  l'ouvrier  tient  simplement  dans  la 
main. 
Le  fer  employé  est  généralement  celui  qui  provient  des 


LA  GUINÉE   MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  313 

cercles  de  barriques  ou  de  balles,  non  utilisés  dans  les  facto- 
reries. 

Les  noirs  arrivent  avec  le  mêms  système  à  fondre  le  cuivre 
et  à  fabriquer  divers  objets,  tels  que  les  gros  anneaux  en 
cuivre  jaune,  que  les  femmes  portent  souvent  aux  pieds  et 
qui  pèsent  jusqu'à  2  et  3  kilogrammes. 

Il  font  le  moulage  trè3  habilement,  avec  du  sable  du  pays. 
Dans  certaines  localités,  ils  réunissent  les  pièces  de  monnaie 
d'argent  qu'ils  peuvent  se  procurer,  et  fabriquent  encore 
des  bracelets  par  le  même  procédé.  Enfin  ils  font  des  clous, 
et  je  ne  saurais  dire  si  c'est  une  aptitude  spéciale  de  cette 
race,  mais  lorsqu'on  met  entre  leurs  mains  l'outillage 
européen  consacré  au  travail  du  fer,  ils  arrivent  facilement 
à  en  comprendre  l'usage  et  à  en  tirer  un  assez  bon  parti  : 
aussi  les  forgerons  et  les  mécaniciens  employés  sur  les  va- 
peurs sont-ils  souvent  recrutés  parmi  les  naturels. 

La  nourriture  de  l'indigène  est  des  plus  simples.  Chez 
lui,  le  noir  est  très  sobre,  il  préfère  manger  peu  et  ne  rien 
faire,  que  se  donner  de  la  peine  pour  bien  manger.  La  base 
de  Talimentation,  le  pain  pour  mieux  dire,  est  le  manioc, 
qui  exige  peu  deculture  et  produit  beaucoup.  On  le  mange 
bouilli,  cru,  fermenté,  en  farine,  et  en  pâte  gluante,  dont 
les  femmes  forment  des  sortes  de  galettes,  appelées  cAi- 
couangaSy  d'une  odeur  repoussante.  La  préparation  culi- 
naire enlève  à  cette  fécule  sa  partie  vénéneuse.  Viennent 
ensuite  le  maïs,  la  banane  de  diverses  espèces,  la  patate 
douce  (Convolvulus  batatas)^  l'igname  (Dioscorea  alata), 
rambrevade(Cy^tsw5Cad;ani),  plusieurs  espèces  de  haricots, 
la  canne  à  sucre,  les  tomates  grosses  comme  des  cerises, 
l'ananas,  l'aubergine,  les  citrouilles,  les  pastèques,  enfin, 
comme  condiment  essentiel,  le  piment,  qui  est  employé  à 
très  haute  dose  ;  mais  bien  que  ces  dernières  plantes 
viennent  à  peu  près  seules,  elles  n'entrent  que  peu  dans 
l'alimentation.  Nommons,  en  dernier  lieu,  l'arachide  ou 
pistache  de  terre. 


314  LA   GDTNÉE  MÉRIDIONALE  IUDÉPENBINTE. 

Gomme  animaux  domestiques,  la  cuisine  indigène  a  la 
poule  qui,  abandonnée  à  elle-même  autour  des  huttes, reste 
étique  et  dépasse  à  peine  la  grosseur  du  pigeon,  le  canard 
d*Inde,  le  cabri,  le  mouton  à  poil  ras;  mais  ces  derniers  sont 
des  objets  de  gi:and  luxe  et  assez  peu  communs.  En  général 
les  noirs  préfèrent,  au  lieu  de  s'en  -nourrir,  les  échanger 
afvec  les  Européens  pour  du  fa/îa,  leur  liqueur  de  prédilection. 

Le  poisson,  au  bord  de  la  mer  surtout,  et  un  peu  le  long 
des  rivières,  est  un  appoint  considérable  et  fort  recherché 
à  l'alimentation  du  noir;  mais   le  mets  favori  s'appelle 
moamba  :  on  le  prépare  au  moyen  d'huile  de  palmier  bien 
fraîche,  avec  du  poisson,  de  la  poule  ou  du  canard.  Il  faut 
beaucoup  d'huile  et  assez  de  piment  vert  pilé,  pour  qu'en 
mangeant  il  soit  presque  impossible  de  respirer  par  suite 
de  la  douleur  cuisante  que  l'on  ressent  dans  la  bouche  :  ce 
résultat  est  le  «  nec  plus  ultra  ]».  On  accommode  aussi  le 
poisson  à  Veau  ordinaire,  avec  adjonction  d'un  peu  de  jus 
de  tomates  ;  mais,  règle  générale,  il  ne  faut  pas  que  le  pi- 
ment fasse  défaut,  car  le  plat  serait  réputé  détestable. 

La  boisson  est  l'eau  et  le  vin  de  palme,  ou  le  tafia  d'im- 
portation européenne. 

Le  travail  de  la  terre  est  généralement  abandonné  aux 
femmes,  ainsi  que  les  soins  des  enfants  et  de  Tîntérieur; 
l'homme  mange,  boit,  dort,  fume,  cause  ou  plus  tôt  ba- 
varde dans  son  village  ;  somme  toute,  îl  fait  proportion- 
nellement peu  de  chose. 

Ses  occupations  importantes  consistent,  pour  un  petit 
nombre  seulement,  dans  la  cueillette  du  iindin  (fruit  da 
palmier),  laquelle  l'oblige  à  grimper  au  haut  des  arbres 
et  couper  les  grappes,  ou  dans  la  récolte  du  vin  de  palme 
qui  lui  impose  la  même  obligation.  L'opération  d'aller  soit 
poser,  soit  retirer  les  calebasses  qui  reçoivent  la  liqueur  oa 
sève  des  incisions  faites  au  sommet  du  tronc,  est  assez 
curieuse  et  même  quelque  peu  périlleuse,  car  la  chute  en- 
traînerait la  mort 


U.  mSMÈK  HÉRDIONALE  0®ÉPSSnDAKTfi.  3i5 

L'âscensioa  a  lieu  au  moyen  d'im  cercle  en  liane,  <l*en- 
TÎron  1"^  30  de  diamètre,  qui  fait  le  tour  du  tronc  de  l'arbre 
et  sert  d'appui  auxreins  de  l'indiTidu  ;  celui-ci,  s'arc-boutant 
avec  les  pieds,  monte  par  efforts  fiiiccessi^  en  tenant  le 
cejncle  «des^deux  mains  et  Tenlevant  de  quelques  centimètres 
à  ehaque  effort  ;  il  arrive  ainsi,  par  saccades,  très  rapide- 
ment jusqu'à  la  cime. 

L'huile  de  pahne  est  le  suc  confeim  dans  la  pulpe  du 
fruit  ou  de  la  noix«  On  l'extrait  au  pilon  dans  une  sorte  de 
mortier  en  bois  ;  l'écrasement  de  la  noix  dégage  ensuite  une 
amande  appelée  comnota  ou  usuell^nent  palme-nut  et  qui 
produit  à  son  tour  une  autre  qualité  d'buile. 

Le  vin  de  paime  est,  comme  nous  TaTons  dit  cî-<dessus,  la 
sève  même  du  palmier  ;  c'est  une  liqueur  très  fermentes- 
cible,  assez  agréable  au  goût,  et  qui  peut  griser  rapidement. 
ËUeest  connue  sous  les  noms  d'arraci^a  ou  rock,  et  de  malaff. 

La  pêche,  qui  rentre  dans  les  attributions  de  l'homme, 
se  pratique  de  plusieurs  façons:  au  filet,  à  l'hameçon  et 
au  javelot. 

La  plus  fructueuse  est  la  première,  et  elle  se  fait  à  l'aide 
d'immenses  ûLets  à  poche  très  solides,  fabriqués  avec  les 
fibres  de  l'écorce  du  baobab.  Coulé  en  demi-cercle  à  une 
certaine  distance  du  rivage,  le  filet  attaché  par  ses  extré- 
mités à  des  eâbles  est  ensuite  halé,  et  englobe  ainsi  tout 
le  poisson  compris  dans  son  périmètre;  j'ai  vu,  de  cette 
manière,  ramener  plus  de  200  kil.depoissonde  toute  espèce, 
mais  surtout  d'une  sorte  de  «ardines  ou  de  harengs  qui, 
séchée  au  soleil,  se  conservait  bien.  On  prend  couramment 
des  espèces  analogues  à  nos  mulets,  à  nos  merlans,  à  nos 
maquereaux,  àoios  baiiines,  puis  aussi  des  raies,  des  soles, 
de  petits  requiBS,  des  langoustes,  etc. 

La  seconde  manière  de  pécher  consisitie  à  aller  au  large 
dans  tes  pirogues,  «pielquefois  isolées,  quelquefois  accou- 
plées ooaame  à  jlAnèrizette,  jeter  des  iignespour  pr^idre 
surtout  des  oauiets,  souvent  de  grande  taille. 


318  LA  GUIKÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

Dans  les  rivières,  où  il  y  a  dénivellement  par  suite  de  la 
marée,  on  barre  à  haate  mer  les  petits  arroyos  à  l'aide  de 
grillages  en  loangos^  et,  à  marée  basse,  il  ne  reste  plus  qu'à 
prendre  à  la  main  les  poissons  restés  presque  à  sec. 

Enfin  des  noirs,  dont  la  patience  mérite  certainement  le 
plus  grand  éloge,  glissent  en  pirogue  à  travers  les  herbes 
qui  bordent  les  rives,  et,  lançant  au  hasard  un  javelot, 
arrivent  miraculeusement  à  piquer,  après  avoir  répété 
mille  fois  cet  exercice,  un  malheureux  poisson  endormi. 

La  société  indigène  paraît  se  diviser  en  deux  grandes 
classes  :  les  maîtres  et  les  esclaves  ;  on  peut  dire  que  cette 
grande  division  sociale  est  absolue  et  qu'elle  date  vraisem- 
blablement des  premiers  âges  de  la  race. 

Dans  la  suite  des  temps  bien  des  passages  ont  dû  avoir 
lieu  d'une  classe  à  l'autre,  soit  que  le  sort  de  la  guerre  ait 
jeté  des  hommes  libres  dans  l'esclavage,  soit  que  des 
affranchis,  ou  des  individus  supérieurs  par  l'intelligence  ou 
par  l'énergie,  aient  pu  parvenir  à  former  des  familles  libres. 

Aujourd'hui,  à  défaut  de  parchemins  et  de  traditions,  les 
maîtres  actuels  jouissent  de  considération  et  de  pouvoir, 
par  le  simple  fait  de  la  notoriété  publique. 

La  condition  de  l'esclave  n'est  généralement  pas  aussi 
terrible  qu'on  a  bien  voulu  le  dire,  même  au  dernier  éche- 
lon de  la  classe.  L'esclave  est  astreint  à  peu  de  travail  et  il 
peut  assister  avec  voix  consultative  aux  délibérations  des 
MocrounttSy  sages  du  village  ;  il  partage  souvent  la  table 
ou  plutôt  le  manger  de  son  maître,  il  en  reçoit  des  cadeaux 
lors  de  la  levée  de  quelque  impôt,  et  il  goûte  au  tafia  dis- 
tribué lors  des  visites  aux  factoreries.  Ce  qui  caractérise  sa 
situation,  c'est  le  droit  de  vie  et  de  mort  que  possède  sur 
lui  son  propriétaire;  le  droit  encore  qu'ace  dernier  de  le 
vendre  ou  de  l'échanger  quand  bon  lui  semble  ;  enfin  le 
droit  de  le  livrer  pour  être  exécuté  à  sa  place  lorsque  lui, 
le  maître,  a  encouru  une  condamnation  à  mort. 


LA  GUINÉE   MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  317 

Le  nombre  des  esclaves,  dans  chaque  tribu,  peut  s'aug- 
menter pour  deux  causes  :  les  guerres  et  les  procès. 

Dans  les  guerres,  les  prisonniers,  de  quelque  race  qu'ils 
soient,  deviennent  esclaves  du  vainqueur,  ou  bien  ils  sont 
obligés,  c'est  un  droit  pour  les  princes,  de  payer  leur  rachat 
en  hommes  à  prix  débattu.  Dans  les  palavres  ou  procès,  le 
jugement  stipule  souvent  que  l'indemnité  à  payer  à  la  par- 
tie lésée  le  sera  en  esclaves,  ou  même,  s'il  s'agit  de  vol,  que 
le  voleur  deviendra  la  propriété  du  volé. 

La  traite  des  nègres  s' approvisionnait  surtout  des  escla- 
ves de  l'intérieur,  soit  de  ceux  qui  provenaient  de  faits  de 
guerre  ou  de  procès,  soit  de  ceux  dont  les  propriétaires 
voulaient  se  défaire  en  échange  de  marchandises  à  leur 
convenance.  Pour  les  noirs,  ce  genre  de  commerce  n'avait 
rien  que  de  très  naturel  puisque,  suivant  leur  lois  et  cou- 
tumes, ils  ne  considèrent  l'esclave  que  comme  une  propriété. 

Au  point  de  vue  du  mariage,  l«s  noirs  sont  polygames. 

Cependant  leur  polygamie  difTère  d'une  manière  notable 
de  ce  qu'on  désigne  ainsi  en  Europe.  Ils  ont  des  femmes 
légitimes  auxquelles  ils  s'unissent  suivant  un  cérémonial 
particulier,  et  des  femmes  illégitimes,  en  quelque  sorte 
espèce  de  concubines  reconnues.  Les  unes  et  les  autres 
s'achètent  au  moyen  de  marchandises  et  sont  la  propriété 
de  l'époux.  Les  premières,  dont  les  enfants  jouissent  de 
certains  droits  d'hérédité,  sont  astreintes  à  des  obliga- 
tions de  fidélité  que  les  autres  ne  contractent  aucunement; 
celles-ci  sont  le  plus  souvent  exploitées  au  profit  de  la  famille 
ou  de  la  communauté. 

L'état  de  la  femme  légitime  est  assez  pénible  :  elle  a  peu 
de  liberté  et  la  charge  de  maints  travaux  d'intérieur  ou  des 
champs.  L'autre,  suivant  l'occasion  ou  l'opportunité,  peut 
améliorer  sa  situation  ;  ainsi  le  nombre  de  ses  enfants, 
esclaves  comme  elle,  augmente  la  richesse  du  mari,  dont 
la  satisfaction  se  traduit  par  un  adoucissement  du  sort  de  la 
mère. 


318  Li.  CSUnilB  SÉRIDMINÂIB  imMlPBIfBAin'E: 

En  dehors  da  mariage  la  conditîoa  de  la  femme,  pendant 
toute  son  existence,  mérite  quelques  détails.  Fillette,  elle 
sait  sa  mère  dans  ses  trayanx,  Taide  â  porter  ses  fardeaux, 
à  bêcher  la  terre  lorsqu'il  7  a  plantation,  et  à  faire  la  cuisine. 
A.us»tôt  parvenue  à  Tâge  de  puberté,  c'est-à-dire,  autant 
qu'on  paisse  l'apprécier,  vers  8  ou  iS'ans,  elle  entre  à  la 
Corn  de  Tinia  ou  maison  de  eouleur,  ainsi  nommée  de 
l'usage  qui  existe  pour  les  femmes  de  s'y  rendre  à  certains 
moments  de  chaque  lunaison  pour  se  teindre  en  rouge.  Là, 
elle  est  livrée  aux  mafcrooesF^  aux  mains  desquelles  elle  reste 
un  temps  plus  ou  moins  long  (en  moyenne  une  lune),  en»- 
ployée  sans  doute  à  compléter  son  éducation  de  femme. 
Dans  cette  retraite  ^e  doit  prendre  un  parti,  c'est-à-dire 
décider  si  elle  vent  se  marier. 

De  nombreuses  influences  interviennent  généralement 
pour  déterminer  sa  décision.  Parfois  il  arrive  que,  sans  i»*é* 
tendant  ou  plutôt  sans  acheteur,  ou  encore  peut-être  n'en 
voulant  pas  accepter,  elle  reste  complètement  femme  libre. 
Dans  ce  cas  die  est  la  propriété  du  mari  de  sa  mère,  qui 
la  fait  travailler  pour  son  compte  d'une  façon  quelconque 
ou  lui  laisse  presque  entière  libertéy  en  conservant  toujours 
bien  entendu  son  droit  sur  les  enfaoïts  qui  peuvent  surve- 
nir. A  un  âge  plus  avancé,  la  femme,  même  libre  (et  libre 
ici  doit  s'entendre  dans  une  très  large  acception)  est  sou- 
vent recherchée  en  mariage  à  cause  de  son  expérience^ 
surtout  si  elle  a  été  employée-  dans  les  factoreries  earo- 
péenes  à  titre  de  blanchisseuse  ou  autre,  ou  même  seules 
ment  si  elle  a  eu  des  relations  avec  des  esclaves  appartenaat 
à  des  blancs. 

Arrivée  à  la  vieillesse,  elle  devient  tout  à  fait  misérable; 
elle  n'échappe  à  ce  triste  sort  que  si  sa  fécondité  l'a  fiSi 
suffisamment  apprécier,  ou  si  elle  a  des  enfonts  en  positioD 
de  lui  venir  en  aide. 

La  vie  de  la  femme  de  race  noble  ne  diffère  pas  sensible- 
ment de  celle  de  la  femme  esclave,  si  les  circonstances  ne 


LA  GUINÉE  MÉaiDlJaNiXE  INSÉPENfiANTE.  31  & 

la  favorisent  pas.  Pour  l'une  comme  pour  rautre,  la  ques- 
tion de  la  fécondité  est  de  premier  ordre,  et  le  pouvoir 
d'une  pdncesse  stérile  sera  bientôt  méconnu,  si  elle  n'a 
pas  assez  d'intelligence  et  d'énergie  pour  conserver  le  pres- 
tige de  son  rang. 

Certaines  princesses  sont  parvenues  àse  créer  une  situation 
considérable  :  telle  est  celle  de  Moanda,  qui  porte  le  titre 
de  Mambotik;  déjà,  vieille^  elle  a,  sur  le  retour,  épousé 
un  jeune  cbef  qui,  remplissait  près  d'elle  un  rôle  ana- 
logue à  celui  de  prince-consort.  Je  signalerai  également  la 
reine  d'Ambrizette  qui  jouit  aussi  d'une  grande  autorité. 

Bien  que  je  n'aie  voulu  dire  que  peu  de  mots  de  la 
femme  mariée,  je  ne  puis  passer  sous  silence  les  coutumes 
relatives  à.  l'adultère.  Ce  délit  n'est  pas  plus  inconnu,  au 
Congo  qu'ailleurs,  mais  il  me  paraît  y  être  plus  sévèrement 
puni. 

L'adultère  peut  être  commis  par  toute  femme  mariée  ; 
cependant  il  existe  une  distinction  à  cet  égard  entre  la 
femme  légitime  et  la  femme  illégitime. 

La  femme  illégitime  n'est  considérée  que  comme  la  pro- 
priété malérielle  du  mari  ;  elle  n'a  pris  aucun  engagement 
de  fidélité,  et  par  suite  ne  peut  trahir,  à  proprement  par- 
ler, la  foi  conjugale.  Toutefois  si  le  mari  se  croit  lésé 
dans  son  bien,  il  peut  se  plaindre  et  provoquer  contre 
cette  femme  des  peines  sévères,,  mais  lui  seul,  en  tous 
cas,  a  ce  droit. 

Pour  la  femme  légitime,  il  en  est  autrement  :  la  vindicte 
publique  peut  la  dénoncer  et  la  frapper  en  dehors  de  Tac- 
tion,  malgré  l'action  du  mari. 

Pour  la  première,  le  mari,  le  maître  pour  mieux  dire, 
peut  faire  ce  qu'il  veut,  la  vendre,  la  louer  ou  se  la  réserver 
absolument;  le  plus  souvent  il  ne  crie  à  l'adultère  que 
dans  le  cas  où  il  a  passé  un  marché  dont  le  prix  se  fait 
attendre.  En  général  ce  cas  là  finit  par  le  règlement  du  prix 
convenu. 


320  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

Mais  quant  à  la  seconde,  si  Taduitère  est  prouvé,  il  y  va 
de  la  vie  pour  la  femme  et  pour  le  séducteur.  Suivant 
la  région  ou  les  tribus,  on  les  enterre  vifs,  on  les  décapite 
à  l'aide  de  manchettes  ou  bien  soit  encore,  comme  à 
Binda  sur  le  Congo,  on  les  précipite  d'une  sorte  de  roche 
tarpéienne  surun  autre  rocheroù  j'ai  pu  voir  des  ossements 
de  supplicié.  Parfois  enfin  on  les  cloue  à  des  baobabs  où 
leurs  crânes  longtemps  suspendus  demeurent  comme  un 
salutaire  enseignement  pour  la  postérité. 

Chez  nous,  notons-le  en  passant,  avant  89,  l'adultère 
était  aussi  puni  de  mort. 

Un  mot  encore  sur  la  femme  noire  ;  une  femme  légitime 
étant  au  bain  aux  regards  des  blancs  ne  doit  pas  se  laisser 
voir  nue  ;  dans  toute  autre  situation,  au  milieu  d'un  village 
par  exemple,  particularité  remarquable,  le  fait  n'aurait  pas 
la  même  importance.  En  voyage,  à  l'approche  des  gués, 
les  porteurs  de  mon  hamac  ne  manquaient  pas  de  crier  de 
toutes  leurs  forces,  et  cela  quelquefois  à  un  kilomètre  de 
distance,  à  plusieurs  reprises  :  Muîidelé  H  Kouisaî  MundeU 
H  Kouisatt  ce  qui  signifie  :  le  blanc  approche!  le  blanc 
approche  !  !  Cet  avertissement  donnait  aux  femmes  qui  pou- 
vaient se  baigner  aux  environs  le  temps  de  sortir  de  l'eau, 
et  de  se  couvrir  au  moins  partiellement. 

J'ai  donné  une  idée  de  l'individualité  de  l'homme  et  de 
la  femme  :  je  passe  maintenant  à  l'ensemble  de  la  famille, 
à  l'enfant,  à  l'héritage. 

La  famille  !  le  mot  est-il  bien  approprié?  peut-on  quali- 
fier ainsi  les  liens  qui  rattachent  les  uns  aux  autres  les  pa- 
rents ou  les  alliés,  les  maîtres  et  les  esclaves,  lorsque  l'affec- 
tion ou  tout  autre  sentiment  n'y  entre  pour  rien?  lorsqu'en. 
fin  le  mobile  de  rapprochement  n'est  autre  que  l'intérêt 
ou  Tinstinct  animal  qui  fait  vivre  l'espèce  humaine  en 
agglomération?  Le  père  noir  considère  surtout  ses  enfants 
d'après  ce  qu'il  peut  en  tirer,  de  ce  qu'ils  peuvenllui  rappor- 
ter. Us  ne  sont  jamais  trop  nombreux.  Il  les  distingue  en 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  321 

enfants  du  yentre  »,  c'est-à-dire  de  ses  œuvres,  «  et  enfants 
de  marchandise  »,  c'est-à-dire  des  œuvres  de  ses  esclaves 
entre  eux,  ou  enfants  directement  achetés,  mais  tons  se 
confondent  dans  la  supputation  de  sa  fortune  ;  de  là  des 
familles,  puisqu'il  faut  adopter  le  mot,  mais  des  familles 
infinies,  que  ne  tient  unies  aucun  lien  d'affection. 

Les  onfants  de  u  marchandise  »  reçoivent  généralement  de 
leur  premier  propriétaire  des  sortes  de  noms  patronymiques 
indiquant  la  provenance,  noms  qu'ils  conservent  toujours 
et  qu'on  retrouve  çà  et  là  disséminés,  parfois  à  de  grandes 
distances. 

L'affection  même  de  la  mère  pour  les  enfants  n'est  pas 
exactement  la  môme  que  parmi  nos  races  européennes 
et,  à  de  rares  exceptions,  elle  n'est  comparable  qu'à  celle 
de  la  chienne  pour  ses  petits.  La  mère  allaite  son  enfant> 
et  guide  ses  premiers  pas  ;  aussitôt  qu'il  commence  à 
être  à  même  de  pourvoir  à  sa  nourriture,  c'est-à-dire  de 
ramasser  du  manioc  ou  de  rendre  quelque  service,  elle  ne 
s'en  occupe  presque  plus. 

La  seule  éducation  que  reçoive  l'enfant  est  celle  que  peut 
donner  l'exemple  ;  or,  avec  les  habitudes  de  fainéantise  et 
d'ivrognerie  des  adultes,  on  peut  s'imaginer  combien  elle 
est  pitoyable. 

Contrairement  à  nos  lois,  l'hérédité,  assez  illusoire  quant 
à  la  propriété,  mais  très  importante  quant  au  rang,  s'établit 
par  les  femmes.  Ainsi,  c'est  le  fils  de  la  sœur  du  roi 
qui  est  l'héritier  de  la  couronne,  du  pouvoir  ou  de  la 
suprématie,  et  si  le  roi  n'a  pas  de  sœur,  cas  excessivement 
rare,  on  doit  remonter  à  la  souche  par  des  ascendants 
féminins. 

L'établissement  de  cette  voie  héréditaire  fait  que  le  noir 
place  la  maternité  au-dessus  de  la  paternité;  la  trace  maté*- 
rielle  est  tout  pour  lui  :  l'indice  n'est  pas  le  mariage,  il 
est  l'enfantement. 

Bien  que  ce  mode  adopté  pour  les  successions  ne  paraisse 

soc.  DE  GÉOGR.  —  OCTOBRE  1880.  XX.  —  21 


322  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

pas  devoir  laisser  place  à  contestations,  cependant  bien  des 
difficultés  surgissent  encore. 

Y  a-t-il  dans  ces  pays  des  croyances  qui  méritent  le  nom 
de  religion?  Je  ne  crois  pas  qu'il  contienne  d'appliquer, 
avec  le  sens  absolu  que  nous  lui  donnons,  cette  définition  à 
Tensemble  des  innombrables  superstitions  sans  coordina- 
tion possible  que  Ton  rencontre  à  chaque  pas.  Pourtant  ii 
parait  y  avoir  une  notion  très  vague,  reléguée  au  dernier 
plan,  d'an  être  supérieur,  d'une  puissance  occulte,  qu'on 
appelle  généralement  le  zambi.  Encore  me  senable-t-il  qoe 
cette  notion  si  vague  n'a  point  existé'de  tout  temps^  et 
qu'elle  est  due  seulement  à  ce  que  les  indigènes  de  la  côte 
ont  pu  entendre  dire  aux  blancs  qui  les  ont  fréquentés.  Ce 
zambi  serait  plutôt  le  nom  générique  attribué  à  toute  con- 
ception de  génie,  d'esprit,  à  toute  conception  métaphysique 
enfin,  à  qui  le  noir  prête  quelque  pouvoir  sur  le  monde 
matériel. 

Tout  d'abord  chaque  individu  a  ses  superstitions  person- 
nelles ;  l'un  a  vu  dans  une  circonstance  dangereuse,  dans 
une  rixe,  tel  objet  qui  a  frappé  son  imagination  et  auquel 
il  attribue  certaines  vertus  ;  pour  l'autre,  diverses  coïnci- 
dences lui  ont  donné  lieu  de  reconnaître  certain  génie, 
bienfaisant  ou  malfaisant,  dont  il  croit  voir  la  manifes- 
tation matérielle  sous  la  forme  d'arbre,  de  roche,  etc., 
telle  est  la  pierre  du  fétiche  sur  la  rive  gauche  du  Congo, 
près  de  N'Boma,  que  j'ai  déjà  signalée  en  esquissant  le 
cours  du  fleuve  ;  tels  sont  aussi  des  cailloux,  des  griffes  de 
tigre,  voire  des  bouchons  de  carafes  :  ces  objets  devi^nent 
des  fétiches  ou  talismans. 

Les  plus  petits  sont  logés  dans  des  cavités,  fermées  à 
Taide  d'an  morceau  de  miroir  scellé  et  prmtiquées  daos/e 
dos  ou  dans  le  ventre  de  figurines  d'êtres  ou  d'animaQ^ 
bizarres,  ou  simplement  dans  des  calebasses.  Si  le  féticbe 
est  portatif  on  le  porte  sur  soi  en  voyage,  vêtu  alors,  en 
quelque  sorte,  d'une  telle  quantité  de  lambeaux  d'étoffes 


tk  6CINÊE  MÉRIDIONALE  1?U^ÉPENDÂNTE..  323 

diverses,  qu'il  en  résuite  comnae  un  énorme  plumeau  sus- 
pendu sous  le  bras  ou  sur  la  poitrine  à  l'aide  d'une  ban- 
doulière passée  à  l'épaule  ou  au  cou. 

L'usage  ireat  aussi  que  l'on  ne  puisse  prendre  de  taôa  ou 
de  liqueur  sans  y  faire  participer  le  ou  les  fétiches  qu'on  a 
sur  soi  ;  il  convient  pour  cela,  à  la  première  gorgée  que 
l'on  boity  de  faire  semblant  de  cracher  sur  chacun  d'eux. 

Ces  talismans  ne  passent  pas  pour  avoir  seulement  la 
vertu  de  rendre  heureux  ou  malheureux,  de  protéger  contre 
certains  maléfices,  mais  aussi  celle  de  guérir  ou  de  préser- 
ver de  différentes  maladies. 

D'autres  fétiches  plus  grands,  logés  dans  des  statues  d'un 
transport  difficile,  peuvent  être  assimilés  aux  anciens  dieux 
lares  ;  ils  restent,  ceux-là,  dans  le  coin  des  chimbèques,  où 
on  les  orne  de  toutes  sortes  de  vieux  débris,  de  perles,  de 
verroteries,  etc. 

Enfin  il  y  a  les  n'âoké^  fétiches  assez  importants  pour 
occuper  une  case  spéciale  et  confiés  alors  à  la  garde  de 
sortes  de  prêtres  appelés  ganga  zambiy  qui  sont  réputés 
avoir  seuls  le  moyen  de  les  faire  parler. 

Ces  fétiches,  qui  sont  de  toutes  tailles,  de  toutes  formes, 
passent  soit  pour  savoir  découvrir  les  coupables  en  cas  de 
crime,  soit  pour  tenir  entre  leurs  mains  le  sort  des  armes, 
soit  pour  disposer  de  la  pluie,  soit  enfin  pour  répondre  à 
toutes  les  demandes  qui  peuvent  leur  être  adressées. 

Ce  serait  une  erreur  que  de  les  confondre  avec  les  idoles 
du  pi^anisme  ;  aucun  hommage  ne  leur  est  rendu,  ils  ne 
sont  l'objet  d'aucun  culte  ;  après  les  avoir  consultés  on'ne 
s'occupe  plus  d'eux.  Peut-être  pourrait-on  les  comparer 
aux  augures,  car  le  meilleur  moyen,  paraît-il,  de  se  les 
rendre  favorables  consiste  à  offrir  des  cadeaux  plus  ou 
moins  importants  aux  gangas  ^  j'ai  vu  de  ces  CîonsuUations^ 
j'ai  même  dû  y  recourir  à  Toccasiou  d'un  vol,  et  voici,  en 
général,  comment  les  choses  se  passent. 

On  commence  par  offrir  au  n'doké  qu'on  veut  invoquer. 


324  Là  CUIKÉE  ■ÊUDIOHIXK  iJ>UÉflUII»AHTB- 

par  rintennédiaire  da  fétichear,  oa  plas  simplement  an 
féticheor  lai-mèmey  car  celai-ei  n*j  regarde  pas  de  si  près, 
une  oa  plusieurs  pièces  de  tissa  et  da  tafia,  accompagne- 
ment inséparable,  à  la  côte,  de  toate  cérémonie  et  de  toute 

afiaire» 
On  est  admis  alors  à  planter  an  clon  plas  oo  moins  grand 

dans  la  statae  oa  statoettCt  pendant  qae  le  ganga  formule, 

on  que  voas  formulez  vous-même  votre  demande  ou  tos 

désirs. 
Lorsque  la  question  a  trait  à  une  maladie,  c'est  le  ganga- 

milongOy  espèce  de  médecin,  qui  répond  ;  si  la  question  est 

d'ordre  supérieur,  c'est  le  ganga-zambi,  véritable  augure, 

qui  interprète  la  réponse  du  n'doké. 
La  cérémonie,  dans  ce  dernier   cas,  a   un   caractère 

étrange  :  le  ganga,  revêtu  d'un  costume  spécial,  tatoué  de 
façon  particulière  et  bizarre,  aussi  effrayante  que  possible, 
paraît  être  sons  l'inspiration  du  n'doké. 

Tour  à  tour  il  roule  des  yeux  furibonds,  se  livre  à  des 
contorsions  violentes  «u  paraît  abattu;  enfin  il  prononce 
sa  sentence.  Ce  n'est  plas  même  l'augure,  c'est,  sous  une 
forme  grossière,  la  sybîUe  antique  et  ses  paroles,  comme 
des  oracles,  peuvent  déterminer  des  meurtres  ou  des  crimes, 
car  il  est,  la  plupart  du  temps,  influencé  soit  par  ses  prédi- 
lections, soit  parla  perspective  de  quelque  bénéfice  quand 
il  est  consulté  par  deux  partis. 

J'ai  dit  que  j'avais  dû  recourir  au  n'doké,  si  plaisant  que 
cela  paraisse.  Je  dois  ajouter  que  celui  qui  a  la  vertu  de 
découvrir  les  voleurs,  le  mabiale  mandembo,  dont  il  y  a 
plusieurs  exemplaires  à  la  côte,  est  souvent  fort  utile  aux 
résidents  européens. 

Ce  n'est  pas  assurément  que  le  fétiche  ait  une  réelle  vertu, 
mais,  si  l'on  fait  convoquer  devant  lui  les  noirs  soupçonnés, 
il  est  rare  qu'au  moment  oti  l'on  plante  le  clou  de  rigueur, 
le  visage  du  coupable  ne  se  décompose  et  ne  le  trahisse, 
tant  est  grande  la  superstition  dont  ce  fétiche  est  l'objet. 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  325 

Quelquefois  même  le  ganga,  très  physionomiste,  devine 
le  coupable  si  calme  qu'il  affecte  d'être,  ou  bien  il  soumet 
les  accusés  à  des  épreuves  telles  que  celles  du  couteau 
rougi  au  feu  qui,  appliqué  sur  le  mollet,  ne  brûle  que  le 
coupable,  ou  celle  de  l'anneau  plongé  dans  l'huile  bouil- 
lanle  que  les  innocents  peuvent  seuls  repêcher  impuné- 
ment. 

C'est  à  ce  dernier  ordre  d'idées  que  se  rattache  la  terrible 
exécution  de  la  casca,  mot  portugais  passé  dans  la  langue 
fiotl^  où  il  a  remplacé  le  mot  rCbôndou^  usité  anciennement 
et  qui  signifie  écorce. 

La  casca  est  en  effet  Pécorce  d'une  variété  de  strychnos  ; 
pulvérisée,  elle  est  préparée  en  breuvage  doué  d'une  pro- 
priété toxique  au  plus  haut  point. 

Là,  comme  dans  les  autres  cas,  le  ganga  joue  un  rôle 
important  et  tout  aussi  peu  impartial,  car  le  résultat  favo- 
rable appartient  toujours  sans  contredit  à  ceux  qui  le 
paient  le  mieux  ou  qui  l'influencent  le  plus  adroitement. 

La  casca  s'administre  à  différentes  doses  et,  pour  plu- 
sieurs motifs,  à  des  accusés  de  crimes  capitaux. 

Si  quelqu'un  dans  un  village  vient  à  mourir  prématuré- 
ment, subitement  ou  d'une  maladie  inconnue  ou  rare,  le 
fait  paraît  insolite  à  ces  natures  incultes.  Pour  elles,  il  faut 
qu'une  puissance  surnaturelle  ait  été  invoquée  par  quelque 
ennemi  du  mort,  qu'il  lui  ait  «jeté  un  sort  »,  selon  l'expres- 
sion vulgaire.  Pour  trouver  cet  ennemi,  on  s'adresse  au 
grand  fétiche,  et  les  gangas  doivent  arriver  à  la  découverte 
du  coupable  sous  peine  de  perdre  leur  crédit. 

Us  se  livrent  alors  à  des  incantations,  recueillant  pendant 
ce  temps  tous  les  bruits  qui  se  répandent,  toutes  les  dénon- 
ciations qu'on  leur  apporte  fondées  ou  non,  tout  en  ayant 
garde,  bien  entendu,  de  ne  pas  perdre  de  vue,  leur  intérêt. 
Ws,  suffisamment  édifiés,  je  ne  dis  point  éclairés,  ils  dési- 

!•  Langue  indigène. 


1 


326  LA  GUINÉE  MËRIDIOIfALE  llfDÉPENDAMTE. 

gnent  un  ou  plusieurs  individus  qu'ils  savent  plus  particu- 
lièrement voués  à  la  vindicte  publiqua 

Mais  les  gangas,  dans  ce  cas-i&,  ne  prononcent  pas  de 
condamnations  à  mort  ;  ils  s'en  remettent  à  une  sorte  de 
jugement  de  Dieu  oîi  la  casca  décide. 

S'agit-il  d'accusations  graves  entre  deux  individus  et  de 
rimpossibilité  de  découvrir  de  quel  côté  sont  les  torts,  tous 
deux  doivent  prendre  la  casca  en  commun;  il  va  sans 
dire,  alors,  que  le  survivant  a  raisou. 

La  casca  enfin  est  aussi  administrée  d'office,  et  à  dose 
infaillible,  à  des  criminels  parfaitement  reconnu?. 

Cette  écorce  a  des  propriétés  toxiques  variables  ;  très 
diurétique  à  petite  dose,  elle  n'agit,  assure-t-on,  que  sur  la 
vessie  en  produisant  une  abondante  évacuation. 

Le  dosage  est,  par  suite,  l'art  du  ganga  :  il  doit  savoir 
proportionner  la  dose  au  tempérament  du  patient  qu'il  veut 
faire  échapper  à  la  mort. 

Le  spectacle  d'une  de  ces  exécutions  est  réellement 
horrible. 

Le  patient,  amené  au  poteau  devant  la  population  assem- 
blée, prend  le  breuvage  que  lui  tend  le  féticheur.  Coupable 
ou  non,  soit  courage,  soit  bravade,  soit  résignation,  soit 
enfin  parce  qu'il  a  lieu  d'espéi*er  que  la  dose  ne  lui  sera 
pas  mortelle,  tout  noir  subit  d'un  air  calme  cette  pre- 
mière partie  du  supplice.  Peu  après  apparaissent  des  trou- 
bles généraux  dans  l'organisme,  la  peau  change  de  couleur 
et  se  contracte,  le  corps  se  convulsionne  et  la  foule  suit 
avec  anxiété  cette  marche  de  Tempoisonnement. 

Enfin  révacuation  s'opère  ou  les  souffrances  apparentes 
deviennent  si  vives,  que  l'issue  du  supplice  n'est  plus  dou- 
teuse. 11  arrive  abrs  que  la  foule  sans  attendre  le  coup  de 
gr&ce  du  ganga,  se  rue  sur  la  victime  en  huilant  comme  une 
troupe  de  fauves,  et  en  un  instant,  le  corps  du  malheureux 
est  haché,  lacéré,  mis  en  pièces. 
Ainsi  va  la  justice  dans  ces  pays-là  ! 


LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  327 

La  Câsca  n'est  pas  le  seul  mode  d'exécution  judiciaire  ; 
j'en  ai  nommé  déjà  quelques  autres  à  propos  de  l'adultère, 
notamment  la  décapitation  et  Tenterrement  vif. 

Je  dois  ajouter  là  section  des  doigts  ou  du  poignet,  et 
l'empalement  qui  se  fait  non  avec  le  pal  des  mahométans, 
mais  avec  des  pieux  en  bois  très  aigus  et  très  gros. 

Ce  dernier  supplice  est  surtout  employé  lorsqu'on  veut 
que  la  trace  en  subsiste  longtemps,  comme  dans  le  cas  où 
une  exécution  doit  sceller  une  convention. 

Ainsi,  à  Landana,  en  1870,  après  une  guerre  de  quelque 
durée  entre  des  tribus,  deux  esclaves  scellèrent  de  la  sorte 
une  promesse  de  paix,  qui  n'en  fut  d'ailleurs  pas  mieux 
tenue  pour  cela. 

Dans  toutes  ces  exécutions  apparaît  l'intervention  des 
fétiches  et  de  toutes  les  pratiques  superstitieuses  avec  leur 
barbarie  ;  mais  celle  de  la  casca  est  la  plus  fréquente.  Il 
est  à  remarquer  que  c'est  la  femme  qui  montre,  dans  le 
dernier  acte,  le  plus  de  sauvagerie  ;  c'est  elle  qui  s'acharne 
le  plus  sur  le  cadavre  du  condamné,  soit  quelle  ait  plus  de 
foi  dans  la  justice  qui  parait  éclater,  soit  que  ses  instincts 
cruels  trouvent  là  une  occasion  de  s'assouvir  en  toute 
liberté.  (A  suivre). 


DE  PETROVSK  A  ASTRAKHAN 

DErBT-FAATy  LE  TOLGÂ,   LES  KALMCCKS 


Septembre  1878. 

Arri?és  à  la  rade,  près  de  rembouchore  da  Yolga,  dans 
la  mer  Caspienne,  les  bateaax  maritimes  s'arrêtent.  A  cette 
limite  cesse  lear  service  et  commence  celui  des  vapeurs. 

Ce  point  est  nommé  Devet-Paat  (neuf  pieds),  dénomina- 
tion qui  indique  la  profondeur  de  la  rade  en  cet  endroit 
Devet-Faat  est  le  point  central  pour  le  chai^ment  et  le 
déchargement  des  barques  fluviales  qui  entretiennent  les 
communications  entre  Astrakhan  et  la  mer  Caspienne.  Il 
règne  beaucoup  d'animation  à  Devet-Faat.  Grand  nombre 
de  bateaux  s* y  croisent,  échangeant  les  cargaisons  venant 
de  la  Perse  et  du  Caucase  pour  celles  de  l'intérieur  de 

Russie  à  destination  de  ces  pays.  Les  barques  sont  remor- 
quées par  de  petits  navires  à  vapeur  jusqu'à  Astrakhan,  où 
es  produits  venant  de  la  Perse  sont  débarqués  à  la  douane 
et  ceux  du  Caucase  au  quai  du  Volga.  De  là,  pour  remonter 
le  fleuve,  les  marchandises  sont  transportées  sur  d'autres 
barques  plus  grandes  appartenant  à  différentes  compagnies. 
La  compagnie  dite  o  Mineure  et  Caucase  »,  la  première  en 
ligne,  possède  des  bateaux  pour  le  service  des  passagers, 
des  remorqueurs  et  des  navires,  système  américain,  pour 
passagers  et  marchandises.  La  société  «  Volga»,  créée  en 
1843,  a  des  remorqueurs  et  fait  le  service  des  passagers  sur 
le  Volga.  La  compagnie  a  Samalet  »,  entre  Astrakhan,  Tver 
et  Perm,sur  la  Hama,  transporte  des  passagers  et  principa- 
lement des  colis  légers.  La  «  Droujna  »  a,  sur  la  Caspienne, 


DE  PETROVSK  A  ASTRAKHAN.  329 

des  navires  à  voiles  pour  le  transport  du  pétrole,  deux  petits 
bateaux  à  vapeur  allant  en  Perse,  plusieurs  barques  et 
remorqueurs,  le  tout  pour  marchandises.  La  compagnie 
«  Lébed  »  fait  le  service  sur  la  mer  Caspienne  et  le  Volga 
pour  le  transport  des  marchaudises.  La  société  dite  «  Sys- 
tème Américain  »,  porte  sur  ses  grands  bateaux  passagers 
et  marchandises  jusqu'à  Nijni  Novgorod. 

Outre  les  navires  appartenant  aux  six  Compagnies  men- 
tionnées, un  grand  nombre  de  bateaux  remorqueurs,  pro- 
priété de  divers  armateurs,  arrivent  et  partent  journellement 
de  Devet-Faat  chargés  de  poisson,  sel,  pétrole,  farine,  etc. 
La  concurrence  entre  ces  différentes  Compagnies  et  les  ar- 
mateurs est  très  grande. 

Devet-Faat  représente  le  point  de  transport  entre  l'Europe 
et  l'Asie.  Là  passent  aussi  les  produits  des  pêcheries  avoi- 
sinantes  dont  l'extension  est  énorme,  principalement  en 
harengs  et  poissons  secs.  Il  se  trouve  à  Devet-Faat  plusieurs 
barques  sur  lesquelles  sont  établies  des  maisons  où  résident 
les  employés  des  diverses  Sociétés  nommées  ci-dessus  et  de 
la  douane.  Ces  barques  forment  unie  petite  ville  flottante 
entre  la  Caspienne  et  le  Volga,  souvent  ballottée  par  les 
vagues  de  ces  eaux.  L'arrêt  du  bateau  à  vapeur  à  Devet- 
Faat  est,  pour  celui  qui  ne  peut  se  vanter  d'être  bon  marin, 
un  moment  de  satisfaction.  La  conscience  qu'il  va  naviguer 
plus  loin  sans  ressentir  les  tourments  d'une  traversée  sur 
mer  lui  apparaît  comme  une  réconciliation  avec  les  ondes. 
Aussi  est-ce  gaîment  qu'il  emménage  sur  la  barque  spacieuse 
où,  sans  être  incommodé  ni  par  le  bruit  de  la  machine  à  va- 
peur, ni  par  les  vagues  de  la  mer,  il  va  passer  une  partie  du 
jour  et  une  nuit  tranquille  jusqu'à  Astrakhan.  L'arrivée  à 
Devet-Faat  ne  manque  pas  d'intérêt,  tant  par  l'animation 
qui  y  règne  que  par  la  nouveauté  du  spectacle  que  ce  lieu 
présente.  Le  nombre  des  navires  dans  la  rade,  près  de 
chacun  desquels  se  traînent  barques  et  remorqueurs,  la 
population  de  porlefaix,  d'ouvriers  occupés    à  charger  et 


3B0  DE  PETIOTSK  A  ASTRÀKIIA5. 

décharger  de  riin  sur  Taolre  les  innombrables  colis  de 
marchandises,  la  diversité  des  types  dont  cette  armée  de 
tra?ailleors  se  compose,  forment  un  ensemble  d'une  origi- 
nalité qu'on  rencontrerait  rarement  ailleurs.  Ici  un  ne  voit 
plus  le  costume  guerrier  du  Caucasien  coiffe  du  haut  IajmkA 
qui  donne  à  sa  physionomie  Taspect  farouche,  cadrant  avec 
les  armes  dont  il  est  porteur.  La  mise  de  la  peuplade  ici  est 
toute  différente  de  celle  de  ses  frères  montagnards.  La  plu- 
part portent  une  longue  blouse  en  toile  blanche,  un  cha- 
peau  de  même  couleur  en  feutre,  à  larges  bords,  en  forme 
de  cône.  D'autres  ont  pour  coiffure  un  bonnet  rond  garni  de 
peau  de  mouton  noir  (nommé  en  Europe  de  Vastrakhan). 

Quatre  races  surtout  se  distinguent  parmi  ces  hom- 
mes, ce  sont  :  le  Tatar,  llndien  tatar,  le  Kirghis  et  le  Kal- 
muck.  Les  Tatars  sont,  pour  ainsi  dire,  les  indigènes  du 
pays.  Venus  de  Chine  avec  Gengis  Khan  au  douâème  siècle, 
ils  fondèrent  le  royaume  du  Kaptchak,  entre  le  Dniester  et 
TEmba.  Quoique  passant  pour  être  de  la  race  mongole,  le 
Tatar  ne  ressemble  pas  au  Ralmuck,  dont  l'origine  est  delà 
même  famille.  Les  Tatars  font  dériver  leur  nom  d'un  fleuve 
voisin  de  la  province  du  Mongol  habitée  par  eux  jadis.  Le 
plus  grand  nombre  ici  sont  cultivateurs. 

Les  Tatars  indiens,  plus  actifs  qu'eux,  sont  peu  nombreux. 
Lorsque  les  Indiens  eurent  le  commerce  d'Astrakhan  en 
main,  ils  s'allièrent  à  des  femmes  tatares.  De  là  le  métis 
indien4atar,  dont  le  type  se  rapproche  de  l'Européen. 

Les  Kirghis,  descendants  des  Turcomans,  peuplent  les 
steppes  de  la  rive  gauche  du  Volga.  Depuis  le  mois  de 
juin  1876^  les  steppes  des  Kirghis  font  partie  du  gouverne- 
ment d'Astrakhan.  Avant  cette  époque,  elles  dépendaient 
du  gouvernement  général  d'Orenbourg.  La  peuplade  Kir- 
ghise  s'élève  au-delà  de  deux  cent  mille  âmes,  disséminées 
sur  un  terrain  mesurant  sept  millions  de  déciatines  ';  no- 

1.  Dédaiine  ^x.  109,  iô  mètres  carrés. 


DE  PETBOVSK  À  ASTRAKHAN.  331 

made  comme  la  kalmucke,  cette  peuplade  ne  lui  ressemble 
guère  de  caractère.  Le  Kirghis  est  plus  avancé  en  civilisa- 
tion queleKalmuck;  vif,  belliqueux,  il  offre  de  la  résistance 
là  où  le  Kalmuck  se  soumet. 

Les  Kirghis  on  fait  déjà  un  pas  vers  la  demeure  stable, 
car,  en  hiver,  un  grand  nombre  d'entre  eilx  vivent  dans  de 
petites  maisons   ou  cabanes,  nommées  Zemlianka^  con- 
struites en  terre  glaise.  En  été,  ils  s'abritent   sous  des 
tentes  {kihitka)^  de  môme  que  les  Kalmucks,  et  sont  pas- 
teurs comme  eux.  Les  Tatars,  les  métis  (indiens-tatars)  et 
les  Kirghis  sont  mahométans  de  la  secte  sunite.  Les  Kal- 
mucks (idolâtres)  sont  Lamaïtes;  ils  professent  la  religion 
du  Thibet.  Leur  chef  ecclésiastique  est  nommé  Dalaï-Lama; 
leur  clergé  se  divise  en  quatre  classes,  les  Baktchi,  Ghellem, 
Ghetzul,  Manghik.  Ces  noms  correspondent  à  des  grades 
ecclésiastiques.  Les  Lamaïtes  croient  à  la  métempsycose.  Le 
clergé  lamaïte  est  voué  au  célibat.  Les  Kalmucks  nomment 
leur  temple  Swm^  ou  Ghouroul^  (lieu  de  prière).  Le  nombre 
des  Kalmucks  s'élevait  au-delà  de  cent  seize  mille  dans  le 
gouvernement  d*Astrakhan  en  1876.   Cette  population  est 
sous  la  dépendance  du  ministère  des  biens  de  la  couronne. 
Elle  occupe  sept  millions  trente-deux  mille  quatre  cents  dé- 
ciatines  de  terre.  On  compte  deux  hommes  et  deux  femmes 
par    kibitka.    Chaque   tente     paie  une  contribution  de 
sept  roubles  quatorze  kopecks  par  an  au  propriétaire  du 
terrain  sur  lequel  elle  est  établie,  ce  qui  forme  le  revenu 
de  celui-ci.  La  population  masculine  des  kalmucks  est  plus 
nombreuse  que  la  féminine.  La  statistique  donne  un  surplus 
d'à  peu  près  douze  mille.  Les  hommes  vivent  plus  long- 
temps que  les  femmes  ;  ils  travaillent  peu  et  celles-ci  beau- 
coup. Ceux  qui  sont  employés  aux  travaux  des  Whathaya 
(établissements  de  salaison)  et  aux  Jromyssel  (pêcheries  de 

1.  Sumé  est  le  temple  construit  de  pierre  ou  bois.  —  Ghouroul  est  la 
kibilkd  où  se  fait  le  service  religieux.  Le  premier  sert  pendant  l'hiver; 
Tété  les  objets  du  culte  sont  transportés  sous  les  tentes. 


332  DE  PETROYSK  A  ASTRAKHAN. 

poisson),  meurent  plus  tôt,  étant  souvent  exposés  à  Thu- 
midilé  et  au  mauvais  temps.  De  taille  moyemie,  le  teint 
basané,  les  yeux  foncés  et  de  forme  oblique,  le  nez 
aplati,  les  pommettes  saillantes,  le  front  étroit,  les  dénis 
blanches,  de  beaux  cheveux  noirs,  tel  est  le  type  des 
Kalmucks,  qui  se  ressemblent  tous  entre  eux.  Ces  nomades 
quittent  leurs  quartiers  d'hiver  vers  la  fin  du  mois  de  fé- 
vrier ou  au  commencement  de  mars,  peuaprèsla  fête  du  prin- 
temps, nommée  par  eux  Tzagann-Sar  (lune  du  mois  blanc). 
Cette  fête  se  célèbre  par  des  jeux,  des  luttes,  des  courses  à 
cheval,  auxquels  les  femmes  prennent  part.  Fin  août  ou  en 
septembre,  ils  reviennent  au  lieu  choisi  pour  la  mauvaise 
saison,  où  le  bétail  trouve  sa  nourriture.  On  évalue  le 
nombre  de  leurs  troupeaux,  chevaux  et  chameaux  compris, 
à  environ  un  million  huit  mille  neuf  cents  têtes.  Dans 
les  steppes  éloignées  du  Volga,  oh  Teau  manque,  les  no- 
mades creusent  des  puits  d'une  sagène  et  demie  à  trois 
sagènesde  profondeur*.  En  hiver,  ils  boivent  la  glace  fondue 
des  étangs.  Dans  quelques  steppes  peuplées  par  les  Kalmucks, 
le  gouvernement  a  tenté  la  plantation  d'arbres  fruitiers  et 
autres.  Cet  essai,  fait  de  1846  à  1862,  ne  répondit  pas  à 
Tattente  :  une  somme  de  cent  trente  mille  roubles  '  fut 
employée  à  cet  effet;  la  plupart  des  arbres  périrent,  ils  ne 
resta  que  ceux  qui  étaient  acclimatés  au  pays. 

Les  Kalmucks  sont  originaires  d'une  province  de  la  Mon- 
golie, située  au  nord  de  la  Chine  et  nommée  Sungarie*. 
Ce  pays  formait  un  État  ayant  un  chef.  Plus  tard  (1760),' 
cette  province  fut  annexée  à  la  Chine.  A  la  fin  du  quator- 
zième siècle,  trois  branches  de  cette  province  formèrent 
une  alliance  nommée  Oyrat,  dont  leschefs  portaient  le  nom 

i.  1  sagène  =  2m,  133. 

2.  1  rouble  =  4  francs. 

3.  Sungari  signifie,  en  Mongol,  côté  gauche.  Tributaire  de  la  Chine, 
cette  province  reçut  ce  nom  parce  qu*en  temps  de  guerre  les  soldats  ve- 
nant de  là  formaient  le  flanc  gauche  de  Tarmée  chinoise. 


DE  PETROVSK  A  ASTRAKHAN.  333 

de  Taïcha.  Les  rapports  de  la  ligue  Oyrat  avec  les  Russes 
datent  de  1618*.  A. cette  époque,  le  chef  ayant  mécontenté 
les  No^ones  (nobles  du  pays),  ceux-ci,  d'accord  entre  eux, 
s'adressèrent  au  gouvernement  russe  afin  d'obtenir  l'autori- 
sation d'éraigrer  dans  le  pays.  Il  leur  fut  permis  de  s'établir 
dans  les  steppes  au  sud  de  la  Sibérie,  et  ils  devinrent  par 
là  [sujets  moscovites.  A  cette  division  de  leur  race,  les 
Kalmucks,  dit-on,  doivent  leur  nom,  les  Tatars  ayant 
nommé  ceux  qui  avaient  déserté  le  pays  Kaltnaklis  ou 
Kalmak,  ce  qui,  dans  leur  idiome,  répond  à  séparés.  De  là 
le  nom  deKalmuckouKalmyck  donné  aux  Mongols  habitant 
les  steppes  delà  Russie. 

Dans  la  suite  un  des  Taïcha,  nommé  Ghourluk,  s'avança 
avec  une  nombreuse  population  (50  000  kibitkas),  aux 
confins  de  la  Russie  d'Asie,  aux  bords  des  fleuves  Obi, 
Irtysch  et  Tabol,  pour  échapper  aux  poursuites  de  ceux  de 
sa  race.  Plus  tard,  ils  avancèrent  encore,  pénétrant  jusqu'au 
sud  de  la  Russie,  dans  les  steppes,  entre  les  bords  de 
rOural  et  de  l'Emba,  puis  vinrent  (1632)  le  long  du  Volga 
et  de  l'Actouba  dans  les  steppes  adjacentes  à  ces  cours  d'eau. 

Le  gouvernement  russe,  mécontent  d'abord  de  cette 
prise  de  possession  de  terrain,  comprit  que  ces  bandes  ser- 
viraient de  barrière  contre  d'autres  invasions  m6ngoles  et 
les  laissa  sur  le  territoire  dont  elles  s'étaient  emparées.  Mais 
la  Russie  fut  trompée  ;  car,  au  lieu  de  former  un  rempart, 
cette  horde  de  sauvages  dévasta  elle-même  le  pays,  et  le 
gouvernement  fut  forcé  d'envoyer  une  armée  contre  elle. 
En  1655,  le  Taïcha,  fils  de  Ghourluk,  envoya  un  ambassa- 
deur à  Moscou,  promettant  de  respecter  le  pays,  et  la  paix 
fut  conclue.  En  1661,  les  Kalmucks  fournirent  des  hommes 


1.  Ces  trois  branches  mongoles  portaient  les  noms  deTchoros,  Khaït, 
Klochot.  A  elles  se  joignit  une  quatrième  peuplade  nommée  Targhoo ut; 
cette  ligue  de  quatre,  nommée  Derbet  Oyrat,  était  régie  par  des  Taïcha 
(chefs)  principaux,  qui  en  avaient  sous  leurs  ordres  d'autres  nommes 
Notone. 


334  DE  PETROVSK  À  ASTRAKHAN- 

à  Tarmée  russe  guerroyant  avec  les  Tatars  de  la  Griinée, 
commandés  par  leur  K)iaD. 

En  1721,  après  la  mort  du  Taïcba  qui  avait  reçu»  en  1690, 
le  titre  de  Khan,  du  chef  suprême  de  Téglise  Laïte,  le  Dalaî 
Lama  du  Thibet,  eurent  lieu  des  querelles  qui  dégéné- 
rèrent en  guerre  civile,  plusieurs  se  disputant  ce  titre.  Pour 
y  mettre  lin,  le  gouvernement  russe  choisit  depuis  lors  les 
Khans  Kalmucks.  La  liberté  dont  ils  avaient  joui  jusqu'alors 
en  Russie  y  augmenta  la  population  asiatique»  mais  les  in- 
trigues de  ceuxquibriguaient  le  pouvoir  eurent  un  effetcon- 
traire.  L'un  d*eux  répandit  de  faux  bruits,  avertissant  la 
bande  que  la  Russie  allait  reprendre  une  partie  du  terrain 
cédé,  et  que  les  Kalmucks,  à  Tinstar  des  Cosaques,  seraient 
contraints  au  service  militaire.  Ces  rumeurs  avaient  pour 
but  de  faire  pariir  un  grand  nombre  de  Kalmucks  et^  avec 
l'aide  du  clergé,  celui  qui  les  avait  ébruitées  voulut  prendre 
la  place  du  Khan  choisi  par  le  gouvernement  russe.  11  s'en 
suivit  qu'un  grand  nombre  s'en  retournèrent  en  Mongolie 
(1771),  dans  la  province  d'où  ils  étaient  venus,  et  qui, 
depuis  1760,  faisait  partiede  l'empire  chinois.  Les  Kalmucks 
ignoraient  cette  circonstance  et  croyaient  revenir,  dans  un 
état  indépendant;  mais  très  peu  de  ces  malheureux  revin- 
rent à  Sungari;  la  plupart  moururent  en  route,  les  autres 
s'établirent  dans  les  cantons  voisins.  Il  ne  resta  plus  alors 
en  Russie  qu'environ  13,000  kibitkas  sur  la  rive  droite 
du  Volga.  Ce  furent  ceux  qui  n'avaient  pu  rejoindre  les 
fuyards,  le  Volga  n'étant  pas  gelé  cet  hiver  là  et  les  bateaux 
manquant.  Après  Témigration  des  Kalmucks,  le  gouverne- 
ment russe  abolit  le  titre  de  Khan,  ne  voulant  plus  de  roite- 
let des  steppes. 

Les  terres  qui  avaient  appartenu  aux  émigrés  furent 
partagées  entre  les  Noïones  (chefs)  sur  lesquels  les  Taïcba 
avaient  droit  de  vie  et  de  mort.  Ce  titre  aussi  fot  aboli  el 
avec  lui  fut  affaibli  le  pouvoir  des  Kalmucks  sur  la  lande.  Pen 
à  peu  d'autres  prérogatives  furent  enlevées  aux  Mongob 


DE  PETROVSK  À  ASTRAKHAN.  335 

établis  en  Russie  ;  ils  tombèrent  désormais  dans  un  état  de 
dépendance  complète.  Actuellement  les  Kalmucks  forment 
des  groupes  liés  entre  eux  par  des  alliances  de  famille 
nommées  Khotane. 

Plusieurs  Khotane  forment  un  Aïmak  ;  plusieurs  Aïmak 
une  Anghi;  (tribu)  un  assemblage  de  plusieurs  Ânghl 
compose  un  ensemble  nommé  Oulaus.  Toute  la  population 
kalmucke  en  Russie  est  divisée  en  sept  Oulaus*,  dont  cinq 
appartiennent  à  la  couronne  et  deux  aux  propriétaires 
nommés  Noïones^,  dont  la  noblesse  n'est  pas  reconnue. 

Chaque  Oulaus  est  administré  par  un  employé  russe 
nommé  curateur;  lé  chef  des  sept  curateurs  des  Oulaus 
porte  le  titre  de  grand  curateur  en  chef  du  peuple  Kalmuck. 
Ce  fonctionnaire  habite  Astrakhan  et  a  le  rang  de  général. 
Chaque  Oulaus  choisit  un  délégué  national  ;  ce  représentant, 
remplacé  tous  les  trois  ans,  porte  le  nom  de  Badogtcheï;  sa 
charge  est  de  sauvegarder  les  intérêts  des  Kalmucks  dans 
toute  affaire  de  transaction  commerciale. 

Les  Russes  ont  divisé  la  nation  kalmucke  en  quatre  classes  : 

D'abord  les  NoïoneSf  propriétaires,  qui  reçoivent  la  con- 
tribution des  kibitkas  sur  leur  territoire,  revenu  nommé 
albane  en  idiome  kalmuck. 

Les  Noïones  sont  considérés  comme  suzerains  par  ceux 
qui  habitent  leur  territoire^  ceux-ci  se  considérant  en  quel- 
que sorte  leurs  vassaux.  Ils  ne  peuvent  se  détacher  de  TOu- 
laus  qui  leur  appartient.  L'État  ne  reconnaît  pas  les 
Noïones  comme  nobles;  ils  ne  gagnent  ce  titre  qu'en 
entrant  au  service  du  gouvernement. 
La  deuxième  classe  est  celle  des  Zaizangs  :  ils  représentent 


1 .  Oulaus  est  généralement  employé  par  les  Russes,  mais  les  K^tlmucks 
désignent  ce  nombre  de  famille  sous  le  nom  de  Rouiouk.  Ceux  auxquels 
rOulau»  appartient  portent  le  titre  de  Beignears;en  russe,  \&  nom  d'Où- 
laus  se  traduit  par  propriétairet  et  il  faut  distinguer  entre  celui-ci  et 
l'autre,    désigné  par  les  indigènes  sous  le  nom  de  Noine. 

2.  Descendants  de  ceux  qui  sont  restés  sur  la  rive  droite  da  Volga. 


336  DE  PETROVSK  A  ASTRAKHAN. 

la  noblesse  kalmucke  pour  ce  peuple.  Les  Russes  les  consi- 
dèrent comme  bourgeois.  Les  Zaïzaogs  forment  deux  caté- 
gories :  la  première  comprend  les  fils  aînés  qui  reçoivent  en 
héritage  un  aïmak^.  Dans  la  seconde  catégorie  sont  classés 
les  cadets  de  famille  qui  ne  possèdent  pas  d'aïmak.  Le 
droit  d'ainesse  est  respecté  parmi  les  Kalmucks. 

La  troisième  classe  est  formée  parle  clergé,  qui  est  tout 
puissant. 

La  quatrième  est  celle  du  peuple. 

Les  Kalmucks  font  une  division  très  originale  de  leurs  clas- 
ses :  les  Noïones^  les  Zaïzangs  et  le  clergé  représentent  pour 
eux  le  sang  bleu  des  Sanckes  nobles.  Ils  sont  nommés  Os 
blancs  ',  tandis  que  le  peuple  est  connu  sous  la  dénoniina- 
tion  d'Os  noirs  '.  C'est  une  injure,  de  dire  à  une  personne 
de  distinction,  qu'il  a  des  os  noirs  ou  qu'il  est  Kalmuck  noir. 
Lorsqu'un  prêtre  est  dégradé,  il  devient  un  noir.  Le  peuple 
donne  le  titre  de  seigneur  aux  Noïones.  A  ses  yeux,  ils 
n'ont  pas  perdu  leur  prestige.  Il  ne  reste  que  deux  Noïones 
dans  le  gouvernement  d'Astrakhan:  le  descendant  des 
Tumènes  et  celui  des  Tundous.  L'Oulaus  du  premier  est 
nommé  Khochaoud,  celui  de  l'autre  petit  Derbet 

Ainsi  s'éteignent  peu  à  peu  les  familles  puissantes  parmi 
les  Kalmucks.  Le  territoire  cédé  revient  au  gouvernement 
qui  reçoit  Yalbane  des  cinq  grands  Oulaus  qui  n'ont  plus 
de  seigneurs. 

Pour  celui  qui  s'achemine  dans  un  pays  qu'il  ne  connaît 
pas  et  afin  de  ne  pas  y  arriver  ignorant  totalement  ce  qu'il 
va  y  rencontrer,  il  est  utile  de  se  familiariser  autant  que 
possible  aux  nouveautés  qui  l'attendent.  La  vue  des  Kalmucks 
à  Devet-Faat  explique  donc  cet  aperçu  de  l'histoire  des 
Mongols  qui  peuplent  les  steppes  du  Volga. 

1.  Un  aimak  est  un  assemblage  de  familles  payant  la  contribuliun 
pour  les  kibitkas. 

2.  Os  blanc,  sagan  jassane. 

3.  Os  noir»  gara  jassane. 


L£S 

ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE 


PAR 


Il  y  a  peu  de  temps,  cent  un  coups  de  canon  résonnant 
dans  les  gorges  des  Alpes  centrales  annonçaient  au  monde 
un  grand  événement  :  le  Saint-Gothard  venait  d'être  percé. 
Partis  les  uns  du  nord,  les  autres  du  sud,  les  travailleurs 
des  deux  galeries  avaient  pu  se  donner  la  main.  Le  monde 
était  doté  d'une  nouvelle  grande  route  commerciale. 

Est-ce  bien  le  monde  qu'il  faut  dire?  Est-ce  bien  le 
inonde  tout  entier  qui  profitera  de  cette  voie  nouvelle? 
Hélas,  non  ! 

Dans  l'état  actuel  de  rivalité  des  peuples,  ce  qui  avantage 
l'un  nuit  le  plus  souvent  à  l'autre.  Entre  les  nations,  comme 
entre  les  individus,  règne  la  concurrence,  ce  grand  ressort 
des  perfectionnements  et  des  découvertes.  L'Allemagne 
profitera  plus  que  nous  du  tunnel  du  Saint-Gothard.  Mais, 
dans  cette  grande  a  lutte  pour  la  vie  >  qui,  en  somme,  est 
une  lutte  pour  le  progrès,  il  ne  faut  pas  s'attarder  à  en 
vouloir  à  ceux  qui  prennent  l'avance,  mieux  vaut  s'efforcer 
de  les  imiter  et  de  les  rejoindre. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'intérêt  universel  qui  s'attache  à  ces 
grands  événements  pacifiques  où  la  science  a  joué  le  pre  • 
mier  rôle  et  qui  n'ont  pas  fait  couler  le  sang  montre  qu'un 
esprit  nouveau  anime  le  monde  moderne  et  qu'on  y  sent 
toute  rimportance  des  questions  qui  se  rattachent  à  celle 
que  je  vais  traiter. 

Le  sujet  que  j'aborde  est  aride  et  vaste;  d'ailleurs  ,  on  ne 

soc.  DE  GtOGR.  —  OCTOBRE  1880.  XX    -    22 


338       LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE. 

se  procure  que  fort  difficilement  des  renseignements  suffi- 
sants sur  les  routes  commerciales  du  globe. 

L'histoire,  qui  nous  raconte  avec  tant  de  détails  la  vie  de 
certains  hommes,  les  faits  et  gestes  des  rois  ou  fainéants  ou 
trop  ambitieux,  l'histoire,  qui  s'étend  si  longuement  sur  les 
événements  dramatiques  ou  hideux  qui  ensanglantent  le 
chemin  de  l'humanité,  dit  à  peine  un  mot  des  relations 
commerciales  des  peuples. 

Et  cependant,  ne  sont-ce  pas  les  intérêts  commerciaux 
qui  forment  le  vrai  fonds  de  l'histoire  ?  N'est-ce  pas  par 
eux  que  s'expliquent  et  s'excusent  bien  des  luttes  dont  on 
ne  nous  a  décrit,  dont,  peut-être^  on  n'a  vu  que  le  côté 
extérieur? 

De  quelque  façon  que  l'on  classifie  les  facultés  de 
l'homme,  à  quelque  rang  que  Ton  place  ses  besoins  maté- 
riels, il  est  incontestable  que  ce  sont  eux  qui  exigent  le 
plus  impérieusement  satisfaction. 

Se  procurer  le  vivre,  le  vêtement,  le  couvert,  —  voilà  les 
trois  impulsions  initiales  et  persistantes  qui  agissent  sur 
l'homme.  Qu'un  peuple  ne  se  fonde  et  ne  grandisse  que 
lorsqu'il  s'est  élevé  au-dessus  de  la  satisfaction  de  c&s  pre- 
miers appétits,  cela  est  possible,  mais  il  n'aurait  pas  pu 
nsdtre  si  ces  appétits  n'eussent  d'abord  été  satisfaits* 

Ce  sont  donc  là  les  grands  ressorts. 

Quand  on  y  regarde  de  près,  malgré  rinsuffisance  des 
renseignements,  on  en  découvre  le  jeu  sous  la  plupart  des 
événements  de  l'histoire.  Les  guerres  de  débouché  que  sus- 
citent les  intérêts  coomierciaux  ne  sont  ni  simplement  un 
mot,  ni  un  fait  inconnu  pour  l'histoire  moderne.  Dans  le 
passé,  les  mêmes  mobiles  ont  existé. 

Les  Romains  combattent  Garthage  et  la  détruisent  Ils 
luttaient  pour  l'empire  des  mers,  dit  l'histoire^  — Au  fond, 
ce  qu'ils  voulaient,  c'était  être  maîtres  des  miises  d'argent 
de  l'Espagne,  des  ports  de  la  Sicile  et  du  commerce  de 
l'Afrique  que  Garthage  avait  accaparé- 


LES  ROUTBS  GOHMERGIALBS  DU  «LOBE.  33^ 

A  répoque  des  Croisades,  l'un  des  mobiles  de  ces  expé- 
ditions, c'est  que  Venise  ne  veut  pas  qu'on  lui  ferme  les 
routes  de  l'Orient. 

Les  thé&trales  expéditions  d'Alexandre,  c'isst  la  Grèce 
qui  veut  mettre  la  main  sur  les  richesses  de  l'Asie.  —  Peut- 
être  arrivera-t-on  quelque  jour  à  découvrir  que  la  belle 
Hélène  est  un  mythe,  que  le  rapt  du  beau  Paris  cache 
quelque  lutte  de  comptoir,  et  que  la  légendaire  guerre  de 
Troie  fut  une  guerre  de  débouchés. 

Quelle  histoire  du  monde,  plus  vivante  et  plus  vraie  que 
celle  qui  nous  a  été  enseignée  jusqu'à  ce  jour,  nous  donne* 
raient  les  historiens  s'ils  se  plaçaient  à  ee  point  de  vue  ! 

Les  efforts  permanents  des  nations  pour  améliorer  leur 
bien-être  y  prendraient  leur  véritable  place.  Les  dévelop- 
pements de  l'industrie  humaine  y  recevraient  leur  impor- 
tance réelle,  et,  sans  qu'il  y  ait  toujours  contradiction  entre 
les  deux  choses,  au  lieu  de  nous  décrire  les  routes  foulées 
par  les  conquérants,  ils  nous  montreraient  celles  qu'a  ou- 
vertes la  fécondante  puissance  du  commerce. 

On  peut  envisager  sous  trois  points  de  vue  distincts  le 
sujet  qui  fait  l'objet  de  cette  notice  : 

1»  La  situation  des  grandes  routes  commerciales  et  leurs 
déplacements  successifs. 

2<>  Vétat  et  la  modification  des  moyens  de  transport; 

3*  La  nature  et  la  succession  des  marchandises  trans«> 
portées. 

SITUATION   ST  DÉPLACEMENTS  SUCCESSIFS  DES  ROUTES 

GOMIIERCULES* 

L^examen  des  déplacements  successifs  des  routes  com- 
merciales amène  à  diviser  le  temps  écoulé,  depuis  Tan  1000 
avant  Jésus  jusqu'à  nos  jours,  en  périodes  ainsi  quil 
suit:  ^  . 


340  LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE, 

Durée, 

lo  Période  Gréco-Romaine  (—  1000  à  —  200)....       800  ans. 

2»  —       Romaine(— 200à +350) 550 

3o  —        Des  invasions  (+ 350  à  800) 450 

4»  —       Du  moyen  Age  (800  —  1450) 650 

50  __        Des  grandes  découvertes  (1450  à  1600).        150 

0°  —       Moderne 280 


2880  ans. 


r/esl  dans  les  plaines  de  l'Asie  occidentale,  dans  le  bas- 
sin du  Tigre  et  de  TEuphrate,  le  long  des  côtes  découpées 
du  golfe  Persique,  que  la  civilisation  à  laquelle  nous  ap- 
partenons a  pris  naissance. 

C'est  là  que  se  sont  fondées,  sur  les  bords  des  grands 
fleuves,  les  capitales  d'empires  puissants  disparus  aujour- 
d'hui. 

C'est  là  enfin,  au  fond  oriental  de  la  Méditerranée,  à 
deux  pas  de  cette  vallée  asiatique  où,  depuis  de  longs  siè- 
cles, vivait  l'Egypte,  en  face  de  la  Grèce  dont  la  civilisation 
allait  briller  d'un  si  vif  éclat,  que  Ton  peut  constater  histo- 
riquement les  premières  traces  des  grandes  routes  com- 
merciales. 

C'est  Tyr  qui  en  est  le  nœud  et  l'entrepôt.  Brillant  de 
tout  son  éclat  au  temps  du  roi  David  (1000  avant  J.  G.), 
écrasée  une  première  fois  par  Nabuchodonosor  en  57:2 
avant  J.  G.,  ruinée  enfin  par  Alexandre  au  profit  d'Alexan- 
drie d'Egypte  qu'il  venait  de  fonder  (332  avant  J.  G.),  Tyr, 
pendant  celte  longue  existence,  appelait  à  elle  les  courants 
de  transport  qui  lui  arrivaient  des  bords  du  golfe  Persique 
et  du  pied  même  des  grandes  chaînes  de  l'Asie,  pour  répan- 
dre sur  lés  rives  de  la  Méditerranée,  —  Grèce,  Italie,  Gaule, 
Espagne,  —  les  produits  de  l'Orient. 

Ici,  et  dès  Tabord,  nous  voyons  se  manifester  un  phéno- 
mène qui  se  reproduit  dans  toute  l'histoire  du  monde  : 
rémigration  vers  1^3ccident• 

C'est  vers  l'occident  que  les  Phéniciens  essaiment.  Ils 
fondent  Garthage  (860  avant  J.  G.)  sur  la' côte  d'Afrique, 


LES  ROUTES   COMMERCIALES  DU  GLOBE.  3 il 

au  point  où  cette  côte  se  relève  pour  fermer,  en  quelque 
sorte,  avec  la  Sicile  et  la  pointe  de  l'Italie,  la  moitié  orien- 
tale de  la  Méditerranée. 

C'est  également  vers  l'occident  que  les  Grecs  se  dirigent. 
Après  avoir  couvert  de  colonies  les  côtes  de  l'Asie  Mineure, 
c'est  en  Italie,  en  Sicile  qu'ils  se  portent. 

Les  Phocéens,  colonie  grecque  de  l'Asie  Mineure,  vien- 
nent en  Gaule  fonder  Marseille  (600  avant  J.G.),  qui  fut  la 
rivale  de  Cartbage. 

Avec  ce  mouvement,  le  centre  de  gravité  de  la  civilisa- 
lion  se  déplace.  Après  la  grande  lutte  entre  Rome  et  Car- 
thage  (200  avant  J.  C.),  c'est  à  l'occident  de  l'Italie,  contre 
l'Afrique  romaine,  l'Espagne  et  la  Gaule  qu'il  passe  et  qu'i 
s'asseoit. 

Plus  tard,  après  un  long  temps  d'arrêt,  c'est  là  que  nous 
verrons,  au  fond  de  l'Adriatique  d'une  part,  de  l'autre^  sur 
les  côtes  du  golfe  du  Lion  et  de  la  mer  Ligurienne,  se  déve- 
lopper Venise,  Pise,  Gênes,  Marseille,  Barcelone,  Livourne, 
tous  ces  grands  ports  appelant  à  eux  le  commerce  du 
monde. 

Le  mouvement  ne  s'arrête  pas;  la  pousées  continue. 
L'océan  Atlantique  est  là  qui  barre  la  marche  ;  il  faut  le 
franchir. 

C'est  alors  que  commence  ce  grand  drame,  le  plus  im- 
portant de  l'histoire  du  monde,  dans  l'ordre  des  progrès 
matériels,  l'ère  de  la  grande  navigation  et  des  grandes  dé-* 
couvertes. 

Le  résultat  obtenu  ;  l'Atlantique  devenu,  pour  les  peu- 
ples modernes,  comme  une  sorte  de  Méditerranée  agrandie, 
le  mouvement  cesse-t-il?  Non.  Les  côtes  orientales  de 
l'Amérique  se  peuplent,  une  nation  forte  et  puissante  y 
grandit.  Le  continent  qui  la  popte  est  franchi,  et  la  civilisa- 
tion se  trouve  aujourd'hui  devant  l'immense  océan  Paci- 
fique qu'il  faut  sillonner. 

On  peut  partager,  avons-nous  dit.  en  plusieurs  périodes 


342  LES  BOUTES  COMIIBIICIALES  DU  GLOBE. 

cette  marche  de  notre  ciTÎlisation  s'étendaDt  progressÎTe- 
ment  sar  les  continents. 

Nous  avons  déjà  dit  quelques  mots  de  la  période  gréeo- 
phénicienne. 

Là,  c'est  dans  la  Méditerranée  que  se  concentre  le  mon- 
vement  commercial.  Tyr  sur  la  côte  d*Asie,  Garthage  sur 
celle  d'Afrique,  Gorînthe  en  Grèce,  Gorcyre  à  l'entrée  de 
la  mer  Adriatique,  en  sont  les  organes  principaux. 

Pas  de  grands  fleuves,  sauf  le  Nil,  lequel  n'a  jamais  joué 
de  rôle  commercial  important,  qui  déversent  leurs  eaux 
dans  cette  partie  orientale  de  la  Méditerranée. 

Sauf  pour  les  Grecs,  peut*ôtre,  qui  commerçaient  avec 
les  rives  du  Pont-Euxin  et  de  la  mer  Gaspienne,  ce  seul  à 
peu  près  exclusivement  des  voies  de  terre,  parcourues  par 
des  caravanes,  qui  apportaient  à  Tyr  ei  à  Garthage  les  pro- 
duits de  l'Asie  et  de  l'Afrique. 

On  suit  encore  la  trace  de  celles  qui,  par  Babylone  et 
Palmyre,  apportaient  à  Tyr  les  produits  dont  s'alimentait 
le  commerce  de  cette  époque. 

De  l'Ethiopie  venaient  les  esclaves,  l'ivoire,  les  éeaiUes 
de  tortue,  les  parfums  ;  d'Arabie,  l'eneens,  les  gommes,  la 
myrrhe  et  l'aloès  ;  de  llndus  et  du  Goromandel,  les  toiles  et 
cotonnades  ;  de  l'Inde  occidentale,  le  girofle ,  le  poivre, 
nvoire,  les  pertes,  Tîndigo,  le  bois  de  teck ,  l'acier,  la 
mousseline  éL  la  soie  de  Chine,  alors  p&a  connue. 

On  ignore,  il  est  vrai,  b  direction  des  courants  qui  abou- 
tissaient à  Garthage,  de  TAfrique  proprement  dite,  mais  on 
connaît  du  moins  la  route  que  suivaient,  à  travers  l'oasis 
d'Ammon  les  grandes  caravanes  qui  loi  appmtaient  les  pro- 
duits d'Arabie,  principalement  le  sd. 

On  voit  qu^il  y  eut,  entre  Torigine  de  la  période  histo- 
rique et  rahsorption  du  monde  par  les  Romains,  huit  siè- 
cles d'une  prodigieuse  activité  commerdak. 

Les  Phéniciens  possédaient  la  mer  Rouge  ;  ils  y  avaient 
des  ports.  De  11,  ils  lançaient  leurs  navires  vers  l'Arabie 


LES  ROXrrESI  COMMEïtCîALES  DU  OlOBE,  343 

Heureuse  où  ils  prenaient  l'encens,  sur  les  iles  de  Bahrein 
dans  le  golfe  Persique,  si  renommées  par  la  beauté  de  leurs 
perles;  ils  allaient  jusqu'à  Tlndus. 

L'activité  était  encore  plus  grande  à  Garthage.  Plus  de 
deux  siècles  ayant  les  guerres  Puniques,  de  hardis  naviga* 
leurs,  sortant  de  la  Méditerranée,  avaient  porté  sur  les  côtes 
occidentales  de  l'Afrique,  bien  au  delà  du  golfe  du  Barien, 
la  gloire  de  Garthage. 

L'Espagne,  riche  en  mines  d'argent,  jouait  alors  pour  les 
Carthaginois  le  rôle  que  jouèrent  plus  tard,  pour  les  Espa- 
gnols, le  Mexique  et  le  Pérou. 

Les  expéditions  d'Alexandre,  tout  en  déplaçant  certains 
intérêts,  n'avaient  cependant  pas  profondément  altéré  cet 
état  de  choses. 

L'esprit  grec  était  civilisateur  et  commerçant. 

2«  période  (200  avant  J.  G.  ~  350  après  J.  G.).  —  II  n'en 
fut  pas  de  même  des  Romains.  En  s'emparant  des  terri*- 
toires,  ils  s'emparaient  aussi  des  routes  commerciales.  En 
outre,  s'ils  laissaient  aux  vaincus  leurs  dieux,  ils  leur  pre- 
naient leurs  ricbesseSf  G'était  une  absorption  du  monde  au 
profit  d'une  ville  unique.  A  la  population  corrompue  de  la 
Rome  des  empereurs^  il  fallait  à  tout  prix  du  pain  et  des 
spectacles. 

Néanmoins,  les  Romains  surent  profiter  des  progrès  ac- 
complis. —  Garthage  servait  toujours  au  commerce  avec 
l'Afrique. 

A  l'Époque  de  Pompée,  les  produits  de  l'Inde  et  de  la 
Chine  pénétraient  dans  la  Méditerranée  en  remontant  le 
cours  de  Tlndus,  traversant  la  Bactriane  et  se  dirigeant 
ensuite  soit  sur  la  Syrie,  soit  au  fond  du  Pont-Euxin. 

Un  peu  plus  tard,  à  l'Époque  des  Gésars,  c'est  parle 
golfe  Persique,  puis,  soit  par  Tyr  et  Antioche,  soit  par  la 
mer  Rouge,  le  canal  des  Ptolémées  et  le  Nil,  que  se  faisait 
le  négoce  de  TOrient. 

Nous  savons  que  les  Romains  avaient  établi  à  travers  le 


344  tESI  ROUTES  GOMHERGIALES  DU  GLOBE. 

monde  de  grandes  routes  militaires  :  c'étaient  probable- 
ment là  des  voies  commerciales. 

Toute  cette  magnifique  organisation  devait  un  moment 
cesser  dans  le  chaos  des  invasions  barbares,  et  nous  abor- 
dons la  troisième  période,  celle  qui  va  de  Tan  350  à  Tan  800 
après  J.  G. 

Du  milieu  du  quatrième  siècle  à  la  fin  du  sixième,  ce  fut, 
sur  le  monde  romaip,  un  débordement  incessant  de  peu- 
plades et  de  hordes  à  demi  sauvages.  Ces  populations  tra- 
çaient par  leur  passage  des  routes  commerciales.  Mais  ce 
n'était  plus  ici  les  produits  qui  se  déplaçaient,  c'était  les 
consommateurs  qui  venaient  à  eux  pour  les  consommer  sur 
place. 

Il  faudrait  bien  des  recherches  et  un  fil  conducteur  qui 
nous  manque,  pour  trouver  quel  fut  à  cette  époque  le  fonc- 
tionnement de  l'outillage  commercial  du  globe.  Les  ports 
étaient  saccagés.  Marseille,  qui  avait  rivalisé  avecCarthage, 
fut  une  première  fois  détruite  par  les  barbares  et  devait 
être  ravagée  plus  tard  par  les  Sarrasins. 

De  leur  c^té,  les  Vandales  saccageaient  Garthage  et  la  rui- 
naient de  fond  en  comble. 

Pendant  la  quatrième  période,  qui  s'étend  de  l'an  800  à 
l'an  1450,  l'Europe  occidentale  retrouva  an  peu  de  stabilité 
sous  la  rude  main  de  Gharlemagne,  et  le  commerce  reprit 
quelque  essor.  Rouen,  Lyon,  Marseille  en  étaient  les  centre 
principaux.  ^ 

Pendant  la  période  arabe  le  commerce  dut  aussi  posséder 
une  remarquable  activité,  lorsque  les  Maures  tenaient 
en  leur  pouvoir  TEspagne  et  toute  la  côte  septentrionale 
d'Afrique.  Mais  il  existe  à  cet  égard  peu  de  renseignements 
précis. 

Ce  n'est  qu'en  approchant  des  Croisades  que  Ton  trouve 
sur  l'histoire  du  commerce  quelques  documents  un  peu 
certains. 
Dans  la  période  de  deux  cenls  ans  qui  va  du  comroen- 


LES  ROUTES  GOMMERGIALES  DU  GLOBE.  345 

cément  da  douzième  à  la  fin  du  treizième  siècle^. le  mouve- 
ment maritime  de  la  Aléditerranée  prit  une  activité  consi- 
dérable. 

Venise,  dont  Tapparition  dans  le  monde  maritime  date 
du  septième  siècle  ;  Pise,  déjà  célèbre  au  neuvième  et  qui 
avait,  dès  lors,  des  comptoirs  sur  les  côtes  nord  de  l'Afrique 
et  au  Levant;  Gênes  enfin,  dont  le  développement  remonte 
aux  mêmes  dates,  toutes  ces  républiques  commerciales, 
remuantes  et  actives,  reçurent  une  vive  impulsion  de  ce 
mouvement  qui  emportait  sur  l'Orient. toutes  les  popula- 
tions chrétiennes  de  TOccident. 

De  nouvelles  routes  s'ouvrirent  au  commerce  européen, 
et  de  nouveaux  comptoirs  se  fondèrent.  L'esprit  de  décou- 
vertes et  d'entreprises  lointaines  s'éveilla  de  toutes  parts. 
Des  voyageurs  célèbres  :  Rubruquis,  Garpini,  le  Vénitien 
Marco-Polo,  pénétraient  dans  l'Asie  centrale  et  jusqu'en 
Chine,  où  Marco-Polo,  en  1280,  assista  à  la  première  émis- 
sion de  papier  monnaie  dont  parle  notre  histoire.  Tous  ces 
pays  étaient  si  peu  connus  que  les  récits  de  Marco-Polo 
furent  traités  de  fables. 

Venise  accroissait  ses  possessions  de  toutes  parts  dans 
la  Méditerranée.  Elle  s'emparait  des  îles  de  l'archipel  grec 
et  des  côtes  du  Bosphore.  Elle  accaparait  le  commerce 
d'Alexandrie,  et  sur  ses  flottes  nombreuses  qui  sillonnaient 
en  tous  sens  la  Méditerranée,  35  000  marins,  chiffre  énorme 
pour  l'époque,  portaient  partout  la  terreur  de  son  nom. 

Pise  était  alors  à  l'apogée  de  sa  grandeur  que  Gênes  de- 
vait bientôt  surpasser  (1284). 

Marseille,  moins  libre  dans  ses  allures,  tantôt  soumise 
aux  rois  d'Arles,  tantôt  soumise  aux  comtes  de  Provence, 
se  développait  lentement,  et  Barcelone  rédigeait  le  premier 
code  de  droit  commercial  qu'ait  eu  le  monde. 

Mais  bientôt  vinrent  les  Turcs.  Maîtres  de  l'Asie  Mineure, 
puis  de  Gonstantinople  (1453),  ils  fermaient  au  commerce 
européen  la  routede  l'orient.  Bien  plus,  ils  se  précipitaient  sur 


346  LE9  ROUTBS  C01IllBRCIAt.ES  DTT  aïOiS. 

rOccident,  si  la  bataille  de  Lépante  (1517)  ne  les  eût  arrêtés. 

Toutefois,  on  étouffait  dans  cette  petite  Méditerranée 
trop  étroite  pour  Tactivité  dont  elle  était  le  théâtre.  Il  fallait 
au  commerce  de  nouveaux  aliments;  il  fallait  ouvrir  de 
nouvelles  routes  :  on  fraya  celles  de  TOcéan. 

(Test  pendant  la  cinquième  période  (1450  à  1600)  que 
naquit  la  grande  navigation,  que  les  grandes  découvertes  se 
succédèrent. 

En  1492,  Colomb  aborde  aux  îles  du  continent  américain 
et  fraye  la  route  à  Amène  Vespuce  et  à  tous  les  conqué- 
rants qui  marchèrent  plus  tard  sur  leurs  traces. 

En  1497,  Vasco  de  Garaa  avait  doublé  le  cap  de  Bonne- 
Espérance,  et  moins  de  dix  ans  après,  le  grand  Albuquerque 
avait  pris  Goa  et  fondé  aux  Indes  la  domhiation  portugaise 
(1506-1515). 

Enfin  Magellan,  en  1520,  en  doublant  le  cap  Horn  et  pé- 
nétrant le  premier  par  cette  voie  dans  Tocéan  Pacifique, 
écrivait  presque  la  dernière  ligne  de  ce  grand  inventaire 
des  continents. 

Cependant  quelques  parties  du  monde  ne  sont  pas  con- 
nues. L'Afrique  centrale  et  de  grands  espaces  de  Tinlérieur 
des  deux  Amériques  ne  sont  encore  que  peu  ou  point  ex- 
plorés. La  Chine  nous  est  fermée,  le  Japon  s*ouvre  à  peine, 
d'immenses  régions  d'Asie  sont  encore  mal  connues.  Ce- 
pendant que  de  progrès  accomplis  et  quel  essor  y  puise  le 
commerce  ! 

Ce  ne  sont  plus  seulement  quelques  produits  exception- 
nels qui  voyagent;  ce.  sont  les  productions  de  toutes  les 
zones  qui  se  mêlent. 

Je  ne  suivrai  pas  dans  chacune  de  ses  phases  ce  grand 
mouvement  d'expansion;  cela  serait  aller  trop  loin. 

Les  faits  maritimes  et  commerciaux  se  succèdent  et  se 
multiplient.  Les  Hollandais  d'abord,  les  Anglais  un  peu 
plus  tard,  les  Français  ensuite,  se  mêlent  au  mouvement. 

La  politique  coloniale  se  fonde. 


LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE.        347 

Voici  enfin  Ja  sixième  période,  comprise  entre  1600  et 
1880.  —  A  la  fin  du  seizième  siècle  les  Hollandais  s'em- 
parent des  riches  îles  de  la  Sonde,  qu'ils  possèdent  encore, 
et,  moins  d'un  demi-siècle  après  (1639),  les  Anglais  met- 
taient, à  Madras,  le  pied  sur  la  presqu'île  du  Gange  oh  ils 
ont  aujourd'hui  un  empire  qui  compte  près  de  200.  mil- 
lions d'habitants. 

La  France  ne  fut  pas  sans  prendre  part  à  ces  mouvements. 

En  1534,  Jacques  Cartier  explorait  la  baie  du  Saint-Lau- 
rent; l'un  des  lacs  du  bas  Canada  porte  encore  le  nom  de 
Champlain,  qui  fonda  Québec  en  1608. 

La  Louisiane,  explorée  plus  tard,  en  1682,  par  Cavelier 
de  la  Salle,  a  conservé  le  nom  qu'il  lui  donna  en  l'honneur 
de  Louis  XIY,  mais  ne  possède  plus  les  établissements  qu'il 
V  fonda. 

Enfin  Taction  française  s'étendit  aussi  à  l'Afrique,  à  Bour- 
bon et  dans  la  mer  des  Indes. 

A  partir  des  grandes  découvertes  espagnoles  et  portu- 
gaises, c'est  à  travers  les  océans  que  se  tracent  les  grandes 
routes  commerciales. 

Les  océans  voient  se  vider  aussi  les  querelles  des  peuples 
pour  la  suprématie  des  mers  et  la  possession  des  nœuds  de 
circulation  à  l'entrée  des  mers  fermées. 

N'ayant  pas  à  décrire  ces  grandes  luttes,  nous  abordons 
plutôt  la  question  par  un  côté  plus  pacifique. 

LES  ROUTES  COMMERCIALES  DANS  LEURS  RAPPORTS  AVEC  L'ÉTAT 
ET   LE  PERFECTIONNEMENT  DES  MOYENS  DB  TRANSPORT 

Les  premières  routes  commerciales  étaient  uniquement 
des  routes  de  terre.  De  longues  caravanes  sillonnaient  le 
monde  connu  des  anciens.  Mais  ces  transports,  fort  dange- 
reux, étaient  lents  et  coûteux. 

On  devait  chercher  bientôt  à  les  rendre  plus  rapides  et 
plus  fixes.  C'est  sur  les  fleuves  que  l'on  comptait.  C'est  de 


348  LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE. 

ces  «  chemins  qui  marchent  »  que  se  servit  le  commerce. 

Ce  sont  les  rivières  aussi  qui  guidèrent  l'homme  dans  le 
choix  de  l'emplacement  des  grandes  villes. 

Mais  l'homme  n'est  vraiment  devenu  maître  des  distan- 
ces qu'en  affrontant  la  mer. 

La  lutte  incessante  de  l'homme  contre  cet  élément  mo- 
bile et  perûde  a  servi  à  développer  son  intelligence.  Il  a  dû 
chercher  à  remporter  la  victoire  sur  la  mer  et  à  perfection- 
ner sans  cesse  ses  moyens  de  défense  contre  elle. 

Des  premières  galères  à  rames  informes  qui,  dit-on,  ser- 
virent aux  Argonautes,  on  passa  rapidement  aux  grandes 
trirèmes,  puis  aux  premiers  navires  à  voile. 

Le  succès  des  transformations  successives  encourageant  les 
hommes,  ils  parvinrent  bientôt  à  faire  les  grands  trois-mâts. 

Enfin,  lorsque  vint  la  vapeur,  on  était  prêt  pour  l'appli- 
quer aux  énormes  maisons  flottâmes  qui  sillonnent  aujour- 
d'hui les  mers. 

A  ces  différents  états  des  moyens  de  transport,  corres- 
pondent les  différentes  routes  suivies. 

D'abord  les  caravanes,  qui  suivent  les  vallées  le  plus  long- 
temps possible,  puis  se  jettent  à  travers  les  déserts,  à  travers 
l'inconnu. 

Plus  tard  elles  suivent  les  fleuves  sur  des  barques  ou  des 
radeaux,  et,  pour  venir  au  centre  commercial  de  ce  temps, 
en  Asie  Mineure,  elles  se  risquent  à  traverser  de  larges 
espaces  d'eau  tranquille,  le  lac  Aral,  la  mer  Caspienne. 

Enfin  se  crée  le  long  des  côtes  une  sorte  de  cabotage  ;  les 
routes  commerciales  longent  les  terres. 

Les  unes  partent  de  l'Indus  et  viennent  aboutir  au  fond 
de  la  mer  Rouge  ;  les  autres  suivent  toutes  les  côtes  de  la 
Méditerranée. 

Les  moyens  de  transport  changent  et  se  perfectionnent 
encore  ;  l'homme,  se  voyant  plus  fort,  devient  plus  audacieux, 
et  les  routes  méditerranéennes  se  créent  en  tous  sens. 

Bientôt  celte  Méditerranée  qui  avait  été  si  longtemps  le 


LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE.       349 

berceau  du  commerce  et  de  la  civilisation  européenne  n'est 
plus  assez  grande»  Elle  ne  sufôt  plus  à  la  soif  de  richesses 
des  hardis  aventuriers  qui  la  parcourent. 

Il  faut  chercher  une  autre  mer  à  explorer.  Colomb,  le 
premier,  se  précipite  à  travers  l'Océan,  et  traverse  la  route. 

Depuis,  rOcéan  ^  été  pacouru  en  tous  sens,  et  le  com- 
merce a  su  courir  jusque  dans  l'océan  Pacifique. 

Mais  l'homme  ne  se  satisfait  pas  facilement.  Si  peu  que 
comptent  les  distances  en  mer,  elles  comptent  cependant  ; 
c'est  du  temps,  donc  de  l'argent  perdu.  Voilà  l'un  des  mo- 
biles qui  ont  conduit  au  percement  des  isthmes  et  qui  ont 
causé  le  succès  de  l'isthme  de  Suez. 

Les  derniers  renseignements  annonçaient  un  passage  de 
30(K)000  de  tonneaux  de  jauge  de  navires  chargés  qui  al- 
laient alimenter  le  commerce  de  la  mer  des  Indes.  Ce  chif- 
fre correspond  à  plus  de  4  millions  de  tonnes  de  poids 
dont  les  3/4  sont  transportés  par  des  navires  anglais. 

Mais  ce  passage  ne  suffit  déjà  plus.  De  même  que  la  Mé- 
diterranée autrefois,  l'océan  Atlantique  est  aujourd'hui  trop 
parcouru;  mais  l'océan  Pacifique  est  là.  [I  est  peu  encom- 
bré, et  Ton  veut  y  courir.  Aussi  le  promoteur  du  percement 
de  l'isthme  de  Suez,  M.  de  Lesseps,  a-t-il  compris  comme 
tout  le  monde,  la  nécessité  du  percement  de  l'isthme  de 
Panama,  qui  se  fera  fatalement  lorsque  se  seront  apaisées 
les  rivalités  des  peuples  intéressés  à  posséder  le  passage. 

Bien  que  les  lignes  à  grande  distance  soient  sur  la  mer, 
il  en  est  aussi  sur  terre  que,  grâce  aux  chemins  de  fer,  on 
peut  parcourir  d'un  mouvement  continu.  Plusieurs  ont 
4 000  kilomètres,  l'une  même  a  5  500  kilomètres  de  longueur. 

CHEMINS  DE  FER  EUROPÉENS.  —  LONGUEUR  TOTALE  :  64  000  KIL. 

Du  Nord  au  Sud  : 

Du  Danemark  au  détroit  de  Gibraltar 4000  kilomètres. 

Des  bouches  du  Rhin  aux  bouches  du  Rhône 1600         » 

Des  bouches  de  TElbe  à  Brindisi 3600         » 

De  la  Baltique  à  l'Adriatique * 1800         » 

D'Ostcnde  et  d'Anvers  à  Brindisi 2500         » 


350  LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE. 

Do  l'Est  à  l'Ouest  : 

De  Paris  à  Saint-Pétersbourg 3600  kilomètres. 

De  Paris  à  Moscou  et  à  l'Asie , .  5500  » 

De  Paris  à  Odessa 4O0O  » 

De  Bordeaux  à  Conitantinople ,  4200         » 

Des  îlesOrcadesà  BrtndiM 4800         » 

Mais  les  mêmes  circonstances  qui  se  sont  produites  pour 
les  voies  maritimes,  tendent  à  se  manifester  pour  les  voies 
ferrées.  Autrefois  on  doublait  les  caps^  on  cherchait  les  cols 
pour  y  faire  passer  les  trains;  aujourd'hui  on  coupe  les 
isthmes,  on  perce  les  grandes  montagnes* 

Enfin,  malgré  ces  voies  maritimes  et  ces  voies  ferrées^  on 
trouve  encore  de  grandes  routes  de  terre  :  en  Asie,  l'une 
de  ces  routes,  longue  de  4000  kilomètres,  sert  de  passage 
à  une  valeur  de  80  millions  de  thés  et  de  soieries;  en 
Afrique  il  en  existe  plusieurs  moins  longues  et  moins  im- 
portantes. 

Mais  le  chemin  de  fer  a  déjà  commencé  à  couvrir  de  ses 
mailles  Tlnde  et  la  Perse  ;  dans  sa  marche,  hélas  !  trop  lente, 
il  atteindra  bientôt  la  Chine. 

£n  Afrique  on  trouve  des  voies  ferrées  au  nord  et  au  sud  ; 
celles  de  Test  se  feront  bientôt.  Les  routes  de  caravane  de- 
vront disparaître. 

Couches  successives  de  produits  attaqués  par  les  trans^ 
ports  à  grande  distance,  —  Anciennement  on  ne  transpor- 
tait que  les  produits  de  haut  prix  soit  par  leur  rareté, 
soit  par  raccumulation  de  travail  humain  qu'ils  nécessi- 
taient. 

On  peut  citer  :  or,  argent,  pierres  précieuses,  perles, 
ivoire,  encens,  gommes,  sel,  tissus  riches,  tapis,  eoieries, 
thé,  épices* 

Aujourd'hui  on  transporte  encore  tout  cela,  et  en  outre, 
des  produits  de  plus  bas  prix  sont  venus  s'y  joindre. 

Hier  on  transportait  des  épices  ;  aujourd'hui  on  trans- 
porte du  blé. 


LES  ROUTES  COMMERCIALES  DU  GLOBE.       351 

Pour  la  France,  la  loi  du  mouvement  commercial  sous 
ce  rapport  est  nettement  visible, 

COMMERCE   EXTtRnSUR. 


VALEURS  EN 

1867 

1876 

1878 

Tonnes  

8.7«4.78i 
7.965 

12.508.030 
9.546 

13.136.487 
9.200 

Millions  de  francs 

Valeur  argent  de  la  tonne.. . 

907f 

756f 

700f 

On  voit  que  le  prix  de  la  tonne  était,  en  4816,  de  17  pour 
100  inférieur  à  ce  qu'il  était  dix  ans  plus  tôt. 

Il  est,  en  1878,  de  7  pour  100  inférieur  à  ce  qu'il  était 
deux  ans  plus  tôt. 

Il  résulte  de  cet  abaissement  qui  n'est  pas  particulier  à 
la  France  que  l'on  doit  diminuer  les  frais  du  transport. 

Pour  les  marchandises  de  bas  prix  il  y  a  deux  moyens  : 

Économiser  le  temps,  et,  pour  cela,  prendre  les  chemins 
les  plus  courts,'  c'est-à-dire  couper  les  isthmes  et  percer  des 
tunnels  ; 

Économiser  les  frais,  et,  pour  cela,  employer  le  plus  long- 
temps possible  le  véhicule  le  moins  cher,  la  mer.  (ïest  ce 
qui  pousse  à  perfectionner  les  ports  intérieurs,  comme  An- 
vers, Hambourg,  Londres,  Rouen  et  Bordeaux. 

Je  serais  heureux  si  cet  exposé  sommaire  de  la  question 
pouvait  décider  quelqu'un  déplus  compétent  à  écrire  This- 
toire  com.nerciale  du  mo*ide. 


RAPPORT 

SUR  LE    DéVELOPPBMINT    BT    L'ÉTAT    ACTCBL 

DES    COLLECTIONS    ETHNOGRAPHIQUES 

APPARTENANT  AU  MINISTÈRE  DE  L'INSTRUCTION  PDBUftUE 


Monsieur  le  Minisire, 

La  commission  à  laquelle  vous  avez  confié,  par  arrêté  en 
date  du  30  octobre  dernier,  Torganisation  et  la  classement 
des  collections  ethnographiques  appartenant  au  Ministère  de 
l'Instruction  publique  s'est  mise  aussitôt  à  l'œuvre,  et  a 
l'honneur  de  vous  faire  connaître  le  résultat  de  ses  pre- 
miers travaux. 

L'enquête  à  laquelle  se  sont  livrés  les  commissaires  leur 
a  montré  que  les  collections,  rassemblées  par  les  soins  des 
missionnaires  scientifiques  du  gouvernement  et  des  deux 
conservateurs  provisoires,  sont,  dès  à  présent,  assez 
riches,  assez  nombreuses,  assez  variées,  pour  former  un 
musée  public,  susceptible  de  rendre  de  véritables  services 
et  qui  prendrait,  tout  de  suite,  un  rang  très  honorable  entre 
les  établissements  de  même  genre  que  possèdent  la  plupart 
des  grandes  villes  de  TEurope. 

I 

Les  services  qu'est  appeléàrendrelemusée  spécial,  dont  le 
création  est  sollicitée  à  Paris  depuis  près  d'un  siècle,  sont 
de  divers  ordres.  En  effet,  les  collections  ethnographiques  ne 
sont  point  seulement  utiles  à  la  connaissance  de  Tanthro- 
pologie  considérée  sous  ses  faces  diverses,  elles  contri- 


RAPPORT  SUR  LE  DÉVELOPPEMENT,  ETC.        353 

buent  en  outre,  dans  une  large  mesure,  aux  progrès  des 
autres  sciences  naturelles,  et  sont  appelées  à  fournir  des 
renseignements  parfois  fort  précieux  aux  économistes,  aux 
commerçants,   aux  industriels,  aux  artistes,  etc. 

L'ethnographie,  prise  en  elle-même,  est  une  des  branches 
les  plus  importantes  de  la  science  de  l'homme.  Uétude  de 
t  outes  les  manifestations  matérielles  de  V activité  humaine 
lui  appartient  en  effet  tout  entière,  et  si,  dans  les  limites 
,  qu'on  lui  assigne  aujourd'hui,  Thomme  lui-même  reste  en 
dehors  de  son  contrôle,  elle  a  du  moins  à  recueillir  et  à 
coordonner  les  observations  auxquelles  prêtent  les  groupes 
ethniques  dans  leur  vie  intime  et  dans  leurs  rapports  réci- 
proques. Alimentation  et  logis,  habillements  et  parures, 
armes  de  guerre  et  instruments  des  travaux  de  la  paix, 
chasse,  pêche,  cultures  et  industries;  moyens  de  transports 
et  d'échanges,  fêtes  et  cérémonies  civiles  et  religieuses,  jeux 
de  toute  sorte,  arts  plus  ou  moins  développés,  tout  ce  qui, 
dans  Vexistence  matérielle  des  individus^  des  familles  ou 
des  sociétés  y  présente  quelque  trait  bien  caractéristique  ^ 
est  du  domaine  de  V ethnographie. 

Les  innombrables  documents  qu'une  élude  aussi  vaste 
vient  chaque  jour  fournir  ont,  à  la  longue,  formé  tout  un 
ensemble  d'une  nature  spéciale,  toute  une  science  nouvellCy 
d'ordre  secondaire  sans  doute,  mais  ayant  sa  vie  propre, 
son  but  bien  défini,  ses  limites  circonscrites,  et  possédant 
déjà  des  résultats  acquis  d'une  manière  bien  assurée. 
Maintes  sciences  connexes  utilisent  ses  renseignements  et 
l'anthropologie  en  particulier,  dont  elle  est  une  dépendance, 
vient  lui  demander  chaque  jour  de  précieuses  indications. 
Elle  l'interroge  plus  particulièrement  sur  ces  grandes  queS- 
tions'd'origine,  qui  passionnent  à  bon  droit  tant  d'esprits 
élevés,  et  l'ethnographie  répond,  tantôt  en  mettant  en  évi- 
dence d'une  manière  irrésistible  la  doctrine  du  progrès 
continu  des  sociétés,  qu'attestent  les  âges  de  pierre,  de 
cuivre,  etc.,  dont  elle  retrouve  presque  partout  la  trace, 

soc.  DE  GÉOGR.  —  OCTOBRE  1880.  XX.  —  23 


354  RAPPORT  SUR  LE  DÉVELOPPEMENT  ET  L'ÉTAT  ACTUEL 

tantôt  en  démontrant  par  la  similitude  des  usages  et  du 
genre  de  vie,  les  relations  premières  de  peuples  séparés 
comme  les  Guaranis  jdes  Andes  de  leurs  congénères,  par 
des  intervalles  énormes  dans  Tespace  et  dans  le  temps. 

L'ethnologie^  ou  anthropologie  descriptive  complète^  à 
Faide  des  données  ethnographiques,  le  tableau  des  carac- 
tères différentiels  dont  Tanatomie  lui  a  fourni  la  première 
esquisse,  et  il  fui  arrîve  souvent  de  se  servir  de  quelque  trait 
ethnographique  pour  instituer  des  subdivisions  nécessaires 
entre  des  groupes  secondaires  de  même  type  physique, 
comme  les  Papouas. 

La  linguistique,  la  mythologie,  comparée,  la  sociologie 
utilisent,  de  semblable  manière,  les  documents  sur  Fépigra- 
phie,  les  superstitions,  etc.,  sans  Texamen  desquels  ces 
branches  de  la  science  de  l'homme  demeureraient  insuffi- 
samment renseignées. 

Il  en  sera  de  môme  de  toutes  les  autres  sciences  natu- 
relles. 

Dans  le  matériel  funéraire  qu'un  ethnographe  aura 
recueilli  le  long  des  côtes  du  Pérou,  un  zoologiste,  M.  Al- 
phonse Milne  Edwards,  retrouvera  le  type  oublié  du  cobaye 
primitif;  un  botaniste,  à  l'aide  des  mêmes  fouilles,  reconsti- 
tuera l'histoire  de  plantes  utiles  aujourd'hui  disparues; 
un  minéralogiste  rencontrera,  sous  forme  d'amulettes, 
dans  les  collections  du  docteur  Crevaux,  la  véritable  pierre 
des  Amazones^  bien  différente  de  la  roche,  à  laquelle  on 
apphque  aujourd'hui  ce  nom  *. 

Le  médecnaa  appris  de  l'ethnographe  à  connaître  le 
quinquina,  le  curare,  etc.  ;  le  chirurgien  lui  a  emprunté 
l'acupuncture,  les  moxas,  etc.  ;  l'hygiéniste  tient  de  lui  les 
données  à  Taide  desquelles  il  étudie  IMufluence  des  habi- 
tudes et  des  mœurs  sur  la  santé  des  nations. 


i^  Tous  ces  faits  sont  empruntés  à  ]'hiitoire  du  Muséum  provisoire 
d*ethno^aphie  de  Pju*i». 


DS9  GQyUL^TXOKS  ETHJ)f4>aRAPHIQtfE$.  356 

Le  eoiftixiarQdQt  lui  doit»  en.  nenrbre  incdlculable,  lea  avsi- 
tières  alimentaires,  textiles,  tinctoriales,  aromatiqu«&^.  eU«, 
que  les  barbares  connaissaijeut  avaiit  nQus>  at  dont  Tetiluio- 
graphe  a  Le  premier  révélé  les  propriétés  et  l'usage  :  maaûoe, 
phormium,  rocou^  caoutchonie,  santal  ^  ete  \ 

Diverses  industries  perSecUimnées  sont  sorties  de  Ifexa^ 
men  des  procédés  tout  primitifs  de  quelques  grossiers  sau- 
vages-2." 

Les  arts  industriels  varieront  agréaUbenoentlears  modèlesr, 
en  étudiant  les  objets  de  tonte  natuirâ  décorés  par  les  peu- 
ples exotiques.  Enfin  Tavt  lui-même,  ea.se  faisant  ethno- 
graphique^ rencontrera,  parfois  d'beureuseâ  inspirations. 

Tel  est,  en  quelques  mots,  le  rôle  de  Tetinjographie  ;.  tek 
sont  les  résultats  que  jieut  procaDerlaformatioa  d'un  musée 
consacré  à  cette  brancke  de  la  science  de  Thomme. 

Il 

Les  administrateurs  de  rancien  Jardin  du  roi  en  compre- 
naient certainemenM'importance,  lorsqu'ils  installaient  dans 
une  salle  «  voisine  de  ceUe  des  squelettes  »  cette  collection 
d'nstensiles  indienSyde  meubles  de  sauvages  et  d^autres  objets 
de  même  nature,  où  Jussieu  a  puisé  les  matériaux  de  ce 

1.  Le  eommeDCS  d'CNjKH'tation  n^est  pu»  moinst  intéresHé-  aux  progrès 
de  l'ethnograpliie  <iue.  le  cfmuaevce  dlùn^orUtiao.  La  coovaisAance  Qxaette 
des  goûts  et  de^  mœurs  du  Japon,  que  représente  largement  à  Leyde  le 
Musée  Srrebold,  eût  certainement  épargné,  il  y  a  quelques  années,  bien  des 
diéiioiflea  eu  pli»  d'une  gctiuie  maison  de  Pturis.  Ifieirenaore,  faute  de  ren- 
seignements précis  sur  les  objets  en  usage  chez  les  Soudaniens,  au  Bout- 
non,  etc.,  renseignements  qii'on  possède  au.  Musée  ebhnographict.ue,  de 
Berlin,  et  qui  nmis  font  complètement défîiut,  nos  négociants  se  voyaient 
daiia  nwQQwibiUté  de  profttBC  df  8>  sarvio&a  fue  l*)exfiédHion'  Flatter  s  étïtit 
disposée  à  leur  rendra  «ai  iiWrockjisajii,  dans  ]fi  ^udan,  des  pi;û4uUs  dip. 
fabrication  française  enharmoafe  avec  les  besoins  et  les.goûts  des  natifs. 

%  Les  ufteUefs  deTrïpnran,  de  Ptiiiadfe!pHie,  d&ns- lesquels  on  grave  Te 
v«rrQ,  le  oonûidiu»,,  •i«,,.à  Ifaidftd'an  CDu»nt  d'êfto  cHaKgé  de  safele  s<nts 
une  forte  pression  (360  livres  par  pouce  cafré),  na  font  en  sonune  qvCaiçt- 
pliquer  une  vieille  découverte  cfes  Kanaks  de  la  Nouvelle-Calédonie. 


356    RAPPORT. STJR  LE  DÉVELOPPEMENT  ET  L'ÉTAT  ACTUEL 

fameux  mémoire  de  1727  qui  a  fondé  F  archéologie  pré- 
historique. 

Mû  par  des  considérations  d'un  ordre  aussi  élevé,  le  Co- 
mité d'instruction  publique  de  la  Convention  faisait  dépo- 
ser, dès  1793,  à  la  Bibliothèque  nationale  les  morceaux 
d'ethnographie  confisqués  chez  les  émigrés. 

Ces  objets,  au  nombre  de  plusieurs  centaines,  étaient 
installés  à  proximité  du  Cabinet  des  Antiques,  oùla  meilleure 
partie  des  pièces  du  Muséum  d'histoire  naturelle  et  quelques 
autres  enlevées  de  la  bibliothèque  Sainte-Geneviève  venaient 
bientôt  les  joindre  (messidor  an  V).  Ces  diverses  séries,  réu- 
nies aux  antiquités  de  la  Bibliothèque  par  Barthélémy  et 
Millin,  devaient  devenir  le  noyau  d'un  grand  musée  des- 
tiné à  a  offrir,  sous  un  même  point  de  vue,  ce  qui  peut  in- 
struire des  mœurs  et  des  usages  des  peuples  éloignés  par 
les  temps  et  par  les  lieux  ». 

Faute  d'espace  et  d'argent,  on  dut  provisoirement  renon- 
cer à  réaliser  ce  projet  grandiose.  Lakanal,  son  principal 
inspirateur,  disparut  de  la  scène  politique.  Les  «  ustensiles 
indiens  »  et  les  «  meubles  de  sauvages  »  furent  enfermés  à 
l'écart,  et  si  complètement  oubliés,  que  lorsque,  en  1826, 
pressé  par  Férussac  de  faire  jouir  le  public  des  collections 
spéciales  formées  par  les  navigateurs  français  qui  venaient 
de  faire  le  tour  du  monde,  le  duc  de  Doudeauville  décida  la 
création  au  Louvre  d'une  annexe  ethnographique,  on  omit 
de  comprendre  dans  Torganisation  nouvelle  les  séries  ras- 
semblées trente  ans  auparavant  par  Lakanal,  Barthélémy  et 
Millin. 

li'annexe  ethnographique,  désignée  sous  le  nom  de  Musée 
Dauphin,  reçut  un  certain  nombre  d'objets  à  titre prot^ùotre. 
Le  conservateur  du  musée  naval,  M.  Zédé,  ingénieur  de  la 
marine,  fut  chargé  de  l'administrer  «en  attendant  que  l'im- 
portance des  acquisitions  demandât  un  conservateur  spécial  » . 
On  donna  des  instructions  aux  voyageurs,  on  fit  acheter  par 
un  dessinateur  du  Louvre  quelques  pièces  de  choix,  Férussac 


DES  COLLECTIONS  ETHNOGRAPHIQUES.  357 

apporta  sa  petite  collection.  Néanmoins  le  Musée  Dauphin 
ne  présentait  encore,  après  deux  années  de  tâtonnements, 
qu'une  ébauche  de  musée,  lorqu'une  ordonnance  du  30 
mars  1828,  créant  un  département  à  la  Bibliothèque  du  roi 
pour  la  géographie,  et  stipulant  que  ((  les  objets  provenant 
des  voyages  scientifiques  ordonnés  par  le  ministre  de  l'inté- 
rieur »  seraient  confiés  au  nouveau  dépôt,  vint  fournir  Toc- 
casion  de  tenter  quelque  création  plus  sérieuse. 

En  ordonnant  que  les  collections  des  voyageurs  scienti- 
fiques qui  n'auraient  pas  de  destination  spéciale  seraient 
confiées  à  la  Bibliothèque,  le  ministre  avait  principale- 
ment en  vue  la  conservation  des  documents  spéciaux,  tels 
que  journaux  de  voyages,  dessins,  plans,  cartes,  etc.,  rap- 
portés par  les  envoyés  de  l'État,  et  trop  souvent  disséminés 
ou  perdus  après  leur  retour.  Les  objets  relatifs  aux  peuples 
exotiques  n'y  devaient  pas  plus  trouver  place,  semble-t-il, 
que  les  pièces  d'histoire  naturelle  ou  d'archéologie. 

Chargé  du  nouveau  département,  Jomard,  qui  dès  1818 
avait  repris  pour  son  compte  personnel,  mais  en  les  modi- 
fiant considérablement,  les  idées  du  comité  de  la  Conven- 
tion, et  qui  voyait  avec  peine  la  situation  accessoire  faite 
au  Louvre  à  sa  science  favorite,  entreprit  de  réunir  à  la 
collection  des  cartes  non  seulement  les  représentations  to- 
pographiques en  relief,  mais  aussi  a  les  produits  des  arts  et 
de  l'industrie  des  peuples  sauvages  »,  qu'il  rattachait  ainsi  à 
la  géographie,  et  non  plus  à  l'archéologie,  comme  dans  le 
projet  primitif,  auquel  il  se  donnait  bien  garde  d'ailleurs  de 
laire  la  moindre  allusion  ^  Après  la  révolution  de  1830,  il 
adressa  au  nouveau  gouvernement  plusieurs  rapports  en 
faveur  de  sa  conception  ethno-géographiquet  Le  dernier 
de  ces  mémoires,  présenté  le  14  avril  1831  aii  ministre  des 
Travaux  publics,  alors  chargé  de  la  direction  des  sciences 
et  des  lettres,  fut  renvoyé  à  une  commission  présidée  par 

1.  Tout  cela  se  passait,  il  ne  faut  point  Toublier,  en  1828* 


358  RAPPORT  Stm  LE  DÉVELOPPEMENT  ET  L'ÉTAT  ACTUEL 

Guvier,  qwi  s'était  déjà  prononcé  en  favetrr  des  idées  de 
Jomard  en  1848,  et  dont  faisaient  parfie  A.bel  Rémtisat, 
Burnouf,  Kératry,  député,  ÀcfeîBe  Duparcfneft,  conseiller 
d'Était,  et  l'auteur  ^e  la  proposition.  En  décembre  suivant 
la  comfmission,  après  de  mmnbreiïses  réunions,  vînt  pro- 
poser, «par  l'organe  ^*Abel  Bémnsat,  conformément  an 
projet  de  Jomard  «  d'établir  à  ï^aris  un  dépôt  ethnogra- 
phique, de  le  placer  à  la  Bibliothèque  royale,  d'y  réunir 
tous  'les  objets  susceptibles  d'^n  faire  partie  et  qui  se  trou- 
vera dans  d'autres  établissements  »,  enfin  d'acquérir  «  d'a- 
près la  qtM)tité  des  -crédits  dont  le  gonvemement  pourrait 
disposer  »  diverses  collections  exotiques. 

Personne  n'hésitait  sur  la  première  fle  ces  conclusions. 
Le  ministre  Teconnaissart  l'uiHilé  de  Rétablissement  dont 
des  hommes  comme  Cuvier,  Rémusat,  Burnouf, Tloyer-Gol- 
lenrd,  etc.,  kii  sign^atentTinlérèt.  Mais  la  question  de  rem- 
placement à  attrilmer  au  nouvearu  musée  souleva  des  diffi- 
euRés  inextricables.  Los  conclusions  de  Rémusat  en  faveur 
du  déport  des  cartes,  comfbattues  dans  la  presse  par  Pérussac, 
devant  le  ministre  par  Ghampollion-Figeac,  qui  tenaient 
pour  le  Louvre,  furent  repoussées  en  avril  1833  parle  Con- 
servatoire de  la  IBiMiolh^que.  Après  avoir  «  pleinement  et 
unanimement  adopté  les  vues  de  la  commission  sur  rulîlité 
d'un  musée  ethnographique  dans  le  genre  de  ceux  qui  exis- 
tent à  Saint- Pétersbottrg,'à  Berihi,  à  Weimar,  à  Gœttingue  » 
tes  conservateurs  dédarèrent  qu'un  tel  musée  devant  être 
imiqnek  leurs  yeux,tous  les  objets  dissénnnés  danè  les  divers 
étabiissements  de  l^aris  devaiat  être,  par  conséquent,  réu- 
nis êan$  un  seul  tentre,  le  local  qu'il  lexige  «  doit  &lve  im- 
mense, pouf  suffire  à  tous  ses  accroissements  successifs  »,  et 
tpie,  par  cemséquenft,  I^tablissement  nouveau  ne  pourra  que 
"nuire  aux  collections  près  desquelles  on  veut  le  placer  «  et 
sera  dans  l'impossibilité  de  s'étendre  comme  il  doit  le 
faire.  » 
Ils  émettaient,  en  terminant,  le  vœfu  «  que  te  gouverne- 


DES  COLLECTIONS  e;jhnographiques.  359 

ment  pût  s'occuper  sérieusement  de  former  ce  musée  dans 
un  local  où  il  pourrait  prendre  l'extension  dont  il  est  sus- 
ceptible. » 

Guvier,  dont  le  rôle  avait  été  prépondérant  dans  la  com- 
mission, n'était  plus  là  pour  répondre  aux  objections  dje 
Letronne  et  de  ses  collègues.  Le  rapport  de  Hémusat  alla 
s'égarer  dans  un  carton  du  ministère*.  Découragé  par  l'at- 
titude hoslile  du  Conservatoire,  le  ministre  renonça  à 
demander  aux  Chambres  les  -subsides  nécessaires.  Seul 
Jomard  ne  désespéra  pas. 

Malgré  le  vote  unanime  de  ses  collègues  de  la  biblio- 
thèque contre  ses  propositions,  malgré  l'amoindrissement 
momentané  de  sa  situation  par  la  suppression  du  dépar- 
tement qu'il  administrait,  transformé  en  annexe  du  Cabinet 
des  Estampes,  il  adressait  au  ministère,  vers  la  fin  de  1833, 
une  nouvelle  note  contenant  l'offre  de  ses  collections  per- 
sonnelles, un  projet  de  classement  et  des  estimations  d'es- 
pace et  de  dépense. 

Une  ordonnance  reconstitue  le  département  des  cartes 
géographiques  en  1839  :  nouvelle  tentative  de  Jomard 
accueillie  favorablement  au  ministère,  repoussée  à  la 
bibliothèque.  11  Tecommence  ses  démarches  en  1846,  le 
ministre  déclare  les  mesures  proposées  «  convenables  et 
utiles  ))  r  la  bibliothèque  proteste  de  nouveau,  encombrée 
qu'elle  se  trouve  de  toutes  parts,  avec  un  personnel  déjà 
insuffisant  «  pour  les  services  de  première  nécessité». 

La  cause  du  musée  est  désormais  perdue.  "Pendant  plus 
de  trente  ans,  l'annexe  du  musée  naval  rej)résentera  seule  à 
Paris  l'ethnographie  toute  entifere.  Pendant  j)lus  de  trente 
ans,  faute  d'un  local  disponible,  on  laissera  perdre  ou  ex- 
porter les  collections  les  plus  précieuses  ,pour  l'étude  des 
peuples  étrangers,  el  les  établissements  fondés  au  dcliors 

1.  Nû«8  ne  leoonnamdBS'qne  par  un  eiftraH^Aequélcine  4lsudtte«  pH- 
blié  en  1836  ,par  la  Société  de  Géofrc^phie,  .qui  la'intéressaU  vivement  à  ia 
réalisation  du  projet  (Btill.  Soc.  de  Géogr.  2«  sér.,  t.  VI,  p.  93). 


360  RAPPORT  SUR  LE  DÉVELOPPEMENT  ET  L'ÉTAT  ACTUEL 

s'enrichiront  à  nos  dépens  et  répandront,  partout  ailleurs 
qu'en  France,  le  goût  et  la  connaissance  d'une  science  des 
plus  utiles,  que  notre  pays  ignore  encore  presque  complète- 
ment aujourd'hui. 

L'Angleterre  accumulera  dans  les  galeries  du  British 
Muséum  les  séries  les  plus  variées  rapportées  de  toutes  les 
mers  par  d'innombrables  voyageurs.  La  Compagnie  des 
Indes  créera  VIndia  Muséum^  où  quatorze  mille  pièces  re- 
présentent les  possessions  britanniques  dans  le  sud-est  de 
l'Asie.  Nombre  de  villes  secondaires  et  de  riches  particu- 
liers, comme  Christy  et  Br^enchley,  formeront  des  musées 
spéciaux,  quelquefois  de  premier  ordre. 

En  Danemark,  Copenhague,  sous  la  puissante*  impulsion 
de  Thomsen  (1847),  verra  se  remplir  avec  une  incroyable 
rapidité  les  44  salles  du  Palais  du  Prince. 

Les  Hollandais  se  garderont  bien  d'oublier  qu'ils  furent 
les  premiers  à  organiser,  au  dix-septième  siècle,  ces  cabi- 
nets de  curiosités  indiennes,  première  forme  des  musées 
ethnographiques.  La  Haye,  Leyde,  Amsterdam ,  Rotterdam, 
acquerront  des  collections  du  plus  haut  intérêt  pour  l'étude 
de  l'extrême  Orient  :  Japon,  Malaisie,  etc. 

Stockholm  a  son  musée  royal  d'ethnographie  et  le  musée 
d'ethnographie  Scandinave,  commencé  en  1872  par  le  doc- 
teur Hazelius.  Pétersbourg  a  les  collections  de  l'Académie 
des  sciences,  qui  datent  des  voyages  de  Mertens(1830),  et  le 
Musée  de  la  Société  de  Géographie  ;  Mo  scou  a  son  fameux 
Musée  slave,  fondé  par  les  Amis  des  sciences  naturelles  en 
1866.  Kazan  commence  un  musée  tartare. 

Dresde  a  ouvert,  il  y  a  quelques  mois,  le  cabinet  spécial 
que  M.  Meyer  y  a  su  créer  en  peu  d'années.  Leipzig  doit 
au  zèle  de  M.  Orbst  le  Muséum  fur  Yôlkerkunde,  dont  les 
origines  remontent  seulement  à  1873,  et  qui  renferme  déjà 
d'admirables  collections.  Vienne  réorganise  ses  musées 
d'histoire  naturelle;  et  l'ethnographie  semble  appelée  à 
jouer  un  rôle  important  dans  le  développement  des  galeries 


DES  COLLECTIONS   ETHNPGRAPmQUES.  361 

qui  sont  en  construction.  Berlin,  enfin,  montre  avec  or- 
gueil dans  le  Musée  Neuf  les  séries  incomparables  que 
Humboldt,  Schomburgk,  Werne,  von  Kessel,  MM.  Nachti- 
gal,  Schweinfurth,  Jagor,  Bastian,  vonSchleinitz,  etc.,  ont 
rapportées  de  leurs  célèbres  voyages  *. 

III 

*  Quoique  le  dernier  venu  entre  tant  d'établissements  re- 
marquables, quoique  privé  d'une  grande  partie  des  collec- 
tions spéciales  rapportées  au  gouvernement  depuis  la  Res- 
tauration et  dispersées  ou  perdues  aujourd'hui,  le  musée 
ethnographique  provisoire  du  ministère  de  l'Instruction 
publique,  emmagasiné  dans  les  locaux  qiH  lui  a  attribué 
l'arrêté  du  24  novembre  dernier,  est,  dès  à  présent,  assez 
considérable  pour  mériter  d'appeler  l'attention  de  tous  les 
hommes  dont  les  études  ou  les  intérêts  touchent  aux  ques- 
tions exotiques,  et  de  tous  ceux  aussi  qui  se  préoccupent  en 
France  de  la  connaissance  des  pays  étrangers  et  du  dévelop- 
pement de  nos  relations  extérieures. 

Des  milliers  d'objets  sont,  dès  à  présent,  groupés  dans  le 
premier  étage  du  palais  du  Trocadéro.  Le  fonds  dit  des 
émigrés  dont  il  était  question  plus  haut  et  les  anciennes 
collections  du  Jardin  du  Roi  et  de  la  bibliothèque  Sainte- 

1.  Weimar,  Gœttingue,  Garlsruhe,  Darmstadt,  Neuwied,  Manheim, 
Francfort,  WiesbadeD,etc.,etc.,  ont  aussi  des  collections  ethnographiques. 
T^os  villes  de  province  ne  sont  pas  inférieures  à  ce  point  de  vue  à  celles 
de  TÂllemagne.  Douai  possède  un  Musée  spécial,  de  premier  ordre,  fondé 
par  Jomard,  dont  Paris  avait  refusé  les  collections,  et  où  se  voient  les 
produits  des  voyages  de  Delegorgue,  Dumontier,  Serval,  etc.,  et  la  grande 
collection  de  M.  S.  Berthoud.  Boulogne  a  fondé  sa  collection  ethnogra- 
phique à  Taide  d'un  don  important,  reçu  de  Rosamel,  qui  commandait 
Texpédition  autour  du  monde  delà  Danaide,  Le  Havre  a  les  collections  de 
Delessert,  où  figurent  des  pièces  venant  du  voyage  de  d'Ëntrecasteaux.  Caen 
a  celles  de  Dumont  d'Urville.  Lille,  Orléans,  Bordeaux,  Toulouse,  Lyon,  et 
d'autres  villes  encore  ont  aussi  des  séries  plus  ou  moins  riches,  tantôt 
exposées  isolément,  tantôt  fusionnées,  vu  leur  moindre  importance,  avec 
le  préhistorique  .ou  Tanthropologie. 


S62      RAPPORT   SBR   LÎ:  t)ÉYELOPPMtrN*r  »  X'ïltAT  ACTUEL 

G^wievîfeve,  seuls  témcjfitis  des  Toyages  de  La  Condamine,  de 
Boogamville,  etc.,  qui  aient  échappé  à  la  destrucflion,  nous 
omt  été  remis  par  Tadministration  delà  Bibliothèque  natio- 
nale. Nous  ayons  reçu  du  môme  ëtafblissement  un  petîl 
nombre  d'objets  provenant  de  la  grande  commission 
d'Egypte.  Nous  avons  pu  extraire  de  l'ancien  musée  algérien 
les  séries  fort  précieuses  qui  y  représentaient  l'ethnographie 
arabe  et  kabyle,  et  dont  nul  autre  établissement  similaire 
en  lEurope  ne  pourrait  montrer  aujourd'hui  la  dixième 
partie.  La  bibliothèque  de  l'Arsenal  nous  a  offert  |a  petite 
collection  fort  curieuse  réunie  au  dix-huitième  siècle  par 
le  marquis  de  Prony.  Le  muséum  d'histoire  naturelle  nous 
a  remis  la  plupart  des  pièces  qu'il  avait  reçues  depuis  1833% 
ainsi  qu'un  grand  nombre  de  moulages  dont Vcetie  institii- 
Lion  possède  les  creux.  Enfin  le  Musée  àes  Antiquités 
nationales  a  .-mis  à  notre  disposition  les  objets  qu'il  pos- 
sède et  qui  ne  sont  pas  nécessaires  aux  con^paraisops  sur 
lesquelles  s'appuie  l'archéologie  préhistorique. 

Nous  n'avons  presque  rien  relrou^  des  collections  re- 
cueillies sous  l'Empire  par  les  missionnaires  de  l'ÉLat,  et 
notamment  par  «eux  qui  out  accompagné  l'expédition  fran- 
çaise au  Mexique.  Mais  un  arrangement  cobcIu  avec  JVI.  Pi- 
narty  il  y  a  «deux  ans  et  demi,  ayant  assuré  au  gouverne- 
ment la  propriété  d'un  lot  important  d'antiquités,  etc., 
(acquis  par  «e  voyftffeur  «d'un  de  nos  ^mciens  résidents  à 
Mexico,  les  pertes  faites  de  ce  côté  ont  pu  être  en  partie 
r^arées. 

Le«  naisisions  8cvenltifiq«tes,  •entreprises  depuis  la  pnrîK 
avalent,  en  revanche,  accumulé  dans  les  m^asins  du  mini- 
stère de  v^itables  mantagnes  4e  caisses  èe  .touie  f^pove* 
niMuce,  4etd  le  eontenu,  irié  et  classé  f»ar  tes  eevisefytfimrs 

1.  -Le  \'i  maî183fB,TadminfStratton  âe  cet  ^atittssément  avait,  sur  une 
âenaandc  du  ministre,  dépest^  cTftre  les  mains  du  conservateur  du  Musée 
naval  trente*deux  lots  d'objets,  comprenant  85  pièces  entrées  depuis  Teii- 
voi  fait  à  Millin  et  à  Barthélémy  en  Tan  T. 


BES   COLIECTIONS  OTHNÔGRA^ftlOUBS.  36S 

provisoires,  formerait  tout  un  Muisée.  Vous  avez  pu  voir, 
Monsieur  ie  fioSnistre ,  dans  Texpositron  qui  a  eu  lieu  au 
Palais  de  riwdustrie  en  janvier  et  février  1ST8,  une  partie 
de  ces  sëiies.  L'Asie  y  était  Teprésentée  par  des  envois  nom- 
breux  et  variés  de  MM.  î>elaporte,  Harmand,  de  Ujfalvy, 
Lansberg,  La  •Satvitïière  ;  l'Afrique,  par  tes  panneaux  de 
MM.  Marche  et  Yerneau  ;  rAmérique  du  nord  par  les  col- 
lections de  M.  Phrart,  rAmétrque  <dti  sud  par  celles  de 
MM.  Crevaux,  Wiener,  André,  de  Ce^sac;  ÎX)céanie  enfin, 
par  les  ol^ets  de  MM.  Raffray  et  Baflieu. 

Depuis  cette  exposition,  les  envois  des  missions  onl  con- 
tinué à  •arriver  de  plus  en  p'his  nombreux  et  importants. 
Certains  désormais  que  les  pièces,  Tecucfîlîîes  au  prix  de  tant 
tfe  fatigues  et  deiiépenses,'seraie'Bt  soigneusement  conser- 
vées et  montrées  au  puMie,  nos  voyageurs  ont  redoublé 
ffdforts. 

^'e^  ainsi  que  "M.  Pinart  a  recueilli  pour  le  nouvel  éta- 
blissement dans  les  archipels  Fidji,  des  AmSs,  de  la  Société, 
une  incomparable  série  d'objets  de  toute  espèce  que  rem- 
placent, de  plus  en  plus,chaque  jour,  chez  les  naturels,  des 
produits  européens. 

M.  Charnay-a  rapporté  d'Australie  tout  un  matériel  acquis 
de  tribus  sauva-ges  dont  l^anéantissement  est  proche.  M.  Ca- 
hun  a  enrichi  notre  dépôt  de  plusieurs  pièces  inédites  du 
pays  des  Atisariés,  dh  il  a  récemment  pénétré.  MM.Ver- 
nean  et  Soleîllet  nous  ont  remis  un  certain  nombre  de 
clioees  rares  des  €an»ries  et  du  Soudan  occidental.  M.  Cre- 
*vatix,  dont  la  lîoïlection  ne  ccrmpTemtît  en  1*878  qu'une 
soixantaine  de  numéros,  a  rempli  tonte  une  salle  des  do- 
cuments les  pltrs  «wieux  sur  les  Indiens  de  la  haute  Guyane 
♦c?t  du  haut  Amaxone.  M.  fier  a  déposé  au  Trocadéro  les 
résultats  de  fouilles  henreuses  dans  les  ruines  de  Tiagua- 
naco.  M.  de  *Cessac  «enfin,  ramène  en  te  moment  de  Çali- 
fomre  pTnsîeuTS  miHîers  de  pièces  d'ethnographie  indienne. 
En  mlSme  temps  que  les  collections  des  voyageurs  de 


364  RAPPORT  SUR  LE  DÉVELOPPEMENT  ET  L  ÉTAT  ACTUEL 

TElat  augmentent  dans  ces  proportions,  les  dons  affluent 
d'une  manière  inattendue  entre  les  mains  des  conservateurs. 
A  la  suite  de  l'Exposition  universelle,  un  certain  nombre  de 
commissions  étrangères  avaient  cédé  tout  ou  partie  des 
pièces  exposées  par  leurs  gouvernements.  Ainsi  que  le  Jour- 
nal officiel  du  19  octobre  1878  l'apprenait  au  pays,  vingt- 
sept  États,  parmi  lesquels  TÉgypte,  la  Chine,  le  Japon  et 
plusieurs  colonies  anglaises  se  signalaient  tout  particuliè- 
rement, s'étaient  ainsi  constitués  les  collaborateurs  de 
l'œuvre  que  le  ministère  de  l'Instruction  publique  avait 
reprise  avec  tant  de  bonheur. 

A  ces  dons  d'origine  officielle  sont  venus  s'en  joindre  un 
bon  nombre  d'autres  émanés  d'institutions  scientifiques,  de 
groupes  coloniaux  ou  de  particuliers.  L'Académie  indo-chi- 
noise, par  exemple,  s'est  défait  à  notre  profit  des  documents 
que  M.  Yossion  lui  avait  rapportés  de  Birmanie.  Le  conseil 
du  Sénégal  a  voté  une  somme  destinée  à  réunir  pour  le  nou- 
veau musée  parisien  les  choses  les  plus  caractéristiques 
de  l'ethnographie  coloniale.  Un  premier  envoi  est  déjà 
parvenu  à  destination.  M.  Merle,  de  Bordeaux,  vient  d'en- 
voyer quatre  caisses  d'objets  variés  de  même  provenance, 
d'autant  plus  intéressants,  qu'ils  remontent  plus  haut  dans 
le  passé  de  cette  ancienne  et  honorable  maison.  M.  Goldt- 
hammer  nous  a  libéralement  enrichis  de  bien  des  pièces 
curieuses  du  Maroc  et  des  côtes  occidentales  d'Afrique. 
MM.  Bishoffsheim,  Djiedjienski^  Folliet,  Mir,  Boucart,  Rey, 
Quesnel,  Harmsen  et  d'autres  encore,  Français  et  étrangers,' 
figurent  dans  l'inventaire  en  cours  d'exécution  pour  des  dons 
plus  ou  moins  importants. 

N'oublions  pas,  en  terminant  cette  énumération  rapide,  le 
legs  généreux  de  M.  Léonce  Angrand,  à  l'occasion  duquel 
le  musée  provisoire  a  été  constitué. 

Vous  le  voyez,  Monsieur  le  ministre,  les  collections  dont 
vous  nous  avez  confié  l'organisation  et  le  classement  sont 
riches,  nombreuses  et  variées,  et  nous  sommes  en  droit  de 


DES   COLLECTIONS  ETHNOGRAPHIQUES.  365 

penser  que  les  services  que  le  musée  est  appelé  à  rendre 
et  sur  la  nature  desquels  nous  insistions  en  commençant  ce 
rapport,  seront  de  prime  abord  considérables. 

La  question  d'espace,  qui  avait  entravé  l'essor  des  pre- 
mières collections  confinées  dans  d'étroits  locaux,  au  Louvre 
et  à  la  Bibliothèque,  a  été  résolue  par  votre  arrêté  du  24  no- 
vembre dernier,  qui  assure  aux  collections  ethnographiques 
leur  libre  développement  dans  les  salles  du  premier  et  du  se- 
cond étages  du  palais  du  Trocadéro. 

Il  reste  à  aborder  Tétude  du  budget  du  nouvel  établis- 
sement. 

Les  dépenses  nécessaires  pour  assurer  son  installation  ma- 
térielle et  son  fonctionnement  régulier  ont  été  évaluées  h 
diverses  reprises,  et  vous  avez  entre  les  mains.  Monsieur  le 
ministre,  les  renseignements  les  plus  complets  sur  la  ma- 
tière. Nous  espérons  que  les  représentants  du  pays,  auxquels 
TOUS  voudrez  bien  demander  un  crédit  spécial  en  faveur  du 
musée  d'ethnographie,  désireux  d'encourager  deseCTorts  qui 
ont  pour  but  de  développer  dans  notre  pays  une  science  des 
plus  utiles  et  des  moins  répandues,  n'hésiteront  pas  à  vous 
fournir  les  moyens  de  donner  un  caractère  définitif  au  mu- 
sée provisoire  et  de  réaliser  ainsi  l'accomplissement  d'une 
œuvre  scientifique  dont  Lakanal,  Cuvier,  Rémusat  et  tant 
d'autres  bons  esprits  out  successivement  réclamé  l'exécu* 
tion  1. 

1.  Ce  rapport,  adopté  par  la  Commission  du  Musée  d*ethnographie, 
composée  de  MM.  Tamiral  Paris,  président;  Broca,  Charton,  Maunoir, 
Milne-Edwards,  G.  Perin,  de  Quatrefages,  membres;  Hamy,  Landrin, 
membres  adjoints,  a  été  présenté  à  M.  le  ministre  de  l'Instruction  pu- 
blique le  26  janvier  1880. 


COMPTES  lANDU»  D^OOTRACSS 


DËSGRIPTICm  6É06RiU)iUQn£,  HSSTOftIQUB  ET  MKHl9iiOiaQir& 
DS    là   £AI«ESTIN£,    BASSE   GikU£BB 

PAK  M.  TICTOR  GUÉRIN  *. 

Nous  devions  déjà  à  M.  G^itênn  Fa  puMieatîos  d^e  cinq 
yolume&  consacrés,  iefiFireisr  premiers  à  F^cplof atîon- de  la 
Judée,  et  les  deux  autres  à  celle  de  la  Samarie  ;  les  unième 
et  septième,  qui  vent  fiaire  l'objet  4^  ee  compté  leadi»,  se 
rapporteiyt  à  la  basse  Galilée.  D'autres  ^tudferoot  }&  Ime  de 
notre  confrère  a»  peiat  de  Y«ie'  de  l^eségèse  et  dé  la  géo^ 
graphie  sacrée.  Moi,  je  ranalyserai  seoi»  le  rappoiit  de  ht 
géographie  historique  du  moyen  âge-,  m'-attaebant  spéciale- 
ment, et  je  dirai  même  prcfsque  exclusivement,  à  mettre  en 
relief  et  à  compléter  dans  une  certadae  mesure  Tétude  des 
localités,  qui  ontjooé  un  rôle  au  temps^des  colonies  latines 
de  Syrie  ;  et  qae  nous  trouvons  décrites  avec  tant  de  seia 
dans  l'œuvre  du  conseiencieux  voyageur  ^uî,  depuis  visgt- 
cinq  ans,  s'est  voué  à  ^exploration  de  la  P'dlestine, 

M.  Guérin  commence  par  une  étode  très  détaillée  de  la 
ville  de  Nazareth  el  dte»  ses  environs.  Noes  j  trotrvonfl  une 
description  plçine  d'intérêt  des  fouilles  exécutées  au  som^ 
met  du  mont  Thabor  par  les  pères  Franciscains,  qui  ve- 
naient de  déblayer  les  restes  de  la  célèbre  abbaye  de  S'aint- 
Sauveur,  dû«t  le  plaa  tout  eatier  ae  retrouve  indiqué  par 
les  fondations  mises  »«  jour. 

En  même  temps  le  monastère  grec  de  Saint-Élîe,  qui 
s'élevait  à  côté  du  couvent  latin,  était  exploré  de  la  même 
façon  et  restauré  par  les  Russes. 

Voilà  donc  deux  édifices  visités  et  décrits  par  Phocas, 

1.  Compte  rendu  par  M.  £.  G.  Rey. 


DESCEIPXION   GÉOGRAPHIQUE,  HISTORIQUE,  ETC.  361 

Théodoricus  et  tant  d'autres  pèlerins  du  douzième  siècle, 
q^ui  sont  rendus  à  nos  études. 

Puis  passant  par  Fouleh,  M.  Guériu  y  visite  les  ruines  du 
Château  de  la  Fève,  «  Castrum  Fabe  » ,  élev4  par  les  Texiv- 
pliers.  C'est  un  grand  quadrilatère  flanqué,  de  toura  barre 
longues  aux  angles,  etmesurant  environ  100  mètres  delong 
sur  une  largeur  de  70  environ. 

Notre  voyageur  visite  ensuite,,  sur  les  pentes  du  Petit 
Hermon,.les  villages  de  Jezraïn  (le  Gérin  des  Croisades),  de 
Endour,  de  Naïm,  d'En'  Naura„de  Malouf,.de  Kefra,  etc... 
dans  lesquels  nous  retroavons  les  noms  de  casaux,  relevant 
au  douzième  siècle  de  la. principauté  du  Galilée.. 

Il  décrit  égalemeut  les  ruiner  de  la  forteresse  nommée 
aujourd'hui  Kaukab  el  Haoua. 

[J'ajouterai  h  ce  qpe  dit  M..  Guérin  q^ue  ce  château,  après 
avoir  formé  Tua  des  grands  fiefs  de  cette  même  princi- 
pauté, fut  cédé  en  1168  aux  Hospitaliers  de  Saint-Jean  parc 
Yvon.  Yelos,  son  dernier  seigneur.  Ce  cbâleaui  était  alors 
nommé  Coquet  ou  Belvoir.]  Ses  ruines,  comme  celles  da 
château  de  la  Fève,,  sont  de  forme  rectangulaire»  ayant  ài 
chaque  coin  des  tours  carrées.  Au  centre  de  cette  forte- 
resse, des  arraseme&ts>  d'une,  construction  barre  longue 
semblent  indiqi^er  l'e^mpUcement  du»donjon« 

Dans  une  seconde  course,  notre  confrère  parcourt  la  ré* 
gion  s'étendant  au  N.  E.  de  Nazareth,  visitant  ReinehetKe- 
ferkena,  [qui  au  treizième  siècle  était,  nommé  Casai  Robert. 
C'était  une  grosse  bourgade,  administrée  par  un  vii^omle  et 
possédant  cour  de  bourgeoisie.  Le  revenu  annuel  dû  c^  ca^ai 
était  alors  de  quatre  mille  besants  sarrazins].. 

Touran,  Sadjéra,  Hattïn  et  les  ruines  d'ArbeJ,  sont  en- 
suite traversés  par  M.  Guérin,  qui  vient  s'arrêter  i  Tibé- 
riade,  en  passant  par  IfOuad  al  Hammam>oi:i  il  retrouvet 
les  cavernes  fortifiées  signalées  par  Thistorien  Josè^e.;  et 
que  j'avais  visitées  moi-même  en  1859.. 

Deux  courses  sont  employées  à  l'étude  de  la  rive  occi- 


368  DESCRIPTION  GÉOGRAPHIQUE,  HISTORIQUE  ET  ARCHÉOLOGIQUE 

dentale  du  lâc  de  Génésareth.  Puis,  s'engageant  dans  le 
Ghor,  ou  vallée  du  Jourdain,  notre  savant  confrère^  après 
avoir  traversé  le  fleuve  au  pont  de  Hedjama,  parcourt  sur 
sa  rive  orientale  les  ruines  de  Pella,  nommée  aujourd'hui 
Toubakat  el  Faïly  où  les  restes  d'une  vaste  basilique  et  de 
divers  autres  édifices  attirèrent  son  attention.  Puis,  remon- 
tant au  nord  et  traversant  le  Scheriat  el  Mandhour  (le  Hie- 
romax),  M.  Guérin  se  trouve  bientôt  à  Om  Keïs,  nom  mo- 
derne de  Tantique  Gadara,  la  métropole  de  la  Pérée. 

Deux  théâtres,  avec  une  vaste  nécropole,  sont  tout  ce  qui 
reste  des  splendides  monuments  qui  décoraient  la  ville  an- 
tique. L'itinéraire  de  M.  Guérin  le  conduit  ensuite  sur  la 
rive  orientale  du  lac  de  Tibériade,  qu'il  est  le  premier  à 
explorer  d'une  manière  approfondie. 

Les  ruines  d'Hippos,  Fik  (l'antique  Afeka),  El  Mase  qu'il 
identifie  avec  Gamala,  celles  de  Gergesa,  sont  tour  à  tour  le 
théâtre  de  ses  recherches.  Enfin,  passant  par  Douken,  Me- 
sadieh  et  El  Aradji ,  il  atteint  le  Jourdain  à  El  Tell,  la  Belh- 
salda  Julias  de  l'antiquité.  [Au  temps  des  croisades  ce  vil- 
lage est  plusieurs  fois  mentionné  sous  le  nom  deThil.] 

Ayant  repassé  le  Jourdain,  notre  voyageur  vient  visiter, 
non- loin  du  pont  des  fils  de  Jacob,  le  Kasr  el  Athara,  vaste 
forteresse  élevée  en  1178  par  le  roi  Beaudoin  lY,  pour  la 
défense  du  passage  du  Jourdain.  [Ce  château  était  alors 
nommé  le  Chastellet.] 

C'est  un  grand  ouvrage  cafré  avec  saillants  barre  longs 
aux  angles. 

Voilà  donc  trois  châteaux  élevés  par  les  Francs  dans  le 
courant  du  douzième  siècle  :  c  elui  de  la  Fève,  celui  de  Bel- 
voir,  et  le  Chastellet»  qui,  comme  plans,  sont  identiques  à 
ceux  de  la  Blanche  Garde  et  de  Gibdlet,  confirmant  ainsi 
la  prévision  que  j'émettais  il  y  a  dix  ans  en  décrivant  ces 
deux  dernières  forteresses,  que  les  plus  anciens  édifices 
militaires  élevés  par  les  Francs  en  Syrie  afil^ctaient  presque 
tous,  comme  plan,  la  forme  carrée. 


j 


DE  LA  PALESTINE,  BASSE   GALILÉE.  369 

En  parcourant  la  région  située  entre  Nazareth  et  le  golfe 
du  Carmel,  M.  Guérin  suit  la  route  qui,  au  moyen  âge,  re- 
liait Acre  à  Nazareth,  en  passant  par  Recordane,  aujour- 
d'hui Tell  Kourdaneh.  11  y  trouve,  sur  le  ruisseau  du  même 
nom,  un  pont  jeté  par  les  Croisés  et  que  défendait  une 
tour,  dont  la  porte  munie  d'un  mâchicoulis  est  encore  re- 
connaissable.  Non  loin  de  là,  à  Chef  A*  Amer,  qui,  au  temps 
de  l'occupation  latine,  était  nommé  le  Saphran,  M.  Guérin 
observe  les  restes  d'une  église  élevée  au  dix-septième  siècle, 
et  qui,  placée  sous  le  vocable  de  Saint-Jean,  était  en  grande 
vénération  parmi  les  Francs  de  Syrie.  Ces  ruines  ont  été 
récemment  restaurées  par  les  religieuses  de  Nazareth. 

Une  course  dirigée  au  nord-est  d'Acre  conduisit  M.  Gué- 
rin dans  d'autres  localités  que  nous  trouvons  fréquem- 
ment citées  dans  les  actes  du  treizième  siècle. 

Dans  son  second  volume,  notre  voyageur  identifie  un 
certain  nombre  de  ces  villages,  situés  au  nord  d'Acre,  avec 
des  casaux  du  moyen  âge.  Ces  identifications  étant,  pour  la 
plupart,  les  mêmes  que  j'ai  données  dans  la  carte  d'état- 
major  des  commandants  Mieulet  et  Derrien,  à  laquelle  elles 
paraissent  empruntées,  je  profiterai  de  cette  occasion  pour 
rectifier  une  erreur  commise  par  moi  à  cette  époque,  et, 
que  M.  Guérin  a  répétée  en  identifiant  les  Kharbet  Kabreh 
avec  le  casai  de  Cabra.  On  doit  voir,  je  crois,  dans  les  ruines 
de  Kabreh  celles  du  Quiebre,  casai  donné,  en  octobre  12(>3, 
par  le  roi  Henry  de  Chypre  à  Jean  d'Ibelin,  seigneur  de  Ba- 
rut-  Quant  au  casai  de  Cabra,  qui  relevait  du  fief  de  Saint- 
Georges,  et  fut  vendu,  en  1220,  à  Tordre  Teutonique, 
il  faut  rechercher  ses  ruines  dans  les  Kharbet  Kabrah  au 
sud  de  El  Baneh. 

Auprès  du  Ras  el  Mefscherkeh,  il  trouva  les  ruines  d'un 
petit  château  nommé  Kharbet  Menaouat,  dans  lequel  je 
crois  reconnaître  le  site  du  fief  du  Manuet  des  assises  de 
Jérusalem.  De  là,  il  visita  à  Maalia  et  à  Kalaat  Djeddin,  les 
restes  des  châteaux  du  Roi  et  du  Gedin.  Ces  deux  forte- 
soc.  DE  6É0GR.  —  OCTOBRE  1880.  XX.  —  M 


370         LES  COITFÉRENCES   DU  VOYAGEUR  SERPA  PINTO. 

resses  formaient  au  moyen  âge  des  baronies  latines,  et  pas- 
sèrent à  Tordre  teutonique.  Près  de  là,  il  se  rendit  à  El 
Baïneh,  où  se  voient  les  ruines  de  l'église  et  de  l'abbaye  de 
Saint-Gcorges  de  Labaene,  qu'il  décrit  longuement.  D'au- 
tres localités,  telles  que  Sadjour  et  Medjel  Karoum,  dans 
lesquelles  nous  retrouvons  les  fiefs  du  Saor  et  de  Mer^jel- 
colop,  furent  ensuite  le  théâtre  de  ses  recherches. 

Pour  Tyr,  notre  confrère  a  résumé,  en  une  inléressaate 
étude,  tout  ce  qu'en  ont  dit  ses  devanciers,  et  il  reprend  la 
thèse  de  M.  de  Bertou  au  sujet  des  restes  visibles,  par  un 
temps  calme,  des  jetées  du  port  Égyptien,  dont  l'existence 
parait  contestable  à  M.  Renan.  M.  Guérin  affirme  de  la 
façon  la  plus  positive  avoir  pu  distinguer  très  nettement  ces 
restes,  grâce  au  calme  et  à  la  limpidité  de  la  mer,  au  mo- 
ment de  sa  visite  à  Tyr. 

Il  étudie  ensuite  la  région  située  entre  Tyr  et  Safed,  où  il 
observe  plusieurs  synagogues  ruinées,  notamment  à  Kefer 
Beraxn  et  à  Kadès.  De  là,  il  se  rendit  à  Banias,  et  nous  lui 
devons  la  première  description  détaillée  de  la  forteresse 
médiévale  nommée  Sabeibe,  dominant  cette  ville,  et  qui, 
au  douzième  siècle,  formait  un  fief  possédé,  comme  Beliaos, 
par  les  seigneurs  du  Toron. 

Parcourant  ensuite  la  vallée  supérieure  du  Jourdain^  où  il 
visite  Uasbeya  et  Racbeya,  M.  Guérin  eifectue  de  cette  der- 
nière ville  rascension  du  DjebeUescb-Scheik  (le  GraBd- 
Hermon),  puis  passant  par  le  Merdj-el-Aïoun^  le  Kalaat- 
escbhSchekif  (Beaufof  t)  et  Saïda,  il  atteignit  B^routh,  <A  se 
termina  son  voyagCé 


Les  GOfr^ÉR&NGtB  fit  L'iTlKéRAIKE  DU  VOTAOStR  SEUfA  l^rtlTO^ 

Je  suis  chargé  de  présenter  à  la  Société,  de  la  part  de 
son  auteur  M.  Manuel  Ferreira  Ribeiro,  le  savant,  remar- 
quable et  impartial  ouvrage  qui  porte  ce  titre. 

1 .  Ab  conferencias  e  o  itinerariê  do  vigjûHte  Serpa  Pmio.  •*•  librairie 


LES  CONFÉRENCES  DtJ  VOYACEtR  ÔËftt  MNTO,         811 

Plusieurs  membres  de  la  Société  de  Géographie  de  Lis- 
bonne se  sont  donné  le  but  patriotique  de  faire  rôVitre  tes 
fastes  glorieux  de  leur  pères  en  Afrique.  M*  Luciâtiô  Oor- 
deiro,  secrétaire  de  la  Société,  a  commencé  cette  série  de 
publications  savantes  par  son  Hydrographia  daAfrica,  bro- 
chure traduite  en  français,  dans  laquelle  il  a  cîté  un  cer^ 
taîn  nombre  de  textes  des  anciens  auteurs  portugais  qui 
rendent  évidentes  les  découvertes  et  les  relations  suivies 
des  voyageurs  de  cette  nation  dans  l'Afrique  intérieure. 

M.  Manuel  Ferreira  Ribeiro  a  continué  ce  mouvement 
d'études  en  publiant  d'abord,  en  1879,  tout  l'ouvrage  inti- 
tulé :  A  provincia  de  San  Thomé  e  suas  dependenciaSy  etc. 

Le  voyage  du  major  Serpa  Pinto  est  venu  lui  donner  une 
plus  grande  impulsion,  et  la  relation  du  voyageur  a  soulevé 
des  attaques  violentes  parmi  ses  compatriotes.  C'est  alors 
que  M.  Ribeiro  a  publié  Touvrage  qu'il  offre  à  la  Société. 
C'est  un  ouvrage  d'érudition,  véritable  jugement  dans  lequel 
il  fait  comparaître  et  parler  devant  le  tribunal  de  la  science 
impartiale  les  témoins  de  tous  les  temps.  Là  sont  confron- 
tés et  comparés  les  textes  anciens  entre  eux  et  avec  les  récits 
des  voyageurs  et  des  auteurs  modernes* 

Esquissons  brièvement  le  contenu  du  livre. 

L'auteur  commence  par  des  considérations  générales  et  des 
explications  préliminaires  au  sujet  du  voyage  de  M.  Serpa 
Pinto.  Il  en  signale  les  lacunes  et  indique  les  erreurs  de  ce 
voyageur.  H  prouve  que  la  traversée  de  l'Afrique  â  été  faite 
plusieurs  fois  par  les  voyageurs  portugais  dans  un  but  Com- 
mercial et  non  scientifique.  C'est  pourquoi  un  grand  nom- 
bre d'entre  eux  sont  restés  inconnus  à  l'Europe. 

Il  ajoute  les  conseils  et  les  informations  donnés  par  La- 
cerda  en  1797  ;  par  José  da  Assompçao  en  1795  ;  par  Graça 
en  1856  et  les  renseignements  de  Ladislas  Magyar. 


académique.  Lisbonne  1880,  1  vol.  in-4^.  —  Analyse  présentée  à  la  So- 
ciété dans  sa  séance  du  !21  mai  1880»  par  Tabbé  Durand. 


372         LES  CONFÉRENCES  DU  VOYAGEUR  SERPA  PINTO. 

Âpres  ces  considérations,  Fauteur  aborde  sa  première 
partie,  qui  renferme  : 

1°  Une  critique  savante  du  récit  de  M.  Serpa  Pinto  et  des 
relations  qui  en  ont  été  faites.  Celle  critique  est  appuyée  par 
des  extraits  tirés  de  nombreux  auteurs  et  voyageurs  et 
par  les  articles  publiés  dans  les  difiTéreuts  journaux  de  Lis- 
bonne, par  MM.  Carlos  de  Mello,  Luciano  Gordeiro,  Jorge 
deMendoça; 

â""  Une  critique  et  un  examen  des  faits  avec  preuves  et  dé- 
monstration à  l'appui  ; 

3*  Les  documents,  —  les  Routiers  anciens  et  modernes  de 
la  route  de  la  côte  occidentale  à  la  côte  orientale  d'Afrique. 
Cette  partie  de  l'ouvrage  de  M.  Ribeiro  renferme  un  trésor 
véritable  pour  la  science  géographique.  C'est  la  collection 
des  textQS  des  auteurs  portugais  et  du  récit  de  leurs  voyages, 
depuis  le  quinzième  siècle  jusqu'à  nos  jours.  Elle  nous  met  à 
même  de  suivre  pendant  plus  de  trois  siècles  les  voyageurs 
de  nationalité  portugaise  dans  la  région  des  grands  lacs, 
sur  les  bords  du  Nil,  du  Niger,  du  Zaïre,  du  Limpopo  et 
du  Zambèse,  de  pénétrer  avec  eux  jusqu'au  centre  de 
TAfrique  dans  le  pays  de  Anzicos,  qui  n'étaient  autres  que 
les  peuples  anthropophages  du  bassin  du  Zaïre.  Ces  auteurs 
nous  font  connaître  les  mœurs  et  les  religions  des  peuples 
visités  alors;  en  lisant  leurs  textes  on  croirait  lire  Living- 
stone  et  tous  les  voyageurs  modernes  qui  racontent  les 
mêmes  faits. 

Aux  documents  anciens,  M.  Ribeiro  ajoute  les  travaux 
modernes,  tels  que  le  Mémoire  que  j'ai  publié  sur  les  voya- 
ges des  Portugais  à  travers  TAfrique  et  qu'il  m'a  fait  l'hon- 
neur de  traduire  en  langue  portugaise,  les  articles  du  P.  Bro- 
ker, et  ceux  de  M«  Delavaud  sur  Davity,  géographe  français 
du  dix-sepli^me  siècle» 

La  deuxi^mo  partie  se  divise  également  en  trois  sections  : 

t**  L'analpe  de^  articles  des  joanuiox  étrangers  sur  les 
contenances  du  n^jor  Serjpa  Pinto  : 


LES  CONFÉRENCES  DU  VOYAGEUR  SERPÂ   PINTO.  373 

2*  L'examen  et  la  critique  de  ces  divers  articles  ; 

3^  Le  mouvement  colonial  renaissant  en  Portugal  et  ses 
résultats  ; 

4®  Les  critiques  et  les  controverses  des  différents  jour- 
naux portugais  au  sujet  de  M.  Serpa  Pinto. 

Cet  ouvrage,  fait  avec  un  soin  remarquable,  procède 
d'un  esprit  sérieux;  juste  et  patriotique.  Il  a  été  composé 
par  un  savant  de  la  bonne  école,  qui  a  séjourné  pen- 
dant vingt  années  dans  les  colonies  portugaises  des  deux 
côtes  d'Afrique.  Il  présente  toutes  les  garanties  que  Ton  doit 
rechercher  dans  l'étude  de  la  vérité,  et  prouve  jusqu'à  l'évi- 
dence qu'à  partir  du  milieu  du  quinzième  siècle  les  Portugais 
ont  mieux  connu  toutes  les  régions  de  l'Afrique  intérieure 
que  nous  ne  les  connaissons  aujourd'hui.  Nous  devons  donc 
remercier  M.  Ribeiro  d'avoir  écrit  cet  ouvrage,  qui  doit 
marquer  dans  la  science  géographique. 


ACTES  DE  U  SOCIÉTÉ 


EXTRAITS  DES  PROCÈS -VERBAUX  DES  SÉANCES' 


*aM««Mi««M«*~«i4 


Séance  du  16  juUUt  1880. 

PRÉSIDENCE  DE  M.  À.  GRANDIDIER 

Le  procès-Terbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

liO  Président  fait  savoir  à  rassemblée  que  la  Chambre  des 
députas  vient  d'accorder  IQOÛOO  francs  à  WH,  Savorg^nan  de 
Braxza  et  le  docteur  Ballay,  pour  leur  permettre  d'aller  explorer  la 
région  du  Congo  en  partant  de  FOgôoué. 

Le  Président  se  fait  Tinterprète  des  sentiments  de  reconnais- 
sance de  la  Société  pour  M.  G.  Perin,  qui  a  donné  tine  nouvelle 
preuve  de  son  dévouement  aux  intérêts  scientifiques  du  pays,  en 
soutenant  devant  l'Assemblée  la  demande  de  crédit  du  ministère 
de  rinstruction  publique. 

Lecture  est  donnée  de  la  correspondance. 

Le  ministère  des  Affaires  étrangères  adresse  un  extrait  de  lettre 
de  M.  Ch.  Wiener,  vice-consul  de  France  à  Guyaquil.  M.  Wiener 
a  étudié  le  trajet  d'une  nouvelle  route  de  Quito  à  Guyaquil,  qui 
abrégerait  la  distance  à  parcourir.  M.  Wiener  écrit  aussi  de  la 
Cocha  (24  mai  1880)  pour  donner  des  détails  sur  les  récentes 
ascensions  des  Cordillères  équatoriennes  par  M.  Edward  Whymper. 
iicnvoi  au  Bulletin), 

Par  suite  à  la  correspondance,  M.  Soleillet  résume  une  lettre 
qu'il  vient  de  recevoir  de  Saint -Louis  (Sénégal),  relative  au  pil- 
lage de  l'expédition  du  capitaine  Galiéni  ;  il  annonce  son  départ 
pour  le  Sénégal  le  20  courant. 

M.  de  Quatrefages  communique  à  l'Assemblée  une  lettre  de 
M.  StràUch,  secrétaire  général  de  l'Association  africaine,  don- 
nant des  nouvelles  récentes  de  la  station  de  Karéma,  et  de 
MM.  Popelin,  Cambier,  Carter,  le  D"^  Van  den  Heuvel.  Tout  allait 
bien,  e^  la  station  de  Karéma  a  déjà  pu  prendre  de  très  grands 
services. 

1.  Rédigés  par  le  docteur  Ha^nand. 


SÉANCE  DU  6  AOUT   1880.^  375 

La  parole  est  ensuite  donnée  à  M.  de  Lamotte,  qui  expose  les 
recherches  auxquelles  il  s'est  livré  dans  la  vallée  du  Nil,  pour 
y  étudier  les  changements  de  niveau  séculaires  du  grand 
fleuve.  M.  de  Lamotte  pense  qu*au  moyen  de  barrages,  il  serait 
possible  de  forcer  les  eaux  à  se  déverser  sur  des  terrains  arides 
aujourd'hui  perdus,  qu'on  rendrait  ainsi  à  la  culture  et  à  la  vie. 

MM.  Harmand,  Ballay  et  Soleillet  ne  sauraient  s'associer  à  l'idée 
émise  par  M.  de  Lamotle,  qu'un  pays  chaud  est  d'autant  plus  mal- 
sain pour  les  blancs  qu'il  est  plus  sec;  cette  théorie  leur  semble 
en  contradiction  formelle  avec  tous  les  faits  observés  depuis  dos 
siècles  sur  la  terre  entière. 

M.  Guérin  offre  le  VII*  volume  de  son  ouvrage  sur  la  Palestine 
(Galilée  supérieure)  et  la  réédition  de  son  livre  sur  Tîle  de  Rhodes. 

Mademoiselle  Kleinhans  offre  un  travail  sur  renseignement  de 
la  géographie  en  France. 

Il  est  ensuite  procédé  à  l'admission  des  candidats  inscrits  à  la 
dernière  séance  sur  le  tableau  de  présentation.  Sont,  en  consé- 
quence, admis  à  faire  partie  de  la  Société  :  MM.  Paul  Muret;  — 
Emmanuel  Muret,  avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris;  —  Alfred 
Molteni,  constructeur  d'instruments  de  précision;  — AlbertMassue, 
auditeur  à  la  Cour  des  comptes  ;  —  Bischoffsheim,  banquier. 

Sont  inscrits  sur  le  tableau  de  présentation  pour  qu'il  soit  statué 
sur  leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  J,  P.  Barnel,  li- 
braire-éditeur, présenté  par  MM.  Gabriel  Gravier  et  Paul  Soleillet; 
—  V.  Gauvenet  Dijon,  colonel  en  retraite,  propriétaire,  -présenté 
par  MM.  Drouyn  de  Lhuys  et  James  Jackson. 

La  séance  est  levée  à  10  heures. 


Séance  du  6  août  1880. 

PRÉSIDENCE  DE  M.   A.   GHANDIDIER. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

Le  Président  annonce  à  l'assemblée  la  présence  de  MM.  Brîto 
Capello  et  Robert  Ivens,  officiers  de  la  marine  portugaise,  qui  ont 
entrepris,  avec  M.  Serpa  Pinto,  ce  grand  voyage  en  Afrique  dont 
une  partie  nous  est  déjà  connue,  Tandis  que  leur  compagnon 
traversait  audacieusement  l'Afrique,  ces  deux  courageux  explorateurs 
ont  parcouru  toute  une  région  de  l'ouest  dont  Ja  carte  est  entière- 
ment modifiée  par  leurs  travaux.  Nous  nous  félicitons  de  pouvoir 
saluer  en  eux,  ajoute  le  Président,  les  représentantsjde  cçttQ  renais- 


376  PROCÈS-VERBAUX. 

sance  géographique  du  Portugal,  à  laquelle  nous  avons  déjà  été  si 
heureux  d'applaudir.  La  Société  va  avoir  le  plaisir  d'entendre  l*au 
d'eux  lui  faire  le  récit  de  ces  belles  explorations. 

Lecture  est  donnée  de  la  correspondance. 

M.  E.  Cortambert  s'excuse  de  ne  pas  assister  à  la  séance.  — 
M.  James  Bonabeau  remercie  de  son  admission  au  nombre  des 
membres  de  la  Société.  —  Le  ministre  de  l'Instruction  publique 
remercie  la  Société  des  prix  qu'elle  a  donnés  au  concours  général 
et  adresse  au  Président  une  invitation  pour  assister  à  la  séance 
de  distribution  des  prix.  —  Le  ministre  de  la  Guerra  remercie  la 
Société  du  prix  qu'elle  a  donné  au  lycée  de  la  Flèche,  et  fait 
savoir  qu'il  a  été  attribué  à  l'élève  Lartigue  (Marie-Jean-Joseph) 
né  à  Brest,  le  i  novembre  1862.  —  Le  ministre  de  l'Instruc- 
tion publique  adresse  le  tome  IV  des  œuvres  de  La  Place.  — 
Le  lieutenant  Lux,  de  l'arniée  autrichienne,  adresse  à  la  société  un 
exemplaire  de  sa  relation  de  voyage  intitulé  :  c  Von  Loanda  nach 
Kimbundu.  »  —  M.  de  Mot  fait  don  d'un  exemplaire  de  sa  carte 
de  la  province  de  Buenos- Ayres  en  quatre  feuilles.  —  La  c  Sociedad 
Colombina  Onubense  >  adresse  une  carte  d'entrée  pour  les  fêtes 
qui  seront  données  à  Huelva,  les  2  et  3  août,  à  la  mémoire  de 
Christophe  Colomb.  —  La  Société  de  géographie  de  Tokio  (Japon) 
demande  l'échange  avec  la  publication  de  la  Société  de  Paris.  — 
Le  directeur  de  l'observatoire  de  Chapultepec  adresse  unedemande 
semblable.  —  M.  de  Mofras  envoie  divers  ouvrages  sur  l'Amérique 
centrale  et  méridionale,  plus  dix-sept  plaquettes  intitulées  :  Étv4es 
diplomatiqties  et  littéraires.  —  La  compagnie  Paris-Lyon-Méditer- 
ranée envoie,  pour  être  distribués  aux  membres,  trois  cents  exem- 
plaires d'un  petit  livret  Chaix  pour  la  ligne  que  dessert  la  Compagnie. 
—  M.  Dalstrôm  adresse  à  la  Société  trois  brochures  avec  une  notice 
manuscrite  sur  son  projet  de  canal  entre  la  mer  Noire  et  la  mer 
Baltique.  —  M.  de  Garay  accuse  réception  de  la  lettre  qui  lui  a 
été  adressée  au  sujet  de  M.  Désiré  Charnay,  et  promet  son  concours 
le  plus  dévoué  à  l'œuvre  entreprise  par  ce  voyageur  au  Mexique  et 
auYucatan. 

Le  Secrétaire  général  donne  en  outre  l'analyse  d'une  lettre  de 
M.  Léopold  Hugo,  qui  offre  à  la  Société  un  dessin  autographe  de 
Humboldt.  C'est  un  Schéma  exécuté  à  Guyaquil,  des  Andes  équalo- 
riennes,  escaladées  récemment  par  M.  Whymper.  Cette  pièce  pro- 
vient du  baron  Gérard,  et  est  absolument  authentique.  Des  remer- 
ciements seront  adressés  à  M.  le  comte  Hugo. 

Le  docteur  Harmand  combat  certaines  théories  anthropologiques 
et  linguistiques  de  M.  Romanet  de  Caillaud,  concernant  les  rapports 


SÉANCE  DU  6  AOUT   1880.  377 

de  race  et  de  langue  entre  les  Annamites  et  les  sauvages  du  Tong- 
King.  (Renvoi  au  Bulletin.) 

L'abbé  Durand  communique  une  lettre  du  P.  Duparquet.  Ce 
sont  les  itinéraires  de  son  voyage  de  Walwich  bay  à  Omaruru,  et 
d'Qmaruru  à  TOwampo.  Le  P.  Duparquet,  le  premier  des  Fran- 
çais qui  ait  pénétré  dans  celte  région,  rectifie  quelques  erreurs 
sur  l'état  de  ces  pays.  De  nombreuses  populations  pastorales  les 
habitent.  Dans  le  massif  des  montagnes  de  Kaoko,  le  P.  Dupar- 
quet a  rencontré  des  colonies  récentes  de  Boërs,  fuyant  la  domi- 
nation anglaise.  Le  P.  Duparquet  va  être  suivi  par  M.  Dufour,  notre 
collègue.  —  M.  Robert  Ivens  présente  un  résumé  des  explorations 
accomplies  par  M.  Brito  Capello  et  par  lui  ;  il  donne  des  détails 
sur  les  moeurs  et  l'ethnographie  des  populations  qu'ils  ont  visitées, 
la  faune,  la  météorologie  et  le  magnétisme  terrestre  de  ces  régions. 
(Renvoi  au  Bulletin,) 

Le  Président  remercie  MM.  Ivens  et  Brito  Capello  d'avoir  bien 
voulu  donner  à  la  Société  un  aperçu  des  beaux  voyages  qu'ils  ont 
si  vaillamment  menés  à  bonne  fin,  au  plus  grand  bénéfice  des 
sciences  géographiques.  Les  applaudissements  unanimes  de  l'as- 
semblée leur  prouvent  toute  la  part  que  la  Société  de  Géographie 
prend  à  leur  succès. 

Le  Secrétaire  général  rappelle  que  la  réunion  des  Sociétés  fran- 
çaises de  Géographie  s'est  ouverte  la  veille  à  Nancy  et  que 
M.  Barbier,  principal  organisateur  du  Congrès,  a  réussi  d'une 
façon  très  heureuse  à  mener  à  bien  cette  entreprise.  Il  annonce 
en  outre  le  départ  pour  Santa-Fé-de-Bogota  du  docteur  Crevaux, 
médecin  de  la  marine.  M.  Crevaux,  accompagné  de  M.  Lejanne, 
pharmacien  de  la  marine,  et  de  son  fidèle  noir  Apatou,  continuera 
ses  explorations  des  affluents  du  haut  Amazone,  notamment  du  Rio- 
Négro. 

Le  Secrétaire  général  signale  la  présence  dans  l'assemblée  de 
M.Mizon,  enseigne  de  vaisseau,  qui  va  se  rendre  à  la  côte  occiden- 
tale d'Afrique,  pour  y  occuper  la  station  fondée  par  l'Association 
internationale  africaine.  Le  choix  de  l'emplacement  de  la  station 
a  dû  être  fixé  par  M.  Savorgnan  de  Brazza. 

La  parole  est  ensuite  donnée  au  docteur  Bayol,  médecin  de 
la  marine,  pour  raconter  les  incidents  qui  ont  signalé  le  voyage  de 
la  mission  du  capitaine  Galliéni  au  Niger.  M.  Bayol  expose  le  trajet 
suivi  par  la  mission,  parle  des  diverses  populations  rencontrées, 
fait  le  récit  du  combat  de  Dio  et  de  l'arrivée  à  Bamako.  Il  retrace 
ensuite  son  voyage  de  retour,  insistant  sur  la  richesse  aurifère  du 
pays  de  Bouré  et  de  Koumakana.  (Renvoi  au  Btilletin), 


378  PROCÈS-VERBAUX. 

M.  Bayol  annonce  en  terminant  que,  d'après  une  dépêche  arrivée 
aujourdiini  même,  la  mission  aurait  atteint  Se^ou  Sikoro  dans  de 
bonnes  conditions. 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerts.  Il  convient 
de  signaler,  dans  le  nombre,  le  livre  de  H.  Romanet  du  Gaillaad, 
offert  au  nom  de  Tauteur  par  M.  J.  Dupuis,  et  intitulé  :  Bistoire 
de  Vintervention  française  an  Tong-King,  de  i87î  à  i874. 

H.  Toumafbnd  offre  les  deux  premières  feuilles  d*une  carte  de 
l'Afrique  publiée  i^d.?  Y  Exploration,  La  carte  coniplète  comprendra 
soixante  feuilles. 

II  est  procédé  à  l'admission  des  candidats  inscrits  à  la  dernière 
séance  sur  le  tableau  de  présentation.  Sont,  en  conséquence,  admis 
à  faire  partie  de  la  Société  :  MM.  F.-P.  Barnel,  libraire-éditeur; 
V.  Gauvenet-Djjon,  colonel  en  retraite,  propriétaire. 

Sont  inscrits  sur  le  tableau  de  présentation  pour  qu*il  soit  statué 
sur  leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  René  Roy,  lieute- 
nant au  117"  régiment  d'infanterie,  présenté  par  MM.  le  général 
Loysel  et  de  Quatrefages  ;  —  Jean  Marie  Bayol,  médecin  de  pre- 
mière classe  de  la  marine,  présenté  par  MM.  le  docteur  Ballay  et 
Maunoîr. 

Conformément  à  l'usage  établi  pour  la  séance  qui  précède  les 
vacances,  il  est  procédé  séance  tenante  à  l'admission  des  candidats 
inscrits  au  tableau  de  présentation  à  cette  séance.  Sont,  en  consé- 
quence, admis  à  faire  partie  de  la  Société;  MM.  René  Roy,  lieute- 
nant au  117"  régiment  d'infanterie;  —  Jean  Marie  Bayol,  médecin 
de  première  classe  de  la  marine. 

La  séaace  est  levée  à  10  heures. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ 


••••■••••'■••-•i 


Séance  du  21  novembre  1879  (suite). 

V**  E.  Melchior  de  Vogdé.  —  Histoires  erientalea.  Paris,  1880.  1  vol. 

în-18.  AUTKUR. 

Jules  Gros.  —  Un  volcan  dans  les  glaces ,  aventnres  «ftme  expédition 

scientifique  au  Pôle  Nord.  Paris,  1879.  1  vol.  in-18.  Dreyfous,  éditeur. 

ELISÉE  Reclus.  — Nouvelle  géographie  universelle  :  la  terre  et  les  hommes. 
Livraisons  272  et  273.  Paris,  1879,  gr.  in-8».  Auteur. 

Jus.  —  Les  Oasis  de  l'Oued  Rir*  en  1856  et  1879,  suivies  du  résumé  des 
travaux  de  sondages  exécutés  dans  le  département  de  Conslantine 
de  1878  à  1879.  Constantine,  1879.  Broch.  in-8».  Auteur. 

De  1856  jusqu'à  ce  jour,  il  a  été  exécuté  dans  le  département  de  Consfanlino  :  167 
recheroiiet  d'nu  jaillissantei,  980  n^cberches  d'etts  ascenda^tM,  Ia  profoJideur 
totale  forée  représentait  une  longueur  de  19  kilomètres. 

Ca.  Petit-Fils.  —  Ascension  du  Fusiyaoïa  (Japon).  Paris,  1879.  Broch. 
^l-8^  Auteur. 

Avcensioa  pleine  de  péripéli^»  d'uQc  des  plus  liaute«  montagnes  à  la  cime  nei- 
geuse (3,180  niètres).  Visite  du  cratère.  —  Photographies  exécutées  par  l'auteur. 

Heruart.  —  Sur  le  baromètre  absolu  de  MM.  Hans  et  Hermary.  (Associa- 
tion française  pour  Tavancement  des  sciences.  Congrès  de  Paris  1878). 
Paris.  Broch.  in-8°.  Ch.  Charpentier. 

B.  Wartmann.  —  Rapport  du  Président  de  la  Société  de  physique  et 
d'histoire  naturelle  de  Genève  pour  la  période  du  1"  juillet  1877  au 
31  décembre  1878.  AUTltr». 

Amiral  Paris.  —  Notice  sur  la  vie  et  les  travaux  de  M.  Dortet  de  Tessan. 
Paris,  1879.  Broch.  in-4.  Auteur. 

MiNiSTERo  d'Agrigoltura,  industria  e  cohhergio.  -^  Annali  di  statistîca. 
Série  2^,  vol.  8,  1879.  Roma,  1879.  1  vol.  în-8«. 

MiNISTERO  D*AGRIG0LTURA,  INBUSTRIA  E  COMHERCIO. 

E.  Knipping.  —  Stanford*s  library  map  of  Japan,  principally  compiled 
from  Japanese  documents.  rTï»~ïôô'  London,  1879.  6  feuilles, 

Staoford's  large  gcale  map  of  Afghanistan  showing  the  New  British  fron- 
tière according  to  the  treaty  of  Gandamak.  London,  1879. 1  feuille. 

Edward  Stanford. 

War  Dbpartiusnt*  *--  Maps  iUustrating  the  military  opérations  of  the 
Atlante  Campaign  1864.  New- York,  1874-1877.  5  feuiUes.  —  MiliUry 
map  sbowing  the  marches  of  the  United  States  forces  under  Gommand 
of  Maj.  Geni.  w.  t.  Sherman,  during  the  years  1863,  1864,  1865. 


380  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

S  Louis,  1865.  1  feuille.  —  Batllefîeld  in  front  of  Franklin,  Tennessee, 
november  30  th  1864.  New-York,  1874.  1  feuille.  —  Map  of  the  battle- 
field  of  Chatanooga,  1864.  New-York,  1875.  1  feuille.  —  Map  illustra- 
ting  the  military  opérations  in  front  of  Atlanta  August  26  th  1864.  New- 
York,  1875.  1  feuille.  —  Topographical  map  of  the  approaches  and 
defences  of  Knoxville,  Tennessee  during  Dec.  Jan.  and  Feb.  1863-1864. 
New-York.  1  feuille.  Wab  Departmeht. 

H.  KiEPERT.  —  Erdglobus.  Berlin,  1879.  Autkcb. 

Edmond  OuTRET.  —  Avenir  financier  de  la  Tunisie.  Paris,  1879.  Broch.  in-4*. 
~  Le  Venezuela.  Paris,  1879.  Broch  in  4^  Auteur. 


Séance  du  5  décembre  1879. 

F.  DE  Saulgt.  —  Recueil  de  documents  relatifs  à  Thistoire  des  monnaies 
frappées  par  les  rois  de  France  depais  Philippe  II  jusqu*à  François  V*. 
Tome  premier.  Paris,  1879. 1  vol.  in-4o. 

Charles  Schefer.  —  Relation  de  l'ambassade  au  Kbarezm  de  Riza  Qoaly 
Khan,  traduite  et  annotée.  Paris,  1879.  1  vol.  gr.  in-8<». 

Emile  Picot.  —  Chronique  de  Moldavie  depuis  le  milieu  du  xiv*  siècle 
jusqu'à  l'an  1594  par  Grégoire  Urechi,  texte  roumain  avec  traduction 
française,  notes  historiques,  tableaux  généalogiques,  glossaire  et  table. 
Fascicule  II,  Paris,  1879.  Gr.  in-8*. 

V.  CoLUN  DE  Planct.  —  Recherches  archéologiques  et  historiques  sur 
Pékin  et  ses  environs»  par  M.  le  docteur  E.  Bretschneider.  Traduction 
française.  Paris,  1879.  Gr.  in-8». 

Ministère  de  l'instructior  publique. 

Edward  Whtmper.  ~  The  ascent  of  the  Matterhorn.  London,  1880.  1  vol. 
in-8o  Auteur. 

^l'uus  VON  Haast.  —  Geology  of  the  provinces  of  canterbury  and  West- 
landy  New  Zealand.  Christchurch,  1879.  1  vol.  in-8*.  Auteur. 

William  Libbey  and  W.  W.  M.  Dosald.  —  Topographie,  hypsométric  and 
météorologie  report  of  the  Princeton  scientific  expédition  1877.  New 
York,  1879.  Broch.  in-8».  A.  Guyot. 

Reports  from  Her  M^jesty's  consuls  on  the  manufactures,  commerce,  etc. , 
of  their  coasular  districts.  Part  V.  1879,  London.  1  vol.  ia-S». 

Commercial  reports  by  Her  Majesty's  consuls  in  China  1878.  London, 
1879.  !  voL  in-8». 

Reports  by  Her  Majesty's  secretaries  of  embassy  and  légation  on  the  ma- 
nufactures, commerce,  etc.,  of  the  eounlries  in  whicht  they  réside.  Part 
V,  1879,  London.  Broeh.  in-^.  Jacques  Arsocld. 

IK  Theodor  Wolf.  ~  Eia  Besueh  der  Galapagos-Insel.  Heidelberg,  1879. 
Broch  in  8»  Acrcté. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA   SOCIÉTÉ.  381 

Annali  di  statislica.  Série  2a.  3  vol.  9, 1879.  Roma,  1879.  in-8o. 

MimSTERO  D*AGRICOLTURA,  INDUSTRIE  E   COHHERGIO. 

ELISÉE  Reclus.  —  Nouvelle  Géographie  universelle  :  la  terre  et  les 
hommes.  Livraisons  274  et  275.  Paris,  1879.  Gr.  in-8^.  Auteur. 

J.  Bornecque.  —  La  géographie  militaire  à  l'Exposition  universelle  de 
Paris.  Paris,  1880.  Broch.  in-8^  J.  Dumaine. 

J.  DU  Fief.  —  Congrès  international  de  Géographie  commerciale,  deuxième 
session  tenue  à  Bruxelles  du  27  septembre  au  1"  octobre  1879.  Rap- 
port présenté  à  la  Société  belge  de  Géographie.  Bruxelles,  1879.  Broch. 
in-8°.  Auteur. 

Réfutation  d'une  brochure  grecque  intitulée  :  L'Epire  et  la  question 
grecque,  par  un  Valaque  épirote.  Constantinople,  1879.  Bro<îh.  in-8". 

A.  Kippis.  —  A  narrative  of  the  voyages  round  the  world,  performed  by 
captain  James  Cook.  London  and  Glasgow,  1820,  2  vol  in-24. 

F.  P.  Chauviteau. 

Baubrée.  —  Discours  prononcé  à  la  séance  publique  annuelle  des  cinq 
Académies  le  samedi  25 octobre  1879,  Paris.  Broch  in-4".  Auteur. 

Séance  du  9  janvier  1880 

* 

G.  Wiener.  —  Pérou  et  Bolivie.  Récit  de  voyage  suivi  d'études  archéolo- 
giques et  ethnographiques  et  de  notes  sur  l'écriture  et  les  langues  des 
populations  indiennes.  Paris,  1880.  1  vol.  in-4o.  Auteur. 

G.  Tissaitdier.  —  Les  Martyrs  de  la  science.  Paris,  1  vol.  gr.  in-8". 

Auteur. 

Parmi  ces  martyrs  sont  de  nombreux  cxplorateurst  qui  ont  trouve  la  mort  sur- 
tout en  Afrique.  L'amour  de  la  nature  et  lo  dévouement  à  la  science  ont  fait 
des  victimes  trop  souvent  ignorées.  Biographie  abrégée  do  130  savants  morts  dans 
le  malheur. 

Y.  Largeau.  —  Le  pays  de  Rirha  Ouargla.  Voyage  à  Rhadamès.  P«ris, 
1879.  1  vol.in-12.  Auteur. 

L'explorateur,  familiarisé  avec  la  langue  et  les  mœurs  arabes,  était  parti  avec  l'in- 
tention d'aller  à  In-çala  ;  mais  il  fut  déjoué  dans  ses  projets  par  l'hostilité  des 
Sahariens,  qui  lui  ordonnèrent  de  rebrousser  chemin.  Ayant  passé  un  été  à  Ouar- 
gla, pour  attendre  le  moment  favorable  au  départ,  il  initie  le  lecteur  à  la  vie  de 
l'oasis,  où  il  a  supporté  des  chaleurs  de  +  SS**  c. 

W.  DE  FoNViEiLLE.  —  Néridah.  Paris  1879.  2  voL  in-12. 

R.  Harthann.  —  Les  peuples  de  l'Afrique.  Paris,  1880,  1  vol.  in-8». 

Auteur. 

Esquisse  du   caractère  physique,   des   mœurs  et  des  /coutumes   des   peuples    de 
l'Afrique.  L'auteur  ne    considère  pas  ces  nations    «  comme  formant,  ctnnologi- 
.quement  parlant,  un  ensemble  dont    les  membres,  s'enchaînent  par   des    tran- 
sitions infiniment  nombreuses.  »  Il  y  trouve  «  une  grande  souche  de  la  famille 
humaine  diversement  démembrée. 


382  OUYEAGES  OFFERTS  Â  LA  SOGI£t£. 

£u6te  Reclus.  —  Nouvelle  Géographie  universelle  :  la  terre  et  les 
hommes.  Livraisons  276, 277,278,  279, 280.  Paris,  1879  et  1880.  Gr.  in-8«. 

Aoim. 

Ë.  Aguirre.  —  Geologia  de  la  Sierra  Baya,  conferencia  du  2â  juin  1879< 
Buenos  Aîre.  1879.  Broch.  in*8*. 

Â.  BoDiNAis.  —  Guadeloupe  physique,   politique,  économique,   précédée 
d^une  notice  historique.  Paris,  1880.  Broch.  ln-lf .  Aimoà. 

A.  i»  Vomor.  ~-  Netiee   d*aa    vojage  dam  U  Japon»  Saint-Péters- 
bourg, 1878.  Broch.  in-8°. 

The  itdian  trea^.  (KiLtr.  da  la  Financial  ané  ateraantU  iîasaUa).  Ut* 
bonne,  liTV.  Broah.  Itt-4ft. 

H.  DvfiftifeL.  ^  Coup  (l*oKil  B«r  l'orographie  dea  Mattifii  de  la  Bfe^  et  de 
la  Grande  Ruiné.  Broch.  atee  one  carie.  in*^«  4dteur. 

M.  Jametel.  —  L'Epigraphie  chinoise  au  Tibet.  Pékiog  et  Paris,  1880. 
Broch.  in-8«.  Avnsa. 

Première  partie  d'un  ouvrage  ayant  pour  but  de  faire  connaître  les  pitacipaux 
travaux  littéraires  chinois,  où  on  peut  trouver  des  renseignements  précieux  sur  les 
régions  inconnues  du  Tibet  ot  des  documents  historiques. 

£.  Gartailhag.  —  Matériaux  pour  l'histoire  primitive   et  naturelle  de 
rhomme.  Toulouse,  1879.  Broch.  in-8''. 

HoaaBMUOi.».  -^  K^^ition  polaire  suédoise  de  1878,  Passage  du  N'ord- 
E«t«  Upsala,  1879.  Broch.  in'8'. 

M.  J.  FERREittA.  —  A  provineia  da  Bahia.  Aponlamotitos.  Xio  do  laneifo, 
1875.  Broch.  in-8''. 

Le  oomtb  de  MARai.  -^  La  chemin  de  fer  de  TAlférie  au  Soudan.  An- 
vers, 1879.  BrOch.  in-9*.  AOteub. 

MmisiiEE  M  L*A«ai««»iJRS  Bf  w  coxHEBCE.  ^  Exposition  universelle 
ittlarnationale  de  1880.  8  broch.  in-8^ 

Ministère  de  l'agriculture  et  du  commerce. 


H.  W.  HowaAYB.  —Tha  CruHe  oT  the  Fleranee,  Washington,  18?9. 1  vol. 

în-12.  AVTEUR. 

D'  PoGGE  et  d'  BABtB.  --  KoMidUcha  Hâlfte  des  Congo-Becheng.  Bertin, 
1879.  1  feuiUe. 

Hugo  Reck.  —  Mapa  topographico  de  la  Altiplanicie  cenli'al  de  Bolivia^ 
TralMjado  en  h>s  ftnos  1899  para  el  froyetéa  do  caitaHiarion  y  ierreaarril 
a  le  coêta  del  Ocdaao  Paciûco.  Santiago  de  Chile,  1879. 1  feoil. 

OnciNA  HiDROGRAFiCA.  —  Gostas  del  Poraoïiirol^iMvia  GàUaa  I  Puerto 
Ghancay  1/150000.  Lima,  1879.  1  f.  Baron  d'Ayril. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ.  383 

MU.«XÈ««  DBS  TEAV^cx  PCBUCS.  -  Carte,  des  chemins  de  fer  d.  l'Ai- 
gérie.  Échelle  1/1350  000. 1880.  1  »^^^^  ^  xiUVABX  Pwucs. 


Séance  du  43  janvier  1880. 


».«M>ft  dA  U  eammission  mUitaire  sur 
,g«,^B  M  Ll  "T^'.RÎg^chin-S'  Paris.  1879. 

A    jon.  l'Inde  et  à  CejUa.  Brocburc  .io-t6  Pari», 
E.  COTTBAO.  —  Promenade  dan»  1  Inde  ei  a  i*j  Adteob- 

*ti«î«-im.  Broch.  in-®*,  I-yo"-  *•*"• 


MîsBÎssipi.  Brodi.  in-»*»  I-T^"-  ***'• 


-    -    -,:«.    et  Dar  «île.  réfulatioii  de  certain»  pat 
Analyse  des  Aéo^eries  j",,'yg£S^i.  cliSfer  de  Ui*- 

préhistorique  de  Stockholm,  en  1874.  Brocl._  .^,„  t,3eé. 

pIu.t«ac.  -  Le  Chemin  de  ^r  i^-^-en.  étnde.  ^^^^^_^ 

proposés.  Broch.  in^-  ConsUnlme.  1879.  ^^  ^^^  ^  «-rf  f« 

et  TAménquc  ccntrate-  >oiu»«  luwmie*. 

%":  V.  Mie  et  «r  apaisons,  ''-*'«"•  ^j,.  ,„,  Afri^., 

U«6-14n.  tradnit  par  te  eommandair  J.  !»«■»•  j^„^,, 

B  S«TH  !«-«.  -  »«««'^  "^  P'"'''"  forl878  and  ^^^^^^ 

Tookei.  1879.  T-S^^iTuSirS^Î^^Î'- 

WWTA.UU  -  Ataun-k  fcr  188».  »««»'  ,^tv>  Al.»*"-'-!'- 

f^-«DU>  rendu  de»  •^«•'^  ''*,'* 


884  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA   SOCIÉTÉ. 

G.  TOMÉ.  —  Geografta  del  présente  e  dcU'avenire.  1  broch.  in-8".  To- 
rina  et  Roma,  1880.  Auteur. 

Les  pays  habités,  oavisa^és  sous  leurs  principaux  caractères  ethnogr;}phiqaes,  sont 
soumis  à  une  comparaison  d'où  l'auteur  d<kluit  les  transformations  qui  pourront 
en  résulter  au  point  de  vue  politique  et  celui  de  l'affinité  des  nationalités. 

Ofigina  central  meteorolojiga.  —  Anuario  de  Santiago  de  Ghile,  corres- 
pondance de  1873  à  1874.  Broch.  in-S».  Santiago,  1879.    Baron  d* Avril. 
Archivia  di  Statistica,  fasc.  III.  Broch.  in-8o.  Roma,  1879. 

MiNISTERO  D'AGRICOLTURA,  INDUSTRIA  E]  COlllfERCIG. 

Bureau  des  longitudes.  —  Annuaire  pour  Tannée  1880  avec  notices 
scientifiques.  Volume  in-18.  Paris,  1880.  Bureau  des  longitudes. 

F.  V.  Hayden.  —  Bulletin  of  the  United  Status  geological  and  geographi- 
cal  survey.  Vol.  V.,  n©»  2,  3.  Washington,  1879.  Auteur. 

Ministère  de  l'instruction  publique.  —  Annales  du  bureau  central 
météorologique  de  France  pour  Tannée  1878.  Paris,  1879.  Broch.  in-4o. 

Ministère  de  l'instruction  publique. 

Capitaine  Niox. —  Géographie  militaire,  Grandes  Mpes,  Suisse  et  Italie 
avec  deux  cartes.  Paris,  1880,  fasc.  II.  Broch.  in-1?.  Auteur. 

B.  de  Chancourtois.  —  Transcription  des  noms  géographiques  en  lettres 
de  l'alphabet  latin  (Extrait  des  comptes  rendus  du  Congrès  international 
des  sciences  géogr.).  Paris,  1878.  Broch.  in-8o. 

B.  DE  Chancourtois.  —  Conférence  sur  l'Unification  des  travaux  géogra- 
phiques, septembre  1878.  Paris,  1879,  Broch.  in-S».  Auteur. 

Ludovic  Drapeyron.  —  Plan  de  réforme  de  Tenseignement  géographique 
en  France  (Extraitde  la  Revue  de  Géographie  1880).  Paris.  Broch.  in-8®. 

Auteur. 

Une  excursion  en  Belgique  à  l'occasion  du  Congrès  international  de  géo- 
graphie commerciale  de  Bruxelles.  Paris,  1880.  Broch.  in-8o.    Auteur. 

Dépôt  de  la  guerre.  —Carte  de  Bastia  au  1/80000.  Paris,  1879. 1  feuille. 

DÉPÔT  DE  LA  guerre. 

Oficina  Hidrografica.  —  Carte  du  Canales  occidentales  de  Patagonia 
isla  Wellington,  canal  Wide  Piano  del  abra  Antrim,  Échelle  i/50  000. 
Santiago  de  Chile,  1879.  1  feuille.  Oficina  Hidrografica. 

(A  suivre.) 


Le  gérant  responsable, 
C.  Maunoir. 

Secrétaire  général  de  la  Commission  centrale 


PARIS.    —    IMPRIMERIE    EMILE   MARTINET,    RUB   MIONON,    S. 


/îu//*iJ*^t  </p  Ut  Socitflt'  cLo'  Gét^r'€yL 


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Suite  dej^me- 
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1  *^^  ^'' rÔ^^-/^ifr,. 


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Abrénations 
pourUsPactorles 

A.—  Ai^hiire  . 
T.  -  /raiifa^re  . 
H>—  Boltcuidaise. . 
P.  _  fiortiugaire . 
U.-  Jmérieaine^. 


^^uniteje'pan%fiÊbnsei%^ 


MÉMOIRES,    NOTICES 


VOYAGE 

AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÈSE 

Par    BI.    COIIiliARDl 

Missionnaire  protestant 


Un  explorateur  bien  connu  disait  un  jour  qu'il  préférerait 
traverser  le  continent  de  l'Afrique  et  affronter  de  nouveaux 
dangers  dans  ces  régions  lointaines,  plutôt  que  d'avoir  à 
parler  en  public. 

Bien.que  je  n'aie  pas  la  prétention  de  me  comparer  à  lui, 
je  partage,  je  l'avoue,  son  sentiment  à  ce  sujet.  Pris  à  l'im- 
prévu et  au  milieu  d'occupations  absorbantes,  c'est  avec  une 
hésitation  extrême,  et  une  grande  défiance  de  moi-même 
que  j'ai  accepté  Thonneur  de  parler  ce  soir  devant  la  So- 
ciété de  géographie.  Il  me  suffira  d'ajouter,  pour  m'assurer 
son  indulgence,  que  depuis  vingt-trois  ans  que  j'ai  quittté 
la  France,  je  n'ai  jamais  eu  une  seule  fois  occasion  de 
parler  ma  langue  maternelle  en  public. 

Dans  le  cours  de  ma  carrière  de  missionnaire,  il  m'est 
échu  en  partage  de  voyager  beaucoup  dans  l'Afrique  aus 
traie.  J'espérais  pourtant  être  appelé  plus  tard  à  une  vie 
plus  sédentaire,  consacrée  à  l'affermissement  d'une  œuvre 
localisée,  quand  de  nouvelles  perspectives  s'ouvrirent  d'une 
manière  inattendue,  et  je  devins  voyageur  malgré  moi.  Voici 
en  deux  mots  l'historique  de  ces  circonstances. 

L'Église  protestante  de  France,  dont  je  suis  l'un  des  mis- 
sionnaires  et  représentants,  a  sa  mission  principale  au  pays 

1.  Communication  adressée  à  la  Société  dans  sa  séance  générale  du 
16  avril  1880.  —  Voir  la  carte  jointe  à  ce  numéro. 

soc.  DE  GÉ06R.  —  NOVEMBRE  1880.  XX.     25 


386   VOYAGE  AU  PATS  DES  BANTAIS  ET  AU  ZAMBÈSE. 

des  Bassoutos.  Ce  pays  est  situé  entre  les  27*  et  30*  paral- 
lèles ;  et  26*  et  30*  méridiens  ;  il  est  enclavé  entre  la  colonie 
du  Gap  de  Bonne-Espérance  au  sud,  celle  de  Natal  à  l'est,  et 
l'État  libre  d'Orange  au  nord. 

Nos  premiers  missionnaires,  MM.  Casalis  et  Arbonsset^qui 
y  arrivèrent  vers  l'année  1833,  furent  aussi  les  premiers  à 
Texplorer.  Ils  découvrirent  les  sources  de  l'Orange,  du  Ga- 
lédon,de  TÉlan  et  de  la  Touguéla,  et  c'est  d'eux  que  la  pile 
gigantesque  qui  donne  naissance  à  ces  cours  d'eau  a  reçu 
le  nom,  qu'elle  conserve  encore,  de  Mont  aux  Sources. 

Le  christianisme  et  la  civilisation  ont  fait  depuis  lors 
parmi  les  Bassoutos  des  progrès  remarquables.  Leur  belle 
langue  a  été  réduite  à  l'écriture  et  fixée,  les  saintes  Écri- 
tures ont  été  traduites,  et  les  fondements  d'une  littérature 
indigène  ont  été  posés.  Un  journal  mensuel  publié  dans  le 
pays  et  dans  la  langue  des  Bassoutos,  est  si  répandu  qu'il 
couvre  ses  frais  avec  bénéfice;  nos  écoles  primaires  et  nos 
écoles  normales  déjeunes  gens  et  déjeunes  filles  se  sont  dé- 
veloppées et  bon  nombre  de  nos  maîtres  d'école,  pour  obte- 
nir leur  brevet,  passent  les  examens  anglais  requis  par  le 
gouvernement  de  la  colonie  du  Cap.  Des  stations  mères, 
sous  les  soins  de  missionnaires  européens,  occupent  les  prin* 
cipaux  centres  du  pays;  autour  d'elles  et  dirigés  par  des 
indigènes  chrétiens  et  éclairés,  s'élèvent  des  établissements 
secondaires  qui  couvrent  tout  le  pays  de  leur  réseau.  C'est 
ainsi  que  le  christianisme  pénètre  dans  les  masses^  et  que 
la  civilisation  opère  des  transformations  qu'il  serait  inté- 
ressant d'étudier.  C'est  \h  surtout  ce  qui  a  valu  à  ce  petit 
peuple  tant  de  notoriété  auprès  du  public  anglais, 

De  bonne  heure  nos  missionnaires  ont  pris  à  tftohe  d*ins- 
pirer  aux  Bassoutos  chrétiens  le  désir  de  donner  gratuite- 
ment à  d'autres  ce  qu'ils  avaient  eux-mêmes  reçu  gratuit- 
tement.  Aussi  en  1873  deux  d'entre  eux  furent-ils  envoyés 
au  nord  du  Transvaal  parmi  les  Magwambas.  L'un  de  ces 
deux  uègres  chrétiens  conçut  un  jour  l'idée  d'eutreprendre 


T0TA6E  ATJ  PATS  DES  BANTAIS  ET  AU  ZAMBftSE.       387 

un  long  voyage  au  nord  du  Limpopo  pour  visiter  certaines 
tribus  dont  il  avait  entendu  parler.  C'étaient  les  tribus  des 
Banyais,  de  la  même  famille  que  celles  que  Livingstoné 
avait  rencontrées  sur  la  rive  droite  du  Zambèse.  L'accueil 
que  cet  intrépide  indigène  reçut,  le  rapport  qu'il  m'en  fît  à 
son  retour,  et  plusieurs  autres  circonstances  qu'il  est  inutile 
d'énumérer  ici  nous  décidèrent  à  fonder  une  mission  nou- 
velle dans  ces  contrées  lointaines. 

Après  un  premier  échec,  une  nouvelle  expédition  fut  orga- 
nisée, et  j'acceptai  l'appel  que  mes  collègues  m'adressèrent 
avec  instances  de  là  diriger.  Je  n'eus  que  quelques  semaines 
pour  l'organiser  et  pour  compléter  tous  nos  préparatifs.  Je 
me  pliai  à  toutes  les  exigences  des  circonstances;  mais 
qu'on  le  comprenne  bien,  accompagner  nos  missionnaires 
bassoutos  jusqu'au  pays  des  Banyais,  les  y  installer,  puis 
revenir,  tel  était  mon  mandat.  On  pensait  que  notre  absence 
ne  durerait  pas  plus  de  douze  mois.  Un  certain  pressenti- 
ment'me  porta  à  faire  mes  arrangements  pour  deux  ans. 
Je  ne  m'étais  guère  trompé,  puisque  nos  voyages  durèrent 
deux  ans  et  quatre  mois. 

Notre  expédition,  à  laquelle  s'adjoignirent  plusieurs  jeunes 
hommes  de  différentes  tribus,  se  composait  de  26  personnes, 
hommes,  femmes  et  enfants.  Nous  avions  trois  chariots  traî- 
nés chacun  par  seize  bœufs,  et  huit  ânes.  Avec  de  tels  équi- 
pages, on  le  comprend,  la  vitesse  n'est  guère  possible.  Chaque 
rivière,  chaquç  ravin,  chaque  montée  tant  soit  peu  escarpée, 
vous  donne  d'avance  le  cauchemar.  Je  n'imposerai  pas  à 
l'assistance  la  fatigue  et  l'ennui  de  nous  suivre  dans  nos  la- 
borieuses périgrinations.  Esquissons  (Jonc  notre  itinéraire  à 
grands  traits. 

Partis  de  Léribé,  au  pays  des  Bassoutos,  le  15  avril  1877, 
nous  traversons  la  rivière  de  Calédon,  celle  de  l'Élan  et 
nous  arrêtons  un  moment  à  Harrismith,  une  bourgade  de 
l'État  Libre.  De  là,  tirant  vers  le  nord  à  travers  un  immense 
plateau  dénudé  et  désert,  nous  franchissons  la  rivière  Vaal 


388  .  VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÈSE. 

et  pénétrons  dans  leTransvaal  naguère  encore  république 
hollandaise.  Nous  entrons  à  Pretoria,  la  capitale.  La  ville 
est  en  fête,  toute  pavoisée;  le  canon  gronde.  C'est  que 
le  gouvernement  britannique  a  pris  possession ^du  pays,  et 
que  son  représentant  va  solennellement  prêter  serment  de 
fidélité  à  la  reine.  Sir  Théophile  Shepstone  est  une  ancienne 
connaissance.  Il  nous  accueille  avec  bienveillance,  et  nous 
emportons  ses  meilleurs  vœux  et  ceux  de  son  état-major. 

Tirant  au  nord-est,  nous  longeons  un  des  affluents  du  Le- 
pellé,  lequel  porte  aussi  le  nom  de  rivière  Élan.  Ces  parages 
sont  hantés  par  les  bêtes  sauvages  ;  nous  avançons  donc  avec 
précaution.  Chaque  soir  nous  fortifions  notre  bivouac  d'une 
palissade  de  branches  et  d'épines  et  d'une  ceinture  de  feux 
que  nous  entretenons  toute  la  nuit.  Nous  cherchons  alors 
quelques  heures  de  sommeil  malgré  les  coups  de  fusil  de 
ceux  qui  font  la  garde  et  les  aboiements  nerveux  de  nos 
chiens.  Touchant  à  la  belle  rivière  Lepellé,  l'un  des  tribu- 
aires  du  Limpopo,  nous  tirons  droit  au  nord  et  passons  les 
mines  d'or  d'Erstelling,  à  Marabastadt.  Ces  mines  avaient 
fait  tant  de  bruit  et  tourné  la  tête  à  tant  de  monde,  que  je 
m'attendais  à  y  trouver  une  grande  ville.  Dans  une  plaine 
immense,  aride,  balayée  par  un  vent  glacial,  nous  ne  pûmes 
découvrir  qu'un  méchant  hameau  d'une  douzaine  de  mai- 
sons. C'est  ainsi  que  la  distance  enchante  la  vue. 

Plus  loin,  toujours  vers  le  nord,  nous  traversons  de  nom- 
breux villages  de  Bapelis,  une  branche  de  la  grande  famille 
des  Bechuanas,  nous  échangeons  les  civilités  d'usage  avec  les 
diff'érents  chefs  qui  sont  sur  notre  passage,  et  nous  arrivons 
enfin  à  Goedegedacht.  C'est  un  des  établissements  euro- 
péens, un  des  postes  les  plus  avancés  des  missions  protes- 
tantes de  l'Afrique  australe,  au  pied  du  Zoutpansberg.  Cette 
belle  chaîne  de  montagnes,  vue  du  chemin  que  nous  sui- 
vons, s'élève  abruptement  de  la  plaine  comme  un  formi- 
dable rempart  que  n'ont  encore  franchi  ni  le  christianisme 
ni  la  civilisation. 


VOYAGE  AU  PAYS  DES  BÂNYÀlS  ET  AU  ZAMBÈSE.    389 

De  son  sommet  tabulaire,  jetons  un  instant  un  regard  sur 
le  pays  qui  déroule  son  panorama  à  nos  pieds.  Nous  savons 
ce  que  nous  laissons  derrière;  mais  devant  nous,  c'est  Tin- 
connu.  Là,  du  Limpopo  au  Zambèse,  du  pays  des  Matébélés 
aux  côtes  de  Sofala,  s'étend  une  région  qui  n*a  pas  encore 
été  sérieusement  explorée.  L'intrépide  explorateur  alle- 
mand, feu  Charles  Mauch,  et  Baines,  le  voyageur  anglais  si 
courageux  et  si  persévérant,  sont,  à  ma  connaissance,  les 
seuls  qui  en  aient  visité  certains  par'ages. 

C'est  là,  à  Test  de  la  Sabia,  que  ces  deux  voyageurs  pla- 
cent rOphir  de  la  Bible.  Je  n'entrerai  point  ici  dans  la  dis- 
cussion d'un  sujet  aussi  intéressant  et  pour  l'étude  appro- 
fondie duquel  certaines  données  manquent  encore.  Je  ferai 
pourtant  remarquer  que  le  caractère  général  du  pays  est 
éminemment  aurifère.  Les  naturels  le  savent  bien;  aussi 
surveillent-ils  d'un  œil  soupçonneux  les  quelques  Anglais 
qui  réussissent  à  s'acheter  le  droit  d'y  chasser  l'éléphant  et 
la  girafe. 

Les  mines  d'or  de  Tati,  en  même  temps  que  celles 
d'Eerstelling  et  de  Leydenburg  qui  sont  encore  exploitées, 
furent  découvertes  il  y  a  douze  ans,  et  la  fièvre  qui  saisit 
les  colonies  du  sud  de  l'Afrique  fut  telle,  que  bientôt  sur 
les  bords  de  la  Shashi  s'éleva  une  petite  ville  de' toile  et  de 
cabanes  en  pisé,  avec  un  écho  du  tintamarre  et  de  l'agita- 
tion fébrile  de  TEurope.  Aujourd'hui  les  cabanes  ont  dis- 
paru, les  machines  gisent  mutilées  sur  le  sable  de  la  rivière 
et  le  silence  de  la  mort  règne  partout.  C'est  que  ces  mines 
d'or  ne  sont  qu'un  filon  étroit,  incrusté  dans  une  roche 
dure,  compacte,  et  qui  s'enfonce  à  de  grandes  profon- 
deurs. Ce  qu'il  y  a  de  remarquable,  c'est  qu'en  exploitant 
ces  mines,  on  a  trouvé  des  galeries  de  quelque  ancienneté. 
Mentionnons  aussi  certaines  ruines  qui  couronnent  les  hau- 
teurs avoisinantes  et  que  l'on  trouve  çà  et  là  dans  toute  la 
contrée.  Celles  que  j'ai  moi-même  visitées  ne  sont  pas  dans 
des  conditions  de  solidité  telles  qu'on  puisse  les  faire  re-* 


392    VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÈSE. 

mieux.  Profitons  donc  des  trois  mois  que  nous  passons 
chez  lui  pour  jeter  un  coup  d'œil  sur  le  pays.  L'aspect  en 
est  ravissant  :  ce  ne  sontquedesforêts  immenses oil  dominent 
les  mimosas,  le  mopdine{Bautrinia),  des  arbres  enfin  au  feuil- 
lage le  plus  varié,  et  des  arbustes  aux  fleurs  les  plus  riches. 
Du  sein  de  ces  bois  s'élèvent  comme  tout  autant  de  géants 
les  figuiers  et  les  baobabs.  Ce  sont  aussi  des  montagnes  de 
granit,  des  vallons  étroits  que  les  moindres  pluies  changent 
en  marais  pestilentiels,  mais  que  revêt  la  végétation  la  plus 
luxuriante.  Ce  magnifique  pays  se  trouve  resserré  entre  deiix 
nations  qui  se  le  disputent  comme  une  réserve  de  chasse 
à  esclaves,  celle  des  Zoulous  d'Oumzila  à  Test,  et  celle  des 
Matébilis  de  Moselekatsi,  également  des  Zoulous  d'origine, 
à  l'ouest.  C'est  là  que  ces  hordes  barbares  vont  faire  leurs 
razzias  périodiques,  piller  le  bétail  et  les  grains,  massa- 
crer les  hommes,  et  emmener  les  femmes  et  les  enfants  en 
captivité.  De  là  la  précaution  de  ces  infortunés  Banyais  de 
percher  leurs  huttes  sur  les  rochers  de  montagnes  inacces- 
sibles. C'est  là  qu'ils  essaient  de  se  soustraire  à  la  férocité 
de  leurs  oppresseurs  et  traînent  leur  misérable  exis- 
tence. 

Ces  tribus  appartiennent  à  la  grande  famille  des  Makha- 
lakas,  laquelle  paraît  s'étendre  jusqu'à  la  région  des  grands 
lacs.  Le  temps  ne  nous  permet  pas  aujourd'hui  d'entrer 
dans  des  détails  sur  leurs  mœurs.  Chez  eux,  jamais  tail- 
leurs ne  feront  fortune  ;  à  peine  y  trouve-t-on  la  feuille  tra- 
ditionnelle de  figuier.  Malgré  la  mollesse  et  la  paresse  qui 
sont  communes,  à  peu  d'exceptions  près,  à  toutes  les  tribus 
africaines,  les  Banyais  se  livrent  avec  quelque  succès  à  la 
culture  du  sorgho,  du  riz,  du  maïs,  de  certaines  arachides, 
et  travaillent  un  peu  le  fer  et  le  bois.  Aucun  lien  social  ne 
les  unit  les  uns  aux  autres;  le  village  n'est  qu'un  refuge 
commun  contre  l'ennemi  de  tous,  et  où  l'autorité  du  chef, 
pjirement  nominale,  est  souvent  contestée. 

Nous  ne  tardâmes  pas  à  découvrir  que  ces  malheureux 


_J 


VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÉSE.    393 

subissaient  Tautorité  du  roi  des  Matébilis  sans  la  recon- 
naître. C'est  donc  de  Lobengoula  que  je  devais  obtenir  l'au- 
torisation de  m'élablir  dans  le  pays.  A  mes  messages  et  à 
mes  présents,  il  répondit  quelques  semaines  plus  tard  par 
une  armée  qui  nous  emmena  prisonniers.  —  On  nous  fit 
voyager  pendant  trois  semaines  à  marches  forcées  à  travers 
une  contrée  couverte  de  forêts,  de  rivières,  de  montagnes,  où 
jamais  voiture  n'avait  encore  passé.  On  épiait  avec  soupçon 
nos  moindres  faits  et  gestes  :  cueillir  une  fleur,  c'était 
faire  la  topographie  de  leur  pays  pour  nous  en  emparer  ; 
contempler  les  astres,  c'était  chasser  les  nuages  et  causer  la 
disette;  se  baigner  au  ruisseau  voisin,  c'était  ;ïianquer  en- 
vers le  potentat  devant  qui  nous  allions  comparaître,  car 
Tusage  veut  que,  comme  gage  d'une  obéissance  empressée, 
on  se  présente  devant  lui  couvert  de  transpiration  et  de  la 
poussière  du  chemin.  Tout  le  long  de  la i  route  des  messa- 
gers se  croisaient  pour  annoncer  nos  progrès,  ou  pour  nous 
transmettre  des  ordres.  A  notre  arrivée  près  de  la  capitale 
le  roi  nous  signifia  de  nous  arrêter  à  quelque  distance. 
Bientôt  sortit  du  village  une  singulière  procession  que  con- 
duisaient un  docteur-devin  et  un  chef  subalterne.  Notre 
escorte  se  mit  immédiatement  en  rang,  et  le  médecin  se 
mit  à  l'asperger  copieusement,  au  moyen  d'une  queue  de 
bœuf,  d'une  certaine  médecine  verdâtre  et  gluante.  Nous 
contemplions  encore  cette  cérémonie  étrange  que  nous- 
mêmes  étions  déjà  entourés  et  la  subissions  bon  gré  mal  gré. 
On  ne  nous  demanda  pas  notre  avis,  et  on  ne  nous  donna 
aucune  explication.  Mais  nous  comprîmes  que  cette  purifi- . 
cation  était  de  rigueur  avant  d'être  admis  à  voir  la  face  de 
sa  majesté  Lobengoula.  Yous  découperai-je  en  deux  mots 
sa  silhouette?  Un  homme  dans  la  force  de  l'âge,  très  obèse, 
à  la  voix  féminine,  aux  yeux  ternes  et  toujours  mobiles;  un 
mouvement  nerveux  agite  le  coin  de  sa  bouche  très  ca- 
ractéristique. Lobengoula  a  pour  tout  vêtement  une  espèce 
de  jupon  fait  de  bandelettes  de  peau  de  singe,  et  pour 


304       VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBfiSE. 

tout  ornement  est  la  petite  couronne  nationale  de  cuir  sur 
son  front  ^-  la  marque  de  sa  virilité.  Tel  est  le  digne  fils 
de  Moselekatsi,  la  terreur  de  toute  la  contrée«Ge  tyran^qui 
a  droit  de  vie  et  de  mort  sur  tous  ses  sujets,  n'a  pourtant 
pas  le  pouvoir  d'arrêter  le  vol  chez  lui»  Il  a  le  monopole  de 
tout,  de  la  médecinci  du  commerce  comme  aussi  de  la  re» 
ligion.  Farouche  et  ombrageux^  superstitieux  et  orueli  en 
peu  de  mots  voilà  Lobengoula. 

Après  trois  mois  de  détention,  il  nous  refusa  pérémptoi» 
rement  Tautorisation  que  nous  sollicitions  d'aller  nous  éta^ 

« 

blir  chez  les  Banyais  ;  il  ne  nous  rendit  la  liberté  que  pour 
nous  renvoyer  forcément  au  pays  des  Bassoutos  d'oti  nous 
étions  partis.  •<•  Tristes  et  abattus  sans  être  découragés, 
et  soufErant  de  la  maladie  qui  sévissait  parmi  nous,  nous 
voyageâmes  péniblement  ;  ce  ne  fut  qu'un  mois  plus  tard 
que  nous  atteignîmes  la  ville  de  Shoshong. 

Shoshong  a  20000  habitants  environ;  c'est  l'entrepôt  de 
tout  le  commerce  d'ivoire»  de  plumes  et  de  fourrures  da 
pays  des  Matébélés,  du  Zambôse  et  du  lac  Ngami»  Si  l'on 
peut  se  fier  aux  calculs  que  des  marchands  de  l'endroit  ont 
faits,  il  faut  croire  qu'en  certaines  années  l'ivoire  emmaga- 
siné à  Shoshong  représentait  des  milliers  d'éléphants«  Je 
n'ose  pas  donner  les  chiffres.  L'on  comprend  toutefois  que 
ce  commerce  tende  à  s'épuiser,  et  que  l'on  puisse  prévoir 
le  temps  assesi  rapproché  où  l'éléphant  aura  complètement 
disparu  de  ces  parages* 

Les  habitants  de  Bhoshong,  les  Bamangouatos,  appar- 
tiennent à  la  famille  des  Betchuanas.  Leur  chef,  du  nom  de 
Kama^  est  un  homme  remarquable  h  tous  égards*  Il  a  em- 
brassé le  christianisme  depuis  de  longues  annéeSi  et  l'ho- 
nore par  une  conduite  privée  irréprochable  et  par  une 
administration  pleine  de  justice,  d'habileté  et  de  sagesse. 
Il  s'est  acquis  l'estime  de  tous  les  voyageurs  qui  l'ont 
connu,  et  de  tous  les  marchands  européens  qui  se  sont  fixés 
chez  lui  pour  le  commerce  de  l'itoire. 


VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBËSE.    395 

Mais  passons.  Une  fois  à  Shoshong  je  ne  pus  me  résigner 
à  continuer  à  battre  ainsi  en  retraite^  et  après  mûres  ré** 
flexions  je  rés^oLus  de  repartir  vers  le  nord  en  faisant  un 
angle  avec  la  route  que  nous  venions  de  suivre,  et  de  pous-« 
ser  jusqu'au  Zambèse»  Ce  voyage  de  vingt^cinq  jours  nous 
en  prit  quarante  grâce  à  nos  guides  qui  réussirent  plus 
d'une  fois  à  nous  égarer.  Noua  traversions  ou  longions 
plutôt  le  désert  de  Khalahari.  On  Ta  déjà  souvent  décrit^  et 
pourtant  il  y  a  quelque  chose  de  saisissant  dans  l'aspect  de 
ces  plaines  sablonneuses  et  arides  que  borne  seul  Tbori*^ 
zon,  de  ces  lacs  salins  et  d'un  jour  qui  laissent  leurs  lits 
desséchés  scintillant  au  soleil;  pays  plat,  si  plat  que  telle 
rivière  y  coule  indifféremment  de  l'ouest  à  l'est  ou  de  l'est  à 
l'ouest,  solitudes  affreuses  où  l'on  ne  peut  s'aventurer  qu'à 
certaines  saisons  de  Tannée  sous  peine  d'y  périr  de  soif. 
Aucune  trace  de  vie  ne  s'y  montre  sinon  çà  et  là  quelque 
antilope,  quelque  autruche  effarée;  parfois  c'est  quelque 
bushman,  vrai  fils  de  la  nature  qui  ne  vit  que  du  produit 
de  son  arc  et  de  ses  flèches^  de  racines  et  de  fruits  sau^ 
vages,  et  s'abrite  la  nuit,  sous  quelques  branches  entrela^ 
oées.  C'est  bien  là  le  désert  classique  tel  que  je  l'avais  rôvé 
dauB  mon  enfance. 

Cependant  un  ennemi,  un  ennemi  formidable  que  nous 
avions  pu  éviter  jusque-là,  nous  barra  le  chemin  et  nous 
interdisit  les  abords  du  Zambèse.  Cet  ennemi,  c'est  une 
mouche,  c'est  la  Tsétsé,  dont  la  piqûre  est  mortelle  pour 
les  bœuf^  et  les  chevaux.  Force  nous  fut  donc  de  renvoyer 
nos  attelages  dans  des  parages  plus  sûrs. 

Notre  campement  une  fois  établi  et  plus  ou  moins  bien 
palissade  sur  un  coteau  de  sable,  au  milieu  de  forêts  hantées 
par  les  bêtes  féroces,  nous  nous  mîmes  en  devoir  d'explorer 
nos  nouveaux  domaines.  Rien  ne  peut  donner  une  idée  de 
la  beauté  de  cette  partie  du  Zambèse.  Là,  le  fleuve  ma^ 
jestueux  coule  limpide  et  à  pleins  bords  ;  les  crocodiles 
errent  en  troupes  sur  ses  ondes,  les  hippopotames  prennent 


396    VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÈSE. 

leurs  ébats  dans  ses  abîmes,  et  les  forêts  vierges  se  mirent 
dans  le  cristal  de  ses  eaux.  Chaque  détour  du  sentier,  cha- 
que petite  éminence,  vous  met  en  présence  de  nouveaux 
panoramas  tous  plus  ravissants,  plus  enchanteurs  les  uns 
que  les  autres.  C'est  ainsi  que  six  jours  de  marche  nous 
amenèrent  en  présence  du  spectacle  le  plus  grandiose  que 
l'Afrique  puisse  offrir.  Des  nuages  de  vapeur  qui  apparaissent 
à  travers  le  rideau  de  feuillage,  et  les  détonations  inces- 
santes qui  frappent  les  oreilles,  ne  préparent  nullement  le 
voyageur  à  la  surprise  qui  l'attend.  On  se  glisse  à  travers  les 
fourrés,  puis  ce  cours  d'eau  si  majestueux,  qui  atteint  une 
largeur  de  près  d'un  mille,  et  que  vous  venez  de  voir  cou- 
lant si  limpide,  le  voici  qui,  mugissant,  écumant,  tonnant 
et  bouillonnant,  se  précipite  dans  un  gouûre.  Ce  sombre 
abîme  à  parois  perpendiculaires,  a  plus  de  100  mètres  de 
profondeur,  et  c'est  à  peine  si,  quand  le  vent  chasse  la  va- 
peur, il  est  possible  de  discerner  au  fond  les  flots  verts 
et  blancs  qui,  cherchant  précipitamment  une  issue  par 
l'étroite  fissure  qui  fait  angle  droit  avec  la  première,  s'en 
vont  porter  leur  lugubre  mugissement  au  loin.  C'est,  comme 
on  l'a  dit,  «  le  beau  horrible  »,  je  dirai  le  «  beau  terrible  ». 
Est-il  étonnant  que  les  pauvres  créatures  qui  vivent  dans 
les  environs  croient  qu'une  divinité  malfaisante  y  a  établi 
sa  résidence?  Aussi  les  voit-on  se  livrer  à  toutes  sortes  d'in- 
cantations, et  se  dépouiller  de  quelque  ornement  qu'ils 
jettent  dans  l'abîme  comme  offrande;  puis  ils  s'éloignent 
rassurés  et  satisfaits.  «  A  mesure,  disent-ils,  que  nous  nous 
approchions  de  Mosi-oa-Thounya  (les  cataractes  de  Vic- 
toria), nous  l'entendions  rugir  plus  fort  de  fureur,  et  main- 
tenant plus  nous  nous  éloignons  plus  aussi  elle  s'apaise.  » 
Un  fait  qui  nous  a  fort  étonnés,  c'est  que  toutes  les  tribus 
riveraines  du  Zambèse,  bien  qu'ayant  des  dialectes  diffé- 
rents, parlent  parfaitement  la  langue  des  Bassoutos,  la  langue 
du  pays  d'où  nous  étions  partis,  et  s'en  servent  entre  elles 
comme  de  moyeji  de  communication. 


VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÈSE.    397 

Ce  phénomène  s'explique  ainsi.  Il  y  a  environ  50  ans,  un 
chef  émigra  du  pays  des  Bassoutos  à  la  tête  d'une  troupe  de 
guerriers,  et  soumit  toutes  ces  tribus  du  Zambèse.  Pendant 
que  Mosélékatsi  répandait  partout  la  terreur  de  son  nom, 
et  réussissait  en  détruisant  les  vaincus  à  entourer  son  pays 
d'un  désert,  Sebetoane,  le  chef  des  Makololos,  s'attachait 
par  un  gouvernement  paternel,  les  ennemis  dont  il  était 
vainqueur,  et  finissait  par  les  incorporer  à  sa  nation. 
Malheureusement  ses  successeurs  ne  marchèrent  pas  sur 
ses  traces,  et  des  révolutions  ont  amené  la  destruction  des 
Makololos.  Mais  toujours  est-il  qu'encore  aujourd'hui,  le 
nom  de  Sebetoane  n'est  prononcé  parles  habitants  du  Zam- 
bèse qu'avec  la  plus  grande  vénération. 

Ces  tribus  nous  accueillirent  bien  différemment  que  n'a- 
vaient fait  les  Banyais  ou  les  Matabélés.  Tout  étrangers  que 
nous  étions,  nous  avions  un  passe-port  et  une  lettre  de  re- 
commandation, la  meilleure  que  nous  pussions  avoir.  Nous 
étions  en  pays  classique,  car  nous  marchions  sur  les  traces 
de  Livingstone.  Je  Tavais  connu,  le  grand  explorateur  et 
le  grand  missionnaire,  maintenant  j'apprenais  à  connaître 
l'homme.  Il  suffit  de  dire  que  pendant  que  tel  voyageur 
donne  son  nom  aux  fleuves  et  aux  montagnes,  et  le  grave 
sur  les  troncs  des  arbres  et  les  parois  des  rochers,  lui,  Li- 
vingstone, ne  voulait  qu'on  se  souvînt  de  lui  que  par  ce 
qu'il  avait  fait,  et  c'est  dans  le  cœur  même  des  enfants  de 
l'Afrique  qu'il  gravait  son  nom  en  caractères  indélébiles  ! 
C'était  là  notre  passe-port. 

Notre  séjour  dans  les  parages  du  Zambèse  ne  fut  pas  de 
longue  durée.  Je  ne  pus  qu'échanger  des  m.essages  avec  le 
roi  qui  se  montra  très  favorable  et  nous  pressa  de  venir  un 
peu  plus  tard  nous  établir  chez  lui.  Malheureusement  c'é- 
taient des  temps  de  troubles  politiques  et  une  affreuse  guerre 
civile  éclata  ;  d'un  autre  côté,  nos  provisions  étaient  com- 
plètement épuisées,  la  saison  des  pluies  approchait  et  nous 
n'avions  pas  d'abri;  puis  la  maladie  et  la  mort  avaient 


398   VOYAGE  AU  PAYS  BES  6ANTAIS  ET  kV   ZAMBËSE. 

fait  invasion  dans  notre  campement,  de  sorte  que  force 
noua  fut  de  retourner  au  pays  des  Bassoutos.  Tous  les  ans, 
la  vallée  des  Barotsis  est  submergée  lors  de  la  crue  des 
eaux.  Les  marécages  qui  en  résultent  à  la  retraite  des  eaux, 
donnent  naissance  à  des  fièvres  paludéennes  si  meurtrières 
que  je  n'aurais  pas  pu  prendre  sur  moi  d'y  entreprendre 
une  mission  sans  m'ètre  tout  d'abord  bien  entendu  avec 
ceux  de  qui  j'avais  reçu  mon  mandat. 

Ainsi  revenant  sur  nos  pas  à  travers  le  désert,  nous  lais- 
sons nos  compagnons  de  voyage,  nos  missionnaires  indigènes 
dans  une  tribu  du  Limpopo,  que  nous  considérons  comme 
une  pierre  d'attente.  Quelques  jalons  suffiront  pour  indi- 
quer notre  route  de  retour  :  Pretoria  au  Transvaal,  Kîm- 
berley  aux  mines  de  diamants,  Blœmfonteiu,  la  capitale  de 
rÉtat  Libre,  puis  à  travers  le  Lessouto,  nous  arrivons  enfin 
à  Léribé,  notre  point  de  départ. 

Me  sera-t-il  permis,  en  terminant,  ce  récit  de  rappeler 
quelques  souvenirs  ?  Le  nom  de  Seshel^e  m'en  rappelle  de 
bien  divers.  Pendant  une  de  mes  absences  de  cette  ville, 
un  incendie  avait  éclaté  et  tous  les  bagages  que  j'y  avais 
laissés,  vêtements,  collections,  etc.,  tout  fut  détruit,  rien 
n'échappa.  Mais  voici  un  autre  souvenir  bien  plus  doulou- 
reux que  celui-là.  Pour  porter  aussi  l'Évangile  au  loin,  Pun 
de  mes  compagnons  de  voyage  avait  quitté  sa  femme  et  ses 
enfants  et  accepté  avec  reconnaissance  l'humble  poste  de 
conducteur.  Il  était  doué  d'une  vive  intelligence,  et  son  cœur 
était  rempli  d'enthousiasme  pour  le  succès  de  notre  expé- 
dition. 

Chaque  semaine  il  se  faisait  montrer  sur  la  carte  le  che- 
min que  nous  avions  parcouru,  ce  Mais  nous  avons  fini  la 
carte,  dit-îl  un  jour, où  allons-nous  maintenant?  *  Où  aller, 
en  efPet,  quand  on  a  fini  la  carte?...  Cet  homme  si  chrétien, 
ce  serviteur  si  dévoué,  cet  ami  si  fidèle,  ce  conseiller  si  sûr, 
lui  aussi  était  arrivé  au  bout.  Il  tomba  malade  et  quelques 
Jours  après  il  succombait.  Mais,  avant  de  rendre  le  dernier 


VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÈSE.   399 

soupir,  il  disait,  ce  martyr  de  la  propagation  de  la  foi  chré- 
tienne,  en  montrant  du  doigt  l'endroit  où  allait  se  creuser 
son  tombeau  :  «  Ce  sera  un  jalon  pour  montrer  à  mes  com- 
patriotes chrétiens  et  à  leurs  missionnaires,  la  route  des 
Barotsis.  » 

Voici  un  autre  souvenir  qui  intéressera  la  Société.  Un 
soir,  après  une  marche  de  plusieurs  heures,  j'arrivai  au  cré- 
puscule sur  les  bords  duZambèse.  J'y  rencontre  un  étranger 
dans  la  force  de  Tâge,  de  petite  taille,  mais  bruni  par  le  soleil 
des  tropiques,  épuisé  par  de  longues  fatigues,  de  grandes 
privations  et  par  les  fièvres;  il  est  tout  seul  avec  quelques 
domestiques,  son  escorte  Ta  abandonné.  S'il  y  a  dans  l'ap- 
parence de  cet  étranger  je  ne  sais  quel  air  de  souffrance  ou 
quelle  fugitive  mélancolie  qui  vous  attire,  il  y  a  aussi  chez 
lui  une  de  ces  rares  et  vives  intelligences  qui  s'illuminent  au 
moindre  contact  et  lancent  des  éclairs.  Cet  étranger, 
c'est  le  chef  de  l'expédition  scientifique  portugaise,  c'est 
le  major  Serpa  Pinto.  Notre  rencontre  avait  quelque 
chose  de  providentiel.  Nous  lui  offrîmes  l'hospitalité  :  une 
place  à  notre  table  frugale,  une  place  dans  la  voiture  de 
jour  et  sous  la  tente  de  nuit  ;  c'était  peu  de  chose,  c'était 
l'hospitalité  d'un  voyageur,  mais  elle  était  cordiale,  et  je 
m'estime  heureux  d'avoir  eu  le  privilège  de  l'offrir  à  cet 
enfant  si  distingué  du  Portugal,  au  nom  du  protestantisme 
de  la  France. 

Depuis  notre  retour  en  Europe,  le  major  Serpa  Pinto 
a  été  l'objet  de  nombreux  soupçons  et  de  vives  attaques. 
Comme  tous  les  hommes  éminents,  il  a  rencontré  des  en- 
vieux et  des  ennemis.  Ses  magnifiques  travaux  lui  assure- 
ront une  place  dans  le  monde  scientifique  et  il  n'a  besoin 
de  personne  pour  le  défendre.  Quant  à  moi,  je  tiens  à  lui 
rendre  publiquement  l'hommage  qui  lui  est  dû  :  nous  avons 
en  toute  circonstance,  pendant  notre  vie  en  commun  de 
trois  mois,  trouvé  en  lui  un  parfait  gentilhomme.  Son  urba- 
nité;  sa  conversation  si  spirituelle  et  si  instructive  pendant 


400   VOYAGE  AU  PAYS  DES  BANYAIS  ET  AU  ZAMBÉSE. 

que  nous  cheminions  ensemble  dans  le  désert,  n'ont  pas 
peu  ajouté  au  privilège  que  nous  avons  eu  de  lui  oifrir  Thos- 
pitalité. 

En  terminant  ce  récit  bien  incomplet  de  notre  voyage,  je 
dois  ajouter  qu'il  s'est  accompli  dans  des  circonstances  tout 
à  fait  exceptionnelles.  J'ai  déjà  dit  que  c'était  un  voyage  es- 
sentiellement missionnaire,  et  que  nous  n'avions  eu  que  peu 
de  semaines  pour  nous  y  préparer,  cela  dans  un  pays  où 
l'on  n'a  pas  abondance  de  magasins  dans  le  voisinage.  Ce 
fait  explique  bien  des  lacunes  dans  l'accomplissement  de 
notre  tâche.  Mais,  à  propos  des  difficultés  immenses  que  les 
porteurs  indigènes  créent,  dit-on,  constamment  aux  explo- 
rateurs les  mieux  qualifiés, je  me  permettrai  de  rappeler  que 
notre  voyage  s'est  fait  avec  le  concours  d'indigènes  chrétiens 
qui  avaient  autant  que  moi  à  cœur  le  succès  de  notre  entre- 
prise. Je  dois  ici  rendre  entière  et  sincère  justice  à  leur 
courage  intrépide,  à  leur  persévérance,  à  la  fermeté  qu'ils 
ont  montrée  dans  les  circonstances  les  plus  critiques,  comme 
aussi  dans  les  privations  les  plus  grandes.  Leur  dévouement, 
leur  fidélité  et  leur  afTection  en  ont  fait  pour  nous  des  amis 
plutôt  que  des  serviteurs. 

Enfin,  et  si  ce  voyage  a  réussi,  ne  dois-je  peut-être  pas 
Tattribuer,  en  partie  du  moins,  à  la  présence  d'une  autre 
personne  !  Un  rayon  de  soleil  aux  jours  de  l'épreuve,  un 
conseiller  dans  la  difficulté,  partageant  nos  fatigues  sans 
murmures,  affrontant  nos  privations  et  nos  dangers  sans 
ostentation,  calme  et  résolue,  se  dépensant  pour  tous  en 
s*oubliant  elle-même,  toujours  prête  à  prodiguer  les  atten- 
tions tendres  et  délicates  d'un  cœur  qui  s'ouvre  à  toutes  les 
émotions,  et  dont  une  femme  seule  est  capable.  Cette 
femme,  vrai  type  de  la  femme  chrétienne,  toujours  à  son 
poste  quand  le  devoir  l'appelle,  et  toujours  à  sa  place  quand 
il  faut  faire  du  bien,  cette  femme,  c'est  celle  du  mission- 
naire qui  vient  d'avoir  l'honneur  de  vous  parler. 


LA 

GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE 

CONGO,    KACONGO,   n'GOYO,    LOANGO 

1870-1877 
Par  CHABLEii  DE  BOIJWBi:  ^ 


Tirons  le  rideau  sur  ce  tableau  de  mœurs  barbares  et 
passons  en  quelque  sorte  du  code  criminel  à  la  procédure 
des  délits  tels  que  vols,  coups  et  blessures  n'ayant  pas  occa- 
sionné la  mort,  différends  et  litiges  auxquels  donnent  lieu 
les  circonstances  de  la  vie  en  commun,  questions  de  pro- 
priété, de  partage,  de  suprématie,  etc. 

On  a  recours  alors  à  des  réunions  appelées  palavres  ;  ce 
sont,  en  réalité,  des  conseils  réunis  pour  juger  un  procès. 
Certes,  là,  comme  en  tout,  c'est  le  plus  riche  et  le  mieux 
posé  qui  a  souvent  gain  de  cause  ;  mais  un  bon  avocat,  et  il 
y  a  beaucoup  de  noirs  bons  avocats,  peut  néanmoins  faire 
pencher  la  balance  de  son  côté. 

Lorsque  surgit  une  question  de  ce  genre,  les  intéressés 
convoquent,  si  toutefois  ils  en  ont  le  moyen,  le  ou  les  chefs 
soit  du  village,  soit  de  la  tribu,  les  notables  en  général, 
devant  ceux  avec  qui  ils  ont  un  différend  ;  ces  derniers 
sont,  de  la  sorte,  à  peu  près  ce  que  sont  nos  prévenus  ; 
les  plaignants  exposent  leurs  griefs  et  demandent  une 
réparation,  qui  peut  consister  non  seulement  en  resti- 
tutions, mais  aussi  en  indemnités  plus  ou  moins  considéra- 
bles. Ces  espèces  de  réquisitoires  sont  souvent  longs  et 
diffus,  car  les  noirs  sont  très  verbeux,  se  plaisent  à  se  ré- 
péter et  recherchent  souvent  un  appui  pour  leurs  démon- 

1.  Voir  le  Bulletin  d'octobre  1880,  p.  289. 

soc.  DE  ftÉlGR.   —    NOVEMBRE   1880.  XX    —  26 


402  LA  GUINÉE  MÉRIDIOI^ALE   INDÉPENDANTE. 

strations  dans  des  faits  très  anciens,  quelquefois  même  plus 
ou  moins  exacts.  Les  membres  du  conseil  se  tiennent  d'or- 
dinaire accroupis  par  terre  et  en  cercle,  chacun  se  lève 
successivement,  vient  se  placer  au  milieu,  et  donne  son 
opinion  en  se  tournant  presque  toujours  vers  le  notable  ou 
le  chef  qui  préside  l'assemblée  et  à  qui,  après  réplique 
et  discussion  complètes,  appartient  le  prononcé  du  juge- 
ment. 

Ces  scènes,  malgré  la  véhémence  des  orateurs,  se  passent 
en  somme  avec  assez  d'ordre  et  de  tranquillité.  Celui  qui 
est  déclaré  avoir  tort,  s'il  n'est  pas  toujours  satisfait,  se 
sou/net  la  plupart  du  temps  de  bonne  grâce.  En  cas  de 
vol,  je  l'ai  dit,  le  voleur  devient  l'esclave  du  volé  ;  aussi, 
fréquemment,  lorsqu'il  voit  la  partie  perdue,  le  coupable, 
s*évade-t-il  pour  aller  chercher  asile  et  protection  dans  une 
autre  tribu.  Quand  un  voleur  appartient  à  un  chef,  îl  arrive 
quelquefois  que  celui-ci  ou  le  renie  ou  le  cache  jusqu'à  ce 
que  l'affaire  ait  été  oubliée;  parfois  il  le  livre  ou  bien  encore 
il  paye  sa  valeur.  En  certains  cas  les  parties  sont  renvoyées 
dos  à  dos  ;  d'autres  fois,  la  procédure  n'aboutissant  pas,  il 
faut  s'en  remettre  à  la  casca 

Après  ces  généralités,  il  me  paraît  à  propos  de  raconter 
la  plus  importante  des  palavres  que  j'ai  vues  :  il  s'agît  d'un 
acte  de  piraterie  dont  j'avais  été  victime. 

Je  me  trouvais  à  Landana  quand  une  pirogue  me  fut 
prise  par  les  indigènes  de  Téro,  village  situé  sur  le  Chi- 
loango  à  quelques  lieues  de  son  embouchure";  elle  contenait 
un  chargement  d'une  valeur  d'environ  sept  mille  francs  en 
tissus,  tafia,  goudron,coaltar,  chaux,  etc.,  destiné  tant  à  l'é- 
change qu'aux  besoins  de  la  factorerie  de  Chiuma,  qu'on 
rencontre,  plus  avant  dans  l'intérieur,  sur  la  même  rivière. 

A  Téro,  le  cours  d'eau  tourne,  en  se  rétrécissant,  entre 
deux  rives  bordées  de  hauts  palétuviers  baignant  dans  l'eau 
leurs  fantastiques  racines  entrelacées  de  lianes.  C'est  un 
défilé  facile  à  garder  ;  on  atteint  le  village  en  atterrissant 


LA  GUINÉE  MÉRIDIÛNAI^E  INDÉPENDANTE.  403 

près  d'une  factorerie  abandonnée,  et  en  traversant  un  espace 
découvert  envahi  par  de  hautes  herbes  ;  aux  alentours  est 
une  forêt,  plus  loin  sont  des  marécages. 

Le  chef  ou  prince  de  Téro,  non^mé  Boungo-Bondo,  avait 
arrêté  rembarcation,  l'avait  gardée,  ainsi  que  les  marchan- 
dises, et  avait  renvoyé  sans  explication  l'équipage,  qui  était 
allé  h  Chiuma  ;  l'un  des  hommes  seulement  était  aussitôt 
revenu  me  prévenir;  il  racontait  que  le  canot  s'était  trouvé 
tout  à  coup  entouré  par  une  dizaine  de  pirogues  sorties  du 
dédale  des  racinçs,  et  que  les  huit  hommes  qui  la  montaient 
n'avaient  pu  songçr  ni  k  l9^  résistance,  ni  à  la  fuite. 

Faisant  aussitôt  armer  une  pirogue  de  voyage,  je  partis 
en  reconnaissance,  accompagné  de  douze  hommes  et  de 
celui  qui  avait  assisté  h  la  prise.  Arrivé  sur  les  lieux,  après 
m'être  bien  rendu  compte  de  la  situation  et  de  la  façon 
dont  les  choses  s'étaient  passéea,  après  m^être  bien  convaincu 
de  l'impossibilité  d'usor  de  la  force  pour  recouvrer  mes  mar- 
chandises avec  le  personnel  et  Içs  moyens  dont  je,  disposais, 
je  doublai  Téro  et  continuai  jusqu'à  Ghiuma.  Mon  but  était 
de  me  concerter  avec  Idiondo,  prince  et  lingwter  (interprète) 
de  la  factorerie,  homme  influent  qui  nous  avait  souvent  été 
utile  dans  des  circonstances  analogues,  Le  lendemain  à  sept 
heures  je  redescendais  la  rivière  avec  lui,  et  abordant  à 
Téro,   je  faisais  peu  après  appeler  Boungo-Bondo,   qui 
ne  tarda  pas  à  arriver  avec  une  nombreuse  escorte  armée, 
r^ou^  princes  place  dans  un  baraquement  abandonné, 
assis  vis«à,^vis  l'un  de  l'autre  sur  des  escabeaux.  Deux 
hommes  de  sa  troupe,  le  fusil  chargé,  se  mirent  à  mes  côtés  ; 
sea  conseillers  et  les  autres  se  rangèrent  derrière  lui  ;  quant 
à  ma  suitei  elle  s'accroupit  derrière  moi,  sans  armes,  sui- 
vant  Vordre  que  j'avais  donné  ;  je  n'avais,  personnellement, 
que  mon  revolver  dissimulé  sous  une  large  ceinture  delaine 
rouge  ;  enfin,  Idiondo  se  tenait  debout  entre  nous  deux  pour 
servir  d'interprète. 
Après  avoir  obtenu  Taveu  du  fait,  je  demandai  à  Boungo-t 


404  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

Bondo  quel  pouvait  en  avoir  été  le  motif,  et  je  résume  ici 
notre  dialogue  : 

— Pourquoi  as-tu  pris  mon  canot  et  mes  marchandises? 
t'ai-je  offensé?  t'ai-je  volé?  ai-je  pris  même  à  d'autres 
noirs  quoi  que  ce  fût  qui  leur  appartînt?  viens-je  ici 
pour  piller  ou  être  pillé?  ne  suis-je  pas  de  ceux  qui  vous 

* 

apportent  des  tissus,  de  la  poudre,  le.taGa  que  vous  aimez 
tant?  enfin  crois-tu  qu'il  soit  possible  de  continuer  à  faire 
du  commerce  avec  toi  et  tes  semblables,  si  votre  caprice, 
votre  mauvaise  foi  et  votre  malhonnêteté  nous  exposent  à 
être  ainsi  volé?  Est-ce  moi  qui  dois  apprendre  à  un  fiott 
quelle  est  la  loi  de  son  pays  ?  ignores-tu  qu'elle  veut  que 
tout  voleur  devienne  l'esclave  de  celui  qui  est  volé?  tu  re- 
connais que  tu  m'as  pris  mon  canot,  tu  ne  m'as  pas  encore 
dit  pourquoi  ;  il  faut  me  l'expliquer,  autrement  j'userai  des 
droits  que  me  donnent  tes  lois. 

—  Tout  ce  que  tu  viens  de  dire  est  vrai,  répondit-il  ;  mais 
je  n'ai  pas,  en  réalité,  volé  tes  marchandises,  je  n'en  ai  pas 
disposé,  je  les  ai  intactes  ;  je  les  ai  saisies  seulement  en  ga- 
rantie parce  que  le  Ma-Congo  (l'un  des  princes  de  la  rivière 
«nu-dessus  de  Ghiuma),  à  l'instigation  d'un  de  tes  agents,  a 
arrêté  un  de  mes  canots  chargé  de  produits;  que,  par  con- 
séquent, tu  dois  me  rendre  ce  qui  m'a  été  pris  en  me  don- 
nant, en  outre,  comme  indemnité,  une  vestitnre  (habille- 
ment complet  consistant  en  pagne,  ceinture,  chemise  et 
bonnet),  un  collier  de  corail,  une  caisse  de  vingt-quatre 
fusils,  deux  barils  de  poudre,  un  baril  de  tafia.  C'est  à  ces 
conditions  que  je  rendrai  tes  marchandises. 

—  Je  n'ai  nulle  connaissance,  répliquai-je,  du  fait  que  tu 
signales,  et  je  n'ai  pas^  quant  à  présent,  l'intention  d'en 
discuter  avec  toi  la  vérité  :  ce  ne  serait,  du  reste,  pas  con- 
firme à  vos  usages.  De  deux  choses  l'une:  ou  le  fait  que  tu 
avances  est  vrai,  et  alors,  selon  tes  lois,  tu  devais  provoquer 
une  palavre,  qui  aurait  déterminé  ce  qui  pouvait  t'être  dû  ;  ou 
il  est  faux,  et  dans  ce  cas  je  n'ai  pas  besoin  de  te  dire  do 


LÀ  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  405 

quoi  tu  peux  être  passible  :  tu  le  sais  très  bien.  Ainsi  de 
toute  façon  tu  as  tort,  que  m'importe  que  tu  aies  des  diffé- 
rends avec  le  Ma-Congo?  que  m'importe  leur  origine  ?  Si  tu 
as  à  te  plaindre  de  moi  ou  des  miens,  faisons  palavre.  Tu 
ne  dois  pas  oublier  que  le  vol  que  tu  viens  de  commettre 
suffit  déjà  pour  te  donner  le  mauvais  rôle  en  cette  affaire, 
et  que^  au  cas  où  il  y  aurait  procès  ,tu  perdrais  plus  que  ta 
liberté.  J'ai  pensé  à  tout  cela,  moi;  aussi  tout  d'abord  suis- 
je  venu  sans  armes  te  demander  de  me  restituer  ce  qui 
m'appartient,  car  je  veux  croire  que  tu  as  été  mal  conseillé, 
et  l'offrir  d'en  appeler,  comme  je  viens  de  le  dire,  à  une 
fondation  (palavre)  dans  laquelle  on  décidera  qui  a  raison. 
Si  ce  n'est  pas  moi,  je  payerai  ;  si  c'est  moi,  tu  n'en  seras  pas 
quitte  à  bon  marché,  puisqu'on  ne  pourra  pas  arguer  de  la 
violence  de  mon  procédé  pour  user  de  représailles.  Je  n'ai, 
jusqu'à  présent,  dénoncé  le  fait  à  personne;  ton  suzerain  le 
Mankotche  n'en  est  pas  avisé;  il  est  donc  temps  encore, 
réfléchis,  il  me  faut  mes  marchandises  et  mon  canot; 
autrement  malheur  à  toi,  ta  vie  ne  pèsera  pas  le  poids  du 
vent! 

Tel  est  le  sens  des  paroles  échangées  entre  Boungo-Bondo 
et  moi,  traduites  au  fur  et  à  mesure  par  Idiondo  soit  en  fiott 
soit  en  portugais. 

Au  cours  de  cette  discussion  les  gens  de  sa  suite  ne  man- 
quèrent pas  de  manifester  le  mécontentement  qu'ils  ressen- 
taient en  présence  d'arguments  qui,  visiblement,  inquié- 
taient beaucoup  leur  chef  ;  les  miens,  au  contraire, 
paraissaient  croire  à  une  solution  favorable. 

Boungo-Bondo  me  demanda  la  permission  de  se  retirer 
pour  ((  boire  de  l'eau  »,  expression  usitée  qui  veut  dire 
chez  les  noirs  qu'on  veut  s'isoler  à  l'effet  de  réfléchir  ou  de 
se  concerter  avec  d'autres.  Il  revint  peu  après  me  déclarer 
que  j'avais  bien  certainement  raison,  mais  qu'il  lui  était  im- 
possible pour  le  moment  de  me  rendre  autre  chose  qu'un 
baril  de  coaltar  et  deux  barils  de  chaux,  offre  réellement  dé- 


406  LA  ÔUINÊË  MÉRIDIONALE  ÏNÛÉPENDANTE. 

rîsoire;  évidemment  Boungo-Bondo  subissait  Tinfluênce  de 
la  population  du  village,  qui  comptait  avoir  sa  bonne  paft  du 
butin,  mais  ce  n'était  pas  mon  compte,  et  la  moindre  tran- 
saction aurait  détruit  la  valeur  de  mes  réclamations.  Je  re- 
fusai et  Bs  encore  une  fois  valoir  mon  droit,  qui  était  reconnu; 
n'admettant  pas  de  demi-mesure,  je  déclarai  que  je  voulais 
tout  ou  rien. 

Il  était  tard  ;  tous  ces  pourparlers  et  le  teïïlps  de  les  inter- 
préter avaient  absorbé  beaucoup  d'heures,  j'invitai  Boungo- 
Bondo  à  aller  réfléchir  de  nouveau,  et  je  profitai  de  ce 
moment  de  répit  pour  manger  quelques  sardines  accompa- 
gnées de  biscuit  qui  avaient  été  apportées  à  tout  hasard. 

À  la  reprise  de  la  séance,  Boungo-Bondo  m^annonça  qu'il 
consentait  à  me  rendre,  en  plus,  une  pipe  (120  galons  ou 
470  litres  environ)  de  ta&a  ;  je  n^acceptai  pas  plus  que  la 
première  fois,  et,  après  lui  avoir  signifié  de  nouveau  mon 
ultimatum  en  lui  rappelant  ce  à  quoi  il  s'exposait,  je  le 
quittai.  Il  m^accompagna  jusqu'au  canot. 

De  retour  à  Landana,  j'avisai  les  agents  des  autres  facto- 
reries, leur  montrant  le  danger,  égal  pour  tous^  qui  pour- 
rait résulter  de  l'impunité.  Nous  envoyâmes,  de  concert, 
au  Mantkotcbe  deux  pièces  de  mouchoirs  avec  un  galon  de 
tafia,  et  une  bouteille  de  genièvre,  en  demandant  justice. 

Notre  requête  fut  bien  accueillie:  le  Mankotche  fit  ré- 
pondre quMl  se  rendrait  aux  factoreries  pour  y  juger  le 
procès  dès  le  surlendemain. 

C4omme  une  inondation  rendait  presque  inhabitable  la 
factorerie  française  de  Ghiuma,  on  choisit  au  même  point 
une  factorerie  portugaise  gérée  par  M.  Margarida. 

A  rheure  dite,  le  Mankotche,  homme  de  petite  taille,  un 
peu  gros,  l'œil  vif,  arrive  vêtu  d'un  vieil  habit  bleu  de  roi, 
encore  assez  frais  et  qui,  vraisemblablement,  avait  appar- 
tenu à  quelque  laquais  européen.  Une  chemise  à  fleurs,  de 
grandes  dimensions,  dépassait  les  basques  de  l'habit  et 
retombait  par-dessus  un  pagne  fait  de  mouchoirs  de  Madras. 


LÀ  GUINËË  MÉniDiONÂLE  iMDÊl^EîfDANTE.  407 

Il  portait  aux  bras  des  bracelets  de  ficelle  et  de  cuivre,  à  ses 
chevilles  des  anneaux  d'argent  ;  il  avait  pour  coiflure  un 
de  ces  bonnets  en  fil  d'aloès  très  fin  qu'on  febrique  surtout  à 
Cabinda,  et  qui  sont  considérés  comme  un  insigne.  11  tenait 
à  la  main  un  long  bâton  orné  de  clous  de  enivre  et  d'amu- 
lettes ;  ses  pieds  étaient  nus.  Une  suite  de  soixante  à  quatre- 
vingts  individus  l'accompagnait,  composée  principalement 
de  ses  chevaliers  seigneurs  ou /Idrt/jfo^  avec  leurs  domestiques 
ou  suivants .  Il  amenait  aussi  son  maniaque,  sorte  de  ministre 
de  la  guerre,  à  la  fois  général  en  chef  et  bonrreau,  grand 
gaillard  de  belle  prestance  vêtu  d'une  chemise  de  calicot  à 
ramages,  d'un  pagne  de  cotonnade,  et  coiffé  d'un  bonnet 
analogue  à  celui  du  prince,  mais  plus  simple;  il  était  armé 
d'un  sabre  de  cavalerie,  modèle  français  de  1822.  Son  ganga 
ïembi  de  première  classe,  ses  moulèques  ou  domestiques, 
enfin  divers  noirs,  venus  là  dans  l'espoir  de  quelque  régalade 
de  malaff  (eau-de-vie  ou  tafia)  complétaient  l'escorte  du 
Mankotche. 

Boungo-Bondo,  assigné,  arriva  bientôt  avec  cinquante  à 
soixante  hommes  en  armes. 

Une  salle  de  la  factorerie  avait  été  choisie  pour  la  réu- 
nion. Le  Mankotche  se  plaça  à  une  extrémité,  les  agents 
des  maisons  européennes,  convoqués,  se  rangèrent  et  s'as- 
sirent le  long  de  la  muraille  du  côté  droit,  lesfidalgos  de 
l'autre,  les  mankaques  s'accroupirent  en  cercle  aux  pieds 
du  prince  et  le  public  resta  aux  abords.  Nos  lingqisters, 
ainsi  que  ceux  du  Mankotche,  revêtus  de  leurs  plus  beaux 
costumes,  se  tenaient  debout  près  d'une  table  au  milieu  de 
la  salle. 

Ce  fut  le  doyen  de  ces  derniers  qui  ouvrit  la  séance, 
sur  Tautorisation  du  prince  auquel  il  alla  la  demander  un 
genou  en  terre,  en  battant  doucement  des  mains  en  signe  de 
soumission . 

L'exposé  de  ce  qui  s*était  passé,  exposé  très  allongé  par 
de  nombreuses  redites,  dura  jusqu'à  llieure  du  repas,  c'est- 


408  LÀ  GUINÉE  MERIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

à-dire  jusqu'à  4  heures  à  peu  près,  et  fut  suivi  d'un  temps 
d'arrêt. 

A  la  reprise,  Tun  des  seigneurs  de  la  suite  du  Mankotche 
eut  la  parole  pour  retracer  tout  aussi  longuement  une  es- 
pèce d'historique  des  coutumes  de  la  rivière  Ghiloango, 
historique  souvent  interrompu  par  des  mouvements  d'ap- 
probation ou  par  quelques  observations  d'un  auditeur  qui 
trouvait  bon  de  placer  son  mot. 

Cette  journée,  pendant  laquelle  la  loi  du  pays  devait  être 
clairement  développée  et  commentée,  et  les  faits  dûment 
expliqués,  ne  fut  qu'oiseuse  et  remplie  d'un  verbiage  fati- 
gant :  sunt  verba  et  voces,  prœtereaque  nihiL 

La  nuit  nous  surprit,  sans  que  l'accusé  eût  comparu,  sans 
qu'on  fût  plus  avancé  qu'au  début,  et,  la  séance  levée,  les 
gens  du  Mankotche  furent  répartis  dans  les  diverses  facto- 
reries, qui  durent  leur  fournir  des  abris,  des  aliments  et  des 
boissons. 

L'audience  recommença  le  lendemain  matin  à  7  heures, 
et  l'on  entra  dans  la  discussion.  Il  devint  de  plus  en  plus 
difficile  de  maintenir  les  orateurs  sur  le  véritable  terrain  de 
l'affaire.  Quoi  qu'il  en  soit,  d'après  nos  indications  répétées, 
nos  linguisters  parvinrent  à  faire  reconnaître  le  principe  de 
notre  droit. 

On  procéda  alors  à  l'audition  des  témoins.  Le  premier 
entendu  fut  le  Ma-Congo.  Quoique  d'abord  un  peu  impres- 
sionné par  la  solennité  du  débat,  il  ne  tarda  pas  à  se  re- 
mettre et  à  charger  Boungo-Bondo,  en  disant  que  s'il  avait 
pris  le  canot  de  ce  dernier,  c'était  pour  des  motifs  anciens 
et  particuliers,  que  les  blancs  étaient  complètement  étran- 
gers à  la  chose,  et  que  Boungo-Bondo  devait  bien  le  savoir. 
Boungo-Bondo  écoutait  du  dehors,  avec  la  plus  grande  im- 
passibilité. 

Une  suite  d'autres  témoins  parlèrent  successivement  pour 
et  contre,  interrogés  qu'ils  étaient  aussi  bien  par  les  linguis- 
ters du  Mankotche  que  par  les  nôtres. 


LÀ  GUINÉE   MÉRIDIONALE   INDÉPENDANTE.  400 

Gbaque  fois  que  quelque  point  semblait  suffisamment 
éclairci,  Tauditoire  entonnait  une  sorte  de  chanson  mono- 
tone, rappelant  celle  de  nos  lampions,  et  au  bruit  de  la- 
quelle les  mankaques,  sortant  de  leur  attitude  impassible 
exécutaient,  en  tenant  leurs  sabres,  des  pas  excentriques 
mêlés  de  mille  contorsions.  Ils  regardaient  la  queue  de  leur 
pagne  à  la  manière  de  nos  élégantes  qui  jettent  en  arrière 
un  coup  d'œil  sur  leur  traîne  ondulée,  et  leur  physionomie 
se  montrait  tour  à  tour  riante  ou  effrayante.  Chacune  de 
ces  étranges  interruptions,  ponctuant  les  phases  du  procès 
depuis  son  ouverture,  ne  durait  pas  moins  de  deux  à  Irois 
minutes. 

La  journée,  comme  la  précédente,  ne  suffit  pas  à  Tin- 
slruction  complète  du  litige;  ce  fut  le  troisième  jour  seule- 
ment que  le  mankotche  fit  comparaître  Boungo-Bondo, 
jusque-là  relégué  sur  les  confins  de  l'assistance.  Il  lui  permit 
alors,  après  un  nouvel  et  court  résumé  des  faits,  de  pré- 
senter sa  défense  à  genoux.  Boungo-Bondo,  avec  beaucoup 
de  faconde,  répéta  ce  qu'il  m'avait  dit  à  Téro  ;  il  y  mit  même 
une  certaine  éloquence,  et  répondit  avec  beaucoup  d'éner- 
gie à  mon  linguister  qui  dut  l'arrêter  à  plusieurs  reprises 
pour  rectifier  ses  assertions.  Se  sentant  serré  de  si  près, 
il  eut  des  mouvements  oratoires  véritablement  très  beaux. 
Sa  plaidoirie  terminée,  le  Mankotche  fit  rappeler  le  Ma- 
Congo,  à  l'effet  de  les  entendre  contradictoirement,  et 
celui-ci  maintint  froidement,  avec  fermeté,  îout  ce  qu'il 
avait  dit. 

De  ce  moment  Boungo-Bondo  comprit  que  sa  cause  était 
perdue,  il  devint  furieux,  à  tel  point  qu'on  dût  d'abord  le 
contenir,  puis  l'expulser  de  la  salle. 

A  la  suite  de  cette  scène  orageuse  et  fort  émouvante, 
après  une  courte  conférence  avec  ses  fidalgos,le  Mankotche 
déclara  la  cause  entendue,  annonçant  que  j'avais  «  gagné 
raison  »,  et  qu'en  conséquence,  mes  marchandises  m'allaient 
être  rendues  immédiatement,  ainsi  que  le  canot. 


410  LR  GUINÉE   HÉntDIONÀLE  INDÉPENDARTE. 

Il  demanda  alors  un  mouchoir,  le  déchira  en  deux,  se 
leva  et  vint  à  moi  qui  étais  assis  à  peu  de  distance  à  droite  ; 
mettant  un  genou  en  terre,  il  me  noua  la  moitié  de  ce  mou- 
choir autour  du  cou  ;  en  même  temps  il  me  faisait  connaître 
qu*il  me  remettait  ainsi  le  signe  de  droit  de  vie  et  de  mort 
sur  Boungo-Bondo,  me  priant  toutefois,  en  grâce,  de  ne  pas 
faire  justice  en  sa  présence.  Je  n'eus  garde  de  ne  pas  accéder 
à  sa  prière,  j'avais  obtenu  mes  marchandises  ;  j'étais  informÉ, 
d'ailleurs,  que  les  trois  ou  quatre  cents  noirs  attirés  autour 
de  la  factorerie  par  le  procès,  et  qu'avaient  surexcités  les 
partisans  de  Boungo-Bondo  profiteraient  du  moindre  trouble 
pour  nous  faire  un  mauvais  parti;  nous  n'étions  pas,  moi  et 
mes  gens,  suffisamment  armés,  notre  situation  topogra- 
phique était  défavorable,  je  ne  m'occupai  donc  point  du 
voleur,  qui  disparut  aussitôt  de  Chiuma  et  dont  je  n'ai  plus 
entendu  parler  depuis. 

Cette  palavre  ne  fut  pourtant  pas  couronnée  de  succès 
sans  quelques  frais.  Selon  les  coutumes  de  la  côte  du  Congo, 
j'ai  dû  donner  en  cadeau  au  Mankotche  une  chemise,  un 
bonnet  de  velours,  une  ceinture  de  drap  rouge,  douze 
yards  de  velours  noir  de  coton,  cinq  galons  de  tafia  ;  en 
outre  j'ai  dû  faire  à  chacun  des  seigneurs,  un  cadeau  pro- 
portionné à  son  rang.  Je  ne  parle  pas  de  ^entretien  de  toute 
la  suite,  après  les  audiences,  en  riz,  chiconangues,  poisson 
sec,  chevreaux  et  boisson.  Le  total  de  ces  allocations  fut 
assez  considérable,  bien  que  minime  en  comparaison  des 
résultats  obtenus. 

Si  je  me  suis  un  peu  étendu  sur  cet  incident  de  mon 
séjour  à  la  côte,  c'est  qu*il  m*a  paru  de  nature  à  édifier  sur 
les  mœurs  du  Congo;  j'ajouterai  quelques  mots  au  sujet  des 
divertissements  des  noirs. 

Naissance,  mariage,  mort,  sont  l'occasion  de  fêtes  qui  ont 
entre  elles  un  rapport  commun  :  elles  se  manifestent  tou- 
jours, par  des  journées  et  des  nuits  entières  passées  à  danser 


LA  OUINJË  nÉRtÛIÔMALE  iNDËPENDAMTE.  411 

et  à  boire,  avec  accompagnement  de  chanls  nasillards,  de 
bruit  de  tambour  et  qiielquefoîs  de  coups  de  fusil* 

Ces  danses,  —  j*en  excepte  celle  des  mankaques  pendant 
les  palavres,  parce  qu'elles  ont  un  caractère  absolument  par- 
ticulier, —  consistent  en  mouvements  ou  contorsions  de  la 
partie  supérieure  du  corps,  souvent  lascifs  jusqu^à  l'indé- 
cence,  tandis  que  la  partie  inférieure,  contrairement  à  ce 
qui  se  passe  en  Europe,  demeure  immobile.  Les  indigènes 
paraissent  trouver  dans  ce  genre  de  danse  un  plaisir  sans 
égal  ;  ils  s*y  livrent  avec  frénésie  et  y  trouvent  une  véritable 
ivresse. 

Les  coutumes  observées  dans  les  enterrements  varient 
un  peu,  suivant  le  pays,  la  classe  et  le  rang  du  défunt.  A 
Cabinda,  par  exemple,  le  mort  s'il  est  de  quelque  impor- 
tance, n'est  enterré  que  longtemps  après  son  décès  ;  à  San 
Antonio,  il  ne  Test  guère  que  deux  mois  après.  En  général, 
dans  ce  cas,  ïe  corps  est  tassé  tant  bien  que  mal  dans  une 
caisse  à  fusil  d'importation  européenne,  puis  roulé  dans  une 
série  de  pièces  d'étoffe  au  point  d'en  faire  une  masse  qui 
cube  plusieurs  mètres.  Cet  enroulement  se  fklt  en  plusieurs 
fois  et  chaque  fois  est  l'occasion  de  danses,  de  libations  et 
de  contributions  levées  non  seulement  sur  les  indigènes, 
mais  aussi  sur  les  résidents  blancs  du  voisinage. 

Dans  certaines  régions,  le  mort  ne  saurait  être  inhumé 
sans  avoir  au  complet  ses  ongles  et  ses  dents  ;  à  Ambrizette 
oîi  la  chaussure  est  interdite  aux  vivants,  on  a  Thabitude  de 
mettre  des  souliers  ou  des  chaussettes  aux  morts. 

Ces  hommages  suprêmes  sont  dus  à  la  croyance  dans  la 
survivance  de  l'esprit  de  vîe  et  à  sa  puissance  surnaturelle 
sur  le  monde  qu'il  a  quitté.  On  peut  y  voir  une  Vague  notion 
âe  l'immortalité  de  l'âme,  que  les  gangas,  dans  Tintérôt  de 
leur  casuel,  se  gardent  bien  de  contredire. 

Pour  les  naissances  et  les  mariages  les  réjouissances  sont 
plus  courtes  et  l'objet  de  moins  de  libations.  La  cause  en 
est  à  l'absence  de  toute  contribution  pour  en  faire  les  frais 


412  LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

qui,  incombant  alors  entièremenl  aux  plus  directement  in- 
téressés, sont  nécessairement  proportionnés  à  leurs  moyens. 

Les  chants  des  noirs,  au  cours  de  ces  fêles,  sont  généra- 
lement d'un  rhytme  très  doux.  La  langue,  d'ailleurs,  le 
fiott,  n'est  point  gutturale,  ainsi  que  le  démontre  l'abon- 
dance des  voyelles  dans  les  exemples  suiyants,que  je  donne 
en  transcrivant  exactement  en  français  la  prononciation 
indigène. 

Que  dis-tu?  Kousili  touba?  —  Où  vas-tu?  Kousili 
kouanda  ?  —  Père,  tatè,  —  Mère,  mamè.  —  Homme,6atata. 

—  Femme,  batcheute. — Pain,  djimbolo,  —  Poule,  n'zousou. 

—  Nourriture,  bilia.  —  Bon,  m*bolt.  —  Mauvais,  m'bi.  — 
Feu,  baz  ou  touya.  —  Apporte,  loila.  —  Va,  n'doco.  — 
Viens,  onisa.  —  Va-t-en  (avec  mépris),  votoula  ou  katouba. 

Je  citerai  la  phrase  prononcée  par  tous  les  assistants 
pour  marquer  la  fin  d'une  palavre  :  5  bôbô,  a  piuf  à  bb'blf  à 
pià  I  Comme  l'indique  l'accentuation,  à  la  répétition  toutes 
les  voyelles  sont  brèves. 

Je  citerai  enfin  les  trois  premiers  vers  d'une  chanson  que 
les  femmes  entonnent  fréquemment  au  retour  du  maître  au 
chimbèque  : 

Ta  te  moudcke  Le  père  est  arrivé! 

Tekelek  tate  mazia  !  Donnez  de  l'eau  au  père  ! 

Badanz  bich  moamba  !  Le  canard  est  prêt  pour  la  nioamba  ! 

Dans  cette  chanson  le  ton  est  très  aspiré  et  marque  l'é- 
motion que  doit  éprouver  le  chanteur. 

Avant  les  mots  Vm  et  Vn  indiquent  l'aspiration  de  la  con- 
sonne initiale  qui  suit;  ainsi  on  ne  doit  dire  ni  60 ma  ni 
enboma^  mais  il  faut  articuler  faiblement  l'n,  et  observer  un 
tout  petit  temps  avant  de  prononcer  borna.  Le  plus  souvent 
les  voyelles  finales  a  et  0  sont  muettes. 

Un  mot  encore  sur  cette  langue  qui,  je  l'ai  dit,  n'a  pas 
d'écriture  ;  les  noirs  semblent  ne  la  posséder  qu'à  regret. 
J'ai  entendu,  en  effet,  certains  d'entre  eux  dire  avec  un  air 


LA.  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  413 

particulier  qu'ils  enviaient  la  sagesse  du  gorille  de  savoir  se 
taire  pour  n'être  point  obligés  de  travailler. 

En  résumé,  les  mœurs  du  Congo,  comparées  à  celles  du 
Dahomey  et  de  beaucoup  d'autres  contrées  africaines,  sont 
généralement  douces.  Ici  pas  de  sacrifices  humains,  pas 
d'anthropophages,  à  moins  qu'on  ne  pénètre  assez  loin  au 
nord-est  ou  fort  au  sud;  la  barbarie  avec  son  horreur  ne  se 
révèle  que  dans  la  dernière  phase  des  exécutions  dont  j'ai 
parlé,  et  lors  de  certaines  exaspérations  populaires,  lesquel- 
les ne  peuvent  être  maîtrisées  nulle  part,  pas  môme  parmi 
les  races  blanches.  Celles-ci,  malgré  leur  civilisation,  se 
sont  souvent  souillées  d'atrocités  que  ces  peuplades  sau- 
vages n'auraient  pas  imaginées. 

Leurs  guerres,  il  faut  le  dire,  n'ont  pas  la  férocité  des 
nôtres;  là,  pas  d'armes  aussi  meurtrières,  pas  d'hécatombes 
gigantesques  ;  une  guerre  de  huit  jours  est  une  grande 
guerre;  elle  est  réputée  terrible  lorsqu'il  y  a  eu  deux  ou 
trois  morls.  Il  est  vrai  que  les  armées  ne  sont  pas  considé- 
rables, et  que  le  système  de  combattre  ou  la  stratégie  en 
usage  prête  peu  à  des  massacres.  Ainsi  à  Binda,  pendant 
que  je  m'y  trouvais,  à  la  suite  de  difficultés  survenues  entre 
le  prince  de  Binda  et  l'un  de  ses  voisins,  la  guerre  ayant  été 
déclarée,  chacun  mit  sur  pied  le  nombre  d'hommes  dont  il 
put  disposer,  réunit  tous  les  alliés  possibles  et  entra  en 
campagne.  L'objectif  de  chacune  des  armées  était  des  villa- 
ges à  prendre,  piller  et  brûler.  Or  les  bandes  sortaient  de 
leurs  positions  le  matin  de  7  à  8  heures,  cherchant  autant  à 
se  surprendre  les  unes  les  autres,  qu'à  éviter  les  surprises, 
et  suivant  une  tactique  qui  se  rapproche  de  notre  déploie- 
ment en  tirailleurs  ;  lorsqu'il  y  avait  rencontre,  la  prudence 
des  deux  côtés  devenait  extrême,  chacun  s'efforçant  de  dé- 
couvrir un  ennemi  isolé  pour  tirer  sur  lui,  à  l'abri  d'une 
roche  ou  d'un  arbre,  un  coup  de  fusil  plus  ou  moins  ajusté; 
on  se  repliait  ensuite  au  plus  vite,  en  se  dissimulant  de  son 
mieux  pour  éviter  la  riposte,  et  recharger  son  arme.  Le 


444  l'A  GUINÉ6  MÉUIDIONALC:  INDÉPENDANTE. 

succès  de  la  bataille  était  généralement  dû  plutôt  aux  dis- 
positions plus  ou  moins  hardies  d'un  des  deux  partis,  qu'aux 
pertes  éprouvées.  Un  on-dit  quelconque,  tel  par  exempte  que 
ravis  d'un  renfort  reçu  par  Tennemi  ou  d'une  défection  dans 
ses  rang8>  déterminait  un  mouvement  en  arrière  ou  en  avant  \ 
à  4  heures  du  soir,  quelle  qu'eût  été  la  journée,  des  coups  de 
trompe  annonçaient  une  suspension  des  hostilités^  il  en 
était  de  môme  au  lever  du  soleil  pour  la  reprise.  Cette  situa- 
tion,en  se  prolongeant,  nous  devenait  préjudiciable  par  suite 
de  la  cessation  des  affaires  ;  le  prince  de  Binda,  dont  notre 
factorerie  dépendait,  '  paraissait  assez  démoralisé,  il  avait 
quelques  blessés  et  les  femmes  abandonnaient  le  village; 
nous  nous  résolûmes  donc,  pour  en  finir,  i(  envoyer  nos 
croumans  en  reconnaissance  avec  ordre  de  faire  siffler 
quelques  balles  aux  oreilles  de  l'ennemi  :  l'effet  fut  magi^^ 
que,  le  soir  même  un  parlementaire  vint  nous  assurer  qu'on 
respecterait  le  comptoir  et  le  village  de  Binda,  La  prince, 
fort  de  notre  appui,  ne  tarda  pas  à  obtenir  un  traité  de  paix 
peu  désavantageux. 

Cette  guerre  a  passé,  dans  le  pays,  pour  une  grande  guerre, 
Parfois  cependant  la  lutte  est  plus  sérieuse  ;  lorsqu'elle  est 
provoquée  des  pensées  de  vengeance  ou  de  représailles 
contre  les  réisidents  européens,  et  qu'aucun  intérêt  com* 
mercial  n'est  engagé,  comme  cela  était  à  Binda»  il  faut  plus 
que  le  bruit  des  balles  pour  en  obtenir  la  fin.  Je  citerai  les 
différentes  guerres  qui  eurent  lieu  à  Landana  et  h  N'Livoula 
où  les  noirs  furent  battus  par  nousj  au  Massabé  où  ils 
furent  victorieux,  et  le  combat  de  la  Fannyt  vapeur  français 
poursuivi  dans  les  passes  du  Cbiloango.  J'aurai  l'occasion 
plus  bas  de  revenir  sur  les  événements  de  Landana,  mais 
dès  à  présent  je  dois  rappeler  l'affaire  de  la  Fanny^  sans 
entrer  toutefois  dans  le  détail  des  faits  qui  en  furent 
cause. 

Le  vapeur  redescendait  de  la  factorerie  de  Chiumai  quand 


LA.  GUIIiÉE  HÊaiDIONil^E  INI^ÉPEîIDÀNTE;.  415 

il  fut  attaqué,  aux  environs  d'Insono,  par  des  noirs  très  nom- 
breux courant  parmi  les  palétuviers  qui  les  abritaient  ;  des 
deux  rives  partit  une  fusillade  très  nourrie,  H  y  avait  h 
bord  quatre  agents  blancs,  vingt  indigènes,  avec  une  assez 
grande  quantité  de  marchandises  et  des  moutons.  Le  per^ 
sonnel  répondit  vigoureusement  avec  ses  fusils  et  deux  pe- 
tites pièces  d'artillerie,  mais  sans  eifet  au  moins  apparent, 
car  la  poursuite  dur9,  aussi  vive,  pendant  trois  heures^  Près 
d'un  point  appelé  Tenda,  les  noirs  avaient  disposé  un  bar* 
rage  en  cordes  de  lianes  que,  par  bonheur,  le  vapeur  put 
rompre,  non  sans  avoir  fait  une  embardée  qui  le  jeta  sur 
les  palétuviers  contre  lesquels  il  broya  des  pirogues  amar-» 
rées  à  son  bord  ;  le  combat  ne  cessa  qu'à  la  hauteur  d'un 
endroit  nommé  N'tetche  :  les  voiles,  bien  que  serrées, 
étaient  déchiquetées  par  les  balles,  les  pavois  percés  de 
millQ  trous,  les  moutons  tués  ou  mutilés,  12  noirs  blessés 
dont  quelques-uns  très  grièvement;  les  blancs  seuls  avaient 
échappé  comme  par  miracle. 

Il  a  été  impossible  de  savoir  si,  parmi  les  assaillants,  beau*» 
coup  avaient  été  blessés  :  on  n'en  vit  qu'un  tomber  du 
haut  du  palétuvier  oti  il  s'était  embusqué.  À  peine  pouvait-" 
on  distinguer  l'ennemi  au  milieu  des  lianes  et  des  herbes  ^ 
il  fallait  tirer  en  quelque  sorte  au  juger  et  guidé  seulement 
par  la  fumée  du  coup  de  feu. 

Les  blancs  brûlèrent  dans  ce  combat  plus  de  700  carton* 
ches  Snider,  20  à  25  boîtes  à  mitraille;  quant  aux  coups  d^ 

fusil  de  l'équipage  noir  on  ne  saurait  les  compter* 

Dépités  de  n'avoir  pu  prendre  le  vapeur,  les  bandes  indi- 
gènes coupèrent  au  court  immédiatemeat  après  N'tetche, 
pour  aller  attaquer  la  mission  catholique  établie  k  L^ndana 
aux  avant*po8tes  des  factoreries  ;  ils  pensaient  sans  doute  la 
trouver  sans  défense,  mais  rudement  accueillis,  ils  battirent 
en  retraite  au  plus  vite. 

C'est  (me  des  affaires  les  plus  meurtrières  dont  j'aie  eu 
connaissance  au  Congo, 


416  LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

Cette  partie  de  la  côte  d'Afrique  est  restée  en  quelque  sorte 
vierge  d'explorations  sérieuses;  la  science  n'est  parvenue  à  en 
posséder  que  des  notions  géographiques  et  ethnographiques 
très  incomplètes  et  très  vagues  ;  elle  les  doit  moins  à  des 
recherches  spéciales,  qu'à  des  révélations  du  commerce 
qui,  sans  en  avoir  conscience  peut-être,  a  seul  jusqu'ici 
soulevé  un  coin  du  voile  derrière  lequel  ces  contrées  sont 
encore  cachées  aux  regards.  Aujourd'hui  encore,  c'est  au 
commerce,  si  conforme  aux  mœurs,  aux  goûls,  à  l'aptitude 
de  ces  pays,  qu'il  convient,  selon  moi,  de  demander  des 
moyens  de  pénétrer  dans  l'intérieur,  de  l'étudier  et  de  le 
connaître.  Ce  fut  lui,  d'ailleurs,  qui  présida  aux  premières 
relations  européennes  avec  la  côte,  sous  une  forme  qui  nous 
paraît  sans  doute  barbare,  mais  qui  trouvait  sa  sanction  dans 
les  coutumes  du  nègre.  J'ai  nommé  la  traite,  et  je  n'éton- 
nerai peut-être  tout  le  monde  en  disant  que  l'abolition  de 
ce  trafic  cause  un  vif  mécontentement  parmi  les  noirs;  peu 
s'en  est  fallu  que,  par  suite,  toutes  relations  ne  fussent 
interrompues  :  c'était  un  commerce  si  facile  que  le  com- 
merce de  la  chair  humaine  l  et  celui  qu'on  allait  lui  substi- 
tuer était  relativement  si  pénible  !  l'esclave  s'élève  tout 
seul,  se  transporte  tout  seul  au  point  de  traite.  Quelle 
différence  avec  les  marchandises,  qu'il  allait  falloir  récolter 
et  transporter!  L'énergie,  l'audace  même  de  certains  Euro- 
péens vint  cependant  heureusement  à  bout  de  celte  répu- 
gnance. 

Ce  serait  une  grande  erreur  de  se  figurer  que  l'établisse- 
ment d'un  comptoir  dans  ces  parages,  où  semble  ne  devoir 
exister  ni  douanes,  ni  impôts,  sôit  chose  facile.  Au  temps 
de  la  traite  même,  on  ne  pouvait  construire  les  baracons 
où  devait  s*entasser,  dans  l'attente  d'un  négrier,  la  denrée 
des  marchands  d'esclaves,  sans  avoir  débattu  au  préalable 
certaines  redevances  avec  les  princes  ou  chefs  dont  dé- 
pendait le  territoire.  Les  mêmes  usages  existent  mainte- 
nant :  rintérèt  du  commerçant  européen,  la  nécessité 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  417 

d'assurer  la  sécurité  de  son  comptoir  les  a  perpétués.  Mais 
le  mode  de  perception  et  la  valeur  des  redevances  ou  impôts, 
le  nombre  de  rois,  seigneurs,  gangas,  dont  on  sera  tribu- 
taire sont  choses  variables  et  pourtant  indispensables  à 
connaître  avec  exactitude.  Quel  nouveau  venu  pourra  savoir 
à  Favance  le  rendement  du  poste  qu'il  veut  fonder,  le  nombre 
des  propriétaires  avec  lesquels  il  doit  traiter  de  la  conces- 
sion? L'avenir  de  son  entreprise  dépend  cependant  des  con- 
ditions qu'il  se  sera  engagé  à  supporter,  et  Ton  comprend 
aisément  de  quelle  importance  peut  lui  être  une  connais- 
sance précise  ou  tout  au  moins  suffisante  du  pays.  Suivant 
les  endroits,  les  coutumes  (ou  redevances)  se  règlent,  soit 
annuellement,  soit  mensuellement,  soit  encore  par  charge- 
ment de  navire,  et  varient  de  quelques  centaines  à  quel- 
ques milliers  de  francs.   Généralement  débattues  en   pa- 
lavres,    elles   sont   consignées    sur    des    papiers   appelés 
tnoucandas. 

Il  est,  je  crois,  peu  de  pays  oîi  l'engagement  écrit  ait  une 
plus  grande  valeur,  jouisse  de  plus  de  crédit  et  soit  plus 
respecté  qu'il  ne  l'est  dans  ce  pays  où  nulle  écriture  n'existe 
et  n'a  existé,  où  aucun  noir  ne  sait  lire.  Ce  fait,  très  à  la 
louange  des  Européens,  est  dû  à  l'exactitude  qu'ils  ont  tou- 
jours apportée  à  faire  honneur  à  leur  signature. 

La  moucanda  s'emploie  non  seulement  pour  régler  des 
concessions,  mais  aussi  lors  de  contrats  passés  avec  des 
serviteurs,  ou  pour  effectuer  des  payements.  Dans  ce  der- 
nier cas,  assez  fréquent,  on  remet  une  moucanda  au  noir 
avec  qui  l'on  a  traité,  et  cette  pièce  circule,  comme  un 
billet  à  ordre,  de  village  en  village  pour  revenir  un  jour  à 
l'Européen  qui  l'a  souscrite. 

A  la  côte,  où  le  commerce  est  tout  d'échange,  on  ne 
connaît  pas  la  monnaie  fiduciaire  :  pour  y  suppléer  et  sim- 
plifier autant  que  possible  les  opérations,  on  a  imaginé  des 
unités  représentatives  d'échange  dont  l'usage  est  adopté 
dans  le  langage  commercial. 

soc.  DE  GÉOGR.  —  NOVEMBRE  1880.  XX.  —  27 


418  LA  GUIliÉ£  JftÉRIDIGNAIiE  «JD^nRIttANTE . 

Ainsi  à  Ambrizette,  pour  rachat  vde.rîvarœ,  celte  «nité 
représentative  est  le  fusil  :  roffreiloRCsfr'âKpBiine  en  «taàt 
de  fusils  »,  ce  quisous-enleoil  un  |)ia]i;eiiQt6iit-clfeciaé  partie 
réellement  en  fusils,  partie  eabarilsdse  peudneet'en  pièces 
de  tissu,  dans  la  proportion,  par  compensation,  du  double 
des  fusils  offerts;  exemple  :  'pour  30  fusils  le  blanc  ne 
donnera  réellement  (}ue  :  1"*  10  llusils. avec  JOfk^uquets* de  ba- 
guettes de  laiton,  en  toutSO  artieJes;  2**  601)arils  de  pt)udre 
représentés  par  20  barils  en  léalké^et  M  pièces  de  tissu; 
3°  60  pièces  de  tissu  représentées  par  30  fèèces  réelles  et 
30  lots  de  boudaguistes,  ou  objets  de  peu  de  valeur,  telles 
que  cercles  de  balles,  bouteilles  vides,  etc. 

C'est  dans  Testimation  de  l'oifre  4)tte.peut.se  distinguer 
rinteltigence  du  blanc.  En  effet,  l'exemple  ci'^dessus  est 
celui  d'un  payement  tel  que^enoir  peut  l'exiger,  mois  il  est 
possible  qu'il  préfère  être. payé  >d'une  façon  plus  avanta- 
geuse pour  le  blanc,  ainsi  qu'il  demande  moins  de  fusils  en 
réalité,  moins  de  barils  de  .pondre,  plus  de  pièces  de  tissu 
.  et  de  boudaguistes  :  dans  ce  casJe  blanc  aura  intérêt  à  lui 
faire,  en  fusils,  une  offre  plus  considérable;  pour  apprécier 
cet  intérêt  il  faut  savoir  qu'un  fusil  à  pierre  qui  «vaut  parfois 
12  francs,  valeur  d'Europe,  est  représeaté  par  2  pièces  de 
tissu  valant  cbacune  .2  .à  3  francs,  qu'il  y  a  par  conséquent 
bénéfice  à  les  lui  substituer  après  marché  conclu  en  fusils. 
Les  linguistcrs,  habilement  cosuluits,  aident  dans  un  mar- 
ché, soit  qu'ils  éclairent  l'agent .européen^soit  qu'ilsinflueB- 
cent  le  choix  du  noir. 

A  Ambrizette  le  fusil. ne  s'offre  qu'en  échange  d'ivoire; 
pour  les  arachides  l'unité  représentative  est  la  pièce  ée 
tissu  ou  le  nielle  de  matars  (soi^te  ..de  verroterie  de 
Bohême). 

li  n'existe  aucun  système  fixe  denaesope:  chaque  compteir 
a  ses  jauges  propres,  sa  façon  à  lui  de  oaiesuner;  les  uns 
pèsent,  les  autres  cubent.  Chacun  •s'ingénie  à.iroaver  et  em- 
ploie le  mode  qui  paraît  le  mieux  convenir  à  ses  clients. 


LA  aXJmÈE  MÉRmrONAtE  mDÉPENDATïTE.  419 

Le  noir  a,  par  excellence,  rinslinct  du  négoce  ;  il  discute 
ses  prix  avec  une  grande  habileté.  Il  faut  le  voIt,  très  ferfne 
et  en  apparence  indifférent,  soutenir  que  son  sac  "de  coco- 
notes  ou  d'arachides  vaut  son  pesant  d*or;  à  tme  offre  de 
25  fusils,  il  répond  tranquillement  par  uifte  demande  de  50. 
Quand  on  trrrive  à  s'entendre,  quand  il  est  convaincu  quSl 
ne  peut  obtenir  davantage,  s'il  laisse  sa  marchandise,  il 
cherche  encore  à  se  Taire  donner  quelque  objet  à  titre  de 
dédommagement;  parfois  aussi  il  fait  mine  delà  remporter, 
ou  même  il  va  la  vendre  à  un  taux  inférieur  dans  quelque 
autre  maison  souvent  fort  éloignée.  Pensant  inspirer  ainsi  à 
la  maison  avec 'laquelle  il  préférerait  traiter,  la  crainte  de 
ne  plus  faire  d'affaires,  il  espère  la  forcer  à  augmenter  ses 
prix.  Il  lui  coûte  peu  de  faire  15  ou  20  lieues  qui  lui  rap- 
porteront une  bouteille  de  tafia  de  plus  ;  pour  lui,  à  qui 
suffit  ce  que  la  nature  a  pris  soin  de  mettre  à  sa  portée,  la 
marche  comme  le  temps  n'est  rien,  mais  une  bouteille  de 
tafia  est  beaucoup. 

C'est,  à  bien  prendre,  moins  peut-être  un  marchand 
qu'un  insatiable  mendiant,  désirant  tout  ce  qu'il  voit,  tout 
ce  que  vous  avez  ;  il  n'est  humiliation  qu'il  ne  supporte 
pour  Tobtenir,  engagement  qu'il  ne  propose,  promesses 
qu'il  ne  fasse;  cédez  sur  un  point,  il  en  aborde  aussitôt  uti 
autre;  accordez-lui  la  bouteille  supplémentaire  qu'il  con- 
voite, il  en  demande  une  seconde;  devant  un  refus  énergi- 
que, il  déclare  qu'il  se  contentera  de  la  moitié  ;  s'il  l'obtient, 
il  quête  encore  quelques  verres  pour  conserver,  dit-il,  im  bon 
souvenir  de  vous. 

Parfois,  dans  les  factoreries,  on  est  obligé  d'employer  la 
force  pour  expulser  ces  obstinés,  et  je  puis  affirmer  qtre, 
dans  ce  genre  de  négoce,  il  faut  au  blanc  une  énergie  et 
une  patience  à  toute  épreuve. 

Les  produits  qu'on  tire  de  la  côte  occidentale  d'Affrqtrô 
se  limitent  actuélletnent  aux  coconôtes,  aux  arachides,  à 
l'huile  de 'palme,  au  caoutchouc,  à  l'ivoire,  auca'fé,  iiTor- 


420  LA  GUINÉE   MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

seille;  on  peut  y  joindre,  en  moindre  quantité,  de  la  cire, 
de  la  gomme  copal,  du  minerai  de  cuivre  et  de  Técorce 
de  baobab,  très  employée  pour  les  câbles  et  le  papier. 

Ces  produits  ne  se  rencontrent  pas  sur  les  mêmes  points; 
ainsi,  Thuile  de  palme  ne  se  récolte  en  quantilj§  suffisante 
pour  en  faire  commerce  qu'au  nord  du  Congo  et  jusqu'au 
Kouilo  où  déjà  elle  n'a  plus  la  même  consistance. 

Les  arachides  sont,  au  contraire,  un  produit  spécial  à  la 
rive  méridionale  du  fleuve,  sur  laquelle  on  en  trouve  en 
abondance  dans  les  bonnes  années. 

N'Boma,  dont  nous  avons  indiqué  la  situation  sur  les  bords 
du  Zaïre,  réunit  l'huile  de  palme  et  les  arachides,  et  il  s'y 
joint  la  cocoa  mit  ou  amanJe  de  palme  qu'on  trouve 
aussi  particulièrement  dans  le  nord,  comme  l'huile  du 
môme  nom. 

L'ivoire  est  en  grande  quantité,  surtout  à  Ambrizette, 
Kissembo  et  Ambriz;  au  nord  il  n'arrive  que  par  petits  lots, 
dans  les  parages  de  Massabe  et  de  Pointe-Noire. 

Le  caoutchouc  de  bonne  qualité,  coupé  en  petits  mor- 
ceaux, est  assez  abondant  vers  Kissembo  et  Ambriz  :  sur 
un  espace  de  50  lieues  marines  environ,  c'est-à-dire  de  Kis- 
sembo au  Massabe,  il  n'est  pas  exploité,  et,  de  ce  dernier 
point  jusqu'au  Gabon,  celui  que  les  noirs  apportent  n'est 
plus  en  morceaux  mais  en  boules  et  d'une  qualité  très  in- 
férieure à  celle  du  sud. 

Kissembo,  Ambrizetle  et  Ambriz  surtout  reçoivent  le 
café.  L'orseille,  sorte  de  lichen,  est  particulière  à  Ambri- 
zette. Lécorce  de  baobab,  le  minerai  de  cuivre  s'exploitent 
dans  le  sud  ;  enfin  le  copal,  d'un  commerce  irrégulier  et 
peu  important^  est  commun  à  peu  près  à  tous  les  points  de 
la  cftte. 

Les  difi'éronls  produits  naturels  font  l'objet  d'un  trafic 
considérable  actuellement  aux  mains  d'une  vingtaine  de 
maisons  plus  ou  moins  importantes  appartenant  à  diverses 
nations.  Six  d'entre  elles,  deux  françaises,  une  hollandaise. 


LA   GUINÉE  MÉRIDIONALE   INDÉPENDANTE.  421 

une  anglaise  et  deux  portugaises  possèdent  de  nombreux 
comptoirs,  tant  sur  le  littoral  qu'à  Tixitérieur;  les  autres,  la 
plupart  formées  par  de  petites  sociétés  portugaises  ou 
américaines,  n'occupent  chacune  qu'un,  deux  ou  trois 
postes  relativement  insignifiants. 

Les  marchandises  d'importation  se  tirent  presque  exclu- 
sivement d' Angleterre  ;  l'énumération  détaillée  en  serait  un 
peu  longue,  je  l'abrège  : 

Tissus  légers  :  Riscades,  cheks,  coton  Guinée,  mou- 
choirs, indiennes,  draps  laine  rouge  et  bleue,  velours  de 
colon,  etc. 

Liquides  :  Eau-de-vie,  genièvre,  liqueurs  de  qualité  infé- 
rieure. 

Faïences  :  Assiettes,  cuvettes,  pots  à  eau,  etc. 

Verrerie  :  Carafes,  bouteilles,  dames-jeannes,  verres  à 
boire,  etc. 

Coutellerie  :  Machettes,  couteaux  de  table,  poignards,  etc. 

Armes  à  feu  :  Fusils  et  mousquetons  à  pierre. 

Poudre  :  En  barils  de  différentes  dimensions. 

Bijouterie  :  Corail  et  anneaux  d'argent. 

Confection  :  Chemises,  vieux  habits  militaires  et  cos- 
tumes. 

Quincaillerie  :  Cadenas,  serrures,  baguettes  de  laiton. 

Coiffure  :  Chàpediux  de  feutre  et  de  paille,  bonnets  de 
coton  rouges  ou  rayé^. 

Sel  :  Fin  ou  gros,  selon  les  localités. 

Bimbeloterie  :  Articles  dits  de  Paris,  variés  à  l'infini. 

Verroterie  :  Almandrilles,  pipîotis  et  matars.  Ces  déno- 
minations méritent  d'être  expliquées  : 

Les  almandrilles  sont  de  petites  olives  de  porcelaine  avec 
dessins  de  couleur;  les  pipiotis  sont  des  cylindres  de  porce- 
laine recouverts  d'un  émail  brun  ;  enfin  les  matars  sont  des 
morceaux  de  tubes  de  verre  bleu  à  facettes.  Ces  diverses  ver- 
roteries sont  toutes  percées  dans  leur  longueur;  elles  s'em- 
ploient comme  ornements  :  le   matar  toutefois  sert  de 


monnaie  dans  certaines  localités,  par  exemple  à  Ambrizeite» 
pour  l'achat  des  vivres  ;  ainsi  uue  poule  se  vend  mille  ma- 
tars,  etc.  Pour  faciliter  le  comptage  des  matars  ils  sont  gé- 
néralement enfilés  par  série  de  cenl. 

Tel  est  Tapcrçu  sommaire  des  marchandises  d'impor- 
tation. 

Lorsque  les  amandes,  l'huile  de  palme»  les  arachides  don- 
nent de  bonnes  récoltes,  le  commerce  de  ces  denrées,  joint 
à  celui  des  autres  i)roduils,  amène  dans  une  saison  à  la 
côte  près  de  quarauœ  navires  de  400  à  500  tonneaux  char- 
geant environ  15  à  18  mille  tonnes  pour  les  différents  ports 
d'Europe  :  Marseille,  le  Havre,  Liverpool,  Rotterdam,  Ham- 
bourg, entrepôts  principaux  des  denrées  africaines. 

Ce  chiffre,  évidemment,  n'est  pas  le  même  pour  chaque 
année,  et  différentes  causes  peuvent  le  modifier;  la  séche- 
resse est  l'une  des  principales,  mais  d'autres  productions 
plus  abondantes  peuvent  alors  relever  les  affaires  :  ainsi, 
dans  les  dernières  années,  au  sud,  le  caoutchouc,  d'une,  ré- 
colte plus  facile  que  celle  des  arachides,  et  d'un  rapport  plus 
considérable  en  raison  de  sa  valeur  et  de  son  abondance,  a 
paru  séduire  les  noirs  au  point  de  faire  craindra  que 
les  arachides;  et,  au  nord,  les  produits  du  palmier,  ne 
fussent  mis  de  côté. 

La  relation  entre  la  production  du  pays  et  le^  besoûofi.du 
commerce  règle  naturellement,  comaie  sur  tous  les  mar- 
chés, les  cours  de  rechange. 

11  u'existe  aucune  bête  de  somme  ou  de  trait  dans  la  co&- 
trée;  pour  les  marchandiîôs,  aussi  bien  que  pour  les  Yoya* 
geurs,  les  seuls  moyens^de  transport  sont  Thomma.  (i^our  la 
Yoie  de  terre,  les  pirogues,  pour  la  voie  d^eau. 

Le  sol  des  seoliers  toujours  étroits,  creusé  en  sorte  de  V 
par  l'habitude  c^^ont  les  noirs  de  marcher  en  posant  les 
pieds  successivement  sur  une  même  ligue  sans. déviation», 
est  presque  impra^ticiible  aux  blan;:s;  ceux-ci  font  leurs 


LA. .  GUlKÉffil  MÉRtBWWftEE   iNBÉÏWKDAKTTr:  423  ' 

voyag^^daitt  un  bJBcnaci  appelé  tipoï,  snspeirdrt  par  des  a'- 
guilleadfiToire  aw  de  bow,,  suivant  la  richesse  du^voyageur, 
aux  exirémitéâ  d^un  long  baiwhou'(ott  branctne  de  palmier 
rotanig)  for tl léger,. dont  é^ux  noirs  poptenrt  lés  bouts  alter- 
nativeflAenfc  sur  les  épao^^^et  sar  la  tète. 

L&  Gkiihoangd^  Ie9«rrvièr9s  du  Massatie,  le  Konilo,  sans 
parlée  dm  GongO'^  parooopci  par  plusieurs' vapeurs;  sont  sil- 
IcuQQés,  à'irépo9ii&'deS"affa4Te8>  par  de  nombreuses  pirogues 
chaifigées  de. produits  destinés  aux  facto reriBS  riveraines. 

Mokoul,  Amt^rfsetite,  Mouss-era,  à  certains  moments, 
soAt  eoieonibréM'  dé  carai^anes  quelquefois  considérables 
ayant  des  araofaidës,>  de  l'ivoire,  du  caoutchouc,  du  café. 

NŒonsfiiy.Nesseuea,.  Noki,  reçoivent'à.  lafôis  des  produits 
par  eâU!e(<pap  terrev. 

Les-  pirogu^îs-  de  voyage-  cofïvewaMemfent  armées,  ayant 
quelquefois  12  à  14  pagayeurs,  font,  sur  le  Chilôango,  par 
exemple,,  de  5>ài6'mîUes«à  Thlewre;  taBfdis-que  le  transport 
eBL  hamac,  avec  die  bons  portewrs,  ne  s'exécute  qu'à' 
raison  de  3  à  4  milles  *,  la  vitesse  varie  selon  la  nature-  et  là 
longueur  de  la  roole  à  parcourir. 

Qn  p«ut  être 'étonné  deila-résistamoeties'  noirs  à  ce  genre 
diafaitigue,  car  ib^soutiennentsans' arrêt  5^  à'6  heures  de  nage 
et  10  heures  de  marché*. 

Une  lignede  vapeurs anghais  partant' de Liverpool-dèss^îrl 
Biintne;  unelipie  porttpgaise;  qui  part^  de^Lâs^boime  pour 
l'Angola  et:  le  Benguélai  toucHe  à'Ambrix;  ce  sont  ces  ba- 
teaux qui  enlèvent  la  presq^ie*  tbtâlilé  dès  prod'uits 
riches-:  ivoire,,  cscoivlietrouc;  café;  les' marchandises  en- 
combrantes :.coaoar  nul»,-  arathidèysont*  transportées  par  les 
nftvir«9Siài;\i«nleeit' 

^a  doift^  difie!  (|fjaiqiie»inot&  des dëotlEtives  d^èxplèralibn 
dirigées  vef»  œs. pwagesi.P&ndàn^Jroon» séjoiip,  jîai» été  té^- 
ni0i-ni.d«i  ceUcB-dea  AiJbmandb*  d^iû-  {&&>.  volés  avuien%  été 
pEépiftf)é6«paD'k.dKi(rtBUV  R{S6iianv  EJffies^fupcfnt  confiaiics  par- 


424  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

les  docteurs  Giissfeldt,  Falkenstein,  Peschuel  et  autres,  avec 
qui  j'ai  eu,  à  Landana,  des  rapports  dont  j'ai  gardé  les 
meilleurs  souvenirs.  Ils  avaient  l'intention  de  pénétrer  dans 
l'intérieur,  surtout  par  le  Kouilo.  Si  ce  projet  avorta,  la 
cause  me  paraît  en  avoir  été  autant  dans  la  fourberie  de 
certains  résidents  que  dans  la  répugnance  très  intéressée 
des  indigènes  du  littoral  à  laisser  des  blancs  s'avancer  dans 
les  terres  ;  ceux-ci,  pensent-ils,  pourraient  indiquer  le  che- 
min à  suivre  pour  exploiter  directement  les  richesses  dont 
les  noirs  se  considèrent  comme  les  courtiers  privilégiés. 

Les  frères  Grandy,  également  partis  d'Ambriz,  échouèrent 
aux  environs  de  San  Salvador,  par  suite  de  l'opposition  qu'ils 
rencontrèrent  de  la  part  des  indigènes,  et,  dit-on,  de  diffé- 
rends qui  surgirent  entre  eux  :  leur  expédition,  bien  orga- 
nisée, était  composée  de  noirs  d'escorte  tirés  de  la  Guinée 
septentrionale. 

A  côté  de  ces  tentatives  dont  le  but  était  purement  scien- 
tifique, se  placent  les  expéditions  militaires  provoquées  par 
des  représailles  à  exercer  contre  les  indigènes. 

C'est  le  caractère  de  celle  du  commodore  Herwet,  com- 
mandant la  station  anglaise  du  Cap  :  il  s'agissait  d'inspirer 
aux  noirs  une  crainte  salutaire  du  pavillon  anglais  qu'ils 
avaient  violé,  à  l'occasion  de  l'échouage  dans  le  Congo  de 
la  Géraldine;  ils  l'avaient  insulté  aussi,  en  la  personne  du 
consul  anglais,  à  Loanda,  le  capitaine  Hopkins^  qui  avait 
voulu  leur  faire  des  remontrances  au  sujet  de  leur  acte  de 
piraterie  dans  cette  circonstance. 

L'ignorance  des  choses  du  pays  rendit  celte  tentative  inu- 
tile. Voici  d'ailleurs  le  récit  de  ce  qui  s'est  passé  : 

La  Géraldine,  à  destination  d'une^  maison  anglaise  de 
Ponta  de  Lenha,  s'étant  échouée  par  le  travers  de  Malela, 
avait  été  abandonnée  par  l'équipage  à  la  garde  de  quatre 
croumans  (noirs  de  la  côte  de  Crou)  en  vue,  je  veux  le  sup- 
poser, d'un  sauvetage  ultérieur  s'il  était  possible.  Les  indi- 
gènes, suivant  leurs  coutumes,  considérant  alors  le  navire 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  4:25 

comme  épave,  en  massacrèrent  les  quatre  gardiens  qui 
avaient  tenté,  dit-on,  de  résister.  Les  croiseurs  anglais,  qui 
s'éloignent  peu  de  la  bouche  du  Zaïre,  apprirent  le  fail, 
et  le  consul  de  Loanda  crut  devoir  se  fendre  à  Porto 
da  Lenha  pour  demander  réparation,  mais  il  dut  se  retirer 
devant  un  accueil  des  moins  flatteurs. 

Quelques  mois  après  apparaissait  à  rentrée  du  Congo 
Tescadre  du  Cap,  composée  de  6  navires  ;  VActif^  fré- 
gate portant  le  pavillon  du  commodore  Herwet,  le  Foam, 
le  Signett,  etc.,  amenant  un  nombre  considérable  de  cha- 
loupes canonnières. 

Notification  fut  faite  aux  diverses  maisons  résidentes  de 
la  déclaration  de  guerre,  qui,  bien  entendu,  ne  put  être 
transmise  à  aucune  autorité  indigène,  et,  plusieurs  jours 
après,  les  opérations  commencèrent.  La  frégate  remontant 
le  fleuve  aussi  haut  que  le  lui  permettait  son  tirant  d'eau, 
mouilla  à  Tîle  aux  Bœufs;  les  avisos  s'avancèrent  jusqu'à 
Porto  da  Lenha,  et  même  au  delà,  tandis  que  les  canon- 
nières parcouraient  les  innombrables  bras  du  fleuve.  Mais 
il  fut  impossible  de  rencontrer  l'ennemi  en  face  ;  on  dut  se 
contenter  de  brûler  quelques  huttes  de  paille  abandonnées 
ainsi  que  des  pirogues  et  de  bombarder  des  forêts  inextri- 
cables qu'on  se  figurait  occupées  ;  les  populations  des  îles 
s'étaient  en  partie  repliées  au  loin,  quelques-unes  vers  la 
Pierre  du  Fétiche,  suivant  en  cela  l'exemple  d'un  des  plus 
importants  d'entre  leurs  chefs,  Manoël  Vacca,  que  je 
nomme  en  passant.  Autrefois,  grand  chef  de  la  piraterie  au 
Congo,  il  avait  été  fait  prisonnier;  livré  aux  Anglais,  il  avait 
été  interné  par  eux  à  Sainte-Hélène  et  libéré  depuis  peu  ; 
mais  si  bien  traité  qu'il  eut  pu  être  pendant  sa  captivité,  il 
avait  gardé  aux  Anglais  une  haine  profonde,  en  même  temps 
qu'il  avait  appris  comment  il  devait  agir  contre  eux  une  fois 
rentré  parmi  ses  compatriotes. 

.L'expédition  du  commodore  Herwet,  sans  connaissance 
suffisante  du  pays,  de  la  position  des  villages  à  bombarder. 


426  LA  GUIilÊe  iteUMCMIALE  imÉssmASTE. 

des  étroits  sentiers  qui  poavAÎent  y  conduire,  DefiottBcniK- 
ver  des  guides  iadigèneât  ;  d'aulrfe  pari  lesr  résides*»  anma» 
qui  auraient  pu.  lui  êAre  de  quelque  utiiité,  sacfaanl  hieii 
qu'eu  prêtant  leur  concours  à  une  ca»pagoe  sans^lende-*- 
mau,  ils  se.  trouveraient,. an  départ^del'eseadcet^.àâx  merci 
du  ressentiment  des  neùirriâ;  sereerenDèvenb.forcômeot 
dans  la  phis  stricte  neutralité:  certains  mêoie^  ledirai^le! 
se  rangèrent,  au  food^  du; côté  de»  nègres,  coniraiiicuai  qoiik 
étaient,  de  l'inutilité  absolue  de  l'entreprife,  on  aorniserfort 
nuisible  aux  int^êlscomiaerciMia  daas'les  OMdiliQmott 
elle  avait  lieu. 

Pour  obtenir  un;efiet  moral  daa»  ces*  pays^,  il  fiaHit:agir 
trèa  rapidement  et  par  sorpriee^;  il.  faite  fairerdes  prison-* 
niers^  faire,  au  besoin^  de»  eoœmpk»  pouirterrifior/.oin  blo- 
quer, et  occuper  pendant,  len^empsi  Autcemenlaveo  la  fii^- 
cîlité  qu^oB4  lespepulaHicwft  de  se^q^lacee  aTenienrmifice; 
bagage,  il  leurcoûte  fort.pea  deise^érober  poartneienir  dàe? 
qu  oa  esUparXi*  Gonnaent  compter  sur  l'aij^pui.desréaidentsi 
qui,  à  raètue  d'appréeier' cet  éèait.de  cboac^^.  savent. lef^pflnr. 
d'efficacité  des  défiionstratione  à.caiftps  de  OBOeir^  équiva- 
lant^ pour  les  noirs^  à»descâiips'decano»)à:.peudre'?; 

Assurémeitty  l'affaiire  de  kb  GércMin».  eAti  pw.se;  reper- 
des! réoboua^B  aui  moyeu  d'uA'  pale^vre/.  qui  e4t  eoûÈé  cbec 
peutrêlre,  mais  eàt^  évité  oePtliinemeDt.le'pilla^!dttbâtitBeUt' 
et  le  raassaere  des^  cpotunana  ;  j^;  disr  «  cher  », . pancer  qu'èsk" 
eôle  lË:droèt  d2épa^neesiLd'uD)usAge»ab$oki.  lie; temps  n'est 
pas  si  éloigné.'OÙ.ce'dl?oit  était  eniYigueurobd2i>neiH&4.eÉrâi. 
nous  reconnaissoB6'la  barbacie  de  oel6e;  covtuime^;  avomttft 
que.  le  canon  est!  un  >  tristeii  arguis«nit  poun  la  fateerdiftr* 
p{u*âitrei 

Le;  fait,  suivant  praisva  comJbôeni  ndL  fut/  le:  réèuUat  de: 
l'espédiUon  dlngéepur^letoommimideait Her^Mek  A.qp^elqpier 
temps  de  là,  au  mouillage  même- destOBoiseHrftiaAglkiSfà'. 
la»  pointe  SharJv,.  uae  grande:  gol^tor  amérûminer  m«kiu|»aut 
à  gouverner?  se.  miil  an.  pleto^  lefri  Moufisei^eiigoes  riv«raiBe> 


LA  GJ[J2NÉ£L  MÉRimONAJ«£  INDÉPENDANTE.  427 

râbordërent»  jetèreat  à  reaaleoapitaixie,^,qui  put  s&sauver 
par  miracle,  expédièrent  l-équipagadaiiSr.  le  oarmt  et  piU 
lèreut  le  najf^ke  absolumeut  comme,  si^uoe.  rèpressioa,  de. 
pareils  aotes^ae  se. fût; jamais  produite. 

Je  citerai  encore  une  expédition  .militaire,.  &otrepriaey 
celle-ci,  par  la  marine  française.  On  y  verra. l'imppFlaiice<  du 
mode  d'opératlonsr  contoe  les  noirs^  qpand  il  faut  en  vieniir 
à  un.e  manifestation*  Kexpédiiiûnr conduite  pâr>ramiral  Hi- 
bourt  plus  énergiqaement  et.  avec  une  politique  mieux; 
adaptée  aux. exigences  du  pays  a  obknu.un  résultai  trësn 
positif  qui  démontre  la  valeur  de&  moyens.  Qm^jé^ 

C'était  à  la' suite  de  l'attaque  dont  nous  avons,  pacié^. du., 
navire  Fanny,  La frégat&la  Vénus  et  le.Diamant,  comman4a»L ' 
Guntaloub,.  coopéiraieat:à»ceUe  expédition  :  en  tnois^jours) 
débarq^ieoieat  avec  ai^tillarie,^  occupation  mililairet  de  Lan-»* 
daua  et  environs,  boa^cdementd^Ghkomlio  d'où,  les  noirs^ 
n'avaient  pas  eu  le  temps  de  se  retirer,  marche  surTenda^ 
blocus  commerçai, .  concussion  imposée  d'un  plus  grand 
territoir,e.  à.  la  nûssicin  françaisa  de  LaQdanii<  et  signature 
d'un  traité  de.paix,garânti  par  des.otage&^. Depuis  lors^  les 
indigène  des  envifKXo^r  de^  LaHsdaaa.ootfle  plus'gfand.reiar 
p^ctp^unle  i^¥iUan  françfiiâ^. 

C'est  ainsi tjulil  fajutiagix; lorsqu'on. net  vaiitpasrou  qu'on 
ne.peut  pas  og^uperJe  pj^ys. . 

J.ene.m'appesanjdrai^pa^  suTt  cev  fait  da  gMefra^iouiiàfla 
louange  de  noi^officiers  de  marine  et  en.  par^lioiilieir  dollar 
nûraLqui,  le  pLraaûer-  depuis^  cent  ans^  de^ui»  Barnard 
de  Marigiiy,  a  vohIu,  sérieusement  montra'  au»  peufle» 
de  la  côle  dÂiVique  q^  noire  pavillon  s«i.  se.  faira  ros*-- 
pectei*. 

J.'ai  nommé  lu.  missioxi  dt  Landana-.  :.c'est.dcÀ  le»  liM..der 
dire  un  mot  d'uaétahUasaoï&ot  fondé  da»ft.un;^inlérètfciMr 
lisateur.  par  des-roompairiote^  daa»^  ces^  parages  loinlaàai»^  : 
lamission^str3OusJa.direcUo0.dfi.R.  Cli«  Duparquet,  deila- 
coo^é^Uoa.cUu  SaiotrËH'i'Âk  et  du.  Sacré-C^ui-  de  MâJ'ia/. 


428  LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

vice-préfet  apostolique  du  Congo,  et  du  R.  P.  Carrie,  qui, 
pendant  de  longues  années,  avait  étudié  lu  côte  de  Loanda 
au  Gabon.  Ils  m'ont  paru  entrer  dans  la  meilleure  voie  à 
suivre  pour  civiliser  les  indigènes,  si  vraiment  c'est  une 
tâche  réalisable. 

La  mission  a  choisi,  près  de  Landana,  un  vallon  fertile  assez 
étendu  qui  lui  a  été  concédé  par  leMalenda  au  moyen  d'un 
traité,  dans  lequel  je  suis  intervenu,  et  que  celui-ci  a  signé 
de  sa  croix,  à  la  mode  de  nos  anciens  chevaliers,  en  se  por- 
tant fort  pour  tous  les  droits,  impôts  ou  coutumes  qui 
pourraient  être  invoqués  par  d'autres  princes.  Malgré  cette 
garantie  du  Matenda,  les  Pères  ne  durent  qu'à  leur  attitude 
énergique  et  à  notre  appui,  de  faire  reconnaître  par  tous 
les  noirs  la  validité  de  la  concession.  Il  fallut  quelque 
temps  et  toute  l'influence,  l'autorité  même  que  j'étais  par- 
venu à  prendre  dans  le  pays,  pour  obtenir  cette  reconnais- 
sance. 

Ce  ne  fut  pas,  dès  l'origine,  leur  seule  tribulation. 
Il  fut  très  difficile  de  faire  comprendre  aux  indigènes  le 
but  que  la  mission  se  proposait;  quelques-uns  parurent 
bien  entendre  qu'il  s'agissait  d'apprendre  aux  enfants  et 
même  aux  adultes  à  lire  les  moucandas,  mais  n'y  trouvant 
pas  un  grand  intérêt,  ils  s'imaginèrent  que  ce  n'était  que  la 
satisfaction  d'une  manie,  et  peu  de  temps  après  ils  vinrent 
réclamer  le  payement  du  temps  passé  par  les  enfants  à  l'éta- 
blissement. Disons  que  si  un  blanc  soigne  un  noir  malade 
et  le  guérit,  le  malade  sollicitera  un  cadeau,  et  que  s'il 
meurt,  sa  famille  réclamera  une  indemnité  :  dans  cet  ordre 
d'idées  la  soi-disant  manie  d'apprendre  à  lire  aux  enfants 
devait  être  pour  les  indigènes  une  source  de  profit,  et  du 
moment  que  le  prix  du  temps  leur  était  refusé,  les  inten- 
tions des  missionnaires  leur  devenaient  suspectes;  la  su- 
perstition s'en  mêla.  Cette  année  précisément  menaçait 
d'être  d'une  profonde  sécheresse;  l'accusation  d'être  les 
détenteurs  de  la  pluie,  suggérée,  j'en  suis  à  peu  près  sûr, 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE   INDÉPENDANT|i:.  429 

par  des  résidents  portugais  inquiets  de  la  prépondérance 
que  pourrait  nous  valoir  rétablissement  de  la  mission,  ne 
tarda  pas  à  être  portée  contre  les  Pères;  c'était  fort  grave. 
Le  fanatisme  pouvait  ôtre  surexcité  et  devenir  difficile  à 
contenir;  on  ne  parlait  déjà  de  rien  moins  que  de  brûler  la 
maison  et  massacrer  les  missionnaires.  Cependant  on  se 
borna  à  les  sommer  de  partir  :  le  Matenda  devait  venir  en 
personne  exiger  leur  départ;  au  jour  déterminé,  fort  heu- 
reusement ,  il  tomba  une  telle  pluie  que  les  chemins 
devinrent  presque  impraticables,  et  que  les  appréhen- 
sions des  noirs  s'évanouirent  :  la  mission,  comme  par  mi- 
racle, fut  sauvée. 

Je  reviens  à  la  méthode  qu'elle  emploie  pour  arriver  à 
tirer  quelque  chose  de  ces  natures  brutes,  et  qui,  je  le 
répète,  me  paraît  la  meilleure.  Sans  aborder  de  front,  pour 
les  combattre,  des  superstitions  fort  enracinées,  les  Pères 
ont  cherché  à  se  poser  plutôt  en  instructeurs  qu'en  caté- 
chistes; ils  avaient  pensé  tout  d'abord  à  racheter  des 
esclaves  afin  de  les  établir  sur  leur  territoire  dans  des  ca- 
banes, s'engageant  à  pourvoir  à  tous  leurs  besoins  et  à  leur 
concéder  des  terrains  de  culture  facile,  ne  leur  réclamimt 
autre  chose  qu'un  peu  de  travail  et  un  peu  de  conduite.  En 
dépit  de  cetle  libéralité,  tous  ces  afiranchis  avaient  fui  en  peu 
de  temps,  quelques-uns  même  en  dérobant  divers  objets.  Les 
missionnaires  ne  se  découragèrent  pas  :  ces  hommes  qui, 
dans  toutes  les  circonstances  critiques  où  il  m'a  été  donné 
de  les  voir,  ont  montré  un  dévouement  et  une  abnégation 
au-dessus  de  tout  éloge,  virent  une  dernière  chance  de  suc- 
cès dans  le  rachat  des  enfanls  et  cette  méthode  leur  réussit. 

Aujourd'hui  la  mission,  dont  les  con-slructions  se  compo- 
sent d'une  jolie  chapelle,  d'un  presbytère,  d'un  petit  bâtiment 
pour  les  classes  avec  des  dépendances,  occupe  un  vaste  ter- 
rain où  l'on  trouve  de  splendides  plantations  de  manioc, 
arachides,  etc.  Toutes  les  plantes  interlropicales  y  sont 
cultivées,  et  l'on  cherche  à  acclimater  toutes  les  autres.  La 


480  LA  euri^ÉE  nîÉRîercmAtE  indépendante. 

mission  serrible  ainsi,  par  Vexemple,  ouvrir  des  voies  à  l'ave- 
nir de  ces  contrées.'BHe  élè\'e  environ  120  onfanls  indigènes 
qui  partagent  leur  temps  entre  Vétude  et  les  travaux  agri- 
coles ;  tous  ces  enfants  parlent  français  'et  qnelques-uns 
d'entre  eux  possèdent  dé]h  les  connaissances  de  Tinstru'ction 
primaire.  Il  est  intéressant  de  voir  ces  bambins  servir  ou 
chanter  à  la  messe  du  dimanche- comme  ceux  de  nos  vil- 
lages, ou  encore  raanœtivrer  comme  des  isôFdats  pour  ense- 
mencer un  champ  d'arachides.  Avec  'eux  la  mission  a  pu 
planter,  l'an  passé,  30,000  pieds  de  manioc. 

Je  ne  d  oute  donc  pas  que,  servis'  par  de  tels  procédés,  les 
missionnaires,  qui  ont  déjà  parcouru  avec  un  zèle  infatigable 
et  qui  étudient  les  territoires  de  Loango,  N'goyo  et  Sonho, 
ne  parvienrent  avec  le  temps  et  ties  moyens  suffisants  à 
exercer  une  influence  civilisatrice  et  salutaire  sur  ces  popu- 
lations païennes  et  demi-sauvages. 

Dans  ce  qui  précède,  dans  cet  aperçu  rapide  et  sommaire 
qui  effleure  un  vaste  sujet,  je  n'ai  pas  pu  dire  tout  ce  que 
je  sais  du  pays,  tout  ce  que  j'ai  vu,  obsenȎ  ;  j'ai  craint  de 
tomber  dans  des  longueurs.  'Je  terminerai  maintenant  par 
des  considérations,  générales  qui  sont  le  résultat  d'impres- 
sions personnelles  :  sujettes,  assurément,  à  controverse, 
elles  ont  été  mûries  toutefois  par  l'étude  que  permet  tm 
long  séjour. 

N'est-il  pas  extraordinaire  que  des  races,  dont  l'origine 
paraît  remonter  à  la  nîème  date  qiie  twites  les  aulres,^cn 
soient  restées  à  l'état  primitif?  Si  chez  elles, -re  qui  n'est 
pas  prouvé,  quelques  tendances  progressives  se  sont  mani- 
festées à  un  moment  donné,  —  ces  tendances  n'ont  pas 
tardé  'à  être  étoiifl'ées  ? 

Est-ce  au -climat, -est-ce  à  la  faculté  de  troQTer,presqtie 
sans  travail,  l'îiidispensable  à  la  vie  que  ce' fait  doit-être  at- 
tribué? Eàt-ceau  défaut  d'organisation  politique? 

Au  climat? -Mais  les  îndous,  les  Péruviens,  les  Mexicains 


LA^GCIKÉE  irfelDIONAI.E  INDèPBWDATNTE.  431 

.n'ont-ils  pas  eu  leur  civilisation?  A  la  facrlité  de  la  vie'? 
Mais  k  terre,  en  Amérique,  au'x  Indes,  produisait  autant 
jqu -en  Afrique,  pe«it-ètpe  môme  dava^rifeaige.  Au  m»anque  d*or- 
iganisation  politique?  Pourquoi  laie  s^en  sont-ils  pas  créé  mie 
comme  lies  autres  ?  ' 

PouT  moi,  la  situation  tient  là  la  constitution  propre  de 
rindividu,  aai  tempérament  de  sa  race.  Chez  le  noir  point 
d'initiative,  absence  complète  de  la  conception  mélaphy- 
si^opie,  défaut âbflolu'd'iéées  abstraites;  la  partie  cervicate 
qui  mi  ie  siège  de  ees  fonctions  intellectuelles  doit  être 
étroite,  paralysée  i ou  ^atrophiée;  la  couïpréhension  est 
Inerte;  partant  nulle  impression  du  beau,  de  ce  qui  est 
grand ;^nul  amour,  nulle  passion  «utre  qu^  l'instinct  bes- 
tial; nulle  distinction  du  bien  et  du  mal,  si  ce  n'est  celle 
qui  lui  est  imposéepar  la  crainte  du  châtiment,  et  encore! 
AsfSôuvir  ses  appétits^rossiers,. pour  lui  tout  est  là!  Il  ne 
ressent  aucune  satisfaction  d'avoir  fait  le  bien,  aucun 
remords  d'avoir  fait  le  mal. 

Ses  jouissancses  ronsistent  surtout,  ainsi*  que  je  l'ai  déjà 
dit,  à  boire,  manger  et  dormir;  le  sentiment  môme  de  la 
propriété  en  lui  n'est  développé  qu'à  la  façon  dont  il  l'est 
chez  l'enfant  en  bas  âge  qui,  sans  raisonner  la  valeur  de  ce 
qu'il  possède,  y  attache  un  grand  prix  et  qui,  d'un  autre 
côté,  ne  se  fait  pas  scrupule  de  s'approprier  ce  qui  ne  lui 
appartient  pas,  si  l'idée  lui  en  vient.  Il  y  a  cette  différence, 
^ue  le  noir  .est,  je  le  crains,  un  enfant  incorrigible. 

Le  noir  ie  montre  impassible  devant  nos  machines,  nos 
grands  vapeurs.  Je  ne  pense  pas  que  ce  soit  par  fierté 
comme: les;Arâi)es,!et^dit*0!n,' tes  Indiens  :  ilne  faut  attribuer 
^ette. impassibilité  qu'au  manque- d'intelligence;  au  fond,  le 
nègre  Jifisse  nend  aucun  compte  de  oe  qu'il  voit.  A  l'appui 
de  ce  quej'amnce,  voici* d«ux 'faits  :'à  Ambrizette,  m'étant 
rendu  à  bord  de  la  frégate  .lajj0i0H«>i6,i portant  le  pavillon  de 
L'amiral  Bourgois,  les  noirs  de  Téquipage  de  ma  pirogue, 
confiés  à  siQ  tquartier-maître  qui  l^eicrr  fit  visiter  le  navire. 


432  LA   GUIKÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE. 

furent  bien  plus  occupés  du  biscuit  et  des  verres  de  tafia 
qu'il  leur  offrit,  que  des  dimensions,  de  raménagcment  et 
de  Tarmement  du  bâtiment.  Un  autre  jour,  j'eus  Toccasion 
de  faire  voir  à  quelques  indigènes  la  photographie  d'un  de 
mes  amis  porteur  d'une  forte  barbe  et  qu'ils  avaient  connu  : 
ils  me  dirent,  après  Tavoir  retourné  en  tous  sens,  que 
j'avais  en  N'poutou  (Europe)  une  très  jolie  femme! 

D'ordinaire,  quand  on  leur  montre  un  objet  quelconque, 
ils  commencent  par  regarder  et  observer  leur  interlocuteur 
beaucoup  plus  que  l'objet;  ils  cherchent  ainsi  à  surprendre 
son  propre  sentiment,  qu'ils  traduisent,  n'ayant  pas  d'opi- 
nion personnelle,  comme  ces  gens  qui  admirent  un  tableau 
sur  la  foi  des  on-dit.  Au  reste  il  faut  leur  rendre  justice 
par  l'aveu  qu'ils  font  :  «  Ce  qui  est  chose  de  blanc,  disent- 
ilp,  n'est  pas  chose  de  noir.  »  Il  est  même  impossible  de 
leur  faire  croire  qu'il  pourrait  en  être  autrement  ;  supersti- 
tion, incapacité,  entêtement,  tout  s'en  mêle.  C'est  ainsi 
qu'ils  n'ont  jamais  pu  faire  de  puits  dans  leurs  villages  en 
temps  de  sécheresse,  bien  qu'ils  aient  beaucoup  à  souffrir 
du  manque  d'eau,  à  cette  époque,  et  aient  vu  comment  on 
y  remédiait  dans  nos  factoreries. 

Quelques-uns  envoient  leurs  enfants  apprendre  la  langue 
des  blancs  dans  les  comptoirs,  où  ils  servent  comme  mou- 
lègues.  Kst-ce  une  tendance  à  se  rapprocher  de  l'Européen  ? 
Est-ce  quelque  désir  de  progresser?  N'est-ce  pas  plutôt 
pour  apprendre  nos  usages,  dans  le  but  de  connaître  nos  ri- 
chesses, de  nous  espionner,  et  peut-être  de  préparer  des 
vols? 

Cependant  divers  princes  actuels  d'une  certaine  impor- 
tance ont  passé  par  ce  stage  de  la  domesticité,  et  ce  n'a 
pas  été  le  moindre  litre  à  une  certaine  considération  chez 
eux.  Ainsi  le  mumbouk  de  Chiuma  a  été  cuisinier,  le  ntani- 
fum  D'jinn  a  été  simple  moulèque. 

Certains  autres  fils  de  famille  ont  fait  le  voyage  de 
France  ou  de  Hollande,  tel  que  le  iils  du  mafouk  Thomas 


LA  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDÉPENDANTE.  433 

de  Ponta  Negra  qui  est  venu  à  Paris,  où  il  avait  appris  à 
parler  français  et  à  s'habiller  fort  bien  à  l'européenne. 
Malheureusement,  avec  le  retour  au  pays,  le  naturel  re- 
prend vite  le  dessus  ;  il  ne  reste  bientôt  que  certain  vernis 
sous  lequel  se  cachent  des  faussetés  résultant  d'une  édu- 
cation  incomplète;  celle-ci  n'a  laissé  comme  traces  que  les 
notions  nécessaires  pour  distinguer  ce  qui  est  vraiment  mal. 
Revenu  au  chimbèque  natal,  le  noir,  livré  à  tous  ses  instincts 
sans  crainte  d'aucune  répression  imminente,  met  à  leur 
service  ce  qu'il  a  appris. 

Telle  est  la  règle  générale;  elle  n'est  pas  sans  elceptions  ; 
je  citerai,  par  exemple,  à  la  factorerie  hollandaise  de  Mas- 
sabe,  un  indigène  du  pays  même,  appelé.  Tiabo  ;  employé 
comme  agent  subalterne,  il  remplit  ses  fonctions  non  seu- 
lement avec  honnêteté,  mais  encore  avec  intelligence;  dans 
diverses  palavres,  il  a  eu  à  défendre,,  même  contre  ses 
parents,  les  intérêts  de  la  factorerie  et  il  l'a  fait  énergique- 
ment.  ACabinda,  encore,  on  peut  citer  le  capitaine  Ghinio- 
collo,  et  enfin  Marcoël  Puna,  colonel  honoraire  de  l'armée 
portugaise,  qui  a  été  créé  baron  de  Cabinda  par  le  roi  de 
Portugal. 

Ces  exceptions  que  je  suis  heureux  de  pouvoir  signaler, 
sont  trop  rareji  pour  infirmer  le  jugement  ci-dessus. 

Au  début  de  cette  rapide  étude  je  m'étais  imposé  un 
cadre  restreint,  ce  n'est  pas  un  livre  que  j'ai  eu  la  préten- 
tion d'écrire. 

Je  me  suis  efforcé  seulement  de  donner  une  idée  exacte 
quoique  sommaire  de  cette  contrée  encore  trop  inconnue, 
méconnue,  pourrais-je  même  dire.  Je  l'ai  esquissée  au  triple 
point  de  vue  pittoresque,  ethnographique  et  commercial. 
Douée  d'un  climat  relativement  clément,  habitée  par  des 
peuplades  aux  mœurs  douces,  portées  au  commerce,  riche 
par  ses  propres  productions  dont  l'exploitation  est  faci- 
litée par  de  nombreuses  voies  navigables,  traversée  par 
l'immense  fleuve  qui  descend  du  cœur  môme  de  l'Afrique, 

soc.  DE  GÉ06R.  —  NOVEMBRE  1880.  XX.  —  28 


434  LÀ  GUINÉE  MÉRIDIONALE  INDËPENBÂNTS. 

la  Guinée  méridioaale  indépendante  appelle,  au  point  de 
vue  colonial,  le  plus  vif  intérêt. 
Je  m'estimerai  heureux  si  je  suis  parvenu  à  le  démontrer. 

LËGENBE  ALPiBABÉTIQUE  DE  DiaTANGES  EN  HEURES  DE  KAACHE  A  PIED. 


Ambriz 
Ambrizette 

Id. 
Bambolo 

• 

Banane 

Cabeça  de  Cobra 

Id. 
Cabenda 
Caïa 

Chissambo 
Kinzao 
Kinsembo 
Landana. 

Id. 

Id. 
Loango 
Mangue-Grande 

Id. 
Mangue-Pequena 

Id. 
Tombé 


à  Kinsembo 2  heures. 

à  Moculo 6     — 

à  Massera S     — 

à  Pointe-Noire 6  1/2  — 

(Punta-Nera). 

à  Cabenda 18    — 

à  Mas8ima«Dombô.. .  A  ifè  — 

à  Tombé., 3     — 

à  Banane 18    — 

à  Pointe-Noire 6      — 

à  Massabi 3      *-- 

à  Kimponsa 1  3/4  — 

à  Nossera 3     — 

à  Cabenda 7      — 

&  Chiuma. 5  à  14  -—  selon  les  saisons. 

à  Pointe-Noire 12     — 

à  Kouilo 4  1/2  — 

à  Kinsao 1      — 

à  Massima-Dombe   .4     — 

à  St-Antonino 4     — 

à  Chissambo 1  1/2  — 

à  Mangue-Pequena  .    11/2  — 


COHNES   RENDUS   D'OUVRAGES 


CAVELIER  DE  LA  SALLE  ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI 
d'après  l'ouvrage  DE  M.  PIERRE  MARGRY  *• 

L'histoire  coloniale  de  la  Francç,  malheureusement  trop 
peu  connue  t)armî  nous,  présente  le  plus  vif  intérêt  non 
seulement  à  cause  du  récit  des  événements  qui  parfois  eu- 
rent rétrangeté  et  l'iûiprévu  d'un  véritable  roman,  mais 
surtout  parce  qu'elle  met  en  lumière  un  des  cAtés  les  plus 
particuliers  du  caractère  français.  Peut-être  nos  compa- 
triotes, une  fois  quHls  ont  secoué  de  leurs  pieds  la  poussière 
du  sol  natal,  abandonnent-ils  certains  de  leurs  défauts  pour 
laisser  grandir  certaines  de  leurs  qualités,  ou  réciproque- 
ment, peut-être  existe-t-il  certaines  facultés  essentiellement 
françaises  qui,  par  suite  des  institutions  de  la  métropole,  si 
changeantes  suivant  le  temps,  ont  besoin,  pour  se  manifester, 
d'une  atmosphère  différente  de  celle  de  la  mère-patrie  ?  Il 
est  un  fait  indiscutable,  c'est  que  le  Français  hors  de  France 
est  très  différent  du  Français  en  France.  Quelle  que  soit  la 
solution  donnée  par  le  penseur  à  ces  problèmes  de  l'histoire 
que  la  critique  moderne  tend  de  plus  en  plus  à  rendre  une 
science  exacte,  il  n'en  reste  pas  moins  vrai  que  cette  solu- 
tion doit  s'appuyer  avant  tout  sur  la  connaissance  des  docu- 
ments originaux.  Ainsi  la  colonisation  française  au  Canada 
au  dix-septième  siècle,  les  efforts  des  colons  pour  le  dévelop- 
pement de  leur  pays  d'adoption,  le^mode  d'organisation  et 
d'administration,  les  compétitions,  les  luttes  ou  vertes  ou  ca- 
chées, les  espérances,  les  haines  et  les  dévouements,  tout  cet 
ensemble  si  complexe  se  comprend  à  la  lecture  de  l'ouvrage 

1.  Compte  rendu  par  M-  J«  Thoulet,  communiqué  à  la  Société  dans  sa 
séance  du  19  mars  1880.  —  «  Le  ^^  volume  intitulé:  Le  voyage  de  Pierre 
Lemoyne  d*Herville  et  rétablissement  des  Français  aux  côtes  du  Golfe  du 
Mexique  »  par&Hra  inceuamment  —  Voir  la  earte  jointe  à  ce  numéro. 


436  GAVELIER  DE  LA  SALLE 

intitulé  :  «  Mémoires  et  documents  pour  servir  à  l'histoire 
des  origines  françaises  des  pays  d'outre-mer  ;  découvertes 
et  établissements  des  Français  dans  l'ouest  et  dans  le  sud 
de  l'Amérique  septentrionale.  »  Cette  œuvre  de  longues 
recherches  est  due  au  savant  archiviste  du  ministère  de  la 
marine,  M.  Pierre  Margry,  qui  dans  les  trois  volumes  déjà 
publiés  s'est  principalement  attaché  à  faire  connaître  les 
premières  explorations  des  Français  sur  les  grands  lacs  et  la 
découverte  des  vallées  de  l'Ohio  et  du  Mississipi. 

Il  est  peu  de  lectures  qui  offrent  plus  d'attrait  que  celle 
de  documents  originaux.  Dans  les  lettres  écrites  sous  le 
coup  des  événements,  tantôt  près  d'un  feu  de  bivouac  au 
fond  des  sombres  forêts  de  l'Amérique  du  Nord,  tantôt  au 
milieu  du  silence  et  dans  le  recueillement  du  cabinet,  on 
'  sent  revivre,  après  deux  siècles,  ces  héros  comme  Cavalier  de 
la  Salle,  ces  ministres  comme  Colbert  et  Seignelay  ou  même 
ceshommes  obscurs  qui  tous  ont  joué  un  rôle  dans  l'histoire 
de  notre  pays  et  qui  tous,  à  un  degré  plus  ou  moins  grand, 
sont  responsables  de  ce  que  nous  sommes  aujourd'hui, 
nous,  leurs  petits-fils  et  les  héritiers  de  leurs  œuvres.  Mais 
pour  entrevoir  les  difficultés  de  ces  entreprises  lointaines 
analogues  à  celle  dont  ce  recueil  présente  le  récit,  pour 
comprendre  l'œuvre  des  premiers  découvreurs,  pour  se  faire 
une  idée  de  la  force  d'âme  et  de  corps  nécessaire  à  l'achè- 
vement de  leur  tâche  et  s'imaginer  les  épreuves  sans  nom- 
bre endurées  par  eux,  il  faut  avoir  parcouru  les  contrées 
encore  désertes  des  bords  du  lac  Supérieur  ou  l'ouest  du 
Canada.  Tout  y  accable  le  voyageur;  en  été  il  trouve  d'im* 
menses  marécages  d'où  sortent  des  myriades  de  moustiques 
qui  le  tourmentent  sans  trêve  ;  il  rencontre  de  vastes  prai- 
ries dont  le  sol  mouvant  recouvre  parfois  des  gouffres  oii  il 
risque  de  se  perdre  sans  retour;  plus  de  sommeil,  plus  de 
repos;  comme  nourriture  les  produitis  incertains  de  la 
chasse  et  de  la  pêche,  le  plus  souvent  des  baies  sauvages 
en  hiver  le  firoid  rigoureux  avec  tontes  ses  horreurs. 


ET  LA.  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  437 

C'est  avec  de  pareils  souvenirs  dans  la  mémoire  qu'il  faut 
lire  pièce  à  pièce  le  recueil  publié  par  M.  Margry,  on  peut 
alors  apprécier  le  résultat  d'une  persévérance  de  plus  de 
trente  années  consacrées  à  arracher  à  l'oubli  des  documents 
dispersés  et  cachés  jusqu'ici;  les  uns  étaient  à  Paris  dans  les 
collections  de  nos  bibliothèques  ou  de  nos  archives,  les 
autres  à  Yecsailles,  d'autres  à  Rouen  ou  au  Canada,  ceux-ci 
couraient  les  marchés  d'autographes,  ceux-là  étaient  chez 
un  libraire  qui  les  ignorait  ou  dans  le  grenier  d'une  maison 
de  campagne,  sous  le  balai  d'un  homme  de  peine  qui,  heu- 
reusement, intelligent  autant  que  dévoué,  se  mettait  à  les 
lire  et  en  parlait  à  ses  maîtres. 

Mais  les  érudits  qui,  pour  juger  l'importance  de  ce  qu'a 
trouvé  M.  Margry,  voudront  en  faire  la  comparaison  avec 
les  faits  connus  en  1842,  époque  à  laquelle  il  a  commencé 
ses  recherches,  n'auront  qu'à  examiner  la  compilation  de 
M.  Gilmary  Shea  qui,  ayant  réuni  quelques  papiers  sur  le 
Père  Marquette,  y  a  joint  un  extrait  de  tous  les  livres  qui 
avaient  jusque-là  servi  à  l'histoire  de  la  découverte  du 
Mississipi^.  Ces  livres  sont  remplacés  aujourd'hui  par  des 
documents  originaux  et  authentiques,  dus  à  la  plume  des 
acteurs  de  ces  fameuses  explorations,  et  l'éloge  de  la  publi- 
cation qu'en  a  faite  M.  Margry  vient  naturellement  lorsque 
l'on  voit  le  second  volume  rempli  des  lettres  de  Gavelier  de 
la  Salle,  le  personnage  le  plus  important,  et  dont  le  biogra- 
phe, M.  Jared  Sparks,  en  1844,  disait  qu'on  ne  possédait 
pas  une  seule  ligne. 

En  publiant  ces  pièces  originales,  M.  Margry  les  a  dispo- 
sées par  groupes  qui  forment  pour  ainsi  dire  autant  de  cha- 
pitres et  il  a  placé  en  tête  de  chacun  d'eux  un  sommaire 
permettant  de  suivre  l'enchaînement  des  événements  dont 

1.  The  discovery  and  *  exploration  of  the  Mississippi  Valley,  with  the 
original  narratives  of  Marquette,  Allouez  Membre,  Hennepin  and  Ânastase 
Douay,  by  John  Gilmary  Shea,  with  a  fac-similé  of  the  newly  discovered 
map  of  Marquette.  Mew-'York,  1852« 


488  CAVfiUSR  DE  l*k  SALLE 

il  a  donné  d'ailleurs  une  idée  générale  par  une  introduc- 
tion ;  il  s'est  alors  effacé  pour  laisser  pardtre  et  parler 
les  hommes  qui  ont  ouvert  à  la  civilisation  le  sol  sur  lequel 
sont  ai;gourd'hid  les  nombreux  Etats  de  TUnion  américaine. 
En  dissimulant  sa  personnalité,  il  n'a  pas  seulement  marqué 
son  respect  pour  des  héros  qui  ont  sacrifié  leur  vie  à  la 
patrie»  mais  il  a  mouiré  autant  de  sagesse  que  d'abnégation. 
En  1862»M«Margry  avait  déjà  publié  dans  le  Journal  géné- 
ral de  rinstruction  publique  une  série  d'articles  intitulés 
a  les  Normands  dans  les  vallées  de  l'Ohio  et  du  Mississipi  » 
qui  ont  servi  depuis  à  ceux  qui  ont  écrit  sur  ce  sujet;  plus 
tard^enl866,  s'élevant  au-dessus  de  mesquines  satisfactions 
d'amour^propre^  il  déclarait  devant  la  commission  des  an- 
tiquités de  la  Seine-Inférieure  qu'il  n'écrirait  rien  sur  la 
découverte  du  Mississipi  avant  d'avoir  fait  connaître  les 
documents  qui  y  sont  relatifs. 

L'historien  dont  l'ouvrage  nous  occupe  en  ce  moment  a 
tenu  sa  promesse;  à  son  exemple»  nous  allons  laisser  parler 
les  faits  et  indiquer  à  grands  traits  ce  que  contiennent  les 
trois  volumes. 

D'après  un  acte  découvert  par  M.  Margry»  Cavelier  de  la 
Salle  naquit  k  Rouen  en  1643,  quoique  le  Père  Hennepin  ait 
laissé  croire  qu'il  était  né  i  Paris.  On  n'a  pas  de  détails  sur 
sa  première  jeunesse  et  sa  vie  ne  commence  guère  qu'en 
1666|  alors  qu'âgé  de  33  ans,  il  débarqua  pour  là  première 
fois  au  Canada.  Immédiatement  il  se  mettait  à  l'œuvre,  car 
la  même  année,  il  fondait  dans  l'île  de  Montréal  et  au  delà 
de  toutes  les  habitations  françaises,  le  village  de  Saiut-Sul- 
pice.  II  apprit  d'abord  la  langue  des  Algonquins  dontles  rap^ 
poils  avec  les  Canadiens  étaient  fréquents;  il  exécuta  ensuite 
dans  le  nord  quelques  explorations  sur  lesquelles  on  tnao- 
que  d'informations.  Grâce  à  la  netteté  de  son  esprit,  il  ne 
tarda  pas  à  comprendre  combien  étaient  vains  et  sans 
xitilité  pratique  ces  voyages  pleins  de  dangers  à  travers 
d'immenses  solitudes  glacées,  condamnées  à  rester  éternd* 


ET  LA  DÉCOUVERTE  l>U  AIISSISSIPI.  439 

lement  rebelles  à  toute  civilisation.  De  la  Salle  pensa  à 
diriger  ses  recherches  du  côté  du  sud-ouest  et  conçut  le  des- 
sein de  visiter  ces  pays  qu'on  savait  vaguement  être  arrosés 
par  de  grands  fleuves ;ii supposait  qu'à  l'ouest,  quelques-uns 
de  ces  cours  d'eau  pourraient  ouvrir  une  communication 
avec  l'océan  Pacifique  et  donner  ainsi,  par  rintérieur  des 
terresi  le  passage  à  la  Chine»  cherché  depuis  si  longtemps. 

Le  projet  du  jeune  Rouennais  fit  grand  bruit  dans  la  Nou- 
velle-France, etle  gouverneur,  M,  de  Courcelles,  non  content 
de  l'autoriser,  l'appuya  de  tout  son  crédit  en  unissant  cette 
entreprise  à  celle  de  l'abbé  DoUier  de  Casson,  qu'accom- 
pagnait l'abbé  de  Gallinée.  La  tâche  était  difficile,  la  réussite 
douteuse  et  Ton  n'était  certain  que  des  dangers  à  courir  au 
milieu  des  Iroquois  dont  on  devait  traverser  le  territoire* 
Ces  peuplades  comprenaient  la  réunion,  sous  un  nom  com- 
mun, des  Agniez,  des  Onnéioutes,  des  Onontaguez,  des 
Goiogouens  et  des  Sonnontouans,  Les  Iroquois  pouvaient 
mettre  sur  pied  environ  deux  mille  guerriers,  ils  sortaient 
d'une  guerre  avec  les  Français  et  peu  s'en  fallut  qu'un 
événement  ne  la  renouvelât  et  n'arrêtât  l'entreprise  dès  son 
début. 

Dans  la  première  moitié  'de  l'année  1669,  trois  Canadiens 
avaient  massacré  pour  les  voler  six  sauvages  Onnéioutes  et 
trois  soldats  avaient  tué  un  Iroquois  de  Sonnontouan.  De  la 
Salle,  pour  maintenir  la  paix  avec  les  cinq  nations,  agit  avec 
autant  de  promptitude  que  d'habileté  et  le  5  juillet  1669,  la 
veille  même  de  son  départ,  il  n'hésita  pas  à  dénoncer  offi- 
ciellement les  trois  Canadiens  sur  le  témoignage  de  l'un 
d'euXi  Quant  aux  soldats,  ils  étaient  passés  par  les  armes  en 
présence  de  plusiem*8  Indiens  appartenant  à  la  tribu  du  mort. 
€  Jugez  s'il  aurait  fait  bon  pour  nous  dans  ce  pays,  écrit 
l'abbé  de  Gallinée,  si  nous  fussions  partis  de  Montréal 
avant  qu'on  eust  exécuté  ces  criminels.  »  Ainsi,  dès  le 
début,  on  reconnaît  chez  le  découvreur,  cette  énergie  pru- 
dente,, si  oaractériatique  de  tous  les  actes  de  sa  vie. 


440  CAVELIER  DE  LA  SALLE 

M.  de  la  Salie  avait  eu  d'abord  à  s'assurer  les  moyens 
matériels  d'accomplir  son  entreprise.  Il  y  consacra  bra- 
vement ses  ressources  personnelles  ;  le  roi  n'eut  pas  à  faire 
la  moindre  avance.  En  janvier  et  en  février  1669,  il  cédait 
sa  seigneurie  de  Saint-Sulpice  moyennant  1080  livres  et  ven- 
dait d'autres  propriétés  au  Sault  Saint-Louis  pour  un  total 
de  3460  livres.  Dans  toute  sa  carrière,  et  quoique  aux  prises 
avec  d'effroyables  difficultés  pécuniaires,  ce  désintéresse- 
ment ne    se  démentit  pas« 

Des  deux  Sulpicïens  qui  devaient  se  joindre  à  lui,  l'abbé 
£réhan  de  Gallinée,  diacre  du  diocèse  de  Rennes,  possédait 
une  teinture  de  mathématiques  et  comme  il  était  capable 
de  dresser  une  carte,  en  cas  d'accident  il  pouvait  retrouver 
le  chemin  du  retour  à  travers  les  bois.  Notre  récit  s'appuie 
principalement  sur  la  relation  qu'il  écrivit  de  ce  voyage,  le 
style  en  est  simple  et  cependant,  dès  les  premiers  mots,  on 
ne  peut  s'empêcher  d'y  constater  une  aigreur  mal  déguisée 
contre  Cavelier  de  la  Salle.  Les  deux  Sulpiciens  avaient  le 
projet  de  se  rendre  à  la  mission  de  Missilimakinak  fondée  par 
les  Jésuites  au  Sault  Sainte-Marie  et  de  s'y  mettre  à  la  dispo- 
sition de  ces  religieux  pour  y  catéchiser  les  sauvages.  De  la 
Salle  depuis  plus  longtemps  au  Canada  et  mieux  au  courant 
des  agissements  des  membres  de  la  société  de  Jésus  dans  le 
pays,  prévint  MM.  DoUier  et  de  Gallinée  que  leur  concours 
ne  serait  certainement  pas  accepté;  ces  avis,  dont  la  suite 
des  événements  prouva  toute  l'exactitude,  ne  détournèrent 
pas  les  Sulpiciens  de  leur  dessein,  et  après  le  retour,  M.  de 
Gallinée,  malgré  son  esprit  de  justice  et  d'honnêteté,  ne  put 
s'empêcher  dans  son  récit  de  marquer,  à  son  insu,  le  res« 
sentiment  qu'il  éprouvait  encore  contre  De  la  Salle,  d'avoir 
eu  trop  raison  contre  lui. 

On  quitta  Montréal  le  6  juillet  1669.  L'expédition  se 
composait  de  Cavelier  de  la  Salle,  des  deux  Sulpiciens,  du 
chirurgien  Jean  Rouxel  de  la  Rousselière,  d'un  Hollandais 
qui  parlait  fort  mal  le  français,  mais  assez  versé  dans  la 


ET   LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSlPI.  441 

cor^'*^^^ssaiice  delà  langue  iroquoise  et  qui  devait  servir  d*in- 
ier"^^^^®,  enfin  de  seize  autres  hommes,  c'est-à-dire  de 
\it»^6^  ^t  une  personnes  montées  dans  sept  canots  d'écorce, 
On  franchit  d'abord  île  Sault  Saint-Louis,  au-dessus  de 
M€3Xitréal,  on  traversa  le  lac  Saint-François  et,  en  suivant 
labours  le  Saint-Laurent,    on  atteignit  le  lac  Ontario  le 
2  août  où  l'on  côtoya  le  bord  méridional  jusqu'à  la  rivière 
Karontagouat.  M.  de  Gallinée  trouva  pour  latitude  43*  12', 
et  comme  cet  endroit  était  le  plus  rapproché  du  grand  vil- 
lage de  Sonnontouan,  on  s'y  arrêta.  Les  Sonnontouans,  la 
plus  nombreuse  des  tribus  iroquoises,    possédaient  alors 
«jnatre  villages,  deux  de  150  cabanes  chacun  et  deux  de 
^0  cabanes,  le  tout  fournissant  1000  à  1200  hommes  en  état 
de  porter  les  armes. 

Les  sauvages  accourus  en   grand  nombre  firent  bon 
accueil  aux  voyageurs  et  leur  offrirent  du  maïs,  des  citrouil- 
les ainsi  que  de  a:  ces  meures  de  haye  et  de  ces  bluets  »  qui 
maintenant  encore  sont  si  goûtés  sur  les  tables  américaines. 
Le  lendemain,  12  août,  on  se  partagea  en  deux  bandes, 
Tune  composée  de  onze  hommes  sous  la  direction  de  Tabbé 
Gavelier,  demeura  au  bord  du  lac  pour  garder  les  canots, 
tandis  que  de  la  Salle,  l'abbé  de  Gallinée  et  huit  hommes 
partaient  pour  le  grand  village  de  Sonnontouan  à6 lieues  de 
l'Ontario,  afin  de  s'y  procurer  quelque  esclave  originaire 
des  nations  riveraines  de  l'Ohio  et  pouvant  servir  de  guide. 
L'assemblée  eut  lieu  le  13  août,  les  Indiens  promirent  de 
fournir  le  guide  aussitôt  que  leurs  guerriers  seraient  de  re- 
tour du  voyage  de  traite  qu'ils  étaient  justement  en  train  de 
faire  avec  leurs  esclaves  chez  les  Hollandais.  Il  suffisait  donc 
de  prendre  patience  pendant  une  huitaine  de  jours.  M.  de  la 
Salle  et  ses  compagnons  employèrent  ces  loisirs  forcés  à  s'ap- 
provisionner de  maïs  et  ils  allèrent  même  examiner  non  loin 
de  là  une  source  de  pétrole  ;  on  supposerait  volontiers, 
après  une  étude  attentive  du  récit  do  M.  de  Gallinée,  que 
cette  source,  la  première  dont  il  soit  fait  mention  aux  États- 


• 


442  CAVELIBR  DB  Là  SÂUiE 

Unis,  est  celle  de  Cuba,  Alleghauy  Go,  décrite  en  1833|  par  le 
proL  Silliman,  d'une  façon  concordant  parfaitement  avec  la 
description  du  missionnaire. 

Au  retour  d'une  partie  des  Indiens,  des  objections  furent 
soulevées.  On  représenta  aux  Français  que  TOhio  était  à 
70  lieues  de  distance  environ,  que  le  trajet  devant  s'acoom- 
p\iT  par  terre  et  en  suivant  les  cours  d'eaui  il  était  impos- 
sible d'emporter  des  bagages  et  qu'il  fallait  de  toute  néces- 
sité changer  de  route  et  faire  le  détour  par  le  lac  Èrié^  car, 
dans  cette  direction,  il  suffisait  d'un  portage  de  trois  jours 
pour  atteindre  TOhio  ;  on  évitait  ainsi  de  traverser  le  terri*- 
toire.  des  Toaguenha  et  des  Antastoez,  tribus  extrêmement 
dangereuses.  Si  Ton  persistait  à  s'avancer  directement  parle 
sud,  les  Sonnontouans  fourniraient  un  guide  puisqu'ils  s'y 
étaient  engagés,  mais  n'accompagneraient  point  les  Fran- 
çais dans  la  crainte,  s'il  arrivait  un  malheur,  qu'on  ne  les  en 
rendît  responsables. 

Plusieurs  jours  se  passèrent  en  incertitudes.  Ces  sombres 
peintures  agissaient  vivement  sur  l'esprit  des  hommes  et 
particulièremeni  sur  l'interprète  hollandais  ;  il  y  avait  à 
craindre  des  désertions;  en  outre,  l'hiver  approchait  et  dès 
les  premières  gelées,  la  navigation  allait  être  arrêtée.  La 
situation  était  difficile,  quand  un  Indien  iroquois,  d'une 
autre  tribu,  rencontré  par  hasard,  se  fit  fort,  si  on  vendt 
jusqu'à  son  village  situé  au  fond  du  lac  Ontario,  de  procurer 
un  guide  pour  se  rendre  au  sud  par  la  voie  du  lac  Èrié.Les 
Français  profitèrent  de  cette  ofi*re  et  l'on  quitta  définittve* 
ment  Sonnontouan  sous  la  conduite  de  l'Indien» 

On  se  réunit  d'abord  à  l'abbé  Dollier,  puis  on  continua  i 
côtoyer  le  bord  sud  de  l'Ontario;  on  franchit  la  civière 
Niagara  au-dessous  des  chutes  qui  ne  furent  point  aperçues, 
et  cinq  jours  après,  on  s'arrêtait  à  peu  de  distance  du  vil- 
lage de  Guanastogué  Tinaoutaoua.  C'est  là  que  M.  de  la  Salle 
tomba  malade  d'une  grosse  fièvre  qui,  au  dire  de  M.  de 
6allinée,le  détermina  à  revenir  i  Montréal.  LeSolpidense 


ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  443 

montre  très  sobce  de  détails  à  propos  de  cette  séparation  ; 
il  est  probable  que  le  dissentiment  auquel  nous  avons  déjà 
fait  allusion  se  manifesta  alors  avec  plus  de  vivacité  et  que 
devant  la  résolution  bien  arrêtée  des  deux  ecclésiastiques 
de  se  rendre  auprès  des  Jésuites  de  Missilimakinak,  au 
nord  du  lao  Huron,  de  la  Salle  qui,  de  son  côté»  persistait 
dans  soDL  dessein  de  marcber  vers  TObio ,  prit  le  parti  de  se 
séparer. 

Les  Indiens  de  Ûuanastogué  furent  très  bienveillants  et 
le  24  septembre^  les  Sulpiciena  entraient  dans  le  village. 
Us  y  trouvèrent  un  Français,  Louis  Jolllet,  arrivé  de  la 
veille  du  lac  Supérieur,  où  il  avait  été  envoyé  par  M.  de 
Gouroelles  afin  de  découvrir  l'emplacement  d'une  mine  de 
cuivre  dont  on  avait  reconnu  de  fort  beaux  échantillons 
entre  les  mains  des  sauvages*  Jolliet,  pressé  par  le  temps, 
n'avait  pas  réussi  dans  ses  recherches,  et  comme  il  avait 
été  forcé  de  couper  à  travers  bois,  il  avait  abandonné  son 
canot  et  l'avait  caché  au  bord  de  l'Érié  en  un  point  qu'il  dé- 
signa aux  Français  ;  il  les  autorisa  à  en  disposer. 

Les  abbés  de  Gallinée  et  DoUier  quittèrent  Tinaoutaoua 
le  1*'  octobre  et  s'embarquèrent  sur  le  lac  Ërié  ;  mais  sur- 
pris par  les  grands  froids,  ils  hivernèrent  non  loin  de  l'île 
Long-Point.  Us  construisirent  une  cabane ,  s'approvision^ 
nèrent  de  venaison  et  vécurent  assez  confortablement  pen- 
dant cinq  mois  et  dix-sept  jours.  Ils  en  repartirent  le 
26  mars  1670,  et  après  bien  des  péripéties  décrites  dans  le 
journal  du  voyage,  au  prix  des  fatigues  inouïes  d'une  mar-> 
che  à  travers  la  boue  et  la  neige,  ils  franchirent  le  lac  Saint* 
Clair,  traversèrent  le  lac  Huron  et  arrivèrent  le  25  mai  1670 
à  Sainte*Marie  du  Sault,  mission  des  Jésuites  h£y}itée  alors 
par  les  Pères  d'Âblon  et  Marquette.  Les  Sulpiciens  se  mirent 
aussitôt  h  la  disposition  de  ceux-ci,  pour  catéchiser  les 
indigènes,  mais  il  est  aisé  de  voir,  malgré  le  silence  gardé 
par  M»  de  Gallinée,  que  l'accueil  manqua  de  cordialité,  puis- 
qm  deux  jours  après  on  quittait  la  missi<met  on  se  dirigeait 


44-1  GAYELIER  DE  LA.  SALLE 

vers  le  Canada.  La  route  se  fit  parla  rivière  Française,  le  lac 
Nipissing  et  la  rivière  des  Outaouacs  ou  Ottawa.  Le  18  juin 
1670,  les  deux  prêtres  étaient  à  Montréal. 

On  possède  tous  les  documents  qui  permettent  de  suivre 
La  Salle  dans  son  voyage.  M.  de  Gallinée  se  tait  ;  toutefois, 
on  sait,  grâce  à  un  passage  du  «  récit  d'un  ami  de  Tabbé  de 
Gallinée»,  gui,  selon  M.Margry,  doit  être  l'abbé  Renaudot, 
que  La  Salle,  après  avoir  quitté  ses  compagnons,  suivît  de 
Test  à  l'ouest  une  rivière  qui  passe  à  Onontagué  et  coule  à 
six  ou  sept  lieues  au-dessous  du  lac  Érié  ;  il  parvint  jus- 
qu'au 280  ou  283®  degré  de  longitude  et  au  41®  de  latitude, 
dans  un  pays  marécageux  qui  l'obligea  à  voyagerpar  terre. 
Néanmoins  il  se  rapprochait  sans  cesse  du  Mississipi  lors- 
que, la  même  nuit,  tous  ses  hommes  se  mutinèrent  et  re- 
vinrent soit  à  la  Nouvelle-Hollande,  soit  à  la  Nouvelle- 
Angleterre.  Le  découvreur  dut  refaire  tout  seul  quatre  cents 
lieues  de  pays,  vivant  de  chasse,  d'herbes  et  de  ce  que  lui 
donnaient  les  sauvages  rencontrés  par  hasard. 

Le  résultat  pratique  de  ce  voyage,  tant  du  côté  desSulpi- 
ciens  que  du  côté  M.  de  la  Salle,  avait  été  la  connaissance 
plus  complète  des  régions  au  sud  du  lac  Érié  et  du  cours 
supérieur  de  TOhio,  et  en  octobre  1669,  la  prise  for-- 
melle  de  possession  des  terres  du  lac  Érié  au  nom  du  roi  de 
France.  Cet  acte  fut  affiché  au  pied  d'une  croix  attestant  que 
lesSulpiciens  avaient  été  les  premiers  Européens  ayant  hi- 
verné en  cet  endroit.  Mais  ce  qu'il  importe  de  constater, 
au  point  de  vue  de  la  critique  historique,  c'est  la  présence 
du  Père  Marquette,  missionnaire  jésuite,  au  lieu  où  abor- 
dent les  Sulpiciens.  Par  là,  en  effet,  le  missionnaire  se 
trouve  averti  de  l'ambition  qu'a  un  autre  ordre  religieux, 
d'explorer  le  pays,  et  en  même  temps,  des  projets  de  Gavelier 
delà  Salle.  On  peut  en  dire  autapt  à  propos  de  la  rencontre 
que  Louis  Jolliet  fait  des  voyageurs.  Or  le  Père  Marquette 
et  Louis  Jolliet  s'uniront  deux  ans  plus  tard  pour  la  décou- 
verte d'un  fleuve  qui  va  à  l'ouest,  et  Jolliet  saura  alors  que 


ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  445 

de  la  Salle  a  découvert  TOhio,  car  sur  des  cartes  de  lui, 
comme  l'affirme  M.  Margry  dans  ses  articles  du  Journal  de 
l'Instruction  publique,  et  comme  le  répète  rhistorien  amé- 
ricain,  M.  Francis  Parkman,  Jolliet  dessine  le  cours  de  ce 
fleuve  aboutissant  au  Mississipi,  et  y  écrit  ces  mots:  a  Che- 
min suivi  par  M.  de  la  Salle  pour  aller  dans  le  Mexique.  » 

Ces  mots  servent  à  nous  éclairer  sur  le  premier  voyage  de 
Cavelier  de  la  Salle.  Nous  recevons  encore  une  autre  lumière 
sur  ce  point  de  quelques  lignes  trouvées  dans  le  récit  du 
jeune  Nicolas  de  la  Salle,  compagnon  du  découvreur  en 
1682^.  ((  Le  lendemain,  dit  le  jeune  homme,  fils  d'un  com- 
missaire général  de  la  marine,  on  rencontra  à  gauche  l'em- 
bouchure de  la  rivière  Saint-Louis  ou  Ouabache,  ou  bien  de 
Ghucagoa.  Cette  rivière,  qui  vient  du  pays  des  Iroquois,  avait 
fait  croire  qu'en  la  suivant  on  pourrait  trouver  un  passage 
vers  la  Chine.» Ces  lignes  paraissent  donc  faire  allusion  au 
voyage  de  M.  de  la  Salle,  qui  avait  dû  arriver  jusque-là.  On 
se  le  rappelle,  en  effet,  trouver  le  passage  à  la  Chine  était 
le  but  du  découvreur,  et  le  nom  en  demeura,  par  dérision,  - 
à  son  ancienne  seigneurie  de  Saint-Sulpice,  d^oùil  était  parti. 

Malheureusement,  nous  en  sommes  réduits  à  des  proba- 
bilités, et  le  seul  document  qui  eût  pu  nous  éclairer,  c'est- 
à-dire  la  grande  carte  de  la  Louisiane,  de  la  collection 
d'Anville,  et  qui  doit  être  une  copie  d'une  carte  de  M.  de  la 
Salle,  n'a  pas  toute  la  clarté  désirable.  Dans  cette  carte,  on 
voit  l'indication  d'une  rivière  qui  souslenomd'Ohio,  Moso- 
pelea  ou  Olighin-Sépou,  coule  parallèlement  au  bord  méri- 
dional du  lac  Érié,  passe  au  village  indien  de  Kentaren- 
tonga,  placé  presque  directement  au  sud  de  Niagara  et,  se 
ramifiant  ensuite  plusieurs  fois,  à  Tune  de  ses  sources  dans 
le  lac  Tiocro,  non  loin  d'Onontagué.  Du  côté  opposé,  cette 
môme  rivière  se  jette  dans  le  fleuve  Saint-Louis,  lequel  se 
jette  à  son  tour  dans  le  fleuve  Mississipi  ouColbert.En  cher- 


i.  T.  I,  p.  551. 


446  CAVEIIER  DB  LA  SALLE 

chant  à  identifier  avec  les  cartes  modernes,  on  éprouve  de 
grandes  difficultés.  Le  fleuve  Saint^Louis  est  évidemment 
rOhio  actuel  et  rAlleghany^  mais  Taateur  de  la  carte  des 
entreprises  de  M.  de  la  Salle  a  confondu  en  un  môme  bassin  ce 
qui  en  réalité  appartient  à  deux  ou  trois  bassins  différents, 
celui  de  TOhio,  celui  des  affluents  de  la  Susquehanna  et 
celui  des  cours  d'eau  se  déversant  dans  le  lac  Ontario.  Du 
reste,  la  confusion  se  comprend  d'autant  mieux  cpie  ces 
cours  d*eausont  extrêmement Tapproohés  les  uns  des  autres 
et  qu'il  est  souvent  impossible,  dans  un  pays  nouveau,  de 
distinguer  un  portage  entre  deux  rivières  différentes  d'un 
portage  entre  deux  courbes  d'une  même  rivière,  surtout 
lorsque  celle-ci  présente  de  grandes  sinuosités.  La  bande 
de  terrain  parallèle  à  la  direction  sud  «ouest  et  nord*est, 
jalonnée  par  les  lacs  Érié  et  Ontario  et  le  Saint- Laurent,  est 
très  basse  et  ne  se  relève  que  vers  les  montagnes  AUeghany; 
il  en  résulte  que  les  bassins  sont  mal  délimités.  Cette  re* 
marque  expliquera  peut-être  bien  des  confusions  appa- 
rentes. 

Le  second  voyage  de  Cavelier  de  la  Salle  ne  se  trouve 
décrit  que  dans  le  «  récit  d'un  ami  de  M.  de  Gallinée».  Nous 
donnerons  en  entier  le  passage  dont  M.  Margry  s'est  servi 
en  1862  pour  réclamer  les  titres  de  M.  de  la  Salie  à  la 
priorité  de  la  découverte  du  Mississipi. 

Après  avoir  raconté  le  premier  voyage  du  découvreur 
avant  .et  après  sa  séparation  d'avec  les  abbés  Dollier  et  de 
Gallinée,  Fauteur  continue  en  ces  termes  : 

«  A  quelque  temps  de  là,  il  fit  une  seconde  tentative  sur 
»  la  même  rivière  »  (qui  va  de  l'est  à  l'ouest  et  passe  à 
Onontagué  puis  &  six  ou  sept  lieues  au-dessous  du  lac  Érié) 
»  qu'il  quitta  au-dessous  du  lac  Érié,  faisant  un  portage  de 
»  six  ou  sept  lieues  pour  s'embarquer  sur  ce  lac,  qu'il  tra- 
»  versa  vers  le  nord,  remonta  la  rivière  qui  produit  ce  lac, 
)>  passa  le  lac  d'Eau-Salée,  entra  dans  la  Mer-Douce,  don- 
»  bla  la  pointe  de  terre  qui  sépare  cette  mer  en  deux,  et 


ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  441 

»  descendant  du  nord  au  sud^  laissant  à  Touest  la  baye  des 
»  Puants  (Green-Bay),  reconnut  une  baye  incomparablement 

>  plus  large,  au  fond  de  laquelle,  vers  l'ouest^  il  trouva  uh 
»  très  beau  havre,  et  au  fond  de  ce  havre,  un  fleuve  qui  va 
»  de  Test  à  Touest.  Il  suivit  ce  fleuve,  et  étant  parvenu  jus- 
j>  qu'environ  le  280«  degré  de  longitude  et  le  39»  de  latitude, 
»  trouva  un  autre  fleuve  qui,  se  joignant  au  pren^ier,  cou- 
»  lait  du  nord-ouest  au  sud-est.  Il  suivit  ce  fleuve  jus- 

>  qu'au  36*  degré  de  latitude  où  il  trouva  à  propos  de  s'ai^- 
»  rôter,  se  contentant  de  l'espérance  presque  certaine  de 
»  pouvoir  passer  un  jour,  en  suivant  le  cours  de  ce  fleuve, 
»  jusqu'au  golfe  de  Mexique,  et  n'osant  pas,  avec  le  peu  de 
»  monde  qu'il  avait,  hasarder  une  entreprise  dans  le  cours 
»  de  laquelle  il  aurait  pu  rencontrer  quelque  obstacle  invîn- 
»  cible  aux  forces  qu'il  avait.  » 

Ce  passage  est  appuyé  par  une  lettre  de  Madeleine  Cave- 
lier,  dame  Leforestier,  nièce  de  Cavelier  de  La  Salle,  qui,  à 
la  date  du  21  janvier  1756,  envoyait  une  liasse  de  papiers  et 
de  cartes  devant  servir  à  prouver  qu*  «  en  1675,  M.  de 
»  La  Salle  avet  déjà  fait  deux  voyages.  » 

Selon  M.  Margry,  le  marquis  de  la  Galissonnière,  an- 
cien gouverneur  du  Canada,  qui  était  commissaire  du  roi 
dans  la  discussion  des  limites  à  propos  de  l'Ohio,  reconnut 
que  Cavelier  de  La  Salle  avait  découvert  ce  fleuve,  dont  les 
Anglo-Américains  disputaient  la  possession  aux  Français. 
Quant  au  Mississipi,  il  n'avait  pas  à  en  parler,  puisque  la 
priorité  de  sa  découverte  n'était  réclamée  que  par  l'histoire 
et  par  la  famille  de  M.  de  la  Salle.  «  Il  y  avet,  dit  Madeleine 
»  Cavelier,  une  carte  que  je  vous  envoyé,  par  laquelle  il  est 
»fait  mention  de  l'androit  auquel  M.  de  La  Salle  aborda 
»  près  le  fleuve  Missipi  (Mississipi),  un  autre  androit  qu'il 
B  nomme  Cobret  (Colbert),  en  un  autre  il  prans  possession 
»  de  ce  pays  au  nom  du  roy  etfait  planter  une  croix,  un  autre 
»  androit  qu'il  nomme  Frontenac,  le  fleuve  Saint-Lorans,  à 
»  un  autre  androit*.  •  j> 


448  CÀVELIER  DE  LÀ  SALLE 

L'endroit  où  aborde  Gavelier  de  La  Salle  près  du  Missis- 
sipiyfait  sans  doute  allusiou  au  terme  du  premier  voyage; 
quant  au  nom  du  fleuve  Colbert  donné  par  M.  delà  Salle  au 
Mississipi  même,  il  semble  indiquer  le  cours  du  second 
voyage.  Le  mémoire  de  l'ami  de  l'abbé  de  Gallînée  paraît 
donc  mériter  créance  sur  ce  point  comme  sur  la  découverte 
deTOhio  ;  il  éclaire  le  passage  d'une  lettre  écrite  de  Québec 
par  Jean  Talon  au  roi,  le  2  novembre  1 671  et  où  l'intendant 
de  la  Nouvelle-France,  annonce  que  a  le  sieur  de  La  Salle 
»  n'est  pas  encore  de  retour  de  son  voyage  du  costé  du  sud 
>  de  ce  pays  »•  Mais  il  en  était  revenu  en  1673,  après  la  dé- 
couverte du  Mississipi,  Or,  cette  même  année  1673,  Louis 
JoUiet,  que  les  abbés  Dollier  et  de  Gallinée  avaient  rencon- 
tré à  son  retour  des  mines  de  cuivre  du  lac  Supérieur,  était 
envoyé  par  l'intendant  Talon  à  la  découverte  du  MississipL 
Il  était  accompagné  du  Père  Marquette.Le  voyage  de  Jolliet 
se  termina  par  un  accident  :  au  mois  d'août  1674,  en  vue  de 
Montréal,  sa  barque  cbavira  et  il  perdit  tous  ses  papiers. 
Néanmoins  il  put  fournir  de  mémoire  le  détail  de  son  explo- 
ratioi).  Parti  de  la  baie  des  Puants,  il  avait  marché  soixante 
lieues  à  l'ouest  sur  une  rivière,  fait  un  portage  d'une  demi- 
lieue,  s'était  embarqué  avec  six  hommes  sur  la  rivière  Ouïs- 
consing,  avait  parcouru  quarante  lieues  au  sud-ouest  et  était 
entré  dans  le  Mississipi  le  25  juin  1673  par  42  degrés  et  demi 
de  latitude.  Il  avait  alors  descendu  le  fleuve  jusqu'au  33" 
degré  de  latitude  et  était  revenu  sur  ses  pas  «dans  la  crainte 
de  rencontrer  les  Espagnols.  Jolliet  avait  reconnu  que  la 
mer  où  débouche  le  Mississipi  ne  pouvait  être  celle  qui 
baigne  la  Virginie,  ni  la  mer  Vermeille,  et  était  certaine^ 
ment  celle  de  la  Floride  ou  golfe  du  Mexique.  La  relation 
de  ce  voyage  ayant  été  écrite  par  le  Père  Marquette  en  1681 
avant  la  descente  de  M.  de  la  Salle  à  l'embouchure  du  Mis- 
sissipi, on  comprend  que  les  Jésuites  à  cause  d'un  de  leurs 
confrères  et  les  Canadiens  parce  que  Jolliet  est  natif  du  Cana- 
da, croient  devoir  soutenir  la  priorité  de  ce  dernier  voyage. 


ET  LÀ  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  449 

Cependant  il  n'en  e3t  pas  moins  évident  que  La  Salle  a  dé- 
couvert le  premier  ce  fleuve  par  le  Téatiki  et  la  rivière  des 
Illinois^  tandis  que  Jolliet  etle  Père  Marquette  Tabordaient 
par  la  rivière  des  Renards.  Ils  ont  devancé  de  la  Salle  de 
trois  degrés  dans  la  descente  du  fleuve  dont  il  était  réservé 
à  celui-ci  de  découvrir  Tembouchure.  Comme  le  remarque 
M.  Margry  dans  le  Journal  de  Vlnstruction  publique^  si  de 
la  Salle  avait  voulu  se  vanter  de  choses  qu*il  n'avait  point 
faites,  pourquoi  se  serait-il  contenté  de  dire  qu'il  avait 
descendu  le  fleuve  jusqu'au  36®  degré  et  aurait-il  laissé  au 
Père  Marquette  et  à  Jolliet  l'honneur  de  l'avoir  dépassé  de 
trois  degrés.  Le  comte  de  Frontenac,  plus  éclairé  sur  les 
faits  en  1677  qu'en  1674,  déclarait  que  Jolliet  n'avait  voyagé 
qu'après  La  Salle.  Il  est  inutile  d'insister  davantage  pour 
faire  reconnaître  que  les  découvertes  de  M.  delà  Salle  n'ont 
pas  été  inspirées  par  les  succès  de  Jolliet  comme  on  l'a 
prétendu,  tandis  que  le  contraire  pourrait  être  affirmé. 

Revenu  de  sa  seconde  expédition,  Cavelier  de  la  Salle 
suspendit  pour  quelque  temps  ses  découvertes;  maintenant 
qu'une  pratique  suffisante  lui  avait  donné  l'expérience  de 
cette  dure  existence  des  bois  et  de  tout  ce  qu'elle  exige  non 
seulement  de  force  et  de  courage,  mais  encore  de  ressources 
matérielles  sans  l'aide  desquelles  aucun  homme  n'est  ca- 
pable d'affronter  avec  profit  tant  de  difficultés,  il  sembla  se 
recueillir,  et  avant  de  commencer  une  tentative  qu'il  com- 
prenait devoir  éire  décisive,  il  voulut  se  donner  à  l'avance 
toutes  les  chances  de  succès.  Après  une  visite  en  France, 
où  le  roi  lui  accorda  les  terres  de  Frontenac,  il  resta  au 
Canada.  C'est  pendant  ce  séjour  que  commença  ostensible- 
ment entre  le  découvreur  et  les  membres  de  la  Compagnie 
de  Jésus  comme  avec  les  marchands  de  la  colonie  une  lutte 
qui  allait  avoir  une  influence  capitale  sur  les  divers  évé- 
nements de  la  vie  de  M.  de  la  Salle  et  même  sur  sa  mort.  A 
ce  titre,  il  convient  d'en  entreprendr<î  le  récit  succinct  en 
suivant  avec  précaution  dans  ses  ma'ndres  assertions,  les 

soc.  DE  GÉOGR.  —  NOVEMBRE  1880.  XX.  »  29 


450  câveuer  de  la  salle 

documents  originaux  si  nombreux  que  donne  M.  Margry  au 
sujet  de  cette  grave  question.  Décrivons  d'abord  les  débuts 
des  Jésuites  au  Canada. 

Le  25  mai  1615,  quatre  RécoUets  quittaient  la  France 
pour  se  rendre  au  Canada;  ils  avaient  mission  du  pape 
Paul  y,  et  étaient  munis  de  lettres  patentes  du  roi  ;  aussitôt 
débarqués,  ils  célébraient  la  première  messe  dite  à  la  Nou- 
velle-France, en  un  endroit  appelé  la  Rivière  des  Prairies, 
et  la  seconde  à  Québec,  le  25  juin  1654.  Ils  catéchisèrent  les 
Indiens  et  fondèrent  plusieurs  missions;  en  juin  1620,  ils 
entreprenaient  la  construction  de  leur  couvent  de  N.-D. 
des  Anges  à  Québec.  D'après  un  traité  fait  avec  le  roi,  ils 
étaient  nourris  par  les  marchands  qui  les  passaient  gratuite- 
nient  dans  leurs  vaisseaux,  et  du  reste,  s'entretenaient  avec 
les  aumônes  envoyées  par  leur  maison  de  Paris.  Jusqu'en 
1625,  les  Récollets  exercèrent  seuls  le  ministère  sacré  ;  mais 
à  cette  époque,  soit  que  leurs  fatigues  fussent  devenues  trop 
lourdes,  soit  qu'ils  eussent  été  entraînés  par  le  zèle  de  l'un 
des  leurs,  le  P.  Irénée  le  Piat,ils  demandèrent  qu*il  leur  fût 
adjoint  des  Jésuites  pour  les  aider.  Peut-être  quelques 
Jésuites  étaient-ils  déjà  au  Canada  antérieurement  à  1625, 
car  un  mémoire  daté  de  1637,.  en  cite  deux  qui  accompa- 
gnaient les  Récollets  dès  1616.  En  tous  cas,  ttur  arrivée  of- 
ficielle date  de  1625.  Comme  personne  ne  voulut  les  rece* 
voir,  ils  demandèrent  l'hospitalité  aux  Récollets  qui  la  leur 
accordèrent  dans  leur  couvent  de  Québec. 

Cet  état  dura  jusqu^en  1629.  Les  Anglais  ayant  opéré 
une  descente  dans  le  pays,  firent  prisonniers  les  Récollets 
et  les  Jésuites  et  les  transportèrent  en  Angleterre  d'où 
ceux-ci  regagnèrent  la  France  par  Calais.  Aussitôt  la  paix 
conclue,  les  Jésuites  se  hâtèrent  de  retourner  au  Canada  à 
rinsu  des  Récollets  ;  ils  se  logèrent  dans  leur  couvent  et  par- 
vinrent à  les  écarter  de  la  colonie  jusqu'en  1669.  A  cette 
époque,  Colbert  voulant  diminuer  l'influence  des  Jésuites 
dont  s'étaient  plaints  plusieurs  gouverneurs  et  Fintendant 


1 


ET  LA  BÉGOtlVEH'rE  DU  MISSISSIPL  451 

Talon,  songea  à  faire  revenir  en  Canada  les  Récollets  en  assez 
grand  nombre  pour  faire  un  contres-poids  à  romnipotence  ^ 

des  membres  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Mais  l'évêque  de 
Québec,  entièrement  à  la  dévotion  de  ces  derniers^  fit  subir 
aux  Blécollets  une  véritable  persécution,  les  obligeant  à 
remplir  leurs  fonctions  religieuses  dans  l'intérieur  de  leur 
maison  et  leur  défendant  d'exercer  leur  ministère  sacré  dans 
les  missions  y  quels  que  fussent  les  besoins  et  les  réclama- 
tions des  habitants.  A  vrai  dire,  il  ne  s'agissait  ici  que  d'une 
question  de  jalousie  entre  deux  ordres  religieux,  mais  elle 
pouvait  prendre  à  l'occasion  le  caractère  d'une  concurrence 
commerciale.  Les  Jésuites,  sous  les  noms  d'hommes  liés  à 
eux^  s'occupaient  de  la  vente  de  l'eau-de-vie  et  de  la  traite 
des  pelleteries  avec  les  Indiens  ;  ils  faisaient  de  gros  béné- 
fices et  n'entendaient  ni  partager  ces  avantages,  ni  avoir  des 
témoins  de  leurs  opérations.  Pour  employer  la  pittoresque 
expression  dont  M.  de  Frontenac  se  servait  dans  une  lettre 
à  Golbert,  les  Jésuites  <c  songeaient  autant  à  la  conversion  du 
9  castor  qu'à  celle  des  âmes  ».  A  cet  effet,  tout  poste  établi 
près  de  leurs  missions  leur  déplaisait  et  ils  ne  pouvaient  ad- 
mettre d'être  devancés  dans  Tintérieur  des  terres.  A  ce  double 
titre,  Cavelier  de  la  Salle  ayant  avec  lui,  comme  mission- 
naires, des  Récollets  et  des  Sulpiciens,  devenait  leur  en- 
nemi. La  rivalité  qui  ne  fait  qu'apparaître  vaguement  dans 
les  voyages  de  JoUiet  et  du  P.  Marquette,  accomplis  après 
cent  de  M.  de  la  Salle,  s'accentue  de  1675  à  1677  au  mo- 
ment de  l'établissement  de  ce  dernier  sur  le  lac  Ontario. 

En  1671,  M.  de  Courcelles,  gouverneur  du  Canada,  s'était 
rendu  sur  ce  lac  et  avait  essayé  de  mettre  fin  à  la  guerre, 
si  préjudiciable  aux  intérêts  français,  que  se  faisaient  les 
Iroqnois  et  les  Outaouas,  ces  deux  races  éternellement  en- 
nemies. En  1673,  son  successeur,  Louis  deBuade,  comte  de 
Frontenac,  recommença  le  même  voyage,  mais  cette  fois,  le 
gouverneur  avait  songé  à  frapper  Tesprit  des  Indiens  par  la 
vue  d'une  expédition  pénétrant  au  cœur  d'un  pays  réputé 


I 


452  CAYELIER  DE  LA  SALLE 

inabordaBle,  et  à  empêcher  ainsi  les  Iroqnois  de  suivre  les 
conseils  des  Hollandais  qui  les  poussaient  à  attaquer  les 
Français.  Il  s'était  fait  précéder  par  M.  delà  Salle,  chargé  de 
convier  les  Indiens  à  une  conférence.  Le  projet  réussit  ;  les 
Iroquois  se  montrèrent  extrêmement  conciliants,  et  l'on  en 
profita  pour  s'établir  solidement  dans  le  pays  par  la  cons- 
truction d'un  fort  assurant  les  communications  entre  le  Bas- 
Canada,  les  grands  lacs  et  par  eux  les  pays  de  l'Ouest  et  du 
Sud.  On  y  mettait  la  première  main  le  13  îuilietl673  et  peu 
de  jours  après,  le  fort  Frontenac  était  achevé  et  en  état  de 
protéger  la  petite  garnison  qu'on  y  laissait.  De  la  Salle  n'as- 
sista pas  aux  conférences;  il  était  resté  au  village  de  Techi- 
roguen  d'où  il  ne  tardait  pas  à  écrire  au  gouverneur  pour  le 
renseigner  sur  l'effet  produit  par  sa  visite  ;  cependant,  en 
apprenant  que  les  Hollandais  s'étaient  emparés  de  New*York, 
étaient  venus  à  Boston  et  méditaient  une  marche  sur 
Québec,  il  se  hâta  de  revenir  afin  d'en  communiquer  la 
nouvelle. 

L'expédition  de  M.  de  Frontenac  au  lac  Ontario  porta  ses 
fruits;  convaincus  par  les  paroles  honnêtes  et  fermes  du 
gouverneur,  les  Iroquois  résistèrent  aux  suggestions  des 
Hollandais;  une  ambassade  envoyée  par  eux  à  Montréal 
amena  huit  enfants  pour  y  être  élevés  et  servir  d'otages,  en 
outre  ils  arrêtèrent  les  incursions  des  Indiens  Loups  de  Ta- 
racton  sur  le  territoire  des  Outaouas  sujets  de  la  France  et 
cessèrent  de  porter  aux  Hollandais  les  pelleteries  du  Nord. 
L'érection  du  fort  Frontenac  était  pour  beaucoup  dans  ce 
nouvel  état  de  choses,  car  tout  en  prenant  ses  précautions,  le 
gouverneur  avait  su  trouver  le  moyen  si  difficile  de  se  faire 
aimer  sans  cesser  d'être  craint.  Pendant  une  année,  il  avait 
entretenu  le  fort  à  ses  frais,  mais  ne  pouvant  continuer  une 
pareille  dépense  et  ne  voulant  pas  en  charger  les  finances 
royales  déjà  bien  obérées,  il  avait  remis  le  soin  de  l'occuper 
et  de  l'entretenir  à  MM.  Bazire  et  Leber,  moyennant  certains 
avantages.  Mais  Gavelie  r  de  la  Salle,  alors  en  France,  avai 


:i 


ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  453 

offert  au  roi  de  prendre  à  son  compte  l'entretien  du  fort 
Frontenac,  d'y  maintenir  une  garnison,  de  payer  tous  les 
frais  occasionnés  à  M.  de  Frontenac  et  se  montant  à 
10  000  livres  environ,  d'accorder  des  concessions  à  ceux  qui 
consentiraient  à  s'y  établir  ainsi  que  diverses  autres  charges 
moyennant  la  seigneurie  dudit  fort  et  quatre  lieues  de  pays 
dans  ses  environs.  De  la  Salle  savait  la  portée  de  ses  enga- 
gements, car  dans  sa  requête,  il  reconnaît  avoir  déjà  com- 
mandé le  fort  pendant  quelque  temps.  Ces  offres  furent 
acceptées  par  lettres  patentes  datées  du  13  mai  1675.  Il 
s'occupa  aussitôt  de  recueillir  l'argent  qui  lui  était  néces- 
saire et,  retournant  au  Canada  en  octobre  1675,  il  rem- 
boursait les  10  000  livres  dépensées  par  M.  de  Frontenac  et 
prêtait  serment  entre  les  mains  du  gouverneur.  Il  se  rendait 
ensuite  au  fort  qu'il  fit  démolir  parce  que  sa  construction 
en  bois  laissait  à  désirer,  et  reconstruire  en  solide  maçon- 
nerie. 

Cet  établissement,  le  seul  qui  en  dehors  de  la  colonie  ne 
fut  pas  accordé  comme  mission  aux  jésuites,  constituait 
pour  eux  une  véritable  concurrence  à  cause  du  voisinage  de 
leurs  missions  chez  les  Iroquois.  Dès  ce  moment,  ils  en- 
trèrent en  lutte  ouverte  avec  de  la  Salle;  d'ailleurs  celui-ci 
avait  confié  la  direction  spirituelle  du  fort  aux  Récollets,  ce 
qui  fournissait  un  second  motif  de  jalousie.  Ils  trouvèrent 
des  alliés.  Leber  et  Bazire  vivement  blessés  d'être  évincés 
de  la  traite  du  fort  Frontenac,  avaient  d'abord  cherché  les 
moyens  de  s'attirer  de  la  Salle,  mais  n'y  réussissant  pas,  ils 
songèrent  à  ressaisir  leurs  avantages  en  le  devançant  dans 
la  possession  d'un  poste  plus  reculé  que  le  sien.  Ils  s'unirent 
àcet  effet  aux  jésuites  qui  ayant  appris  que  M.  de  la  Salle  avait 
dessein  de  solliciter  la  concession  du  lac  Érié  et  du  lac  des 
Illinois,  se  hâtèrent  de  la  demander  pour  Jolliet  et  pour 
Leber.  En  môme  temps,  ils  firent  grand  bruit  du  voyage  de 
Jolliet  «  quoique  postérieur  à  celui  de  La  Salle  »,  dit  M.  de 
Frontenac,  et  s'efforcèrent  de  faire  rétablir  les  congés  ou  droit 


454  CÂVELIER  DB  LA  HALLE  ET  LA  DÊGOUVBRTE  BV  MISSISSIPI. 

exclusif  du  commerce,  pour  les  remettrcr  à  Bazire  et  à  quel- 
ques autres  de  leurs  amis.  Tous  ces  faits  résultent  du  rapport 
officiel  adressé  en  1677  par  M.  de  Frontenac  à  Golbert. 

Le  roi  refusa  à  Jolliet  la  permission  de  s'établir  chez  les  Illi- 
nois ;  quant  à  M.  de  la  Salle,  pour  déjouer  cette  conspiration, 
il  quitta  le  Canada  le  H  novembre  1677  et  revint  en  France. 
11  représenta  à  Colbert  qu'en  deux  années  il  avait  entière- 
ment rebâti  le  fort  Frontenac,  défriché  mille  à  douze  cents 
arpents  de  terre,  construit  quatre  barques  pontées  pour  la 
navigation  du  lac  et  fondé  deux  villages,  l'un  de  douze  fa- 
milles ft*ançaises,  l'autre  de  cent  familles  indiennes,  et  il 
demanda  l'autorisation  de  créer  deux  nouveaux  établisse- 
ments, l'un  à  l'entrée  du  lac  Ërié,  l'autre  à  la  sortie  du  lac 
des  Illinois,  afin  de  continuer  ses  découvertes  vers  le  golfe 
du  Mexique.  Il  importe  de  remarquer  que  la  position  de  la 
Salle  était  en  ce  moment  des  plus  prospères,  car  la  traite 
qui  se  faisait  pour  lui,  lui  rapportait  une  vingtaine  de  mille 
francs  de  revenu  annuel  et  qu'en  abandonnant  tous  ces 
avantages  laborieusement  acquis,  en  offrant  de  reprendre 
sa  vie  d'aventures,  de  fatigues  et  de  dangers,  il  montrait 
avec  quelle  ténacité  il  tenait  à  accomplir  cette  œuvre  de  la 
découverte  complète  du  Mississipi  qu'il  avait  faite  sienne, 
qu'il  avait  préparée  et  dont  il  risquait  de  perdre  pour  ainsi 
dire  tout  l'honneur  :  «  11  n'avait,  dit-il,  d'autre  attachement 
à  la  vie  qu'il  menait  que  celui  de  l'honneur  dont  il  croyait 
ces  sortes  d'entreprises  d'autant  plus  dignes  qu'elles  pré- 
sentaient plus  de  périls  et  de  peine.  »  La  permission  sol- 
licitée lui  fut  accordée  le  12  mai  1678,  avec  le  privilège, 
pour  l'aider  dans  ses  dépenses,  de  la  traite  des  pelleteries 
dans  les  pays  qu'il  découvrirait. 

(A  suivre,) 


RAPPORTS  SUR  L'EXPIiORATION  DE  U  TURCOMAWE.        455 
RAPPORTS  SUR  L'eXPX.0HAT10N  I»E  Ik  TtJSGOMAKIE  MÉRIDIONALE^ 

présentés  par  j.-g.  petroussévitch.  — 1  yol.  tiflis,  1880 
(en  russe)  *. 

La  Turcomanie  méridionale,  c'est-à-dire  le  pays  qui 
s'étend  entre  la  mer  Caspienne  et  Toasis  de  Merv,  présente 
maintenant  un  intérêt  spécial  à  cause  des  expéditions  mili- 
taires que  le  gouvernement  russe  y  entreprend  contre  les 
Turcomans-Tékés.  M.  Petroussévitch  a  parcouru  ce  pays 
dans  plusieurs  directions  et  il  en  a  donné  une  description 
détaillée.  Son  premier  rapport  est  consacré  aux  populations 
nomade  et  sédentaire  qui  vivent  dans  la  contrée  limitée 
au  nord  par  l'ancien  lit  de  FOxus  (Ouzboï)  et  au  sud  par 
la  province  de  Khorassan.  C'est  un  article  plein  d'intérêt 
scientifique,  oîi  l'auteur  corrige  et  complète  les  renseigne- 
ments donnés  par  Bode,  Burnés  et  Vambéry.  Les  détails 
sur  l'état  de  l'agriculture  chez  les  Turcomans  et  sur  l'irri- 
gation dçs  terres  cultivées  sont  surtout  curieux.  Nous 
voyons,  par  exemple,  5350  familles  turcomanes  au  travail 
de  leurs  champs  le  long  d'une  seule  rivière,  le  Cheuz-bochi 
dont  le  nom  nous  était  à  peine  connu  ;  les  bords  de  quel- 
ques autres  rivières  dont  les  sources  se  trouvent  dans  les 
montages  Képépetdagh.  offrent  le  même  spectacle.  Le  nom- 
bre total  des  Turcomans-Tékés  est,selon  M.  Petroussévitch, 
de  30.000  familles. 

Le  second  rapport  du  même  auteur  concerne  la  partie 
nord-est  du  Khorassan.  C'est  une  description  des  districts 
de  Dérogteuze,  de  Kélat,  de  Boudjnourd  et  de  Séraks,  Elle 
est  plus  riche  en  détails  que  les  relations  des  voyageurs  an- 
glais Burnes,  Baker,  Mac-Gregor,  etc.,  Enfin,  le  mémoire 
sur  les  routes  qui  existent  entre  les  bords  de  la  mer  Cas- 
pienne et  Toasis  de  Merv  est  plein  d'intérêt  au  point  de  vue 
stratégique  et  commercial.  L'ouvrage  est  accompagné  d'une 
carte  du  Khorassan  et  de  la  Turcomanie  méridionale. 

1.  Compte  rendu  par  le  colonel  Veoioukoff. 


CORRESPONDANCES 


ROUTES  DANS  l'iNTEBIEUR  DE  LA  RÉPUBLIQUE  DE  L'ÉQUATEUB. 
LETTRE  DE  M.  CH.  WIENER  * ,  VICE-CONSUL  DE  FRANCE  A 
GUAYAQUIL. 

Quito,  13  mai  1880. 

Lorsqu'on  jette  un  regard  sur  la  carte  de  l'Equateur, 
on  est  surpris  de  voir  que  le  port  de  Quito  se  trouve  au 
sud-sud-ouest  et  non  pas  à  l'ouest  de  cette  cité.  En  effet, 
en  ligne  droite  de  Quito  à  l'entrée  du  Guayas,  on  compte 
85  lieues,  tandis  qu'à  l'ouest  il  n'y  a  que  185  kilomètres. 

Je  ne  saurais  expliquer  ce  contre-sens  que  par  des  habi- 
tudes séculaires  qui  ont  pris  naissance  à  un  moment  où  la 
constitution  géographique  du  continent  américain  n'était 
pas  connue,  et  où  le  commerce  du  vieux  et  du  nouveau 
monde,  vu  les  extrêmes  difficultés  de  la  navigation,  était 
assez  peu  considérable  pour  ne  pas  faire  ressortir  les  néces- 
sités de  routes  plus  directes. 

Les  habitants  de  Quito  soutiennent  que  la  route  de  Quito 
à  Guayaquil  est  en  somme  encore  la  plus  commode  pour 
atteindre  le  littoral. 

Les  données  que  j'ai  pu  recueillir  à  Quito  m'ont  permis 
de  douter  de  la  validité  de  cet  avis,  j'ai  voulu  voir  par  moi- 
même  ;  c'est  ainsi  que  j'ai  entrepris  une  excursion  vers 
l'ouest  avant  de  me  rendre  dans  l'orient  de  la  République. 

J'ai  pu  faire  ce  voyage,  qui  a  duré  du  5  au  26  avril,  dans 
d'excellentes  conditions.  M.  le  baron  Gabriel  de  Gunzburg, 
jeune  Russe  qui  a  été  élevé  en  France  et  qui  parcourt  l'Amé- 
rique méridionale  en  amateur,  s'est  joint  à  moi  ;  il  a  sup- 

1.  Communication  du  Ministère  des  Affaires  étrangères  adressée  à  b 
Société  dans  sa  séance  du  16  juiflet  1880. 


ROTITES  BANS  LA  RÉPUBLIQUE  DE  L'EQUATEUR.  457 

porté  ses  frais  personnels  afin  de  ne  pas  grever  mon  budget, 
et,  pendant  tout  le  temps  de  Texpédition,  il  m'a  soutenu 
dans  mes  études  avec  tant  de  savoir-faire  et  de  dévouement, 
que  j'ai  pu  lever  avec  assez  d'exactitude  l'itinéraire  par- 
couru» 

Les  renseignements  que  j'ai  l'honneur  de  vous  soumettre 
sont  complètement  en  faveur  de  ma  thèse.  Le  temps  m'a 
manqué  pour  recopier  le  carnet  d'observations,  mais  j'espère 
que  le  modèle  des  feuillets,  dont  j'ai  rempli  une  cinquan- 
taine depuis  Quito  jusqu'à  San  Miguel  pour  la  partie  la  plus 
tortueuse  de  la  route^  permettra  de  juger  de  la  scrupuleuse 
sincérité  de  mon  avis. 

J'ai  avancé  continuellement  et  malgré  des  difficultés 
inouïes  du  terrain,  avec  la  chaîne  d'arpenteur  et  la  bous* 
sole.  Les  positions  géographiques  entièrement  inconnues 
sont  fixées  au  sextant  (avec  horizon  artificiel); 

Les  altitudes  et  les  pentes  moyennes  à  l'aide  de  trois  ba* 
romètres  anéroïdes  et  trois  thermomètres  pour  les  correc- 
tions; 

Les  pentes  réelles  à  la  boussole  nivelante. 

Je  n'exagère  en  aucune  façon  en  assurant  que  jamais  on 
n'a  fait  en  ces  régions  des  observations  complètes.  Notre 
carnet,  j'ose  Tespérer,  remplira  une  lacune  qu'il  importait 
de  combler. 

Permettez-moi  de  passer  à  la  description  rapide  de  la 
route  en  question. 

On  peut  passer  de  Quito  à  Lloa;  de  là,  on  atteint  un  haut 
plateau  entrecoupé  de  quebradas  (abîmes)  si  profonds,  si 
abrupts  et  si  larges  que  le  passage  en  est  excessivement 
laborieux.  Quant  à  la  pente  tournée  du  côté  du  Rio  San 
Lorenzo  (rive  droite),  elle  tombe  à  près  d'une  hauteur  d'en- 
viron 1  600  mètres,  et  à  moins  d'énormes  travaux  d'art,  elle 
est  intransitable. 

Pour  ces  raisons,  une  route  en  ligne  droite  de  Quito  au 
point  appelé  le  Mirador,  qui  se  trouve  à  trois  lieues  à  l'ouest 


de  U  ville  de  Quito,  est  impraticable,  et  j'ai  dû  faîi>e,  au 
sortir  de  Quito,  un  détour  en  me  rendant  par  la  grande 
route  jusqu'à  Tambillo,  et  de  ce  village  jusqu'à  29  kilo* 
noètres  et  demi  ;  là»  je  me  suis  tourné  vers  l'ouest,  laissant 
le  village  d'Âloag  à  main  gauche,  et  traversant  sur  le  ver- 
sant ii^rd  dit  «aont  Goraion,  le  baut  plateau  de  la  CSordil- 
làre.  Là  aussi,  le  versant  est  abrupt,  mais  sur  le  sentier 
actoellemént  exîstatnt,  la  descente  jusqu'au  point  appelé  la 
Maquina  (environ  1 SOO  mètres)  peut  s'effectuer  en  trois 
heures.  A  partir  de  cet  endroit,  par  un  sentier  peu  ondulé, 
j'ai  suivi  la  rive  du  Sim  Lerenzo,  que  plus  loin  on  appelle  le 
Rio  Pilaton,  jusqu'au  Rio  Toachi;  àl'euest  de  ce  fleuve  une 
colline  abrupte  se  trouve  sur  la  route.  Du  versant  est  de 
cette  colline  jusqu'au  Mirador,  le  terrain  est  plat;  et  du 
Mirador  on  peut  atteindre  sans  rencontrer  d'accident  de 
terrain,  en  suivant  la  ligne  de  la  division  des  eaux  entre 
Esmeraldas  et  Guayaquil,  les  bords  du  Pacifique. 

Le  croquis  général  de  la  contrée,  le  lever  de  l'itinéraire, 
les  coupes  transversales,  la  ligne  barométrique,  etc.,  que 
j'aurai  l'honneur  de  transmettre  au  Ministère,  aerviront  de 
commentaire  à  cette  dœcription. 

Quant  aux  matériaux  pour  rétablissement  d'une  route,  le 
pays  que  l'on  traverse  les  contient  en  abondance. 

J'ai  fait  creuser  douze  puits  qui  m'ont  permis  de  consta- 
ter l'existence  de  comtes  de  gravier  à  des  profondeurs  va- 
riant de  030  à  1™10.  Le  sable  se  trouve  généralement  sous 
une  mince  couche  de  terre  végétale. 

Dans  la  région  de  San  Nicolas,  le  chemin,  sur  environ 
13  kilomètres,  serait  à  couper  dans  la  roche  vive.  Ces  ro« 
ches  (basaltes  assez  décomposés,  grès,  schistes  ardoisiers, 
conglomérats  basaltiques)  peuvent  être  (brisées  avec  de  la 
poudre,  et  cèdent  jusqu'à  1*50  de  profondeur  sous  l'effet 
de  la  pioche.  J'ai  recueilli  des  spécimens  des  différentes 
roches  que  l'on  rencontre  sur  la  route. 

Le  nombre  des  torrents  est  considérable,  mais  ils  ne  smit 


U  DÀVARA&AND.  459 

pas  larges,  et  la  rapidité  du  Tersant  toamé  vers  le  nord  em* 
pêche  les  fortes  croes. 

On  peut  donc  établir  des  ponts  en  bois. 

Tous  les  versants,  à  partir  du  43* kilomètre  (depuisQuito), 
sont  boisés,  et  les  troncs  d*an  mètre  de  diamètre  sur  60  mè- 
tres de  hauteur  abondent.  Aucun  pont  n'aurait  à  dépasser 
20  mètres  de  longueur.  Four  préserver  ces  ponts  de  Tin- 
fhienoe  du  climat  pluvieux,  on  pourrait  les  abriter  sous  des 
hangars,  couverts  de  feuilles  de  palmiers,  formant  des  toits 
imperméables. 

En  terminant  cet  aperçu,  il  est  utile  d'ajouter  que  la  ré- 
gion de  Bahia,  où  aboutirait  la  route,  située  sur  le  Paci"» 
fique^  jouissant  de  brisesdu  sud-ouest  qui  régnent  sur  cette 
partie  de  la  côte,  n'a  pas  le  climat  étouffant  et  horriblement 
malsain  de  Guayaquil  qui  se  trouve  à  70  kilométras  du 
Pacifique. 

A  un  autre  point  de  vue  encore  cette  route  est  intéres- 
santé  et  importante.  EUle  traverse  des  terrains  d'une  grande 
richesse  propres  à  être  utilisés  pour  la  culture  du  café,  de 
la  canne  à  sucre  et  du  cacao. 

A  partir  du  point  appelé  San  Florencio,  la  canne  à  sucre 
mûrit  en  vingt  mois  ;  au  Tanti,  en  douze  mois  ;  à  partir  de 
San  Miguel,  elle  mûrirait  probablement  en  huit  ou  neuf  mois . 


Ll  DÀMARALAND.  —  RÉSUMÉ  1>B  DEUX  LETTRES  DU 
P.  DUPARQUET  A  L'ABBÉ   DURAND  ^ 

Dans  la  première  lettre  écrite  à  Omarourou,  en  date  du 
7  mars  1879,  le  missionnaire  rectifie  une  assertion  qu'il  a 
faite  dans  son  précédent  mémoire  sur  les  populations  du 
Damaraland.  Au  rapport  des  chasseurs  du  Kaoko,  tous  les 
Cimbebas  du  Kaoko  ou  Kaoko-Damaras  n'ont  pas  émigré 
au  nord  du  Gounéne,  pour  échapper  aux  Namaquas.  Il  en 

i.  Communiqué  à  la  société  dans  sa  séance  du  6  août  1880. 


460  un   DilUARAUND. 

est  resté  un  grand  nombre  dans  les  montagnes  du  Kaoko 
ainsi  que  dans  les  îles  et  sur  la  rive  droite  du  fleuve. 

Ces  montagnes  sont  belles  et  leurs  terrasses  couvertes  de 
gras  pâturages  arrosés  par  de  nombreux  ruisseaux. 

Jusqu'ici  les  Gimbebas  étaient  hostiles  aux  Européens, 
mais  ils  commencent  à  se  montrer  plus  sociables.  Les  chas- 
seurs ont  dépeuplé  de  gibier  le  pays  qui  s'étend  entre 
rOrange  et  TOkavango  ;  maintenant  ils  sont  obligés  de  re- 
monter sur  les  rives  de  ce  cours  d'eai^  et  du  Gounéne.  Ils 
ont  noué  des  relations  amicales  avec  eux.  Ils  poussent  éga- 
lement leurs  expéditions  jusque  dans  la  vallée  du  Zam- 
bèse;  mais  son  insalubrité  les  force  de  venir  passer  la 
saison  pluvieuse  depuis  le  mois  de  juin  jusqu'au  mois  de 
novembre,  sur  les  montagnes  du  Damara. 

Pendant  cette  saison,  le  Gounéne,  l'Okavango  et  la  Chobé 
communiqueraient  ensemble,  car,  depuis  le  pied  des  mon- 
tagnes du  Kaoko  et  le  pays  d'Ovampo,  le  territoire  ne  se 
compose  que  d'une  vaste  plaine  basse  et  plate,  alors  inondée. 

Les  cartes  géographiques  resserrent  trop  le  territoire  des 
Ovampos;  il  s'étend  jusqu'aux  bords  de  l'Okavango  d'un 
côté,  et  les  tribus  de  ce  peuple  occupent  le  pays  situé  au 
nord  du  Libébé. 

Le  chef  de  celle  des  Yanganas  ayant  tué  un  chasseur 
américain,  les  boërs  d'abord  et  les  autres  chasseurs  ensuite 
lui  ont  infligé  un  sévère  châtiment.  Ils  ont  brûlé  son  village, 
puis  les  approvisionnements  renfermés  dans  les  silos,  et  la 
tribu  s'est  enfuie. 

La  seconde  lettre  est  datée  du  27  janvier  1880.  — Pen- 
dant le  cours  de  l'année*  dernière  le  P.  Duparquet  a  fait  un 
long  voyage  dans  l'Ovampo,  entre  le  Gounéne  et  FOka- 
vango.  On  est  resté  plus  de  six  mois  sans  avoir  de  ses  nou- 
velles et  nous  commencions  à  éprouver  des  inquiétudes 
sérieuses  sur  son  sort,  lorsqu'il  m'a  envoyé  cette  première 
lettre  qui  doit  précéder  son  journal  de  voyage. 

Il  se  borne  à  annoncer  cette  nouvelle  lettre  et  à  ajouter 


LE  DAHARALÂND.  461 

que,  dans  ce  voyage,  il  a  poussé  jusqu'à  16**30'  de  latitude 
australe. 

Il  y  joint  les  renseignenaents  suivants  qu'il  a  reçus  des 
chasseurs. 

M.  Harrisson,  chasseur  irlandais,  a  remonté  le  Gouuéne 
jusqu'au  pays  des  Ambouellas,  situé  par  15"  de  latitude  est, 
dans  sa  vallée  supérieure.  Le  pays  à  travers  lequel  le  fleuve 
coule  ne  se  compose  plus  d'une  plaine  basse  comme  dans 
rOvampo,  mais  il  est  accidenté  et  montueux. 

Dans  celte  contrée  la  culture  du  manioc  remplace  celle 
du  sorgho.  En  poursuivant  sa  route  à  Test,  de  l'autre  côté 
du  -fleuve.  M.  Harrisson  a  traversé  six  cours  d'eau,  et  est 
arrivé  sur  les  bords  d'un  affluent  de  l'Okavango  encore  plus 
considérable  que  cette  rivière. 

Ce  pays  est  accidenté,  et  renferme  des  arbres  (Je  la  fa- 
mille des  Protéacées  qui  croissent  dans  le  Transvaal  et  sur- 
tout dans  les  lieux  salubres. 

M.  Wills,  après  avoir  traversé  TOkavango  un  peu  plus 
au  sud  que  M.  Harrisson,  a  marché  vers  Test,  y  a  rencontré 
un  grand  affluent  de  cette  rivière  qu'il  appelle  Bancara,  du 
nom  d'une  tribu  qui  habite  ces  rives.  Le  P.  Duparquet  pense 
que  c'est  le  Couito  de  M.  Brochado.  Au  mois  de  mars  1879 
il  l'a  traversé  et  en  a  suivi  les  bords  orientaux  jusqu'à  sa 
jonction  avec  l'Okavango,  qui  se  trouve  à  trente  milles  au 
nord  de  Libébé  un  peu  au-dessus  du  confluent;  cette  dernière 
rivière  avait  trois  milles  de  largeur. 

M.  Wills  pense  qu'au  sud  de  Libébé  elle  se  perd  au  milieu 
d'une  vaste  plaine  marécageuse  couverte  de  plantes  aquati- 
ques. Elle  en  sortirait  par  plusieurs  branches  :  la  Tonka, 
regardée  comme  la  principale  seraif  sa  continuation,  et  la 
Tamounaclé,  qui  rejoindrait  le  Zambèse. 

Sur  les  rives  de  l'Okavango,  le  chasseur  a  rencontré  des 
grands  arbres  aux  fruits  délicieux  semblables  à  des  abricots. 
Les  éléphants  en  sont  très  friands  ;  ils  viennent  les  secouer 
pour  en  manger  les  fruits. 


462  VOYAGE  AU  SOtJDAN  OCCIDENTAL, 

M.  Wills  vient  de  repartir  pour  ce  pays. 

D'autres  voyageurs  ont  exploré  la  vallée  du  Counéne  qui 
s'étend  entre  l'Ovampo  et  le  Kaoko.  Elle  est  habitée  par 
des  tribus  très  nombreuses  adonnées  à  Tagriculture.  Sa 
fertilité  est  aussi  grande  que  celle  de  l'Ovampo.  Le  Gounéne 
traverse  une  partie  du  Eaoko^  à  travers  un  déflié  très  étroit 
et  se  précipite  dans  son  bassin  supérieur  par  une  cataracte 
de  20  ihètres  de  hauteur.  A  partir  de  ce  point  ses  eaux  cou- 
lent dans  plusieurs  canaux  entre  les  montagnes  jusqu'à  six 
journées  de  la  mer. 

Une  colonie  de  boêrs  partie  du  Transvaal  depuis  plusieurs 
années  a  traversé  le  désert  Kalahari  pour  venir  se  fixer  sur 
les  admirables  et  salubres  terrasses  du  Kaoko .  Leur  princi^ 
pal  centre  est  à  six  journées  du  Counéne  et  à  trois  de 
rOvampo.  Ils  ont  exploré,  ainsi  que  plusieurs  chasseurs, 
tout  le  pays  qui  s'étend  entre  leurs  montagnes  et  la  mer* 
Grâce  aux  renseignements  qu'il  a  reçus  de  ceux-ci,  leP.Da- 
parquet  espère  pouvoir  envoyer  bientôt  une  carte  du  Raoko 
et  de  l'Ovampo. 

De  nouvelles  expéditions  doivent  partir  prochainement 
pour  la  vallée  du  Zambèse. 

En  terminant  sa  lettre,  le  P.  Duparquet  annonce  l'arrivée 
à  Omarourou  de  M.  Dufour,  membre  de  la  Société  de  Géo- 
graphie. Il  est  convaincu  que  les  travaux  de  ce  voyageur 
donneront  des  résultats  sérieux. 


VOYAGE  AU  SOUDAN  OCCIDENTAL.  —  LBTTBES  D9 
D'  LeNZ  a  m.  DuVETRiElt. 

Foumm  El-Hosàn,  13  avril  1880. 

Voilà  cinq  mois  presque  complets  que  je  suis  parti  de 
Paris,  et  pendant  ce  temps  j'ai  fait  des  voyages  asseï  éten* 
''\s,  qui  ne  seront  pas  sans  résultats  pour  la  géograpllie  : 


YOTIGB  Âtt  SOUBÂJN  OCCIDENTAL.  463 

d'abord  une  excursion  de  Tanger  à  Tétouanet  dans  le  pays 
montueuî  d*Andjira;  ensuite  un  voyage  de  Tanger  à  Pas, 
de  là  par  Meknasa  à  Rabat  et  à  Marr^ech  (Maroc).  De 
Marrakech  je  franchis  la  chaîne  de  l'Atlas,  entre  Imi-n- 
Tyanout  et  Emnisla  (Bouïbawen),  et  je  m'arrêtai  quelque 
temps  à  Taroudant)  dans  TOuâd  Soûs.  Je  continuai  mon 
voyage  en  passant  par  le  territoire  dangereux  des  Howara 
pour  arriver  chez  Sidi  Hosseïn,  fils  de  Sidi  Hechâm,  d'où 
j'ai  finalement  pénétré  chez  la  tribu  arabe  des  Maribda, 
dont  le  cheïkh,  Ali,  m'atrès  bien  accueilli.  L'endroit  d'où 
je  vous  écris,  appelé  Foumm  El-Hosàn  par  les  Arabes/ et 
Agadir  Aït  Selâm  par  les  Berbères,  est  situé  à  quelques 
lieues  au  nord  de  l'Ouâd  Dhra'a,  sur  TOuàd  Temenet^  au 
sud-ouest  d'Akka,  patrie  de  Mardochée,  avec  les  parents 
duquel  je  me  suis  abouché  à  Jlegh  (Sidi  Hechâm). 

Maintenant  il  s'agit  de  continuer  le  voyage  vers  Timbouk«^ 
tou  et)  si  le  cheïkh  Ali  ne  me  trompe  pas^  il  va  organiser 
une  petite  caravane;  car  lui-môme  fait  le  commerce  avec 
cette  ville.  A  la  fin  d'avril,  je  partirai  par  la  route  de  Ten- 
doùf  (tribu  des  Tazerkanl)  %  et  si  tout  va  de  soi^  à  la  fin 
de  mai  je  puis  être  à  Timbouktou» 

De  là  j'essayerai  d'arriver  à  Saint-Louis  du  Sénégal;  réus- 
sirai^je?  Je  n'en  sais  certes  rien;  c'est  une  tentative  comme 
on  en  a  fait  tant  d'autres.  En  tout  cas^  que  la  chance  me 
favorise  ou  non,  je  vous  prie  de  demander  à  la  Société  de 
Géographie  de  Paris  qu'elle  écrive  au  gouvernement  du 
Sénégal  pour  lui  annoncer  qu'un  voyageur  arrivera 
peut-être  de  ces  c6tés^  et  pour  lui  demander  de  lui  être 
secourable. 

Arawàn,  20  juin  1880, 

Le  10  juin  je  suis  arrivé  heureusement  à  Arawan  et  j'y 
ai  été  bien  reçu  par  le  chérif  et  par  la  population.  Demain 

1.  Probablement  mieux  Tàjakànt. 


464  LETTRE  DE  M.  LOUIS  BERTe 

je  poursuivrai  le  voyage  vers  Ticnbouktou,  qui  est  à  six 
marches  d'Arawân.  De  là  j'essayerai  de  gagner  les  forts 
français  sur  le  Sénégal. 

De  Saint-Louis  je  reviendrai  en  Europe  par  Mogador.  Je 
pense  être  à  Paris  au  mois  d'octobre.  Les  résultats  géogra* 
phigues,  etc..  sont  très  intéressants. 


LETTRE  DE  M.   LOUIS  BERT  AU  PRÉSIDENT   DE  LA 
COMMISSION   CENTRALE  ^ 

Roseaux  (Ile  de  la  Doinini<iae),  S6  avril  1880. 

Par  le  courrier  de  ce  jour,  je  vous  envoie  une  caisse  que 
je  vous  prierai  de  présenter  en  mon  nom  à  la  Société,  conte- 
nant: ((  un  poisson  armé  »,  «  cinq  grenouilles  »  communé- 
ment appelées  ici  «  crapauds  »  et  qui  sont  employées  dans 
l'alimentation  du  pays,  et  €  la  vessie  du  poisson  armé  ».  — 
Dans  la  caisse  vous  trouverez  une  pierre  qui  provient  de 
l'éruption  volcanique  du  4  janvier.  —  A  ce  propos,  je  dois 
vous  annoncer  que  le  lac  d'eau  bouillante  a  disparu  et  est 
à  sec.  En  son  lieu  et  place,  dans  le  lit  proprement  dit,  il 
existe  une  sorte  de  source  d'eau  bouillante  dont  l'eau  coule 
noirâtre  et  continuellement;  les  bords  du  lac  forment 
aujourd'hui  une  sorte  de  vaste  cône  presque  à  pic.  Formée 
de  feldspath,  de  matières  sulfureuses  et  de  pyrites,  la  source 
chaude  continue  de  couler  et  sort  du  lit  de  l'ancien  lac  par 
une  brèche  naturelle  pour  rejoindre  une  autre  rivière.  Une 
douzaine  de  petites  solfatares  et  de  geysers  se  sont  formés 
dans  les  vallées  avoisinantes  ;  l'aspect  entier  du  district 
sulfureux  a  changé  ;  sous  peu,  je  ferai  mon  possible  pour 
aller  jusque-là  et  vous  envoyer  des  vues  photographiques 
3ur  verre,  que  je  vous  prierai  de  faire  mettre  sur  papier  (car 
ici  je  ne  peux  pas  transporter  les  clichés  sur  papier). 

1.  Communiquée  à  la  Société  dans  sa  séance  du  21  mai  1880. 


Veuillez  me  faire  connaître^  si  vous  déi^irez  pour  la  Société 
de  Géographie  des  échantillons  de  soufré  naturel  cristallisé^ 
fonds  de  mer,  poissons  ou  animaux^  plantes  sèches,  fougè-^ 
res  ou  autres,  en  un  mot  me  désigner  ce  dont  vous  auriez 
besoin  pour  les  collections  de  la  Société* 


NOTE  RELATIVE  A  L  ANTHROPOLOGIE  DU  TONG-KING, 
PAR  LE  DOCTEUR   J.   HARMAND  K 

Paris,  le  2  août  1880. 

Dans  le  dernier  fii^/teïm  de  la  Société,  M.  Romanet  du 
Caillaud,  continuant  l'étude  très  intéressante  qu'il  a  entre- 
prise sur  le  Tong-king,  parle  des  populations  sauvages  de 
cette  région,  et  avance  certaines  opinions  qui  semblent  peu 
conformes  à  la  réalité. 

«  C'est,  (dit-il  à  propos  des  Mu'o'ngs),  l'ancienne  race 
»  aborigène,  d'où  est  sortie  la  race  annamite  ;  mais  elle  n'a 
»  pas  été,  comme  celle-ci,  modifiée  par  l'influence  du  sang 
))  chinois  et  par  la  civilisation  du  Céleste  empire.  » 

M.  Romanet  du  Caillaud,  quelques  lignes  plus  bas,  ajoute  : 
«  Les  M u'o'ngs  se  distinguent  encore  des  Annamites  par  un 
))  teint  plus  blanc,  une  taille  plus  haute,  un  caractère  plus 
»  simple  et  plus  franc.  » 

Il  y  a  dans  ces  deux  paragraphes,  des  erreurs,  qui  tien- 
nent à  ce  que,  d'abord  M.  du  Caillaud  n'a  pas  vu  les  choses 
par  lui-même,  pui§  à  ce  qu'il  a  établi  sa  laborieuse  compila- 
tion sur  des  documents  fournis  par  des  missionnaires,  qui 
ne  sont  nullement  naturalistes  et  ne  se  doutent  guère  de 
toutes  les  données  indispensables  pour  élucider  les  problè- 
mes d'anthropologie. 

Il  est  impossible  d'admettre  des  analogies  aussi  étroites 
entre  les  sauvages  et  les  Annamites.  Nous  n'avons  pas  mal- 
heureusement jusqu'ici,  les  chiffres  et  les  mesures  néces- 

1.  Lue  à  la  Société  dans  sa  séance  du  6  août  1880. 

soc.  DE  GÉOGR.  —  NOVEMBRE  1880.  XX.  —  30 


466     NOTE  RBLATIVE  A  L'ANTHROPOLOGIE  BU  TONO-KINO. 

saires  pour  discuter  la  question  d'une  façon  vraiment  scien- 
tifique. Mais  les  quelques  types  que  j'ai  pu  observer  pendant 
mon  séjour  au  Tong-kiag  me  permettent  cependant  de 
penser  que  les  sauvages  du  Ninh-binh  se  rapprochent 
beaucoup  des  tribus  du  massif  d'Attopeu  et  du  S6-bang« 
hieng,  c'est-à-dire  qu'ils  appartiennent  à  une  race  extrême* 
ment  différente  des  Annamites. 

On  s^accorde  généralement  à  regarder  ces  derniers  comme 
dérivant  d'une  souche  dont  le  berceau  remonte  beaucoup 
plus  haut  vers  le  nord,  en  un  centre  qui  a  servi  de  point  de 
départauxtrois  grandes  familles  indo-chinoises  :  les  Birmans, 
les  Thays  et  les  Annamites  ;  car  il  n'est  pas  douteux  que  ces 
trois  races  n'aient  les  plus  grandes  affinités. 

Quant  à  la  question  de  savoir  quelles  modifications  les 
infusions  de  sang  chinois  ont  imprimé  au  type  annamite, 
elle  n'est  pas  encore  aussi  simple  à  résoudre  que  le  pense 
M.  Roraanet  du  Gaillaud.  A  mon  avis,  le  sang  malais  a  joué 
ici  un  rôle  bien  autrement  important.  Du  reste,  si  les  Anna- 
mites avaient  divergé  du  type  sauvage  par  la  superposition 
du  type  chinois,  ils  seraient  devenus  plus  grands,  et  à  la  fois 
plus  blancs  que  les  sauvages  ;  or,  c'est  précisément  le 
contraire  qui  s'observe. 

Je  ne  sais,  en  effet,  sur  quelles  observations  l'auteur  s'ap* 
puie  pour  dire  que  les  Mu'o'ngs  sont  plus  blancs  que  les 
Annamites  ;  c'est  contraire  à  toutes  les  idées  reçues. 

Je  me  permettrai  de  combattre  encore  une  affirmation  très 
nette  de  l'auteur,  qui  dit  en  propres  termes  :  «  l'idiome  des 
))  M u'o'ngs  est  un  patois  similaire  de  la  langue  annamite  ; 
»  toutefois,  ils  le  prononcent  d'une  manière  si  étrange, 
»  qu'il  est  absolument  inintelligible  pour  les  Annamites,  n 

Que  M.  Romanet  du  Gaillaud  prenne  des  informations 
plus  complètes,  —  il  est  probable  qu'il  en  trouverait  au 
séminaire  des  Missions  étrangères,  —  et  il  verra  qu'il  a  été 
certainement  induit  en  erreur.  Quelques  sauvages  peu- 
vent, il  est  vrai,  parler  un  patois  annamite  •—  bien  qu'une 


NOTE  REXiTIVE  A  L'ANTHROPOLOGIE  DU  TONG-KING.     467 

langue  pareille  ne  comporte  guère  de  patois,  —  mais 
ce  sont  ceux-là  seulement  qui  sont  depuis  longtemps  en 
contact  avec  les  envahisseurs.  Quant  aux  autres,  leur  langue 
doit  différer  radicalement  du  langage  monosyllabique  et  . 
variO'tonû  des  Annamites.  Je  vais  du  reste,  de  mon  côté, 
faire  en  sorte  de  trancher  la  question  par  des  documents 
plus  précis. 

Poursuivailt  ma  leotura,  je  ïdèverai  encore,  page  303, 
la  phrase  suivante  :  «  La  race  mu*o*ng  forme  une  petite 
»  nation  de  trois   à  quatre  cent  mille  hommes.  » 

Je  n'ai  rien  à  dire  sur  le  chiffre;  ici,  toutes  les  hypo- 
thèses sont  permises  ;  mais  j*estime  que  le  terme  nation^ 
appliqué  à  des  tribus  qui  n*ont  entre  elles  qu'un  lien  excès-, 
sivement  faible,  est  impropre.  *--  Ce  n'est  pas  toutefois  une 
discussion  de  grammaire  que  je  soulève  ici.  J'ai  en  vue 
une  conséquence  politique  infiniment  pius  sérieuse  :  les 
Mu'o'ngs,  extrêmement  divisés,  morcelés  à  l'infini,  sont 
incapables  aujourd'hui  de  se  constituer  en  nation,  et  par 
conséquent  de  former  un  tout  capable  d'inspirer  aux  con^ 
quérants  la  moindre  crainte. 

Enfin,  pourquoi  M.  du  Gaillaud  confond-il  des  branches 
de  la  science  aussi  différentes  que  le  sont  Tanthropologie^ 
l'ethnographie  et  l'histoire  ? 

Toutes  ces  réserves  faites,  c'est  un  plaisir  pour  moi  de 
i^connaitre  l'utilité  du  travail  très  étudié  de  M.  Romanet  du 
Gaillaud,  et  je  le  remercie  notamment  d'avoir  eu  la  bonne 
pensée  de  résumer  l'histoire  des  insurrections  tong-kinoises 
récentes,  sur  lesquelles  nous  n'avions  que  des  idées  très 
vagues* 


ACtES  ht  t  SbCIËtÉ 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES 


Séance  du  45  octobre  1880. 

PRÉSIDENCE  DE  M.  A.  GRANDIDIER. 

Le  procès^ verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  et  adopté. 

Lecture  est  donnée  de  la  correspondance. 

MM.  Greffier,  Roy,  Antoine,  Dijon  et  Molteni  remercient  de  leur 
nomination  comme  membres  de  la  Société.  —  M.  Tabbé  Desgodins 
adresse  ses  remerciements  à  la  Société  pour  le  prix  Logerot  qui  Jui 
a  été  décerné  en  récompense  de  ses  travaux  au  Tibet.  A  l'heure 
actuelle,  Tabbé  Desgodins  achève  de  composer  deux  dictionnaires  : 
l'un  tibétain-latin-français,  l'autre  latin-français-libétain.  —  La 
Compagnie  générale  des  allumettes  chimiques  remercie  la  Société 
d'avoir  prêté  son  concours  pour  réaliser  l'application  de  cartes  géo- 
graphiques sur  l'une  des  faces  des  boîtes  d'allumettes  du  type  le 
plus  répandu.  —  Le  Ministre  de  la  Marine  et  des  Colonies  adresse  à 
la  Société  diverses  cartes  et  instructions  nautiques,' compléments  des 
publications  hydrographiques  déjà  offertes.  —  M.  le  contre-amiral 
Mouchez,  directeur  de  l'Observatoire,  envoie  à  la  Société  les  der- 
niers volumes  des  Annales  de  l'Observatoire.  —  M.  le  consul  général 
de  France  à  Leipzig  offre  à  la  Société,  par  l'intermédiaire  du  Minis- 
tère des  Affaires  étrangères,  les  3*  et  4®  livraisons  de  l'Atlas  publié 
par  les  soins  du  docteur  Andrée.  —  M.  Dumaine,  libraire  éditeur, 
fait  don  à  la  Société  d'un  ouvrage  de  statistique  sur  les  forces  mili- 
taires de  la  Russie  par  le  capitaine  Weil.  —  M.  Miguel  Vicente 
de  Abreu  promet  à  la  Société  divers  opuscules  sur  les  Indes  portu- 
gaises et  demande  à  être  admis  au  nombre  des  membres  correspon- 
dants. —  La  Société  de  géographie  de  Lisbonne  informe  la  Société 
que,  par  décret  du  12  août,  la  Commission  permanente  de  Géographie 
près  Je  Ministère  de  la  Marine  et  des  colonies,  s'est  fondue  dans  la 
Société  de  géographie  de  Lisbonne.  La  bibliothèque  et  les  archives 
dépendront  désormais  de  cette  dernière  Société.  —  La  Société  de 

1.  Rédigés  par  le  docteur  Harmand* 


SÉANCE  DU  15  OCTOBRE  1880.  469 

géographie  commerciale  de  Porto  fait  part  de  sa  fondation,  qui  a 
eu  lieu  le  10  juin  1880,  tricentenaire  de  Camoëns.  —  L'Institut 
géographique  international  fondé  à  Berne  (en  1880)  adresse  une  cir- 
culaire faisant  connaître  le  but  de  sa  fondation.  —  M.  Trépagne, 
maire  de  Forges-1  es-Bains  (Seine-et-Oise),  informe  la  Société  qu'il 
S'occupe  de  répandre  l'enseignement  de  la  géographie  dans  son  canton , 
principalement  au  moyen  du  musée  horticole  qu'il  a  fondé  en  1877, 
àLimours.  —  M.  le  vice-recteur  de  l'Académie  de  Paris  remercie 
la  Société  des  prix  qu'elle  a  décernés  aux  lauréats  du  concours  gé- 
néral. Les  élèves  couronnés  sont  :  l'élève  Fèvrii,  du  collège  Rollin, 
l*"'  prix  de  géographie  en  mathématiques  élémentaires,  et  l'élève 
Grand,  du  lycée  Charlemagne,  1*"^  prix  de  géographie  en  rhétorique 
—  M.  Ragozine  de  Moscou  fait  hommage  à  la  Société  du  pre  mie 
des  neuf  volumes  qu'il  compte  faire  paraître  sur  le  Volga.  —  Le  contre, 
amiral  Brossard  de  Corbigny,  commandant  en  chef  de  la  division 
navale  du  Pacifique,  demande  à  la  Société  de  lui  fournir  les  instruc- 
tions qu'elle  jugera  convenables.  —  M.  Ledoulx,  consul  de  France 
à  Zanzibar,  adresse  au  Président,  par  l'intermédiaire  du  Ministère 
des  Affaires  étrangères,  deux  rapports  sur  les  résultats  de  l'explo- 
ration du  voyageur  Thomson,  qui  vient  d'arriver  à  Zanzibar,  et 
sur  la  mort  de  MM.  Carter  et  Cadenhead  (renvoi  au  Bulletin).  — 
M.  le  consul  général  de  la  République  du  Salvador  à  Paris,  adresse 
à  la  Société  un  mémoire  de  M.  Goodyear  sur  les  éruptions  volcani- 
ques survenues,  en  1879  et  1880,  dans  la  région  d'Ilopango,  dépar- 
tement de  San-Salvador. 

La  parole  est  donné  au  docteur  Harmand  pour  communiquer  à  la 
Société  les  nouvelles  qu'il  a  reçues  du  docteur  Neïs,  médecin  de  la 
marine  en  Cochinchine.  Le  docteur  Neïs,  chargé  par  M.  Lemyre 
de  Villers,  gouverneur  de  la  colonie,  d'une  exploration  chez  les  Mois 
(sauvages)  du  nord-est  de  la  Cochinchine,  a  rapporté  un  nombre  con- 
sidérable de  mensurations  de  ces  peuplades  aussi  intéressantes  que 
peu  connues.  Le  docteur  Neïs  se  propose  de  continuer  ses  études  et 
de  pousser  plus  loin  ses  recherches,  dont  les  résultats  seront  com- 
muniqués à  la  Société. 

M.  E.  Cortambert,  comme  président  de  la  commission  de  l'ortho- 
graphe géographique,  expose  l'état  des  travaux  de  cette  commission 
et  dit  que  pendant  plusieurs  mois  M.  l'abbé  Durand  et  lui  se  sont 
activement  occupés  de  leur  tâche,  à  laquelle  le  général  Parmentier 
malade,  et  M.  deUjfalvy,  absents  de  Paris  ont  été  empêchés  de  prendre 
part.  Dans  quelque  temps,  la  liste  de  tous  les  noms  dont  l'ortho- 
graphe paraît  devoir  être  améliorée  sera  soumise  à  la  Société.  Parmi 
les  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  l'orthographe  géographique^ 


470  PROCÊS-VERBAUX. 

M.  Gortambert  cite  M.  Henry  Mager,  qui  vient  de  publier  un  travail 
relatif  à  la  prononciation  des  noms  géographiques.  La  partie  qui 
concerne  l'Europe  est  excellente,  mais  celle  qui  a  pour  objet  l'Orient 
lui  parait  moins  parfaite.  M.  Gortambert  dépose  cet  ouvrage  sur  le 
bureau.   • 

M.  Duveyrier  donne  lecture  de  plusieurs  passages  de  deux  lettres 
adressées  d*Aden  par  M.  Révoil  à  M.  Maunoir  et  à  lui-même.  Ge 
voyageur  annonce  qu'il  a  trouvé  partout  le  plus  aimable  accueil,  les 
autorités  anglaises  se  sont  montrées  pleines  de  bienveillance  à 
son  égard.  Le  résident  politique,  capitaine  Hunter,  qui  écrit  en  ce 
moment,  avec  l'aide  des  missionnaires  et  du  Père  Taurin,  une 
grammaire  Somalie,  et  une  étude  sur  les  races,  a  été  assez  bon 
pour  communiquer  à  M.  Hévoil  les  placards  qui  pourront  lui  être 
fort  utiles. 

M.  Révoil  partit  le  dimanche  1 1  septembre  pour  Meraya  chez  les 
Medjourtines  après  avoir  dédoublé  ses  bagages  et  provisions,  de 
façon  à  constituer  une  réserve  en  cas  d'accident,  et  en  même  temps 
ne  pas  avoir  un  matériel  trop  volumineux.  Quelques  courriers  l'ont 
précédé,  et  l'un  d'eux  a  dû  lui  faire  préparer  une  hutte  pour  sa 
première  station.  Il  a  enrôlé  quatre  Somalis  sur  lesquels  il  croit 
pouvoir  compter.  L'un  d'eux  est  son  ancien  domestique  Ali  Farah. 
Parmi  les  trois  autres  figure  un  jeune  Scribe  de  douze  ans,  qui  écrit 
fort  bien  l'arabe. 

M.  Révoil  compte  rester  à  Meraya  deux  mois,  pour  y  récolter  des 
spécimens  de  la  flore  et  de  la  faune  des  montagnes  du  littoral.  Il 
gagnera  ensuite  Karkar  pour  y  passer  la  saison  des  pluies,  car  au 
dire  des  naturels  il  ne  faut  pas  songer  à  gagner  les  Dolbohantes  ou 
Ouyadines  à  cette  époque.  Le  Nogal,  d'habitude  peu  fourni  d'eau, 
déborde,  et  les  inondations,  formant  un  immense  lac  et  des  marais 
malsains,  chassent  sur  les  hauteurs  tous  les  nomades  avec  leurs 
troupeaux. 

Le  Secrétaire  général  donne  des  nouvelles  de  M.  de  UjCsdvy  qui 
lui  écrit  d'Omsk  (2i  septembre),  où  il  était  depuis  la  veille.  Les 
communications  postales  ayant  complètement  cessé  entre  Orenbourg 
et  Tachkend,  la  mission  a  été  forcée  de  prendre  la  route  de  Sibérie 
pour  se  rendre  dans  le  Turkestan.  Les  voyageurs  comptent  se  rendre 
à  Tachkend  par  Semipalatinsk,  Sergopol  et  Tchemkendi  et  pourront 
y  être  à  la  fin  du  mois.  G'est  là  qu'ils  arrêteront  leurs  projets  pour 
l'hiver  prochain.  La  mission,  composée  de  M.  de  Ujfalvy,  de  M.  Bon- 
valot  (zoologie  et  topographie),  et  de  M.  Gapus  (botanique,  géologie 
et  paléontologie),  est  très  bien  outillée,  et  les  voyageurs  espèrent 
être  à  même  de  rendre  de  sérieux  services  à  la  science  française. 


SÉANCE  DU  15  OCTOBRE  1880.  471 

Le  Secrétaire  général  donne  quelques  extraits  d'une  lettre  de 
H.  Charles  Huber,  qui  était  arrivé  au  Djauf  et  allait  s'engager  dans' 
la  traversée  du  Nefoûd,  pour  gagner  le  Djebel  Chammar,  et  de  là, 
revenir  à  Djeddah  pour  repartir  ensuite  vers  le  sud-est. 

Le  Secrétaire  général  communique  ensuite  des  renseignements 
qui  lui  sont  fournis  par  M.  Kractzer,  consul  de  France,  à  Saint- 
Jean-de-Terre-Neuve,  sur  M.  Pavy,  débarqué  au  cap  Alexandre,  dans 
le  Smith  Sound  avec  deux  ans  de  vivres.  11  a  obtenu  du  gouverne- 
ment anglais  la  permission  d'user  des  provisions  du  capitaine 
Nares.  M.  Pavy  écrira  de  Disko  et  plus  tard  de  Port  Foulke. 
M.  Kractzer  tiendra  la  Société  au  courant  des  projets  et  des  décou- 
vertes de  M.  Pavy. 

M.  Gaulbiot  a  reçu  des  nouvelles  de  M.  Marche,  datées  de  Ma- 
nille. Le  voyageur  se  trouvait  en  bonne  santé  à  Manille  au  moment 
du  tremblement  de  terre,  et  plusieurs  journaux  espagnols  louent 
hautement  le  dévouement  dont  M.  Marche  a  fait  preuve  dans  cea 
circonstances  douloureuses. 

Le  Secrétaire  général  apprend  à  la  Société  que  M.  Grevaux  ac- 
compagné de  M.  Lejanne,  du  marin  Purban  et  du  noir  Apatou 
devait  débarquer  le  26  août  à  Savauilla,  près  de  l'embouchure  du 
fleuve  Magdalena,  qu'il  remontera  en  vapeur  à  huit  ou  neuf  jours.  De 
là,  en  trois  jours  de  marche,  il  gagnera  Bogota.  Les  habitants  inter- 
rogés ne  savent  absolument  rien  sur  le  Uaupôs  qui  est  la  continua- 
tion directe  du  Rio  Negro,  le  plus  grand  affluent  de  l'Amazone. 

Un  Anglais,  A.  R.  Wallace,  a  tenté  deux  fois  l'exploration  de 
cette  grande  rivière,  mais  a  été  obligé  de  se  retirer  devant  les 
nombreuses  chutes  qui  interceptent  son  cours.  Son  équipage  a  été 
bien  vite  épuisé  en  luttant  contre  le  courant.  <  Tenter  l'exploration 
de  cette  rivière  en  la  remontant,  serait,  dit  le  D'^  Grevaux,  s'ex- 
poser à  un  insuccès  certain.  Il  faudrait  sept  mois  pour  aller  de 
Manaos  aux  Andes,  puisque  le  Rio  Negro  ne  mesure  pas  moins  de 
sept  cents  lieues.  Il  faut  que  j'attaque  le  taureau  par  les  cornes. 
Nous  allons  nous  jeter  vers  les  sources  de  la  rivière  et  le  courant 
nous  portera  vers  l'Amazone.  Ge  procédé  très  simple  est  exposé  à 
un  grand  écueil.  Qui  me  dit  que  je  serai  dans  les  eaux  du  Uaupès? 
Quel  ne  serait  pas  mon  désappointement,  si  après  quinze  jours  de 
descente,  je  me  trouvais  nez  à  nez  avec  un  affreux  Ouitoto  du 
Yapura,  ou  bien  si  j'atteignais  la  ville  d'Aûgostura  dans  TOréno- 
que...Si  nous  tombons  juste,  notre  voyage  sera  rapide,  vertigineux; 
il  nous  faudra  moins  de  trois  mois  pour  traverser  toute  l'Amérique 
équatoriale.  » 

Le  Président  annonce  à  l'assemblée  la  présence  du  D'  Rey,  ar- 


472  PROCÉS-VERBAUX . 

rivé  récemment  deson  voyage  enMalaisie.  La  Société  aura  bientôtle 
plaisir  d'entendre  le  D"^  Rey  lui  faire  le  récit  de  ses  explorations. 

Le  colonel  Perrier  annonce  à  la  Société  le  départ  tout  récent  de  la 
mission  qui  doit  explorer  la  région  comprise  entre  le  haut  Sé- 
négal et  le  Niger.  Placée  sous  le  commandement  du  chef  d'esca- 
dron Desbordes,  de  Tartillerie  de  marine,  elle  a  pour  but  d'étudier 
le  terrain  que  doit  traverser  la  voie  ferrée.  Elle  comprend  une 
brigade  topographique  placée'  sous  les  ordres  du  conunandant 
Derrien  ;  une  troupe  de  sept  cents  hommes  est  chargée  d'assurer  la 
sécurité  de  la  colonise  et  de  construire  les  fortins,  sortes  de  postes- 
comptoirs  qui  doivent  jalonner  la  route. 

Les  travaux  commenceront  à  Bafoulabé  au  confluent  du  Bakhoy 
et  du  Ba-ûng.  On  déterminera  les  positions  géographiques  et  les 
altitudes  des  sommets,  cols,  plateaux,  ainsi  que  la  conGguratîon  des 
vallées,  leur  largeur,  leur  profondeur,  etc.  En  un  mot,  on  réunira 
de  précieux  éléments  géographiques. 

M.  J.  Jackson  dépose  sur  le  bureau  le  rapport  des  délégués  de  la 
Société  aux  congrès  de  Nancy  et  de  Reims. 

Le  comte  Me.yners  d'Estrey  fait  une  intéressante  communica- 
tion sur  le  voyage  du  D*"  Bock  à  Bornéo.  Parti  de  Jangaroung,  à  la 
côte  est  de  cette  île,  le  courageux  naturaliste  a  pénétré  d'abord 
dans  le  nord  en  suivant  le  cours  du  Mahakkan,  jusqu'à  Mouara 
Kaman,  et  ensuite  le  Klintjon  jusqu'à  Longwai.  Sur  tout  ce  par- 
cours, il  rencontra  peu  d'habitants.  Au-dessus  de  Longwai,  près  des 
frontières  du  Brounei,  il  visita  pour  la  première  fois  la  tribu  des 
Orang-Poonan  ou  Olo-otto,  sauvages  vivant  dans  les  forêts  sans 
même  se  construire  de  cases  pour  abri.  Un  fait  étrange  signalé 
chez  cette  peuplade,  est  le  teint  particulièrement  clair  des  femmes, 
celui  des  hommes  étant  très  foncé;  le  D''  Bock  vit  même  des 
femmes  blondes  comme  des  Européennes. 

Après  avoir  exploré  le  nord  du  Koutée,  le  voyageur  s'est  dirigé 
vers  le  sud,  en  suivant  d'abord  les  affluents  du  Mahakkan,  jus- 
qu'à peu  de  distance  de  leurs  sources,  pour  descendre  ensuite  le 
bras  du  Barito,  et  gagner  enfin  Bandjer-Masing  où  il  arriva  le 
31  décembre  de  Tannée  dernière.  Il  est  donc  le  premier  explora- 
teur qui  ait  fait  la  traversée  de  Bornéo,  de  la  côte  est  à  la  côte 
sud.  Les  résultats  de  son  voyage  sont  très  satisfaisants,  surtout 
en  ce  qui  concerne  l'ethnographie  des  Dayaks. 

Le  D**  Ballay  annonce  que  M.  Savorgnan  de  Brazza,  après 
aYoir  construit  et  aménagé  une  station  à  Mashogo,  au  confluent  de 
a  rivière  Passa  et  de  rOgôoué,  y  a  laissé  deux  Européens  et  s'est 
DÛS  en  route  pour  le  Congo*  il  était,  au  14  juillet,  à  la  ligoe  de 


SÉANCE  DU  15  OCTOBRE  1880.  473 

séparation  des  bassins  du  Congo  et  de  rOgôoué.  Le  D'  Ballay  va 
partir  dans  quelques  jours  pour  rejoindre  M.  de  Brazza.  M.  Mizon, 
enseigne  de  vaisseau,  chargé  par  l'Association  internationale  afri- 
caine de  diriger  la  station  de  Mashogo,  partaveclui  pour  remonter 
rOgôoué  ;  sept  cent  cinquante  hommes  engagés  p^r  M.  de  Brazza 
les  attendent  au  bas  du  fleuve.  Ils  doivent  remonter  jusqu'à  FAlima, 
et  s'embarquer  sur  cette  dernière  rivière  pour  gagner  le  Congo. 

Le  Président,  à  la  suite  de  cette  communication,  vivement  ap- 
plaudie par  toute  l'assemblée,  s'exprime  en  ce*s  termes  :  «  Je  n'ai 
pas  à  appeler  l'attention  de  la  Société  sur  l'importance  du  voyage 
que  vont  entreprendre  M.  de  Brazza,  et  le  D'  Ballay  et  sur  la  mis- 
sion que  va  remplir  l'enseigne  de  vaisseau  Mizon.  Ce  voyage  ou- 
vrira à  la  science  et  à  la  civilisation  Tune  des  régions  de  l'Afrique 
les  plus  intéressantes,  d'autant  plus  intéressante  pour  nous  qu'elle 
est  limitrophe  d'une  de  nos  colonies.  Le  passé  de  M.  Ballay,  dont 
les  succès  antérieurs  sont  présents  à  la  mémoire  de  tous,  nous 
répond  de  l'avenir  ;  nous  souhaitons  vivement  qu'il  réussisse  dans 
son  entreprise. 

>  Bien  que  la  mission  confiée  à  M.  Mizon  par  la  section  française 
de  l'Association  internationale  africaine,  ne  doive  pas  le  conduire 
aussi  loin,  la  tâche  n'en  est  pas  moins  fort  belle  et  fort  utile 
puisque  c'est  sur  lui  que  nous  comptons  pour  avoir  la  connaissance 
complètedu  bassin  del'Ogôoué,  tant  au  point  de  vue  géographique  et 
économique  qu'au  point  de  vue  de  l'histoire  naturelle.  Nous  lui 
souhaitons  aussi  le  succès  que  mérite  son  dévouement  à  la  science. 

9  Soyez  sûr.  Monsieur  Ballay,  que  la  Société  de  Géographie  vous 
suivra  dans  vos  explorations  avec  le  plus  vif  intérêt,  et  dites  bien 
à  votre  digne  compagnon,  M.  Savorgnan  de  Brazza,  qui  vous  at- 
tend là-bas  sur  le  seuil  de  l'inconnu,  que  nos  vœux  ne  cessent  de 
l'accompagner.  > 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerts. 

Sont  inscrits  sur  le  tableau  de  présentation  pour  qu'il  soit  statué 
sur  leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  Eugène  Plazoiles, 
ingénieur  civil,  entrepreneur  du  chemin  de  fer  de  Porto  Alègre  à 
Uruguayana  (Brésil),  présenté  par  MM.  Maunoir  et  Thoulet  ;  — 
Michel  Lelong,  capitaine  d'artillerie  ;  Ernest  Liédot,  sous-chef  du 
contentieux  au  chemin  de  fer  d'Orléans,  présenté  par  MM.  le  gé- 
néral Poizat  et  le  commandant  Gibouin  ;  —  le  vicomte  Maurice 
d'Âuxais,  secrétaire  titulaire  de  la  Direction  de  l'Intérieur  à  Saigon, 
présenté  par  MM.  le  vicomte  A.  Benoist  d'Azy  et  Maunoir; —  Alban 
Fournier,  docteur  en  médecine;  Charles  Austin,  présentés  par 
MM.  Maunoir  et  James  Jackson  ;  —  Emile  Désiré  Kractzer,  consul 


474  PROCËS^YERBàUX. 

de  France  à  Saint-Jean-de-Terre-Neuve,  présenté  par  MM.  Maunoir 
et  Meurand;  —  Jean  Bertot,  architecte,  présenté  par  MM.  Léoa 
Gallet  et  Léon  Poirier  ;  —  le  baron  Godefroy  de  Villebois,  présenté 
par  MM.  Grandidier  et  Maunoir;  —  Léon  Philos,  présenté  par 
MM.  Duyeyrier  et  Tardiveau; —  le  docteui*  Le  Prieur,  médecin 
major  de  h^  classe  au  il^  régiment  de  chasseurs  à  cheval,  pré- 
senté par  MM.  le  vice  amiral  de  La  Roncière-le-  Noury  et  Maunoir; 
—  Léon  Vuaflarti  agent  de  change,  présenté  par  MM.  Maunoir  et 
Lucien  Dufour  ;  —  T.  Auge,  armateur^  présenté  par  MM.  le  doc- 
teur Ballay  et  Maunoir  ;  —  Jean-Marie  Orcel,  capitaine  au  !22*  ré- 
giment d'artillerie,  présenté  par  MM.  le  général  Poizat  et  le  com- 
mandant Gibouin  ;  —  Charles  Gachet,  présenté  par  MM.  le  colonel 
Chanoine  et  Maunoir. 
Laséance  est  levée  à  10  h.  1/4. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ 


Sianet  «t»  6  févritr  1880. 

HîBROGRAPillE  OFFICE  U.  S.  •—  List  of  lights  oftho  North,  Baltic,  and  whUe 
scas,  inclnding  Deninark,  Prussia,  Russia,  Sweden  and  Norway,  eorrectcd 
to  dec.  iS,  1879.  Washington,  1879.  Broch.  in-8o. 

A.  G.  Menogal.  ->"  Inter-Oceanie  canal  projects.  1879.  Broch.  in-8*. 

James  Jackson. 

J.  B.  Paqcier.—  Histoire  de  Tunité  politique  et  territoriale  delà  France. 

Paris,  1879-1880.  3  vol.  ln.8o.  ACTecr. 

Ëlte  comprend  ^ensemble  de  conférences  ftiites  à  Versailles.  L'auteur  considère 
celte  unité  comme  tmnfiUte*  U  décrit  depuis  «m  orig^iiie  jusqu'au  milieu  du 
z*  siècle  :  1°  à  quelle  époque  a  commencé  cette  formation  de  l'unitd  politique 
et  territoriale  ;  9*  quelles  causes  l'ont  préparée  ;  3<>  quels  obstacles  se  sont  long- 
temps opposés  à  ta  réalisation  de  cette  grande  ouvre. 

ELISÉE  Reclus.  —  Nouvelle  Géographie  universelle,  la  Terre  et  les 
hommes.  Livraisons  283  et  284.  Paris,  1880.  Gr.  in-8^  Adteur. 

A.  E.  NordenskiÔld.  —  Sur  la  possibilité  de  la  navigation  commerciale 
dans  la  mer  glaciale  de  Sibérie.  Stockholm,  1879.  Broch.  in-8«* 

Auteur, 

Mnn STÈRE  DES  TRAVAUX   PUBLICS.  —  Chemins  de  fer  français   d'intérêt 

.  général.  Recettes  de  Texploitation  pendant  les  trois  premiers  trimestres 
des  années  1879  et  1878.  Paris,  1880.  1  feuille  in-4». 

Ministère  des  travaux  publics. 

Vœux  exprimés  par  la  chambre  de  commerce  de  Bordeaux  de  1872  ^ 
1879  au  sujet  des  tarifs  douaniers,  des  traités  de  commerce,  du  com- 
merce [extérieur  de  la  France  et  de  la  marine  marchande.  Bordeaux, 
1880.  1  voL  in4o.  Chambre  de  commerce  de  Bordeaux, 

A.  Robert  de  Goderville.  —  Rapport  à  la  Société  centrale  d'agriculture 
de  la  Seine-Inférieure  sur  la  question  des  traités  de  douanes.  Rouen, 
1879,  Broch.  in4». 

Société  centrale  d'agriculture  db  la  Seine-inférieure. 

Annuaire  de  l'Observatoire  de  Montsouris  pour  l'an  1880.  Paris,  1  vol.  in- 
24.  Observatoire  DE  Montsouris. 

Marine  Survey  department  of  Calcutta.  —  Bay  of  Bengal  seaface  of 
the  soonderbuns.  Mutlah  river  to  the  Chittagong  coast.  Calcutta,  1879. 
1  feuille.  Marine  Survey  department  of  Calcutta. 

Séance  du  20  février  1880. 

D.  Augustin  de  la  Cavada.  -*-  Historia  geografica,  geologica,  y  estadistica 
de  Filipinas.  Manila,  1876.  2  vol.  in-8^  Auteur. 

Description  étendue  de  ce  groupe  d'Iles  «ous  le  rapport  géographique,  météorolo- 
gique, statistique  et  commercial.  Cartes. 


476  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

Censo  de  poblacion  del  arzobispado  de  Manila  perteneciente  al  ano  de  1877. 
Manila,  1878.  in-f .  L.  Dudemaine,  Consul  de  France. 

Edward  P.   Lull,   Frederick  Collins.  —  Reports  of  explorations  and 
surveys  for  the  location  of  intcroceanic  ship-canals  through  the  Isthmn 
of  Panama,  and  by  the  valley  of  the  river  Napipi,  by  U.  S.  Naval  ex- 
péditions, 1875.  Washington,  1879.  1  vol.  in-4».         Lient.  F.  Coluns 

Ministère   des  travaux  publics.  —  Chemins  de  fer  français  d*intérè 
général.  Documents   statistiques  relatifs  à  Tannée  1876.  Paris,  1879. 
Vol.  in-4o.  Ministère  des  travaux  pdbucs. 

Rapports  du  Conseil  suisse  aux  gouvernements  des  États  qui  oot  participé 
à  la  subvention  de  la  ligne  du  Saint-uothard  sur  la  marche  de  cette 
entreprise  dens  la  période  du  1"  octobre  1878  au  30  septembre  1879. 
Berne,  1879.  Gr.  in-4». 

Rapport  mensuel  n<*  85  du  Conseil  fédéral  suisse  sur  Tétat  des  travaux  de 
la  ligne  du  Saint-Gothard  au  31  décembre  1879.  Berne,  1880.  Gr. 
in-io.  Conseil  fédéral  suisse. 

ROBIDÉ  van  der  Aa.  —  Reizen  naar  nederlandsch  Nieuw-Guinea  in  de 
jahren  1871,  1872,  1875-1876,  door  de  heeren  P.  Van  der  Crab  en 
J.  E.  Teysmann,  J.  G.  Coorengel  en  A.  J.  Langeveldt  van  Uemert  en 
P.  Swaan.,  Sgravenhage,  1879.  1  vol.  in-8o. 

Institut  géographique  et  statistique  des  Indes  néerlandaises. 

Ramon  Lista.  —  La  Patagonia  austral,  complemento  del  «  Yiaje  al  pais  de 
los  Tehuelches.  »  Buenos  Aires,  1879.  Broch.  in-8''.  Auteur. 

Étude  d'ensemble  sur  le  pays,  les  habitants  actuelâ  et  antérieurs  ;  continuation  d'une 
relation  d'un  voyage  de  l'auteur  au  pays  des  Tehuelches.  Il  s'intéresse  principa- 
lement aux  richesses  minières  qui  sont  assez  abondantes. 

Tableau  synoptique  de  la  statistique  et  de  la  géographie  du  Chili,  1878-1879. 

Santiago  de  Chile,  1879.  Broch.  in-8«. 
Henry  Yiile.  —  An  essay   introductory  to  capt.  Gill's  journey   entitled 

«  The  river  of  Golden  Sand.  »  London,  1880.  Broch.  in-8».       AutedR- 

Le  savant  colonel  Yulc  résume  les  découvertes  récentes  dans  les  hauts  plateaux 
de  la  Chine,  où  le  Kin-sha,  «  rivière  au  sable  d'or  »,  prend  sa  source.  Il  fait 
l'hydrof^raphie  des  fleuves  voisins.  Il  considère  le  voyage  du  capitaine  Gille 
comme  un  des  plus  importants  dans  la  Chine  occidentale. 

Annual  report  of  the  curator  of  the  muséum  of  comparative  zoôlogy  at 
Harvard  collège,  to  the  président  and  fellows  of  Harvard  collège  for 
1878-1879.  Cambridge,  1879.  Broch.  in-8».  Alexander  Agassiz. 

Df  J.  G.  Rein.  —  Der  Nakasendo  in  Japan.  Nach  eigenen  Beobachtungen 
und  Studien  in  Anschiuss  an  die  Jtincrar-Aufnahmc  von  Ë.  Knipping. 
(Ërganzungsheftn''  59  zu  «  Petcrmann's  Mittheilungen.  »)  Gotha,  1880. 
Broch.  in-8°.  JusTUS  Perthes. 

Louis  Vossion.  —  Études  sur  llndo-Chine,  Birmanie  et  Tong-Kin. 
Paris,  1880.  Broch.  in-8<*.  Auteur. 

Exposition  des  événements  qui  ont  précédé  la  situation  actuelle,  du  rôle  nouveau 
que  cette  situation  crée  a  l'Angleterret  et  la  conduite  qu'elle  semblo  imposer 
à  la  Franoe. 


6.  àAtlTÉRÉÀt!.  —  L'Abysslnlô  et  les  intérêts  français  dans  le  centre  de 
l'Afrique.  Paris,  1879.  Bi-och.  irt-4*.  Auteur. 

<  L'Abys&inié  peut  devenir  ane  Inde  nouvelle  *  poui*  là  France.  La  richesse  de  son 
sol  peut  être  pour  le  commerce  une  source  avantageuse  de  proGts,  Création  d*uiie 
Société  pour  l'exploiter. 

Prosper  Bouniceau.  —  De  Paris  au  Cap  ou  le  chemin  de  fer  Transsaha- 
rien.  Paris,  1880.  Broch.  in-8*.  Auteur. 

Association  internationale  africaine.  N"  2.  Journal  et  notes  de  voyage 
de  la  première  expédition,  1879.  Bruxelles.  Broch.  in-8^ 

Association  internationale  africaine. 

Cette  livraison  contient  :  le  rapport  sur  la  marche  de  M.  Carabier  de  Tabora  à 
Karema,  où  il  va  fonder  une  station  hospitalière,  et  une  lettre  concernant  les 
difficultés  qu'il  éprouve  dans  cette  installation. 

Le  comte  de  Marsy.  —  Une  excursion  à  Saint-Antoine  de  Viennois. 
Arras,  1878.  Broch.  in-S".  Auteur. 

Ministero  d'agricoltura,  industria  e  commercio.  —  Bilanci  communaïi. 
Anno  XVI,  1878.  Roma,  1879.  1  vol.  in-4".  —  Annali  di  statistica. 
Série  2a.  vol.  10,  1879.  Roma,  1  vol.  in-8^ 

Ministero  d*agricoltura,  industria  e  commercio. 

Ergebnisse  der  Beobachtungsstationen  an  den  deutschen  Kiisten  ûber  die 
pfaysikalischen  Ëigenschaften'der  Ostsee  und  Nordsee  und  die  Fischerei. 
Jahrgang  1879  Hefte  Vill,  IX.  Berlin,  1879.  in-4*. 

Commission  de  la  mer  de  Kiel. 

Elisée  Reclus.  —  Nouvelle  Géographie;  la  terre  et  les  hommes.  Livrai- 
sons, 285,  286.  Paris,  1888.  Gr.  in-8o.  Auteur. 

La  Géographie  aux  Congrès  de  TAssociation  française  pour  TAvancement 
des  Sciences,  à  Lille,  1874,  Nantes  1875,  Clermont-Ferrand  1876,  Paris, 

1878.  4  Broch.  in-8o.  James  Jackson. 
Spécimens  d*un  passage  de  la  Bible  traduit  en  134  langues,  par  les  soms 

de  la  Société  biblique  britannique  et  étrangère.  Londres,  1872.  Broch. 
in-8o.  James  Jackson. 

L.  Lan.  —  Plan  topographique  de  la  commune  de  Marseille  et  des  com- 
munes environnantes.  Ii20,000*.  Paris,  1879.  4  feuilles. 

Société  de  Géographie  de  Marseille. 

Société  archéologique  de  Constantine.  —  Plans  des  bains  dePompéia- 
nus  à  Oued-Atménia,  à  42  kilomètres  de  Constantine.  5  feuilles. 

Société  archéologique  de  Constantine* 

Carte  inédite  du  Mississipi,  œuvre  de  l'explorateur  Louis  Joliet  (1674) 
publiée  par  M.  Gabriel  Gravier.  Rouen,  1  feuille.     Ludovic  Drapetron. 

Atlas  général  composé  de  34  cartes  colorées  et  gravées  sur  cuivre.  Gotha, 

1879.  1  vol.  in-4o.  James  Jackson. 
Petit  Atlas  départemental  de  la  France  contenant  102  cartes  coloriées. 

3e  édition.  Paris,  in-8^  James  Jackson. 

Chemin  de  fer  trans  saharien,  tracé  par  l'Oued  Mya.  1  feuille.  —  Profils 
des  tracés  par  TOued  Mya  et  l'Oued  Lua.  1  feuille.  Paris. 


478  ocrynAGEs  offerts  a  la  socifrË. 

Séance  du  5  mars  1880. 
Publications  du  dépôt  des  cartes  et  plans  »b  l4  marins. 

J.  Reyertégat.  — -  Notice  météorologique  sur  les  mers  comprises  entre 
la  Chine  et  le  Japon.  Paris,  1879.  In-4o. 

Renseignements  nautiques  sur  quelques  tles  éparses  de  Tooéan  Indien 
sud.  Paris,  1879.  1  vol.  in-8^. 

Contre-amiral  Mouches,  *—  Instruotions  nautiques  sur  les  côtes  de  l'Al- 
gérie. Paris,  1S79.  1  vel.  in-8«. 

Paul  Gave.  »  Patagonie.  Détroit  do  Magellan  et  canaux  latérauv.  Cap 
Horn  et  Terre  de  Feu.  Instruction.  Paris,  1889. 1  vol.  in-8*. 

Gh.  Ph.  de  Kerhallet  et  a.  Le  Gras.  —  Instructions  nautiques  sur  les 
tles  du  Cap  Vert.  Paris,  1879.  Broch.  in*8«. 

Océan  Pacifique  Sud.  Nouvelles  Hébrides,  îles  Banks  et  Archipel  de  Saota 
Crus.  Paris,  1879.  Broch.  in-8^ 

Océan  Pacifique  Sud.  Les  îles  Salomon.  Paris,  1879.  Broch.  in*8*. 

Océan  Pacifique  Sud.  Iles  WalUs.  Paris  1879.  Brooh.  in-8^ 

lies  Philippines.  Renseignements  sur  les  iles  de  Manille  à  Ilo-llo,  à  Zebu 
et  à  Samboagon.  Paris,  1879.  Broch.  in-8''. 

Gaussin.  -*  Annuaire  des  courants  de  marée  de  la  Maaciie  pour  l'aa  1880. 
Paris.  1880.  1  vol.  in-16». 

Annuaire  des  marées  de  la  basse  Gochinchine  et  du  Tong-Kin  pour 
l'an  1880.  Paris,   1879.  Broch.  in-12o. 

Cartes.  —  N»»  3622,  3629,  3658,  3661,  3662,  3664,  3669,  3676,  3678, 
3687  à  3689,'  3692  à  3691,  3696,  3699  à  3710,  3712,  37U  à  3716,  3718, 
3721,  3724,  3727.  Dépôt  des  cartes  et  plans  de  la  marine* 

J.  £.  NoURSE.  —-  Narrative  of  the  second  Artic  expédition  made  by  Charles 
F.  Hall  :  his  voyage  to  Repuise  Bay,  sledge  journeys  to  the  straits  of 
Fury  and  Hecla  and  to  King  William's  land,  and  résidence  among  the 
Eskimos  during  the  ycars  1864-69.  Washington,  1879.  1  vol.  in«4«. 

Auteor. 

Réunion  des  documents  ëpars  laissés  par  l'explorateur  et  achetés  par  le  Con- 
grès des  Etats-Unis.  Ils  commencent  à  l'expédition  de  Franklin  (1845).  U 
premier  voyage  de  Hall  eut  lieu  de  1860  à  186i;  il  en  a  fait  le  récit  dans  ses 
Arctic  researches;  au  second  voyage  il  résida  parmi  les  Esquimaux,  de  juin  186Î 
à  septembre  1860  ;  le  troisième  est  le  vovage  du  Polari»  oè  il  a  succombé  à  h 
maladie.  Bel  ouvrage»  avec  cartes  et  nombreuses  gravures.  , 

J.  Wour  H,  I.  LuKseH,  D»  J.  Kottstorfer.  —  Bericht  an  die  Kdniglich 
Ungarische  Seehehdrde  in  Fiume  uber  die  am  Bord  der  Dampfyacht 
•  Dell  «  und  des  Dampfbootes  >  Nautilus  »  im  Zeitraume  von  1874  bis 
1877  durchgefUhrien  physikalischen  Untersuchungen  ira  Adriatisobeo 
Meere.  Fiume,  1875-1878,  4  Broch.  in-8». 

Physikalische  Untersuchungen  in  der  Adria  dargestelU  in  vier  Berichten 
an  die  Kôniglich-ungarische  Seebehôrde  zu  Fiume.  Wien,  1878.  Broch. 
in-8«.  i,  LucMCE. 

Rapport  trimestriel  n°  29  du  Conseil  fédéral  suisse  aux  gouyerneaaeatf  des 
États  qui  ont  participé  à  la  subvention  de  la  ligne  du  Saint*Goihard  nr 


OUVRAfiES  OITERTS  ▲  hk  SOCifiTÉ..  419 

U. marcha  <le  cette  entreprise  dans  la  période  du  l®*^  octo];(re  au  31  dé- 
cembre 1879.  Berne,  1880.  In-fo. 
Rapport  mensuel  n*"  86  du  Conseil  fédéral  suisse  $ur  l'état  def  travaux  d« 
la  ligne  du  Saint-Gothard  au  31  janvier  1880.  Berne,  1880.  In-f». 

Conseil  itédéral  suisse. 

Fàuch«r  DR  Saint-Maurice.  ^  Promenades  dans  le  gpolf\9  Saint-Laurent. 

Québec,  1879.  1  vol.  in-16*.  AUTÇUR. 

fimbarcRié  ^  bor4  4'ua  qayir^  allant  raviUiiller  loi  pluures  du  folf^  Vattteur  décril 
les  péripéties  de  sa  croisière,  lès  souvenirs  qui  9e  rattachent  aux  îles  nombreuses, 
et  présente  des  considérations  sur  cette  nature  sauvage  et  pittoresque* 

Alfred  R.  Wallacb. —  Stanford*s  compendium  of  Oeography  and  Travel. 

Australaaia.  iondon  1879,  i  vol.  in-8<>.  Acheté. 

Les  documents  nouveaux  qui  sont  fournis  de  tou«  cdtés  suf  cette  partie  du  monde, 
avaient  besoin  d'être  coordonnés  dans  un  nouvel  ouvrage    de  fond.  On  y  trouve 


pour 
de  rôcéan~ Pacifique  et  l'histoire  des  îles,  même  lei    plus  insigni^aQtes.    Cartes 
et  gravures. 

H.  W.  BATES.  —  Stanford*s  compendium  of  Geography  and  Travel.  Central 
America,  the  West  Indies  and  South  America.  London,1878.  1  vol.  in*8^ 

Acheté. 

Commercial  Reports  by  Her  Majesty*8  Consuls  iu  Japan«  1878.  London. 
1879.  1  vol.  in-8^ 

Papers  relating  to  Her  Majesty*s  colonial  possessions.  Reports  ^or  1876, 
1877  and  1878.  London,  1879.  1  vol,  ia-8"'.  Jacques  Arnould. 

£.  Ayuonier.  —  Dictionnaire  Khmêr-Français.  Saigon,  1878.  1  vol  in-8% 

Les  mots  ont  été  classés  pour  les  consonnes  en  suivant  Tordre  le  plus  rationnel, 
celui  que  présente  l'alphabet  indigène.  La  base   de  transcription    est  la  même 

Sue  celle  choisie  pour  le   sanscrit,    avec  addition  de  quelques  combinaisons.  Ce 
ictionoaire  «  forme  un  tableau    suffisamment  complet  et  détaillé  de  la  langue 
usuelle  ».  Il  est  Tœuvre  d'un  professeur  qui  a  été  aussi  élève. 

Ëtat   de  la  Gochinchine  française  pendant  Tannée  1878.  Saigon^  1879; 

Broch,  in-4*. 
Gochinchine    française.    Excursions    et    reconnaissances.     n°   1^   1879^ 

Saigon,  1880. 1  vol.  in-8^  Gouvernement  de  la  Gochinchine. 

Réunion  de  mémoires  sur  dififérents  sujets  intéressant  notre  colonie.  Ce  fascicule 
contient  entre  autres  :  un  mémoire  sur  le  Ga-mau,  Texploitatidn  des  plumes,  une 
exploration  dans  le  Rach-gia,  à  Gautfao  et  Loug-xuyen,  Tapprofondissement  du 
canal  de  Vint-té,  etc. 

Sabin  Berthelot.  —  Antiquités  canariennes  ou  annotations  sur  Torigine 
des  peuples  qui  occupèrent  les  îles  Fortunées,  depuis  les  premiers 
temps  jusqu'à  Tépoque  de  leur  conquête.  Paris,  1879.  1  vol.  tn-4°. 

Auteur, 

Siyets  traités  :  1°  Origine  et  rapport  entre  les  populations  libyques-numidiques  et 
les  anciens  habitants  des  Fortunées;  2°  l'invasion  des  Ibères  et  des  Basques, 
Celtes  et  Berbères  ;  S**  inscriptions  lapidaires  et  leur  transcription  ;  4°  antiquités 
Canariennes  aux  époques  préhistoriques  et  mégalithiques. 

Ahédée  Tardieu.  —  Géographie  de  Strabon.  Traduction  nouvelle.  Tome 
troisième..  Paris,  1880.  1  vol.  in-lô".  Auteur. 

Vivien  de  Saint-Martin.  —  Dictionnaire  de  géographie  universelle.  12' 
et  13^  fkscicules.  Paris,  1880.  In-4°i  Hachette»  éditeur. 


ËusÉË  RfiCLUé.  >-«  Nouvelle  Géographie  uûiverselte  ;  la  Vétte  et  les  hoitiiàés. 

Livraisons,  287  à  290.  Paris,  1880.  Gr.  in-So.  AtJTEtm. 

Jules  Leclergq.  ^  Le  Tyrol  et  le  pays  des  Dolomites.  Paris,  1880.  i  voli 

in-12*.  Auteur. 

Les  Alpes  Dolomitiques  doivent  leur  nom  au  géologue  Dolomieu»  qui,  le  premier,  ob- 
serva leur  slructure.  Cette  région  peu  connue  est  une  des  plus  pittoresques 
des  AJpes  ;  «  la  nature  s'y  révèle  dans  son  inépuisable  fécondité,  dans  ses  ca- 
priées  les  plus  étranges.  » 

B'  Louis  GOHPANTO.  —  Histoire  naturelle,  du  département  des  Pyrénées- 
Orientales.  Perpignan,  1861-1864.  3  vol.  in-8«. 

Cette  monographie  embrasse  la  description  des  vallées,  le  règne  animal,  le  rcgnd 
végétal,  et  la  géologie.  Il  est  le  fruit  de  quarante  ans  d'études  sur  les  lieux,  et 
de  la  réunion  de  documents  fournis  par  de  nombreux  collaborateurs,  c  Notre 
but  principal,  dit  l'auteur,  est  de  dévoiler  les  richesses  variées  d'un  département 
peu  connu  parce  qu'il  est  isolé  dans  un  coin  de  la  France.  » 

—  Exposé  du  projet  d'expositijon  des  Pyrénées-Orientales  à  l'Exposition 
universelle  de  1878.  Compte  rendu  des  dépenses  faites  pour  son  exécu- 
tion. Perpignan,  1878.  Broch.  in- 8©. 

—  Quelques  mots  sur  la  station  thermale  de  Molitg-les-Bains  (Pyrénées- 
Orientales).  Perpignan,  1878.  Broch.  in-8''. 

—  Simple  mot  sur  les  eaux  minérales  du  département  des  Pyi'énécs- 
Orientales  et  sur  l'urgente  nécessité  d'iine  nouvelle  analyse.  Lettre  à 
M.  le  docteur  Paul  Massot.  Perpignan,  1877.  Broch.  in-lô».        Auteur. 

Ministero  d'agricoltura,  iNDUSTRiA  E  COMMERCIO  Di  iTALiA.  —  Annali  di 
statistica.  Série  2a,  vol.  11, 1880.  Roma,  1  vol.  in-8*. 

MlNISTERO   D'AGRICOLTURA,  INDUSTRIA  E  COMMERCIO  BI   ItALIA. 

EMILE  Gartailhac.  —  Matériaux  pour  l'histoire  primitive  et  naturelle  de 

l'homme.  2*  série.  Tome  X,  1879.  Feuilles  31  à  35.  Toulouse.  In-8o. 

Auteur. 
G.  Ripley  et  Ch.  A.  Dana,  editors.  —  The  new  American  Gyclopaedia.  A 

popular  dictionary  of  gênerai  knowledge.  New- York,  1860-1863.  16  vol. 

in-8".  '  Ch.  Maunoir. 

Delesse.  —  Carte  agronomique  du  département  de  Selne-et-Marne.  1864- 

1878.  1/500  000*  Paris.  2  feuilles.  Auteur. 

Pyrénées-Orientales.  Carte  hydro  minéro-thermale.  Photographie.  1  feuille. 

D*"  Louis  Companyo. 
Taschen-Atlas  iiber  aile  Theile  der  Erde  nach  dem  nuesten  Zustande,  in 

24  Karten.  Nach  Stieler's  Hand-Atlas  verkleinert.  Gotha,  1880.  1   vol. 

in-24o.  James  Jackson. 

Le  comte  Louis  de  Turenne.  ^—  Quatorze  mois  dans  l'Amérique  du  Nord. 

Paris.  1879.  2  vol.  in-16«.  Auteur. 

D'   Joseph    Chavanne.    —    Central-Asien.    1/5,  000,000e.   Wien,    1880. 

1  feuille.  AUTEUR. 


Le  Gérant  responsable^ 
C.  Maunoir, 

Secrétaii*c  général  de  la  Commission  centrale. 


PARIS.  —  IMPRIMERIE   DE  E.  MARTINET,  RUE  MIGNON,  2 


JntUeiiti  dtf  fa  Soci 


Sco^màrm/âSÛ 


^ttlletùv  dc'  lo'  Soeù 


<-^\j'\/\^jfyy'^-^yS^ 


\  J-       t    »  • 


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MÉMOIRES,  NOTICXiS 


NOTICE 

SUR 

LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAA 

Par   H.   de  CASTRIES 


Scbdou,  le  15  juillet  1879. 

Nous  aurions  voulu  ne  pas  commencer  cette  notice  par 
une  considération  personnelle,  mais,  comprenant  tout  ce 
quUl  y  a  d'imparfait  dans  ce  modeste  travail,  nous  ne 
croyons  pas  pouvoir  le  présenter  sans  expliquer  la  place 
qu'il  devait  occuper  dans  une  étude  plus  importante  dont 
nous  avions  conçu  le  plan  à  Sebdou  et  qu'un  déplacement 
inopiné  nous  a  obligé  à  interrompre  au  moins  momentané- 
ment. 

Le  Sud  marocain  et  le  Sahara  occidental,  tel  eût  été  le 
titre  de  notre  étude  ;  ce  double  titre  était  le  seul  convenable 
pour  la  description  de  deux  régions  qu'il  est  impossible  de 
séparer  l'une  de  l'autre. 

Ce  travail,  dont  nous  n'avons  pu  que  réunir  les  élé- 
ments, devait  comprendre  tout  le  pays  qui  s'étend  de  l'est  à 
l'ouest,  entre  l'Oued  Saourà  et  l'Atlantique,  et  du  nord  au 
sud,  entre  le  grand  Atlas  et  le  parallèle  d'Ouadan. 

Il  se  serait  composé  des  six  parties  suivantes  : 

1"  Partie.  —  Région  située  entre  l'Oued  Saoura  et  le  Tafi- 
lala,  à  laquelle,  en  l'absence  de  toute  autre  dénomination 

1.  Voir  la  carte  jointe  à  ce  numéro. 

soc.  DE  GÉOGRv  —  DÉCEMBRE  1880.  XX.  —  31 


498  NOTICE   SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAÂ. 

géographique  S  on  peut  donner  l6  nom  de  Zegdou  (les 
confédérés). 

Le  mot  zegdoUy  qui  n'est  pas  dans  le  kamous,  désigne,  en 
Algérie,  toute  troupe  de  guerriers  appartenant  à  des  tribus 
différentes.  Les  populations  dti  Sud-Ouest,  d'humeur  re- 
muante et  belliqueuse,  étant  presque  toujours  en  campagne, 
ce  mot  a  fini  par  prendre,  dans  cette  région,  la  signifi- 
cation restreinte  de  Gontiàgents  armés  :  des  Doui  Menia, 
des  Ouled  Djerir,  des  Béni  Guil,  etc.  A  ce  titre,  il  nous  a 
paru  pouvoir  s'appliquer  convcntiminelleni^nt  à  la  région 
qui  nous  occupe. 

Cette  convention  n'est  pas  d'ailleurs  plus  rigoureuse  que 
celle  qui  a  fait  donner  longtemps  à  une  partie  de  l'Europe 
centrale  le  nom  de  Confédération  germanique. 

2"^  Partie.  —  Tafilala,  comprenant,  outre  le  Tafllala  pro- 
prement dit»  les  petits  états  de..OuadZiz,,Guers»  El  Kbanek 
Medagbera  et  Er  Reteb. 

Cette  [partie,. ainsi  que  la  précédente,  a  été  étudiée  par  le 
regretté  général  Dastugue,  alors  lieutenant-colonel,  quiavait 
publié,  en  1861,  une  belle  carte  de  ces  régions  et  en  faisait 
espérer  une  description  ^  aussi  détaillée  que  possible. 

3°  Partie.  —  Oued  Draâ  et  districts  circonvoisins,  tels 
que  :  Eerkla,  Todgha,  Ousikisi,.Aït-Saoun,  Dades,  Seddrat, 
Askoura^  Ouarzazat,  etc. 

C'est  cette  région. dont  nous  tentons  aujourd'hui  la  des- 
cription. En  l'état  présent,  elle  sera  très  incompjète,  et 
nous  ne  la  regardons  que  comme  une  ébauche,  comme 
une  reconnaissance  préalable  du  terrain,  destinée  à  cir- 

1.  Le  nom  de  Reraber  (pluriel  de  Berber),  qae  les  indigènes  de  TAIgérie 
donnent  aux  tribus  (}ai  campent  aux  environt  de  l'OneA  tiuireéda  TOiied 
Draâ,  ne  s^appUque  pas  d'una  façon  détermina  à  uA^foupa  da  pop^ulations. 
Kous  l'avons  rejeté  à  cause  de  son  sens  trop  vague  et  aussi  parce  qi^*ii  a 
le  grand  tort  de  faire  supposer  une  division  ethnographique  qui  n*exisle 
nullement. 

1.  Quelques  mots  au  sujet  de  Taftlelt,  etc.  (Extrait  du  Bulletin  de  la  So- 
ciété de  Géographie^  avril  1867,  paga.337.) 


NOTICE  SUR  LA.  RÉÛION  DE  U'OUED  DRAÂ.  499 

conscrire  le  champ  de  nos  informations  et  à  donner  plus  de 
coordination  aux  recherches  ultérieures. 

4'  Partie,  —  Oued  Sous.  Grâce  à  des  informations  nom- 
breuses et  par  suite  de  Tattrait  tout  particulier  qu'elle  nous 
offrait^,  nous  avons  approfondi  Télude  de  cette  contrée,  la 
plus  riche  du  Maroc,  le  jardin  de  l'Afrique  centrale,  «un  des 
plus  beaux  pays  du  monde  »,  dit  Graberg  de  Hemsô. 

S'il  nous  est  donné  de  combler  certaines  lacunes,  nous 
pourrons,  dans  un  bref  délai,  entreprendre  la  rédaction  de 
ce  travail. 

5*  Partie.  —  Entre  Draâ  et  Sous,  Cette  contrée  est  celle 
dont  la  géographie  est  le  moins  fix&e.  Sur  la  foi  de  voya- 
geurs mal  renseignés,  les  erreurs  le«  plus  grandes  ont  été 
accréditées  relativement  à  sa  géographie  physique  et  poli- 
tique«  C'est  ainsi  qu'il  est  presque  impossible  de  dire  au* 
jourd'hui  d'une  façon  précise  si  1 -appeUation  d'Oued  Noun 
s'applique  à  une  région,  à  une  ville  ou  simplement  à  un 
cours  d'eau. 

M.  Renou  *  divise  peut-être  trop  catégoriquement  cette 
région  en  deux  Etats  :  le  Sidî  Hichâm  et  l'Oued  Noun, 

Nos  informations  ne  nous  peirmettent-.  pas  encore  d'a- 
border la  description  détaillée  de  cette  contrée,  mais  nous 
sommes  déjà  en  mesure  d'avancer  que  les  divisions  poli- 
tiques, d'ailleurs  si  mal  déôuies  dans  l'intéi'iear  de  l'em- 
pire chériften,  n'existent  plus  dans  le  pays  qui  nous 
occupe. 

Au  Nord,  un  santon,  grâce  k  son  caractère  religieux,  au 
Sud  un  chef  plus  entreprenant  ont  réussi  à  acquérir  sur  les 
populations  indigènes  une  influence  relative.  Peu  à  peu  la 
tribu  la  plus  rapprochée  de  la  résidence  de  chacun  de  c^s 
personnages  a,  elle-même,  obtenu  une  certaine  hégémonie 
sur  les  peuplades  plus  éloignées;  son  nom  ou  celui  d'une 

i.  Description  de  Tempire  du  Maroc,  par  E.  Renou,  membre  de  la  com- 
mission scientifique  de  l'Algérie.  Tome  Vlil,  de  Tèxploration  scientiltque 
dé  l'Algérie,  p.  378. 


500  NOTICE  SUR  LA  RÉGlOlf  DE  L'OUED  IMIAJL 

de  ses  bourgades  a  prévalu  pour  désigner  la  zone  très 
circonscrite  où  s'étendait  cette  suprématie. 

Telle  est  Torigine  de  Tazeroualt  et  de  FOoed  !(oim. 

Tazeroualt  correspond  à  l'Etat  de  Sidi  Hichim,  aaqnri 
M.  Renou  fait  allusion.  Cette  dénomination  s'apfdîqiie  en 
propre  au  petit  cirque  que  forme,  à  sa  partie  supérieorey  la 
Yallée  de  l'Oued  el  Ghâs  et  qui  renferme  la  bourgade  de 
lUgh  et  le  tombeau  (Koubba)  de  Sidi  Abmed-Oo-Moiisn  *. 


i.  L'Oued  el  Ghis  est  leWholgrass  de  Davidson,  le  Onalghar  de  \i 
tare  et  le  Oued  OuelKâs  de  M.  Delaporte.  Beaucoup  dlndigèoes  appcDeafi 
encore  aujourd'hui  cetle  rÎTière  Ouelghââ.  Cette  déaominatîoa  Ticieue  a 
sans  doute  été  répandue  par  des  Berbères  ignorants  qui  ont  ré«m  le 
qualificatif  Oued,  en  syncopant  le  dal  par  euphonie,  au  mot  el  fîhis.  Os 
ont  fiût  ensuite  préeéder  cette  appellation  du  mot  berbère  Âssif  (rirîère» 
et  le  cours  d*eau  a  été  appelé  Assif  Ouelghâs.  Depuis,  des  indigènes 
naissant  l'arabe,  mais  ignorant  le  mot  originel  el  Ghâs,  ont  été 
désigner  cette  rivière  par  le  nom  de  Oued  Ouelghâs,  sons  lequel  IL  De* 
laporte  nous  l'a  fait  connaître. 

L'Oued  el  Ghâs,  lt)ued  Massa  et  TOued  Iligh,  contrairement  aux 
elusions  de  M.  Reoou,  ne  sont  que  les  noms  différents  d'une  seule  et 
rivière. 

11  n*est  pas  inutile  de  £ûre  remarquer  à  ce  sujet  que  l'expression  iUaga 
bi  (se  rencontrer  avec),  dont  se  servent  la  plupart  des  indigènes  dans  la 
description  d'un  cours  d'eau,  est  amphibologique  et  désigne  aussi  souvent 
le  changement  de  nom  d'une  même  rivière  que  la  rencontre  de  cette  ri> 
vière  avec  un  affluent.  Ces! ainsi  qu'en  décrivant  le  long  cours  duChélif, 
dont  rOued  Sebgague  (situé  dans  le  Djebel  Amour)  forme  le  bassin  supé- 
rieur, nu  indigène  dira  :  l'Oued  Sebgague  se  rementre  avec  rOned  el 
Baidha;  l'Oued  el  Bafdha,  avec  l'Oued  Thouil  ;  l'Oued  Thouil,  avec  l'ùutd 
Mekhaoula;  l'Oued  Mekhaoula,  avec  l'Oued  Tagguin,  etc.,  etc.  La  raisoa 
de  ces  nombreuses  appellations  qui  font  le  désespoir  des  explorateurs 
échappe  à  l'individu  habitué  aux  ririères  coulant  à  pleins  bords.  Elle  se 
comprend  en  Afrique,  où  les  eaux  s'échelonnent  dans  le  thalweg  principal 
à  de  lointains  intervalles.  La  source  d'amont  a  souvent  de  la  peine  à 
joindre  sa  voisine  d'aval.  Les  indigènes,  qui  suivent  cette  marche  des  eaux 
dans  les  lits  presque  toujours  desséchés  de  leurs  rivières,  décomposent  ces 
dernières  en  autant  de  cours  d'eau  qu'il  y  a  de  sources  importantes  sur 
le  thalweg  principal  et  donnent  à  chacun  de  ces  tronçons,  qu'ils  assimi- 
lent  à  une  ririère  distincte,  un  nom  différent.  On  conçoit  alors  l'emploi 
de  l'expression  illaga  ki  pour  indiquer  que  les  eaux  issues  de  ces  diverses 
sources  arrivent  à  se  joindre. 

Utte  fottsse  interprétation  de  ce  verbe  arabe  a  été  la  cause  de  nom* 
brtttiw  méprîMs  géogr^hiques. 


NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAA.  501 

Sidi  Ahmed-Ou-Moussa,  dont  le  descendant  actuel,  Sidi- 
el-Haoussin-Ou-Mouley  Hichâm,  réside  à  Iligh,  est  le  fonda- 
teur de  la  suprématie  de  Tazeroualt,  ainsi  que  de  Tordre 
religieux  qui  porte  son  nom  et  qui  fournit  de  baladins  toute 
l'Afrique  septentrionale. 

Le  pays  de  TOued  Noun,  situé  au  sud  de  Tazeroualt,  est 
appelé  aussi,  du  nom  du  personnage  qui  est  arrivé  à  y 
dominer,  Hakoum  Abid-Allah'Ou-Salem(Etat  de  Abid-AUah- 
Ou-Salem).  Les  représentants  actuels  de  cette  dynastie  sont 
deux  frères,  Mhammed  Ould  Beïrouk,  et  El  Habib  Ould 
Beïrouk,  qui  se  sont  partagé  le  pouvoir.  Ils  résident  à 
Aouguelmin. 

Tazeroualt  et  l'Oued  Noun  n'ont  jamais  dépendu,  en  réa- 
lité, du  Maroc.  Cependant,  d'après  l'auteur  du  Roudh-el- 
Kartas,  le  souverain  Almohade  Abdel  Moumen (1 159  av.  J.-G.) 
étendit  son  autorité  sur  ces  contrées  ;  le  puissant  émir 
ordonna  même  d'arpenter  son  vaste  royaume  et  fit  mesu- 
rer une  base  partant  de  Barka  et  allant  aboutir  à  l'Oued 
Noun. 

6''  Partie.  —  La  sixième  partie,  à  laquelle  conviendrait 
plus  spécialement  le  nom  de  Sahara  occidental,  eût  em- 
brassé le  littoral  saharien  depuis  l'Oued  Draâ  jusqu'au  pa- 
rallèle de  Ouadan. 

Les  renseignements  que  nous  avons  recueillis  jusqu'à  ce 
jour  nous  autorisent  à  affirmer  qu'il  n'y  a  pas  témérité  à 
tenter  l'étude  de  cette  dernière  partie  *. 


1.  Les  tribus  et  les  cours  d*eau  que  nous  avons  fait  figurer  dans  cette 
région,  sur  la  carte  d'assemblage,  ne  proviennent  que  des  renseignements 
de  nos  informateurs.  N*ayant  pu  faire  une  critique  suffisante  de  la  carte 
du  Sahara  central,  publiée  par  le  ministère  de  la  guerre  (1862),  nous 
n'avons  voulu  y  faire  aucun  emprunt. 

Les  embouchures  de  TOued  £ch  Ghibika,  de  Seguiet  el  Uamra,  de  TOued 
Draâ  et  de  l'Oued  Asaka,  sujet  de  tant  de  controverses  géographiques, 
ont  été  reconnues,  l'année  dernière,  par  M.  Fernandez  Duro,  officier  de 
la  marine  espagnole.  Nous  n'avons  pu  nous  procurer  la  carte  côtière 
dressée  par  ce  voyageur. 


502  NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  l'OUED  DRAÂ. 

Les  informateurs,  plus  rares  peut-être  pour  cette  région 
que  pour  les  cinq  autres,  ne  font  pas  cependant  absolument 
défaut.  Avec  quelque  patience,  on  peut  arriver  à  trouver 
non-seulement  dans  toute  TAIgérie,  mais  même  dans  un 
rayon  assez  restreint,  des  indigènes  appartenant  aux  prin- 
cipales tribus  du  littoral  saharien. 

Les  Tadjakan  fournissent  aux  tribus  sahariennes  un  cer*- 
tain  nombre  de  derres  (instituteurs).  Les  Ould  Delim,  les 
FouIIan,  les  Sissendi,  les  Trarza,  les  MôUat,  les  'Kenkat, 
etc.,  envoient  chaque  année  quelques-uns  des  leurs  dans 
le  Draâ  et  le  Sous  ;  la  plupart  de  ces  derniers,  après  un 
séjour  plus  ou  moins  prolongé  dans  ces  provinces,  pai^edt 
avec  les  bandes  de  travailleurs  qiii  arrivent  en  Algérie  à 
répoque  de  la  moisson. 

Cet  exposé  un  peu  long,  pour  lequel  nous  réclamons 
l'indulgence,  fera  peut-être  pardonner,  en  faveur  du  but 
que  nous  avions  1;eUté  d'atteindre,  ce  qu'il  y  a  d'imparfait 
dans  'l'aperçu  que  nous  donnons  aujourdTiuî  de  l*Oued 
Draâ. 

Ohêtha^auitmmzigkt.'^iOhelhaesile  ^ierme  par  lequel 
on 'désigne  le  dialecte  ibei^bère  parfê  au  Maroc.  Ge  mot  e^t 

arabe,  mais  il  a  prévalu  même  parmi  les  populations  em- 
ployant ce  dialecte,  sur  la  dénominationâe^lamazîjrM,  tirée 
du'V0oidtRi)akeide  leur 'langue. 

Une  transformation  «mlogue  pourrait  se  produire  en 
Europe  si  les  peuples  germaniques,  oubliant  le  mot 
tt  JDfiutaGh  »,  adoptaîfiDt  k  d&nomînationfffanQakie  ^  «  alle- 
mand 9»  çourdésigner  leur  langue. 

L'Oued  Draâ  est  la  première  région»  en  ^'avançant  de 
Figuig  vers  Touest,  où  le  chelha  soit  d-un  emploi  général. 
Les  Zegdou,  à  l'exception  des  populations  des  Ksours.  n'en- 
tendent que  l'arabe.  Quant  au  Tafilala,  qui  a  été  longtemps 

1.  Le  mot  «  allemand  »,  quoique  n'étant  pas  d'origine  «française,  a 
droit  de  cité  dam  notre  dictionnaire. 


NOTICE  SÛR  L^A  flÉdlON  «flE  l'oUÈB  DKAA  5W| 

le  sîèged'une  cour  chériflenne,  là  tefigue  du  Prophète  y  eàt 
parléfe  presque  excltiilvemem. 

Au-delà  du  Tâfilala,  dans  les  directions  nord,  nord-Oue»l^ 
et  Ouest,  le  chelha  se  suWtîtUè  h  l'sfwbe,  qui  ne  «reparaît 
plus  que  de  loin  en  loin  dfiMis  les  pays  de  pl)aine,'ôt  ftUx  wi- 
viirons  des  grandes  Tilles, 

'Lacotlnabsanee  du  chélba  seftàt  saus'ndl  doute  uu  pïé- 
ciéuï  auxiliaire  pour  la  géogfaphte  de  ces  contrées,  les 
lîeuK  empfuhtatnt  presque  toujtn/w^lettts'uoms  au  vocabu- 
laire de  k  langue  chelha. 

Malheureusement  le  chelha,  comme  les  autres  dialectes 
berbères, 'n^eiàt  pas  ûté  par  Técriiure.  Non  seuletnent  il  n'a 
pas  d^orlhographe,  ce  qui  n'est  qu-un  médiocre  ineonvé- 
iïîérlt,  'uistfs  'Il  n'a  môme  pas  de  prononciation.  'Les  sons 
éhangeiit  d'une  vallée  à  une  autre,  et,  Qommb  le  dit  le 
capitaine 'Hauoteau  ^  ils  oût-tous  une  iticro^ïibte  temâânce  à 
se  subiitifuefr  les  uus  aut  autre». 

Cette  phonétique  bizarre  n'est  pas  une  des  moindres  dif^ 
fi^ïultés  du  levé  par  renseignements  d'une  région  habitée 
pkr  des  Ghalouh  ^.  Les  informateurs  sont  rarement  asses 
éélairés  pour  counaltre  à  la  fois  les  deux  prononciadiotts 
d'un  même  nom  de  lieu,  et  ils  vous  amènent,  par  le  fait  de 
leur  ignorance,  à  mentionner  deux  localités  différentes  là 
où  il  n'en  existe  qu'une. 

•La  plaee  nous  manque  dans  cette  courte  notice  pour 
exposer  tes  *prîticîpales  permut^rtions  des  sotîs  dans  le  dia- 
lecte chélha.  On  se  fera  une  idée  de  ces  sub^titutiotis  en 
Usettit  leS'pag^'O^  le  capitaine  Hanoteau  énumàre  ces  va- 
riantes pourles  ahilôf^eis  des  Touareg  et  des  Zouaoua. 

Le  chelha  a  de  nonïbreuses  ressemblances  avec  ces  deux 
dialeotes  el,  Bëtif  «quelques  mots,  originaires  peut-être  du 

-t.  ^9!li  de  gilittimilire  kabyle  par  A,  H«inoteau,  eapitaine  du  génie, 
p.  13.  •--  -L-miWtff 'tteéet  otîvra%é  trè»  estimé  esl  ai^urd'hui  gértérah 

3.  Cfiefduh  \6«t  m  tmaûvt  pmipa  berbdre  qni  hstbUe  le  >Maroc;  son 
dialecte,  comme  on  l'a  vu,  s'appelle  le  chelh» 


504  NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAÂ. 

Guenaouia  S  les  principales  différences  que  Ton  constate 
entre  ces  trois  dialectes  ne  viennent  que  de  modifications 
phonétiques  '. 

Nous  ajouterons,  en  terminant  ces  considérations,  que 
notre  procédé,  pour  la  transcription  des  mots  chelha  en 
caractères  français,  a  consisté  à  reproduire  le  plus  exacte- 
ment possible  les  sons  prononcés  devant  nous  par  les  indi- 
gènes, sans  nous  préoccuper  du  peu  d'unité  qui  devait 
résulter  d'une  telle  méthode.  On  ne  sera  donc  pas  surpris 
de  voir  le  même  mot  écrit,  suivant  la  région,  de  façons  très 
différentes  (Id,  Ida,  Iddi.  —  AU,  Ouaït)  '. 

Pour  arriver  à  ce  but,  nous  écrivions  les  noms  chelha  en 
caractères  français,  sous  la  dictée  de  Tinformateur,  tandis 
qu'un  thaleb  les  écrivait  lui-môme  en  caractères  arabes. 
Nous  collationnions  ensuite  les  deux  listes,  en  présence  de 
l'informateur,  qui,  en  cas  de  désaccord,  non  dans  l'ortho* 
graphe,  mais  dans  les  sons  que  nous  reproduisions,  se  pro* 


i.  Il  ne  faut  pas  confondre  le  gtienaouto,  qui  est  la  langue  des  nègres  (de 
Guenaouia  vient  notre  mot  de  Guinée),  avec  le  génois.  Cette  erreur  a  été 
commise  par  M.  Amédée  Jaubert.  Le  savant  orientaliste,  traduisant  Edrici, 
dit  au  sujet  de  la  ville  de  Azkaï  :  «  La  ville  s'appelle  Azoukaî  en  langue  ber- 
bère et  Gocadam  en  génois  »  (^aV^V)  ^'  Rcnou  qui  n'a  pas  remarqué 

cette  erreur,  s*é(onne,  à  bon  droit,  de  voir  intervenir  le  génois  en 
pareille  occurrence.  «  11  est  difficile  de  croire,  dit-il,  que  Edrici  ait  pu 
recevoir  des  notions  bien  précises  de  la  part  des  Génois  sur  Tintérieur 
du  désert.  >  (Renou,  Noi.  géogr.  sur  V Afrique  septentrumale.  Exploration 
de  V  Afrique  septentrionale  y  sciences  historiques  et  géographiques^  t.  II, 
p.  298.) 

2.  C'est  ainsi  que  Ikhkham,  maison,  en  zouaoua  (dérivé  sans  doute  du 
mot  arabe  KhimUf  tente),  se  prononce  en  chelha  Igheram,  Ex.,  Igheram 
Melloulen,  (bourg  de  Dades),  maison  blanche,  correspond  au  terme  géo- 
graphique employé  par  tous  pays  :  Dar  el  Beïda.  Casa  bianca  ou  casa  blanca). 
G'estainsi  encore  que  Ighf  {tète)  se  prononce  en  chelha /fty/*.  ^,yIkhfAman 
(bourg  des  Ait  Oubial),  tête  des  eaux,  correspond  au  mot  arabe  Has  el  Ma. 

3.  Nous  nous  proposons,  pour  remédier  à  cet  inconvénient,  de  rédiger 
un  index  alphabétique  de  tous  les  noms  de  lieux  contenus  dans  ces  con- 
trées. Sur  cet  index  figureront,  entre  autres  renseignements,  les  diverses 
prononciations  de  chaque  nom. 


NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAâ.  505 

nonçait  pour  nous  ou  pour  le  thaleb,  ou  uous  soumettait 
tous  deux  à  une  nouvelle  épreuve  ^ 

La  vallée  de  TOued  Draâ  forme  un  des  grands  plans  qui 
déterminent  le  relief  de  l'Afrique  septentrionale.  Elle  est  le 
talus  ouest  du  Sahara  central  comme  la  vallée  de  TOued 
Djedi  en  est  le  talus  est. 

La  symétrie  de  ces  deux  fleuves  est  complète.  Tous  deux 
prennent  leur  source  sur  le  versant  sud  du  grand  Atlas  ^  et 
coulent  vers  le  Sahara  pendant  la  première  partie  de  leur 
cours.  Puis,  la  déclivité  du  terrain  diminuant  vers  le  sud, 
et  s'accentuant  à  l'ouest  pour  la  vallée  de  l'Oued  Draâ,  et  à 
l'est  pour  celle  de  l'Oued  Djedi,  les  eaux  ont  brusquement 
changé  de  direction,  celles  de  l'Oued  Draâ  ont  été  à  l'Atlan- 
tique, celles  de  l'Oued  Djedi  ont  gagné  la  Tripolitaine. 

Les  deux  plans  inclinés  du  Djedi  et  du  Draâ  supportent 
la  région  des  bassins  sahariens  proprement  dits  qui  sont, 
en  allant  de  l'est  à  l'ouest,  ceux  de  l'Oued  Zergoun,  de  l'Oued 
Seggeur,  de  l'Oued  el  Gharbi,  de  l'Oued  en  Namous  et  de 

i.  Nous  devons  avouer,  quoiqu'il  en  coûte  à  notre  modestie,  que  dans 
ce  concours  l'avantage  restait  le  plus  souvent  de  notre  côté.  Certains  sons 
berbères,  celui  du  ch  allemand  et  celui  du  j  français,  familiers  aux  Euro- 
péens, sont  inconnus  des  Sémites.  En  outre,  le  thaleb,  à  Toreille  savante,  ne 
peut  se  résigner  à  violer  Tbarmonieuse  économie  d'une  phonétique  qu'il 
s'est  donné  tant  de  peine  à  apprendre.  Il  lui  répugne  de  prononcer  une 
consonne  redoublée  sans  l'accompagner  d'une  voyelle  (un  chedda  et  un 
djezm  /),  ce  qui  paraît  si  simple  à  notre  appareil  vocal  grossier  et  à  notre 
ouïe  peu  délicate. 

Quelques  mots  où  deux  voyelles  différentes  semblent  affecter  la  même 
consonne  ne  sont  pas,  pour  lui,  susceptibles  d'une  prononciation  et  d'une 
transcription  arabes.  Ex.,Timligguït  (nom  d'un  affluent  de  l'Assif  Marghen). 
Notre  thaleb,  après  beaucoup    d'hésitation,  consentait    à   transcrire   ce 

mot  de  la  façon  suivante  :  /vft\^j  sîins  vouloir  essayer  de  le  prononcer, 

tandis  qu'à  première   audition  nous  l'écrivions    nous-mcme  /j^jjijjj  et 

le  prononcions  d'après  la  transcription  française  reproduite  ci-dessus. 

2.  L'Oued  Djedi  prend  sa  source  dans  le  massif  du  Djebel  Amour,  à  C  ki- 
lomètres au  nord  du  ksar  d'El  Ghicha  ;  il  s'appelle  Oued  Mzi  dans  la  pre- 
mière partie  de  son  cours* 


506  NOTICE   SUR  LA  RÉClOTr  DE  l'oùED  DRAI. 

rOued  Saoura.  Ces  yallées  ou  plutôt  ces  gouttières^  qui 
riden ta  peine  le  sol,  vont  se  perdre  dans  rintérieur  des  terres. 
Elles  correspondent  au  sud  de  la  province  d'Oran  oti  les 
hauts  plateaux  sont  le  mieint  accusés.  La  région  qu'elles 
occupent,  comparée  aux  bassins  de  POued  Draft  et  de  TOued 
Djedi,  est  elle-même,  malgré  sa  légère  indlinaison  vers  le 
Sud,  une  sorte  de  terrasse. 

Les  eaux  de  l'Oued  Draâ,  arrêtées  dam  leor  direction  ver» 
le  Sud  par  le  défaut  de  pente,  ont  longtemps  séjourné  dans 
les  parties  basses  du  sol,  avant  de  prendre  leur  cotrrs  vers 
l'Ouest.  Puis,  dissolvailt  peu  à  peu  les  obstacles  qtli  les  em^ 
péchaient  de  s'étaler,  elles  ont  fini  par  atteindre  la  faible 
déclivité  qui  les  entraîne  à  l'Atlantique. 

Le  vaste  bassin  dDd  Debialat,  situé  au  coude  de  TOued 
Draâ,  témoigne  de  ce  travail  et  rappelle  le  'Gbott  Melghir, 
la  dépression  symétrique  de  TOued  Djedi. 

Deux  ramificatiotis  principales  descendant,  rune,  dti  Tiaii* 
n-Guelaoui,  l'autre  des  montagties  des  ATt  Stergbâd,  fer- 
ment les  têtes  de  l'Oued  Draâ  et  se  réunissent  en  Y  à  la 
gorge  de  Sagherou,  où  elles  ^mètient  cbaonne  un  volume 
d'eau  considérable.  Au  sortir  du  défilé,  ces  eatlx  sofit  cap- 
tées par  une  série  de  beu*rages  et  circulent  dans  les  méan* 
dres  de  milliers  de  canaux  dont  quelquei^uns  sont  assez 
larges. pour  ne  pouvoir  être  franchis. 

L'affluent  qui  forme  l'une  des  têtes  de  l'Oued  Draâ  est 
appelé  parfois  Oued  Dades,  du  nom  d'un  des  'phts  impob* 
tants  districts  qu'il  traverse.  Nous  adopterons  ce  nom  potu* 
ptu«  de  simplification,  bien  que  rigoureusement  cette  rivière 
soit  désignée  dans  tes  diverses  parties  de  son  cotrtt  par  le 
nom  de»  districts  qu'elle  baigne. 

Sur  un  cours  de  quarante  lieues  environ,  l'Oued  Dadeis, 
auquel  nos  plus  belles  rivières  d'Algérie  ne  sauraient  être 
comparées,  a  ses  deux  rives  bordées  sans  interruption  de 
villages  et  de  jardins.  On  marche  pendant  quatre  jours,  eo 
allant  des  Ait  Merghad  aux  Ait  Bou  Délai,  &  travers  tttie 


NOTICE  SUR  LA  RÉGION   DE  L*OUED  DRAÂ.  507 

forêt  d'oliviers  et  d'autres  arbres  fruitiers  qui  dérobent  à  la 
vue  les  hameaux  disséminés  dans  leur  verdure  et  laissent  ù 
peine  place  à  quelques  gros  bourgs. 

Les  districts  *  traversés  par  l'Oued  Dades  dqpuis  sa  source 
sont  : 

AU  Merghad.  —  Les  AïtHerghad  sont  une  tribu  nomade 
qui  campe  entre  Todgha  etFerkla,  et  sur  les  bords  de  l'Oued 
Ghéris, 

Ils  possèdent  quelques  villages  sur  le  cours  supérieur  de 
rOued  Dades  et  y  ont  leurs  magasins. 

Nous  citerons  celui  de  Ait  Tifkirt  (les  enfants  de  la  pau- 
vresse). —  Tifkirt  est  une  forme  berbère  du  mot  arabe 
Fekira. 

Semrir,  —  Contient  quelques  villages  où  ensilotent  les 
Aït  Atta. 

Ousikis.  —  Les  AïtîouTCniefen  et  les  Aït  léfoul  (fraction 
de  la  tribu  des  Aït  Atta)  ensilotent  à  Tigheramt  et  à  Akdim, 
villages  de  Ousikis. 

A'itSaoun. — District  très  peuplé,  nonibreux  villages.  Les 
Aït  Saoun  appartiennent  à  la  grande  famille  des  Seddrat, 
qu'on  retrouve  au-dessous  de  Dades.  II  en  existe  une  autre 
fraction  dans  le  Khoumous  de  Mezguitha  ^  (Oued  Draâ).  Les 
Aït  Saoun  paient  pour  la  forme  quelques  oboles  au  sultan 
par  l'intermédiaire  du  kaïd  des  Demnata. 

Dades.  —  C'est  le  plus  considérable  des  districts  tra- 
versés par  la  branche  orientale  de  l'Oued  Draâ.  Population, 
12,000  âmes.  Terrain  trèsfertile.  La  légende  attribue  aux  habi- 
tants de  Dades  une  vertu  spéciale  pourlaguérison  des  maladies 
d'yeux.  Cette  grâce  leur  a  été  autrefois  octroyée  par  Mouley 

i.  Les  indigènes  donnent  aux  groupes  dé  tiUages  de  ce»  contrées  les 
noms  de  Adhem  (os)  et  Khoumous  (cinquième).  Nous  avons  employé  ce  der- 
nier terme  concurremment  aYec  celui  de  district,  dont  le  sens  vague  con- 
vient à  ces  divisions  territoriales  mal  définies. 

1  Mezguitha,  Mezguida  et  Tiraezgtiida  sont  de»  jfbrmes  berbères  du  mot 
arabe  Momiied,  d*où  vient  également  noire  mot  «  mosquée  »  par  rinter- 
médiaire  de  l'espagnol  mesquita. 


508  NOTICE  SUR  LA.  RÉGION  DE  L'oDED  DRAÂ. 

Edris.  Chaque  année,  les  nombreux  oculistes  de  Dades  se 
répandent  dans  le  Maroc  et  dans  l'Algérie  pour  y  exercer 
leur  art.  Nous  en  avons  vu  qui  étaient  munis  de  diplômes.  • 

Dades  est  un  district  indépendant  qui  s'administre  au 
moyen  d'une  Djemad  renouvelée  tous  les  ans.  Le  grand 
esprit  de  corps  de  cette  population  la  rend  redoutable  aux 
Ait  Atta,  qui  hésitent  à  l'attaquer. 

Les  indigènes  de  Dades  paient  l'impôt  à  la  manière  de 
ceux  des  Aït  Saoun. 

On  remarque  parmi  les  villages  de  Dades  : 

Aslillou,  700  habitants,  occupé  par  les  Ait  Atta. 

Tilit.  Les  Juifs  sont  autorisés  à  y  résider.  Des  bâtiments 
sont  affectés  au  casernement  du  makhzen  marocain. 

Imzough,  50  habitants.  Toutes  les  caravanes  allant  de 
Tafilala  à  Merrakech  font  étape  à  Imzough. 

Tarmoucht,  70  habitants.  Forage  des  canons  de  fusils. 

Aït  Amar  ou  Aissa,  50  habitants,  occupé  par  les  Aït  Atta. 
Fabrication  de  la  poudre. 

lattachen  (les  palanquins),  40  habitants,  occupé  par  les 
Aït  Atta,  voleurs  audacieux. 

Aït  Bou  Herrou  (les  enfants  de  l'homme  aux  chats),  30  ha- 
bitants. 

Aït  el  Thaleb,  50  habitants.  Habité  par  des  mulâtres. 

Igheram  Melloulen  (Maison  blanche),  70  habitants. 

Seddrat.  —  Ce  district  se  subdivise  en  trois  groupes  qui 
sont,  en  descendant  la  rivière  : 

1°  Arba  Mia,  renfermant  les  villages  de  Aït  Ali  Ou  Zou- 
lit,  Azlag,  Zaouïet  Timgharghart,  etc.,  etc. 

2°  Aït  Yahia,  dans  lequel  on  remarque  Tirijiout,  au  con- 
fluent de  l'Oued  Amgouna  et  de  l'Oued  Dades. 

3°  Ichehaham.  Les  Ichehaham  sont  des  voleurs  de  grands 
chemins.  Abrités  derrière  le  mamelon  de  Tichichet  (petite 
corne,  diminutif  du  mot  chelha  Ich)y  ils  attendent  les  ca- 
ravanes, qu'ils  dévalisent  au  passage. 

TaghzouU  —  Réunion  de  quelques  villages  appartenant 


NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAÂ.  509 

à  la  grande  tribu  des  Meghran,  qu'on  retrouve  au-dessus  de 

Askoura. 

•    Imassin. 

Tamesraout.  —  Appartient  aux  Meghran. 

Asaka.  —  Les  Chelouh  prononcent  Asacha,  avec  le  son 
du  ch  allemand. 

Askoura.  —  District  important,  n'arrivant  pas  jusque  sur 
rOued  Dades.  Quelques  indigènes  rattachent  cependant  à 
Askoura  la  zaouïa  de  Sidi  Fliha  *.  Nous  croyons  plutôt  que 
celte  dernière,  ainsi  que  tous  les  autres  couvents  de  la  région, 
n'a  rien  de  commun  avec  les  districts  qui  Tenvironnent. 

Ait  Bon  Délai. 

La  branche  occidentale  de  TOued  Draâ  descend  des  pentes 
deTizi-n-Guelaoui,  que  gravit  en  lacet  la  route  de  Merrakech 
(Maroc).  Cette  rivière,  dans  son  cours  supérieur,  est  désignée 
sous  le  nom  d'Asif  Marghen  (en  arabe,  Oued  et  Mol  ah,  la 
rivière  salée)  et,  dans  sa  partie  inférieure,  par  celui  de 
Ouarzazat,  du  nom  du  district  qu'elle  traverse  en  amont  de 
la  gorge  du  Djebel  Sagherou. 

L'Asif  Marghen  est  moins  populeux  et  son  aspect  est 
moins  enchanteur  que  celui  de  TOued  Dades.  Il  serpente  à 
travers  deux  landes  désertes  :  celle  de  Tamraghet,  entre 
Talouat*  et  Aïl  Zineb,  et  celle  de  Afella  Ifri,  entre  ce  dernier 
district  et  celui  de  Tamast. 

L'Asif  Marghen  traverse  les  districts  de  : 

Talouat,  —  Très  populeux.  Fait  partie  du  commande- 
ment des  (îuelaoua,  dont  le  caïd,  nommé  Ould  Tebibith, 
réside  daA  une  kasba  adossée  aux  dernières   pentes  du 

1.  Les  zaouïa,  très  nombreuses  dans  TOucd  Draâ,  sont,  pour  la  plupart, 
indépendantes  :  ce  sont  des  établissements  religieux  dans  lesquels  les 
tholba  viennent  étudier.  Elles  n*ont  rien  de  commun  avec  celles  que  l'on 
rencontre  sur  TOucd  Guir  et  TOued  Saoura.  Ces  dernières  se  rattachent 
toutes  à  des  ordres  religieux  (Kerzaz,  Kenadsa,  etc.)  et  ne  sont  que  les  suc- 
cursales de  la  grande  zaouïa  où  réside  le  général  de  l'ordre. 

2.  On  n*appuie  pas  sur  le  premier  a  de  Talouat  et  ron  prononce  pres- 
que Telouat. 


510  NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  l'OUED  DRAÂ. 

Tizi-n-Guelaoui  et  entourée  de  quelques  constructions.  Point 
de  repère  très  connu  dans  la  contrée,  c'est  aussi  l'un  des 
gîtes  d'étapes  des  indigènes  se  rendant  du  Tafiiala  à  Mer- 
rakech.  Il  est  désigné  sur  la  carte  par  la  dénomination  de 
«  Dar  el  kaïd  »  que  lui  donnent  les  voyageurs. 

Le  kaïdat  des  Guelaoua,  comme  celui  des  Demnata,  que 
nous  avons  eu  occasion  de  citer  à  propos  des  Ait  Saoun, 
est  l'une  de  ces  divisions  administratives  mal  définies  telles 
qu'il  en  -existe  au  Maroc*  Nous  citerons  comme  exemple,  dans 
une  zone  plus  rapprochée  de  l'Algérie,  le  kaïdat  de  Aïoun 
Sidi  Mellouk. 

Les  chefs  qui  sont  investis  de  ces  commandements  ont 
sous  leur  dépendance  quelques  fractions  ou  quelques 
bourgs  très  éloignés,  tandis  que  d'autres,  plus  rapprochés,  en 
vertu  de  privilèges,  du  droit  du  plus  fort  ou  pour  toute  autre 
raison,  ne  reconnaissent  d'autorité  que  celle  de  Tempereur, 
et  cette  dernière  purement  pour  la  forme. 

Le  sultan  semble  flatté  de  ces  actes  de  subordination, 
qui  témoignent  de  la  faiblesse  de  son  empire,  et  Tune  de  ses 
ambitions  paraît  être  de  mériter,  comme  Louis  le  Gros,  le 
surnom  de  Père  des  communes. 

Ould  Tebibith  ne  commande  sur  l'Assif  Marghen  que  jus- 
qu'à Tasaïout  des  Aït  Zineb. 

Parmi  les  nombreux  villages  deTalouat  nous  citerons  : 

Aguerdhan  ou  Adouz  *,  célèbre  par  les  vipères  à  corne  que 
l'on  rencontre  dans  son  voisinage.  Quatre  ou  cinq  indigè- 
nes périssent  chaque  année,  victimes  de  la  morsure  de  ces 
reptiles  venimeux.  ^ 

Au-dessous  de  Talouat,la  route  de  Merrakech  au  Tafiiala, 
appelée  Timidrakht,  coupe  et  recoupe  la  rivière  en  plus  de 
cinquante  gués  et,  comme  le  disent  pittoresquement  les 
naturels,  le  voyageur  ne  chausse  plus  ses  sandales  jusqu'à 
Tasaïout. 

1 .  Sur  la  route  de  Talouat  au  Sous.  Cette  route  débouche  sur  FOucd 
Sous,  dans  le  pays  de  Ouzîouen. 


NOTICE  SUR  LA,  RÉaiON  DE  L'OUED  DRAÂ.  5H 

AU  Zineb. —  District  populeux.  —  L'Asif  Marghen  reçoit 
à  gauche  TOued  lounilen,  qui  dé^jouche  à  Tasaïout  (400 
âmes),  et  à  droite  TOued  Timligguït,  qui  conflue  à  Tikirt 
(150  âmes),  résidence  du  kaïd  des  Aït  Zineb. 

L'Oued  Timligguït  arrose,  depuis  sa  source^  les  districts 
de  Tidili,  TizguitNouzalim  (forêt  d'oignons),  Imini  et.Aït 
Touaia. 

TamasL — Population,  1,700  âmes.  TifToultoux,  résidence 
du  kaïd  de  Tamast,  appelé  Amghar  Mohammed  (Chikh  Mo- 
hammed). 

Ouarzazat,  —  Population,  5,700  hahitants.  Les  gens  de 
Dades  prononcent  Ouardasat. 

Yillages  importants  :  Tabount  etTaouriret,  où  Ton  fabri- 
que des  fusils;  Ghalil.. Réunion  de  deux  bourgs ^ et  d'une 
zaouïa* 

L'jOued  Ouarzazat  reçoit,  à  droite,  au  dessus  de  son  con- 
fluent avec  rOued  Dades,  une  rivière  importante  sur  laquelle 
on  trouve  Fint,  groupe  de  trois  villages. 

Iddi  Ouahchen  (Les  fils  du  Chacal),  —  District  renfer- 
mant entre  autres  villages  : 

Tâslit  ImatérQuin,par  où  pai^e  la  route  du  Draâ  à  Sous  et 
à  Thatha. 

Asaka,  où  la  rivière  se  bifurqua  en. deux  branches,  l'Oued 
Taznakht  et  l'Âsif  Azougmarzi. 

Le  premier  de  ces  xîours  d'eau  arrose  le  district  de  Taz- 
nakht^ et  est  longé  par  la  route  du  Sous,  qui  sort  du  cirque 
formé  par  les  montagnes  au  €ol  de  Amgha. 

Le  deuxième  traverse  les  Aït  Ouasifen  et  ouvre  le  che- 
min de  Thatha. 

L'Oued  Draâ  s'échappe  de  la  gorge  du  Sagherou,  dans  la 
direction  Sud-Est,  en  prolongeant  sensiblement  l'Oued  Ouar- 
zazat.  Par  suite  de  cette  disposition,  les  routes  qui  relient 


1.  Taznakht  et  Aït  Ouasifen  font  partie  d*une  même  tribu,  les  Aït  Amer. 
Le  chef  de  Taznakht  s'appelle  Chikh  Zanéfi. 


512      NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAÂ. 

rOued  Dades  à  TOued  Draâ  ne  suivent  pas  le  cours  du  pre- 
mier de  ces  cours  d'eau,  ce  qui  les  détournerait  beaucoup 
de  leur  direction,  mais  coupent  directement  à  travers  le 
Djebel  Sagherou. 

Ces  chemins  sont  au  nombre  de  six  : 

1°  Trik  Sidi  Fliha,  allant  de  la  zaouïa  de  ce  nom  à  Tisgui 
(Mezguitha). 

2°  Trik  Idili.  —  De  Imassin  à  Imessaï  (Mezguitha)  par 
Akkan  el  Medfâ. 

3°  Trik  Tizzart.  —  De  Tirijiout  (Seddrat,  Ait  Yahia)  à 
Tinghil  (Mezguitha)  par  Anouffouï  et  Teîat  en  Tazart. 

4*»  Trik  Tidekkit.  —  De  Imzough  (Dades)  à  Afra  et  à  Tam- 
lougalt  (Mezguitha)  par  Asefthar,  Timedghas  et  Taldjmout. 

5°  Trik  Timeghcht.  —  De  Imzough  à  Bou  Zergan  (Ter- 
nata)  par  Timeghcht,  Taoudacht,  En  Nekob  et  Igoulman. 

go  rjij.-]^  Taghassa.  —  De  Tiselii  (Dades)  à  Tamegrout 
(Fezouatha)  par  Taoudielt,  Taghassa,  Tizi-an-Gourgou, 
Ouaïnansit  etTazarin. 

On  peut  ajouter  à  Ténumération  de  ces  routes  celle  de 
Taouriret-an-Yala  (Todgha)  à  Tamegrout  (Fezouatha)  qui 
se  réunit  dans  le  district  de  Tazarin  ^  à  celle  issue  de  Tiselii 
(Dades). 

L'Oued  Draâ  proprement  dit,  nous  n'osons  dire  la  pro- 
vince de  rOued  Draâ,  ce  nom  s'appliquant  mal  aux  popula- 
tions presques  indépendantes  qui  Thabitent,  comprend  les 
nombreux  villages  échelonnés  depuis  la  gorge  de  Sagherou 
jusqu'au  coude  de  Ed  Debiaïat.  Il  se  subdivise  en  six  cir- 
conscriptions ou  khoumous  qui  sont,  en  allant  du  Nord  au 
Sud  :  Mezguitha,  Tinzoulin,  Ternata,  Fezouatha,  Lektaoua, 
El  Mehamid. 

1.  Les  districts  de  Tazarin,  de  Ferkla,  de  Todgha,  d*Imither  et  d'Ara- 
gouna  sont  indiqués  sur  le  croquis.  Ils  n*ont  pas  été  étudiés  dans  celle 
notice,  qui  ne  comprend  que  l'Oued-Draâ  et  ses  deux  aflluents  principaux 
(Oued  Dades  et  Assif  Marghen).  Nous  attendons  une  nouvelle  série  de 
renseignements  pour  réparer  ces  omissions  et  décrire  d'une  façon  détaillée 
le  bassin  entier  de  TOued  Draâ. 


NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRÀÂ.  513 

Ces  divisions  sont  quelquefois  naturelles^  c'est-à-dire 
qu'elles  correspondent  à  des  étranglements  de  la  rivière, 
resserrée  par  des  chaînes  transversales. 

Ternata,  Fezouatha,  Lektaoua,  et  El  Mehamid  sont  ainsi 
délimités. 

La  rive  gauche  du  fleuve,  moins  rapprochée  des  monta- 
gnes que  la  rive  droite,  est  plus  peuplée  que  cette  der- 
nière. 

Mezguitka.  —  Le  khoumous  de  Mezguitha  est  le  moins 
bien  défini  de  TOued  Draâ.  Certains  Draoua  *  le  décompo- 
sent en  deux  : 

Mezguitha  et  Ouled  Adjri-ou-Araben.  Pour  augmenter 
la  confusion,  plusieurs  villages  de  Mezguïtha  sont  habités 
par  des  Seddrat.  Les  indigènes,  qui  n'ont  aucune  idée  de 
ce  que  peut  être  une  circonscription  et  qui,  comme  tous 
les  Orientaux,  ne  connaissent  que  la  division  par  famille, 
vous  soutiennent  de  bonne  foi  que  telle  dechera  (village) 
n'est  pas  de  Mezguïtha,  mais  des  Seddrat,  la  dechera  en 
question  se  trouvât-elle  au  ceatre  môme  de  Mezguïtha.  ' 

Les  Ouled  Âdjri,  dont  quelques-uns  veulent  faire  un  khou- 
mous à  part,  possèdent  des  villages  disséminés  au  milieu  de 
ceux  de  Mezguïtha  et  ne  sauraient,  pour  cette  raison,  entrer 
dans  une  division  géographique. 

Afra,  Tounroumart  et  Tamlougalt .  sont  des  groupes  de 
bourgades  analogues  à  celui  de  Figuig. 

Tinzoulin,  —  Le  khoumous  de  Tinzoulin  (quelques  indi- 
gènes prononcent  Tounzoulin)  est  le  plus  petit  de  l'Oued 
Draâ  après  celui  de  El  Mehamid. 

Nous  citerons  parmi  les  villages  de  Tinzoulin  : 

El  Haddan.  —  Saïdat  el  Beraber.  —  Zaouïet  Am- 
dagh,  etc. 

Ternata,  -^  La  circonscription  de  Ternata  est  la  plus  im- 
portante et  la  plus  peuplée  de  l'Oued  Draâ.  Elle  est  habitée 

1«  Habitants  de  l'Oued  Draâ. 

SfC.  DE  GÉOGR.  —  BÉCEMBRE  1860.  XX.  —  ti 


pnf  ^li0U«  fhiHlHëd  l^tdtes  :  1^  J^mXfÉk,  mtt  la  tiV€  gMctie,  et 

Les  contingents  d«  iPeïftàfà  t*en»6#l  têlfe  a«X  Aîl  Atte, 
tandi^s  ifaè  i^  ântrêx»  fra>c1?iMi^  #e  'KufsK'ôttflfi,  i!fe%^attha/ 
Fezouatha,  etc.,  sont  obligées  de  s'allier  entre  dt'él!  powr 
r«!!|^^M¥!9se^  ies  i>!¥(Mitsfm»  dte  m^  imtê^  ^infèes^. 

ije  iLb^^mti^^  4è'  TêrMlt  ésf  liftMfé  )%tt  ^d  ^3»1k  tmtt- 
tagne  de  Zagoura,  qui  le  sépare  de  celui  de  Fezouatbll.  Va 

l^ÊVIïftftt  à  Afïi«^ftHI,  lé  bar  's«F^ktt1f  éë  fVsffd^MAhâ  ;  te 
piton  situé  à  l'ouest  du  col  est  connu  sous  lé  IMM  M  ^>8fii 
el  €MiËfl6<»b  (Ifei  tnè^  ïiQ  pilô^),  kitcrt)«q^  q«t  s'ëtéHtf  8  l'est 
«si  éf>pe)ée  pw^  ô^fyp^^ioft  Qeuh  èd  Dèli^  <)àf  mètid  â  Tlifét^}. 
Feisèmtl^.  -^  Là  (^élébnMi  ^  Fê«}«i«ECftft  li^e!^  ailt^G 
^)VM  oéXté  ^  T^i^ti^m^  \  là:  tfflè  par  ^it^emsé»  Mfc  irési^ 
4mè^  <dtt:  ^Mf  ée  l^oràre  tfes  lfft«is^^,  «ilé  s^ittlé  ef  Véfté^ 

Aïit  miêiA,  Mo. 

L'dHl^  ^9  Ntts^irk  m,  Hh  H^âiietdïmt,  des  Nânin^ffcm^ 
<i«W¥rt  d«  Na^teev,  ï-êtw  fotT*â*èW>  fe*f  ttfelu4  ^1  cott|rté  le 
^m  d'à?dept(*à  #â«s  fe  Sfid  itt^rocaift.  Tazetwialt  f»e  Itïi  feit 
è  r^îmesfe  t}ii'uti«  ftiible  «oticurt^ftfce  ;  Es-^SàfettJi*,  à  fe«t,  ^ 
reconnaît  son  humble  vassal,  ^ttoit(TO,  «rt  ^TM»d*^  pacte 
lAidMiS  n  étttfM^ge  <6fta(^  «àWéè  ^lï  bi»<!jfi^  ^  p«rf«stfHt  San- 
ton des  Nassiria. 

1 .  Les  Ouleil'  Mouley  es  8thw)l,  fi#lii  <k>naé  8lik«fftU4ft'de  i«  €<Mifir<fric 
fondée  par  Sidi  bon  Âbd  er  Rahmanes  Saheli,qui  sont  aussi  appelésOuled 
Sidi  bon  Abd  er  Rahman  ;  \euf'inMik  fTiIncîparfe  e^  à  Es  SalifeYi,  l^ourg 
situé  à  envirofti  f  10  IriiWfr^e^ès  nnK^d^c^ft  âd  tr  flIf'tAM  (TMlàflt)  ;  iHr  m  for- 
ment  pas^n  opdrc  religieuse,  ^-IsfiepbssèdefhtAttcuncrègle^OtNMlls,  0lker, 
Serr);  ce  sont  de  simples  marabouts.  Leur  chef  prend  le  titre  de  Gliikh  El 
Mechaikh  (le  chef  des  chefs).  En  vertu  d'une  convention  passée  par  leur 
Mcdtrè  Siti  bevi  AM  6f  flah^an,  1«'5(  MM^IPOtfft  ^e  ftfootey  «S  ^^^NM  ont 
droit  chaque  amnée  à  une  partie  rtes  oifiTraftées  recueitiles  ^r  \eê  motméétn 
des  divers  ordres  religieux  du  Sud.  Kn  souvenir  de  ce  pacte,  quand  ils  se 
présentent  dans  les  zaouïa,  ils  emploient,  pour  réclamer  ce  tribut,  la  for- 
mule :  ((  Aathina  khedma  djeddna  (donnefiint)ti$  h.  pâit  d^  t1t)tf9'ft¥(nil).  > 


TIGE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRÀÂ.  515 

-^ 

'  '^  "fiMs  à  tort  Tordre  des  Nassiria  aveo  la  Gon- 

V     ^^  ^Q^ens  de  fusirls^.  Les  MekaWia  ne  sont 

'  ^%5/    %^  ''s  n'ont  ni  règle,  ni  formulaire.  Ils 

«r,  ^^^     'V  tireurs  à  la  cible  rappelant,  en 

^v,    '^^     ^     ^<V  '  dans  plusieurs  villes  euro- 

>     %^  ^^    <y>.    ^^  n  fusil  fait- partie  de  cette 

^'•^  ''/j  'V.     ,^  ndant  une  origine 

^'^';y  •"-;  !  '^A,   "^  ,  Sidi  Mohammed 

'V  ^'  .  célèbre  mapabout  de 

'^       "•  ^  '*'«,•  ^eux  frères  étaient  servie 


"^      ->. 


X, 


'^     '^/^  ^nacun  une  igrâce  particulière* 

'h  jgle  religieuse  de  son  ordre  (Diker 

^*ace  toute  temporelle  :  la  justesse  du  tir  (Ër 

.fiekahlîa  maroôains  cuftivenl  bien  plus  qùé  leurs 
irères  d^Algërie  Te  don  précieux  qu'ils  ont  reçu  du 
Auaître.  L*épreuve  de  Guillaume  Tell  est  pour  eux  un  jeu  : 
après  mille  contorsions  et  mille  simagrées,  on  les  voit  ist- 
teindre  à  80  mètres  un  œuf  placé  entre  les  chevilles  d^un 
patient. 

Les  Mekablia  ne  jouissent  pas  cependant  d^e  la  considéra- 
tion religieuse  qui  entoure  les  Nassiria  et  sont  traités  par 
ces  derniers  comme  dé  véritables  frètes  lais. 

1.  Les  règles  de  ces  ordres  religieux,  ces  précieux  mystères  (S'élit)  ()ui 
procurent  Wà  d^âVstliiiaifes  sp>iK*itoe>ls  aiik4tlfti<és,  temonteitt^totH^  d*a|krès  la 
croyance  ai'aè&,  au  ^prepli^e  Hlaliomet  etoat  été  saoeesftWemeiitiraaftnises  à 
trdvers  les  générations  à  des  disciples  d'élite.  Un  Serr,  pour  être  authenti(|ue, 
doit  avoir  sa  filiation  établie  jusqiTà  Màhomél.  On  dît  pàf  eitéthplè  :  Le 
dort  des  Nft«Kiria  remonte  à  S^di  éll  <G4^tot{A,  ^ui  ra^a<itT*ei^  en  iodîilftiuni- 
Ofttttonde  Sidi.....  quil'avak  reçu  en  communication  de  ëidi..^..  qui  Tiivait 

reçu  en  communication  de  Sidi lequel  le  tenait  de  l'Envoyé  de  Dieu 

(Mahomet),  sur  lui  le  salut  et  la  bénédiction  !  —  La  càfactérhti'qftie  dé  fohlre 
rehgimic  etroz  lexwwariwaits  ««44e  'Senv^'esl  ^  t«i  4isy«i^»  le  iKtiouan 
du  Marabout. 


516  NOTICE  SUR  LA  RÉGION  Xm  L'OUÉD  DRÂÂ. 

Le  chef  des  Mekahlia  réside  habituellement  à  Merrakech 
et  prend  le  titre  de  Ghikh  er  Remaïa  par  opposition  au 
hef  des  Nassiria,  qui  est  appelé  Ghikh  cl  Ouasila. 

La  maison-mère  de  Tamegrout  a  de  nombreuses  suc- 

cursales  dans  tout  le  Sud  marocain.  La  plus  célèbre  est  la 

grande  zaouïa  de  Irazan  *,  située  sur  l'Oued  Sous  (pays  des 

Arghen).  Cette  zaouïa  a  à  sa  tête  le  chérif  Sidi  el  Hassaïn  ou 

Tameggoujejt,  très  en  faveur  à  la  cour  impériale.  Il  perçoit 
à  son  profit  l'impôt  des  trois  grandes  fractions  :  Arghen, 

Ouled  Yahia  et  El  Menaba  (Sous,) 

L'Algérie  ne  renferme  que  peu  d'affiliés  à  l'ordre  des 
Nassiria.  Depuis  insurrection  de  1864,  des  familles  de  La- 
ghouat  et  des  Thrafi,  émigrées  dans  le  Sud-Ouest,  sont 
entrées  danà  l'ordre  et  c'est  dans  le  but  de  visiter  ces  nou- 
veaux adeptes  que  le  frère  du  chef  des  Nassiria  a  sollicité,  au 
mois  de  mai  dernier,  l'autorisation  de  venir  en  Algérie. 

Lektaoua.  —  Ce  khoumous  est  séparé  de  celui  de  Fezoua- 
tha  par  une  chaîne  montagneuse.  Un  chemin  sur  la  rive 
droite  de  l'Oued  Draâ  franchit  la  chdne  au  col  de  Anou- 
gam  et  relie  Oued  Brahim  (Fezouatha)  à  En  Nesserat 
(Lektaoua).  Sur  la  rive  gauche,  un  autre  col  fait  commu- 
niquer Zaouïet  Sidi  el  Abd  et  Iguenaouan  (Lektaoua).  On 
peut  arriver  à  ce  dernier  village  par  un  sentier  longeant  la 
rivière  et  passant  près  des  ruines  de  l'ancienne  forteresse 
appelée  Dadda  Atta  (aïeul  des  Atta).  La  légende  attribue  la 
construction  de  ce  bordj  à  l'ancêtre  de  la  tribu  des  Aït 
Atta. 

Les  ksours  les  plus  importants  de  Lektaoua  sont  : 

Béni  Sbiha  (2  000  âmes).  —  Béni  Haïoun  (800  âmes).  — 
Béni  Semguin.  —  En  Nesserat  (Inesserat). 

Entre  Lektaoua  et  El  Mehamid^  il  existe  une  longue  région 
déserte  que  traversent  trois  chemins  réunissant  les  deux 
circonscriptions. 

1.  Cinq  cents  tholba  y  font  leurs  études  ;  ils  sont  nourris  aux  frais  de  la 
zaouïa. 


NOTICE  SUR   LÀ  RÉGION  DE  L'OUED  DRÂÂ.  517 

Ces  chemins  sont  : 

Sur  la  rive  droite  de  l'Oued  Draâ  :  Trik  ben  Selman  et 
Trik  el  Ardjam,  aboutissant  tous  deux  au  ksar  des  Oued 
Edris  (El  Mehamid).  , 

Sur  la  rive  gauche,  Trik  Tidri,  joignant  Tiraf  (Lektaoua 
à  Oued  Mehaïa  (El  Mehamid). 

El  Mehamid.  —  El  Mehamid,  la  dernière  circonscriptio 
de  rOued,  Draâ,  s'appelle  aussi  Mehamid  el  Ghozlan  (Meha- 
mid des  gazelles)  pour  se  distinguer  d'un  autre  Mehamid, 
oasis. située  à  l'ouest  de  l'Oued  Draâ,  dans  le  pays  de  Zguirt 
ou  Zguitt. 

Les  ksours  les  plus  importants  de  El  Mehamid  sont  : 

Oued  £dris.  Oued  Ahmed. 

Au-delà  de  El  Mehamid,  l'Oued  Draâ  accentue  son  coude 
vers  l'Ouest  et  arrive  dans  la  dépression  de  Ed  Debiaïat,  où 
il  étale  ses  eaux.  On  est  dans  une  autre  région,  dans  le 
pays  des  Aârib,  qui  possèdent  le  ksar  et  la  petite  oasis  de 
Z^r,  par  oîi  passent  les  caravanes  du  Soudan. 

L'Oued  Draâ  ne  reconnaît  que  de  nom  Tautorité  du  sul- 
tan. Parfois  quelques  Mkhazeni  descendent  dans  les  villages 
qui  leur  sont  spécialement  aifecjtés,  perçoivent  à  la  hâte  un 
impôt  insignifiant  dont  les  juifs  font  tous  les  frais,  et  re- 
partent après  avoir  signalé  leur  passage  par  ces  vilenies 
dont  les  Mkhazeni  impériaux  semblent  avoir  la  spécialité. 

Les  habitants  de  l'Oued  Draâ  sont  enclins  au  vol  et  la 
sécurité  ne  s'obtient  chez  eux  qu'à  prix  d'argent.  Celui  qui 
veut  circuler  librement  dans  ce  long  dédale  de  villages  doit 
payer  chèrement  la  protection  d'un  marabout  ou  d'un  no- 
table*. Cette  sauvegarde  est  quelquefois  nécessaire  dans 

• 

1.  Ce  tribut,  qui  est  pour  les  imarabouts  une  précieuse  source  de  revenus, 
existe  dans  tout  l'empire  du  Maroc  et  est  appelé  Zethalha.  Cette  protection, 
qui  ne  pourrait  être  achetée  par  un  voyageur  européen  qu'à  des  prix  très 
élevés,  est,  à  notre  avis,  non-seulement  la  meilleure  garantie,  mais  runi> 
que  moyen  pour  visiter  ces  contrées. 

On  n'a  pas  oublié  quel  appui  tira  M.  Duveyrier,  pendant  son  séjour  dans 
le  Sahara,  de  la  recommandation  du  puissant  chef  des  Tedjadjna. 


518  NOTICE  SUR  LA  KÉGIOW  DE  l'ouED  WUl. 

l'intérieur  d'une  môme  fraction  pour  aller  cTime  iechera 
dans  une  autre.  Cette  exploitation  de  l'homme  par  le  vol 
est  suspendue  dans  certains  ksours  les  jotirs  èe  maroM. 
Soucieux  des  intérêts  commerciaux  de  leur  village,  les 
plus  hardis  voleurs  ne  ramasseraient  pas,  ces  jours-là^  one 
datte  à  terre. 

Le  bassin  de  Ed  Debfaïat  est  coitfvé  par  les  AMI^  ed  se 
couvre  de  moissons  superbes  lorsque  les  orties  de  POued 
Draâ  sont  assez  fortes  pour  firriguer.  Celle  dépression  eel 
donc  loin  d*Ôtre  ce  que  Fappelle  M.  Renou*^  r  <eUn  grand  hte 
d'eau  douce  qui  renferme  des  poissons  et  sur  lequel  kfi  ha- 
bitants naviguent.  i> 

Au-delà  de  Ed  Debiaïat,  l'Oued  Braâ  poursuit  son  eears 
vers  l'Ouest;  son  lit,  très  large,  appeW  B!  Mâder,  est  labouré 
par  les  Aârib  et  les  Ida  ou  Belal. 

Nous  n'avons  plus,  pour  terminer  cette  notîee,  qu'à  faire 
connaître  en  quelques  lignes  les  populations  nomades  q«i 
campent  entre  le  Tafilala  et  FOued  Draâ.  Ce&  popnlatioB» 
sont  représentées  par  les  Aiît  Atta%  tribtr  pillarde  éon*  le 
nom  seul  plonge  dans  Pépou vante  les  plus  bardis  ksoupiens: 
Les  Aït  Atta  ne  dépassent  pas  fOued  Draâ,  el  c'est  à  tort  que 
M.  Renou  a  voulu  voir  dans  le  terme  de  Thatha  (nom  €k*«Q 
pays  situé  au  sud  du  Sous)  une  corruption  de  leur  nom.  La 
zone  de  leurs  campements  s'étend  entre  l'Oued  Draâ,  l'Oneë 
Dades,  TOued  Todgha  et  le  Tafilala  '.  Ils  se  sont  emparés 
dans  cette  région  d'un  grand  nombre  de  villages  que  les 
indigènes  distinguent  par  le  qualificatif  Attaouî  (qni  iqppar- 

i,  Peacript.  géogr.,  p.  380. 

2.  Les  principales  fraction»  des  Âït  Atta  sont  :  Alt  Bou  Knifen.  —  Alt 
Bou  Daoud.  —  Alt  Aissa  ou  Brahim.  —  Ait  Isfoul  Hattouchan,  appelé 
aussi  Aït  el  Farsi.  —  Aït  Yabia  ou  Moussa.  —  Ait  Khabbeeh.  —  Ait  euah- 
Km.  —  Aït  Kharcïi.  —  Aït  Jezzou.  —  Ait  Ouczzin.  -^  Ait  Bon  cl  Hai».  — 
Ait  Cb&ib.  —  Izakhenniouan.  —  AitM  essaoud.  —  Ait  Ounir. — AB  SetiUou.-^ 
Aït  Bon  Hâlen.  —  Ait  Bou  Djidjou.  —  Aït  Ouazik.  —  ATt  Moughedjedin- 
Messoufa.  —  Ouazliguen.  —  Ait  Alouan.  —  Ilemkan.  —  Ait  KhetiAi.  —  A% 
Mouttet.  —  Ait  Ounebgui.  —  Iguenaouan . 

3.  Les  Ait  Kbabbech  seuls  campent  à  Test  du  Tafilala. 


NOTICE  SUR  LA  RÉGION  DE  L'OUED  DRAÂ. 


519 


tient  aux  Ait  Atta).  Les  babitOAts  <ia  ces  villages  conquis 
sont  devenus  les  khemmcs  ^  de  leurs  vainqueurs.  Souvent 
l0  ksar  a  pria,  à  U  suite  de  cette  oceQpatU>ii,  le  nom  de  U 
fraction  qui  s'en  était  rendue  maîtresse.  C'est  pour  cette 
raison  que  ptaiaiefirs  bourga  partent  xtos^  non»  identiques. 
Le  brigandage  et  les  déprédations  exercées  par  les  Aït 
Atta  sur  les  Ûraoua  sont  pour  cet  belles  contrées  un  véri- 
table fléau.  La  terrible  pression  dans  laquelle  le  nomade  a 
partout  et  toujours  tenu  le  cultivateur  sédentaire  suffit  à 
ruiner  le  sol  le  plus  riche.  Déjà  dans  le  Sahara  elle  a  été  la 
cw»o  de  ia  disparition  de  oombreiiises  oê^i.  U  A'apparlieaiit 
qu'à  «tft  penple  civmsé  de  faire  o^ssep  c«é  inique  vas$elage. 


1.  Métayers. 


NOTES  GÉOLOGIQUES 

SUR  LA  HAUTE  GUYANE  FRANÇAISE 

d'après  les  explorations  du  h^  GREVAUX 


Par  €B.    wmM^JkËN 

Maître  de  conférences  à  la  Sorbome. 


Nos  connaissances  géologiques  sur  la  partie  septentrio- 
nale de  TAmérique  du  Sud,  limitées  à  des  explorations 
plus  ou  moins  rapides,  faites,  à  part  celles  déjà  anciennes 
de  Humboldt  et  d'Alcide  d'Orbigny,  par  des  voyageurs  étran- 
gers à  la  géologie,  sont  encore  bien  incomplètes.  On  sait 
seulement  que  tes  schistes  cristallins  et  les  roches  érup- 
tives  anciennes  du  groupe  du  granité  sont  très  développées 
dans  le  Nord-Est,  et  que  tout  l'espace  limité  au  Nord  par 
rOrénoque,  au  Sud  par  l'Amazone,  est  émergé  depuis  le 
trias. 

Les  Guyanes  appartiennent  à  cette  grande  île  ancienne. 
La  Guyane  anglaise,  depuis  les  travaux  de  Ch.  Brown,  du 
Rév.  Tate,  et  surtout  depuis  l'établissement  d'un  Geologi- 
cal  Survey  dans  le  pays,  est  maintenant  bien  connue;  on 
a  quelques  notions  suffisamment  précises  sur  les  posses- 
sions hollandaises  ;  seule,  la  Guyane  française  était  restée 
jusqu'à  présent  pour  ainsi  dire  inexplorée  au  point  de  vue 
géologique,  les  voyageurs  qui  l'avaient  abordée  ne  s'étant 
guère  écartés  de  la  côte^  et  le  seul  travail  géologique  à  men- 
tionner, celui  de  Hardouin,  ne  traite  que  des  riches  gi- 
sements aurifères  qui  ont  valu  à  cette  région  favorisée  le 
nom  et  les  légendes  de  YEldorado. 

Les  deux  voyages  de  M.  Grevaux  au  travers  de  ces  régions, 
que  nul  n'avait  encore  visitées,  en  même  temps  qu'ils  nous 
ont  appooté  des  renseignements  géographiques  précieux, 


NOTES  GÉOLOGIQUES  SUR  LA  HAUTE  GUYANE  FRANÇAISE.   521 

sont  encore  venus  combler  en  partie  cette  lacune  regret- 
table. Malgré  les  difficultés  de  la  route,  l'heureux  voyageur 
a  pu,  en  effet,  rapporter  une  collection  de  roches  recueillies 
avec  soin  sur  les  rives  des  fleuves  qu'il  explorait  et  don- 
ner sur  les  conditions  de  gisement  de  chaque  échantillon 
des  renseignements  suffisamment  précis  pour  qu'on  puisse 
établir,  dès  à  présent,  une  première  esquisse  de  la  consti- 
tution géologique  de  la  région  traversée. 

Les  roehes  recueillies  par  M.  Grevaux  sur  le  parcours  du 
Maroni  et  du  Yari,  ainsi  que  dans  la  petite  chaîne  des  Tu- 
ngiuc-Humac,  qui  sépare  ces  deux  cours  d'eau,  sont  d'ori- 
gine sédimentaire  ou  d'origine  éruptive. 

Les  roches  sédimentaires,  qui  prédominent  dans  le  cours 
supérieur  du  Maroni  et  dans  le  Yari,  ont  toutes  une  physio- 
nomie ancienne  ;  ce  sont  des  gneiss,  des  schistes,  des  guart- 
zites.  D'après  les  observations  du  D'  Grevaux,  elles  doivent 
se  distribuer  en  deux  groupes  directement  superposés,  mais 
en  discordance,  qui  se  succèdent  ainsi  par  ordre  d'ancien- 
neté : 


( 


20 


Gneiss. 

Schistes  satinés  mâclifères. 

Micaschistes. 

Quartzites 

Schistes  ferrugineux. 


Les  roches  du  premier  système, principalement  les  gneiss, 
se  déploient  depuis  l'embouchure  du  Maroni  jusque  dans 
la  partie  moyenne  de  son  cours  ;  elles  se  montrent  forte- 
ment plissées  et  contournées,  fréquemment  traversées  par 
des  enclaves  granitiques. 

Celles  du  second  système  affleurent  par  grandes  masses, 
dans  le  cours  supérieur  du  même  fleuve  et  dans  ses  affluents, 
tels  que  lltany;  elles  se  retrouvent  sur  le  revers  opposé 
des  monts  Tumûc-Humac,  dans  les  encaissements  du  Yari; 
là, les  schistes  ferrugineux,  très  développés,  s'accompagnent 
de  poudingues  et  de  conglomérats,  et  sont  traversés  un 


5Bt  MXÎBS:  ffibttiOilQVn 

gnoid  nombre  d»  fois  par  d'énormeft  ilofis  dfr  qiitrta  blanD 
laîtettx,  ainsi  que  par  des  roches  éfuiilires  divecaos. 

Malgré  ses  recherches  atlentivea»  M.  GrevMX  a'a  pu 
reconnaître  dans  aucune  des  couches  puissantes  et  si 
étendues  de  e<e  système  eehteleux  la  moindre  traee  â# 
ocnpe  organwé  fo«^ile;  l^ur  Age  absol»  ne  pmA  Aire  ftsA 
d'une  fiiçM  posiUw^  il  ne  nae  eeipMe  cependaiii  pa»  que  es 
caracTtère  négatif  soit  à  iiii  sent  aufâsanl  pour  ifw^oii  doive 
les  daeser  parmi  tes  t^vatas  aïol^iieft^  lee  diecovéafiiees  ob- 
servée^  et  leurs  eeraptèrea  péèr^rapUqoee  si  diffîtrenta 
motivent  sufâsamment  leur  aéparatiooa  avoine  du  système 
des  gneiss  et  des  schîsteafltieaeéçsiar  lesipiekseitesvepeseîit^ 
qui  seuls  détient  appartenir  à  répeqoe  aseique  des  $€hi»tes 
cristatHns. 

6nai»H  et  Mi€û9€iiisi£$.  -^  i^esgneies  du  Maroni  affectent 
des  eolorations^  elaires,  qui  varient  du  blafie  a»  grisâlre;  ila 
sont  en  généra)  irèe  ialdspatbiqitfset Wgement  erislalKaés; 
L'oligoclase,  enbea«ixerislattK  lameHeai,  à  cUvagee  sMée  et 
miroitants,  s'y  montre  plus  fréquent  que  Torthose,  qui  se 
présente  laiteux  et  sans  éclat.  L^^i^tz,  relativement  peu 
abondant  et  sous  im étal  grenu,  s^solepirfbis  en  petites  cou- 
ches distinctes  qui  alternent  avec  les  bandes  feldspathiques.  Le 
mica  est  en  général  mal  oriQpté.  La  striyctnre  gneissique  est 
ainsi  peu  prononcée,  et  la  roche,  à  première  vue,  se  distin- 
guerait mal  d*un  granité  si  l'état  partîcuHer  du  quartz  et 
son  faible  développement  n^appelaient  Inattention. 

L*étude  microscopique  de  ces  roches  n*a}otrte  rîen  h 
leur  composition  mînéralogique  élémentaire,  déduite  ainsi 
d'un  simple  examen  à  Tœil  nu  ;  elle  nK>ntre  seulement  te 
quartz  rempli  d'inclusions  liquides,  et  par  places  quelques 
lamelles  de  mica  blanc  épigénisantle  mica  noir.Lesphène  et 
le  zicron  n'y  sont  pas  rares.  Tous  appartiennent  au  type  an- 
cien de  la  puissante  formation  gneissique,  au^n^m^txde 
la  Saxe,  dont  les  caractères  sont  d*une  si  constante  uni- 
formité sur  tous  les  points  du  globe.  L'amphibole  y  fait 


SUR  LA  fikfyn  mTTMm  prançaise.  58ft 

al>solttment  défeui,  et  rien  dans  les  ceîteclions  #a  D'  €pe- 
vanx  ne  vient  indiquer  dans  la  région,  !a  présence  des  ei- 
polins  et  des  amphrbolites  qui  forment  te  cortège  habituée 
des  gneiss  amphiboliques  placés  à  la  partie  supérieure  de^ 
cette  ptrfssante  formatien  ancienne. 

Au  contact  des  n^^ntbreux  filons  de  granulite  qoi  les  tra»« 
versent,  ces  gneiss  ont  subi  des  nded^fieations  importaMet, 
qui  se  laissent  déjà  facilement  reoemïaitFe  à  t^œil  bu.  G^est 
atnsi  qtfon  y  remarque  une  phn  grmde  abondance  de 
qnartz,  en  même  temps  cpi*an  développement  degrés  cri»* 
taux  de  microcHne,  glanduteux  et  orientés.  Dans  ce»  der- 
nières conditions,  le  mica  blanc  prédomine  et  s'accompagne 
de  sillimanile. 

Les  schistes  satinés  mdcHfères,  qui  font  suite  aux  gqeiss, 
sont  compacts  et  difficitement  cKvables  ;  lewp  textwe  est 
mrcrocristalline,  leur  coloration  violaeée  et  leur  éclat 
jsoyeux.  Avec  du  mica  noir  et  d»  qnartz,  en  y  distingue,  au 
microscope,  du  fer  oxydnîé  fpâqueiximeiit  altéré,  entouré 
d'hématite,  quelques  prismes  d'acticote  avec  une  multltode 
de  petits  erîstanx  de  chiastolfte.  Gie  sont  N^  des  reelHMP  pro- 
fondément modifiées;  elles  semblent  peu  développées  et.  se 
présentent  en  alternance  avec  des  mioasobistes  q«i  iiiissent 
par  prédominer  en  «"étalant  sur  de  vaste»  swrlbces,  notam- 
ment dans  la  partie  moyenne  d«  flenve,  awx  alentoups  du 
sant  Aouara. 

Quart zites  et  Schistes  ferrugineux.  —  <5es  dernières 
roches  n'ont  rien  de  spécial,  et  sont  très  pauvres  en  mi- 
néraux accidentels.  La  silice  qi»  imprègne  les  qnartziles 
est  à  rétat  calcédonîeux.  On  les  voit  traversés  par  de  nom- 
breux filons  de  quartz  blanc  laifenx  aurifère;  il  devient 
donc  vraisemblable  d*attribuer  au  démantèlement  de  ces 
roches  Tabondance  de  l'or  dans  les  alluvions  de  la  région*. 

1,  fies  aUuviQ&p  «uôC^rcMt  irèa  4éviQlo{)péea  ¥6rs  V^ntkMicbwe  du  Ma- 
roni,  se  recueillent  eucore  dans  de  petites  anses  le  long  du  cours  supé- 
rieur du  fleuve,  où  M.  Crevaux  a  pu  constater  leur  richesse. 


524  NOTES  GÉOLOGIQUES 

Les  roches  éruptives  qui  se  voient  au  travers  des  précé- 
dentes sont  beaucoup  plus  intéressantes;  elles  se  rap- 
portent à  deux  types  distincts  :  au  granité  franc  et  à  la 
granulite. 

Indépendamment  de  ces  roches  anciennes,  les  collaptions 
du  docteur  Grevaux  renferment  des  fragments  de  ponce  et  de 
trachyte.  C'est  la  première  constatation  que  nous  ayons  de 
Teidstence  de  roches  trachytiques  dans  cette  région. 

Granités,  —  Les  granités  francs  sont  localisés  pour  ainsi 
dire  aux  embouchures  du  Maroni  ;  ils  percent  franchement 
les  gneiss  et  ne  dépassent  pas  leur  région.  Tous  sont  à 
grains  fins  et  composés  d'une  multitude  de  cristaux  feld- 
spathiques  lamelleux,  d'un  blanc  éclatant,  parsemés  de  pe- 
tites paillettes  micacées  distribués  régulièrement.  Le  quartz 
y  est  peu  abondant  et  peu  distinct. 

L'analyse  microscopique  révèle  pour  ces  roches  la  com- 
position suivante,  assez  uniforme  : 

Eléments  anciens,  en  débris;  mica  noir,  oligoclase,  or- 
those. 

Éléments  de  seconde  consolidation  :  orthose,  microcline 
et  quartz. 

Granulites.  —  Les  granulites  se  rencontrent  surtout  dans 
les  monts  Tumuc-Humac;  elles  forment  presque  à  elles 
seules  ce  petit  massif  montagneux  et  se  voient  encore  sur  les 
deux  versants  de  la  chaîne,  au  travers  des  micaschistes 
dans  le  Maroni,  et  du  système  quartzo-schisteux,  dans  le 
cours  supérieur  du  Yari. 

Le  docteur  Crevaux  les  signale  dans  les  berges  de  ces  deux 
fleuves,  comme  disposées  en  larges  dykes  transversaux, 
généralement  orientés  du  nord-est  au  sud-ouest. 

Ces  roches  dures,plus  résistantes  que  les  roches  schisteuses 
qui  les  encaissent,  restent  souvent  en  saillie  sur  les  rives, 
à  la  manière  de  murailles  gigantesques,  et  constituent  au 
travers  du  cours  d'eau,  dans  les  parties  très  encaissées, 
une  série  de  barrages  naturels,  véritables  digues  de  retenue, 


SUR  LA  HAUTE  GUYANE  FRANÇAISE.         525 

qui  le  divisent  en  autant  de  bassins  superposés,  '  reliés 
entre  eux  par  des  rapides  ou  par  des  sauts. 

C'est  à  Ce  régime  tout  à  fait  spécial  que  ces  fleuves  à 
pente  rapide  doivent  de  conserver  leurs  eaux  pendant  la 
sécheresse,  et  deviennent  par  suite  navigables. 

Les  courants  sont  faibles  dans  les  bassins;  le  passage 
des  sauts  présente  seul  de  sérieuses  difficultés. 

Les  granulites  des  Tumuc-Humac  sont  à  grains  fins, 
généralement  peu  colorées,  blanches  ou  jaunâtres;  elles 
contiennent  de  nombreux  cristaux  de  quartz  bipyramidés, 
granuleux  et  comme  craquelés,  distribués  sans  ordre  au 
milieu  de  lamelles  feldspathiques,  d'un  blanc  laiteux^  fré- 
quemment kaolinisées.  Le  mica  noir  est  souvent  abondant, 
en  petites  paiHettes  hexagonales,  peu  brillantes,  à  reflets 
bronzés,  ou  bien  en  minces  hachurés  associées  à  du  mica 
blanc. 

Au  microscope,  la  structure  générale  de  la  roche  se 
montre  franchement  granulitîque.  Le  mica  hoir,  le  quartz, 
Torthose  et  l'oligoclase  en  constituent  les  éléments  anciens; 
ils  se  montrent  en  débris  cimentés  par  un  mélange  de 
microcline  et  de  quartz,  dont  les  cristaux  agrégés  en 
mosaïque  sont  comme  traversés  en  tous  sens  par  des  la- 
melles de  mica  blanc  extrêmement  ténues.  Les  éléments 
feldspathiques  anciens  semblent  nuageux,  très  altérés, 
et  le  mica  blanc  s'est  encore  infiltré  entre  leurs  plans  de  cli- 
vage. Le  quartz  ancien  est  abondant;  il  se  présente  avec  des 
contours  cristallins  hexagonaux  bien  déterminés,  enchâssé 
le  plus  souvent  dans  les  sections  d'oligoclase,  qui  con- 
tiennent également,  en  inclusions,  des  lamelles  monocli- 
niques attribuables  à  l'orthose.  On  le  trouve  aussi  à  Tétat 
de  cristaux  isolés,  d'assez  grandes  dimensions,  remplis 
de  pores  à  gaz  et  d'inclusions  à  bulle  mobile.  Le  quartz 
récent,  franchement  granulitîque,  avec  des  formes  irrégu- 
lières et  complètement  exempt  d'inclusions,  est  par  cela 
même  bien  distinct. 


936  NOTfiS  «ÉdLO«iQiJES 

Ges  graiMiriiiles  ^résduieiit  ées  passages  à  deux  reclies  qui 
semblent  uniquM»eiit  qbarkeufiesi^  ^ak  qui  coiH^prefiaeBt 
«û  îéâitté  un  mélange  de  qûai^t^  gmn«iiitk|tie  ti  4e  «itoro- 
dif»ê>  avec  quelquQB  ânes  iattelles  de  fnicà  MaiKs.  Le  Baj^po- 
cline,  peu  abonidaiit,  s'y  prés^orté  en  p^ôtîtès  «eotteos^  Wès 
aUdUgécs^  brisées  le  plue  s^vetit  ^t  it^clées  ée  filenliets 
siliceux,  dont  la  proâ^etkm  se  railaùiie  é^té&ÊMmaêà  4  eeHe 
4n  qaatls  grantiHtiqae  eirtiponnaAl.  U  li'y  a  ^1»  là  de  eifUc- 
lUfe  pi^^gliatoâLiie^  à  pi^prMieiit  p^nrkr^  ht  reehe^  eâi  des 
^iiatSj  Be  trente  réduite  à  ^ses  élé«ieii4)8  d«s  see^Wide  een- 
solidàtion^ 

Uâ  ét5hàntîltoii  ^  Yé(Pil»M6  f^f^n  >(^uariz  et  lâiea) 
d'u^  gris  ïHmé)  contenant^  aveede  là  tet^àiàlme^  des  peUtes 
i!iiâ«i5ei6  ^RiieUèMes  de  woMip»!»)  et  dels  miaules  é'exfde 
'â*ê$ain,  vteill  indiqmr  la  pré^eoee  dans  ee  même  f&assif 
des  granulites  métallifères  si  connues  des  Gornonailles 
H  de  1^  Saxe.  G^  gèeisen  pairah  riche  en  Bitn^aux  acci- 
dèftlels^  à  l'Ifivetose  é^  roches  préeédeiiiee^  r^  ïi'&i  €oo- 
litBt)fii«^t  pfô;«  Outre  ^sfs^it  tpn  f>nè  été  |»récéd^ianie»t  eiCés 
^t  qui  s(f^  distiiKifcs  à  l^^cei^  nn,  Taffifsttyse  Tnycgegoey»qtte  pét- 
înet  d'y  recoflftÉrfire  de  grandes  aigniiles  «de  ratile^  en  inohi- 
sions  d^âH's  iB  quaft/z^  «^  f  aputbé  ety  i^  plaoes  «n  j^oes, 
"Aé^  CdstâH»^  #s  sphèsEe  aooll&fiiés  «t  tovfjeàtrës,  qUt  se 
^iistinguWi  dîlieitoiflenfl  tfcfs  petite  pmmes  de  ièèes»6érite 
#s%HbMs  tiVÊL  set^fioÉnETt  en  veinute  iiia^  (lâr  toute  ia 
roche. 

ifftmt«M99  in  Mar^m.  et  4u  Yari*  *^  Mm  le  ¥ari  et  Je 
Maroniy  les  ipraaMMfttes^  qui  lormelit  a«i  travers  4es  eefaistes 
ees  larges  ènelaves  iransvépseles  dont  |'«i  (pafrté,  sont  îdcM* 
tiquer  à  celles  éç$s  TaduuC'HùGaâC  ;  eltos  iH'ésenient  seu- 
lefiikient  dans  leur  strueiure quelques  différencies  qui  tiennent 
è  leur  étr.t  fik^nnieii.  Celles  du  Yari,notai»BaieiitySont  et»- 
ttèremeiit  euri^^^ues  ^  saoeharoïdes.  Une  valriétéy  par  soke 
<de  T'edelitaticm  du  tinea  et jnHr4e»t  de  l-éifreaftent dtt  q^tatt^, 
est  devenue  schisteuse.  Un  seul  échanlMeii)  provéomé  du 


SUR  lia  fiAUTE  fiCm^Ri:  FRAllÇftflSB^  $27 

hani  Msroni,  semMe  faire  ex<3«ptii)n  à  cettie  irègle^  et  se 
signale  par  un  beau  développement  de  Toligoclase  en  ms- 
Wnix  tniroitants,  à  clivages  $trié»,  qui  (^Qmren^i  à  cette  k'dche 
^h  as)»6Ct  {rorpfeyriqAie  ass^  ^rcynoRc^^  Eil4>e  «si  en  o«tU^ 
plus  micacée  que  lies  tMrécédentw  t?t  c«Mi6ivl  dB  i'6pMiQi40.Oe 
minéral,  très  abondant,  est  en  cristaux  granuleux  jau- 
nâtres, d'assez  grandes  dimensions,  disposés  en  agrégats 
diversement  orientés  autour  du  mica  noir,  qui  se  présentent 
avec  les  caractères  de  Taugile  :  aspect  rugueux,  couleurs 
de  polarisation  brillantes,  absence  de  polychroïsme,  et  ne 
peuvent  s'en  distinguer  que  par  la  forme  des  clivages  et  la 
direction  des  extinctions. 

Cette  analogie  entre  des  roches  recueillies  dans  des  gise- 
ments si  différents  et  si  distants  les  uns  des  autres  mérite 
d'être  signalée;  elle  semble  indiquer  que  les  granulites, 
qui  jouent  dans  la  haute  Guyane  un  rôle  dominant,  sont 
d'une  venue  unique;  leur  épanchement  en  masse  dans  le 
Tumuc-IIumac  et  leur  injection  dans  les  fractures  du  sol 
au  travers  de  la  région  drainée  par  les  deux  fleuves  doivent 
ainsi  se  rattacher  à  une  soûle  et  même  phase  éruptive. 

Sanidinite  (trachyte)  à  augite.  —  M.  Grevaux  n'a  pas 
donné  d'indications  sur  le  gisement  du  trachyte  qu'il  a 
recueilli  dans  le  cours  moyen  du  Maroni.  C'est  une  roche 
blanche  et  friable,  d'aspect  ponceux,  parsemée  de  petites 
taches  jaunâtres  qui  tiennent  une  oxydation  de  ses  élé* 
ments  ferrugineux. 

En  lames  minces,  elle  se  montre  bien  transparente  et 
constituée  uniquement  par  la  réunion  d'une  multitude  de 
lamelles  monocliniques  de  sanidine,  empilées  les  unes  au- 
dessus  des  autres,  enchevêtrées  à  la  manière  d'un  feutrage 
serré  ou  d'autres  fois  plus  espacées  el  manifestement  orien- 
tées. La  roche  en  ces  points  devient  fluidable  et  présente 
alors  des  traces  d'une  matière  amorphe  complètement 
transparente  qui  s'isole  en  petites  traînées  sinueuses.  Du  fer 
oxydulé  et  des  prismes  aiguillés   d'augite   sont  les  seuls 


528  NOTES  GÉOLOGIQUES  SUR  LÀ  HAUTE  GUYANE  FRANÇAISE. 

éléments  qu'on  puisse  distinguer  au  travers  de  ce  magma 
cristallin. 

Elle  s'accompagne  de  conglomérats  ponceux  et  forme, 
dans  le  point  oh  elle  a  été  observée,  au  travers  des  schistes 
anciens,  un  monticule  arrondi,  peu  élevé. 


COMMUNICATIONS 


LA  QUESTION  DES  SOURCES  DU  DfllOLI-BA  (NIGER)  * 

Déterminer  la  vraie  source  d'un  grand  fleuve  qui  naît 
dans  une  région  encore  à  peine  connue  n'est  pas  chose  fa- 
cile. C'est  le  cas  pour  les  sources  du  Dhiôli-Ba  (Kwàra  ou 
Niger),  dont  nous  sommes  loin  de  connaître  le  bassin  d'une 
manière  satisfaisante.  Nous  sommes  ici  en  présence  d'un 
cas  particulier.  Le  bassin  du  Dhiôli-Ba  se  divise  en  deux 
parties  soumises  à  des  régimes  météorologiques  opposés. 
Au  nord,  le  tiers  environ  de  ce  bassin  est  situé  dans  le  Sahara 
et,  à  l'époque  contemporaine,  il  n'alimente  plus  en  aucune 
façon  (apparente  du  moins)  le  cours  d'eau  principal.  Les 
vallées  qui ,  descendant  des  plateaux  du  Ahaggar  et  du 
Tasîli  dans  le  pays  des  Touareg  du  nord,  vont  aboutir  à 
la  rive  nord-est  du  Dhiôli-Ba,  sur  le  territoire  des  ne- 
gres  Haousa,  sont  aujourd'hui  absolument  sèches  dans 
leur  partie  moyenne.  Nous  pouvons  donc  hardiment  laisser 
de  côté  celte  moitié  fossile  du  bassin  du  Dhiôli-Ba,  pour  ne 
considérer  que  sa  moitié  vivante,  celle  qui  est  comprise 
entre  TAdamàwa,  à  l'est,  et  les  montagnes  du  Kouranko  et 
du  Kono,  à  l'ouest.  De  ce  côté,  nous  avons  le  Dhiôli-Ba 
(ou  Kwâra);  de  l'autre  le  Bénoué,  qui,  réunis  près  de  Lo- 
kodja,  vont  se  jeter  dans  l'océan  Atlantique.  Des  deux 
grands  cours  d'eau  qui  viennent  d'être  nommés,  le  Dhiôli- 
Ba  (ou  Kwâra)  est  incontestablement  le  plus  long;  par 
conséquent,  on  peut  connaître  la  source  du  fleuve,  alors 
que  la  source  du  Bénoué  resterait  encore  inconnue. 

Le  problème  étant  ainsi  posé,  voyons  où  en  est  aujour- 
d'hui la  solution. 

1.  Communication  adressée  à  la  Société  de  Géographie  dans  sa  séance 
du  19  novembre  18S0,  par  H.  Duveyrier. 

soc.  DE  GÉ06R.  —  DÉCEMBRE  1880.  XX.—  33 


530  LÀ  QUESTION  DES  SOURCES  DU  DHIOLI-BA. 

Jusqu'au  moment  où  MM.  Josué  Zweifel  et  Marius  Mous- 
tier  ont  publié  les  résuHftés  de  tettr  voyage  d'exploration 
à  la  source  du  Dhiôli-Ba,  oa  admettait  que  cette  source 
était  située  par  9°  25'  de  latitude  nord  et  l^  5'  de  longi- 
tude ou^  4^  Ba^  &ua  UM  aiOttte§D«.appalé&  liama.  C'est 
à  l'une  des  trop  nombreuses  victimes  des  explorations 
en  Afrique,  au  major  anglais  Alexandre  Gordon  Laing,  que 
nous  devons  ces  premières  données.  "Fandis  qu'il  était 
dftns  le  Souttmanla  (ou  Soulimana),  en  18%,  le  major  Lain^ 
Visa  ce  mont  Loma  à  deux  reprises  :  du  haut  du  mont 
Ronkodougoré^  situé  au  sud  de  la  ville  de  Falaba,  et  de  la 
source  de  k  rivière  SéK  (ou  ftokellé).  Le  triangle  formé  par 
ces  d€ux  visées  à  la  boussole  finit,  par  un  sommet  très  aigu,^ 
à  Ht' kilomètres  de  Falaba;  par  conséquent,  étant  données 
la  nature  de  l'instrument  et  la  forme  niême  du  triangle, 
construit  avec  les  visées  auxquelles  il  a  servi,  la  position 
du  mont  Loma  du  commandant  Laing  ne  pouvait  être  ac- 
ceptée qu^à  titre  de  renseignement  géographique  très  pro- 
visoire, parce  qu*îl  est  vague  et  incertain.  Rappelons-nous 
aussi  (^ue  ce  sont  des  naturels  du  pays  qui,  répondant  aux 
plressantes  questions  du  brave  et  honnête  officier  anglais, 
lui  ont  signalé  cette  montagne,  qu'ils  appelèrent  Loma, 
comme  renfermant  la  source  du  grand  fleuve  de  leur  patrie. 
Le  major  Laing  livra  au  célèbre  colonel  Sabine  ses  obser- 
vations, complétées  par  les  renseignements  des  nçiturels^  et 
là  position  &a  niont  Lomit  que  nous  venons  de  rappeler 
vfadt  donner  une  première  satisfaction  à  la  fièvre  d'investi- 
gation  des  géog^raphes. 

Mais  la  rivière  qui  naît  dans  ce  prétendu  mont  Loma  est'^ 
elle  bien  le  premier  et  plus  lointain  des  ruisseaux  qui,  grossi 
par  l'apport  successif  d'affluents,  devient  lQDbi6}i-Ba?  Un 
autre  ruisseau  dans  le  sud- ouest  ou  dans  le  sud-est;  petit 
cours  d'eau  inconnu  aux  gens  du  Soulimania,  pouvait  bien 
^ÇWtunJQmr.lft  rÇïftrtftCQr,  Q9ÇV»?  fWfttisMftli  WftW»!^ 
plus  longue* ••  Ce  doute  que  pMfism^u'mwl^  Umixàk,  mais 


LA  (HiBSlMM  KEft  Stt04l0fift  BU  UmOLh^BÂ,  bS^ 

qui^  était  venu  à  l'eisprii  de  phi6ieur&  géographôs,  le  voilà, 
enfin  éclaivei  pour  la  première  foi&. 

A  i36  kilomètfe»  dan^  te  sod^ouesi  du  moat  Lo<na  du 
r»ajor  Laing^  et  à.  Sld:  kiloi»ètpe&  seuten^eni  âans  l'est  de 
Ffiee-ïowR,  obeMieu  de«  possessioas^  angteûsea  de  Serra* 
Leone,  MM.  Zweifèl  eiUfeiMlier  oq4>  vu  le  TleaibirKoundou^ 
ou  montagne  Tête  ie^  la  (oivière)  femHi  Cette  rivière,  plus 
longue  Qif^Q  la  FaHko,  ptsendte  nom  deDhîMi^Ba,  apfès  sa 
réunion  avec  elle.  Suivant  MM.  2}weîfel  et  Moustief)  elle  naiè 
par  8^  36'  de  latiitude  noré,  et  ^  W  delongitode  CMiestde 
Paris,  dans  un  des  sommets  d'une  chaiae'de  niontagnes(}ui 
porte  le  nom  de  boao»,  comme  celle  dont  nous  venons  de 
parler.  H  est  possible^  d'aîMeurs^  que  la  chaîne  de  Loma  se 
continua  dans  le  nord^est,  avec  quelques  interruptions,  jus* 
qu'au  sommet*  de  Loma  visé  par  le  major  Laing;  il  est  éga* 
lei&ent  possible^  comme  cela  s'eaft  va  fréquemment  dans 
d'autres  pays,  que  ce  iWH»  de  la.  chaîne  soit  un  substantif 
de  la  langue  indigène  signifiant  montagne^  sommet^  ou 
chatne  de  montagnes^  et  que  nous  le  trouvions  appliqué  ici, 
par  excellence,  au  principal  trait  orographique  de  toute  une 
région. 

îl  faut  féliciter  hautement  MM.  i^eifel  et  Moustier  de 
leur  principale  découverte,  celle  du  Tembi-Koundou,  c'est- 
à-dire  de  la  source  la  plus  lointaine  connue  du  Dhiôli-Ba; 
nous  n'hésitons  pas  à  dire  que  cette  découverte  est  un  fait 
considérable  dans  l'histoire  des  progrès  de  la  géographie  de 
celte  année.  Peut-être  môme  cp  fait  conservera*t-il  tou- 
jours son  importance.  C'est  ce  que  nous  apprendra  l'ex- 
ploration complète  des  pays  de  Môsi,  de  Kong,  de  Bouré 
et  deKissi,  de  toute  la  partie  sud  du  vaste  triangle  dont  le 
cours  du  Dhiôli-Ba  dessine  les  deux  plus  grands  côtés, 
entre  sa  source  et  son  embouchure,  et  dans  lequel  seuls 
René  Gaillié,  Henri  Barth  et  Benjamin  Andersen  ont  à  peine 
pénétré.  Ici  coulent  le  Ba-Khoï,  la  Sarano,  etc.,  toutes 
tributaires  du  Dhiôli-Ba,  et  qui  paraissent  naître  sur  un 


532  LA  QUESTION  DES  SOURCES  DU  DIHOLI-BA. 

plateau  oû^  appliquant  à  une  chaîne  le  nom  d'un  grand 
marché,  nos  cartes  indiquent  une  chaîne  de  montagnes  de 
Kong.  Ajoutons  que  l'existence  môme  d'une  longue  chaîne 
continue  de  montagnes  de  l'ouest  à  l'esti  donnée  par  toutes 
les  anciennes  cartes  et  par  beaucoup  de  nouvelles,  est  en- 
core à  prouver;  on  sait  où  commence  la  chaîne  du  côté  de 
l'ouest,  on  sait  encore  qu'elle  continue  à  l'est,  jusqu'au 
10®  degré  de  longitude  ouest  de  Paris.  De  là  au  point  où 
M.  Bonnat  a  vu  des  montagnes  dans  le  nord  de  Salaga,  nous 
en  sommes  réduits  à  supposer  que  le  soulèvement  se  pour- 
suit sans  interruption. 

Malgré  l'insuffisance  de  nos  informations  sur  l'intérieur 
de  la  région  qui  nous  occupe,  les  inductions  qu'on  peut 
tirer  du  journal  de  Caillié,  entre  Timbo  et  Timbouktou, 
du  journal  de  Barth,  entre  Saï  et  Timbouktou,  et  l'examen 
des  dépositions  des  indigènes  recueillies  par  ce  dernier 
voyageur,  détruisent  presque  complètement  l'hypothèse 
d'un  grand  affluent  sud  du  Dhiôli-Ba  qui  puisse  rivaliser  en 
longueur  avec  la  Tembi.  Par  conséquent,  les  réserves  que 
la  prudence  impose  en  pareille  matière,  et  que  nous  de- 
vions formuler,  n'enlèveront  probablement  rien  dans  l'ave- 
nir à  la  gloire  de  MM.  Zweifel  et  Moustier,  qui  sont  bien  les 
découvreurs  de  la  source  la  plus  éloignée  au  sud-ouest  et, 
selon  toute  apparence,  de  la  véritable  source  du  Dhiôli-Ba 
ou  Niger. 


COMPTES  RENDUS  D'OUVRAGES 


CAVELIER  DE  LA  SALLE  ET  LA   DÉCOUVERTE   DU  MISSISSIPI 
d'après  l'ouvrage  DE  M.   PIERRE  MARGRY*. 

Le  5  jaillei  1678,  la  Salle  se  rembarquait  à  la  Rochelle, 
emmenant  celui  qui  devait  être  pour  lui  un  dévoué  compa- 
gnon à  la  peine  comme  à  la  gloire,  Henri  de  Tonty,  avec 
trente  matelots  ou  ouvriers  ;  à  la  un  de  septembre,  il  arrivait 
à  Québec.  Il  s'occupa  aussitôt  à  réaliser  l'argent  nécessaire 
à  son  voyage.  Il  existe  une  série  xle  billets  souscrits  par  lui, 
tant  en  France  qu'au  Canada  et  se  montant  à  la  somme  to- 
tale de  85  933  livres,  et  il  est  bien  évident  que  ces  documents 
sont  loin  d'embrasser  l'ensemble  des  dettes  contractées  h 
cette  occasion. 

Le  succès  de  la  Salle  porta  les  premières  animosités  jus- 
qu'à la  haine  :  Bazire  étant  mort,  Leber  et  de  La  Chesnaye, 
oncle  de  JoUiet,  s'unirent  contre  celui  qui  l'avait  emporté 
sur  eux.  Le  privilège  de  la  traite  des  pelleteries  dans  les 
pays  à  découvrir  excita  tout'  le  Canada  contre  la  Salle 
enfin  comme  les  Récollets  allaient  le  suivre  dans  l'ouest^ 
les  Jésuites  se  préparèrent  à  embarrasser  la  route.  Nous 
avons  sur  ce  point  le  témoignage  des  Récollets  ^.  €  C'est 
»  assez  que  l'on  tesmoigne  l'inclination  d'avoir  des  Récollets 
»  dans  les  lieux  oii  d'autres  missionnaires  ne  voudraient 
»  pas  quon  les  employast  pour  s'attirer  la  persécution  de 
»  M.  l'Ëvesque  et  de  ses  adhérents,  ce  qui  a  paru  singuliè- 
»  rement  les  années  dernières  dans  les  grandes  découvertes 
»  que  M.  de  la  Salle  a  fait  par  ordre  du  roy,  lesquelles  ont 

1.  Compte  rendu  par  M.  J.  Thoulet,  communiqué  à  la  Société  dans  sa 
séance  du  19  mars  1880.  —  t  Le  4*  volume  intitulé  :  Le  voyage  de  Pierre 
Lemoyne  d'Herville  et  l'établissement  des  Français  aux  côtes  du  Golfe  du 
Mexique  »  paraîtra  incessamment.  —  V05.  Bulletin  de  la  Société  de  Geo~ 
graphie,  novembre  1880,  p.  435. 

2.  Tome  I,  p.  Sa. 


534  GAVELIER  DE  LA  SALLE 

))  eu  tout  teisnoceEfoe  l'on  {yoavoit  espéi^r  de  sa  grande 
»  conduite,  quoyque  traversées  au  delà  de  ce  que  Ton  peut 
»  croire  et  Ton  ne  luy  en  a  donné  d'autres  raisons  sinon 
»  qujB  Ton  ne  pouvoit  souffrir  qu'il  eust  choisy  des  Récol- 
»  lects  pour  administrer  le  spirituel  aux  François  et  aux 
S)  sauvages  durant  le  cours  de  ses  entreprises.  »  Cette  hos- 
tilité avait  ses  principaux  foyers  fi *if!lti^riê««^a)MNlltO«âbec 
et  à  Montréal  où  était  l'itrUindai^t  "en  i^hmnmts^,  ^mti  <âé«rMé 
aux  Jésuites  et  par  con«éqttent  toujours  prêfl*  t)e<^6<i<êfr4t) 
découvreur,  ptiiis  les  missions  de  Mi^iUmaMïMc^'AèBlfilffilItis 
et  du  Lac  Supérieur.  AMissHirtiakînfek  par  Oft  dévai^ft fesser 
forcément  toutes  les  ressources,  lés  àpprô^i^*ttH5mefi^  et 
les  renforts,4és  tïiefnsdAgesèt  te5<^lotnâiélsMf$ë»sàidlfift{ilft; 
chaque  convoi  d'hôfnïàes  èfn  route  pour  fè  liïé^ès  flKfiofe 
s'y  arrêtait  et  y  entendait  tépètèr  dè«  'bWîîte  ^ffrrfjttnts  (ftR 
suspendaient  sa  marche  et  même  le  faisaiMt  t^MotnUsèi* 
ôTiemin.  La  présence  de  la  "Salle  du  de  Tôtft^  fftft  liidis- 
pensahle  pour  fratichîr  fcet  ohstafcïe  atrtfefftént;  ïfitedrtïrcrtï^ 
tahle.  Quand  cêrrtaîfis  éci*îvàins  ôttt  VSWté  ïtt  tnérîtes  ftè 
ïolîîet  et  du  P.  Marquette  dans  la  découvert*  du  Mtssissi^i 
et  cherché  à  dîminuer  la  Salle  à  leur  *î)rofîl,  îfe  Yi'tfnt  ^ 
assez  observé  que  ces  voyageurs  "n'avaient  gtièfrè  que  tes 
'pférils  de  la  nature  à  braver  peftdàut  ^uel^ues  ittùh,  tàtfdis 
que  la  SaBe  ^es  eut  pendant  <^é[  ans  et  en  otrtrcétet  Wftcr 
contre  îîbs  cotiïpalrîoteB  bien  atrtrcmént dafngerëtûc  pcrtfrlui 
que  les  sauvagek, 

Dfes  sôti  ai*rivée  an  fort  ï*ontena(5,  ïa  Sallte  ëH^ç/fh  vtn 
pTetniefr  côhvèi  de  ^quinte  tîèrsonnes  avec  deis  tkïlffbhantfises 
an  Lèfc  des  lllînois  où  Ton  devait  l'attendre,  puis,  an  com- 
tftencemehti't  de  Tannée  16T9,  îl  expédiait  un  second  côBvôi 
«o«i8  la  conduite  de  M.  de  La  Motte  et  du  Réc<rflet  Louis 
ïfètfnepîn,  afin  de  conslpcrire  xtn  fort  et  <me  bai^qne  solideile 
Vautre  côté  de  la  cataracte  du  Niagara.  €es  derniers  éprou- 
vèrent de  grandes  difficultés  à  accomplir  le«ir  iBtfsioR  :  ks 
Iroquois,  sans  entrer  en  lutte  ouverte,  excîlés  scHi%  main, 


ET  h\  è*fîOtf*EHÎE  %fè  ïftftSSIPI.  Ilfife 

«t6ntrèrëftl*eai!<;6tiï>  de  rnàuv««fe  VMôh*»,  èfe  %Me  qt'Wh 
Tie  put  élever  ^a'^tie  ^naîson  paKs^ftVïëè.  Toutefois  "Wi 
construfeit  labarqite,  ce  qtii  était  Tessetitiél,  grâce  âl*8tter^ 
de  la  Salle  qui,  fftal^ré  tcrtis  lérs  otetadë!;,  à  traVërtîk  rtei^ge, 
scruvent  tjans  Tioarrîtcrre,  «t  à  trfed=^ltisiëtteVoj^s*i  tm 
fVdfitenac  à  Niajffera  tfaft*  le  bat  (l^èùcôurager Ws  travrfftWrr^ 
pâfr  sa  présence.  Toat  Sfe  ^fgûnîasltft  iftorféc  loin  le^  îfï(Hén% 
*r«fushient  de  vendre  de^  VîVrës,  ^^t  ï«ndâM  *è  mHpSy  stitlè 
•bnrit^ela  mdi*t  dû  «iScoaVrètïr,  i^pàlMei  tJfettt'-êWê -à  lïèis- 
«cftï,  toèttes  ïès  T[]N*ol«sicltis  teisisëë*  p«r  Wi  *h  a#fil  li 
<}«ébec1?t  à  Mcyhti*éal  -étaient  saisies  fhr  S0S  tf  éôffrcitir». 

Le  <5arètcrtêre  du  génie ^e  làSaTle  était  la  téh«cïté,pWi  îftrf- 
TXrftaît  te  îTOftibfè  et  la  gràndear  '9ës  tîiftffitikdes;  Ôél-oruttié  Hh 
ièHaht  8è  r^tîèôil^TIWc*^  y  reVto«rt^1¥ète 

tïtuB  m^crbïè,  àh.  {>^rt*i*ii[ft  pté^qtte  dh%  aVëfc  *lè  ^fttt  'ftofbîe 
^têteméirt.  "Omt  'c^tè  «?réyh*a'nt*&,  'ith  lÔMttèÀ  *lft  fl  Ixm- 
'éliaitï)rfe»è(tt  îe  %ut -qn^fl  s^dt  pir6p(«ê  ^jyèwdte*  tànt-a^aftv 
nées,  dàVert^rillîfftè'Sës  aplf)f6^'sToi!rnèTnéhts,  ttiàîii6*M 
latesait  etiàëre  Kbi^  la  f*fà^die  teft  avarft,  cela  lui ^fftskî'i 

Au  tecfti  tl*aôM  W79,  «àvèKer  de  îa  Skfle  qûflitatt  ti^fti- 
'^Vèfrttent  le  *>rt  fVontcnâc  aVèc  ^enUê  hortAèttf^  -èft  troft 
Récollets.  Équipant  la  barque  nouvellement  constrnîîè,  ft 
TëttïtHtiB^  h  riVïèi^  Nfeigafa,  traveîiaflt  %  lâc  Bri*,  le  lac 
BaîWëi^laire,  fe  lac  Rùroft,  et  le  27  tout,  il  aStlfci^att  Mîs^ 
irfihïïakînak.  hk,  il  reti*ouvaït  ûiiè  fïârtte  *étë^  ïroA'fftefe  (Jû'tl 
avait  envoyés 'en  avant;  mais  par  stritë^^rtiffeide  la'ttort 
^u  découvreur,  s^k  «'etifrè  ^^  avaient  «feer*é  éftft^oi'fâ^ 
éfivîron  4000  iiVî*és'Ôè  fflfafchàMft^s,  ^ktfftt^  ^ 'èêùi  (ftH 
è'fusant  accoiftipflfr  leur  ttrisstofi  et  ftifâ!Wftfe*%i  *¥»it,  ëtkièWt 
«et^èud^ent  "rertés  «ftèîes,  ^avaient  flÔfiHn^ë  poW  lefbr  noôWî- 
tare  une  sdttme  d'erivirôn  lâOO  «Vi*é<î.  l>e  tout  è'e  qui  avait 
êîé  Confié  à  ce  parti  et  devait  servir  à  oiiVHr  la  route  ^éïWiîs 
îe  Tônti  «ù  l»c  dè^  Who^  jift^*à*ii  Mis^îïteTtfi,  «  île  ferftàit 
¥*âs  qùê  1500  livrés  à  peine,  ta  ÏJaflé'éh^ya  Tdftïjr  à  fe 
p6ui*!(ti{tè  'des  *4éi#èrtetits,  "taails  Kfft^ttt  t^elttî^d  Vévînt  4 


536  GAVELIER  DE  LA   SALLE 

Hissilimakinak,  en  novembre,  il  ne  retrouva  plus  son  chef 
qui,  dans  la  crainte  de  Thiver  qui  approchait,  avait  pris 
les  devants  et  quitté  la  mission  le  12  septembre  1679. 

En  passant  à  la  baie  des  Puants,  aujourd'hui  Green  Bay, 
on  eut  une  heareuse  chance,  cela  arrivait  rarement.  On 
rencontra  quelques  hommes  envoyés  les  années  précé- 
dentes et  qui  ayant  fait  avec  succès  la  traite  chez  les  In- 
diens rapportaient  des  pelleteries  pour  uns  valeur  de  12000 
livres.  Ne  voulant  pas  exposer  sa  grande  barque  aux  dan- 
gers d'un  hivernage,  sur  un  lac  où  les  tempêtes  de  la  mau- 
vaise saison  sont  terribles,  et  où  Ton  ne  connaissait  alors 
aucun  abri  sûr,  il  y  fil  chaîner  toutes  les  marchandises  et 
donna  l'ordre  de  retourner  au  port  Erié.  En  passant  à  Mis- 
silimakimak,  on  devait  y  laisser  une  partie  des  approvision- 
nements en  dépôt  afin  de  les  avoir  plus  à  portée  en  cas  de 
nouveaux  besoins  ;  au  port  Erié,  on  déchargerait  les  pelle* 
teries,  on  y  prendrait  des  objets  venus  de  France  et  l'on 
reviendrait  enfin  à  la  mission  y  attendre  des  ordres.  La 
barque  partit;  après  quelques  jours,  par  l'incurie  du  pa- 
tron, elle  faisait  naufrage  et  périssait  corps  et  biens.  C'était, 
sans  compter  la  vie  des  hommes,  une  perte  de  40000 
livres. 

La  Salle  prit  alors  la  direction  du  sud^  le  19  septembre, 
avec  quatorze  personnes  montant  quatre  canots  d'écorce;  le 
28  octobre,  on  atteignait  le  fond  du  lac  Illinois  après  d'hor- 
ribles fatigues  dont  il  faut  lire  le  récit,  pour  s'en  rendre 
bien  compte,  dans  les  documents  originaux.  Chaque  soir, 
on  devait  aborder,  décharger  les  canots  sur  une  plage  unie 
où  déferlaient  les  vagues  déjà  glacées  ;  on  se  mettait  à  l'eau, 
puis  après  une  nuit  passée  sur  un  terrain  inconnu  où  la 
crainte  d'une  attaque  empêchait  de  prendre  un  instant  de 
repos,  on  rechargeait  les  canots  lentement,  laborieusement 
et  l'on  repartait  pour  recommencer  encore  toute  cette  série 
d'épreuves.  Un  jour,  les  Outagamis  Renards  volèrent  une 
partie  des  marchauidises  et  l'on  n'évita  une  attaque  qui 


ET   LA   DÉCOUVERTE    DU   MISSISSIPI.  537 

devait  être  immanquablement  fatale  que  grâce  aux  dispo- 
sitions habiles  et  énergiques  prises  par  la  Salle.  Enfin,  le 
1"  novembre»  on  arrivait  à  l'embouchure  de  la  rivière  des 
Miamis  où  Ton  avait  donné  rendez-vous  à  Tonty  ;  celui-ci, 
comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  retenu  à  la  poursuite 
des  déserteurs,  n'y  était  pas  encore  parveau. 

On  se  décida  alors  à  hiverner  en  ce  point  afin  de  ne  pas 
rencontrer  les  Illinois  réunis  dans  leurs  campements  d'hiver, 
ce  qui  eût  été  dangereux  vu  la  faiblesse  de  Texpédition  en 
hommes  et  son  dénuement.  Les  Indiens,  fractionnés  en  pe- 
tites troupes,  devenaient  évidemment  moins  hardis  et  il 
était  plus  aisé  soit  de  gagner  leur  concou'^s  par  des  pré- 
sents, soit  de  leur  résister  dans  une  lutte  qui,  si  elle  avait 
lieu,  serait  moins  inégale.  On  éleva  donc  un  fort  et  Ton 
attendit  Tonty  qui  arriva  enfin  le  20  novembre.  La  Salle 
put  alors  avancer.  Accompagné  de  trente  hommes  montant 
huit  canots,  il  s'embarqua,  le  3  décembre,  sur  la  rivière  des 
Miamis;  un  portage  le  mit  dans  la  rivière  des  Illinois  qu'il 
descendit  à  travers  les  terrains  tremblants,  marécageux  et 
sans  gibier  qu'il  avait  rencontrés  une  première  fois,  plu- 
sieurs années  auparavant,  alors  quMl  avait  découvert  le 
fleuve  Mississipi.  Tout  le  mois  de  décembre  fut  employé  à 
faire  cette  route,  car  seulement  le  l^'  janvier  1680  on  ren- 
contrait le  village  des  Illinois,  par  40  degrés  de  latitude. 
Ce  village  était  désert  et  l'on  manquait  de  vivres.  Malgré 
.tout  le  danger  d'une  pareille  résolution,  la  nécessité  obligea 
à  rechercher  les  caches  où  les  Indiens  avaient  déposé  leur 
provision  de  maïs  et  à  s'en  approprier  une  partie,  puis  on 
se  rembarqua.  On  descendit  la  rivière  pendant  cinq  jours 
avant  d'arriver  à  un  grand  campement  d'IUinois.  Ceux-ci 
se  montrèrent  bienveillants  ;  ils  ne  surent  pas  mauvais  gré 
aux  Français  de  leur  emprunt  forcé  qui  fut  d'ailleurs  payé 
en  marchandises,  et  ils  fournirent  de  précieux  renseigne- 
ments sur  la  navigabilité  et  sur  la  position  de  l'embou- 
chure du  fleuve  Mississipi. 


538  GXVELIflll  D6  VK  SULtE 

-Ges  boimes  "di^posîtiofi^  *nè  «dorment  pdB  Idffgtëlit^B.  Vh 
^ndicrh  iiomnié  Motmo,  -éimisaire  den  Miamis  ou  peut-èlre 
envoyé  par  d'aatres  personnes^  arriva  nne  ncrtt  ati  vîflst^ 
êiy  à  rinstt  des  Frastçaris^  i^etyréseoia  àttx  cbéfs  IHindis  Ik 
^SftUe  "ei  ses  compagnMift  'ocnhfnè  >aM4és  lAes  trèqMte  ^ 
chargés  de  préptftfr  «m  «Mcftfe  iAVff^teMtè  éè  'Gël»c<>ëf. 
iia  SffUe  fois  il  mi  vrai,  ^prévifttti  «mis  fhain  éft^s  ixAiAii- 
mEtf^^s,  et  lorsque  tes  f IKinôls^  c^aftfèMi;  is«bite«eiMt  «è 
langage,  votilurettity  par  le  récit  de  éftn^rs  ^àfgiftèlrtf», 
le  détourner  *te  poirsiser  plus  àviifrt,  il  i^berdia  à  ngp&mmv 
'Cesin«t^intBti#firs,  tnais  «atiti  f;rand  i^trceè!».  Six  ti^emâies  ^^ 
frayés  désertèrent  en  empt^irtant  desinarchaQ:dt8es»  S'il  dér* 
Venait  impossible  d'avancer,  il  fkIMt  m  10M119  ne  fias 
-reculer,  et  poar  oeta  <cm  résohit  il^élèvèr  un  fort  ^i  ftft 
"(kmifindneé  $è  46  jfanVtër  1686,  èt^,paT'i^Mé  des  trMM 
eireoA^ffftces  ^  '1\^  ^e  trcmvaN;,  reçM  le  «KM  earacWri- 
tii^ue  de  fot^t  €}rèvéc«etrr.  fin  t^ire^  on  entreprit  4e  <Mli- 
strttirè  nHe  )^arqtie  èlt  cdtte  <»uvre  si  difficile^  £^r  41  étiait 
'ftéOé8«ai9<è  de  talyrï^uer  «faa^e  plaficliiè,  put  «tre  nvenséd^ 
bonne  ^  grl^  ^à  des  prédits  d'éiïergie.  Alors,  pMir 
éclairer  la  rotffé  jusqu'au  llfesissipi,  on  envoya  en  avant 
dans  î^h  -canot  le  PêTêtôffiis  «ènnepin  avec  deux  hdtâiiârès 
et  envîrôft  ÏOOO  -à  1200  liVrôs  de  Jftiarfelïaiïdiifès.  l/ôs  voyà- 
'gèftffs  pâturent  ^è  %%  fêvrier  :  ils  de9ceM#ent  à'ébtM  4a 
rivière  ddsIIKitois.  Le  7 «aàrstls  afrrivUlent  à  I^nriMIttèliifre 
âè  wtte  rîvtère  datas  ^e  i»ist«»î{rf,  à  60  Heuefs  ûû  fôii  t3rève- 
»ccBur;  W,  41s  fe'ari»Ôtèï^t  efnq  jours  ei,  rëm<!)nttBft  alors  ïe 
fleùVè,  ils  rfecôâfWffrèM  4 'embouchure  de  te  ri^ère  Mi«cc*- 
Wif  011  Wiscoft^Sn-,  te  îi^itBaint-Atrtdine  et  Idniê  la  vas*e 
t'é^lon'qûi  est  iil^èrd'htfî  !è  Minnesota,  fis  y  Mrènft  «i¥Més, 
fftoitié  êe  gré  «et  moi^fë  de  fôrce,  par  les  Nadowësf*>utavec 
lès^ueh  î1sctias»èré*ft  le  biïion  pendant  trois  mois,  et  enfin, 
^^tpt^  avdir  feft  la  rencontre  de  deux  auti^s  VOyagènrt,  de 
f j«^  «|PaMkr!,tls  rë^^nrenttous  ensemble  à  Missflimakiftak. 
Pendant  qu'Hennepin,  d'après  lès  ordres  reçus,  rê^WWn- 


ET  LA  •DÈCOÙVElflS'E  VtJ  «fBfelSSlPl.  ^SS> 

*t»rt*è  MissisSTpi,  la  Salte  avait  songé  à  lexiërstîèndi^.  Avant 
mètt^  le  départ  *â  llécoHe»,  il  était  'f>àî*V6nu  à  obtcffiir  d'bt) 
fhdten  renconti*é  par  htoàfd,  dès  tënslteigtWIfWèWts  ôé^taînB 
^àt  te  nayigaîrilîté  dû  cotffs  Mêrieiïf  flu  fteiive,  e^  %s  fH*afi- 
^a*,  *t>aftit€fft«tït  fassnrés,  étaterft  pMùs  dSgi9pét»fifftfife^€Jë- 
^peÉd«îît  an  ^^îtenr  de  l'hiver  et  firè^î^  loijtès  leis  ^tes^urées 
ét«iiepm«8fe»,  oo*iVèttàit4ra'«Vàiî^ 
«l^fiflffe  êAph  à<ifï%  «on  ôonlîaîsàfefît  apfproXtmàfîvem^M  là 
l^i^guem»,  du  bieft  fallait^  «tënâre,  ^  àa  prix  ^Cti^  pëti  de 
patience  qui  devait  être  forcément  réconafpètttrS©  f^v  le 
«ttocè]^,  einployer  la  ma&valise  Mîâ^  à  ras^ërtAîèr  *é&  nou- 
velle provisloft's.  Là  Sàlîè  ^rit  te  seeô'hd  Çlft«,  «èll  le 
1^'  mars  168©,  le  lendértiain  du  départ  dû  P.  HeWttefrfn,  il 
ffttmîiît  ses  coîftpagnons  doM  il  teh«iit  îé  odWiftièttd*W««flfift 
41  Tonty-,  î>ôtir  reloûrh^  m  foi^  ï^fôntéfttl^.  A***c  «^ 
'ho«teiës  èl  un  Indien,  «  avait  à  pareOorir  SO©  lîê«es  à^rt^d, 
•*nii  tiHeiidfee^i  *5^to*HcWçàttàîondf»è,  et^^^ 
'sà  tdute.  îl  ëè¥efftâit^*àbord  m  viHagè  des  IHînèiis,»pksfsa  t>ar 
iè  f^frt  des  Miamîîi  où  il  eut  êflccrre  la  déceptiMi  de  nfe  p^t 
1«*oûv«pde  noùveltes  de  la  grande  bafq*e  qùMlàVàît  expédiée 
•ffelàî^âiè  des  Pàants,  atteignit  le  lacÉriëtfiàl^é  la  potw^ît^ 
^tr#e  troupe  dlndiens,  ^^^pédia  deux  hommes  îi  MiTEWiîi- 
trilflcSnàkpotir'pôl'tèfr'dës  ordres  à  cette  barbue  dont  îl  igno^ 
•f-àitèjffôôrêlèt^à^rsgè,  ûtrédiritàdènxïrôfftmes  ëi  à  vtt 
ïhdieti,  suivit  ^è  htftâ  septentrional  de  l'Ei^lé  el  àrtnVa  * 
^ISRagàra  îd  M  atrfl  168Ô.  11  y  àpfpfït  la  pme  totale  du  Vài^- 
Wlrti  te  Saint'Piérn  qtft  hri  apportait  pour  "iOOOQ  li#é*  de 
ftîfrtfhândîses,  et  de  vingt  ouvrière  quHl  àVait  fait  VénîV  *dè 
ï'ranûe,  n'to  trôfuva  plus  que  cfuatre. ÏJès  àuti*6!5,  détoùrag-ës, 
ftàfeM  retcfulpnés  en  Europe.  ïl  'continfua  Wëantaôins  sa 
fdûte  et,  sâftTs  i5*atTè?tiet'  au  fort  Frônteriàc,  pousTsà  Jûscfùli 
•Motftréal  d'où  il  ùé  tardait  pas  à  revenir  aM  fort  Pi'onteiîàè. 
ïl  aHaît  reprendre  )e  chemin  de  l'ouest  après  avoir  ràs- 
«èAmblé  -lès  derniète^  ressources  qui  loi  restaient,  quand,  le 
Î2  juillet,  fl  rë^  Ôe "tonty ,  de  désolantes  nottVèlles.  lè^ 


540  CÂVELIER  DE  LA  SALLE 

hommes  restés  à  Crèvecœur  avaient  déserté,  ils  avaient 
abandonné  leur  commandant  en  emportant  des  pelleteries, 
des  marchandises  et  des  munitions,  avaient  démoli  la  re- 
doute des  Miamis,  volé  les  pelleteries  laissées  en  dépôt  à 
Missilimakinak  et  pillé  le  magasin  du  Niagara.  Aussitôt  la 
Salle  se  met  à  la  poursuite  des  déserteurs,  en  arrête  huit 
qui  se  rendaient  à  New-York,  et  le  10  août  1680,  part  avec 
vingt-cinq  hommes  pour  rejoindre  Tonty;  le  18  septembre 
il  était  à  Missilimakinak  où  il  apprenait  le  naufrage  de  sa 
grande  barque. 

Il  convient  maintenant  de  laisser  pour  un  instant  la  Salle 
et  de  raconter  ce  qui  était  arrivé  pendant  son  absence  à 
M.  de  Tonty.  Celui-ci  était  resté  à  Crèvecœur  avec  quinze 
hommes;  deux  fois  la  Salle  lui  avait  envoyé  des  secours, 
mais  ces  hommes  avaient  rencontré  les  déserteurs  et  étaient 
revenus  sur  leurs  pas.  En  définitive,  privé  de  renforts, 
abandonné  par  les  siens,  Tonty  était  resté  avec  deux  Récol- 
lets et  trois  Français  dans  le  plus  affreux  dénuement  n'ayant 
plus  que  dix -huit  coups  de  feu  à  tirer  et  complète- 
ment découragés  par  la  nouvelle  faussement  répandue  de 
la  mort  de  leur  chef.  Sur  ces  entrefaites,  on  apprit  que  des 
Iroquois  se  disposaient  à  attaquer  les  Illinois.  Afin  de  se 
justifier  des  accusations  auxquelles  les  Illinois  n'étaient  que 
trop  portés  à  croire  et  que  l'attaque  des  Iroquois  venait  en 
apparence  corroborer,  Tonty  prit  franchement  le  parti  de 
ses  hôtes,  mais  en  tentant  d'arrêter  les  hostilités,  il  fut 
blessé  d'un  coup  de  couteau.  Malgré  sa  blessure  et  jugeant 
combien  il  lui  était  impossible  d'empêcher  les  événements 
qui  allaient  s'accomplir,  il  profita  de  la  dernière  chance 
que  lui  offraient  les  Iroquois  qui,  voulant  garder  quelques 
ménagements  pour  les  Français,  ne  mettaient  point  obstacle 
à  leur  départ.  Tonty  se  décida  à  prendre  la  route  de  l'est.  Il 
remonta  la  rivière  des  Illinois,  eut  le  malheur  de  perdre  le 
père  Gabriel  de  la  Ribourde,  tué  à  coups  de  flèches  dans 
une  embuscade,  et  atteignit  le  lac  des  Illinois  chez  les  Pou- 


ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  541 

téatamis  où  il  hiverna.  Il  avait  négligé  de  laisser  sur  son  che- 
min des  traces  de  son  passage  et  cet  oubli  devait  être  pour 
la  Salle  la  source  d'inquiétudes  et  d'embarras  nouveaux^ 
Quant  aux  Illinois  battus  par  les  Iroquois,  ils  prirent  la 
fuite  et  leur  village  fut  livré  aux  flammes  par  les  vain- 
queurs. • 

Pendant  ce  temps,  la  Salle,  arrivé  à  Missilimakinak  et  im- 
patient de  porter  secours  à  Tonty  qu'il  croyait  encore  à 
Grèvécœur,  ne  voulant  pas  attendre  que  les  relardaires  de 
son  convoi  fussent  tous  ralliés,  partit  le  4  octobre  avec 
douze  hommes.  Un  mois  après,  il  atteignait  la  rivière  des 
Miamis,  y  laissa  six  hommes  et  arriva  le  1""  décembre 
au  village  des  Illinois.  Tout  était  dévasté  par  l'incendie,  les 
cadavres  couvraient  la  terre;  il  les  regarda  tous  sans  recon- 
naître parmi  eux  ceux  des  Français  et  poussa  jusqu'à  Crève- 
cœur  qui  était  abandonné.  Il  vit  seulement  sur  une  planche 
à  moitié  calcinée  les  mots  «  Nous  sommes  tous  sauvages 
le  ...,.  »;  cette  phrase  laissait  encore  espoir  que  Tonty  et 
les  siens  étaient  vivants  quoique  probablement  prisonniers. 
Il  revint  à  Tembouchure  de  la  rivière  des  Miamis  et  y  passa 
l'hiver,  cherchant  à  retrouver  la  piste  de  Tonty  et  envoyant 
autant  qu'il  le  pouvait  de  petits  détachements  pour  le  décou- 
vrir. Le  printemps  de  1681  fut  entièrement  consacré  à  cette 
recherche  et  ce  n'est  qu'au  commencement  de  l'été  qu'il 
finit  par  apprendre  que  Tonty  était  revenu  au  fort  Fron- 
tenac, li  donna  alors  les  ordres  nécessaires  pour  un  rallie- 
ment général  à  Missilimakinak  et  revint  à  Frontenac  puis  à 
Montréal. 

La  Salle  recommença  alors  pour  la  troisième  fois  cette 
lutte  toujours  renaissante  mais  jamais  abandonnée,  il  fit  de 
nouveaux  préparatifs,  et  le  31  août  1681,  il  repartait  avec 
Tonty  et  trente  Français. 

Celte  fois,  la  fatalité  allait  être  vaincue  ;  pendant  celte  ex- 
pédition, tout  devait  réussir.  La  Salle  se  rendit  alors  au  lac 
Huron  par  les  rivières,  découvrant  ainsi  un  nouveau  chemin 


laQ  %ié.;  dQ  là  il  desoeud»!  le  lao  d^d»  liliopis.  ^t  la  fmv»  4e« 

ri^i^  dao^  le  lll(ii^^$ipû  Retenu  dom^  jfmt^  ea  ce  poûÉ^ 
piy^  les  gla^^es,  il  finissait  p^r  pouvoir  desfiendi^  le  fiewie 
qu'il  suivait  jusqu'à  la  mer;  le  9  avril  1682,  il  élevait  im^ 
croix  aiV0Q  tes  ^troiea  da  roi.  à^  i^qoJ^oiiobupe  du  Bliswaipi  et 
il  prenait  ppa^essioa,  ^u  nom  de  IiiQiiis  XIV,  die^  cette  e«a* 
trée  qa!il  avait  déjà  aommée  Louisiane  dèa  1619»  U  fiMl»k 
alor&  revenir  sur  ses  paa»  c^r  sa;  tâche  était  aeoooiidia» 

Le  voyage  de  retour  eq^t  ses  daugisra)  ses-  mistees^  efc  sea 
tristesaes  :  on  manqua  d'abor4  de  aourriture,  la  Salla  fiùir 
lit  ensuite  mourir  d'ime  grande  maladie.  Tout  cela  n'était 
rien  auprèa  daoe  qui  L'attendait  encore.  Le  comte  de  Sroa- 
tenac  avait  été  remplficé  par»  un  autre  gouverneuB  de  l'efr- 
prit  duquel  les  ennemia  de  la  Salte  «e  tardèrent  paa  k 
s'efioparer.  Alorst  le  déeouiymu*^  qui  ai^Âteu  jusque-là  à  se 
défendre  contre  l'intendant  du  Ohessean.  mai&  qjit  avaib 
été  protégé  par  M.  de  BroQten|M>,  vit  tes  oalomniei  a'aneu* 
mule»  sur  sa  tête,  ei  devisA  la  victime  d'une  malweiltenffft 
dont  les  actes  allaient  jusqu'au»  erime» 

On  avait  d'abord  accu*sé  te  découvreur^  de  mauvais Iffttk 
tements  à  l!égard  de  ses  gens^  eomnie  si  llioHune  qui  sut 
imposer  des  dévouem/^ta  pareils  à  ceux  de  Henri  de  lionty^ 
de  loutel  et  d'aulrea  encore,  éteit  un  mauvais  cheh  M.  de 
la  Ba»re  alla  plua  loin:  il  commem^a  pav  nier  la  décela^, 
verte  de  la  SaUe,  puis  lorsqa'eMefal  aoeoBa^Ue  maJgié  tout 
et  malgré  tous,  il  en  nia  l'utilité;  il  prétendit  ensuite^qne 
la  Salle  voulait  aUer  fonder  un  royaume  avec  tou&tes  ee- 
quina  de  la  colonie  et  fonentait  à  oefr  eAeà  la  guecpe  aiea 
les  Iroquoia,  On  saisie  alors  ses  marchandises  laissées  au 
dépôt,  on  excita  ses  créanciers  conlre  lui,  M.  de  la  Bfirre 
s'empara  des  postes  de  Frontenac  et  des  Illinois  qui  avaient 
été  données  au  découvreur  par  te  roi  ;  il  y  fit  entœr  ses 
créatuMs,  des  conuneisQants  rivaux  de  la  Salle  et  anfo  eua 


ET  LA  ]|É0dU¥Sa9S  M*  BOfiftlSSIPI.  543 

dd^fc^llMi  et  â^  1&  tShûftaaj6e>  oacie^  de  Joltiet,  il<  perns^it  ai»x 
biQ^Upk.  cte  piJiieD  ei  dtti  Okassacvec  la  découvreur  et  se^ 
93ttâ.^  fSiJiy  liQ»  iMÂa^é  étraBge,  ee  fut  justeiaeot  KoW- 
ciiNr  q^e  M.  de  La  Bàiyrd.  eauayait  a^cec  de&  isiâFeha&dises 
V^WfMf^"  ^"  poste  de&  UHnote  e^ui  fuIrpiM,  tan^sque  lu 
Salle  revenait  sain  et  sauf.  Mais  te  geaveMieur,  pour  faire 
sa  eouB  9hK  Nlâàok,  k^  leavoyaH  en  France  sans  pouvoir 
teulefoia  avcâéSB.  \^  f^&mee  qu'il  a^vait  allumée  par  sa  com- 
plicité aveè  ]6S  ett^eœis  de  la  Salie. 

yapoueil  (kuBoi:  ei  cehii  du  ministre  S^ignelay  furent  la 
premi^fê  péGomp^nse  accordée  à  la  ^alle.  Tous  deux  lui 
manquèiteftt  le  cas  qu^ils  faisaient  de  ses  services  en  lui 
aeeolsdant  iea  moyenë  d'exécuter  une  dernière  entreprise, 
car  âr  n'QQtendait  pa»  que  sa  découverte  restât  stérile  et  il 
vcMilaitque  la  Prai^ce  en  proâkèts»  La  SaHe  rédigea  un  long 
métqoii^  développant  et  expliquani  le  vaste  projet  qu'il- 
aw*  conçu  CA  cofiomun  avec  l^bbé  Bemou,  celui  qui 
nx>«i&  a-  eoaftervé  lie»  lettres  relatives  k  la  découverte  du 
Missiftsipi  et  qui,  pour  soutenir  le  découvreur  auprès  de 
Golbesti,  ea  avait  ti^ré  u»e  reluUiOB  dont  Hennepin  déroba  la 
publication,  tou^  en  y  ajoutant^  du  sien.  La  Salle  ofiVit  de  se 
readi>e  au  Mississipi,  de  remonter  le  fleuve  jusqu'à  une 
soixaaiaine  de  lieues  de  son  embouchure  et  de  construire 
un  fort  qOfe^  sa  position  mettrait-  k  Fabrr  de  toute  attaque 
marstinie  de- la  pact  des  Espagnols  contre  lesquels  on  était 
alem  eft  guerre.  Avec  ce  premier  point  d^appui  et  un  petit 
ncqrattde' troupes  régulières  amenées  d^Ëuroge^  il  comptait 
rassembler-  autour-  de  lui  les  tribus,  indiennes  riveraines  du 
fleu¥e,  et>  marebant  vers  Kouest,  soulever  les  populations 
indigèaes  disposées  à  secouer  le  joug  que  la  politique  co- 
loniale étroite  et  tyrannique  de  FBspagne  rendait  si  pesant, 
s'emparer  des  fertiles  territoires  et  des  riches  mines  de  la 
province,  mexicaine  de  te  Nouvelle-Biscaye,  ruiner  tout  le 
commerce  espagnol  dans  ces  contrées  et  établir  ainsi,  au 


544  CÀ^TLIER  DE  LA  SALLE 

profit  de  la  France,  une  puissante  colonie  destinée  à  as- 
surer la  possession  de  tout  le  golfe  du  Mexique.  Pour  exé- 
cuter ce  vaste  projet,  la  Salle  demandait  un  vaisseau,  les 
armes,  les  munitions  et  les  vivres  nécessaires  à  300  hommes 
pendant  six  mois,  trente  à  trente-six  pièces  de  canon,  Ten- 
tretien  pendant  un  an  de  200  soldats  et  le  titre  de  gouver- 
neur des  provinces  conquises. 

A  la  même  époque,  un  noble  espagnol,  le  comte  de  Pe- 
nalossa,  né  au  Pérou  et  apparenté  aux  plus  grandes  familles 
de  l'Amérique  espagnole,  qui,  au  Mexique,  avait  été  en 
butte  à  de  cruelles  persécutions  de  la  part  de  l'Inquisi- 
tion et  s'était  réfugié  en  France,  avait  présenté  déjà  un 
projet  assez  analogue  à  celui  de  la  Salle.  Il  avait  égale- 
ment reçu  les  inspirations  de  l'abbé  Bernou.  Gomme 
l'établissement  de  la  ferme  des  tabacs  et  la  suppression 
de  la  course  venaient  de  porter  un  coup  funeste  aux  bou- 
caniers et  aux  flibustiers  de  l'île  de  Saint-Domingue,  le 
comte  de  Pefialossa  offrait  de  se  servir  de  ces  popula- 
tions et,  se  mettant  à  leur  tête,  de  débarquer  au  Mexique, 
de  s'emparer  pour  le  roi  des  provinces  du  nord-est  et 
d'y  créer  une  colonie  française.  Ainsi  que  nous  l'avons 
dit,  ce  projet  concordait  avec  celui  de  la  Salle  et  tous  deux 
devaient  s'appuyer  mutuellement.  Telle  était  du  moins 
la  pensée  de  l'abbé  Bernou  qui  avait  cherché  à  réunir  les 
deux  hommes,  mais  Pefialossa  ne  plut  pas  à  la  Salle.  Tou- 
tefois la  nécessité  d'assurer  la  liberté  du  golfe  du  Mexique, 
motif  que  la  Salle  mettait  en  avant  en  faveur  de  son  projet, 
frappa  l'esprit  de  Seignelay  de  môme  qu'elle  avait  frappé 
Golbert  en  1678.  L'Espagne,  en  interdisant  le  commerce 
des  étrangers  dans  ses  colonies  et  en  s'emparant  en  pleine 
paix  des  équipages  des  vaisseaux  français  qui  naviguaient 
dans  ces  parages,  avait  gravement  insulté  le  gouvernement 
de  Louis  XIY,  et  celui-ci,  continuant  la  politique  de  Co- 
ligny,  de  Henri  lY  et  de  Richelieu,  se  fit  le  champion  de 
la  liberté  des  mers.  Ces  faits  avaient  été  Tune  des  causes 


ET  LA  DÉCOUVERTE  DU  MISSISSIPI.  545 

de  la  guerre  qui  avait  été  déclarée  peu  de  temps  auparavant 
à  l'Espagne.  Seignelay  écouta  donc  favorablement  les  des- 
seins du  découvreur  du  Mississipi. 

Malheureusement  les  mesures  prises  ne  furent  pas  suf- 
fisantes. Gomme  tous  ceux  qui  cherchent  à  faire  prévaloir 
leurs  idées,  la  Salle,  sans  exagérer  les  avantages  de  sa  vasto 
conception,  avait  certainement  réduit  plus  qu'il  ne  cqn- 
venait,  les  charges  qu'elle  imposait.  On  accorda  à  celui-ci 
à  peu  près  tout  ce  qu'il  demandait  :  or  aurait  dû  lui  donner 
davantage.  Il  y  avait  là  une  première  chance  d'insuccès.  En 
outre,  le  choix  que  fit  le  ministre  d'un  marin  destiné  à 
conduire  le  vaisseau,  fut'  des  plus  regrettables.  On  choisit 
un  officier  appelé  M.  de  Beaujeu  qui,  dès  le  jour  de  sa 
nomination,  sembla  se  faire  une  règle  de  contrecarrer  toutes 
les  mesures  prises  par  la  Salle.  Ayant  déjà  passé  la  première 
jeunesse,  cet  âge  de  l'ardeur  et  du  dévouement  complet  à 
la  cause  entreprise,  M.  de  Beaujeu  était  un  esprit  étroit  et 
jaloux,  imbu  des  préjugés  de  l'esprit  de  corps  qui,  pour 
quelques  bons  résultats  en  a  produit,  en  produit  et  en  pro- 
duira encore  tant  de  funestes  ;  il  ne  se  rendait  pas  compte 
que  le  rôle  qu'on  lui  donnait  était  forcément  secondaire  et 
que  les  hommes  étant  conduits  de  France  en  Amérique 
et  les  bouches  du  Mississipi  reconnues,  cette  dernière  tâche 
étant  d'ailleurs  fort  belle  à  elle  seule,  il  avait  achevé  tout 
ce  qu'il  avait  à  faire.  Cependant,  malgré  les  ordres  par- 
faitement clairs  donnés  par  le  ministre,  M.  de  Beaujeu  ne 
cessait  d'élever  objection  sur  objection,  «  ne  comprenant 
pas  qu'un  homme  n'étant  pas  du  métier  pût,  à  son  bord, 
être  le  premier.  »  Grand  amateur  de  correspondance,  dans  . 
ses  bavardages  épistolaires  adressés  à  un  ennemi  de  la 
Salle,  cousin  du  Père  Bechefer,  supérieur  des  Jésuites,  il 
commettait  une  foule  d'indiscrétions  dangereuses  pour  la 
réussite  d'une  entreprise  qu'il  importait  avant  tout  de  tenir 
secrète  et,  s'il  ne  négligeait  aucune  occasion  de  montrer 
autant  de  preuves  de  mauvaise  volonté  que  cela  lui  était 

soc  DE  GÉOGR.  —  DÉCEMBRE  1880.  XX.  —  34 


5i6  fcAVELlER  Dï:  LA   SALLE 

possible  sans  désobéir  nettement  aux  ordres  reças,  Il  ou- 
bliait encore  moins  de  rappeler  au  ministre  ison  «spoir 
d'obtenir  «  certaine  petite  pension  »,  de  faire  valoir  ses 
services  passés,  de  recommander  de  bien  accueillir  les 
sollicitations  que  madame  de  Reaujeu  ne  mangtictaît  pas 
de  faire  pour  lui  en  son  absence.  Tout  cela  était  entre- 
môle de  critiques  hypocrites  contre  la  Salle  ;  il  chicanait 
en  tout  les  mesures  prises  par  lai,  inventait  pour  l'avenir 
une  foulé  de  cas  de  conscience  pour  lesquels  il  ftemant!ait 
des  ordres  à  Tavance,  il  revenait  sans  cesse  à  scm  ^and 
grief,  lui,  officier  de  marine,  lui,  monté  sur  "St>n  vaisseau, 
(^tre  en  quelque  sorte,  l'inférieur  d*un  homme  a  n'étant  pas 
du  métier  et  n'ayant  commandé  qu'à  des  écoliers  »  par  al- 
lusion aux  premières  années  de  la  Salle  qui  avait  été  Jé- 
suite. L'esprit  de  corps,  avant  le  premîe**  pas,  tuait  l'entre* 
prise  de  la  Salle  —  il  en  a  tué  bien  d^autres. 

Enfin,  après  mille  retards,  mille  tergiversations,  Texpédi- 
tion  quitta  Rocheforl,  le  24  juillet  1684.  Elle  se  composait 
de  quatre  navires,  le  Joly^  vaisseau  de  3B  à  40  canows,  com- 
mandé par  M-  de  Beaujeu  et  portant  là  'Salle  îivec  l^étal- 
major,  la  Belle^  barque  de  60  tonneaux,  la  flftte  VAimUhk 
et  une  caiche,  sorte  de  petit  bâtiment  jaugeant  tme  tren^- 
iaine  de  tonneaux.  Il  y  avait  en  tout  280  hommes  dont  200 
étaient  destinés  à  l'établissement  qu'on  méditait  fte  fonder 
à  la  Louisiane  et  qni  malheuretisem'ent  avaifeftt  été  le>«fes 
dans  des  conditions  dëpïorablies  et  fawoîés  parmi  tes  -Sô^- 
mers  rebuts  de  là  population.  Lbs  cotitestatrows  entïfe  k 
Salle  et  M.  de  !&eaujeu  ne  tardèrent  pas  t  rèpfreimïte  a^« 
une  nouvelle  animosïté  et  le  premie'r  prëtexire  îttt  te  ^* 
mande  d'une  relâche  à  Madère  quftle  commandant  trtÎTeSisa 
à  la  Salle  et  que  ce  dernier  crut  devoir  refuser.  M.  de  ©feàu*^ 
jeu,  à  son  tour,  s'arrangea  de  Taçon  \  îie  point  relâcher  à 
Port  de  Paix,  dans  THe  Saint-Domingue  ainsi  que  le  êësr- 
rait  la  Salle  et  il  poursuivît  sa  route  jusqn'au  Pertit  4Gfoatls 
où  l'on  arriva  le  27  septembre.  Cette  taqtiinerle  eut  Ty^ir 


ET  LÀ  aÂCOUVEftïE  mj  aitôSISSIPI.  iél 

résultât  la  perte  de  la  calcba  qui  fat  ^se  par  les  Espagnols 
avec  les  vivres  qu'elle  portait.  La  Belle  et  ï Aimable,  un 
moment  séparés,  rallièrent  le  Joly  le  â  octobre^ 

La  traversée  depuis  la  France  avait  été  aussi  belle  et 
aussi  pronipic  (pie  pos^ible^t  <)ependant  la  composition  des 
troupe  était  teUemect  mauvaisie  q«ie  leur  «anté  laissait  far- 
t^a^ni  à  «désirer.  Om  amt  une  cinquantaine  de  malades 
et  pariiaà  «iix,  la  Salle  qui  ressentait  le  contre  coup  des 
soucis^  des  to^niments,  inévitables  oom^gnons  d'une  aussi 
graade  enii^rise  et  de  ia  rude  épreuve  à  iaqueUe  Beau^ 
jeu  Avait  «oumis  sa  patience.  Pour  certains  hornsdes,  «t 
la  Salle  était  du  nombre^  ia  lutte  fcoatre  la  nature  n*^A 
pas  effrayante,  on  y  risqixe  sa  vie  et  tien  de  plus,  mais  com« 
battre  des  hommes,  désarmer  une  mauvaise  volenté  qui  n« 
veut  pas  être  ^ésana^^  convaincre  qui  ^e  refuse  à  être  con*' 
v«iacu,  on  mêvxt  «etitemeat  rérà»ter^  ^ut  oria,  lépété  pen^ 
dant  une  sttooes^on  d'années,  4é|iasse  tes  forées^  et  «qiuttid 
rœavf»  ^est  achevé^  TinteUigeiice  a  vaincu  mais  le  €oi^ 
est  èrité^  Q'«st  œ  qui  arrivait  an  découvreur.  Néanmoins  la 
Salto  Irowa  bM  accueil  auprès  des  autorités  ùa  pays^ 
MM%  4e  SHittMoMrent  €t  Bég^  facilitèrent  de  leur  mieux 
le  ravitailtettieiit  des  navires.  Malgré  la  désertion  de  quel- 
qises  homixœs  d^iavchés  pat  Les  flibustiers  qui  ignoraient 
les  pri3j«ts  ée  ia  Salie  mais  èes  «déclaraient  chûndriques  sans 
tes  aoanaMre,  ta  relàdie  «fu  Petit  Cloave  Ait  pkitftt  avanta« 
geuse  «pe  préfudiciaMei  Aotttittt  qve  «a  santé  fvËt  an  peu 
rembe^  la  SMte  «"^cubarqua  sur  VAiimUe  et  l'on  quitta  l'île 
de  Saint4toDilngw  le  26  novembre  16S4.  On  mouilla  a« 
(^  Saint'-iUitoiM  1  G«ba  ^  le  i8  déa^nWe,  en  m  partait 
dai»  la  direction  ilu  tk(ffA'&m^  afin  «le  reconoattre  les 
boiKabBs  dtt  Mi^sissipi. 

Il  est  fort  difiîdle  de  se  rendre  eomt^e  dn  point  où  T^ex^ 
péditt^en  ap«vsçut  la  t<erre.  Lorsque  la  Salle^  descendant  di) 
lUMPd  était  atri^  ««i  gotife  ^  M^s^ue^  il  avait^s  la  bautettt 
ïtÊéii^  Am»  tes  oon^ditions  ^o^iBlto  a?iiit  été  éétemùnée,  it^te 


548  CAYELIER  DE  LA  SALLE 

latitude  n'avait  pu  être  qu'approximative;  il  n'avait  aucun 
moyen  de  connaître  la  longitude.  La  côte  du  Texas  et  de  la 
Louisiane,  basse,  marécageuse,  coupée  par  une  foule  de  lacs 
d'eau  saumâtre  n'offre  aucun  accident  de  terrain  pouvant 
servir  de  repère  à  un  vaisseau  arrivant  de  la  haute  mer;  la 
leconnaissance  en  est  extrêmement  difficile.  Les  officiers 
du  vaisseau  admettaient  l'existence  d'un  violent  courant 
portant  à  l'est,  et  sous  l'impression  de  cette  idée,  forçaient 
toujours  dans  la  direction  de  l'ouest.  Le  27  décembre,  on 
était  par  28<>  15'  de  latitude  et  383M5'  de  longitude;  on  se 
supposait  près  de  la  terre;  le  29,  on  se  trouvait  par  28*  44'  et 
282o23'  ;  le  30  par  28°  38'  et  286^36',  enfin  le  5  janvier  1685, 
on  aperçut  la  côte  par  29"^0'  et  279''59',  Ce  point  est  évidem- 
ment erroné,  il  tombe  en  plein  Texas.  On  tira  des  bordées 
de  droite  et  de  gauche,  cherchant  toujours  l'embouchure  du 
fleuve;  le  10  janvier  1685,  on  était  par  29«23'.  En  admettant 
cette  longitude  comme  exacte,  on  devait  se  trouver  alors  en 
face  du  point  où  s'élève  aujourd'hui  Galveston  ou  bien  plus 
à  l'est,  près  de  la  baie  d'Atchafalaya  et  cependant  le  surlen- 
demain 12  janvier,  en  naviguant  au  S.  S.  0.  et  par.  28**59', 
on  apercevait  la  terre.  Les  chaloupes  longeaient  le  rivage, 
essayant  de -franchir  les  barres  de  sable  et  de  pénétrer 
dans  l'intérieur  des  lagunes.  On  vit  des  sauvages  auxquels 
on  fit  des  signes  de  paix  et  qu'on  amena  à  bord,  nialheu- 
reusement  personne  ne  fut  capable  de  comprendre  leur 
langage  et  on  dût  les  reconduire  à  terre.  On  continua  à  se 
diriger  à  l'ouest  et  au  sud-ouest  sans  cesser  de  voir  la  terre, 
et  on  parvint  ainsi  à  28^41.  Or  la  pointe  la  plus  méri- 
dionale des  bouches  du  Mississipi  est  exactement  par  29"* 
et  d'après  la  précieuse  relation  de  Joutel,  la  terre  gagnait 
toujours  au  Sud,  «  ce  qui  donnait  à  M.  de  ]a  Salle  l'inquié- 
tude de  s'être  trop  avancé  dans  le  golfe  »•  Une  partie  des 
hésitations  de  la  Salle  venait  de  ce  qu'il  était  seul  pour  ex- 
plorer la  côte  et  se  reconnaître;  en  effet  le  3  janvier,  le  Joly 
s'était  éloigné  pendant  un  brouillard  et  il  ne  revint  que  le 


ET  LA  DÉCOUVERTS  DU  MISSISSIPI.  549 

19,  c'ésl-à-dire  après  quinze  jours  d'absence  au  momenia 
Ton  avait  le  plus  grand  besoin  de  lui.  Le  20  janvier,  on 
était  descendu  jusqu'à  27^50',  à  plus  d'un  degré  trop  au 
sad.  La  Salle  demanda  à  retourner  par  29°20'  où  Ton  s'é- 
tait trouvé  le  2  janvier  au  moment  où  M.  de  Beaujeu  allait 
s'éloigner  et  aujourd'hui  en  suivant  sur  une  carie,  nou$ 
voyons  que  son  opinion  était  bien  près  d'être  exacte. 

Mais  M.  de  Beaujeu  avait  la  partie  trop  belle  pour  ne  pas 
en  profiter  et  tout  en  protestant  de  son  dévouement,  il  ré* 
clama  pour  son  équipage  des  vivres  que  la  Salle  ne  pouvait 
évidemment  pas  lui  fournir  puisque  lui-même  n'en  avait 
pas.  Les  actes  de  mauvaise  volonté,  les  taquineries  se  renou^ 
vêlèrent  avec  plus  d'aigreur  que  janiais  :  il  est  douloureux 
de  parcourir  les  lettres  échangées  chaque  jour  et  môme  plu- 
sieurs fois  par  jour  entre  cet  officier  tout  gonflé  de  son  im- 
portance, très  heureux  de  voir  les  choses  mal  tourner,  fier 
d'avoir  prédit  un  insuccès  et  l'infortuné  la  Salle  sachant 
bien  que  son  fleuve  était  là,  tout  près  de  lui  et  sentant  son 
génie,  son  courage  se  briser  sur  ces  barres  de  sable  qu'il  ne 
pouvait  franchir.  Dans  ces  conditions,  la  Salle  résolut  de 
faire  débarquer  une  centaine  d'hommes  et  de  leur  laisser 
suivre  la  côte  jusqu'au  moment  où  ils  viendraient  couper  le 
Mississipi.  La  Belle,  tirant  peu  d'eau,  devait  les  accompa- 
gner et  les  appuyer  en  cas  de  danger. 

Le  commandement  de  cette  troupe  fut  confié  à  Henri 
Joutel,  l'historien  de  cette  expédition,  et  à  M.  de  Moranger 
neveu  de  la  Salle.  On  se  mit  en  marche  le  4  février  1685,  le 
8  on  remonta  une  grande  rivière  qu'on  ne  put  franchir  et 
au  bord  de  laquelle  on  s'arrêta.  Joutel  la  nomma  la  rivière 
aux  Bœufs,  c'est  aujourd'hui  la  rivière  Lavaca  qui  débouche 
dans  la  baie  de  Matagorda  à  l'extrémité  de  la  longue  pé- 
ninsule du  môme  nom.  Le  13  février,  on  vit  arriver  le  Joly 
et  la  Belle  et  peu  après  V Aimable  avec  la  Salle.  Le  20  février, 
ce  navire  en  voulant  franchir  la  barre,  échoua  par  la  faute 
de  son  capitaine^  Aigron,dontla  mauvaise  volonté  en  cette 


circonstdftee  lût  tel)enent  manifesle  qr»*lt  fat  Mftprâemi4 
pour  ce  fait  à  son  retour  en  Frftnce;  il  avait  comme  Beau* 
jeu^  des  rapports  avec  les  ennemis  de  ta  Salle.  Évidemment 
la  position  n'était  pas  tenable  puisque  le  naufrage  de  VAi^ 
nr^M^  enlevait  tout  moyen  d^existenee.  Gependant  le&œaf», 
comme  on  ne  pouvait  demeurer  plus  longtemps  aiuF  cette 
plage  inhospitaKère,  la  Salle  espérant  que  la  rivière  était 
peut-être  un  bras  du  Mississipi,  se  détemiina  à  la  rememler, 
maïs  avant  de  s'éloigner,  il  fit  dresser  un  tortin  oft  Ton  ras* 
sembla  les  provisions  qui  restaient  et  dont  M.  de  Beaa|eu, 
qui  commençait  à  s'humaniser  depui»  qu'il  voyait  que 
Tentreprise  ne  pouvait  plus  réussir,  voulut  bien  se  dessaisir 
au  moment  de  retourner  en  France.  Le  Jetf  mit  ft  la  voile 
le  14  mars. 

Après  le  départ  du  vaisseau,  la  Salle,  laissant  f  SObomrae» 
au  fort  Saint-Louis  avec  Joutel  pour  commandant^  songea 
à  aller  chercher  un  emplacement  meilleur.  I¥ndant  qir*»l 
faisait  cette  recherche  et  en  mén>e  temps  celle  du  BKssisstpl, 
le  scorbut  se  mit  dans  le  camp  français  et  la  nostalgie» 
conséquence  forcée  du  dénuement  où  Ton  se  trouvait,  vînt 
exercer  ses  ravages  augmentés  encore  par  les  fknfes  de» 
colons.  Les  Indiens  avaient  tué  plusieurs  hommes  au  mo* 
ment  du  débarquement  et  Ton  craignait  une  attaque  des 
Espagnols  qu'on  aurait  été  dans  l'impossibilité  de  repousser. 
Toutefois,  bien  qu'on  aperçut  un  jour  en  haute  mer,  un 
petit  bateau  passer  devant  le  fort,  on  eut  la  chance  de 
n'être  point  découvert.  Au  milieu  de  juin  seulement,  on 
reçut  des  nouvelles  de  la  Salle  qui  ordonnait  de  venir  le 
rejoindre  sur  un  emplacement  choisi  plus  haut  dans  la  ri- 
vière en  laissant  néanmoins  une  trentaine  d'hommes  an 
fort.  Grâce  à  la  BeHf ,  vers  la  mi-juillet,  tout  le  monde 
avait  rallié  et  on  construisait  un  camp  dans  un  pays  mieux 
abrité  et  moins  malsain  que  le  bord  de  la  mer. 

La  Salle  avait  reconnu  qu'il  n'était  pas  sur  le  Mssîssîpi 
mais  il  ignorait  l'endroit  où  il  se  trouvait.  Aussitôt  que 


ET  LÀ  i^QQVVE^Ti;  ixu  mssi$sipi.  55i 

se»  ItK)n;^pae$  furent  h,  peu  près  eji  ^voMt  ^t.  dès,  <}iv^  son 
frèire,  Tabbé  Jean  Cavelier  qui  avait  été  très  malade»  fut 
as&e^  fort  pour  raccoaapagaer»  il  résolut  (Je  pecUerçber  le 
fleuve  et  le  cbeoQiu  du  pays  des.  Illinois  afi^  de  donae^  des 
i>c^veUes.eo  Frauce.  Il  laissa  eucore  «loutel  poiu,r  ciwu^iiider 
ciçk  &on  absence  h  U  baie  Saiut-Louis  avec  3î  personnes  et 
il  partit  à  la  fit^  d*ootoJb|re  16i85.  Un  vB^is  dif/;^^  oïx  recevait 
une  première  fois  de  ses  nouvelle^,  puis  uue  secoAde  vers  le 
milieu  die  janvier  1686  ;Ma  fin  de  mars,  la  Salle  qui  avait 
reiicontré  des  Qbaouaaons^  eetle  tribu  qu'il  avait  dé|à  vue 
OA  16<83,  ej^  descendant  le  Miss^ssipi,  i^eve^ait  épuisé  de 
fatigue.  Il  %vait  ti^ouvé  le  Mis^issipi  et  avait  laissé  quelques- 
un&  de  sesi  bojKiiQes  dans  un  village.  Par  malbeur,  Ijl  son. 
arrivée»  il  appreAait  le  naufragie.  de  la  Belle  qu'il  avait  en- 
voyé s'aasurej?  ^i  la  baie  oik  l'oQ  $e.  Uouyail  était  contiguô 
h  c^lle  dans  laquelle  le  Mississipi  se  décbarge. 

Une  autre  course  bieu  pénible  eut  lieu  bientôt  apr^ 
Pai'ti  le  ^  avril  avec  dix'-neaf  personnes^  la  Salle  aprè^ 
avoir  poussé  jusqu'aux  Ceni&y  rentrait  au  mois  d'octobçe 
avec  buit  bommes  seulement  mais  i|vec  des  çbevao^.  ^nfiii 
le  1^  janvier  1687,  il  laissa  vingt  et  une  personnes  sous  le 
oovainandement  de  Barlùer  et  il  repartit  avec.  16  bammes 
au  nombre  desquels  se  trouvaient  Tabbé  Jean  Gavelier» 
son  frèrCjt  et  Jo^i^tel,  Il  voulait^  dès  qu'il  les  aurait  conduits 
at\  lilississipi,  retourner  à  la  rivière  aux  J^GM^a  et  y  attendre 
lesrsecours  deFrance.  L'âme  restait  tpuj,ours  aussi  inébran^ 
lable  au  milieu  de  la  plus  grande  détress^^ 

Le  commencement  du  voyage  n''offrU  rien  de  particulier  i 
le$  esprits  étaient  aigris  par  la  souffrance^  les  s^bof^OAnés 
obéissaient  à  peii^e,  ceux  qui  çommandaiei^t  ^'avaient  pl^\s 
la  patience  nécessaire.  La  Salle  était  dévar^  de  «oueis  mais 
n'était  pas  dompté  par  cette  mauvaise  fortuite  qui  le  pour- 
suivait depqis  tant  d'amȎes,  UiLcomplot  ne  tarda  pas  h  se 
former;  on  avait  dessein  de  se  venger  de  M%  de  Mc>ranger> 
neveu  de  la  Salle,  mais  il  ne  semble  pas  que  le  meurtre  du 


55S  CÀVELIEJi  DE  LA  SALLE 

découvreur  lui-même  ait  été  prémédité.  Le  19  mars  1687, 
après  que  M.  do  Moranger,  un  domestique  nommé  Saget 
et  un  Indien  Chaouanon  curent  été  tués  par  surprise,  quand 
on  entendit  la  voix  de  la  Salle  qui  s'approchait,  les  assas- 
sins comprirent  les  conséquences  de  leur  action  et  Tun 
d'eux,  Duhaut,  étendit  le  découvreur  raide  mort  d'une 
balle  dans  la  tête.  Voici  en  quels  termes  Henry  Joutel  ra- 
conte le  funeste  événement  : 

«  Sans  que  M.  de  la  Salle  aperçeut  personne,  il  étoit  en 
peine  quand  il  vit  une  bande  d'aigles  qui  estoient  en  Tair. 
Cette  veue  lui  fit  juger  que  ceux  qu'il  cherchoit  n'estoient 
pas  loin,  c'est  pourquoi  il  tira  un  coup  de  fusil  afin  que  s'ils 
estoient  proches  de  là,  ils  poussent  l'entendre  et  luy  res- 
pondre.  Cela  fit  son  malheur  car  cela  servit  pour  advertir 
les  assassins  qui  se  préparèrent.  Ayant  entendu  le  coup, 
ils  se  doutèrent  bien  que  ce  devoit  estre  ledit  sieur  qui 
venoit  au  devant  d'eux;  ils  se  disposèrent  donc  pour  le 
surprendre.  Le  nommé  Duhaut  avoit  passé  la  rivière  avec 
Larchevesque  et  comme  ledit  Duhaut  entrevit  de  loin 
M.  de  la  Salle  qui  venoit  droit  à  eux,  il  se  cacha  dans  de 
grandes  herbes  pour  attendre  au  passage  ledit  sieur  qui  ne 
songeoit  à  rien  et  n'avoit  pas  mesme  rechargé  son  fusil 
après  qu'il  l'eust  tiré.  M.  de  la  Salle  aperçeut  d'abord  le 
nommé  Larchevesque  qui  parut  un  peu  plus  loin  et  luy 
demanda  où  estoit  le  sieur  de  Moranger,  son  neveu.  Lar- 
chevesque luy  respondit  qu'il  estoit  à  la  dérive.  En  même 
temps,  il  partoit  un  coup  de  fusil  tiré  par  ledit  Duhaut,  le- 
quel estoit  tout  proche,  dans  les  herbes;  le  coup  frappa 
ledit  sieur  à  la  teste,  il  tomba  mort  sur  la  place  sans  pror 
noncer  une  parole  au  grand  estonnement  du  Père  Anastase 
qui  estoit  proche  de  luy  et  qui  crut  qu'il  alioit  en  recevoir 
autant,  de  sorte  qu'il  ne  sçavoit  ce  qu'il  devoit  faire,  c'est- 
à-dire  d'avancer  ou  de  fuir,  suivant  qu'il  me  l'a  marqué 
depuis.  Mais  ledit  Duhaut,  ayant  paru,  luy  cria  qu'il  n'avoit 
pas  à  avoir  peur  et  qu'on  ne   luy  vouloit  point  de  mal  ; 


ET  LA   DJÊGOUYERTE   DU   MISSISSIPI.  553 

que  c'esloit  un  coup  de  désespoir  qui  Tavoit  obligé  de 
faire  cela,  qu'il  y  avoit  longtemps  qu'il  avoit  envie  de  se 
venger  du  sieur  de  Moranger  quiTavoit  voulu  perdre,  qu'il 
esioit  cause  en  partie  que  son  frère  estoit  perdu  et  avoit 
péri  et  plusieurs  autres  choses.  Ledit  Père  estoit  bien  em- 
barrassé de  sa  contenance.  » 

((  Lorsque  les  assassins  se  furent  tous  rassemblés,  ils  dé- 
pouillèrent M.  de  la  Salle  avec  la  dernière  cruauté,  et  luy 
estèrent  mesme  jusqu'à  sa  chemise;  le  chirurgien,  notam- 
ment, le  traitoit  avec  dérision,  tout  nud  qu'il  étoit,  l'appe- 
lant grand  hacha.  Après  Tavoir  ainsi  despouillé,  ils  le  traî- 
nèrent dans  des  halliers  oii  ils  le  laissèrent  à  la  discrétion 
des  loups  et  autres  bestes  sauvages.  Quand  ils  eurent  ainsi 
assouvi  leur  rage,  ils  songèrent  à  reprendre  leur  chemin 
pour  nous  venir  joindre.  » 

Ainsi  périt  sur  la  branche  méridionale  de  Trinity  River 
Gavelier  de  la  Salle.  Gomme  nous  le  disions,  il  convient 
d'attribuer  surtout  sa  mort  si  misérable  à  l'excès  des  souf- 
frances éprouvées  par  lui  et  ses  compagnons.  Rien  ne  peut 
excuser  ce  qui  n'est  jamais  excusable,  l'assassinat;  et  ce- 
pendant il  faut  avoir  éprouvé  soi-même  ce  qu'on  pourrait 
appeler  la  monotonie  de  la  souffrance  et  l'entêtement  de  la 
mauvaise  fortune  pour  se  faire  une  idée  du  degré  d'exaspé- 
ration que  l'homme  est  susceptible  d'atteindre.  Dans  ces 
conditions,  il  ne  raisonne  plus,  il  devient  incapable  de  se 
douter  de  la  portée  d'une  action  quelconque,  bonne  ou 
mauvaise,  coupable  ou  indifférente;  il  continue  à  exécuter  ce 
qu'il  exécutait  sans  presque  savoir  pourquoi  et  la  pensée  d'é- 
chapper à  la  souffrance  qui  l'écrase  devient  si  intense,  si  do- 
minatrice qu'elle  finit  par  être  machinale  et  inintelligente. 
Il  se  venge  des  événements  ;  contre  qui,  peu  importe,  mais 
il  se  venge,  il  est  tellement  las  d'être  le  plus  faible  qu'il  a 
besoin  de  se  sentir  le  plus  fort  et  dans  le  cas  de  la  Salle, 
parmi  tous  les  ennemis  de  ce  héros  infortuné,  Beaujeu  qui 
le  trahit,  d'Aigron  qui  perd  çciemment  le  navire  portant 


554  tt^WHIl  D9  \Jk  S^Wi' 

seft  rMftOttrce»»  lli^séoieup  Mii^é  qui  Tabandow^  ei  tant 
d'autres  qui  TalUquent  sowrdemeBt  ei  Ucbeo^^t,  ne  saut* 
ils  pas  au»si  eauii^blôsque  s^  a$5a$s\a$? 

Qoanâ  DuhaiAt»  te  çbimrgieu  Liatot.  Larcbeves^ue  et  les 
auirea  eonjoFéft  revinrei^t  s^u  bUowc»  ilsi  n'aâFeft&èieat  p^ 
la  parole  à  ceux  qui  n'étaient  pa^  ài^  oonftploV«  I«a  Attii  ^-^ 
ma;  Joutel  opuifoani  d'éfirouver  Lq  «o^t  da  laS^^oide 
M.  de  Moratfe^efy  pjPQpo^  d«i  se  défaùre  4es  assas^io»  pensai 
leur  sMNDQCftrà»  mil»  r»bb4  Cav^r  s'y  refM.sa^  Sa  sa  qiiaUt4 
de  ptrètre>  U  vendait  laisser  à  la  p9OviàeQ>0j&  le  $ûî(^  d^  puov^ 
le  ùfinm  et  cette,  ré&elalienk  qui  lui  était  suggérée  p^v^  w  es* 
prit  ehrétien  était  â'aceord  avec  la  Faôson  cair  le  véaolUt 
d'une  lutte  était  plus  que  douteux.  Qi^  se  dléelda  k  attendre 
les  é¥éfienii«Bit9  tout  e^  restait  suf  ^es  gardes*  Le  leo<)emei»t 
les  conjurés  tinrent  conseil;  on  hésita  s'il  ne  fallait  inaâ ?e» 
venir  sur  sea  pa»  et  rejoindre  la  baie  Saint-rLoDle  ou  «mar- 
cher en  avant  peur  atteindre  le  village  des  Ci9fû%  doitt  on 
était  d'ailteuv»  asse»  proche  et  ensuite  oheroli^  k  pa^venir 
an  MHsaissîpî.  Après  bien  des  hésitation»^  on  toit  piar  se.  4é* 
oider  poar  le  dernier  parti  et  le  3t  ^ars,  on  %e  reBftit  en 
route.  Au  village  des  Genis,  on  rencontra  trois  ai^iei^  à^ 
serteurs  àe  la  Salle  qui  vivaient  avec  les  IndieiRs,  déniai 
firent  bon  aeeueil  aux  voyageurs  mais  bientfrt  il  se  pr<^uisit 
de  violentes  discussions  à  la  suite  desquelles  B^bwt  et  le 
chirurgien  LinteA  forent  tués  par  deux  deleureeemnagnonftt 
La  guerre  qui  éclata  entre  deux  nations  indiennes  obligea 
les  Français  à  rester  pendant  quelque  temps  obee.  les  Genis, 
et  le  26  mai  seulement,  Jeutel,  Tabbé*  Cavelier  avec  cin€| 
autres  $e  remirent  en  route,  ils  traversèrent  les  territoires 
de  plusieurs  tribus  et  arrivés  ebez  les  Akaosas,,  eurent  le 
bonheur  de  trouver  un  homme  de  M.  de  Tonty  qui  leur 
donna  des  nouvelles.  En  exécution  des  ordres  de  la  Salle, 
M.  de  Tonty,  toujours  fidèle,  avait  descendu  le  Mississipi 
jusqu'à  son  embouchure;  il  avait  môme  fait  une  courte 
exploration  le  long  du  rivage  de  la  mer  de  chaque  o6lé  du 


ET  l»A  9Ê£0fr¥9ftTii  PU  Mia8<|9J»IPi»  SBA 

ûe^ye.  N^  voyant  personne  il  était  revenu  w  iosfi  deis  Uli^ 
nois.  Le&  secours  avmeot  passé  hiien  près  de  la  Salle. 

L^abbé  Cavelier  et  ses  eooapagnons  eojabtin(ièF«i.t  leur 
route^  par^aresit  le ^  juillet  16&I  au  Mi9sis^pi;  tl&ét»ieib| 
sauvés.  Oot  se  dirigea  ver^  les  IlUoiois  ;  le  4"^'  se|^t^[ihjr«t  m 
eroisalt  l'embe^bcbure  du  Missouri  et  quio^ze  j^mh^  pla^  terdi 
on  atteignit  le  foFt  Saiot^liOut»  des^  Illinois  o^cupié  i^r  le» 
Français^  Âforès  des  délais  qui.  se  |Kroloii«gèreAl  lout  rhiver^ 
les  voyageurs  arrivèi?€&t  enfin  ^  Québec  puis  en  Vrs^m%  ^ 
ils  débarquèrent  le  9  oetab^e  1688.  Ils  étei^^t  les.  s^ul» 
survivants  de  cette  vaste  ^pédition»  eo]»^e  avec  taul  de 
hardiesse,  avec  tant  de  obauces  de  suoeés  et  qui  avait  si 
misérablement  échoué.  Le  peu  de  personnes  laissées  à  la 
baie  Saint-Louis  furent  en  effet  massacrées  par  les  Indiens  à 
Texception  de  quelques  enfants  qui  restèrent  chez  les  sau- 
vages pendant  six  ou  sept  année»  et  qui  ftir^ît  sauvés  par 
les  Espagnols. 

Ainsi  les  ennemis  de  la  Salle  triomphaient  au  plus  grand 
péril  du  Canada  qui  eut  à  soutenir  pendant  seize  ans  la 
guerre  contre  les  Iroquoîs  allumée  par  suite  de  la  conjura^ 
tion  contre  la  Salle.  Les  traces  de  celte  lutte  existent  pour 
la  condamnation  des  deux  partis  qui  ont  poursuivi  le  dé- 
couvreur jusque  dans  sa  mémoire,  mais  là  où  est  une  vic- 
time il  se  présente  toujours  un  homme  de  cœur  pour  ta 
venger  et,  si  habiles  que  soient  certaines  gens,  jamais  leurs 
manœuvres  ne  sont  si  bien  cachées  qu^îln'en  paraisse  quel- 
que chose  à  celui  qui  cherche  bien  et  longtemps  avec  le 
sentiment  d'un  devoir  à  remplir.  Le  recueil  de  M.  Margry 
est  une  œuvre  historique  fruit  d*une  longue  persévérance  et 
dont  l'auteur  a  atteint  son  but  car  il  a  rendu  à  un  grand 
homme,  à  un  Français  la  place  qui  lui  appartient  après  Go^ 
lomb  et  Cortez. 

La  Salle  après  avoir  donné  une  vaste  contrée  à  la  France 
est  mort  victime  de  son  courage  et  de  son  dévouement  à  la 
gloire  de  sa  patrie.  Les  Américains  dont  les  états  riches  et 


556    DESGARTES,  L'uN  DES  INITIATEURS  DE  LA  COSMOLOGIE. 

peuplés  couvrent  aujourd'hui  les  solitudes  qu*il  a  le  pre- 
mier foulées  du  pied  et  ouvertes  à  la  civilisalion  ont  donné 
le  nom  du  découvreur  à  des  rues  et  à  des  villes;  au  capitole 
de  Washington,  une  tablette  de  pierre  conserve  sa  mé- 
moire. Cependant  la  Salle  est  presque  inconnu  en  France. 
Montrons-nous  reconnaissants,  nous,  ses  compatriotes,  nous 
surtout  qui  aimons  cette  science  de  la  terre  pour  laquelle  il 
a  tant  fait  et  puisque  au  dessus  de  nos  têtes,  parmi  les  car- 
touches qui,  dans  cette  enceinte,  contiennent  les  noms  des 
plus  fameux  voyageurs,  il  en  est  encore  d'inoccupés,  je  de- 
mande d'y  inscrire  le  nom  du  Rouennais  René  Robert  Cave- 
lier  de  la  Sallé^le  Découvreur  de  TOhio  et  du  Mississipi. 


DESCARTES^  L'UN  DES  CRÉATEURS  DE  LA  COSMOLOGIE 

ET  DE  LA  GÉOLOGIE  ^ 

J'ai  l'honneur  de  faire  hommage  à  la  Société  de  Géogra- 
phie d'un  opuscule  inséré  dans  le  Journal  des  Savants  sous 
le  titre  de  :  Descartes,  V un  des  créateurs  de  la  cosmologie  et 
de  la  géologie.  J'ai  développé  la  revendication  par  laquelle 
se  terminait  le  discours  ci-joint,  que  j'ai  prononcé  cette 
année,  en  présidant  les  cinq  Académies  de  l'Institut. 

Lorsque,  poursuivant  les  conséquences  de  son  idée  fon- 
damentale relative  à  l'incandescence  primitive  de  la  terre 
et  des  autres  planètes.  Descaries  expose  l'origine  des  aspé- 
rités de  notre  globe,  il  n'hésite  pas  à  les  considérer  comme 
l'effet  du  refroidissement  séculaire. 

On  verra  comment  cette  idée,  émise  à  une  époque  où 
les  observations  positives  faisaient  défaut,  fut  méconnue  ou 
combattue  pendant  plus  d'un  siècle  et  n'a  triomphé  déû- 
nilivernent  qu'à  la  suite  de  nombreux  travaux,  parmi  les- 

1.  Communication  de  M.  Daubréc,  de  l'Institut,  adressée  à  la  Sociëlé 
dans  sa  séance  du  5  novembre  1880. 


LA  CARTE   DES  ALPES.  557 

quels  je  signalerai  ceux  do  Saussure,  Léopold  do  Buch, 
Boue,  Gordier,  Elle  de  Beaumont. 

Le  sujet  nécessitait  une  analyse  complète  des  discussions 
qui  ont  été  poursuivies  pendant  ces  quarante  dernières 
années,  et  l'exposé  de  Tétat  actuel  de  la  question. 

Si  j'ai  cru  devoir  entrer  dans  quelques  détails  spéciaux 
sur  les  controverses  à  la  suite  desquelles  ont  triomphé  les 
vues  de  Descartes,  c'est  qu'ils  illustrent,  en  quelque  sorte, 
l'histoire  même  des  progrès  de  la  pensée,  humaine,  en 
même  temps  qu'ils  font  hautement  ressortir  la  vigueur 
d'esprit  du  grand  philosophe.  Comme  si  ce  n'était  pas  assez 
de  tant  d'autres  titres  qui  le  recommandent  aux  siècles 
futurs,  et  malgré  des  erreurs  qui  sont  de  son  temps  et  de 
l'humanité.  Descartes  nous  apparaît  donc  comme  un  ini- 
tiateur de  ces  sciences  que  nous  nommons  aujourd'hui  : 
«  Cosmologie  »  et  «  Géologie  » . 

Dans  nos  jours  d'activité  fiévreuse  ,  où  chacun  poursuit 
ses  recherches,  sans  s'inquiéter  de  ceux  qui  lui  ont  préparé 
les  voies,  il  m'a  para  équitable  et  opportun  d'exercer  une 
sorte  de  revendication  publique,  en  signalant  à  la  recon- 
naissance de  tous,  ces  idées  sublimes  de  l'homme  qui,  à 
l'étemel  honneur  de  la  France,  sut  pénétrer  d'un  môme 
regard  le  monde  de  la  matière  et  celui  de  l'esprit. 


LA  CARTE   DES  ALPES   PAR  M.   A.    CIVIALE  *. 

M.  Daubrée,.de  l'Institut,  en  présentant  à  la  Société  de 
Géographie  la  carte  des  Alpes  de  M.  Giviale,  de  la  part  de 
l'auteur,  fait  les  observations  suivantes  : 

On  connaît  les  études  approfondies  que  M.  A.  Civiale  a 
exécutées,  à  l'aide  de  la  photographie,  pendant  dix  ans, 
dans  la  chaîne  des  Alpes.  La  partie  centrale  de  cette  chaîne, 

1.  Compte  rendu  par  M.  Daubrée,  de  Plnstitut,  adressé  à  la  Société 
dans  sa  séance  du  5  novembre  1880. 


556  LÀ  GâRTE  DES  AUPBS 

dans  la  région  comprise  entre  le  Danphiné  et  la  (krindnei 
a  été  explorée  avec  une  persévérance  à  laquelle  nous  vfom 
déjà  rendu  hommage.  Outre  plus  de  six  cents  vues  de  dé- 
tail, intéressantes  à  divers  titres,  H.  Givîale  a  exécfité 
41  panoramas  photographiques,  ^en  choisissant  jodicieiiae^ 
ment  tes  points  tes  plcrs  remarquables. 

Les  conditions  d^exactilude  géométrique,  dans  hsqoeHes 

es  panoramas  ont  été  prîs^  en  font  des  documents  fort 

utiles  pour  l'étude  du  rdief  du  sol.  Pour  chaque  Panorama, 

Tappareil  était  placé  horirontriement  et  la  distance  focale 

était  conservée  la  même  pour  tous  les  points. 

H  étant  la  hauteur  réelle  d'un  sommet  au  dessus  de 
f  horizontale  du  point  de  la  station  ;  h  cette  hauteur  prise 
sur  le  panorama;  D  la  dii^nce  du  point  de  station  au 
sommet  prise  sur  la  carte  ;  f  la  distance  focale  ;  on  a  la  pro- 
portion :  H  :  A±  D  :  /;  d'où  H  =  ^ 

Si  Ton  ne  vetA  pas  mesurer  diroctefia^t'la  dislasice  fo- 
cale, on  ^pretké  vn  pohit  dont  la  hauteur  H  est  eonsne  éL  mi 

en  déduit  f  =_ — 

La  ligne  que  H.  €iviale  appelle  l'horizoatale  dû  point  de 
station  passe  par  le  point,  dont  k  hauteur  sst  oaloolée  di- 
rectement à  l'aide  du  baromètre,  et  par  deux  ou  trois 
autres  points,  que  l'on  détermine  sur  le  panorama,  à  l'aide 
de  hauteurs  coMiues^  (soit  jfar  la  triai^ulatioD,  soit  par  le 
baromètre).  Cette  horizontale  une  fois  menée  sur  un  des 
panoramas  permet  de  calculer  on  de  vérifier  tes  attitudes 
de  tons  les  points. 

A  l'aide  de  ses  panoramas  et  en  se  servant  pour  les  com- 
pléter des  caites  des  difiFérents  états-majors,  M.  (Sviale  a 
établi  le  dessin  de  toute  la  partie  centrale  de  la  chahié. 
L'échelle  de  1  à  600000,  loi  a  permis  de  tout  figurer  en  une 
seule  feuille,  inos  côtes  ont  été  vérifiées  avec  un  |;caad  soin, 
ainsi  que  les  tracés  de  routes  et  <Ées  cfaBwnB  <e  tar^tTor^ 


PAR  M.   A.   CIVIÂLE.  559 

thographe  des  divers  noms.  Celte  carie  porte  enfin  un 
itinéraire  fictif,  réstmaîml  h%  itinéraires  des  dix  campa- 
gnes et  l'indication  des  points  des  stations  des  panoramas. 
C'est  cette  carte  des  Alpes,  complément  des  études  pho- 
tographiques de  U^  Cimte  ^ue  je  suis  chargé  par  l'auteur 
d'offrir  à  la  Société  de  Géographie. 


CORRESPONDANCES 


VOYAGE    AU    NYASSA    ET  AU    TANGANYKA    PAR    H.    J.    THOMSON. 
LETTRE  A  M.    C.      LEDOULX ,     CONSUL    DE    FRANCE    A    ZANZI- 


BAR* 


Zanzibar,  le  23  juillet  1880. 

Suivant  le  désir  que  vous  m'avez  exprimé,  je  viens  vous 
exposer  l'itinéraire  rapide  suivi  par  rexpédition  de  Ja  So- 
ciété Royale  géographique  de  Londres  dans  la  partie  orien- 
tale du  centre  de  l'Afrique. 

Le  but  de  l'expédition  était  de  tçaverser  les  régions  in- 
connues comprises  entreDar-es-Selâm  et  l'extrémité  nord  du 
lac  Nyanza,  pour  passer  ensuite  à  l'extrémité  sud  duTan- 
ganyka,  tout  en  faisant  les  observations  scientifiques  prati- 
cables, afin  de  donner  des  renseignements  sur  ces  régions, 
sur  les  peuplades  qui  les  habitent,  et  cela  aussi  exactement 
que  les  circonstances  pourraient  le  permettre. 

La  direction  de  cette  expédition  fut  confiée  à  M.  Keith 
Johnslon,  jeune  homme  bien  connu  par  sa  vaste  érudition 
géographique  et  par  son  ardeur  enthousiaste  des  explora- 
tions. J'avais  l'honneur  d'être  géologue  et  second  directeur 
de  cette  mission. 

Arrivés  à  Zanzibar  en  janvier  1879,  nous  y  restâmes 
quatre  mois  employés  à  l'élude  du  Souaëli  et  à  un  voyage 
rapide  à  travers  l'Usumbara. 

Nous  organisions  en  même  temps  notre  caravane. 

Lo  18  mai  nous  quittions  Dar-es-Selâm  accompagnés 
de  140  hommes  et  de  quelques  ânes.  Nous  avons  traversé 
Uzaramo,  et  puis  en  suivant  «ne  direction  générale  sud- 
ouest  nous  atteignîmes  le  Kikunjà  à  un  village  situé  à  90 

i.  Communication  du  MiaisUre  des  affaires  étrangères. 


VOYAGE  AU  NYASSA  ET  AU  TANGANYKA.       561 

milles  (145  kilomètres)  de  sa  source.  De  là,  nous  prîmes  vers 
le  nord  où  Texpédition  subit  une  perte  irréparable  par  la 
mort  de  M.  Johnslon,  décédé  à  Béhobého,  après  trois  se- 
maines de  pénible  maladie. 

Le  commandement  de  l'expédition  retomba  alors  sur  mes 
jeunes  épaules  et  quoique  épouvanté  de  cette  lourde  charge, 
j'étais  décidé  à  en  poursuivre  la  réalisation.  Nous  conti- 
nuâmes notre  marche  en  traversant  le  Ruaha  et  visitâmes 
une  riche  contrée  appelée  Mahenzé,  située  dans  l'angle 
formé  par  la  jonction  du  Ruaha  et  de  l'Uranga.  Nous  attei- 
gnîmes ainsi  la  base  du  grand  plateau  central  africain.  Tra- 
versant une  série  de  montagnes  irrégulières  dont  les  som- 
mets taillés  en  plateaux  atteignent  une  hauteur  de  7000  pieds 
(2133  mètres),  nous  entrâmes  dans  un  pays  nommé  Uhéhé 
et  le  traversâmes,  en  montant  à  Urori  et  Ubéna,à  une  hau- 
teur de  3600  à  7  000  pieds  (1097  à  2133  mètres). 

Au  Nord  du  lac  Nyassa  se  trouve  un  plateau  plus  élevé, 
encore  occupé  par  quelques  misérables  petites  tribus.  Des- 
cendant brusquement  vers  l'extrémité  du  lac,  j'ai  constaté 
la  concordance  de  mes  observations  avec  celles  de  Livings- 
tone  en  ce  qui  concerne  la  longitude  du  Nyassa. 

Nous  reprîmes  notre  marche  vers  le  Tanganyka  que  nous 
atteignîmes  en  parfaite  santé  le  3  novembre,  après  avoir 
traversé  un  plateau  dont  l'altitude  varie  entre  5000  et 
8000  pieds  (1524  et  2468  mètres).  Le  lendemain  un  autre 
voyageur  anglais,  M.  Stewart  atteignit  le  môme  point.  Venant 
du  lac  Nyanza,  il  était  parti  de  30  milles  (48  kilomètres)  plus 
au  sud  que  moi  et  suivait  aussi  une  route  plus  sud  que  la 
mienne.  Après  avoir  laissé  ma  caravane  à  un  point  nommé 
Tendwé  sur  la  rivière  Lofu,  sous  les  ordres  de  mon  second 
Chouma,  je  suivis  la  côte  ouest  du  Tanganyka,  prenant  seu- 
lement avec  moi  30  hommes.  Le  25  décembre,  nous  attei- 
gnîmes, non  sans  grand  peine  le  Lukuga  et  ce  fut  pour 
moi  un  glorieux  Noël  que  de  voir  une  rivière  splendide,  au 
courant  rapide  et  tourbillonnant  porter  au  loin,  pousser  ses 

SÔC.  DE  GÉOGR.  —  DÉCEMBRE  1880.  XX.  —  35 


562       VOYAGE  AU  NYASSA  ET  AU  TANGANTKA. 

eaux  vers  l'ouest,  pour  les  joindre  à  celles  do  Congo  el  enfin 
à  l'Atlantique. 

A  Kasengé  ou  plus  correctement  M*towa  en  Uguha,  j'ai 
été  agréablement  surpris  de  trouver  deux  missionnaires 
anglais  confortablement  établis  dans  une  bonne  maison, 
quoiqu'ils  n'eussent  quitté  la  côte  qu'un  mois  après  mon 
départ.  Mais  ils  avaient  suivi  la  route  directe,  traversé  le 
lac,  et  atteint  M'towa  deux  mois  avant  mon  arrivée  sur  ce 
point.  Après  un  séjour  d'une  semaine,  nous  terminâmes  le 
trajet  qui  nous  séparait  d'Djiji,  et  nous  eûmes  encore  le 
plaisir  de  rencontrer  à  la  fois  des  missionnaires  français  et 
des  missionnaires  anglais. 

Après  avoir  expédié  et  reçu  mon  courrier,  je  retournai  en 
toute  hâte  à  Uguha,  avec  le  désir  de  revenir  dans  mon  cam- 
pement qui  se  trouvait  à  l'extrémité  sud  du  lac.  Voulant 
faire  un  détour  pour  ne  pas  suivre  la  même  route,  je  cô- 
toyai la  rivière  Lukuga  pendant  six  journées  de  marche, 
dans  une  direction  ouest-nord-ouest  et  traversai  TUrua  jus- 
qu'à mon  arrivée  à  quelques  milles  du  Congo.  Je  n'avais 
pas,  lors  de  ma  première  marche,  été  si  loin  dans  cette  direc- 
tion, mais  la  réception  hostile  qui  nous  fut  faite  nous  mit 
pendant  un  mois,  dans  une  situation  des  plus  critiques;  une 
surveillance  active  et  une  constante  vigilance  ont  seulement 
pu  nous  éviter  tout  fâcheux  événement;  30  hommes  armés 
de  fusils,  mais  dépourvus  de  munitions,  ne  pouvaient  pas 
lutter  contre  des  centaines  de  Warua.  Nous  eûmes  le  bonheur 
de  revenir  à  Uguha  avec  nos  vêtements  sur  les  épaules,mais 
empêchés  d'atteindre  l'extrémité  sud  du  lac  par  le  chemin 
d'Drua. 

Privé  de  marchandises,  je  n'avais  qu'un  seul  parti  à 
prendre,  c'était  de  faire  décharger  mes  hommes,  de  m'cm- 
barquer  dans  un  canot  et  d'affronter  les  dangers  du  lac.  Je 
traversai  ce  lac  en  me  dirigeant  vers  la  côte  est  et  visitai 
Carréma,  où  nous  eûmes  le  plaisir  de  rencontrer  les  capi- 
taines Gambier,Popelin  et  Carter,  tous  en  bonne  santé.  Nous 


mit*  «»   •»•*■•  SI  «t   f«;n>«:>iaA.  a^ 

fODt/nuJ!"»  »  J^'r*'    ^  c-  e  et    Atielçnioie*  aiosi    Pc- 
laago.  On  U.  'J***  -^^  i^af ^4»  wie.-^  !é  Ijc  ooas  am- 

g(  fflirebiBiiiMi  w  booae  c<AUt.o(i.  crlb«  1  '.'*dm.r^lt 
direetioo  de  Owam». 

j'eui  le  d^poÎBlaoMBt  J'apprtatin  fi»  '^  fum  r^s^u.! 
dans  ces  puises,  t»  ifu  rmà^  num  pUM^  '^oi  i  ^.l^  .oh- 
possible,  de  sorte qa'il  ne  me  r«uit  >w(:'iii:rscs..ii  luc  in 
relourner  par  !e  chemio  de  IT-jinyornb-*  -t  :-■  ."'z    :■'. 

Celte  rouleaoascondniïilrfir^vtmuHitin'r^mr^  ta  W^jm, 
qui  nous  semble  être  on  p«*»  rfes  jli»  .ii-»r-!- l.  -.  T-ii 
le  plaisir  d»  vitiUr  l«  tee  Uikwa  ■!.:;:  !i  i  :r.i.  -.j- 
tompt  parlé,  otais  qui  n'tnit  iaaait  été  i^  ci  .b.fu.  j' u,  |b 
indiquer  lu  n«ie8itiwtioa  «L  te  canctèr«. 

Ia  16  NU»  Qons  attaisi^oMs  YVnjans*'^^  **■  «pro  ■ 
repM  de  1Q  joon  notu  wamAa»  ripideoMai  wn  :«  cdtt; 
nom  atUagotnes  Bagtmojro  1«  |$  jailkt  et  Z«B»îUf  :« 
lendemain. 

Ce  qDfl  je  vicos  d'6prfMner  en  Mriqae  peadaat  nx^ 
voyage  oonstitufl  an  quelque  aorle  an  hil  wûqac  ;  ie  a'ij 
eu  ni  mort,  ni  dfoarUon,  parmi  met  hoiBBiei  ;  je  n'ai  pk 
Qonnaûwace  qn'on  saitl  de  mea  «ffels  ut  àU  dénAé  loii  ||^ 
■née  boiDSEi«s,  aoit  par  les  nMarclt,  quoique  lei  oocitig^ 
de  raiûee  aieat  M  itoiabKMea;  je  oe  citerai  que  I(  /^ 
d'un  Wanw  qai  aaaibUit  avoir  de»  opÎDioM  âtoangn  b,^( 
propnétt  d'aainii.  Si  j'ai  rmoOiiLré  quelque»  difBe«|u     ^ 
la  part  de  mes  hoBOM*  oe  dee  iwlarela,  je  m'tinpttti^  ^ 
joater  qa'aBeoe  coey  de  ftuU  a'a  été  tirA  povr  l'itu^  ^^ 
pour  la  défense.  Je  a'ai  jeaaii  jagé  Béee»aire  dT^^  ,/^ 
un  fuiil  ou  ■•  réT(>lT«r,  rjn^ii  1  Cru  cl  tt^^  ^*^%^ 
disait-on  que  nooE  aTÎoos  traTcrsé  ane  des  lrij)j/^  ^^^ 
dangereuses  de  l'Aîrigoe  centrale.  J'ai  éU  j^.    '^  ^*\ 
caplurer  aucnn  gibier  el  n'ai  ea  qat  le  plaiijr  j^^*^]  ^*% 


564  NOUTELLES  DE  L'AFRIQUE  ORIENTALE. 

empreintes  d'éléphants  et  d'entendre  le  rugissement  du 
lion.  On  peut  en  conclure  que^dans  ce  pays  d'aYentures  et 
de  dangers,  je  n'ai  rencontré  rien  de  digne  d'intérêt.  Telle 
est  la  chétive  esquisse  de  l'œuvre  d'exploration  de  Test  de 
l'Afrique.  Vous  m'avez  fait  l'honneur  de  vous  intéresser  à 
mon  voyage,  et  je  suis  désolé  de  ne  pouvoir  entrer  dans  de 
plus  amples  détails,  tout  en  vous  en  indiquant  les  résultats 
les  plus  importants.  Je  dois  en  rendre  compte  à  la  Société 
géographique  de  Londres  qui  en  publiera  l'ensemble  en 
temps  opportun. 

NOUVELLES  DE  L'AFRIQUE  ORIENTALE  PAR  M.  G.   LEDOULX,  CON> 

SUL  DE  FRANCE  A  ZANZIRAR*. 

Zaniibar,  le  14  ao&t1880. 

Un  courrier  expédié  en  toute  hâte  par  le  gouverneur  de 
rOunianiembé,  nous  apporte  de  fâcheuses  nouvelles  sur  la 
situation  de  l'Uniamwési.  MM.  Carter  et  Gadenhead  auraient 
été  tués  par  Mirambo  à  Caréma,  dont  cet  aventurier  se  serait 
emparé,  en  mettant  au  pillage  tout  ce  qui  s'y  trouvait.  L'é- 
léphant que  le  roi  des  Belges  y  avait  fait  conduire  à  grands 
frais,  est  tombé  au  pouvoir  de  Mirambo,  ainsi  que  la  mai- 
son ^ue  le  comité  belge  de  l'Association  Internationale 
Africaine  y  entretenait  pour  le  logement  de  ses  explo- 
rateurs. MM.  Popelin,  Burdo  et  Roger  ont  pu  se  sauver 
et  se  réfugier  à  Tabora.  Quant  à  M.  Gambier,  on  le  savait 
en  route,  mais  on  était  inquiet  sur  son  compte.  On  ajoute 
encore  que  les  Pères  missionnaires  algériens  auraient  été 
également  dépouillés  à  Garéma;  mais  j'ai  tout  lieu  de  croire 
cette  dernière  nouvelle  inexacte.  Les  mission  oaires  dont  il 
s'agît,  pillés,  en  effet,  une  première  fois  eh  mai  dernier, 
s'étaient  alors  rendus  à  Ujiji  et  ne  pouvaient,  par  consé- 
quent, pas  se  trouver  à  Garéma  lors  des  événements  que 
nous  apprenons. 

1.  ComiDUDÎc4tioo  du  Ministère  des  AAiires  étrangères  lae  à  la  Société 
dans  sa  séance  du  5  novembre  1880. 


NOUVELLES  DE  L'AFRIQUE   ORIENTALE.  565 

Le  consul  de  Belgique  s'est  empressé  de  télégraphier  les 
nouvelles  qui  précèdent  à  l'Association  Internationale  et 
en  a  reçu  l'ordre  de  ne  rien  négliger  pour  assurer  la  sécu- 
rité de  M.  Rarnaeckers  et  de  ses  compagnons,  dont  j'ai  eu 
l'honneur  d'annoncer  le  départ  au  Ministre,  par  le  dernier 
courrier.  Â  cet  effet,  il  expédie  aujourd'hui  même  à  ces 
voyageurs  un  renfort  de  100  hommes  armés,  ce  qui  portera 
à  400  le  chiffre  de  leur  escorte.  En  outre,  M.  de  Ville  a 
sollicité  et  obtenu  de  Saïd  Bargash  que  la  mitrailleuse  que 
ce  souverain  a  reçue  en  cadeau  du  roi  Léopold,  fût  égalb- 
menl  envoyée  à  la  mission  belge  et  il  accompagne  ces  en- 
vois d'une  lettre  pleine  de  sages  recommandations.  Les 
rapports  d'amitié  qui  me  lient,  depuis  plusieurs  années,  à 
M.  le  capitaine  Ramaeckers  m'ont  engagé  à  joindre  mes 
conseils  officieux  aux  avertissements  autorisés  de  son  con- 
sul. 

La  section  allemande,  partie  peu  de  jours  après  la  mission 
belge,  n'est  pas  encore  suffisamment  éloignée  de  la  côte 
pour  que  sa  sécurité  soit  en  danger.  Toutefois,  le  consul 
d'Allemagne  n'a  pas  cru  inutile  de  l'informer  de  ce  qui  se 
passait  dans  le  nord  de  la  route  qu'elle  doit  suivre. 

Quelque  confus  et  contradictoires  que  soient  les  rensei- 
gnements qui  nous  arrivent,  on  doit  en  conclure  que  la 
situation  des  voyageurs,  dans  celte  partie  de  l'Afrique  cen- 
trale, ne  manque  pas  de  gravité. 

On  attribue  à  Mirambo  une  grande  haine  pour  l'étranger, 
arabe  ou  européen,  auquel  il  reproche  la  ruine  de  son  pays, 
à  la  suite  de  la  suppression  de  la  traite.  Son  influence  n'a 
d'égale  que  son  ambition.  On  le  dit,  en  outre,  brave  jusqu'à 
la  témérité  et  doué  d'un  talent  stratégique  gui  en  fait  la 
terreur  des  chefs  de  tribus,  ses  anciens  compétiteurs;  ceux- 
ci,  faute  de  pouvoir  lui  résister,  sont  heureux  d'être  choisis 
pour  ses  lieutenants. 

M.  Kirk  ne  sa  dissimule  pas  combien  ces  événements 
compromettent  les  résultats   des  explorations   engagées. 


566  VOYAGE  Âtt  Tkfd  DfiS  ÇOMALtS. 

L*éloigfiemetii  du  Ihé&tre  de  l'assassinat  de  ses  deux  ad- 
ministrés et  rimpossibilité  d'atteindre  et  de  châtier  les 
coupables^  Tobligent  à  laisser  oes  eriiues  iiapuais.  Cet  le  im- 
punité n'eiioouragera**t»^Ue  pas  les  teatatives  hardies  de 
Mirambo?  j'ai  tout  lieu  de  le  oraiadre. 


VOTAQB    AU    PATS    D&S   gDllAUS«  XiBTTaii  h%    M,   ^   BKVQIl*   AU 

sGGRâTAïAs  eâifJiaAi.^ 

Je  viens  de  passer  ici  près  d'un  mois»  tant  pour  m'accli- 
mater  un  peu  que  pour  mettre  ordre  à  mon  départ  sur  la 
cftte. 

J'ai  dédoublé  tous  mes  bagages  et  toutes  mes  provisions 
pour  avoir  uq  stock  de  réserve,  en  cas  d'accident,  et  aussi 
pour  ne  pas  avoir,  dès  le  début,  trop  de  matériel  avec  moi. 

Je  pars  dimanche  11  septembre  pour  Merâya,  chez  les 
Me4jourtines*  Quelques  courriers  m'ont  précédé,  et  l'un 
d'eux  a  dû  me  faire  aménager  une  hutte  convenable  pour 
ma  première  station^ 

J'ai  enrôlé  quatre  Çomalis  sur  lesquels,  tous  renseigne^ 
ments  pris,  ]e  crois  pouvoir  compter. 

Je  connais  l'un  d'eux  de  longue  date,  c'est  mou  anciep 
domestique  Ali  Farah,  le  Dolbobante,  Dans  les  trois  autres 
figure  un  jeune  seribe  de  douze  ansi  qui  écrit  fort  bien  l'a- 
rabe, et  qui  me  servira  tant  &  faire  mea  lettres  pour  les 
chefs  de  tribusi  qu'à  prendre  avec  leur  véritable  orthographe 
arabe  et  eomali  les  noms  des  localitésii  des  plantes,  des  oi- 
seauXy  ete% 

Je  compte  lester  à  Mer&ya  deux  mois,  faire  la  faune  et 
la  flore  des  montagnes  du  littoral^  de  manière  à  pouvoir 
adresser  à  Paris  un  premier  envoi  de  colleetions  avant  dé- 
cembre. 

1.  Lne  à  la  Société  dans  sa  «èance  du  f5  octobre  1680. 


VOYAGE  AU  PAYS  DES  (OUAUS.  567 

De  Meràya  je  gagnerai  Karkar  pour  y  passer  la  saison 
des  pluies,  car,  au  dire  des  naturels  que  j'ai  pu  déjà  con- 
sulter ici,  il  ne  faut  pas  songer  à  gagner  les  Dolbohantes  ou 
Ougadines  à  cette  époque.  Le  Nogal,  d'habitude  peu  fourni 
d'eau,  déborde,  et  les  inondations  formant  un  immense 
lac  et  des  marais  malsains,  chassent  sur  les  hauteurs  tous 
les  nomades  avec  leurs  troupeaux. 

Pendant  mon  séjour  à  Âden,  je  me  suis  informé  tant  que 
j'en  ai  eu  l'occasion.  Depuis  le  matin  jusqu'au  soir,  ma  mai- 
son n'a  pas  désempli  des  Çomalis  qui  viennent  de  la  côte 
vendre  leur  bétail  sur  le  marché,  et  je  les  ai  chargés,  selon 
la  tribu  à  laquelle  ils  appartenaient,  de  faire  parvenir  quel- 
ques messages  &  leurs  sultans  ou  à  ceux  du  voisinagCi  pour 
les  informer  de  mon  arrivée  prochaine» 

Je  suis  bien  satisfait  de  mes  appareils  de  photographie. 
J'envoie  par  le  môme  courrier  à  M»  Rabaud  24  clichési  dont 
une  dijtaine  comporte,  par  groupes,  tous  les  types  du  litto- 
ral du  golfe  d'Aden. 

J'ai  envoyé  déjà  quelques  épreuves  à  M.  le  docteur  Tau- 
IMinard  relatives  à  certaines  recherches  dont  il  m'avait 
chargé,  je  lui  ai  fait  parvenir  aussi  quelques  paquets  de 
cheveux.  J'ai  pour  lui  une  autre  petite  caisse  qui  partira 
d'ici  peu* 

Ë    résumé  je  suis  tout  prêt  et  déjà  même  à  l'œuvre» 

Je  ferai  tout  ce  qui  dépendra  de  moi  pour  ne  point  dé^ 
mériter  de  votre  bienveillant  appui. 

Et  vous  pouves  affirmer  à  tous  ceux  qui  s'intéressent  au 
voyage  que  je  vais  entreprendre,  que  j'apporterai  à  &a 
réussite  tout  mon  courage  et  toute  mon  énergie. 

Grâce  à  Texcellent  M.  Rabaud^  j'ai  reçu  à  Aden  l'accueii 
le  plus  flatteur  et  le  plus  sympathique.  Les  autorités  an- 
glaises se  sont  mises  à  mon  entière  disposition  pour  m'aider 
si  elles  le  pouvaient* 

Le  résident  politique  anglais,  capitaine  Hunter,  écrit  en 
08  moment  avec  l'aide  des  missionnaires  de  Mgr  Taurin,  une 


568     LE  PHÉNOMÈNE  DU  MIRAGE  DàNS  LE  SÂHÂRA  ALGÉRIEN. 

grammaire  çomali  et  une  étude  sur  les  races.  II  a  été  assez 
bon  pour  nie  donner  les  placards  qui  pourront  m'ôtre  fort 
utiles. 

Il  m'a  offert  aussi  sa  première  publication  sur  Aden^  que 
je  vous  adresse  pour  la  bibliothèque  de  la  Société. 


LE  PHÉNOMÈNE  DU  MIRAGE  DANS  LE    SAHARA   ALGÉRIEN.    LETTRE 

DU  DOCTEUR  COLIN  A  M.  DAYANNE. 


J'ai  dû  me  rendre  ces  jours  derniers  à  60  kilomètres  sud 
de  Saïda>  non  loin  des  Ghotts,  avec  une  commission  de  mé- 
decins que  je  présidais  comme  plus  ancien En 

revenant  avec  mes  camarades,  nous  avons  eu  Toccasion  d'ob- 
server le  phénomène  du  mirage.  Ce  n'est  pas  chose  rare 
pour  qui  parcourt  souvent  le  Sahara  algérien,  mais  j'ai 
pensé  qu'il  serait  intéressant  de  photographier  le  phénomène 
et  je  me  promets  de  faire,  à  l'occasion,  tous  mes  efforts  pour 
y  parvenir. 

Il  me  semble  que  deux  épreuves  prises  du  même  point, 
Tune  pendant  le  phénomène,  Tautre  après  sa  disparition, 
en  donneraient  une  idée  nette  si  les  épreuves  parvenaient  à 
dessiner  très  distinctement  la  silhouette  éloignée  de  l'hori- 
ion« 

On  a  fail  du  mirage  des  descriptions  souvent  fantaisistes; 
d'autre  part,  le  phénomène  peut  se  montrer  sans  que  les 
spectateurs  se  doutent  que  leur  vue  est  abusée.  Toici  en 
deux  mots  en  quoi  ilconsisie,  pour  nous,  Algânens,  qui  con- 
naissons le  pai^  et  savons  parfoilement  quand  rhoriion 
nous  trompe. 

Le  phàiomène  varie  suivant  la  régioa  oà  l*oa  se  trouve 
el  la  naUifti^  du  sol;  il  se  passe  toujours  à  llioriioii  et  ne 
penl  «xistttr  par  conséquent  là  où  Phoriioa  iiiaiM|«e,  c  est- 


LE   PHÉNOMÈNE  DU  MIRAGE  DANS  LE  SAHARA  ALGÉRIEN.      569 

à-dire,  là  où  il  est  trop  limité  par  des  objets  qui  le  coupent 
ou  des  accidents  de  terrain. 

Cependant  je  ne  Pai  jamais  observé  'sur  mer,  en  plusieurs 
années  de  navigation,  et  il  semble  que  la  surface  du  sol  soit 
nécessaire  à  sa  formation. 

Le  plus  connu  et  le  plus  fréquent  dans  le  Sahara  algérien 
est  celui  de  Teau  dans  les  Gholts.  On  peut  poursuivre  long- 
temps sans  l'atteindre  le  lac  qu'on  croit  avoir  devant  soi,  à 
un  oudeuxkilomètres  au  plus;  l'illusion  est  plus  vive  encore 
lorsque  des  chameaux  se  trouvent  dans  la  même  direction  ; 
ils  semblent  marcher  dansTeau;  leurs piedsne se  distinguent 
plus,  leurs  jambes  s'allongent  démesurément  en  se  conti- 
nuant avec  leur  image  sur  la  surface  réfléchissante. 

Le  mirage  que  nous  avons  observé  il  y  a  quelques  jours 
avait  une  autre  forme;  nous  étions  sur  les  hauts  plateaux 
couverts  d'alfa  ondulant;  nous  chevauchions versle nord  en 
revenant  sur  Saïda  dont  vingt  kilomètres  environ  nous  sé- 
paraient encore. 

Topographiquement,  nous  ne  pouvions  pas  voir  do  ce 
point  les  montagnes  de  Saïda,  qui  se  trouvent  à  la  limite 
nord  des  hauts  plateaux,  mais   en  contre-bas  de  ceux-ci. 

Cependant,  vers  1  heure  del'aprèsmidi,  ellesnous  apparu- 
rentetfort  élevées  au-dessus  de  Thorizonréel  delamerd'alfa. 

C'était  bien  une  ligne  de  montagnes  bleuâtres,  avec  bou- 
quets d'arbres,le  découpant  nettement  sur  les  crêtes,  et  telles 
se  présentent  au  loin  les  chaînes  de  l'Atlas. 

Mais  nous  vîmes  bientôt  cette  ligne  de  montagnes  se  dé- 
placer insensiblement  vers  l'est,  sans  doute  à  mesure  que 
le  soleil  tournait  à  l'Ouest,  ft,  vers  deux  heures,  elles  s'éva- 
nouirent peu  à  peu  au  nord-est,  de  bas  en  haut,  eten  laissant 
apparaître  entre  elles  et  Talfa  une  bande  claire  du  ciel  d'ho- 
rizon. 

Nous  n'avions  donc  eu  devant  les  yeux  qu'une  série 
d'images  réfléchies  d'objets  réels,  mais  normalement  cachés 
sous  rhorizon,  images  n'occupant  à  la  fois  qu'un  segment 


568     LE  PHÊNOHËIftE  DU  MIRAGE   DAnS  LE  SABARA  Al^ 

grammaire  çomali  et  une  élude  sur  les  races,  l^  % 
bon  pour  me  donner  les  placards  qui  pourront  <3-  ** 
utiles.  ;  ^  S    % 

Il  m'a  offert  aussi  sa  première  publicati»  ^.  % .  '^.   *^ 
je  vous  adresse  pour  la  bibliothèque  àelg^^'ik  ^    ^a 


^\-         S^-    "^ 


LE  PHâNOHÊNIi  DU  MIHAGB  DANS  LK    S  ^S,  f„  ^  ^     « 


DD  DOCTEUR  COLIN  A 


J'ai  dû  me  rendre  cesjouri-t  è.-^  %^  \  %^  T-,     ' 

de  Saïda,  non  loin  des  Cfiû'il  t\  I  %  \  \ 
deciusque  je  présidais  cf.  \  ^  %%  \    f  '* 
reveoant  avec  mes  camarr  i  ^  *  %  % 
server  le  phénomène  «îi.  i  4       % 
pour  qui  parcourt  sou  i  ^  ^ 
pensé  qu'il  serait  inté  '  j  \ 
et  je  me  promets  de    s  j 
y  parvenir.  *  ^uiï-  président  de  la  So- 

II  me  semble  q  ■  ■■  P'-^^i-ïe'"  «"e  la  Société  de 

„  ,       ,     '  '  .-  —  Sociélé  de  Géographie  corn- 

l  une  pendant  le  ï  ^^  Géogniphie  de  Hmeille.  -  So- 

en  donneraient  .yon.  _  Société  de  Géographie  de  Bor- 

dessiner  très  '  .uographie  de  l'Est.  —  A.  —  A,  (R.).  — 

2(,n_  Lidigné  (marquis).  —  Andouillé.  —  Anoojoie. 

On  a  fait  Aubonne.  —  Aulran. — Ballaj  (docteur). — Ban- 

.lé  du  Boc^,  —  Bardev-  —  Beandoain  (H,).  — 
d  autre  pp  __  g^  (Madame  veave).  —  Bellenger.  —  Berge.  — 
speclater  jusu*e).  —  Biard  (vice-coouil  de  France).  —  Bigonte.  — 
deux  w  ^Bivorl.  —  Biaise  (C).  —  fiolalre  (l'abbé).  —  Brouty.  — 
naisse  tSiiinl-I'ol-Lias.—  Berguet,  —  Bussières  (baron  Léon  de). 
A»iac.  —  Chardon  (J).  —  Cbarnay  (Di'sii-é).  —  Cbasies.  — 

•ïrr^UireïfénémxdetSodélJtdeGéogRipMe  et  daG4*ffnph>c 
nk  <|iii  s'ùUiicnl  adressés  A   leur*  coUigues  pour   cet  acte  de 
iiii--  les  raniercicut  de  t'emprcuement  arec  lequel  ils  ont  répondu 
^  •«■si. 


^ 
^ 


"^N  FAVEUR  DE  LA  FAMILLE  DE  M.  HERTZ.   571 


'W 


f*. 


** 


^  '^'^  •  de  Laubat.  —  Chancourtois  (de) .  —  Chauvié. 
<?j^  ^^  ^quler.  —  Ghuquât.  —  Clerc  (Jules  le).  — 
:>;  ^  ^  "tambert  (Eugène).  —  Cortambert  (Ri- 
.  '^  ^^  ^^  •'ier  (famille).  —  Cre vaux  (docteur). — 
^i  "^  ''^  ^  ibrée.  —  Debaudny.  —  Debize.  — 
'/%;  ^?^  <^  -e.  —Delalain  (Alfred)  —  Déla- 
is ^q^  ^  %^  '  —  Dessirier  (commandant). — 
*^4^%y         9f$,  %                             'S  (Lucien).  —  Ducurtyl.  — 

.^         V^  '^r.       ^%     %  -  Dupuy-  —  Duponchel. 

""'h^          **^   ^^        ^.  '^  ^ux.  *—  Durouchoux.  — 

^y    <^          %,  ^^          -é    %  Kfcnauk  Peltrie, — 

-^'>  ^^         ^''h         %     -^  -  Fourtiier  (Félix). 

-'/C^    ^^4         ^^<5»,       "%  ^  ibert. -- Gold- 

..;\.  S%          VV       ^  -Gratset.-- 

.  -      -t^  ^V    •*;         -^^^^  .ijal.  —  Hadu- 

*'     S.   •■^.      ■.    %.  .ci.--Hiiber(W.). 

^•.     ,^\  .«iidt.  —  De  Jancigny. 

'/  ^  ^j.a  (d6).  «^  Koch»  —  De  La- 

**  «jy  (baron).  —  Le  Lasseur  (ba- 

N.  '  ^Gaston).  •*-»  Lemerder  (Abel).  — 

vasMur*  -*^  Likhatohof  (Tico*<aniiral)»  •*«- 
.uze  (Ed.  de).  —  Madeleine  (de  Itt).'^  Malte- 
-*- Marche.  «**- Martin  (W.).  •*^Massôii  (E.).  — 
Matiry  (Alfred).  **^  Maie  (H.).  «*—  Mégemont.  — 
.i'e)%  -^  Meignen  (fiia) .  -^  Meiasas  (Gaston)  «  -**  Meissas 
.  -^  Meurand  (Gh.).  —  Meyners  d'ËiIrey  (comte).  — Mira- 
.  (H.)«  >-^  Mirabaud  (li^ul).  «*-**  Molina  (marquis  de).  «^  Mdrel 
.  Ariettx  (Félix).  —  Morel  d'Arleux  (Paul).  —  Morel  (Hei*cuie).  — 
Mttsy.  ^N.  et  J.  —  De  NeufTille.  ^  NielU.  ^  Noël  (Léon).  -^  Oli- 
vier. *—  OppeAheimcr.  —  Paolucci  délie  Roncoie  (marquis  de).  — 
!%ri«y.  —  Paraient ier  (général).  ♦*-*  Peghoux*  --  Pelet.  —  Perin 
(Georges).  -—  Perrier  (commandant).  —  Perrier  (Georges).  -^  Pey. 
^  Peytor.  >-*  Pichon.  —  Pigeonneau.  -**  Pinet.  -*  De  Quatrefages. 
--R.  (E.).-*R.  (H.).  —  Raulet.  --  Redonnet.  —Reille (baron).  — 
Rennes.  —  Reuahaw.  —  Riant  (comte).  —  Rimbaull.  —  Roche  (J.). 

—  Saint- Joseph  (baron  de).  —  Saint^^Senoch  (H.  de).  —  Sarorgnan 
de  Braxta.  --1\iylor  (baron).  —  Telfener  (comte).  —  Thenart  (baron). 

—  Thierry.  —  Koechlin-Tliomas.  —  Tolhausen.  —  Tolmer.  -^ 
Tournafond.  —  Trotabas.  —  Turenne  (marquis  de).  —  Varennes.  — 
Vaux  (G.  A.).  —  Vossion.  —  X.  —  X.  —  X.  —  X.  —  X.  —  X. 


570     SOUSCRIPTION  EN   FAVEUR  DE  Lk  FAMILLE  DE  M.   UERTZ. 

restrûint  du  cercle,  mais  qui,  s'eQaçant  à  l'ouest  à  mesure 
qu'elles  gagnaient  vers  Test,  nous  a  montré  successivement 
et  comme  par  conlrebandCi  tous  les  points  d'une  longue 
chaîne  de  montagnes. 

Nous  avions  eu  la  veille  un  sirocco  pénible,  et,  ce  jour-là, 
un  vent  d'ouestcbargé  d'bumidité  l'avait  combattu  le  matin. 

L'atmosphère  était  radevenue  très  calme  et  très  pure 
dans  la journée. 

Quoiqu'il  en  soit,  il  me  semble  que  cet  horiaon  trompeur 
doit  pouvoir  s'inscrire  sur  le  verre  dépoli  et|parsuite,sur  les 
plaques  sensibles  ;  aussi,  sans  me  dissimuler  les  difficultés 
je  ne  désespère  pas  d'y  fixer  un  jour  le  mirage  et  sa  contre- 
épreuve,  c'est-à-dire  obtenir  deux  plaques  différentes  à  l'ho- 
rizon, quoique  prises  du  môme  point.  i\  peu  près  à  la  môme 
heure,  et  ayant  au  premier  plan  les  mômes  touffes  d'alfa. 


»«i**.*M*«MiM*OT«* 


SOUSCRIPTION  EN  FAVEUR   DE  LA  FAMILLE  DE   M.   HERTZ  ^ 

NOMS  DES  SOUSCRIPTEURS. 

Vice-amiral,  baron  de  la  Roncière  le  Noury,  président  de  la  So- 
ciété de  Géographie.  —  M.  Meurand,  président  de  la  Société  de 
Géographie  commerciale  de  Paris.  —  Société  de  Géographie  com- 
merciale de  Paris.  *-  Société  de  Géographie  de  Marseille.  -^  So- 
ciété de  Géographie  de  Lyon.  —  Société  de  Géographie  de  Bor- 
deaux* —  Société  de  Géographie  de  l'Est.  —  A.  —  A.  (R.).  — 
Aignan  (E.).  —  D'Andigné  (marquis).  —  Andouillé.  —  Anonyme. 

—  Anonyme.  —  D'Auhonne.  —  Autran.  — Ballay  (docteur).  —  Ban- 
deraîi.  —  Barhié  du  Bocage.  -*-  Bardey.  —  Beaudouin  (H.).  — 
Beauvisage.  —  Belin  (Madame  veuve).  *-  Belienger.  •-•  Berge.  — 
Bertrand  (Gustave)*  —  Biard  (vice-^consul  de  France).  —  Bigorne.  — 
Biollay.  —  Bivort.  —  Blaize  (G.).  —  Bolatre  (l'abbé).  —  Brouly.  — 
Brau  de  Saint-Pol-Lias.  —  Berguet»  —  Bussiéres  (baron  Léon  de)* 

—  Cahuzac.  —  Chardon  (J.).  —  Charnay  (Désiré).  —  Chasies.  — 

i.  Les  secrétaires  généraux  des  Sociétés  de  Géographie  ei  de  Géographie 
oommerciale  qui  s'étaient  adressés  à  leurs  collègues  pour  cet  acte  de 
confraternité  les  remercient  de  Temprcssement  avec  lequel  ils  ont  répondu 
à  leur  appel. 


SOUSCRIPTION  EN  FAVEUR  DE  LA  FAMILLE  DE  M.  HERTZ.   571 

Chasseloup,  Marquis  de  Laubat.  —  Chancourtois  (de) .  —  Chauvié. 

—  Chauvileau.  —  Chéquier.  —  Ghuquât.  —  Clerc  (Jules  le).  — 
Collin  (Armand).  —  Cortambert  (Eugène).  —  Cortambert  (Ri- 
chard). —  Cotard.  —  Couturier  (famille).  —  Crevaux  (docteur). — 
Croizier  (marquis  de).  —  Daubrée.  —  Debaudny.  —  Debize.  — 
Decourt  —  Delagrange.  —  Delaire.  —  Delalain  (Alfred)  —  Dela- 
lain  (Paul). — Delesse.  —  Desgrand.  —  Dessirier  (commandant). — 
Dolfus  (Ch.).  —  Dalfus  (A.).  —  Dubois  (Lucien).  —  Ducurtyl.  — 
Dujardin.  —  Dumont  (H.).  —  Dupuis.  —  Dupuy.  —  Duponchel. 

—  Durand  (l'abbé).  —  Durassier.  —  Durieux.  —  Durouchoux.  — 
DuTal  (Ferdinand).  -^  D'Ëichtal  (Gustave).  «^  fianault  Pelirie.  — 
Fauqueux  <Gh.)>  ^  Pducher  de  Careil  (comte)  -«-Fouriiier  (Félix). 
-— Frénlte;  -^  Garnièr  (Juleft).  -^  Genneval.  -*  Gibert.  •*•  Gold- 
ârrlklt  (Frédéric).  —  Goybet.  -*-  Grandidier  (Alfred).  -^  Grasseti-^ 
Qnuiani.  -**•  Gi'uby  (docteur).  —  Guérin(V.)*  «^  Guibal.  —  Hadu- 
«and.  ♦*-*  Harœand.  —  Henneguy  (Félix). -^Houiel.  —  HUber(W.). 
-►^  Haet.  •—  Hugon.  —  J.  —  J.  —  Jâgencfamidt.  *—  De  Jandgny. 
•-*►  JaKoa  (E.).  •**  Juglar.  -—  Kermaingan  (de).  «^  Koch»  —  De  La- 
teiotbe.  -^Laihy  (Dmest).  **^  Larrey  (baron).  «^  Le  Lasseur  (ba- 
roti).  -^  Lemaitre.  ***•  Lemay  (Gaston).  «^  Lemerder  (Abel).  •*- 
Lépine.  «^  Leudrior.  •««  Levasseur*  -*^  Likhatohof  (vice^amiral).  •*«- 
Logeard.  —  Lunyt.  —  Luze  (Ed.  de).  —  Madeleine  (de  là).  —  Malte- 
Brun.  -^  Mandrot.  ****-  Marche.  «**•  Martin  (W.).  *«^Massôn  (E.).  — 
Haler  (S.).  ^  Matiry  (Alfred).  ^  Maie  (H.).  ^  Mégemont.  — 
Meigneii  (pèpe)«  *-^  Meignea  (fila).  -^  Meissas (Gaston) .  ^  Meissas 
(l'abbé).  -^  Meurand  (Gh.).  -*  Meyners  d'ËtIrey  (comte).  —Mira- 
baud  (H.)*  ^^  Mirabaud  (li^nl).  -^  Molins  (marquis  de).  «^  Morel 
d*Ariettx  (Félix).  —  More!  d'Arieux  (Paul).  —  Morel  (Hercule).  — 
Mnsy.  ^N.  et  J.  ^  De  Neuftille.  ^  Nielli.  ^  Noël  (Léon).  -^  Oli- 
vier. —  Oppenbeimcr.  -«•  Paolucd  délie  Roncole  (marquis  de).  ^ 
hiri«y.  *^  Parmentier  (généra}).  *-^  Peghoux.  •***  Pdet.  —  Perin 
(Georges),  —  Perrier  (commandant).  —  Perrier  (Georges).  —  Pey. 
*—  Peyflir.  —  Pichon.  —  Pigeonneau.  --  Pinet.  —  De  Quatrefsgês. 
~-R.  (E.).— R.  (H.).  —  Raulet.  —  Redonnet.  —Reille (baron).  — 
Rennes.  —  Reushaw.  —  Riant  (comte).  —  Rimbault.  —  Roche  (J.). 

—  Saint- Joseph  (baron  de).  —  Saint^Senoch  (H.  de).  —  Sarorgnan 
de  Braaia. — 1\iyior  (baron).  —  Telfener  (comte).  —  Tbenart  (baron). 

—  Thierry.  —  Koechlin-Tliomas.  —  Tolhausen.  —  Tolmer.  — 
Tournafottd.  —  Trotabas.  —  Turenne  (marquis  de).  —  Varennes.  — 
Vaux  (C.  A.).  —  Vossion.  —  X.  —  X.  —  X.  —  X.  —  X.  —  X. 


ACTES  DE  LA  SOCIÉTÉ 


EXTRAIT  DES  PROCÈS-VERBAUX  DES  SÉANCES  « 


Séance  du  5  novembre  1880. 

PRÉSIDENCE  DE  M:  A.  GRANDIDIER. 

Le  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  lu  et  adopté. 

Le  président  a  le  regret  d'apprendre  à  la  Société  la  mort  de  M.  J. 
Labarthe,  de  l'Institut,  dont  le  nom  figurait  depuis  1830  sur  la  liste 
des  membres  de  la  Société.  —  Il  fait  également  part  de  la  mort  de 
M.  Erhard,  le  graveur  géographe  bien  connu,  décédé  à  cinquante- 
neuf  ans,  après  une  courte  maladie.  La  Société  perd  en  lui  un 
membre  dévoué  et  un  artiste  habile.  C'est  à  lui  que  l'on  doit  un 
procédé  électro-chimique  qui  permet  de  transporter  sur  cuivre  une 
carte  gravée  sur  pierre.  M.  Erhard  lègue  à  la  Société  une  rente  de. 
150  francs  destinée,  d'après  les  intentions  du  donateur,  à  la  fon- 
dation d'un  prix  annuel.  Des  remerciements  seront  transmis  à  la 
famille  de  M.  Erhard. 

Le  secrétaire  général  donne  lecture  de  la  correspondance. 

M.  Dumaine,  éditeur,  fait  hommage  à  la  Société  d'un  ouvrage  du 
capitaine  Le  Marchand  sur  la  campagne  des  Anglais  en  Afghanistan. 
—  M .  Barbie  du  Bocage  remercie  la  Société  du  témoignage  de  sym- 
pathie que  le  Conseil  lui  a  adressé  pendant  une  grave  maladie  qu'il 
vient  de  traverser.  —  Le  comte  Léopold  Hugo  transmet  des  renseigne- 
ments sur  les  diverses  branches  de^  sciences  et  des  appareils  géogra- 
phiques de  l'Exposition  de  Bruxelles.  11  appelle  notamment  l'attention 
sur  le  musée  commercial  organisé  par  les  soins  du  Ministère  des 
Affaires  étrangères  de  Belgique.  Le  comte  Hugo  fait  don  d'un  exem- 
plaire du  catalogue  de  ce  musée. — M.J.  van  Maunen,  à  Salatiga(Java), 
adresse  à  la  Société  un  échantillon  de  ramie  préparée  par  un  procédé 
dont  il  est  l'inventeur.  Ce  procédé  consiste  à  dégager  la  tige  de  son 
bois  au  moyen  d'une  décortiqueuse  et  à  faire  subir  ensuite  à  l'écorce 
un  lavage  et  un  travail  spécisd,  sans  l'emploi  de  substances  qui  puis- 
sent nuire  aux  ouvriers  et  au  textile. 

Le  procédé  ne  donnerait  aucune  perte,  serait  extrêmement  rapide 
et  véritablement  industriel. 

1.  Rédigés  par  le  docteur  Ilarmand. 


SÉANCE  DU  5  NOVEMBRE   1880.  573 

Le  docteur  Harmand  fait,  à  ce  propos,  observer  que  la  grande  dit-- 
ûculté  qui  a,  jusqu'ici,  an*été  l'essor  du  textile,  si  remarquable  par  • 
sa  ténacité,  la  longueur  et  le  brillant  de  ses  fibres,  est  précisément  • 
le  manque  d'une  bonne  décortiqueuse.  Le  problème  est,  paralt-il, 
fort  compliqué,  puisque  le  prix  de  125000  francs  proposé  pour  cet 
objet  par  les  Anglais  depuis  plus  de  dix  ans,  n'a  pas  encore  été  dis- 
tribué. Mais  la  solution  est  aujourd'hui  trouvée.  M.  Labérie,  à  Mon- 
treuil,  possède  dès  à  présent  une  machine  qui  ne  laisse  rien  à  dé- 
sirer, et  la  filasse,  immédiatement  blanchie,  est  prête  à  être  filée. 
Les  produits  obtenus  à  l'aide  de  la  machine  et  du  traitement  Labérie 
semblent  au  docteur  Harmand  supérieurs  au  présent  échon. 

BI.  Horace  de  Ghoiseul,  sous-secrétairé  d'État  aux  Afiaires  étran- 
gères, communique  à  la  Société  une  lettre  de  M.  Ledoulx,  consul 
de  France  à  Zanzibar,  sur  la  situation  des  explorateurs  européens 
dans  le  centre  de  l'Afrique.  Vers  la  fin  d'août,  M.  Ledoulx  avait 
appris  que  trois  des  membres  de  l'expédition  du  capitaine  belge 
Ramaekers  étaient  atteints  par  la  fièvre.  M.  de  Meuse,  photographe, 
avait  été  aussi  obligé  de  quitter  ses  compagnons  de  route  à  trois 
jours  de  M'pouapoua,  pour  se  faire  transporter  à  la  côte.  M.  de 
Meuse  a  laissé  le  capitaine  Bloyet  à  Gondoa  assez  gravement  ma- 
lade et  ans  l'impossibilité  d'entreprendre  un  voyage  de  retour. 
M.  Hore,  missionnaire  protestant,  a  fait  parvenir  à  M.  Ledoulx 
différents  objets  ayant  appartenu  à  l'abbé  Debaize.  La  Société  bi- 
blique de  Londres  venait  d'envoyer  à  Zanzibar  quatre  nouveaux 
missionnaires  ;  l'un  d'eux  restera  à  Zanzibar  ;  les  trois  autres  se 
préparent  à  gagner  Ujiji.  Une  lettre  reçue  le  matin  même  par 
M.  Ledoulx  (10  septembre)  lui  annonce  le  rétablissement  du  capi- 
taine Ramaekers  et  de  son  compagnon,  M.  de  Leu.  Par  contre,  la 
santé  de  M.  Bloyet  donne  encore  des  inquiétudes. 

Le  secrétaire  général  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  de  Ujfalvy, 
datée  de  Omsk  (25  septembre  1880),  et  qui  contient  des  renseigne- 
ments sur  deux  voyages  d'exploration  entrepris  cet  été  par  l'initiative 
du  général  Kaznakof,  gouverneur  général  de  la  Sibérie  occidentale. 
Le  topographe  Khandachefsky  a  exploré  la  partie  septentrionale  du 
gouvernement  de  Tobolsk,  région  à  peu  près  inconnue.  Ce  voya- 
geur a  suivi  le  cours  de  l'Obi  jusqu'à  Obdorsk,  sur  le  cercle  po- 
laire, puis  il  a  remonté  la  rivière  Poluî,  dont  il  a  quitté  le  cours  à 
70^  de  longitude  est,  pour  suivre  la  vallée  du  Nadym  et  celle  de  la 
rivière  Anoukcjalou.  Son  voyage  a  eu  des  résultats  scientifiques 
intéressants.  Chez  les  Samoyèdes  de  l'estuaire  de  l'Obi,  il  a  constaté 
rexisteiice  d'idoles  en  pierre;  les  idoles  en  bois  avaient  seules  été 
signalées  jusqu'ici.  Le  général  KaznakofT  a  conçu  le  projet  d'établir 


574  PR0Cà9<>TKRBADX. 

une  colonie  pour  exploiter»  imti  1»  vellée  du  Nadym,  des  forôts  su- 
perbes de  conifères,  découvertes  par  M.  KhAndacbefsky. 

Le  général  de  Kasnakoff  a  fait  explorer  aussi  la  ateppe  Kirghiae 
jusque  dans  le  Turkestan,  H.  Balkhaelûne  devait  y  poursuivre  dea 
recherehes  ethnographiques  et  étudier  )a  possibilité  d*établir  uqti 
communioation  à  travers  la  steppe.  Les  conoIuMona  du  voyageur 
sont  favorables  et  peuvent  avoir  de  Timportanoe  pour  )e  tracé  d'ttn 
chemin  de  fer  central-asiatique,  La  voie  roQonnue  par  M.  Galkha^ 
chine  présenterait  le  double  avantage  de  rattaohcr  4  la  màre-^atrie 
les  deux  centres  administratifs  d'Omsk  et  de  Tachkand,  et  de  tPft»- 
verser  la  région  houillère  du  Karalau. 

M.  Wyse  communique  des  extraits  d'une  lettre  de  M.  Wlenar, 
qui  vient  de  relever  le  cours  du  Napo,  affilient  da  VAmaxone,  et  de 
compléter,  en  traversant  l'Amérique  centrale,  Tétude  d'un  itinéraire 
ort  important. 

M.  de  Quatrefages  entretient  la  Société  des  découvertes  de 
M*  D.  Charnay  au  Mexique;  elles  sont  en  oe  mement  l'ot^jet  d'une 
vive  polémique  entre  les  savants  américains.  Au  Mexique,  on  n'hé- 
site pas  à  leur  reconnaître  une  importance  des  plus  coniidérahlei. 
Les  ruines  explorées  par  M.  Charnay  ont,  sans  doute,  servi  de  tout 
temps  de  refuge  contre  des  enqemis  divers.  M.  Charnay  y  a  trouvé 
des  restes  d^ndustries  d'un  dessin  et  d'une  forme  très  remarquablesj 
comme,  par  exemple,  le  dessin  colorié  d'une  coupe  antérieure 
à  la  conquête  espagnole,  une  téta  de  guerrier,  etc.  11  y  a  six 
ou  sept  conta  objets,  tous  plus  intéressants  les  uns  que  les 
autres. 

M.  Charnay  a  ensuite  exploré  rancienae  cité  de  Tula,  qui  fut» 
pendant  trois  siècles,  la  capitale  des  Toltèques.  Dès  le  début  de  tes 
explorations,  il  a  rencontré  dea  restes  très  importants,  des  maisons, 
des  palais  d'une  disposition  frappante.  Les  ensembles  de  chambres 
ne  communiquent  entre  eux  que  par  dea  oeuloira  en  labyrinthe, 
rappelant  à  M.  de  Quatrefages  le  plan  de»  bâtiments  observés  par 
M.  Guillemin  Tarayre,  au  nord  de  rAnahaae,et  dea  plana  d'autres 
ruines  du  Pérou,  ce  qui  établirait  des  rapports  presque  certains  et 
suivis  entre  les  deux  Amériques. 

A  Tula,  M.  Charnay  aurait  trouvé  -^  ce  qui  mérite,  vu  ]'étrani> 
geté  du  fait,  une  confirmation  —  des  faïences  et  des  porcelaines  du 
Japon,  des  colonnes  avec  chapiteaux  sculptés,  du  verre  et  du  fer 
travaillé,  c'est-à-dire  des  restes  d'industries  regardées  jusqu'ici 
comme  absolument  étrangères.  11  a  rencontré  aussi  des  os  de  grands 
ruminants.  Or,  on  sait  que  les  Espagnols  n'ont  pas,  à  leur  arrivée, 
trouvé  de  grands  ruminants  en  Amérique  (sauf  Je  bison,  le  lama  et 


^^ 


SÉANCE  DU  5  NOVEMBRE   1880.  575 

le  mouflon  des  Montagnes  Rocheuses).  Les  os,  examinés  par  un 
professeur  de  Mexico,  se  rapporteraient  à  des  chevaux,  des  bœufs, 
des  moutons  et  des  lamas.  Enfin,  M.  Gharnay  nous  dit  que  les  jouets 
des  enfants  représenteraient  des  chariots,  ce  qui  suppose  néces- 
sairement, chez  les  parents,  la  présence  d'animaux  domestiques 
employés  comme  instruments.  Tous  ces  faits  ouvrent  de  nouveaux 
aperçus  sur  l'histoire  de  ces  régions.  Le  Muséum  attend  du  voyageur 
de  nombreuses  caisses,  dont  le  contenu  établira  la  portée  des  dé- 
couvertes de  M.  Gharnay  et  permettra  de  préciser  les  dates  aux- 
quelles il  faut  rapporter  ces  débris. 

M.  P.  Toumafond  a  reçu  du  P.  Colombe,  mariste,  pour  Toffrir  à 
la  Société,  un  dictionnaire  samoa-français-anglais.  Cet  ouvrage  a  con- 
couru pour  le  prix  Volney.  Le  P.  Colombe  annonce  qu'il  a  en  pré- 
paration des  vocabulaires  tonga-français-anglais  de  Balade,  des 
Fidji,  de  la  Nouvelle-Zélande  et  des  lies  Salomon,  toujours  français- 
anglais  . 

M.  le  lieutenant-colonel  Perrier  dépose  sur  le  Bureau  les  derniers 
fascicules  du  Mémorial  du  Dépôt  de  la  guerre,  donnant  les  calculs 
et  les  méthodes  qui  ont  servi  à  déterminer  la  position  fondamentale 
d'Alger,  les  travaux  établis  aux  stations  astronomiques  de  Bône  et  de 
Nemours,  ceux  qui  ont  été  exécutés  à  Biskra,  Laghouat,  Gery  ville,  etc. 
Les  voyageurs,  avant  de  se  lancer  dans  le  désert,  pourront  dé- 
sormais régler  leurs  instruments  d'une  façon  précise.  Ces  fascicules 
contiennent  aussi  des  considérations  mathématiques  sur  la  trans- 
mission électrique  des  signaux. 

M.  Daubrée  attire  l'attention  de  la  Société  sur  quarante-un  pano- 
ramas photographiques  des  Alpes,  exécutés  à  l'aide  de  procédés  ri- 
goureux, par  M.  Civiale.  —  Il  offre  son  discours  sur  Descartes,  con- 
sidéré comme  initiateur  de  la  géologie  et  de  la  cosmologie,  et  qui 
a,  le  premier,  rattaché  les  aspérités  du  sphéroïde  terrestre  à  l'action 
de  la  chaleur  centrale,  devançant  ainsi  de  beaucoup  son  époque. 

Le  secrétaire  général  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  Wiener, 
vice-consul  de  France  à  Gayaquil,  qui  vient  de  lui  être  remise  ; 
elle  est  datée  du  Para  (10  octobre  1880).  M.  Wiener  annonce  qu'il 
vient  de  traverser  l'Amérique  méridionale  dans  sa  plus  grande  lar- 
geur, suivant  un  itinéraire  presque  rectiligne  de  l'ouest  à  Test,  sous 
une  latitude  qui  ne  varie  guère  que  de  la  ligne  au  3°  de  latitude 
sud,  et  qui,  d'après  lui,  constitue  le  premier  itinéraire  complet  à 
travers  l'Amérique  équatoriale.  M.  Wiener  quittera  le  Para  sous  peu 
de  jours  pour  retourner  à  son  poste,  en  traversant  de  nouveau  tout 
le  continent.  Il  espère  entrer  dans  le  Huallaga  et  passer  la  Cordil- 
lère au  nord-ouest  de  Jaen. 


576  PROCÈS-VERBAUX. 

Le  docleur  Harmand  annonce  à  la  Société  qu'il  a  été  autorisé  à 
commencer,  au  Musée  des  colonies,  une  série  de  conférences  sur 
les  colonies  françaises. 

M.  Simonin  fait  ensuite  une  communication  sur  les  travaux  et  les 
ports,  sur  la  transformation  des  rivières  de  la  Clyde  et  de  la  Tyoe. 
11  fait  ressortir  la  supériorité  que  les  Anglais  ont  sur  nous  dans  ce 
genre  de  travaux. 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerts. 

Il  est  procédé  à  l'admission  des  candidats  inscrits  sur  le  tableau 
de  présentation  à  la  dernière  séance.  Sont,  en  conséquence,  admis 
à  faire  partie  de  la  Société:  MM.  Eugène  Plazolles,  ingénieur  civil, 
entrepreneur  du  chemin  de  fer  de  Porto-Alègre  à  Uruguayana 
(Brésil)  ;  —  Michel  Lelong,  capitaine  d'artillerie  ;  —  Ernest  Liédot, 
sous-chef  du  contentieux  au  chemin  de  fer  d'Orléans;  —  le  vicomte 
Maurice  d'Auxais,  secrétaire  titulaire  à  la  direction  de  l'intérieur,  à 
Saigon  ;  —  Alban  Fournier,  docteur  en  médecine  ;  —  Charles  Austin; 
—  Ëmile-Désiré  Kractzer,  consul  de  France  ;  —  Jean  Bertot,  archi- 
tecte ;  —  le  baron  Godefroy  de  Villebois  ;  —  Léon  Philos  ;  —  le 
docteur  Le  Prieur,  médecin-major  de  1"  classe  au  175^  régiment  de 
chasseurs  ;  —  Léon  Vuaflart,  agent  de  change  ;  —  Thomas  Auge 
capitaine  au  long  cours,  armateur;  —  Jean-Marie  Orcel,  capitaine 
au  22*  régiment  d'artillerie;  —  Charles  Cachet. 

Sont  inscrits  au  tableau  de  présentation  pour  qu'il  soit  statue 
sur  leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  Maurice  Muret,  pré- 
senté par  MM.  Genissieu  et  Paul  Mirabaud;  —  Henri  Loiseau,  pré- 
senté par  MM.  Henri  et  Paul  Mirabaud;  — le  comte  de  Longjumeau- 
Norreys,  présenté  par  MM.  Louis  Deville  et  Malte-Brun  ;  —  le  comté 
Molitor,  conseiller  général  de  Meurthe-et-Moselle,  présenté  par 
MM.  les  vicomtes  Henri  et  Arthur  de  Bizemont;  —  Albert  Verillon, 
directeur  de  la  compagnie  de  la  Côte-d'Or  d'Afrique  ;  Ernest  Bassol, 
secrétaire  de  la  compagnie  de  la  Côte-d'Or  d'Afrique;  Paul  Tliié- 
bault,  agent  comptable  de  la  compagnie  de  la  Côte-d'Or  d'Afrique, 
présentés  par  MM.  Henri  Noirot  et  Maunoir;  —  Louis  Outrebon, 
présenté  par  MM.  Maunoir  et  Malte-Brun;  — le  docteur  G.  Nepveu, 
chef  de  laboratoire  à  la  Faculté  de  médecine,  présenté  par  MM.  le 
vice-amiral  de  La  Roncière-le  Nôury  et  Maunoir;  —  Saillenfest  de 
Sourdeval,  capitaine  d'infanterie,  attaché  à  la  mission  du  Haut- 
Sénégal  et  du  Niger,  présenté  par  MM.  Lucien  Dubois  et  Maunoir; — 
Paul  Firmin-Didot,  présenté  par  MM.  William  Martin  et  Maunoir; — 
Jean-Baptiste  Lanvin,  présenté  par  MM.  Anatole  Tardiveau  et  Mau- 
noir; —  Joseph  Joubert,  présenté  par  MM.  le  vice-amiral  de  La 
Uoncière-le  Noury  et  Maunoir;  —  Adolphe  Mathieu,  capitaine  de 


'SÉANCE  DU  19  NOVEMBRE  1880.  577 

vaisseau,  commandant  le  Rhin;  Emmanuel  de  Kernafflen  de  Kergos, 
enseigne  de  vaisseau,  présentés  par  MM.  le  docteur  Gauvin  etMaunoir. 
La  séance  est  levée  à  dix  heures  un  quart. 


Séance  du  19  novembre  1880. 

PRÉSIDENCE   DE  M.  A.  GRANDIDIER« 

Le  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  lu  et  adopté, 
€  Messieurs,  dit  ensuite  le  Président,  la  lettre  de  convocation 
que  vous  avez  reçue  vous  a  appris  que  nous  aurons  tout  à  Theure 
le  plaisir  d'entendre  le  récit  du  voyage  que  MM.  Zweifel  et  Mous- 
tier  ont  si  heureusement  mené  à  bonne  fin.  —  Vous  n'ignorez  pas 
que  cette  expédition  a  été  entreprise  sui*  Tinitiative  et  aux  frais  d'un 
négociant  de  Marseille,  M.  Verminck,  qui  possède  d'importantes 
factoreries  à  Sierra  Leone.  —  t  Bien  que  le  but  de  ce  voyage,  — 
écrivait  au  commencement  de  1869  M.  Verminck  à  M.  Zweifel  en 
lui  donnant  ses  instructions,  —  soit  tout  à  la  fois  géographique  et 
commercial,  n'oubliez  pas  que  c'est  la  découverte  des  sources  du 
Niger  que  vous  devez  avoir  principalement  en  vue  >  ;  —  et  un  peu 
plus  loin,  il  ajoutait  :  —  c  Si  l'expédition  réussit,  je  désire  que  la 
France  soit  la  première  à  en  profiter.  >  —  Ce  sont  là  de  dignes 
paroles,  et  puisque  M.  Verminck  est  aujourd'hui  au  milieu  de  nous, 
je  suis  heureux  de  me  faire  l'interprète  des  sentiments  unanimes 
de  la  Société  en  applaudissant  à  la  pensée  généreuse  qui  lui  a  fait 
ainsi  envoyer  M.  Zweifel  à  la  recherche  de  l'inconnu  au  grand  bé- 
néfice des  sciences  géographiques.  Puisse  cet  exemple  trouver  en 
France  de  nombreux  imitateurs  !  > 
Lecture  est  donnée  de  la  correspondance. 
M.  Bertaut  remercie  de  son  admission.  —  Le  secrétaire  général 
donne  communication  d'une  lettre  de  la  préfecture  de  la  Seine,  qui 
annonce  que  M.  Renouard,  greffier  de  la  justice  de  paix  à  Orléans, 
a  fait  un  legs  de  1500  francs  à  la  Société.  —  Des  reraercîments 
seront  adressés  à  la  famille. 

L'amiral  Mouchez,  de  l'Institut,  Directeur  de  l'Observatoire, 
envoie  sa  note  à  l'Académie  des  Sciences  sur  la  constatation  qui  a 
été  faite  de  l'exactitude  de  ses  déterminations  de  positions  géogra- 
phiques à  la  côte  du  Brésil. 

M.  Drapeyron  adressé  un  article  de  la  Revue  géographique,  où  il 
traite  des  rapports  de  l'histoire  et  de  la  géographie. 
M.  Maurice  Déchy  fait  hommage  d'un  certain  nombre  de  vues 

soc.  DE  GÉOGR.  —  DÉCEMBRE  1880.  XX.  —  36 


57g  PROCfeS-VERBAUX. 

ohotemphiqiieê  ëe  TUimalaya,  recueillies  au  cours  de  son  yoy^e. 

La  Société  de  géogra|khie  d'Amsterdam  fait  don  à  la  Société  d'une 
série  de  vues  et  de  planches  des  momuneats  de  Boro-Boudour. 

M  Weyprecht  envoie  le  protocole  de  la  conférence  polaire  inter- 
nationale tenue  à  Hambourg  en^ctobre  1879,  et  un  numéro  de  la 
Nme  freie  Fmse  contenant  un  exposé  d^s  résolutions  de  la  seconde 
conférence  tenue  à  Berne  en  août  1880,  les  protocoles  de  cette  der- 
nière  n'étant  pas  encore  complètement  rédigés.  M.  Weyprecht 
exprime  le  vif  regret  qu'on  ne  puisse  guère  compter  voir  la  France 
prendre  part  â  une  entreprise  polaire  internationale.  A  la  France, 
dit-il  reviendraient  plutôt  les  rechm-ches  dans  les  riions  an- 
tarctiques îl  serait  facile  et  relativement  fen  cw\teux  d'établir  une 
station  d'observation  aux  îles  Kerguelen,  ou  à  quelqu'fle  plus  au 

sud,  pendant  une  année. 

le  Ministre  des  Affaires  étrangères  adresse,  en  communicatiofl, 
une  lettre  de  M.  Wiener,  datée  du  Para,  le  9  octobre  1880.  C'est  m 
rapport  sommaire  surle  voyage  qu'il  vient  d'accomplir  en  Amérique 
éauatoriaVe,  dont  il  a  déjà  été  question  à  la  précédente  séance. 
M  Wiener  divise  ses  renseignements  en  trois  groupes  :  1«  l'étude 
du  Rio  Napo  au  point  de  vue  géographique;  «<>  Timportance  de  cette 
élude  au  point  de  vue  commercial;  »•  les  données  statistiques  sur 
le  commerce  amazonien  et  leurs  relations  avec  Texpi^rlatioii  at  la 

navigation  françaises.  .    ,    « 

M  Wiener  s'est  proposé  non  seulement  de  parcowir  le  Hapo, 
mais  encore  de  rattacher,  par  des  études  supplémenteiw,  le  tracé 
de  ce  cours  d'eau,  d'une  part  au  principal  oewtre  de  i'Eipiatcur,  h 
ville  de  Quito,  et  de  l'autre  à  l'Amaxone. 

Le  président  prie  M.  le  docteur  Hainy  de  donner  k  l'Assemblée 
quelques  détails  sur  les  monuments  de  BoiMhBoudoiir.  Le  docteur 
Hamy  expose  les  efforU  heureux  du  gouveraerneat  hollandais  pour 
la  publication  de  ces  immenses  bas-rettefs,  d'un  «i  graod  intérêt 
nort  seulement  pour  l'histoire  de  Java  môme,  mais  poar  les  rap- 
prochements qu'on  peut  en  tirer  parla  comparaison  avec  les  monu- 
ments  de  Hnde  et  de  rindo-Chinc.  Le  magnifique  oufrage  où  sont 
exposés  les  résultats  des  recherches  et 4Jes  trawux  sur  ^xmtoSouûùw 
comprend  cinq  parties  de  descripUoo  générale.  ^  Description  des 
l>as-reliefe,  —  DcsUnalion  du  temple.  —  Gonwdération  sur  l  époque 
de  son  érection  et  sur  les  statues  du  Bouddha  qu  H  renferme.  — 
Élude  artistique  et  ethnographique  du  monument.  L'atlas  se  cobb- 
pose  do  373  pi.  in-W.  -  U  sérail  bien  désirable  ifue  la  France  lîl 
entreprendre  des  IraTtux  analogues  sur  les  monumenU  du  Cam- 
bodge. 


SÉANCE  DU  19  NOVEMBRE  1880.  579 

Le  secrétaire  général  rectifie  une  regrettable  omission  qui  s'est 
glissée  dans  le  compte  rendu  de  la  séance  de  réception  du  profes- 
seur Nordenskiôld  ;  il  n*y  a  pas  été  fait  mention  de  la  présence  à 
cette  réception,  de  M.  Gabriel  Gravier,  Président  et  représentant  de 
la  Société  normande  de  Géographie. 

Le  secrétaire  général  donne  lecture  de  quelques  extraits  d'une 
lettre  du  colonel  Flatters,  en  mission  au  Sahara(Renvoî  au  Bulletin). 

Le  président  annonce  à  ÎAssemblée  qu'elle  va  avoir  le  plaisir 
d'entendre  le  récit  du  voyage  de  MM.  Zweifel  et  Mojistier  aux  sources 
du  Niger. 

M.  Duveyrier  expose  la  question  des  sources  du  Dhiôli«ba  (Niger) 
(Renvoi  au  Bulletin). 

M.  Zweifel  a  la  parole  pour  exposer  l'historique  et  les  résultats 
du  voyage.  Le  docteur  Harmand  donne  ensuite  lecture  du  manuscrit 
de  M.  Zweifel  qui  contient  de  nombreux  et  très  intéressants  rensei- 
gnements sur  les  mœurs  desTimmei,  les  difficultés  rencontrées  par 
les  voyageurs,  et  les  causes  qui  ont  interdit  aux  deux  voyageurs  de 
se  rendre  à  la  source  même  du  Tembi,  tête  de  la  Grande  rivière. 
Mais  ils  ont  pu  voir  le  point  même  d'où  elle  s'échappe,  au  pied  de 
trois  mamelons  granitiques,  qui  sont  représentés  sur  un  grand 
tableau  exposé  dsins  la  salle. 

A  la  suite  de  cette  communication  qui  est  accueillie  par  les  plus 
chaleureux  applaudissements,  le  Président  s'exprime  ainsi,  en 
s'adressant  aux  deux  explorateurs  : 

€  Monsieur  Zweifel  et  Monsieur  Moustier,  je  vous  félicite  au  nom 
de  la  Société  de  Géographie  de  la  persévérance  et  du  courage  dont 
vous  avez  fait  preuve  au  milieu  des  difficultés  sans  nombre  et  des 
dangers  que  vous  avez  rencontrés  presque  à  chaque  pas  dans  l'ac- 
complissement de  votre  mission,  —  et  nous  applaudissons  tous 
avec  bonheur  à  votre  succès  si  mérité.  Vous  retournez  dans  quel- 
ques jours  en  Afrique,  où  l'avenir  vous  réserve  probablement  de 
nouvelles  découvertes;  soyez  sûrs  que  nos  vœux  vous  y  accompa- 
gneront, et  que  nous  suivrons  vos  effort  avec  le  plus  vif  intérêt. 

€  J'ajouterai  que  M.  le  Ministre  de  l'instruction  publique,  dans  sa 
sollicitude  éclairée  et  toiyours  en  éveil  pour  le  progrès  des  décou- 
vertes géographiques,  vous  a  décerné,  par  arrêté  en  date  de  ce 
jour,  les  qualités  d'officiers  d'académie,  et  qu'il  a  chargé  la  Société 
de  Géographie  de  vous  en  remettre  les  insignes.  > 

Le  Président  remet  à  chacun  des  voyageurs  ses  insignes  et  son 
diplôme  d'Officier  d'académie. 

Lecture  est  donnée  de  la  liste  des  ouvrages  offerts. 

Il  est  procédé  à  l'admission  des  candidats  inscrits  sur  le  tableau 
de  présentation  à  la  dernière  séance.  Sont,  en  conséquence,  admis 


580  PROCÈS- VERBAUX . 

à  faire  partie  de  la  Société  :  MM.  Maurice  Muret;  —  Henri  Loiseau; 

—  le  comte  de  Lonjumeau-Norreys;  —  le  comte  Molitor,  conseiller 
général  de  Meurlhe-et-Moselle;  —  Albert  Verillon,  directeur  de  la 
compagnie  de  la  Côte-d*Or  d'Afrique;  —  Ernest  Bassot,  secrétaire 
de  la  compagnie  de  la  Côte-d'Or  d'Afrique;  —  Paul  Thiébault, 
agent  comptable  de  la  compagnie  de  la  Côte-d'Or  d'Afrique;  — 
Louis  Outrebon  ;  —  le  docteur  Nepveu,  chef  de  laboratoire  à  la 
Faculté  de  médecine  ;  —  Saillenfest  de  Sourdeval,  capitaine  d'in- 
fanterie, attaché  à  la  mission  du  Haut-Sénégal  et  du  Niger  ;  —  Paul 
Firmin-Didot;  —  Jean-Baptiste  Lanvin;  —  Joseph  Joûbert;  — 
Adolphe  Mathieu,  capitaine  de   vaisseau,  commandant   le   Rhin; 

—  Emmanuel  de  Kernafflen  de  Kergos,  enseigne  de  vaisseau. 
Sont  insctits  au  tableau  de  présentation  pour  qu'il  soit  statué  sur 

leur  admission  à  la  prochaine  séance  :  MM.  Jules  Badin,  chef  de 
bureau  au  Ministère  de  l'Intérieur,  présenté  par  MM.  Foncin  et 
Armand  Colin; — le  commandant  Narcisse-Emile  Nouvel  Ion,  chargé 
du  bureau  de  recrutement  de  la  subdivision  de  Goulommiers,  pré- 
senté par  MM.  Ernest  Delpon  et  Mauooir;  —  Napoléon  Kœchlia, 
présenté  par  MM.  James  Jackson  et  Ernest  Bongrand; — Jules  S.  de 
Blêmont,  présente  par  MM.  Jameç  Jackson  et  Herman  de  Glermont; 

—  le  lieulenanl-colouel  Paul-François-Xavier  Flalters,  présenté  par 
MM.  le  vice-amiral  de  La  Roncière-le  Noury  et  Maunoir;  -;—  A.  de 
Faymoreau,  propriétaire,  présenté  par  MM.  le  docteur  Harmand  et 
le  commandant  Delagrauge;  —  Carré  de  Malberg,  lieutenant-colonel 
d'élal-mîyor  en  retraite,  présenté  par  MM.  Maunoir  et  Daubrée;  — 
Prosper  Ferrouillat,  syndic  de  la  presse  départemeotale,  présenté 
pai*  MM.  Kunckel  d'Herculais  et  le  docteur  Harmand;  — Eugène- 
MuDer  Soelméo,  propriétaire,  présenté  par  MM.  Ernest  Bongrand  et 
Jacob  de  Neufville. 

La  séance  est  levée  à  10  heures  et  demie. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ 


Séance  du  19  mars  1880. 
Publications  de  l'Hydrographic  Department,  âdmiralty. 

Richard  Hoskyn.  —  Sailing  directions  for  the  coasl  of  Ireland.  Part.  II. 
Second  édition.  London,  1878.  1  vol,  in-8°. 

E.  J.  Bedfobd.  —  Sailing  directions  for  the  Bristol  Channel.  Third 
édition.  London,  1879,  1  vol.  in-S**. 

The  Ghina  sea  directory.  —  Vol.  II.  Second  édition.  London,  1879.  1  vol 
in-8«. 

Australia  directory.  Vol.  II.  édition.  London,  1879.  1  vol.  in-8o. 

H.  R.  Harris.  —  Tide  tables  for  the  British  and  Irish  ports,  for  the 
year  1880.  London,  1  vol.  in-S". 

Tiic  Admiralty  list  of  lightj  in  the  British  Islands,  in  the  North  Sea,  the 
Baltïc  and  the  White  seas.  On  the  horth  and  west  coasts  of  France, 
Spain,  and  Portugal.  Azores,  Madeira,  Ganary  islands,  etc.  In  the  Medite- 
raneac,  Black  and  Azof  seas,  and  gulf  of  Suez.  In  the  United  States  of 
America.  On  the  coast  and  lakes  of  British  Norlh  America.  In  the  West 
India  Islande  and  adjacent  coasts.  On  the  west,  soulh,  and  south-east 
coasts  of  Africa,  Madeira,  Ganary  islands,  etc.  In  South  America,  wes- 
tern coasts  of  North  America,  Pacific  islands,  etc.  In  South  Africa.  East 
Indies,  Ghina,  Japan,  Australia,  Tasmnnia,  and  New  Zcaland.  Gorrected 
to  31  st  dccember  1879.  London,  1880. 10  Broch.  in-8«. 

Admiralty  ca/alogue  of  charts,  plans,  and  sailing  directions.  London, 
1879.  1  voL  in-8o. 

Gharts  :  N««  57,  201,  233,648,  661,  664,668,  695,  711,  718,  815,  852,  853, 
860,  873,  774,  875,  884,  896,  897,  952,  1037,  1038,  1056,  1192,  1314, 
1771,  1845,  2052,  3323, -^324,  3619,  2691,  2762.  35  feuilles. 

Hydrographic  Department,  Admiralty. 

Adolf  Bernhard  Meyer.  — Ausziigeaus  den  aufeiner  Ncu-Guinea  Reise 
im  Jahre  1873,  gefiihr  len  ïagebiichern,  Dresde,  1875.  1  vol.  in-f\ 

Auteur. 

L'exploraicnr,  qui  avait  l'ethnographie  pour  objectif,  a  visité  plusieurs  points  de  la 
baie  du  Geelwink;  il  a  fait  de  fructueuses  ascensions  dans  les  Monts  Arfak  et  n 
traversé  le  continent  Guinéen  dans  l'Isthme  forme  par  le  Mac  Glucr  Julet.  11  a 
visité  les  îles  de  Jobi,  Mysore,  etc.  —  Gartes. 

U.  S.  GOAST  AND  Geodetic  Survey,  WASHINGTON.  —  Pacific  coast  pilot, 
coasts  and  islands  of  Alaska.  Second  séries.  Washington,  1879.  1  vol. 
in-4*.  Garlile  P.  Patterson 


582        OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

Robert  G.  Carrihgton.  —  Lisl  of  light-houses  and  light-yesscU  in  BriUsh 
India,  includlog  tbe  Red  sea  and  coast  of  Arabia.  Corrected  firom  officiai 
information  to  1  •(  february  1880.  Calcutta.  in-4«. 

Marine  scrvet  departmeht,  cALcriTi. 

F.  Y.  Hatden.  — Bulletin  ofthe  United  States  geological  and  geographical 

survey  of  the  territories.  Vol.  IV,  number  3.  Washington,  1878.  ia-8". 

Auteur. 
Manuel  Fernandez.  —  laforme  lobre   el  r«Mw>cimiento  del  istmo  de 
Tehuantepec.  Mexico,  1879.  Broch.  in-8o. 


Renferme  le  rénoltal  d'une  mîMion  «fexplontfiHi  Mie  en  ynm  àm  percement  de 
l'islhme.  Cartes  topographiqoes  et  géologiques  assex  complètes  pou*  eelte  région 
h  peine  connue. 

—  Ferrocaril  de  Tehuantepec,  Mexico,  1879.  Broch.  in>8o. 

F.  DE  GARAT. 

EwALD.  —  Die  mittleren  Kaufwerthe  des  àckerlands,  der  Wiesen  und 
der  Weinberge  iqi  Grossherzogthum  Hesseq.  Broch.  in-4''.         Auteur. 

Synopsis  of  the  Statistics  of  Chile  (Tableau  sinoptique),  1878-1879.  San- 
tiago de  Chile,  1878.  Broch.  in-8*.  Baeon  «'Avril. 

J.  Palmarts.  —  Projet  d'exploratioa  au  Pôle  Mord.  Bruxelles,  1880.  Broch. 
in-8''.  AunoR. 

H.  JouAN.  —  Aseensioa  au  pic  de  Ténérife.  Gaen,  1880.  Broch.  iib^. 

AUTBLR. 

Récit  de  Ct^ltc  ascension  faite  prndant  nn^  relaie,  atec  ramnrqnes  snr  les  i^iels 
fféologiqoes  el  botaniques  les  plus  frappMis.  L'altitude  ds  pic  est  dn  3  700  «îires. 

Richard  Cortamrert.  —  Mœurs  et  caraet^es  des  penples  ^Asie-Amé- 
rique-Océanie).  Paris,  1879.  1  vol.  in-8".  Aotrcr. 

E.  Ledrain.  —  Histoire  d'Israël.  l'«  partie  se  terminant  h  la  chute  des 
Omrides  (887  ans  avant  J.-C),  avec  appendice  par  M.  Jules  Oppert. 
Paris,  1879. 1  vol.  in-32. 

Ea  évoquant  les  souTenirs  des  trois  grandes  nations  phénicienne,  assyrienne,  égyp- 
tienne, et  en  s'appuyant  sur  les  nombreux  reascignements  géugraphiqpes.  feuiMâ 
par  les  auteun  et  voyageurs  contemporains,  il  a  été  possible  d*eiuciéBr  «les 
testes  obscurs  et  de  reconstituer  l'histoire, 

ÊUSÉB  Reclus.  —  Nouvelle  Géographie  univ^selle;  la  terre  et  les  )ioaiiiies. 

Livraisons  â91  à  294.  Paris,  1880,  Gr.  m-^^  AsnuR. 

Cape  of  Good  Hope.  Voies  aad  procediags  ofthe  législative  Council.  First 

Session  1879.  Cape  Town,  1879.   1   vol.  in-i».  —  Appeodix  I,  to  vols 

1,  2,  3.  Cape  Town,  1879.  3  vol,  i»4'.  —  Appeadix  H,  vol.  1,  S,  Cape 

Town,  1879.  2  vol.  in-8*. 

Rapport  sur  les  projets  de  canaux  interocéaniques,  rédigé  par  M.  Voisin- 
Bey,  au  nom  de  la  Commisiîon  technique  du  GDBgrèfl  intfrnitioMl  du 
canal  interocéanique  tenu  à  Paris  du  15  au  39  mai  18T9.  publié  par  la 
RevUta  de  Obras  publicas  de  Madrid.  N*»  22,  23,  24  (1879),  1,2,  3,  4 
(188G).  Madrid  7  n«  in-4«.  VoisiN  Bkt. 

ÊaiLE  BouciET.  —  Rappport  fait  à  la  Chambre  des  députés  au  aom  de 
la  2*  Commission  des  pétitions  sur  la  pétition  du  sieur  Jean  Dupuis, 


OUVBAGBS  OFFERTS   A  LA   SOCIÉTÉ.  888 

citoyen  français  demeurant  à  Han-Kow  (Chine).  Annexe  au  procès^verbal 
de  la  séance  du  14  juin  1879.  Versailles,  1879.  Broch  in-4». 

Jean  Dupois. 

,  P.  Brochet.  -  Mapa  liistorico  geographico  de  la  America  del  Sur  1880. 

1/8  000  000.  Paris.  2  feuilles. 
—  Carta  geographica  de  la  provîncîa  de  Corrientes  en  la  Republica  Argen- 

tina  1877.  Corrientes.  6  feuilles.  Autrhr. 

Ed.  Robert  Flegel.  —  Map  of  the  Bcnuê  from  Bjea  to  Ribago,  as  explo* 

rcd  by  the  Expédition  under  M.  J.  H.  Ashkroft  of  the  Church  misslo- 

nary  society  la  London  1879.  Gotha.  7  feuUle^.  4Cff^X*E* 

pEPAftTMENT  OF  |Lands  AMD  Srrvey,  Melbou^ni.  —  Cqntinental  Australia, 

Melbourne,  1879.  4  feuilles. 


Séance  du  7  mai  1880. 

Ph.  Tamizey  de  LARRoauE.  «—  Documents  inédits  surThistoire  de  franco. 

l^ettres  (Je  Jean  Chapelain,  de  l'Académie  française.   Tome   premier. 

Septembre   1632  —  Décembre  1640.  Paris,  1880.  1  vol.  in-4o. 
Œuvres  complètes  de  Laplace,  publiées  sous  les  auspices  de  l*Académie 

des  Sciences,  pat  MM.  le^  secrétaires   perpétuels.  Tomes  I,  If,  III, 

Paris,  1878.  3  vol.  in-4«. 

libjunion  ^e  la  c(^lec^pp  des  mémoires  du  célèbre  aatronome|  c  elle  permet  dfi  com- 
parer la  forme  déflhftiTe  de  la  pensée  de  f  àiiteur,  aii)c  '««dès  kox^ùeltes  il'  slemi 
préparc  péadml  de  loayues  «noées  à  ^eyer  le  monumeqt  qui  a  rendu  son  Rom 
inséparable  de  celui  de  l^ewton.  »  Publication  duc  à  l'initiative  dp  son  fils,  le 
génial  marquis  de  Laplace-,  paf 'suite  de  disposition  testament  lirè. 

CoNSTA^îTiN  DAP0NTE3.  —  Ephéméfi4es  paces  ou  chronique  de  la  Guerre  de 
Quatre  ans  (1736-1739).  Publiée,  traduite  et  annotée  par  ^mile  Legrand. 
Tome  I  texte  grec.  Parfs,  1830.  |  vol.  Gr.  in-8«. 

Texte  greo.  — <  Le  manu^rU  ^\  contient  ce»  éphéméri^es.  a  été  décottY^^-jk  ii»u»  u^a 
bibliothèaue  particulière;  U  comprend  608  pages.  L'auteur  en  a  dccpuvert  uu 
autre  à  Yëni-Ke'ni,  dans  le  Boiphore,  chez  un  parlîctirrér,  qui  Xotii  semblable 
a»  premier,  no  serait  que  le  brouillon. 

6.  Devéria.  —  Histoire  des  relations  de  la  Chine  avec  rAnnam-Yiétnanfi 
du  XVI*  au  XIX*  siècle  d'après  des  documents  ehinois.  Traduits  pour  la 
première  fois  et  annotés.  Paris,  1880.  Broch.  îb-S*. 

Ministère  de  l'Instruction  publiouê. 

En  fournissant  des  documents  pour  éclairer  cette  étiide,  ce  trava'l  comble  une 
lacune;  car  «  les  relations  existent  enco^)  de  lassai '{(suzerain  t.  Cette  trad'iic- 
tion  du  chinois  a  mis  à  jour  dos  pages  intéresa^ntea,  teUes  ^ue  <jles  ^o^.os  r^a- 
tives  au  Tongkin  et  rexplication  d'une  ancienne  carte  cninoise. 

Qpcumeats  diplomatiques.  Aff^^ii^^s  d'£g^pte.  Parif,  1880.  \  vol.  Gr.  iii^f 

MiNisT^fiE  DES  Affaires  ^T^fNç|iR)sSé 

il3(pp9iiion  universelle  mternatiooale  de  1878.  Comptes  rendus  sténogra- 
phiques  des  Cçiij^/rès  ejt  Conférencç^  di^  palai?  ()u  Trocai^défq  :  C^j^gr;^! 
intcpational  d'Hygiène.  —  Congrès  internatiooal  d^  cQmf^^scQ  ç]  de 
l'industrie.  —  Conférences  internationales  de  statistique.  —  Congrès 


584  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

international  des  Sociétés  des  amis  de  la  paix.  —  Gingrès  international 
pour  Tunlfication  des  poids,  mesures  et  monnaies.  —  Congrès  interna- 
tional du  génie  civil.  —  Congrès  international  de  médecine  mentale. 
Paris,  i88U.  8  vol.  in-8'. 

Ministère  de  l'agricoltcre  et  dc  commerce. 

Répertoire  méthodique  de  la  législation  des  chemins  de  fer  français. 
Paris,  1879.  1  vol.  in-^**.  Ministère  des  travaux  publics. 

D.  Carlos  iBAfiez  é  Ibaûez.  —  Desciipcion  geodésica  de  las  Islai  Baie- 
ares.  Madrid,  1871.  1  vol.  Or.  in-8^        Général  Carlos  Ibaûez  é  Ibaûez. 

Quoique  remontant  k  dix  ans  environ,  cet  important  travail  géodésiqne,  reste  on 
type  des  |llu8  complets*  Il  était  un  précurseur  des  opérations  auxquelles  le  même 
auteur  vient  do  se  livrer  en  reliant  la  triangulation  de  l'Espagne  a  celle  de  TAI- 
gdrio. 

H.  WlLD.  —  Annalen  des  physikalischen  Central •Observatoriums,  Jahrgang 

1877.  Saint-Pétersbourg,  1878.  1  vol.  in-K 
— -  Roportorium  fUr  Météorologie  hcrausgegeben  von  der  Kaiscrlichcn. 

Akadomio  dcr  Wisscnschaftcn.  Band  VI.Hcft  I.  Saint-Pétersbourg,  1878. 

1  vol.  in-4*. 

Observatoire  physique  central  de  Saint-Pétersbourg. 

Movlmenta  délia  navigazio.ne  nei  porli   del  Regno.   Anno  XVIII,  1878. 

Ilomn,  1879.  1  vol.  in-8». 
Annali  di  Statistica.  Série  2a.  vol.  là,  1880.  Roma,  1880.  1  vol.  in-8^ 

Ministère  de  Tagrigulture,  de  l'industrie  et  du  commerce. 
List  of  lights  of  the  British  Islands.  Corrected  to  march  30, 1880.  Washin- 
gton, 1880.  Broch.  in-8^       U.  S.  Hydrographic  office,  Washington. 
India-Wost  Coast.  The  Coast  from  Kundari  Island  to  Chaul,  and  the  Har- 

bours  of  Dabhol  and  Jaygad.  Calcutta,  1880.  Broch.  in-8». 

Marine  Survey  Department,  Calcutta. 
Reports  from  Her  Mi\iesly*s  Consuls  on  the  manufactures,  commerce,  etc. 

of  their  Consular  Districts.  Part  I.  London,  1880.  Broch.  in-S". 
H6|)orts  IVom  Her  Majcsty*s  Secrctaries  of  cmbass;  and  légation  on  the 

manufïicturcs,  commerce,   etc.,  of  the  countries  in  which  the  y  réside. 

Part  I.  London,  1880.  Broch.  in-8^.  Jacques  Amnould. 

China.  Impérial  Maritime  Cnstoms.  III.  Miscellaneous  Séries  :  N«  6.  Usi 

of  the  Chineso  lîghthouses,  Hght^vessels,  buoys  and  beacons  for  1880. 

(Corrected  to  1  si  Deeember.  1879).  Shanghai,  1880.  Broch.  ia-4*. 

SiânsTicAL  Departmert,  Siascmai. 
Alexis  Tillo.  <—  Exposé  du  nÎTellement  Ando-Caspien  exécuté  en  1974 

piir  orUre  de  la  Société  impériale  russe  de  Ciéographie  et  dc  U  sectioa 

du  Caucase*  Saint -Ktcrshourg.  1877.  Broch.  Gr.  iiwi*. 

Société  Impériale  rcsse  de  Géocrahie. 
WILUAM  0.  CaostT.  ^  Gontribulions  to  the  Gcology  of  eastera  Massaehir* 

Mils.  Ilosloin  I88IK  I  toi  iu-^. 

BOSTOX  SoaCTT  OP  SAiriAL  IISTMT. 

Aliw»$s  FA\aE.  «-  I>«scHptiott  gêolofique  du  canloa  de  Gcn^tc  Ge- 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ.  585 

Travail  comiucncé  ca  1841.  Il  contient  uno  dcsoription  des  terrains,  des  roches, 
des  particularitds  inhérentes  aux  différentes  parties  du  canton,  une  étude  fur  le 
lac.  Ce  traité  local  est  à  lui    seul  tout  un  cours  de  géologie. 

Cochinchine  française.  Excursions  et  reconnaissances.  N**  2.  Saigon,  1880. 
1  vol.  in-8^  Gouverneur  de  la  Cochinchine. 

Gabriel  Gravier.  —  Étude  sur  une  carte  inconnue,  la  première  dressée 
par  Louis  Joliet,  en  1674,  après  son  exploration  du  Mississipi  avec  le 
P.  Jacques  Marquette,  en  1673.  Paris,  1880.  Broch.  in-8".  Auteur. 

Cette  carie  ost  «  laj>remièrc  qui   donne  un  trncc  des  grands  lacs  et  du  cours  du 
Mississipi  »,  trace   rudimentaire,  mais    à   côté  duquel  figurent  aussi  l'Ottawa,  les 
-grands  lacs,  le  Wisconsin,  l'Ulinois. 

B.  F.  DE  Costa.  —  Le  Globe  Lenox  de  1511,  traduit  de  l'anglais  par  Ga- 
briel Gravier.  Rouen,  1880.  Broch.  in-8o.  Gabriel  Gravier. 

Ce  globe  est  le  plus  ancien  qui  montre  une  partie  du  Nouveau-Monde,  mais  sans 
mentionner  ni  Colomb,  ni  Vespucci.  On  y  voit  aussi  la  totalité  de  l'Amérique  du 
Sud. 

Ch.  Flahault.  —  Nordenskiôld.  Notice  sur  sa  vie  et  ses  voyages.  Paris, 
1880.  1  vol.  in-8«.  Auteur. 

LuiGi  Hugues.  —  A.  E.  Nordenskiôld  e  le  spcdizioni  polari  svedesi  dali858 
al  1879.  Memoria.  Casale,  1880.  i  vol.  in-8o.  Auteur 

A.  DE  PiNA.  Le  comte  A.  de  Pina.  —  Deux  ans  dans  le  pays  des  épices. 
(Ile  de  la  Sonde).  Paris,  1880.  1  vol.  in-8o.  Auteur. 

LÉON  Alêgre.  —  La  bibliothèque  et  le  musée  de  Bagnols  (Gard).  Rapport. 
Bagnols,  1879.  Broch.  in-4o.  '         Auteur. 

Ch.  E.  DE  Ujfalvy.  —  Expédition  scientifîiue  française  en  Russie,  en 
Sibérie  et  dans  le  Turkestan.  Vol.  III.  Les  lîachkirs,  les  Vêpscs  et  les 
antiquités  finno-ougriennes  et  altaïques,  précédés  des  résultais  anthropo- 
logiques des  voyages  en  Asie  Centrale.  Paris,  1880.  1  vol.  in-8". 

Auteur. 

Go  volume  comprend  trois  parties,  qui  n'ont  pas  do  rapports  entre  elles  :  Une  étude 
sur  les  Bachkirs,  commencée  à  Orenbourg  et  terminée  au  cœur  de  la  Bachkirie; 
une  autre  sur  les  Vépses  ou  Thoudes  du  Nord,  peuple  sur  le  pomt  di;  disparaître, 
possédant  des  légendes  et  des  superstitions  rappelant  le  paganisme;  un  Itistoriquc 
de  l'archéologie  finno-oegrienne  et  altaïque,  où  l'auteur  a  fait  ressortir  les  mé- 
rites des  découvertes  de  plusieurs  savants  russes  contemporains. 

Compagnie  des  chemins  de  fer  de  l'Est.  Assemblée  générale  des  action- 
naires du  27  avril  1880.  Rapport  présenté  par  le  conseil  d'administra- 
tion. Paris,  1880.  Broch.  in-4".  Bertrand. 

Auguste  Nicaise.  —  Le  cimetière  franco-mérovingien  de  Hancourt  (Marne). 
Note  sur  une  coupe  en  terre  cuite  de  l'époque  du  bronze.  Chalons- 
sur-Marne,  1879.  Broch.  in-8o.  Auteur. 

Féris  (Le  D').  —  Étude  sur  les  climats  équatoriaux  en  général.  Broch. 
in-8°.  Auteur. 

Daurréë.  —  Discours  lu  dans  la  séance  publique  annuelle  de  l'Académie 
des  Sciences  du  !•'  mars  1880.  Paris,  1880.  Broch.  in-4°.  Auteur. 

0.  Gelpke.  —  Die  lelzten  Riclitungsverificationen  uad  der  Durchschlng 
am  grossen  Saint-Gothardtunnel.  (Extrait  de  la  Zèitschrift  fur  Vermes- 
sungswesen),  Broch.  in-8o.  Auteur. 


586  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

M.  LiNDKiiiLif.  —  Die  Seefischereien,  ihre  Gebiete,  Betrleb  uo(}  Ertfâge 
in  den  Jahren  1869-1878,  (Ergânzungaheft  n"  60  zu  «  Petefmann's  Mit- 
theilungen  »).  Gotha,  1880.  Broch.  in-4o.  h  P6B'VHS&. 

T.  W.  UiGGiNSON.  —  Histoire  des  États-Unis  racontée  à  la  jeunesse,  tra- 
duite par  G.  Ovrée  et  A.  Varembey.  Paris.  1  vol.  in-8«.  G.  Ovrâb. 

Cet  abrëf^ë  est  mis  à  la  portée  de  tous.  Il  commence  aux  habitants  i>rimitifs,  h 
Tarrivée  de  Christophe  Colomb  et  aux  preniers  explorateurs  de  l'intérieur.  Il  re- 
trace la  période  coloniale  des  temps  hollandais,  les  guerres  franco-indiennes,  la 
déclaration  de  Tlndépendance,  et  conduit  jusqu'à  la  guerre  civile. 

Matériaux  pour  l'histoire  primitive  de  Thomme.  ^  série.  Tome  XU  i880. 
1^  et  %*  ijvraisous.  Paris.  Broch.  in-S**. 

J.  Yak  Raenbohck.  —  Relations  commereiales  entre  Gérard  Hercator  et 
Gbristopl^e  Pl^ntia  à  Anvers.  (Extr.  des  BuUetiui  de  Ut  SqçjidU  4i  Géo- 
graphie d* Anvers).  Anvers,  1880.  Broch.  in-S». 

Rapport  mensuel  no  88  du  Conseil  fédéral  suisse  sur  Tétat  des  travaux  de 
la  ligne  du  Saint-Gothard  au  31  mars  1880.  2  feuilles  în-f". 

Conseil  fédéral  suisse* 

LÉOUZON  LE  Doc.  —  Vint-neuf  ans  sous  T^pile  polaire.  Souvenirs  de 
voyage.  Le  renne,  Finlande-Laponie.  Iles  d*Aland.  Paris,  1880.  1  vol. 
in -8".  AoTEUR. 

Souvenirs  d'un  séiour  prolongé  es  Finlande,  et  m  jLa^oDje,  où  Vautfiur  4  ;^rtc^  slas 
particulièrement  ses  relations  avec  la  société  russel  qu'il  k  j^réquêntee  pendant 
plusWurs  années,  et  quelques  voyages  pittoresque^  pehdant  l'hiver. 

Otto  Delitsch  — ^  Bevôlkerungszunahme  un4  Wohnortswechsel.  I^ine 
statislische  Skizze.  (Extr.  des  Petiermqnn's  fïittheilungfin  1880.  Qeft 
IV^  BrQch.  in-4o.  Acteur. 

American  Society  of  civil  engineers  (vol.  IX,  Januaryl880).  Discussions  on 
Inter-Oceanie  canal-projects.  1  vol.  in-80. 

I^ORDfiNSKidLD.  —  Lettres  racontaut  son  expédition  à  la  dépouverte  du 
passage  Nord-Est  du  pôle  nord.  Ave(f  uq«  p«4facç  de  M.  Daubréc. 
Paris,  1880.  i  vol.  in-8».  !>aEYFas  épitecr. 

Association  interoatiooale  a|ricaia#«  Comité  pational  b^lge.  Séance 
publique  du  1"  mars  1880.  Bruxelies-ptterbeek.  188Q.  Broch.  in-f. 

ÉI4SÉÇ  Reclus.  —  Nouvelle  g6qgr?iphie  lipiversellç.  î^a  terre  et  les 
liommes.  (Livraisons  295  à  ^05).  Paris,  1880.  Gr.  in-^o,  iUTEUR. 

Le  fb.  MARCELLiN-If  ARip:  (Boiizfoux).  —  Notice  explicative  (}U  cosm^uto- 
graphe,  01^  appareil  rp^tif  et  4émonstralif  des  mouvements  de  la  terre 
et  de  la  lune  par  rapport  au  soleil,  Cayenne,  1880.  Brpcb.  in-$^. 

L.  P)S  FoLiN,  ET  L.  Perrier. —  Lcs  fonds  de  la  mer.  £tude  international^ 
sur  les  particularités  nouvelles  des  régions  sous-marines.  T.  lU,  livrai- 
sons U  à  21.  Paris  1879.  proch.  in-8°. 

Gustave  Vallat.  —  Livings^one.  Poème,  Paris,  1880.  Broch.  in-8*. 

Auteur. 

Anatole  BQbin.  —  B^PPPr'  f:^U  à  H  société  de  Géographie  commerciale 
de  paris  sur  les  ressources  agricoles  et  inj^ustrielles  de  Ja  Palestine. 
Paris,  1880.  Broch.  in-8".  Autkor, 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCJfTÉ.  587 

Les  produits  agricoles  et  ceox  des  mines  ne  penrent  être  exploités  qn'en  eféant 
des  QOfsns  de  eonmranication.  Proposition  ae  cooslraire  un  cfaemin  de  Cnr  de 
Jaffa  à  Jérusalem,  et  d'établir  un  port  à  JaiEi,  qui  en  a  le  plus  grand  besoin. 

FÉais  (pr).  La  côte  des  esclaves  comprenant  les  Popos,  le  Dahomey  et  les 
colonies  anglaises  de  Lagos  et  de  Quittah.  Paris,  1879.  1  vol.  in-S"*. 

AUTEUB. 

AMmmi.  (K.  C).  -~  Marco  Polo.  Oeffenilicher  Yortrag  gefaalten  in  der 
geographisch-commcrziellen  Gesellsdiaft  in  Sainl-Oallen.  Soricli,  1879, 
Broch.  io-^.  AUTBUB. 

Adresses  at  the  Lesseps  banquet,  given  at  Debiionka*6,  Marcb  i*  1880. 
New  York,  1880.  Brocb.  ia-8». 

SuavETOK  GENERAL  OF  lifDU.  —  Map  of  the  two  roQtes  to  Kabul  via  Jelabard 
and  via  the  Kuram  Valley.  1  inch.  4  miles.  Calcutta,  OcK^ombor  W9* 
(2p  édition).  1  fewlle.  SuRvcTOft  geheral^s  Office  of  Inpia. 

D£pôT  DES  FORTiFiCATiexs.  —  Carte  do  France  à  l'échelle  1/500  000, 
feuille  YIU,  Paris,  1880.  6  feuUles.  Dépôt  des  fortifications. 

Alph.  Fayre.  —  Carte  géologique  du  canton  de  Genève.  1/2500.  Win- 
terthur,  1878.  A  feuiUes.  AUTEUR. 

Carte  de  Tlle  de  Ténérifie,  la  première  indiquant  les  chemins  royaux* 
Paris.  1  feuille. 

Plan  de  SaiotrCroix  de  Ténérifie,  capitale  des  lies  Canaries.  pariSi  1878. 1  C 

Carte  archéologique  de  Jérusalem.  1  feuille. 

A.  Jour  DAN.  —  Carte  des  environs  d'Alger  au  1/20  000.  Alger»  1880. 
1  feuille.  AUTKUM' 

A.  h  LoFTOS.  —  M0->Nam  Bang-Pak-Koog.  S"*  1,2  et  3.  Londpn,  1877. 
3  feuilles.  AUTEUR. 

Marifie-Sorvey-Department.  —  Patani  bay  ;  gulf  of  Sîam  :  HtUy  Cape  to 
Lacon  Right;  Singoraroads;  LaconBight  to  Lcm  Cliong  PVa.  CalcuUa, 
1878.  4  feuilles.  Marine  Surtet  Dt:pARTMBXT,  Calcuta. 

5e«fk^</il'2i  mai  1880. 

Fr.  Galion.  —  Hints  to  travellcrs.  4«  édition.  London.  1878.  1  vol. 
iQ>12.  James  Jackson. 

Dr  P.  Kandler.  —  Notizie  storiche  di  Montxma.  Triestc,  1875.  Broch. 
in-8«. 

—  Pirano.  Monografia  storjca.  Parenzo,  1879.  Broch.  ln-8^ 

— r  Notizie  storiche  di  Pola.  Edite  per  cura  del  Nunicipio.  Pa- 

renzo, 1876.  Broch.  in-8*.  auteur. 

C.  DE  Franceschi.  —  L'Istria.  Note  storiche.  Parenzo,  1879.  Broch.  ia-8'. 

J.  POLAK.  —  Persien.  Das  Land  und  seine  Bcwohncr.  Leipzig,  18C5.  2  vol 
in-8*.  Ch.  Maunoih. 

C  P.  K.  WiNCKE.  —  Essai  sur  les  principes  régissant  ra4mim8tration  de 
la  justice  aux  Indes  Orientales  hollandaises.  Samarang  et  Amsterdam, 
1880.  Broch.  in-8«.  Auteur. 

EouARDo  Olivera.  —  Estudios  y  viages  agricolas  en  Fraocia,  Alemania, 
Holandiay  Belgica.  Buenos-Aires,  1879.  2  vol.  in-8«..  Ai'TKi'R. 


5.88  OUVRAGES  OFFERTS  A  LA   SOCIÉTÉ 

tarif  gé^érai  des  doCes.  tr'^a  B:och~'""  ''''"""'T  '' 


Les  points  traités  sont  •  -!•  les  A\fîir»\\A.  «  AUTECR. 

rieur  de  l'Afrique;  go' jj,  ÏLdefro^^^^^^  Européens  dans  l'inté- 

EoHo«o  0„XK.v.  -  u  Perse.  Pa,s.  ISSaloch    iS.  "^ 

rftUiTF  F   T»p  I  A  c,,,,  Dreyfous,  éditeor. 

Broch    iS.  "     '''«'•cAeo^/e  de  ;«  Drame).  Valence,  1880. 

de  Pans,  pour  1  année  1879.  Paris,  1880.  Broch.  in-4o.  i„„i,„ 


ignaler  :  l'extension  des  terrains  ocncds 
es  des  élèves  astronomes;  la  distribution 
0  nstrononiiqiie. 

Uplace.  -  œuvres  complètes  de  Laplace,  publiées  sous  les  auspices  de 
1  Académie  des  Sciences,  tomes  1,  g)  3.  Paris,  1878.  3  vol.  in-4«. 

,   „    .    ^„  Marquise  de  Colbert. 

J.-B.-A.  BRouiLLET.  -  Mémoire  présenté  à  la  sacrée  congrég'ation  de  la 
propagande  sur  les  missions  indiennes  aux  États-Unis  et  sur  le  bureau 
catholique.  Rome,  1879.  Broch.  in-S'».  Auteur. 

A.  Germond  de  Lavigne.  —  Itinéraire  général  de  TEspagnc  et  du  Portu- 
gal. 3"  édit.  Paris,  1880. 1  vol.  in-12.  adteur- 

M.  F.  RiBEiRo.  —  As  conferencias  e  o  itinerario  do  viajanle  Serpà  Pinto. 

Estudo  critico  et  documentado.  Lisboa,  1880.  1  vol.  in-8".         Auteur 

Emile  Rocher.  —  La  province  chinoise  du  Yùn-Nan.  Paris,  1880. 2  vol. 

^  ^''  ^"-«^-  AUTEUR. 

B.  Statkowski.  —  Problèmes  de  la  climatologie  du  Caucase.  Traduit 
du  russe.  Paris,  1879.  1  vol.  in-8o. 

L'auteur  «  occupé  de  l'élaboralion  d'un  projet  do  cliouiin  de  fer  devant  traverser  1 

L-vJit  P//TP\'''  ^n  Ç^"^«s«'  «"«^iant  Tiflis  à  la  ligne  de  Rostow-Vladi- 
kavkaz,  étudie  à  quelle  hauteur  peut  être  élevée  la  voie  projetée,  sans  danccr. 
par  rapport  aux  tourmentes  de  neige.  »  i*    j       .      ua      «j,    . 

D'  R.  ANDREE.  —  Allgemeiner  Hand  Atlas.  Bielfcld  et  Leipzig,  1880.  l'«  li- 
vraison. In-fol.  TOLHAUSEN,  CONSUL  DE  FRANCE. 


OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ.  589 


*  Séance  du  4  juin  1880. 

M  DÉCHY.  —  Dcr  Mont  Blanc  und  seine  Erstoigung  von  Gourmayeur. 
Bern,  1878.  Broch.  in-12. 

—  Bericht  ûber  den  interHationalem  Gongress   fur  Handeisgeo- 
graphie  zu  Briissel,  1879.  Wien,  1879.  Broch.  in-8'». 

—  A  topographiai  Térképek.  Budapest,  1879.  Broch.  in-8'. 

AUTEUR. 

M.  BouÉ.  —  Extrait  de  la  note  intitulée  :  Documents  sur  l'origine  de  la 
Société  géologique  de  France.  Broch.  in-12.  Auteur. 

Stanford  Fleming.  —  Papcrs  on  time  reckoning.  Toronto,  1879.  1  vol. 
in-12.  Auteur. 

Association  internationale  africaine,  n.  3,  1880.  Broch.  in-8\ 

Contient  une  étude  sur  les  maladies  et*racc1imatement  des  Européens  dans  l'Afrique 
intertropicale.  Considérations  physico-médicales  sur  les  caractères  de  la  fièvre,  do 
la  dysscnterie  et  des  maladies  locales. 

Cochinchine  française.  Excursions  et  reconnaissances,  n.  3,  Saigon,  1880. 
1  vol.  in-8''.  Gouverneur  de  la  Cochinchine  française. 

Principaux  mémoires:  élude  sur  la  propriété  foncière  rurale;  le  commerce  du 
Yunaani;  le  projet  d'un  canal  entre  la  Vaïco  et  le  Cua-tiea;  rccherciies  relatives 
à  l'âge  de  pierre  et  du  bronze  en  Indo-Chine. 

MiNISTERO  D'AGRIGOLTURA,  INDUSTRIA  E  COMMERGIO.  —  Statistica  dclla  mor- 

bosita  ossia  frequcnza  e  durata  délia  Malattie.  Roma,  1879.  —  Movi- 
mcnlo  dello  stato  civile,  anno  1878.  2  vol.  Statistica  délia  emigrazione 
italiana  ail*  Estero,  nel  1878.  Roma,  1880.  3  vol.  in-8». 

Ministère  d'Agriculture  d'Italie. 

A.  DE  Quatrefages  ET  T.  Uamy.  —  "Los  crâncs  (les  races  humaines.  Paris, 
1878-79.  9  livraisons  gr.  in-4'.      Ministère  de  l'Instruction  publique 

D.  COLLADON.  —  Notes  sur  les  inconvénients  et  les  difficultés  du  tunnel 
étudié  sous  le  Mont-Blanc.  Genève,  1880.  Broch.  in-8''.  Auteur. 

Avantages  de  ce  tunnel  :  tr.icé  le  plus  bas  do  la  chaîne  entière  des  Alpes  ;  commu- 
nication directe  avec  l'Orient  et  l'Italie  ;  position  intermédiaire  entre  la  ligne  du 
Mont-Cenis  et  celle  du  Saint-Gothard. 

ELISÉE  Reclus.  —  Nouvelle  géographie  universelle.  La  terre  cl  les 
hommes  ;  livraisons  308  et  309.  Gr.  in-8".  Auteur* 

SiDNEY  F.  Shelbourne.  —  Interoccanie  ship-canal.  San  Blas  route.  New- 
York,  1880.  Broch.  in-8o. 

—  A  comparative  view  of  the  Panama  and  San  Blas  routes  for  an 
interoceanic  canal.  New-York,  1880.  Broch.  iu-8o. 

Société  géographique  de  New-Yokk. 

Commandant  Perrier.  —  Mémorial  du  Dépôt  général  de  la  Guerre.  Dé- 
termination des  longitudes,  latiludes  et  azimuts  terrestres  en  Algérie. 
2«  fascicule.  Paris,  1879.  1  vol.  in-l".  Dépôt  de  la  Guerre. 

Tableaux  des  opérations  qui  ont  servi  ik déterminer  le  trianjjle  :  Donc.  Al^cr,  Nemours; 
elles  ont  été  accomplies  dans  dos  conditions  atmosphériques  f.ivorablo.*.  Chaque 
station  a  éié  rattachée  k  l'un  doscôlds  du  parallèle  ^éudé.<i<{  lo  p;irnn  seul  fiang^lo 
bien  conformé. 


590  ODVaAGES  OFFERTS  A  LA  flOCIÉTÉ. 

J.  Rivoli.  —  Die  Serra  da  Estrella.  (Ergânzungshefl,  n.  61,  za  D'  A.  Pe- 
termann*s  Hitterlungen).  Gotha,  1880.  Broch.  in-i*.      JrsTrs  Pebtmes. 

Rapport  mensuel  du  Conseil  fédéral  suisse  sur  Tétat  des  traïaux  de  la 
ligne  du  Saint^Gothard,  au  30  avril  1880.  5  feuilles  io-foL 

COXSEIL  TÈbÈMkàL  SUISSE. 

Le  comte  de  Mars  y.  —  Le  musée  Vivenel,  à  Complète.  Paris,  188Û« 
Broch.  in-8«>.  Arrsrm. 

Le  D'  DuTRiEUX.  —  Contribution  à  l'étude  des  maladies  et  de  racclimata- 
tioa  des.  Européens  dans  TAfrique  intertropicale.  Gand,  1880.  Broeh. 
in-8*.  AcTECB. 

P.  FoiiTAiNE.  ^  Les  livres  de  marine  et  de  Davi^tiiin.  Paris.  1880.  Broeh. 
in-S*.  ArrECX. 

IxsPBCTOR  GENERAL  OF  CcsTOMS.  —  Retums  of  and  reports  on  tnde  at 
Ihe  treaty-ports  of  China,  1869  à  18  i  8.  ShangaL  8  Tofaiiiies  el  i  bro- 
chures in-4o.  LÊCAT10X  FBIXÇAISE  a  PÉK13I. 

Dents  de  Rivoibe.  Mer  Bouge  et  Abyssinie.  Paris,  1880.  Brochure 
in-12.  ArTEri. 

Dr  JcLios  Petzholbt.  —  BîMiotheca  bibliographica.  Leipxif ,  1868.  1  yoL 
gr.  in-8.  ACKTi. 

G.  N.  Sathas.  •—  Documenls  inédils  relatifs  à  Thistoire  de  la  Grèee  an 
moyen  âge.  i^  série,  t.  1*.  Paris,  1880.  1  vol.  gr,  în-^.  AUTCCR. 

«  La  {^oçraphje de  la  Grèce  aumo^eA  âge  a  été  oial  cooaoe,  par  cette  nisoa qw  ai 
les  ancienaes  doscriptioiis  de  la  conlrêe,  ni  les  portahiis  frecs  et  TeoUieiis,  qui 
Bons  soat  panrenas.  a'oot  été  pabKés.  »  Ce  pnwûer  TolHaK  eisÉâcBl  ■■  portaba  de 
Mofée  (texte  latin),  qn'oo  enut  exécnlé  par  le  véoitiea  Battista  Palaew  ;  i  a  éto 
ilécoarert  à  'a  btblîolhèqae  Saint-Marc. 

S.  B.  Fraxcux.  ^  ^ona  kland.  K*  866.  Washington,  1880.  1  feoiUe. 

HTBRO€RAPinC  omCE,  WASimiGTOV. 

J.-T.  Bamici.  —  Afrique  physique.  Ech.  1/^,000000.  Paris,  1880. 
1  feuille.  AuTECH. 

F.  V.  HATDE5.  —  Parts  of  western  Wyomin^;  part  of  central  WyomiDg; 
Tellopstone  national  park  and  a  Drainage  map  of  Wjoming,  Idaho  and 
l'tah.  Xew-\oriL,  1879.  d  feuilles.  Acteur. 


{A  suivre,) 


Le  gérant  respousablCy 
C  MAimoiB, 

Stcftflatre  fâiéral  de  la  C— wgioa  coatra^e  ■ 


TABLE   DES    MATIÈRES 

CONTENDES  DANS  LE  TOME  XX  DE  LA  VI''  SÉRÏE 

(juillet  à  décembre  1880). 


I.   —  Mémoiros  et  IVoflees. 

D'  Pan  AGIOTES  Potagos.  —  Voyû^«  à  rouest  du  Haut  Nil 5 

D'  Al'CI'STIN  BfeiHJGiS.  —  B©«x  semaines  à  Bang-Kok  (fin) 51 

G.  P.  H .  ZiMHERiiANN.  —  La  rivière  de  Surinam 97 

Veniodkoff.  —  Hincrffirc  dan«  le  Turkestan  afghan,  par  le  colonel 

Grodékoff  (avec  carie  dans  le  texte) 126 

Général  RibouKt.  —  Notice  sur  Tahiti 142 

Alphonse  PiNART.  —Voyage  on  Sonera 193 

G.  Latruffe.  —  Les  monts  Aourès 245 

Charles  de  Rouvre.  — La  Guinée  méridionale  indépendante  :  Congo, 

Kaconpro,  N'goyo,  Loango,  1870-1877 289,  401 

Carla  Serena.  —  De  Petrowsk  à  Astrakhan.  Devet-Faat,  le  Volga, 

les  Kalmùcks 8^ 

S.  Cantagrel.  —  Les  routes  commerciales  du  globe 3^J7 

Df  lÏAMif. — Rapport  sur  le  développement  des  collections  ethnogra^ 

phiques  appartenant  au  Ministère  de  Tlnstruction  publique 352 

CoiLLARD.  —  Voy-ige  au  pays  des  Banyais  et  au  Zambèse 385 

H.  de  Castries.  —  Notice  sur  la  région  de  l'Oued  Draâ 497 

G.  VÉLAiN.  —  Notices  géologiques  sur  la  haute  Guyanne  française, 

d'après  les  explorations  du  docteur  Grevaux 520 

II.  —  Com«iitiileaiiAn0. 

L.  Bert.  —  Récents  phénomènes  volcaniques  observes  à  l'île  de  la 
Dominique  (Antilles  anglaises) 69 

Daubrée,  de  l'Institut. . —  Examen  des  poussières  volcaniques  tom- 
bées le  4  janvier  1880  à  la  Dominique,  et  de  l'eau  qui  les  accom- 
pagnait        72 

Antoine  d'Abbadh:,  de  l'Institut.  —  Préparation  des  voyageurs  aux 
observations  astronomiques  et  géodésiques 75 

Baron  G.  de  Contenson.  —  Les  reetes  de  Christophe  Colomb 169 

U.  OuvETRiER.  —  La  question  des  sources  du  Dhiôli-ba  (Niger) 529 

III.  —  Complefl  rendu  A  d^oarragefl. 

E.  Gortambert.  —  Rapport  sur  les  appareils  d*horlogerie  géogra- 
phique de  MM.  César  Pascal  et  Steyert 79 

L.  DiiNOYER  DE  Ségonzag.  —  La  province  chinoise  de  Yun-nan,  par 
M.  E.  Rocher 177 

E.  G.  Rey.  —  Description  géographique,  historique  et  archéologique 
de  la  Palestine,  Basse  Galilée,  par  M.  Victor  Guérin 366 

L'abbé  Durand.  —  Les  conférences  et  l'itinéraire  du  voy<igeur  8crpa- 
Pinto 370 


592  TABLE   DES  MATIÈRES. 

J.  Thoi'lct.  —  Cavelier  de  la  Saile  et  la  déeooYerte  du  Mississipi, 
d'après  Voam^e  de  M.  Pi<>rrc  Marçry 435,  533 

Coloael  VEsnoCKorr.  —  Rapport  sur  l'explorAtioa  de  la  Turcomanîe 
méridionale 455 

Dacbrêc,  de  Tinstitut.  —  Deacartes,  l'un  des  créateurs  de  la  cosmo- 
logie et  de  la  géologie 556 

—  —  La  carte  des  Alpes  par  M.  A.  Cimle 557 

E.  M.  NuLLEt.  —  Aperçu  sor  le  Kouldja.  Extrait  d'ane  lettre  au 
Secrétaire  général 83 

Maurice  Dcoit.  —  Voyage  à  l'Himalaya.  Lettre  au  Secrétaire  gé- 
nérai        85 

D'  MoxTAXO. — La  rivière  Sagaliud  et  les  Bouli-Doupis,  lie  de  Bornéo 
(avec  carte  dans  le  texte) 182 

C.  WIC5ER.  —  Ascensions  de  M.  E.  Wbymper  dans  les  Andes.  Lettre 
au  Secrétaire  général ^8:2 

—  .  —  Routes  dans  l'intérieur  de  la  République  de  l'Equa- 
teur      456 

P.  DCFARQOET.  —  Le  Damaraland.  Résomé  de  deux  lettres  à  l'abbé 

Durand 459 

D'  Lexz.  —  Voyage  an  Soudan  occidental.  Extraits  de  deux  lettres 

à  M.  Duveyrier 462 

Locis  Bert.  —  Lettre  au  Président  ds  la  Conunission  centrale 464 

Dr  J.  HarmA!id.  — Note  relative  à  l'anthropologie  du  Tong-King. . . .  465 
J.  Thomsor.  — Voyage  au  Nyassa  et  au  Tanganyka.  Lettre  a  M.  C.  Le- 

doulx,  consul  de  France  à  Zanzibar 560 

C,  Ledoulx.  —  Nouvelles  de  l'Afrique  orientale 564 

G.  Revoil.  —  Voyage   au    pays  des  Çomalis.  Lettre  au  Secrétaire 

général 566 

D'  CouN.  —  Le  phénomène  du  mirage  dans  le  Sahara  algérien. 

Lettre  à  M .  Davannc 568 

Liste  des  souscripteurs  en  faveur  de  la  famille  de  U.  Hertz 570 

▼.  —  jRetefli  de  la  9oeié(é. 

Procès-verbaux  des  séances 87,  374,  46S  472 

Ouvrages  offerts  à  la  Société 94,  19:2,  286,  379,  475  581 

Caries. 

D'  Panagiotes  Patagos.  —  Esquisse  d'un  itinéraire   à  l'ouest    du  Haut 

NiH876-1877,  1/8000(K)0-. 
G.  P.  H.  ZiMMERMANN. —  Coufs  inférieur  du  Surinam. 
Alphonse  Pihart.  —  Voyage  en  Sonora  (Mexique),  1879. 
On.  DE  Rouvre.  —  Factoreries  de  la  côte  occidentale  d'Afrique,  au  nord 

et  au  sud  de  l'embouchure  du  Congo,  1877.  1/^500000'. 
Itinéraire  de  H.  ctM'°('  Coillard,  du  pays  des  Bassoutos  au  Zambèse. 
Carte  pour  suivre  la  relation  des  voyages  de  Cavclicr  de  la  Salle,  16G0- 

1682. 
H.  DE  Castries.   -  Oued  Draâ  (Maroc)  1/1,000,000. 


PARIS    —  IMPRIMERIK  EMILE  MARTINET,  RUE  MIGNON,  2. 


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